HOMÉLIES PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS DU CARÊME ET DE PÂQUES 2018

(Année B)


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 14 février 2018
Mercredi des CENDRES


Introduction : (Le Carême a pour but de nous conduire) à la mort et à la Résurrection de Jésus. En attendant, ces cendres qui seront déposées sur notre front sont aussi le signe d'un abaissement, d'une humilité ; savoir incliner sa tête, son front devant le Seigneur, comme une marque justement d'humilité profonde, et qui nous aide aussi à lever notre regard vers le Seigneur, car c'est bien ainsi que nous cheminerons pendant ce Carême? les yeux fixés sur Jésus Christ, pour apprendre de Lui ce chemin de communion d'amour intense avec son Père car, ce n'est qu'ainsi que nous marcherons vers la sainteté, c'est-à-dire dans la communion avec Dieu. C'est le Christ Jésus Lui-même qui nous donne les moyens à travers le jeûne, la prière, la pénitence, l'aumône. Eh bien, entrons résolument dans ce chemin le cœur ouvert, disponible, et demandons à Marie de nous aider à garder la joie au cœur, et à ne pas entretenir la tristesse.


Homélie : Jésus nous dit : « ce que vous faites pour devenir des justes ». Il y a ce que l'on fait, et ce que le Seigneur attend ce que l'on fasse; Alors que faut-il faire ? Eh bien! le Seigneur nous demande une intimité, très grande, profonde avec son Père, un cœur à cœur, afin que notre charité ne se refroidisse pas. Et le Pape François, dans son discours pour le Carême, dit ceci : « l'ampleur du mal dans le monde risque de faire refroidir la charité de la plupart des hommes. »

 Alors, vraiment, pour se garder dans l'Amour de Dieu, le Seigneur nous appelle à nous recentrer sur l'essentiel, sur Lui-même; et le temps du carême est résolument un temps de conversion, de réconciliation. L'appel à la conversion se fait pressant : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car Il est tendre et miséricordieux. » Parole du Seigneur transmise par le prophète Joël. Le carême est donc le vérité du cœur qui doit s'exprimer, et c'est le cœur qui doit se trouver fortifié et converti. Il s'agit bien de revenir au Seigneur, de Le suivre, par le passage étroit de sa Passion pour ressusciter avec Lui dans la joie de Pâques. Et ce passage étroit va passer, bien sûr, par ce temps de désert. Sur notre chemin de conversion, je propose à votre réflexion trois points particuliers :

 Se connaître pour s'engager dans une conversion,

 Prendre conscience que nos actes nous changent,

 Prendre conscience que la perfection est une croissance.

 L'importance de se connaître pour s'engager dans un chemin de conversion:

 La conversion est un chemin de vie. Combien il faut se connaître soi-même pour prendre une décision en connaissance de cause qui nous engage dans la vie à la suite du Christ.

Se connaître ! Le chemin de connaissance de soi est parsemé de joies et de déceptions. Nous avons besoin des autres pour nous révéler à nous-mêmes et nous donner l'occasion de nous dépasser. Se risquer dans l'action, s'engager dans la relation, c'est un bon chemin pour se connaître et se donner. La conversion est un dépassement qui nous oriente vers un plus grand amour.

 Vous vous souvenez de la réponse de Pierre à Jésus ressuscité : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime au fond. » C'est une vraie parole, très profonde, sur la connaissance de soi-même. Dans un moment grave de décision, Simon-Pierre est interrogé par Jésus sur la conscience qu'il a de son amour, de son affection : « M'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Pierre ne nie pas la connaissance de lui-même, mais il préfère faire appel au Seigneur : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais... tu sais tout, tu sais que je t'aime. » (Jean 21,15-17) Voilà la disposition que nous devons avoir pendant ce carême.

 Et au sommet de la connaissance de soi, se trouve la confiance en la connaissance que le Seigneur a de chacun de nous, une confiance exprimée en un acte d'amour, d'abandon, dans le sens du don de soi-même... « Connais-toi, toi-même, pour savoir que tu n'es pas un Dieu, que tu es un mortel, mais souviens-toi que tu es créé à l'image de Dieu et aimé de Dieu. »

 Pendant ce carême, prenons conscience que nos actes nous changent :

 Le désir de progresser dans la vie chrétienne pendant ce carême est un bon désir... Il faut passer des résolutions à la décision. Mais nous savons aussi que les écueils sont nombreux et que notre cœur est parfois plus compliqué que nous ne le croyons.

 Ce n'est pas assez de dire que nos actes expriment ce que nous sommes ou ce que nous désirons. Il faut dire que nos actes nous changent. Et cela est vrai pour le bien comme pour le mal. Les actes que nous posons transforment notre manière de juger et de penser …

 Si nous regardons du côté du vice et de la dépendance, Saint Augustin dirait que les actes mauvais que nous posons, obscurcissent notre jugement... Le bien devient alors moins lumineux pour nous, notre jugement s'obscurcit et la volonté d'accomplir le bien, déjà blessée, en pâtit encore.

 Nous pouvons facilement nous en rendre compte. Pensons, par exemple, à une personne dépendante de l'alcool, ou de la cigarette ou de la pornographie, etc ... ou tout simplement dépendante de la paresse ou de la critique qui nous guettent tous. C'est souvent de façon insensible que le Tentateur nous glisse vers le péché. Nous avons le souvenir de l'homélie de dimanche que nous avons entendue par le Frère Philippe-Marie, justement sur le péché de la médisance, cette colère de Dieu contre cela. En ce sens, la connaissance du péché est une révélation, qui se produit dans la mesure où, avec le secours de la grâce de Dieu, nous sommes libérés de ces actes qui aliènent notre liberté.

 Pendant le carême, prenons conscience que la perfection est une croissance :

 Les actes que nous posons transforment notre manière de juger et de penser. Et cela est vrai pour le bien comme pour le mal, disions-nous. Dans ces conditions, le réalisme de la vie chrétienne consiste bien souvent à discerner les petites choses qui nous font glisser vers le mal ou monter vers le bien. L'héroïsme des vertus est un héroïsme la plupart du temps caché. Il s'exprime et se construit dans les petites choses.

 Rappelons-nous un des grands principes de la vie chrétienne: nous sommes des êtres en mouvement. Voyez l'enfant, il arrive enfin un âge où il ne grandit plus. Dans la vie chrétienne, au contraire, il n'y a pas d'arrêt. Et si nous sommes enfants de Dieu, il n'y a pas un moment où nous devenons adultes de Dieu. L'âge adulte de la vie chrétienne, au contraire, c'est de retrouver l'enfance spirituelle. C'est un thème cher à Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. La vie spirituelle, pour rester dynamique et tendre à la véritable sainteté, passe nécessairement par la pauvreté, la confiance et la simplicité de l'enfance.

 « L'ailleurs » que représente l'esprit d'enfance n'est pas seulement un « passé »... L'esprit d'enfance peut susciter en nous la clairvoyance qui, par-delà les évènements les plus opaques aux orgueilleux, nous fait accueillir et aimer notre futur comme un don de Dieu. Alors, évidemment, dans cette conception dynamique de la vie chrétienne, de nouveaux progrès sont toujours possibles.

 L'idéal, c'est bien sûr ce que dit Jésus (en Mt,5,48) : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Etre parfait comme le Père céleste est parfait, ce n'est pas viser un état, une sorte de pallier à atteindre pour être enfin tranquille. Car bien vite nous serions invités à dépasser cet état, et c'est alors que nous nous apercevrions ce qu'il y avait encore d'imparfait.

 C'est à mesure que nous grandissons dans la délicatesse de l'amour, que nous prenons progressivement conscience de notre péché, qui est une médiocrité dans notre vie. Il s'agit de comprendre à quel point il y a en nous des refus d'aimer, qui se nichent dans les plus petites choses... qui ne rentrent pas dans des listes communes de péchés que nous commettons au cours du temps. Le péché est alors une révélation, certes douloureuse, mais une révélation quand même : « C'est bien le héros qui sait ce qu'est la médiocrité et non pas le médiocre. »

 L'important, finalement, est d'aimer, car tout est là au fond. Avec le commandement de l'Amour, je ne suis jamais quitte... Le commandement de l'Amour me poursuit et me commande la liberté d'aimer. Vivre en chrétien, ce n'est pas d'abord un contrat avec Dieu mais une Alliance, une relation d'Amour de personne à personne. Quand Jésus me donne le commandement de l'Amour, Il me demande de me laisser élever jusqu'à l'Amour, là où justement, je n'aime pas, parce que je crois que je suis obligé d'aimer, alors qu'en vérité, il n'y a pas d'autre raison que l'Amour lui-même. Le carême est la vérité du cœur appelée à grandir dans l'Amour.

 Finalement, qu'est-ce donc que la conversion? Ce n'est que la « raison d'aimer Dieu , c'est Dieu Lui-même. La mesure d'aimer Dieu, c'est de L'aimer sans mesure. » disait Saint Bernard. (Traité de l'amour de Dieu). La conversion est donc un chemin pour un plus grand Amour de Dieu et du prochain. C'est le chemin de foi, d'espérance et de charité que Marie a demandé un jour à Bernadette à Lourdes. Amen.


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HOMÉLIE DE JEAN VILLEMINOT, diacre permanent de Paris
LE 18 février 2018
1er Dimanche de CARÊME B


Introduction (par Frère Philippe-Marie) : Nous accueillons des couples venus passer ce week end, pour réfléchir à leur vie chrétienne avec Jean Villeminot qui est diacre permanent.

 En ce premier Dimanche du carême, nous regardons déjà le but de notre chemin, et ce but est Pâques, c'est la Résurrection, que Saint Paul appelle « la création nouvelle ». Or dès aujourd'hui, Saint Marc nous « remet », je dirai, dans le jardin de la création; on y retrouve l'homme, au milieu des bêtes sauvages comme au Livre de la Genèse, on y retrouve Satan aussi qui vient le tenter. Autrement dit, Jésus vient reprendre l'œuvre de la création mais Il ne se laissera pas duper par Satan; et cela se termine par les Anges qui viennent le servir. Si Adam et Eve avaient résisté à Satan, les Anges les auraient servis !

 Et c'est notre chemin de vie chrétienne ! Nous aussi, si nous résistons à Satan, eh bien! les Anges viendront nous servir. Eh bien! c'est dans ce combat de Jésus que nous entrons, et nous y entrons avec la force que Jésus nous donne; pour cela, il faut nous unir à Jésus, et, comment nous unissons-nous à Lui ? Eh bien! par la prière, par le jeûne, par le partage, la miséricorde, l'aumône. Eh bien! au seuil de cette Eucharistie, présentons-nous, tels que nous sommes devant Le Seigneur, des pécheurs infiniment aimés par Lui. Ouvrons tout grand nos cœurs à sa Miséricorde.


Homélie de Jean Villeminot (diacre) : Mes Frères, nous avons eu la chance Geneviève, mon épouse, et moi de pouvoir fêter nos 50 ans de mariage avec tous  nos enfants et nos petits-enfants, et nous leur avons fait un cadeau sous forme d'un sketch pour leur livrer ce qu'a été notre vie pendant ces 50 ans dans les moments les plus importants, qu'ils soient souffrants, douloureux, angoissés ou très heureux. Et nous avons été très marqués de voir l'importance qu'ils ont attaché à cela comme un témoignage de vie et nous-mêmes, nous avons été très marqués à l'occasion de cette relecture de  notre vie, de constater, à quel point, de façon non visible, souvent à notre insu, « la main de Dieu » était là et nous a conduits malgré nos péchés, malgré notre faiblesse, et aussi grâce à nos consentements. Et ce fut un très grand bonheur de voir cette présence de Dieu dans notre vie, alors même, que vous le savez, la vie n'est pas une chose simple.

 Jean-Paul II, dans un très beau livre : « Ma vocation, don et mystère », fait une relecture de sa vie sous le regard de Dieu.

 Et l'autre jour, j'entendais une interview du Cardinal André Vingt-Trois, que j'ai beaucoup aimé et connu, avec qui j'ai beaucoup travaillé, était interviewé et faisait une relecture de sa vie en parlant de sa vocation qu'il qualifiait « d'improbable et d'accompagnée ».

 Vous voyez, chacun est appelé à faire une relecture de sa vie pour voir dans ce monde où parfois nous pouvons sembler être submergés par la question de la mort, la question du mal, les difficultés, à voir que Dieu est présent depuis l'Incarnation, éternellement présent depuis son Ascension. Dieu est à l'œuvre et son Royaume se construit. Dieu vient.

 Pourquoi, je vous raconte cela ? Eh bien! Parce qu'au début de ce carême, dans l'année Saint Marc, il y a quelque chose de saisissant. En effet, au début de son évangile, et en très peu de versets, l’évangéliste nous relate le baptême de Jésus, la tentation au désert et le début de son ministère public. Il fait ainsi comme une synthèse, comme pour dire quelle est la colonne vertébrale de toute la vie de Jésus.

 Jésus n'a cessé pendant son ministère, de rejoindre le pauvre et le pécheur, c'est le sens de son Baptême; Il prend sur lui notre condition de pécheur. Paul nous disait, il y a quelque temps : « Il a été fait péché ». Jésus, pendant toute sa vie a mené le combat spirituel contre Satan. Jésus, toute sa vie a été haï par ceux qui auraient dû le reconnaître. Il était entouré de bêtes sauvages, vous retrouvez cette expression dans le psaume 21 que Jésus a prié sur la croix : « ces chiens qui me dévorent. » Et toute sa vie a été annonce de l'Évangile.

 Rejoindre le pécheur, mener le combat spirituel, aimer un monde qui le hait, et annoncer la Bonne Nouvelle. Et si Saint Marc veut nous emmener très vite vers ce qui est la signature de la vie de Jésus, la passion, la mort, la mise au tombeau et la résurrection de Jésus, au début de son évangile, il nous propose comme une relecture de toute sa vie sous ces quatre aspects.

 Alors, s'il est vrai que le carême consiste à se convertir au Christ, c'est-à-dire à se laisser rejoindre par lui, à se laisser aimer par lui, de façon à devenir capable de le suivre, je vous exhorte à faire ceci, mais tout de suite, dès aujourd'hui ou dès demain, ce n'est pas très long; faites une relecture complète de l'évangile selon Saint Marc, calmement, lentement. Relire l'évangile de Saint Marc avec ces quatre points, à travers ces quatre filtres, Jésus rejoint le pécheur, Jésus mène le combat spirituel, Jésus est haï, Jésus annonce la Bonne Nouvelle.

 Et puis, vous réfléchirez, après avoir noté dans cet évangile, à chaque fois, tel ou tel aspect de la vie du Christ, quel est l'appel que Jésus vous adresse pour ce carême. Est-ce qu'il s'agit de rejoindre les autres ? Est-ce qu'il s'agit pour vous de mener un combat spirituel particulier ? Est-ce qu'il s'agit d'aimer ce monde, alors que vous vivez des épreuves difficiles, peut-être dans votre famille ? Est-ce qu'il vous appelle à aller annoncer Jésus-Christ, en Église ? Je ne sais pas ; c'est le secret de votre vocation, le mystère de votre vocation, le mystère de l'appel de ce carême.

 Et si en faisant ce travail de relecture de votre vie, en même temps que vous écoutez cet appel du carême, vous êtes troublé, vous n'hésiterez pas à demander le conseil de l'Église qui vous aidera à discerner. Alors vous serez en mesure de prendre des décisions avec une détermination « déterminée » en rendant grâce à Dieu pour ce qu'il vous aura donné au cours de cet exercice. Bon carême à tous. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
LE 25 février 2018
2ème Dimanche de CARÊME B


Introduction : Lors de la Transfiguration, la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! » Ecoutez Jésus, c'est quoi ? C'est d'abord lire sa Parole et la laisser descendre dans notre cœur pour qu'elle nous interpelle; donc il faut du silence. Nous allons l'entendre tout à l'heure cette Parole, lors de la Lecture de l'Evangile.

 Mais quand on arrive à une messe, il faut être préparé. Il est bon d'avoir lu d'abord cette lecture chez soi. Il y a les missels, Prions ensemble, Magnificat, pour que cette Parole nous ait déjà pénétré et puisse résonner plus fort pendant la Messe.

 Pendant la Messe, il est nécessaire d'avoir un cœur silencieux. Que faire pour cela ? Car lorsqu'on prie, tous les problèmes reviennent vers nous, eh bien! il faut les donner au Seigneur, dire au Seigneur : « je Te les confie, débrouille-Toi, maintenant je ne m'en occupe plus, je m'occupe de T'écouter. » Au début de cette Messe, demandons pardon à Dieu pour toutes les fois où nous avons été si distraits pendant nos Messes, nous avons si peu écouté la Parole de Dieu.


Homélie : Mes Frères, nous avons commencé la lecture de l'Evangile par ces mots : « En ce temps là », en réalité, le terme qui est dans l'Évangile, c'est : « six jours après », sans préciser de quoi il s'agit. Pour les Juifs habitués à lire la Bible, ce langage : « six jours après » signifie : le temps pour se purifier avant d'approcher Dieu. Exemple dans Exode 24,16 : « Moïse, sur la montagne du Sinaï, resta six jours sous la nuée, puis c'est le 7ème jour que Dieu l'appela du milieu de la nuée. »

 Le récit de Marc est tissé de fils bibliques : remarquons les expressions, Moïse, nuée, montagne, construire une tente. La Fête des Tentes en Israël arrive six jours après la Fête de l'Expiation et cette Fête des Tentes est celle où l'on construisait des cabanes pour rappeler l'errance dans le désert avant d'entrer dans la Terre Promise.

 Nous désirons tous rencontrer Dieu un jour. C'est le but de toute vie chrétienne. Ce temps de Carême est un temps de purification par le jeûne, la prière, le partage, ainsi nous nous mettrons sous la nuée, c'est-à-dire sous l'influence de l'Esprit-Saint, pour nous préparer à la Fête de Pâques. Ainsi, nous pourrons prendre conscience de ce qui bloque notre vie spirituelle, pour nous en libérer, afin d'être à l'écoute de Jésus, comme nous y invite Dieu le Père dans l'évangile de ce jour : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! » C'est la phrase qui devrait nous rester toute la semaine.

 L'écouter, c'est en premier lieu, lire sa Parole. C'est Jésus qui nous parle par Sa Parole, dans son Evangile ; et la laisser résonner dans notre cœur, et pour cela il faut un cœur silencieux, un cœur qui écoute, un cœur qui ne soit pas encombré par le péché. Quels peuvent être les péchés qui nous empêchent d'être à l'écoute de La Parole de Dieu ? Ce peut-être, dire du mal de son prochain, refuser de pardonner, entretenir des rancœurs, être jaloux, orgueilleux, trop attaché à l'argent... ce qui nous empêche de partager, ou se laisser aller à ses impulsions sexuelles, ou au manque de vérité.

 Mais chaque fois que devant la tentation, je dis : « je préfèrerais mourir plutôt que de faire ce péché, » Dieu nous en tient compte comme si nous étions réellement mort pour Lui. C'est ce qu'Il a dit à Sainte Mechtilde, un jour qu'elle était très tentée, et qu'elle avait dit : « Je préfère mourir que de faire ce péché ». Donc, nous avons des occasions d'être martyr, en disant : « Jésus, je préfère mourir que faire ce péché, » puisque Dieu nous en tient compte comme si vraiment nous étions mort martyr !

 Dans ces conditions alors, nous ressemblons à Abraham qui n'a pas hésité à offrir son fils unique, celui qu'il aimait beaucoup, pour obéir à Dieu. Dieu le lui a rendu en le comblant de bénédictions. Cet acte d'Abraham, c'est une prophétie en acte de ce que fera Dieu le Père en nous donnant son propre Fils afin qu'Il prenne sur Lui tous nos péchés et en obtienne le pardon pour tous les hommes. On peut dire alors que Dieu le Père et son Fils Jésus nous ont plus aimés qu'eux-mêmes : « il n'y a pas de plus grande preuve d'Amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime, » (Jean 15,13), nous a dit Jésus. Et nous, pour profiter de ce pardon, il nous suffit d'avoir une grande confiance en la bonté de Dieu et accepter sa miséricorde. C'est un cadeau énorme qui se passe dans le Sacrement du Pardon.

 Jésus a pris avec Lui trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, pour aller à l'écart et gravir la montagne. Pourquoi à l'écart et gravir la montagne ? Parce que la montagne est un lieu de silence, coupée des bruits du monde, donc un lieu propice à la prière. Il a fallu faire des efforts pour monter cette montagne. Jésus a passé plusieurs nuits entières sur une montagne pour prier, pour être en entretien avec son Père. Et c'est dans ce lieu de silence que Jésus a voulu se dévoiler à ses trois Apôtres. Avoir chez soi un lieu de prière, c'est-à-dire un lieu de silence, c'est « avoir une montagne », pour y prier dans la paix. Mais il faut faire l'effort,  pour se dégager de tous nos soucis. Le démon en profite, dès que l'on veut prier, il nous ramène tous nos soucis, il faut les donner au Seigneur avant : « Seigneur, je te confie tous mes problèmes pour être en paix, dans le calme et Te prier, » et ainsi, pour pouvoir entendre Sa voix au fond de notre cœur. Il est important d'avoir abandonner ses soucis pour entendre la voix au fond de notre cœur.

 Les Apôtres, au Thabor, ont reçu une forte lumière, ils ont vu rayonner la Divinité de Jésus. Cette vision était pour les préparer à supporter le scandale du jardin de Gethsémani où Jésus dans son agonie, écrasé sous le poids des péchés de tous les hommes, allait leur apparaître entièrement défiguré, se croyant abandonné de son Père jusqu'à verser une sueur de sang. Jean a été le seul à profiter de la leçon entièrement car il fut le seul à avoir accompagné Jésus jusqu'à la croix, il sera le premier Apôtre à croire en sa Résurrection. Mais pour témoigner, il faudra, comme les autres Apôtres, attendre d'avoir reçu la force de l'Esprit-Saint, cette mise sous la nuée avant, dans la prière.

 Lorsque Dieu se manifeste à nous, et nous donne une lumière, c'est pour nous aguerrir en vue d'un combat ultérieur, et c'est aussi pour faire de chacun de nous son témoin, là où nous sommes, car personne n'est chrétien pour lui tout seul; nous sommes tous solidaires les uns des autres. Notre lieu d'illumination, c'est la Prière accompagnée de la Parole de Dieu. Pourquoi tant de jeunes abandonnent-ils la fréquentation de l'Eglise ? C'est, il me semble parce qu'ils ont abandonné la Prière ou ne l'ont jamais vécue en vérité. Ils ont pu seulement réciter des formules sans en comprendre le sens profond. Peut-être, qu'ils n'ont trouvé personne pour les aider à prier en vérité. Ne s'étant pas mis sous la nuée, donc sous la prière, ils n'ont pas été à l'écoute de Dieu. N'étant plus à l'écoute de Dieu, n'ayant pas de lumière sur Dieu, ils ne sont plus intéressés par Dieu, alors, ils préfèrent le sport ou autre chose.

 Puisque pour témoigner, il faut la force de l'Esprit-Saint, où allons-nous la trouver ? La Messe est un lieu privilégié pour recevoir cette force de l'Esprit-Saint, car toute Messe est une effusion de l'Esprit-Saint pour ceux qui la vivent avec foi et attention. L'Eucharistie nous donne le Pain de Vie. Si nous communions avec Foi et Amour, c'est la Force de Dieu qui pénètre dans nos cœurs et nous rend capables d'être témoins du Seigneur, là où nous sommes : dans notre famille, dans notre voisinage, dans notre milieu de travail. Il nous suffit alors de compter sur Dieu. Il est un psaume 21,6 qui nous le dit merveilleusement : « Ceux qui t'espèrent, Seigneur, ne seront jamais déçus. » Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE 4 mars 2018
3ème Dimanche de CARÊME B


Introduction : « La pluie et la neige qui descendent des cieux, » dit Le Seigneur, au Livre d'Isaïe, « n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre et l'avoir fait germer, ainsi ma Parole ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission ». Ce temps, ce climat que nous venons de vivre, de gel, de neige et de dégel, est bien l'image de ce que Le Seigneur veut faire en nos cœurs, en ce temps de Carême; nos cœurs parfois gelés, bloqués, durcis par le péché, mais que la grâce de Dieu, comme cette neige, peut abreuver, assouplir, pour porter de nouveaux fruits de l'Esprit; alors laissons cette Parole de Dieu qui est efficace, si nous la laissons pénétrer. Oui laissons sa grâce et sa Parole de Dieu pénétrer et travailler la terre de nos cœurs. Reconnaissons que nous sommes pécheurs.


Homélie : Nous connaissons bien cet Evangile , et peut-être, pourtant, restons-nous toujours un peu surpris, par cette violence du Christ. Elle est quand même unique à ce degré dans l'Evangile.!! Il y a bien d'autres passages où le Christ a une violence verbale à l'endroit des scribes et des pharisiens, de ses adversaires, qui sont toujours à essayer de l'attaquer, à le « coincer » mais là ce n'est pas seulement une violence verbale, c'est une violence physique « sainte colère » comme on l'appelle ! Pourtant, lorsque nous entendons parfois parler d'une église qui est profanée, voire saccagée, monte en nous une légitime et profonde indignation et même colère, et là aussi je crois qu'elle est « sainte » cette colère là ! Parce que l'on s'attaque  à ce qu'il y a de plus sacré pour l'homme, quel que soit sa religion d'ailleurs, eh bien! on le blesse dans ce qu'il y a de plus profond, et donc c'est très grave. Si Jésus s'est mis, ce jour là, à ce point en colère « une sainte colère », c'est donc le signe qu'il y a là, une raison très importante.

 Ce n'est pas la présence des changeurs et des marchands comme telle, qui provoque la colère de Jésus, car les sacrifices d'animaux, étaient bien prescrits par la loi mosaïque; les pèlerins qui venaient de toute la Terre Sainte et parfois de plus loin avaient bien besoin de se procurer ces animaux offerts en sacrifice, de même que nous sommes bien contents de trouver dans l'enceinte du sanctuaire de Lourdes des bougies et des cierges à offrir, et autre chose. Et puis la monnaie qui circulait, c'était la monnaie de César, comme nous le savons par un autre passage de l'Evangile, une monnaie païenne, donc une monnaie impure ! Et il n'était pas question de faire des offrandes au Temple avec cette monnaie étrangère, donc, il fallait des changeurs.

 Ce n'est pas cela qui provoque l'indignation de Jésus, c'est le fait que ces marchands, tout entiers affairés par l'appât du gain, ont perdu de vue qu'ils sont dans le lieu le plus Saint d'Israël, le Temple, « la maison du Père », comme l'appelle Jésus; ils ont perdu de vue la destination essentielle de ce lieu sacré : la Rencontre et l'Alliance entre Dieu et son peuple. « Vous en avez fait une maison de commerce ! »

 Dans les Evangiles synoptiques qui relatent tous les trois aussi, comme Saint Jean, cette scène, ce qui montre combien elle a frappé, elle a circulé dans la tradition orale, les Evangiles synoptiques relatant le même fait, Jésus à des paroles encore plus cinglantes tirées des prophètes Isaïe et Jérémie et déclare : « il est écrit : "ma maison sera appelée une maison de prière, mais vous, vous en faites un repaire de brigands." » Comme le dit synthétiquement ce commentaire : « les affaires, le business, comme on dit maintenant, ont remplacé la prière dans ce lieu qui était fait pour cela. » Le peuple est retombé dans l'idolâtrie, la course à l'argent et l'esclavage, commerce sans cesse ! Oubliant ce que Dieu avait fait pour lui, ce Dieu qui les avait libéré des idoles et de cet esclavage « à grand prix et à mains fortes », comme dit l'Ecriture. Alors, on comprend la colère du Christ, la colère du Fils qui défend son Père, « Celui qui a tant aimé le monde, qu'Il a donné son Fils. » Un Dieu pauvre, un Dieu qui donne tout.

 Mais notre monde occidental libéré depuis 2000 ans, depuis des siècles, peu à peu libéré de toutes ces idoles et de cet esclavage que les hommes font peser les uns sur les autres, n'est-il pas trop souvent le théâtre de nouvelles idoles, à commencer par l'argent, encore et toujours, que dénonce si souvent notre Pape et de nouveaux esclavages, à commencer par celui du travail, lorsque précisément ce n'est plus l'homme mais l'argent qui est mis au centre.

 Mais revenons au Temple de Jérusalem. On ne dira jamais assez combien la moindre de nos belles petites églises de nos campagnes est plus sacrée encore que le Temple de Jérusalem. Lorsqu'au Tabernacle, Jésus, le Fils de Dieu, est réellement présent dans l'Eucharistie consacrée à la Messe. Nous savons que c'est La Présence Réelle par excellence qu'est l'Eucharistie.

 Peut-être faudrait-il nous demander sincèrement si nous ne nous sommes pas trop habitués, nous pratiquants aussi, à cette Présence Réelle du Christ parmi nous; si nous ne sommes pas gagnés parfois par une routine, voire une certaine indifférence dans nos gestes et nos rites. Un dominicain du XIVème siècle, Henri Suso, écrivait ceci : Souvent? on va à la Sainte Table sans réfléchir, vide d'Amour, l'âme en revient vide de grâce. » On reçoit à la mesure de sa foi, de son désir.

 Mais il faut aller plus loin encore : « Vous êtes le Temple de Dieu! » dit saint Paul aux Corinthiens (3,16) « et l'Esprit de Dieu habite en vous. » Depuis notre baptême en effet, le Père, le Fils et l'Esprit-Saint ont fait leur Demeure en nous. L'Amour, le zèle pour ce Temple que nous sommes brûle aussi dans le Cœur de Jésus, à plus forte raison, plus encore que pour le Temple de Jérusalem ! Nous sommes plus précieux que le Temple de Jérusalem ! C'est pourquoi, Il ne peut accepter, Jésus, que notre cœur, notre âme, restent souillés, défigurés par nos péchés.

 En ce temps de carême, Jésus nous presse de nous laisser purifier, renouveler par sa grâce. Nos cœurs « Temple de Dieu » faits pour la communion avec Lui et avec les autres ne sont-ils pas souvent souillés par le culte du « moi », on ne se l'avoue pas, on n'emploie pas ce mot mais quand nous nous préférons à la volonté de Dieu, c'est le culte du « moi », nous adorons notre « moi » plus que le Seigneur. Par le culte du « moi », par la paresse spirituelle, notre peu de prière, notre peu de lecture spirituelle, par nos conflits familiaux, par nos avidités désordonnées de tous genres, nos indifférences, nos fermetures aux autres, nos médisances et nos mensonges; Vous avez reconnu l'envers du Décalogue et il est bon de reprendre de temps en temps ce Décalogue et de voir en quoi il nous concerne. « tu ne tueras pas ! » « je n'ai pas tué » disons-nous ! oui, mais on peut tuer par nos paroles !

 Jésus nous presse de nous laisser purifier, libérer, soigner, recréer dans le Sacrement de Réconciliation, ne manquons pas ce rendez-vous avec Notre Père miséricordieux, venons déposer en Lui, nos vies, telles qu'elles sont.

 Alors, nous connaîtrons déjà la joie pascale, la joie qui vient de la victoire du Christ en nous, certes c'est cette victoire-là maintenant que Jésus veut remporter et peut remporter si nous Le laissons faire. La victoire du Christ Amour et Vérité dans notre cœur. Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
LE 11 mars 2018
4ème Dimanche de CARÊME B


Introduction : Nous souhaitons la bienvenue aux étudiants et jeunes professionnels qui nous aident à chanter, qui forment un groupe, qui s'appelle… «  Fidei Cantores ».

 Nous arrivons à la mi-carême et donc il y a déjà cette joie de Pâques qui commence à se faire sentir; joie des cœurs qui se laissent renouveler, vivifier par Le Seigneur, et nous sommes aujourd'hui invités à tourner notre regard, élever notre regard vers le Christ en croix qui est la source de notre vie ; et nous sommes invités à mettre toute notre foi, c'est-à-dire toute notre confiance en Lui, car c'est de Lui que vient le salut. Eh bien! au seuil de cette Eucharistie, élevons notre regard vers Celui que nous avons transpercé, confessons nos péchés, et accueillons sa miséricorde.


Homélie : Notre chemin de carême se poursuit, nous sommes à mi-chemin de la route qui nous conduit vers Pâques, et la route qui nous conduit vers Pâques passe d'abord par le Golgotha, c'est-à-dire par le mystère du rejet par l'homme de l'Envoyé de Dieu.

 Les lectures de ce dimanche nous le font pressentir. La 1ère lecture, tirée du second Livre des Chroniques, est une relecture de l'histoire d'Israël, après le retour de l'exil à Babylone. Le peuple d'Israël est un peuple saint, c'est-à-dire, un peuple mis à part, parce qu'il appartient à Dieu, le « Trois- fois- Saint ».

 Ce n'est pas si simple, et ce n'est pas confortable d'être un peuple à part, et la grande tentation, c'est de faire comme les autres peuples, de se couler dans les mentalités ambiantes. Les chefs des Prêtres et le peuple ont multiplié les infidélités en imitant les pratiques des nations païennes, c'est-à-dire qu'ils ont pratiqué l'idolâtrie, jusque dans le Temple de Jérusalem, où il y avaient des idoles, et donc ils l'ont profané.

 Nous, qui avons été plongé dans les eaux du Baptême, nous avons, nous aussi, été mis à part, pour former le peuple chargé de proclamer les merveilles de « Celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable Lumière, » dit Saint Pierre (1 Pi 2,9). Notre tentation n'est-elle pas la même que celle du peuple d'Israël? celle de taire les merveilles que Le Seigneur a faites pour nous; tentation de privatiser notre foi, de ne plus oser témoigner de notre foi en face du monde devenu étranger à la foi; tentation de ne pas nous faire remarquer, de passer inaperçu, et finalement de faire comme tout le monde.

 A quoi cela sert finalement de témoigner de notre foi, d'agir selon notre foi, de voter selon notre foi, -c'est plus pratique de faire comme tout le monde ? Et Dieu a envoyé sans se lasser ses messagers, ses prophètes, pour interpeller les consciences, pour rappeler chacun à la fidélité. Mais les prophètes ont été moqués, tournés en dérision. Longue patience de Dieu, largeur de sa miséricorde, jusqu'à ce qu'arrive l'invasion par Nabucodonosor et la déportation à Babylone.

 Nous aussi, depuis plus de cent ans, nous bénéficions de la miséricorde du Seigneur qui n'a cessé d'envoyer ses Prophètes ! Il n'est que de regarder la valeur des Papes depuis cent ans, qui tous ou presque sont canonisés, ou en voie de l'être ! Quel cas faisons-nous de leurs enseignements, de leurs avertissements? Combien de temps continuerons-nous à abuser de la Miséricorde qui nous est faite ?

 « L'Exil à Babylone a duré 70 ans, le temps que soit compensé tous les sabbats profanés, » -nous a dit l'Ecriture-; et nous, qu'en est-il de nos dimanches ? Ne sont-ils pas massivement profanés lorsqu'à peine 4% des catholiques de France pratiquent au moins une fois par mois ; les sondages n'osent même plus donner les chiffres de ceux qui pratiquent tous les dimanches ! Tout cela nécessitera réparation.

 Saint Paul, dans notre 2ème lecture, contemple, lui aussi, la richesse de la miséricorde de Dieu manifestée dans le Christ, mort et ressuscité.

 « Nous étions tous des morts à cause de nos fautes » dit-il , mais dans la richesse infinie de sa grâce, Dieu nous a comme greffés sur le Christ ressuscité, gratuitement ; et donc de morts que nous étions, nous sommes «  co-rendus » à la vie avec le Christ, nous sommes « co-ressuscités », et «  co-assis » dans les cieux, dans le Christ Jésus. J'essaie de rendre, comme je peux, ces mots forgés par Saint Paul pour exprimer combien nous recevons tout de l'humanité glorifiée du Christ; mais ces mots sont absolument impossibles à traduire tels quels, à rendre dans la langue française.

 Nous sommes ainsi en face d'un double paradoxe :

 1er paradoxe : « C'est bien par grâce que nous sommes sauvés . Cela ne vient pas de nos mérites, cela ne vient pas de nos actes; il n'y a pas à en tirer orgueil. » Et en même temps , nous ne serons pas sauvés sans nous, sans que nous apportions notre part pour être sauvés, et cette part nécessaire, quelle est-elle ? C'est l'acte de croire, c'est-à-dire cet acte d'accueillir ce salut qui nous est acquis et qui nous est offert, personne ne pourra l'accueillir à notre place.

 Le 2ème paradoxe, c'est qu'il nous faut croire, c'est-à-dire mettre notre confiance en celui qui a échoué, il nous faut mettre notre confiance en cet homme élevé, comme autrefois le serpent élevé sur un mât dans le désert. Et c'est notre Evangile ! Il nous faut mettre notre confiance en cet homme qui a échoué, qui a été maudit puisqu'il est écrit : « maudit soit celui qui est pendu au bois ».(Ga3,13)

 « Car Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, » son Unique- Engendré ».(Jn 3,16)

 Deux verbes qui expriment l'attitude de Dieu : aimer et donner. Dieu aime et Il donne. Il aime en donnant; Il aime et Il donne à ceux qui ne l'aiment pas, à ceux qui sont ses ennemis, et que donne-t-Il ? « Son Unique », c'est-à-dire celui sans qui Il n'est pas !...

 Le Père n'est pas, si le Fils n'est pas, et Il nous le donne. Et cet « Unique » qu'allons-nous faire de Lui? Nous allons » l'élever » sur une croix.

 Jésus est élevé, parce que c'est sur la croix que son Amour est le plus haut et le plus élevé, Amour qu'Il rend à son Père et Amour qu'Il manifeste à ceux-là même qui le crucifient, c'est-à-dire à nous !

 « Tout homme qui croit, obtient par Lui la vie éternelle. » nous dit Saint Jean. « Celui qui croit en Lui, échappe au jugement.» Sur la croix, nous voyons révélé le péché , notre péché, c'est notre péché qui est pendu au bois de la croix ! Puisque Jésus en croix porte le péché du monde entier; Il s'est identifié au péché du monde entier; ce péché qui avait déjà été symbolisé par le serpent d'airain dans le désert, le péché qui donne la mort, comme les serpents qui avaient mordu les Hébreux dans le désert.

 Et en même temps sur la croix nous voyons révélé l'Amour qui sauve, l'Amour qui rachète, l'Amour qui répare. Sur la croix nous voyons révélé l'Amour inconditionnel ! Alors, devant le crucifié, il nous est demandé deux choses :

- d'y voir mis en lumière notre péché, mon péché ! C'est-à-dire, de faire œuvre de vérité sur ma vie. Quand je regarde Jésus en croix, je suis appelé à faire œuvre de vérité sur ma vie : c'est bien moi qui l'ai mis en croix et c'est bien mon péché qui l'a cloué sur la croix.

- Et il m'est demandé de voir en même temps, l'Amour qui met à mort mon péché. « Nous avons cru à l'Amour. » dira Saint Jean; Saint Jean qui a été témoin de la croix, qui était présent au pied de la croix.

 Et nous ? Voulons-nous croire à cet Amour, voulons-nous mettre toute notre confiance dans cet Amour, voulons-nous accueillir cet Amour, voulons-nous faire la vérité sur nous-mêmes et sur cet Amour pour venir à la Lumière? C'est bien tout l'enjeu de notre carême et c'est tout l'enjeu de notre vie. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
LE 18 mars 2018
5ème Dimanche de CARÊME B


Introduction : La Communauté est heureuse d'accueillir des familles en retraite de Marie Espérance, des scouts, des guides de France d'Evron, de Château-Gontier et du Mans, avec deux séminaristes de la Communauté Saint Martin.

 Veuillez vous asseoir; Nous allons tous faire le signe de la Croix. Prenons le temps de faire un beau signe de Croix, qui est le signe du Chrétien, qui nous rappelle que Dieu Notre Père nous a donné son Fils pour nous sauver de la mort éternelle, que Jésus a lavé nos péchés dans son sang et que, par ses Saintes Plaies, Il nous communique l' Esprit-Saint. Sachons, en outre, que l'Eglise nous donne des grâces spéciales si nous faisons ce signe de croix avec amour, elle nous permet de gagner à chaque fois une indulgence partielle; indulgence, cela veut dire pardon; partielle cela veut dire que c'est limité parce que c'est dû à notre degré de foi, qui sert à diminuer les peines du purgatoire que nous devrions subir un jour, à cause de nos péchés, ou bien celle d'un défunt. C'est une grande grâce ! Et voyez si nous faisons dix signes de croix par jour, si les peines sont petites, cela fait quand même pas mal, multiplié par 365 fois par an, et plusieurs années, on peut diminuer beaucoup son purgatoire ou même celui de nos parents défunts, alors, mettons-nous debout.

 Ensemble faisons ce signe de Croix : "Au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, amen."… Jésus, dans l'évangile de ce jour, nous dit que « lorsqu'Il sera élevé de terre, Il attirera tout le monde à Lui, » élevé de terre, c'est-à-dire, mis en croix. Eh bien, accueillons Jésus et demandons-lui pardon pour tous nos péchés.


Homélie : Frères, l'évangile de ce jour nous dit : « Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors et moi, quand je serai élevé de terre j'attirerai à moi tous les hommes. » C'est par sa mort sur la croix que Jésus a été élevé de terre et a vaincu Satan. C'est par sa mort sur la croix que Jésus nous a sauvés de l'enfer. Ce salut, c'est la chose la plus précieuse qui puisse exister pour nous, car il nous ouvre la porte du ciel, la porte du bonheur éternel. Un beau crucifix dans notre maison est un excellent moyen de nous le rappeler, ainsi qu'à nos enfants, car les enfants comprennent vite et bien, encore faut-il qu'il soit à la place d'honneur; il le mérite! Un proverbe dit : « Loin des yeux, loin du cœur ». Nous ne devons pas craindre les quolibets, ni rougir de la croix, ce serait rougir de Jésus.

 L'enfant, tout petit, si on l'instruit des choses de Dieu, comprend vite? avec son sentiment, l'importance de la croix. Un jour, une grand-mère m'a raconté ce fait. Elle était allée rendre visite à sa petite-fille de 2 ans. Celle-ci lui présenta un crucifix en lui disant : « bobo Jésus, bisou Jésus »; ce que fit la grand-mère, à la grande joie de l'enfant. C'est parce qu'ils sont innocents que les petits enfants comprennent vite les choses de Dieu. C'est le péché qui met un voile devant nos yeux et nous aveugle sur la bonté de Dieu et les choses de Dieu. Jésus n'a-t-Il pas dit : « que le ciel appartient aux petits enfants et à ceux qui leur ressemblent ? »

 La croix est le signe du Chrétien, c'est pourquoi nous commençons nos prières par le signe de la croix. Un beau signe de croix fait fuir le démon et nous donne, je l'ai dit tout à l'heure, une indulgence partielle, c'est-à-dire une diminution des peines du purgatoire.

 Un jour, un incroyant, venu interroger Sainte Bernadette sur les apparitions, a obtenu sa conversion par la seule façon dont Bernadette fit devant lui le signe de la croix, tel que le lui avait montré la Vierge Marie; un signe recueilli, ample et lent.

 N'ayons pas peur de saluer les croix élevées sur le bord de nos routes en faisant le signe de la croix. Elles nous rappellent que c'est le sang de Jésus qui nous a purifiés de tous nos péchés. Pendant ce carême, chaque vendredi nous faisons le Chemin de la Croix et nous terminons en embrassant la croix de Jésus, symbole de son immense Amour pour nous.

 En mettant un beau crucifix dans nos maisons, et pourquoi pas dans chaque pièce, nous pourrons regarder Jésus en silence. Voir ses pieds, ses mains clouées au bois, sa tête couronnée d'épines, son cœur transpercé, et tout cela à cause de nos péchés, car Il nous aime ; et Jésus a dit à Sœur Marie Marthe Chambon : «  si tu fais cela, tu libères cinq âmes du purgatoire ». Il a dit également, un jour, à Sainte Faustine : « Si tu savais combien Je t'aime, tu en mourrais de joie ». C'est vrai pour chacun de nous.

 Il a encore dit à Sœur Marie Marthe Chambon, dans ses apparitions à la fin du XIXème siècle, et dont Monseigneur De Castellan, archevêque de Chambéry a fait l'éloge de ce récit : « Je t'apprendrai à aimer, car tu ne sais pas le faire : la science de l'amour de Dieu se donne qu'à l'âme qui regarde le crucifié et lui parle cœur à cœur. Le crucifix, voilà ton livre. Toute la vraie science est dans l'étude de mes plaies. Dans chacune de tes actions, il te faut être unie à moi.»

Et encore : « Avec mes plaies et mon cœur divin, vous pouvez tout obtenir. Mes plaies répareront les vôtres. Ceux qui honorent mes plaies recevront une vraie connaissance de Jésus-Christ. Lorsque vous avez quelques peines, quelque chose à souffrir, il faut vite les apporter dans mes plaies... Il faut souvent répéter auprès des malades cette aspiration : "Mon Jésus, pardon et miséricorde par les mérites de vos Saintes Plaies!" Cette prière soulagera le corps et l'âme... Beaucoup de personnes éprouveront l'efficacité de cette aspiration... Je désire que les prêtres la donnent souvent à leurs pénitents au saint tribunal de la confession. Le pécheur qui dira la prière suivante : "Père éternel, je vous offre les plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes," obtiendra sa conversion, mon pouvoir est dans mes plaies, avec elles tu deviens toute-puissante, oui, tu peux tout obtenir. »

Il lui dit encore : « Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon Père les mérites de mes Divines Plaies, vous gagnez une fortune immense. Vous êtes semblable à celui qui trouverait dans la terre un grand trésor. Mais comme vous ne pouvez conserver cette fortune, Dieu la reprend et ma Divine Mère aussi, mais pour vous la rendre au moment de la mort et en appliquer les mérites aux âmes qui en ont besoin. »

 Que faisons-nous à la messe ? En union avec le prêtre qui élève l'hostie et le calice, dans la foi, nous offrons à Dieu Notre Père le Corps et le Sang de Jésus. Donc, nous gagnons à ce moment-là une fortune spirituelle, si nous le faisons avec grande foi, fortune qui servira pour nous quand nous irons vers le ciel et pour les âmes du purgatoire. « Les Saintes Plaies sont le trésor des trésors des âmes du purgatoire, » a dit encore Jésus à cette Sœur. A chaque fois, à chaque messe, c'est Jésus qui est élevé et qui attire tous les hommes à Lui. Amen.


NB: Ces paroles de Jésus à Sœur Marie Marthe Chambon sont tirées du petit livret « Sœur Marie Marthe Chambon », les Saintes Plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ; éditions DFT


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 25 mars 2018
PROCESSION du DIMANCHE DES  RAMEAUX  B


Homélie : Pâques approche, la Semaine Sainte commence et celle-ci ne s'achèvera ni le vendredi de la mort, ni le samedi du silence tombal de Dieu, mais le dimanche de la Résurrection du Christ. Une semaine dramatique qui s'ouvre sur un triomphe de gens en fête, se poursuit dans un climat de tension entre haine et amour, et culmine en cette manifestation de miséricorde qu'est la Fête de Pâques.

 La première partie de notre célébration est sur les Rameaux, c'est-à-dire sur le triomphe de Jésus reconnu solennellement comme étant Le Christ. Le peuple de Jérusalem accueille Jésus en chantant et agitant des branches d'olivier, feuilles de palmiers et autres feuillages coupés dans les champs. L'entrée est triomphale, Il entre dans la ville Sainte pour célébrer la nouvelle Pâques qui délivre l'homme de l'esclavage du péché et de la mort parce qu'Il aura donné sa vie en sacrifice. Jésus entre en triomphe dans la ville de Jérusalem, mais surtout Il entre dans la joie de tout cœur fidèle.

 L'absurde, humainement parlant, c'est que pour entrer en Roi dans la ville, Il ait souhaité emprunter une monture, demandant alors à ses disciples de se rendre chez le propriétaire d'une ânesse, car «  Le Seigneur en a besoin ». Isaïe l'avait annoncé. Est-il possible que Dieu ait un quelconque besoin ? Dieu est tout et Il a tout fait, comment peut-Il avoir besoin de quelque chose ? Pourtant dans Le Messie, Dieu se fait mendiant de notre amour, par amour. Et aujourd'hui, Il a « besoin » d'un âne pour entrer « en Roi » dans la ville de Jérusalem. « Comme Il eut besoin d'une ânesse et de son ânon, à chaque instant Jésus a besoin de tout ce que je peux Lui donner, pour que mon pauvre cœur entre dans la Jérusalem céleste de sa charité ».

 Le peuple de Jérusalem est en fête parce que celui qui était attendu depuis des siècles comme leur libérateur et l'homme qui les aurait guidés vers une vie en plénitude, fait son entrée en ville. Ce peuple rend aujourd'hui hommage à la Vérité de l'Amour, qui libère. Dans l'attente, le peuple juif est passé par un nombre incalculable d'expériences : progrès, chûtes, victoires, évènements politiques, prophéties. Mais la pensée constante du peuple élu, depuis l'exil de Jérusalem, était cet élément projeté dans l'avenir : l'avènement de Celui qui l'aurait sauvé.

 Alors, et aujourd'hui encore, cet avènement devient réalité avec l'entrée solennelle du Christ dans la ville sainte. Il est important d'observer que c'est le petit peuple et les purs de cœur qui l'ont reconnu. Les enfants, les tout-petits, dotés d'un cœur pur et simple, sont en effet les premiers à avoir crié : Hosanna au fils de David. Le petit peuple, le premier à avoir répondu à la question toujours actuelle : « Qui est ce Jésus de Nazareth qui a prêché durant trois ans sur les routes de Galilée et de Judée ? ». En ce lumineux jour des Rameaux, le petit peuple a une grande intuition de la réalité : Jésus est le Christ; c'est Lui le centre de l'histoire; Lui que l'on attend depuis dès siècles, le vrai Roi, Celui qui donne le bonheur.

 La Passion du Christ submergé par l'Amour.

 La seconde partie de la célébration liturgique d'aujourd'hui porte sur la Passion d'un Homme-Dieu passionné. La célébration de cette Pâques est rendue « possible » par l'acceptation de la Passion, que Saint Marc nous raconte en mettant en premier plan les faits et les situations, et non les paroles.

 Au fur et à mesure que de Béthanie, où Marie-Madeleine a oint ses pieds, l'on s'enfonce dans la Passion, nous voyons Jésus entrer dans un silence de plus en plus profond, jusqu'à finir par se taire complètement. Cette phrase « C'est toi-même qui le dis », est tout ce qu'Il dira, au moment où Il lui faut répondre aux questions de Pilate. Il ne dira plus rien jusqu'à la terrible invocation : « Eloi, Eloi, lamà sabactani ( Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?) » (Mc,15,34) et au grand cri poussé avant d'expirer (Mc,15,36). Ainsi s'accomplit, jusqu'à l'extrême limite, l'abandon de Jésus qui semblerait abandonné également par son Père. On peut dire que Saint Marc nous offre deux éléments sur la façon dont Jésus vit cet abandon.

 Le premier est la prière que Jésus adresse au Père sur la colline de Gethsémani : « Abba... Père, tout est possible pour Toi. Eloigne de moi cette coupe. Cependant  non pas ce que moi, je veux, mais ce que Toi, Tu veux ! » (Mc,14,36). Jésus vit cette douloureuse adhésion à la volonté du Père comme s'Il répétait à chaque instant : « Non pas ce que je veux, mais ce que Toi, Tu veux ». Et si au début, Jésus, pendant sa prière au mont des oliviers, est décrit comme un homme pris par l'angoisse et la peur, à la fin - après la prière - on le revoit à nouveau serein et ferme : « Levez-vous ! Allons ! Voici qu'il est proche, celui qui me livre ». Le Père n'a pas dispensé Jésus du calvaire de la Croix, mais l'a aidé à traverser l'épreuve.

 Le second élément est l'invocation de Jésus sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi...? » Comme on le sait, il s'agit du début du psaume 21(22), une prière qui exprime l'intense souffrance d'un juste persécuté, mais aussi son incontrôlable confiance en Dieu. Nous aussi, comme les femmes, nous sommes invités à « observer » (Mc,15,40) : contemplons la souffrance et la mort du Seigneur pour découvrir en elle la révélation inattendue du Fils de Dieu qui reste tenacement, obstinément, fidèle à la « folie » de l'amour et qui va sur la Croix pour chacun de nous, pour l'humanité entière.

 Sur la Croix aussi, Jésus est insulté et il semblerait que la logique du don qui a guidé toute sa vie lui soit nié : un don, qui est ici à l'envers, mal compris, et se retourne contre Lui : « Il en a sauvé d'autres, et Il ne peut se sauver lui-même ! » « Qu'Il descende maintenant de la Croix, le Christ, le Roi d'Israël; alors nous verrons et nous croirons. » Face à Jésus, si nous regardons cette scène du point de vue des personnes présentes, nous constatons deux types de foi, et Jésus en Croix est la ligne de partage entre les deux.

 D'un côté, la foi de ceux qui prétendent que le Messie abandonne la Croix et accomplisse des miracles. Je pense aux passants, aux scribes et aux prêtres présents sur le Calvaire pour voir comment tout cela va finir. De l'autre, la foi de ceux qui, comme le centurion, voient dans la Croix la divinité de Jésus : « voyant comment Il avait expiré, il déclara : "Vraiment, cet homme était  Fils de Dieu !" ». C'est sur la Croix que l'on sait vraiment qui est Jésus et dans quel sens Il est le Messie et le Fils. Nous pouvons dire que le centurion païen est un exemple de vrai croyant...

 Comme le Christ se livre et ouvre son cœur, sachons ouvrir la nôtre pour accueillir son Amour sauveur ! … Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE jeudi 30 mars 2018
JEUDI-SAINT, Eucharistie de la CÈNE


Introduction : Aujourd'hui, c'est Jour de Fête en mémoire du Seigneur. Jour de Fête, et pour le cœur de Dieu, car Dieu se donne; sa plus grande joie, c'est de se donner. Il se donne dans son Corps et son Sang. Il se donne ensuite pour perpétuer cet Amour à travers l'institution du Sacerdoce.

 Et ce soir, avec Marie et les disciples, nous sommes au Cénacle, « sachant que l'heure était venue pour Jésus de passer de ce monde à son Père ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout, » (Jean 13,1), jusqu'à l'extrême de l'Amour. Extrême de l'Amour de Jésus, le Fils du Père prend la place de l'esclave, à genoux, devant ses apôtres, pour leur laver les pieds. Extrême de l'Amour, Agneau immolé dans le don de son Corps et de son Sang, première Eucharistie, ce soir du Jeudi-Saint. Extrême de l'Amour par la consécration de ses apôtres comme Prêtres pour actualiser quotidiennement sa Présence sacramentelle. Extrême de l'Amour par sa mort comme un esclave sur la Croix le Vendredi-Saint; mais Seigneur, par sa Résurrection dans la Nuit Pascale, Seigneur par le don de son Esprit. La victoire de l'Amour de Dieu est pour chacun de nous le don de sa Miséricorde dans le Pardon de nos péchés. La Joie de Dieu est de nous voir vivre de L'Amour de Dieu : « comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » Jean 13,34). Entrons dans cette Eucharistie, dans cette Célébration de l'Action de Grâce en nous reconnaissant pauvre de cet Amour, en nous reconnaissant pécheurs.


Homélie : Chers Frères et Soeurs, ce soir, même si nous ne sommes pas très nombreux, nous sommes invités à revivre l'ultime Repas de Jésus avec les siens, avant d'en être séparé par sa Passion et sa Mort. Saint Jean s'attache longuement à restituer le climat qui imprégna la Sainte Cène. Le geste de Jésus s'abaissant volontairement jusqu'à laver les pieds de ses disciples, provoqua une forte impression. Le Seigneur se livre, il importe que nous entrions dans l'âme et dans le cœur du Seigneur.

 Apprendre à s'abaisser, Marie l'a souvent fait pour Jésus, c'est le geste naturel de l'amour d'une mère pour son enfant en accomplissant les gestes que l'enfant ne peut pas faire. C'est aussi le geste de compassion d'un adulte devant une personne malade, handicapée ou âgée, pour accomplir les gestes qu'ils ne peuvent plus faire. Dans ces « petits » et ces « pauvres », ceux-là font l'expérience de la rencontre du Christ, et Jean Vanier appelle cela : «  la rencontre de la tendresse avec la vulnérabilité » mais il se pose la question; celui qui se pense fort, indépendant, centré sur lui-même saura-t-il voir et entendre son frère dans la nécessité? Connaîtra-t-il la joie de s'ouvrir, de servir et de s'offrir.

 Ce soir, l'Amour du cœur de Jésus est en même temps dans la joie de son retour au Père et déchiré par l'abandon des siens : « sachant que l'heure était venue pour Lui de passer de ce monde à son Père, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. » (Jean 13,1). Ce soir, le "jusqu'au bout" de l'Amour de Jésus se révèle dans la proximité, l'abaissement, l'humilité du service et le don de lui-même, « comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34).

 De quel Amour le Seigneur nous a-t-Il aimés ? Le Seigneur nous a aimés d'un Amour de prévenance, de préférence, de présence, et nous savons que son Amour est concret, réel et éternel. Le Seigneur est fidèle dans ses promesses, son Alliance.

 Amour de prévenance , nous en avons dans la lecture de l'Exode qui nous évoque un calendrier, un choix, un sacrifice, un repas et un événement. Dieu libère le peuple hébreu de 430 ans d'esclavage, ce n'est vraiment pas rien ! Pour ce peuple, la sortie d'Egypte est une renaissance, un jour nouveau, une pâque, un passage, célébré par un sacrifice, celui de l'agneau immolé dans le sang, dont le sang marquera les montants et les linteaux de l'entrée des demeures. Le sang de l'agneau symbolise le salut de tout un peuple.

 Le repas de l'agneau pascal rappelle aussi le sacrifice d'Isaac qui prépare et annonce celui de la Cène que nous célébrons en Jésus l'Agneau de Dieu immolé pour le pardon de nos péchés et pour notre salut.

 Ce soir, pour nous, que signifie manger l'Agneau Pascal en célébrant la Cène ? Saint Paul, dans la 2ème Lecture, nous présente le récit de l'actualisation de l'Alliance dans l'institution de l'Eucharistie avec la recommandation du Seigneur d'accomplir son acte en mémoire du Seigneur lui-même. En ce Jeudi-Saint, nous ne choisissons pas notre Agneau Pascal; le Christ-Jésus, Agneau Pascal, prêtre et victime s'offre Lui-même; c'est Lui qui donne et se donne : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Il se donne en nourriture et c'est dans son sang que nous sommes sanctifiés et sauvés. Nourris du Pain de Vie, l'Esprit-Saint, dont la colonne de feu n'était qu'un symbole, nous guide vers le nouvel exode, terre de liberté, d'amour, de paix et de joie : la Demeure du Père, voilà notre destinée.

 Le Seigneur nous aime d'un Amour de préférence.

Ce soir, Saint Jean décrit longuement le geste du lavement des pieds qui précède  le sacrifice pascal. Plus qu'un exemple d'humilité proposé en exemple, ce geste de Jésus déconcerte, et Pierre et les disciples. Il est avant tout une révélation du caractère radical de l'abaissement de Dieu devant chacun de nous.

 Dans le Christ Jésus, c'est Dieu qui s'est dépouillé et a pris la forme d'esclave, jusqu'à l'humiliation de la Croix pour nous permettre d'accéder à son intimité, telle est le prière de Jésus : « comme Toi Père, Tu es en moi et moi en Toi, qu'eux aussi, soient UN en nous. » (Jean 17,21).

 Quand Jésus s'agenouille aux pieds de ses disciples avec un linge autour des reins, dans cet abaissement il faut entendre : « Qui me voit, voit le Père »(Jean 14,8), Qui me voit, voit Dieu. Si Dieu n'est qu'Amour, Il est pauvre, dépendant, humble. Il n'y a pas de vrai Amour sans humilité, sans pauvreté. Dieu ne se révèle pas à nous comme l'être infiniment distant de celui qui regarde de haut en bas.

 Ce que nous célébrons ce soir, c'est Dieu qui s'est fait chair, qui s'est fait homme, qui s'abaisse en serviteur, qui se met à genoux devant chacun de nous, pour prendre sur Lui, ce qui nous enchaîne et nous écrase, le péché. Il lave notre péché et dépose sa vie dans sa mort violente pour sauver la nôtre, et communiquer sa Vie, nous relever en Lui.

 Sa mort en offrande, nous délivre de l'esclavage du péché, son abaissement sera tel qu'Il va « se chosifier » dans l'Eucharistie, ainsi selon ce qu'écrit Saint Paul : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe vous proclamez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'Il vienne », jusqu'à ce qu'Il vienne pour nous prendre dans sa gloire (1 Cor 11,26).

 Et ce soir, nous communierons au Corps et au Sang du Seigneur.

 En accueillant notre Seigneur et Notre Sauveur dans l'Eucharistie, eh bien, réfléchissons à nos dispositions intérieures et n'entretenons pas en nous les plaies d'Egypte, de l'orgueil, de l'endurcissement et de la mort !

 Acceptons de nous laisser toucher, purifier, par le geste de Miséricorde du linge dans les mains du Seigneur, ainsi comprenons-nous le sacrement du pardon de Dieu et de réconciliation.

 Comprenons-nous la nouveauté de notre vie dans le Christ ? « Vous devez vous laver les pieds les uns, les autres. C'est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez vous aussi comme j'ai fait pour vous. » (Jean 13,14,15). Ce que le Seigneur nous révèle, ce soir, consiste dans la nouveauté du commandement de son Amour qui est à la source de notre amour mutuel.

 Jésus nous propose non seulement une révélation nouvelle, mais plus encore, un exemple nouveau: il ne suffit plus de s'aimer comme des frères, mais d'aimer comme Lui, c'est-à-dire à sa manière dans le don de sa Vie. Avec Jésus nous entrons dans un temps et un monde nouveau.

 Selon Saint Paul, nous sommes appelés à un être nouveau, car la Vie du Christ anime notre propre vie, c'est Lui qui vit et aime en nous ; s'aimer comme Lui, nous appelle alors à nous aimer en Lui, nous sommes ensemble les membres d'un même corps dont le Christ Lui-même demeure la Tête.

 Et la nouveauté du geste d'humilité du Seigneur qui se met à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds, devient non pas un signe, mais le Signe par excellence de la présence de Dieu sur terre.

 « Si donc Moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns, les autres ». « Comme je vous ai aimé, vous aussi aimez-vous les uns, les autres et c'est à ce signe que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples. »

 Avec les disciples, nous sommes au Cénacle et nous sommes invités à veiller à Gethsémani; il y a, là aussi, la présence de Marie, la Mère de Jésus, dont le cœur, dans sa compassion, souffre la Passion de son Fils.

 Ce soir, Marie est là, présente avec nous, auprès de chacun de nous, demeurons aussi près d'elle particulièrement en ces Jours Saints pour vivre avec Elle au matin de Pâques la Joie de la Résurrection de Jésus. Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE samedi 31 mars 2018 (soir)
VEILLÉE PASCALE DE LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR  (B)


Homélie : Le Seigneur est vraiment ressuscité , oui, il est vraiment ressuscité ! Alléluia

Chers Frères et Sœurs, nous sommes à un sommet du Triduum Pascal : la Résurrection du Seigneur ! Ce n'est quand même pas rien ! Alors, soyons dans la joie avec la Vierge Marie. Je crois, personnellement, et je pense ne pas être le seul, que Le Seigneur est allé trouver sa mère pour lui dire : « ça y est, je suis ressuscité » ! Après, tout ce qu'elle a vécu, souffert... toujours proche de Jésus, il était bien normal que Jésus aille lui annoncer en premier la Bonne Nouvelle. Alors, nous, nous l'avons suivi aussi le Jeudi-Saint, à la Sainte Cène où Il nous a donné le Sacrement de son Amour, et puis, avec Lui, nous sommes allés à Gethsémani; nous l'avons assisté dans son agonie en passant avec Lui une partie de la nuit, et le lendemain, le Vendredi-Saint nous l'avons suivi dans sa Passion sur le chemin de la Croix; nous l'avons contemplé, crucifié et mort; nous l'avons accompagné jusqu'au tombeau, là où Il a été déposé, sans doute par Marie, Joseph d'Arimathie, Nicodème, Jean. Et toutes ces journées, nous avons veillé dans la prière et, ce soir, nous pouvons chanter la victoire du Christ sur la mort, c'est-à-dire sa Résurrection, et c'est une nuit de joie et de lumière, alors : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! », «  il est vraiment ressuscité , alléluia, alléluia ! »

 L'amour de Dieu c'est le Christ vivant ! Cette nuit, le Seigneur nous associe à sa joie à sa résurrection, à sa gloire de Ressuscité. Il n'y a pas que nous, le ciel, les anges, les saints !! ça explose là-haut !! sur terre, on fait ce que l'on peut, mais enfin, on y arrive quand même ! Eh bien, nous participons tous ensemble à cette Résurrection du Seigneur. La toute puissance de Dieu fait également de nous des hommes nouveaux : Il ressuscite, mais nous, nous ressuscitons avec Lui !

 Etre un homme nouveau, ce n'est plus être esclave du péché, d'ailleurs il y en a beaucoup qui se sont confessés cet après-midi, c'est vivre dans une nouvelle liberté, c'est ça que cela veut dire ; vivre avec le Christ, vivre du Christ, et si nous portons le nom de Chrétien, aujourd'hui porter le nom de Chrétien c'est-à-dire, nous sommes « des christs », nous donnons quelque chose à voir du Christ; alors, il faut que nous donnions à voir quelque chose du Christ, cette fois-ci, Ressuscité ! Il faut que cela puisse se voir sur les visages. C'est un peu la spécificité des chrétiens  qu'on voit qu'ils aient une tête de gens heureux, il faudrait que cela se voit ! c'est le premier témoignage.

 Cette veillée Pascale, avec ces longues Lectures, ces rites, est une Fête qui confirme la liberté reçue au baptême : « Lui qui est vivant », dit saint Paul, « c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ. » Et nous sommes appelés à une nouvelle vie. Saint Paul affirme : « Si nous avons été mis au tombeau avec Lui, c'est que pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, » Une Vie Nouvelle !! Et nous venons d'écouter longuement la Parole de Dieu, l'Ancien et le Nouveau Testament ont-ils touchés nos cœurs ? Je pense ! Nous avons répondu : « Nous rendons grâce à Dieu », c'est-à-dire, nous avons reconnu la présence de Dieu, dans l'histoire de l'humanité à travers ces différentes Alliances.

 L'évangile de la Résurrection selon Saint Marc, marque une rupture et un renouvellement complet. Rupture ! Le sabbat est terminé, c'est une page d'Histoire Sainte qui se tourne. Renouvellement ! « De grand matin, le premier jour de la semaine, » c'est l'annonce de la Nouvelle Création, un nouveau monde complètement renouvelé; « au lever du soleil », dit-il, c'est un nouveau commencement, Soleil levant, Vie nouvelle et éternelle ! La résurrection du Christ est le Grand Jour de Dieu, vainqueur de la mort, des ténèbres et du péché. Le Christ ressuscité nous associe à sa victoire. L'Evangile de Saint Marc décrit sur le vif non pas la résurrection de Jésus, mais la grande surprise, la stupeur de Marie-Madeleine, de Marie, la mère de Jacques et de Salomé, encore sous le choc de la mort violente de Jésus.

 Alors, face à la réalité du tombeau ouvert, les yeux s'ouvrent progressivement, elles voient d'abord que la lourde pierre a été roulée, elles entrent, et que voient-elles ? Un jeune homme vêtu de blanc, semblable à un Ange de lumière. Un jeune homme ! Si vous vous souvenez, quand Jésus a été arrêté, il était aussi question d'un jeune homme ! Il s'est enfui, on lui a pris son drap, et il s'enfuit tout nu. Cela dit quelque chose, c'était la nuit; c'est le dépouillement du vieil homme ! Et là, c'est un jeune homme, c'est le même jeune homme mais habillé de lumière, il est dans la Résurrection, c'est un homme nouveau.

 Alors, leurs oreilles s'ouvrent, elles entendent, elles entendent la voix de l'Ange : « n'ayez pas peur ! » Je crois que lorsqu'on arrivera devant le Bon Dieu, la première chose qu'Il nous dira c'est : « n'aie pas peur, je suis là, aie confiance ». « Vous cherchez -un homme en- Jésus de Nazareth, le Crucifié : Il est ressuscité, Il n'est pas ici; allez donc annoncer à ses disciples : IL est vivant, Il vous précède en Galilée. » Le Christ nous précède toujours. Pour Marie-Madeleine, Marie et Salomé, le choc est trop grand, elles s'enfuient, paralysées par la peur, muettes de stupeur. Les yeux et les oreilles de ces femmes se sont ouverts, certes, mais pas encore le cœur, car l'ouverture du cœur  ne se fait qu'à la voix du Seigneur, par sa grâce. Seul Dieu peut rouvrir le jardin du cœur et y ré-introduire sa Lumière et sa Vie. La présence du Ressuscité apporte sa Paix et fait disparaître la paralysie des peurs et l'ombre des angoisses.

 Eh bien, en cette Veillée Pascale, certes, nous avons les yeux et les oreilles ouverts, mais c'est le Christ ressuscité qui nous ouvre le cœur car nous allons revivre notre confession de Foi dans le renouvellement des promesses de notre baptême; et par ce sacrement, nous avons été immergés dans cet océan d'Amour qui est en Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint. C'est ce que va nous rappeler l'aspersion. Mais pour bien manifester que nous voulons nous attacher au Christ nous allons confesser la foi de notre baptême et manifester notre désir de Vivre d' une Vie Nouvelle.

 Nous remercions Dieu, je crois que l'on ne le remerciera jamais assez, de nous avoir fait passer la Mer Rouge, oui, je dis bien, « nous », car Saint Paul nous a rappelé que dans le Baptême, nous participons sacramentellement en la mort et la résurrection du Christ. Et en cette Nuit Pascale, Nuit Sainte, eh bien, soyons dans la Joie. Des enfants et des adultes sont aussi baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, ils renaissent à une Vie Nouvelle dans le Christ. Nous devons nous aussi être en communion avec les Chrétiens qui sont associés dans le Mystère de la mort et de la Résurrection par le martyr; ils sont semence de Vie et de Miséricorde et ils sont dans la Lumière de Dieu. «  Le Seigneur est ressuscité ! », » Il est vraiment ressuscité, Alléluia, Alléluia ! » Soit béni, Seigneur, garde-nous dans l'émerveillement de cette nuit et dans la joie de nous savoir aimés de Toi. Amen!


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE
1er avril 2018
DIMANCHE DE LA RÉSURRECTION, JOUR DE PÂQUES  (B)


Introduction : Nous sommes dans la Joie, la Grande Joie de Pâques ! « Quelle est la Fête la plus importante pour notre foi ? » demandait le Pape François, à cette foule de fidèles réunie sur la place Saint Pierre mercredi dernier pour l'audience générale : «  Noël ou Pâques ? Pâques ! parce que c'est la Fête de notre Salut!  »  Noël, c'est le commencement du Salut, j'allais dire, c'est même l'Incarnation, mais Pâques, c'est la Victoire ! c'est la réussite totale! La victoire du Dieu fait-homme est aussi la nôtre, notre Salut, la Fête de notre Salut. Il a remporté la victoire pour nous la partager.

Entrons dans l'action de grâce pour la grandeur de sa Miséricorde. Et, en nous rappelant qu'Il nous a sauvé à grand prix, et que ce salut nous a touché par le Baptême, nous allons être aspergés de cette eau bénite.


Homélie : Pâques, c'est la grande victoire de toute l'histoire des hommes; c'est une victoire pour nous, pour que nous soyons victorieux nous aussi, par et dans le Christ. Et cette victoire est la Bonne Nouvelle que nous avons à répandre. Voici trois points qui seront inégaux.

 Après un match de foot, les rues résonnent, que ce soit le stade de France, le Parc des Princes ou autres, Il y a de l'électricité, même parfois, il y a beaucoup de joie, du moins chez certains, et on entend ce refrain sur un air bien connu, « on a gagné! » Eh bien, aujourd'hui, les Chrétiens devraient défiler dans la rue et dire : « on a gagné ! » ou plutôt : « Il a gagné pour nous ».

 C'est la grande Victoire, Pâques, de toute l'histoire des hommes, car il ne s'agissait pas d'un match, mais d'un duel, comme nous venons de le chanter dans la liturgie, dans cette belle séquence de Pâques : « La mort et la Vie, s'affrontèrent en un duel prodigieux, le Maître de la Vie mourût, Vivant, Il règne ! » Oui, c'est la grande victoire, et pourtant, si facilement, si insidieusement, renaît le doute dans nos cœurs. La grande Victoire ! Mais alors pourquoi le mal et la mort continuent-ils de frapper sans cesse notre monde ? Drôle de victoire, quand même ! On la voit pas beaucoup ! D'ailleurs cela a commencé sans tarder après la Résurrection de Jésus. Souvenons-nous ! Avec le meurtre d'Etienne et une grande persécution qui s'en suivit, nous dit les Actes des Apôtres, persécution violente ! Et puis, cela continue avec l'Apôtre Jacques, Pierre, Paul, et les persécutions qui se sont déclenchées alors et continuent d'ensanglanter notre histoire depuis 2000 ans ! Quelle drôle de victoire !

 Pourtant, nous avons eu ces jours derniers, un signe éloquent, ô combien, qui a bouleversé notre pays, à méditer avec le sacrifice du Colonel Beltrame ; à ce sujet, vous avez peut-être lu la déclaration forte des évêques de France disant ceci entre autre : «  Donner ainsi sa vie pour en sauver d'autres constitue un exemple éminent et aura certainement une fécondité dans notre société tentée par la violence et le repli sur soi. » « Puisque cet homme, ce Chrétien, au plus profond de son être », disait de lui, l'évêque aux armées. Puisque cet homme a sauvé des vies, en offrant la sienne, combien plus, la Vie du Dieu fait-homme, du Christ, offerte pour que le monde ait la Vie porte, portera du fruit en abondance.

 Mais notre cœur, comme celui des disciples, est lent à croire. Saint Jean, dans l'évangile de ce jour, nous ouvre un chemin, le chemin de la foi. « Il vit et il crut. ». Qu'a-t-il vu ? Eh bien, ce que l'évangile nous rapporte, les linges, c'est-à-dire le linceul posé à plat, affaissé, et oui, puisque le Corps du Christ est glorieux, Il traverse les portes, Il peut se rendre présent n'importe où, Il n'est pas limité par la matérialité, même si c'est vraiment un Corps. Les linges sont affaissés ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, pour maintenir le menton, tout simplement, non pas posé, non pas affaissé avec les linges, mais roulé à part, à sa place (la place de la tête). Madeleine et Pierre ont vu la même chose, mais Madeleine toute affolée, s'en va crier à Pierre et Jean : « On a enlevé Le Seigneur ! ». C'est l'hypothèse la plus évidente qui vient à l'esprit. Pierre a vu la même chose, lui aussi, mais cela n'a pas déclenché quelque chose; et Jean a vu, et ça a déclenché la foi. La tradition nous dit que « c'était le disciple au cœur pur » et nous savons bien : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. » Eh bien, oui, pour lui, cela a été une illumination intérieure, celle de la foi; il lui a suffit de ce signe sans voir encore Le Seigneur.

 Nous sommes invités, je crois, aujourd'hui, comme hier, comme toujours, comme l'apôtre Jean, à reconnaître dans les évènements de notre temps, là où d'autres ne lisent que la surface des choses; nous sommes invités à lire les signes des temps, les signes du Ressuscité vivant et vainqueur dans notre histoire. Et pour moi, le grand Signe, c'est que justement, depuis 2000 ans, tout est fait, dans tous les pays du monde, les uns après les autres, ou les uns en même temps que les autres, tout est fait pour étouffer la Parole de Dieu, pour étouffer le Verbe de Dieu, pour faire taire les Chrétiens, mais depuis 2000 ans qu'on essaie de mettre à mort l'Eglise, eh bien, Elle est toujours là !

 Et la Parole de Dieu Elle est toujours là, mais Elle gagne du terrain; il suffit de penser à la vitalité de ces jeunes Eglises d'Asie ou d'Afrique. Nous, les Prêtres du diocèse, nous avions sous les yeux quelques reportages des Eglises étrangères avec lesquelles nous sommes liées; notre diocèse est lié ! Et j'ai encore dans les yeux cette foule de 6000 enfants, en Inde, faisant leur Première Communion ! LE CHRIST EST VIVANT ! Oui, nous avons des signes, mais ce sont nos yeux qui sont encore trop fermés, embués. Et puis, ce signe éloquent, dont je parlais tout-à-l'heure, que le Christ rend des hommes et des femmes capables de donner le témoignage du plus grand Amour, n'est-ce pas un signe éloquent ? L'évêque aux armées disait aussi à ce sujet que « c'est un signe qui étonne, qui déconcerte, qui provoque », mais oui, mais qui parle, qui dit quelque chose car c'est surhumain, c'est héroïque, comme l'ont dit beaucoup de gens. Eh bien oui, c'est un signe du Christ Vivant dans cet homme. Nous avons des signes, mais nous sommes peut-être aveugles ?

 J'aime reprendre notre Pape, qui, dans son audience générale de mercredi dernier, je vais le citer, se rappelant ses souvenirs d'enfance dit ceci : « Il est une habitude, selon laquelle, quand on entend les cloches le jour de Pâques dans ma patrie, ici en Italie aussi, les mamans, les grand-mères emmènent les enfants se laver les yeux avec l'eau, l'eau de la vie, comme un signe, pour pouvoir voir les choses de Jésus, les choses neuves. En cette Fête de Pâques, laissons-nous laver l'âme, laver les yeux de l'âme, pour voir les choses belles et faire des choses belles. » Voilà se laver les yeux pour que Jésus nous les ouvre !

 Donc la grande Victoire de toute l'histoire, et une victoire pour nous, parce que le Christ n'avait pas besoin pour lui-même de passer par la mort et la Résurrection . S'Il est descendu si bas, c'est pour nous tirer, là où nous étions, enfermés dans la boue, enfermés dans la mort pour nous arracher et nous entraîner dans la Vie éternelle. C'est bien pour nous, sa Victoire, c'est la nôtre. Et alors, comme le disait Saint Paul dans la 2ème Lecture : « cherchez les choses d'en haut ». Si vraiment vous êtes ressuscités, si vous vous laissez saisir par le Christ, que cela change votre vie ! Ne vous contentez pas d'une vie au "ras des pâquerettes", comme on le dit vulgairement. Que votre vie soit tendue vers le haut !

 Et le Pape veut nous dire des choses semblables, reprenant justement ses paroles : « Regardez en haut, regardez l'horizon, élargir l'horizon, c'est là notre foi, c'est là notre justification, c'est là l'état de grâce. Par le baptême, en effet, nous sommes ressuscités avec Jésus, nous sommes morts aux réalités et à la logique du monde. Nous sommes nés à nouveau, nous sommes des créatures nouvelles, une réalité nouvelle qui demande à se faire existence concrète, jour après jour ». Et selon son habitude, il poursuit avec des mots si forts et si justes : « La justification de Jésus nous sauve de la corruption. Nous sommes pécheurs mais pas corrompus. Un Chrétien ne peut plus vivre la mort dans l'âme (dans tous les sens du terme d'ailleurs), ni être cause de mort, et là, je vais dire quelque chose de triste et de douloureux, il y a de faux chrétiens, ceux qui disent : « Jésus est ressuscité ! j'ai été justifié par Jésus ! Je suis dans la vie nouvelle mais je vis une vie corrompue, et ces faux chrétiens finiront mal.

 Le chrétien, je le répète, est un pécheur, -nous le sommes tous, je le suis-, mais nous avons la sécurité que lorsque nous demandons pardon, Le Seigneur nous pardonne. Le corrompu fait semblant d'être une personne honorable, mais à la fin dans son cœur, il y a de la pourriture. Une Vie Nouvelle nous donne Jésus, le Chrétien ne peut vivre la mort dans l'âme, ni être cause de mort. »

 Distinction essentielle aux yeux du Pape entre le péché et la corruption; entre le péché qui nous fait tomber dans la mort, mais nous sommes invités à nous relever, à nous laisser relever, tout de suite, sans tarder, par le pardon de Dieu toujours offert tandis que la corruption c'est rester dans le péché et faire semblant. C'est ne pas se convertir, c'est ne plus croire à la force la Résurrection du Christ qui nous est offerte à chacun, quelque soient nos chutes. Le Christ est tombé, souvenons-nous, pour nous dire que l'on peut toujours se relever avec Lui, par Lui. Une victoire pour nous, une victoire qui doit changer notre vie! Et c'est la foi. « Ce qui nous a fait vaincre le monde », dit Saint Jean, « c'est notre foi ». La foi dans la puissance de Vie, de conversion, de guérison, de résurrection du Christ.

 Et je termine par ce 3ème point : cette victoire, elle est pour nous, elle est pour tous, et nous avons la responsabilité immense de l'offrir, de la crier !

 Et c'est ce que disait encore notre Pape, ce mercredi : « Le Christ est ressuscité! » Et ces Paroles sont « non seulement une annonce de joie et d'espérance, mais aussi un appel à la responsabilité, (responsabilité de notre conversion), et à la mission… Le chemin de la mission, de l'annonce commence ici : le Christ est ressuscité. Et cette annonce est le centre de notre foi et de notre espérance. »

 Il s'agit de « devenir grâce à Lui, le Christ, et avec Lui, des instruments de rachat et d'espérance (comme l'a été cet admirable Colonel Beltrame), des signes de Vie et de Résurrection pour les autres. »

 Je vous rappelle tout simplement ce signe, ce geste fort, parlant, que le Pape nous invite à poser : « Je vous conseille, le matin de Pâques, emmenez vos enfants au robinet et faites-les se laver les yeux. Ce sera un signe de la manière de voir Jésus ressuscité.  » Et c'est valable aussi pour nous adulte !... Ainsi soit-il. ALLELUIA!


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 2 avril 2018
LUNDI DE PÂQUES, Profession religieuse de Frère Jean


Introduction : Que c'est beau d'entendre tout le monde chanter!. C'est vraiment là qu'on sent battre le cœur de l'Eglise. Et de pouvoir chanter ensemble que le Christ est ressuscité et c'est bien ce que nous avons célébré, hier et toute la semaine, le plus beau jour de notre vie : la Résurrection du Christ.

 Et au cœur de cette Fête, il y a l'engagement de Frère Jean, et c'est heureux de pouvoir vivre cet événement dans la joie avec ses parents, sa famille, ses amis, et puis vous tous qui êtes là, des prêtres amis. Il y a ce message aussi de la Commissaire apostolique, Sœur Geneviève Médevielle, actuellement Supérieure Générale de la Congrégation des Petites Sœurs de Marie, qui nous communique toute sa joie et sa communion dans la prière.

 Eh bien! commençons par nous tourner, ouvrir notre cœur, comme le Seigneur a touché le cœur de ces premières femmes qui ont découvert un tombeau vide, et qui leur a redonné cette joie de sa présence. Et bien, dans cette présence du Christ auquel nous allons communier, accueillons son Amour et sa Miséricorde.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, la Profession des vœux simples, normalement, je dois m'adresser à Frère Jean, mais je m'adresse aussi à vous. Cela peut-être un petit peu long, alors vous m'accorderez votre bienveillance.  Cher Frère Jean, la joie est partagée par nos Frères, de vous voir vous engager, et aussi par vos Parents, et votre Famille, et bien de vos amis qui n'ont pas pu venir.

Et la nouveauté extraordinaire de la première rencontre inattendue de Jésus au matin de la Résurrection, avec les premières messagères, et la première prédication, non moins extraordinaire de Pierre, le jour de la Pentecôte, donnent une couleur particulière  au témoignage de la Profession religieuse  que vous allez prononcer à la suite de Jésus, pauvre, chaste et obéissant.

 Au matin de Pâques, quelques femmes dont le cœur s'était attaché à l'humanité de Jésus, font d'abord l'expérience déroutante du tombeau vide et puis de la surprenante révélation de l'Ange, et finalement Le Seigneur ressuscité Lui-même, vient à leur rencontre, touche leur cœur et les institue premières Messagères de sa Résurrection.

Les évènements par lesquels l'Esprit-Saint de manière plus ou moins identifiable vient actualiser notre vocation, sont différents selon chacune de nos histoires. Dans nos vies, il y a des moments où les Cieux s'ouvrent, où l'Esprit sous une certaine forme corporelle vient nous toucher et nous donner notre vocation divine, nous éveiller à la plénitude de nos capacités, et surtout restaurer notre liberté, pour que nous puissions répondre à ce don de Dieu.

 Frère Jean, il est heureux que votre passage du noviciat à l'engagement de vos Vœux religieux, se concrétisent un Lundi de Pâques. Je crois pouvoir dire, qu'en votre cheminement vocationnel, vous avez fait l'expérience, cette expérience Pascale du Christ dans votre vie. Le Seigneur vous a appelé à vivre dans la congrégation canoniale de Marie Mère du Rédempteur, dont Mère Marie de la Croix est la fondatrice; vous avez fait vôtre l'invitation de Saint Augustin : « vous êtes réunis en communauté pour habiter unanimes dans la maison. Alors, ayez une seule âme et un seul cœur tendus vers Dieu.» Dans votre lettre de demande, vous écriviez : « Je dis merci aux Frères d'avoir dit "OUI" à Jésus par Marie, et d'avoir accepté de devenir Frères dans le sillage de Mère Marie de le Croix, leur "OUI" me permet de dire "OUI", moi aussi, et ma vie prend sens.»

 A l'occasion de votre entrée au noviciat, je vous avais invité à vous poser toutes les questions et à en éviter aucune ! Non pas dans la prétention d'avoir réponse à tout, mais pour accepter de voir en face les situations et les éventuelles difficultés. Chacune des composantes de la vie religieuse pose sa question et demande une mise au point. Le novice, quand il entre au noviciat a la certitude d'avoir une grande et belle vocation; une fois entré, il prend conscience qu'il doit re-choisir sa vocation ! C'est la vie même qui lui pose la question ! Elle est d'autant plus poignante qu'elle s'accompagne de la possibilité de rompre. Cette possibilité est la condition essentielle de la liberté.

Le Pape François dénonce « une liberté mal comprise, affranchie de tout lien comme s'il s'agissait du devoir d'être seul, et par conséquent privé du sens d'appartenance et d'héritage. » Les Chrétiens, à plus forte raison, les religieux reconnaissent que leur identité est de prime abord relationnelle; ils sont insérés comme membres d'un Corps dans l'Eglise. Frère Jean, maintenant que vous vous engagez dans la vie religieuse, avec la promesse de la mener intégralement, vous ne perdez pas votre liberté; au contraire, vous engagez votre liberté, vous faites un choix libre. Ne peut dire librement OUI que celui qui a eu la totale possibilité de dire NON. C'est librement que vous suivez le Seigneur, dans une Communauté de Frères, et ce n'est pas un "aujourd'hui" d'un jour, mais de ce Jour que le Seigneur vous donne de vivre et qui est d'une série dont Lui seul sait le nombre.

Aujourd'hui, Frère Jean vous allez faire Profession de suivre Jésus, pauvre, chaste, obéissant devant Le Seigneur et devant l'Eglise. Vous vous engagez dans cet itinéraire. Constitué comme Fils de Dieu, vous avez été touché par l'Esprit-Saint, et vous avez découvert à travers votre cheminement comment ce même Esprit pouvait engendrer en vous des fruits que vous ne soupçonniez peut-être pas ? Vous avez découvert à mesure que votre liberté s'est engagée davantage, dans la communion avec Lui, comment Dieu accomplit sa volonté dans votre vie.

La formule de profession religieuse que vous allez prononcer après tant d'autres religieux avant vous, ne va pas changer votre identité, vous ne deviendrez pas quelqu'un d'autre, vous ne serez pas autre qu'un baptisé dans le Christ, confirmé dans l'Esprit-Saint et accueilli dans la communion du Christ par des Frères. Mais votre consécration mobilise et cristallise toutes vos capacités personnelles pour répondre à ce don de Dieu, non pas à travers les charges et les obligations habituelles de l'existence humaine, mais dans la réponse à l'appel de tout donner.

Vous avez choisi ce cadre de la vie religieuse consacrée, pour que chaque moment de votre vie, chaque aspect de votre personnalité, chaque dimension de votre existence soient tout entier repris et offert dans la prière et la louange du Seigneur. Pour vous, Frère Jean, ce chemin passe par le choix de tout quitter, par Amour de Dieu, pour l'annonce de l'Evangile, et pour se livrer dans la vie fraternelle. La vie de Communauté ne s'improvise pas, sa réalisation n'est ni spontanée, ni immédiate.

Vivre en Frères nécessite de parcourir un vrai chemin de libération intérieure. L'Amour du Christ nous appelle à aimer nos Frères jusqu'à assumer leur faiblesse, leur problème, leur difficulté, en un mot, jusqu'à se livrer soi-même.

Le Rédempteur, en sa Pâque, à donner à chacun de nous deux certitudes fondamentales : celle d'être infiniment aimé et celle de pouvoir aimer sans limite. Ces certitudes provenant de la Croix Rédemptrice, nous libère progressivement du besoin de nous mettre au centre de tout, et de posséder l'autre et de la peur de se donner. Le Christ nous apprend à aimer comme Il nous a aimé. Et la Communauté, sans la mystique n'a pas d'âme, et sans ascèse, elle n'a pas de corps. Il faut la "synergie" entre le don de Dieu et l'engagement personnel pour construire une communion incarnée, pour donner un visage concret à la grâce et au don de la communion fraternelle. Aimer sa vocation, c'est aimer l'Eglise, aimer son institut, et considérer la Communauté comme sa vraie Famille.

 « Votre Profession religieuse est expression du don de soi à Dieu et à l'Eglise, don vécu dans la Communauté d'une Famille religieuse. Frère Jean, vous n'êtes pas seulement un appelé selon une vocation individuelle, mais un "convoqué", c'est-à-dire un appelé ensemble avec d'autres, dont vous partagez l'existence quotidienne.

 « Il y a une convergence du "OUI" à Dieu, qui vous unit dans une même Communauté de vie. Consacré ensemble, uni dans le même OUI, uni dans l'Esprit-Saint, vous découvrez chaque jour, que la suite du Christ, obéissant, pauvre et chaste est vécu dans la Fraternité comme l'ont fait les disciples qui suivent Jésus au cours de son ministère. Uni au Christ et donc appelé : être uni entre eux, uni dans la mission, dans la mission de s'opposer de façon prophétique à l'idolâtrie du pouvoir, de l'avoir et du plaisir.

 « Ainsi l'obéissance lie et unit les différentes volontés dans une même Communauté fraternelle chargée d'une mission spécifique à accomplir dans l'Eglise. "La pauvreté", : le partage des biens, -y compris spirituels-, a été dès les origines, un fondement de la communion fraternelle. Mais la pauvreté est également "pauvreté en esprit", l'humilité, la simplicité, la reconnaissance des dons des autres, l'appréciation des réalités évangéliques, tel que "la vie cachée avec Christ en Dieu", l'estime pour le sacrifice obscur, la mise en valeur des plus petits, le dévouement à des causes non rétribuées ou non reconnues… sont autant de conséquences de la profession de pauvreté qui ont valeur d'unité pour la vie fraternelle et révèlent concrètement la force transformante des Béatitudes.

 « Dans sa dimension communautaire, la chasteté consacrée donne une grande liberté pour aimer Dieu avec un cœur sans partage. En conséquence, elle suscite une totale disponibilité pour aimer et servir tous les hommes, leur rendant présent à l'Amour du Christ. »

 Dans la mesure où la Communauté religieuse cultive le Vie fraternelle, elle maintient présent sous une forme permanente et visible ce signe dont l'Eglise a surtout besoin dans sa tâche de nouvelle évangélisation. Sans être le tout de la mission, de la Communauté religieuse, la vie fraternelle en est un élément essentiel, aussi important que l'action apostolique, c'est pourquoi la Vie Fraternelle est le premier témoignage que nous donnons comme Religieux à nos contemporains.

 Ainsi, la vie des consacrés dans la vie religieuse communautaire devient une image prophétique de ce à quoi toute l'humanité est conduite. En voyant vivre les consacrés dans la vie religieuse communautaire, nous ne sommes pas appelés à nous extasier devant ce que cette existence a de particulier, mais nous sommes conduits à déchiffrer ce que cette vie annonce pour notre propre vie. Nous sommes invités à découvrir le terme vers lequel nous cheminons tous, la communion parfaite avec Dieu, le culte parfait.

 C'est pour nous, la source d'une profonde action de grâce que de pouvoir être témoin de l'appel que Dieu fait retentir dans le cœur de jeunes hommes et de jeunes femmes pour qu'ils se donnent tout entiers à la mission de l'Eglise et à l'annonce de l'Évangile. C'est une joie pour toute l'Eglise de découvrir qu'en dépit des difficultés, des pauvretés, des lenteurs ou des résistances qui habitent nos cœurs, Dieu continue d'appeler, de partout, des hommes et des femmes pour qu'ils deviennent, au milieu du peuple chrétien, signes de la destinée merveilleuse proposée à toute l'humanité. C'est pour nous une grande joie, que de voir dans notre Eglise, sans cesse stimulé par l'Esprit-Saint, des jeunes, tels les apôtres après la Pentecôte, rendus capables d'offrir leur personne et de s'offrir tout entiers dans l'Amour de Dieu et du prochain.

 Nous rendons grâce à Dieu parce que nous saisissons que, quel que soit notre propre chemin, quelque chose de notre vie est offert pour tous. Notre vocation particulière est aussi un signe proposé à tous nos frères pour découvrir le dessein dans lequel Dieu nous entraîne.

 Cher Frère Jean, sur le faire-part de votre Profession, que nous avons dû tous recevoir, je pense, pour signifier la radicalité de votre engagement, vous avez choisi cette injonction de l'Evangile : « Laissant tout, ils le suivirent » (Luc 5,11). Comment ne pas rapprocher l'appel à le suivre de Jésus aux disciples et l'événement Pascal de l'appel missionnaire de Jésus aux femmes, car les femmes comme les disciples venaient de faire l'expérience de la peur avant de reconnaître Jésus, l'Envoyé du Père, leur dire : « Soyez sans crainte! »

 « Soyez sans crainte », c'est aussi l'invitation de l'Ange à Marie qui vous est donnée comme Mère et modèle, alors, Frère Jean, suivez-la et demeurez dans la joie de Pâques ! Toute notre assemblée, les Frères, toute votre famille, vos amis, les fidèles présents, et ceux qui, absents, vous ont témoigné leur sympathie, tous unis dans une même prière, partagent votre joie et vous disent Merci pour votre engagement à la suite du Christ, au service de l'Eglise, dans la vie religieuse. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
LE 8 avril 2018
2ème DIMANCHE DE L'OCTAVE DE PÂQUES, Fête de la DIVINE MISÉRICORDE
(B)


Homélie de Frère Philippe-Marie : Nous souhaitons la bienvenue à Don Camille et aux confirmands du Doyenné d'Evron.

 Les Lectures de ce jour viennent nous manifester l'enjeu de la Résurrection de Jésus pour ses disciples, et viennent nous montrer aussi que l'enjeu de cette Fête de la Miséricorde Divine, pour nous, c'est la confiance.

 Les disciples ont eu besoin de passer de la défiance à la confiance. Et nous-mêmes ? Nous avons besoin de passer de la défiance à la confiance .

 Pour les disciples, toutes leurs espérances, toutes leurs raisons de croire, de vivre, de s'engager, de combattre, se sont écroulées avec la mort de Jésus. La découverte du tombeau vide en ce Matin du Premier Jour de la Semaine, n'a fait que rajouter trouble et inquiétude supplémentaire à leur désarroi et à leur douleur. Alors, ils se barricadent dans le Cénacle.

 Il faudra tout ce tact, à la fois Divin et Humain, de Jésus Ressuscité leur offrant sa Paix, leur montrant ses mains et son côté pour faire renaître en eux la confiance. Car ce n'est que par la confiance, que la grâce de la Résurrection peut les toucher et les transformer. Ce n'est que par la confiance, qu'ils peuvent se laisser envoyer vers les hommes par Jésus, comme Jésus avait été envoyé par le Père. Ce n'est que par la confiance qu'ils peuvent s'ouvrir à l'Esprit-Saint que Jésus souffle sur eux, afin que, comme Jésus a le pouvoir de remettre les péchés, les disciples reçoivent à leur tour, le pouvoir de remettre les péchés, pour remettre les hommes en liberté.

 De même, nous aussi, nous avons besoin de passer, de la défiance à la confiance pour pouvoir bénéficier des grâces de Pâques et de cette Fête de la Divine Miséricorde.

 En effet, la confiance est l'antidote de la défiance, du soupçon, jetés dans le cœur de l'homme dès l'origine : Qu'a fait le démon ? Il a semé la défiance dans le cœur de nos premiers parents, défiance qui les a fait se couper de la source de la Vie, ce qui a entraîné l'humanité tout entière dans le malheur et la mort.

 De même, avec les temps modernes, la philosophie des lumières a jeté le doute sur Dieu, et sur les Lumières de la Foi. L'homme a voulu se fier à sa seule raison, coupant les personnes, les systèmes politiques, les nations de Dieu. Il en résulte ce que nous connaissons aujourd'hui, une société atomisée, des individus désorientés, et insécurisés, des systèmes économiques basés sur la loi du plus fort ou du plus malin; des personnes et des sociétés, sans repère, perdus, livrés à la violence. Et la tentation, pour nous, comme pour les disciples, serait le repli sur soi, serait de tout verrouiller pour nous mettre en sécurité.

 Il nous faut alors retrouver le chemin de la confiance en Jésus Miséricordieux, pour qu'après tous nos égarements, tant personnels que collectifs, nous puissions retrouver la Paix du cœur, et une vie ensemble, heureuse. C'est ainsi que Jésus a dit à Sainte Faustine : « L'humanité ne trouvera pas la paix, tant qu'elle ne se tournera pas avec confiance vers ma Miséricorde ». (PJ, 1074)

 La Miséricorde, c'est l'Amour débordant qui jaillit du cœur du Père, et qui se manifeste en Jésus, mort et ressuscité. La Miséricorde, c'est l'Amour inconditionnel du Père, qui donne Vie, qui rend la Vie à tout être blessé par la vie, blessé par le péché, et notamment par le péché mortel, blessé à mort.

 Une seule condition pour cela : notre confiance. Mettre toute notre confiance dans la Miséricorde du Père manifestée en Jésus. « Ce qui nous a fait vaincre le monde, c'est notre Foi » nous disait Saint Jean (dans la 2ème lecture). Le monde, en Saint Jean, c'est une puissance de mensonge, une puissance d'égarement, une puissance d'aliénation, d'esclavage et de mort. « Et ce qui nous a fait vaincre le monde,  » toutes ces puissances de destruction, « c'est notre Foi », dit Saint Jean, c'est-à-dire notre confiance, en Jésus, en sa Miséricorde !

 Alors, dans la mesure où nous mettons toute notre confiance en Jésus, nous faisons l'expérience de la libération du cœur, nous faisons l'expérience de la Vie de Dieu en nous, nous faisons l'expérience de la liberté véritable.

 De cette expérience, nous faisons alors la découverte que l'autre n'est pas une menace, que l'autre n'est pas un ennemi, mais qu'il est un Frère à aimer.

 C'est l'expérience qu'ont faite les premiers Chrétiens : « La multitude de ceux qui avaient qui avaient adhéré à la Foi, (c'est-à-dire la multitude de ceux qui avaient mis toute leur confiance en Jésus ressuscité, en Jésus miséricordieux, cette multitude « avait un seul cœur, et une seule âme. » La confiance en Jésus miséricordieux entraîne non plus la rivalité, la division, mais la communion de cœur et d'âme. « Ils avaient, un seul cœur et une seule âme ». Et la conséquence en a été que « personne ne se disait propriétaire de ce qu'il possédait, mais on mettait tout en commun ». L'expérience de la Miséricorde a eu une conséquence sociale, cela a renouvelé la vie en société, chez les croyants d'abord, mais aussi, par la suite dans la société civile.

 Dans cette vie sociale renouvelée, la personne importante est devenue le pauvre, la personne vulnérable. « On redistribuait une part à chacun des frères, au fur et à mesure de ses besoins ». La Miséricorde, qui a renouvelé les cœurs, déborde en œuvres de miséricorde, en attention envers ceux qui en ont le plus besoin.

 Voilà, non pas la connaissance que nous devons avoir, mais l'expérience que nous devons faire en ce Dimanche de la Miséricorde et en ce temps après Pâques : mettre toute notre confiance, dans la Miséricorde du Père manifestée en Jésus, nous laisser toucher par cette Miséricorde, nous laisser transformer par elle. Et alors, laisser notre vie se remodeler pour vivre de vraies relations fraternelles, pour laisser déborder la Miséricorde en œuvres de Miséricorde, et, peu à peu, travailler à une transformation de la vie sociale.

 Alors oui, de tout cœur, tournons-nous vers Jésus miséricordieux en Lui disant : « Jésus, j'ai confiance en Toi », plus fort : « Jésus, j'ai confiance en Toi ». Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE 15 avril 2018
3ème DIMANCHE DE PÂQUES  (B)


Introduction du Père Paul Pageaud, sma : Quand nous venons à la Messe le dimanche, c'est pourquoi ? C 'est pour être lavé, sanctifié, purifié de nos manques d'amour durant la semaine, et croire que Jésus nous aime. Ce sentiment doit nous habiter. Jésus a donné sa vie pour nous, pour le pardon de nos fautes, et au ciel, il intercède continuellement pour nous. Si nous n'avons pas ce sentiment d'être aimé, notre messe risque d'être vaine ! Si nous savons aimer et pardonner, notre messe va devenir efficace. Eh bien! tournons nous vers le Seigneur, pour Lui demander pardon de tous nos péchés.


Homélie de Frère Marie-Jean : Bienvenue d'abord aux membres de « Foi et Lumière », qui sont parmi nous aujourd'hui. « Foi et Lumière », quel beau titre ! C'est le programme de la vie chrétienne. Notre vie est lumineuse à la mesure de notre foi.

 Puis, bienvenue (aux Guides), aux Cheftaines qui nous donnent un beau témoignage de générosité: prendre sur leurs vacances, pour se former, pour mieux servir. Merci aussi pour votre joie, la joie qui est le fruit du service, du don de soi.

 Justement, la messe de ce jour, s'est ouverte par cette prière, qu'on dit «  de collecte », qui collecte toutes nos prières personnelles et les font monter à travers la prière de l'Église, et, nous avons dit cela au Seigneur : « Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, Toi qui refais sa force et sa jeunesse. » Voilà ce que nous demandons. Garde à ton peuple sa joie, Seigneur. Pourquoi, « garde »? Nous fêtions la Résurrection du Seigneur, il y a quinze jours, déjà, et peut-être que déjà la routine de la vie de tous les jours, les mauvaises nouvelles du monde ternissent déjà cette Joie pascale qui explose à Pâques, après cette route du Carême. L'évènement inouï et central de la résurrection de Jésus, risque d'être réduit à un événement important, mais lointain, ça y est c'est du passé ! Et dans notre société, on vit tellement dans l'instantané, qu'une nouvelle en chasse une autre, et on est toujours dans l'éphémère, et même la Joie pascale peut être éphémère dans nos vies ! Alors que nous sommes invités : « Garde sa joie à ton peuple, Seigneur » Voilà notre grande mission.

 Le Pape nous invite fortement à cultiver sans cesse la joie, il vient de nous le redire encore, avec cette nouvelle exhortation : « réjouissez-vous, exultez de joie », c'est un leitmotiv, c'est le Seigneur qui le veut par Lui. Oui, un événement important, cette Résurrection, qui risque de devenir lointain, alors qu'il est l'évènement qui transforme radicalement, notre présent : « vous êtes ressuscités avec le Christ », écrit Saint Paul. Et la liturgie nous a dit : « Garde à ton peuple sa joie, toi qui refais -puisque tu refais- ses forces et sa jeunesse », par ce mystère pascal, qui est du présent, « la jeunesse de la grâce » !! Vous vous souvenez sans doute de ce beau mot de Bernanos qui dit à propos de Marie : « qu'elle est plus jeune que le péché ». Et oui, parce que la grâce, c'est-à-dire la participation à la vie de Dieu, est antérieure au péché. « Plus jeune que le péché », qui commence avec Adam et Eve, mais Marie, parce qu'elle a été épargnée de tout péché, est plus jeune que le péché.

 Mais nous aussi, quand le Seigneur refait notre jeunesse, quand Il nous rend la dignité de fils de Dieu, quand Il nous remet dans sa grâce, Il nous remet dans un état plus jeune que le péché; c'est pour cela, qu'Il refait notre jeunesse, Il nous rajeunit. Saint Augustin le chante aussi merveilleusement : « le péché m'a vieilli, ta grâce me renouvelle ». Sans doute, avons-nous besoin, comme les disciples d'Emmaüs, comme les apôtres au Cénacle, et à chaque apparition du Ressuscité, que le Seigneur nous ouvre les yeux, nous « rouvre » les yeux, à l'intelligence de sa Parole et à sa présence agissante auprès de nous. Saint Augustin a ce propos, a cette parole : « la Bible est comme un collyre que Dieu applique à nos yeux, pour nous habituer progressivement à une lumière plus vive ». plus vive que la lumière de ce monde, de l'esprit du monde, lumière infra-rouge, lumière plus profonde et plus réelle, lumière qui est éternelle, non pas éphémère, comme toutes ces lumières, ces opinions qui encombrent nos médias…

  De fait, plus la Parole de Dieu devient notre nourriture quotidienne, plus Elle nous révèle la présence de Dieu, et nous donne un regard neuf, le regard même de Dieu, « éternellement plus jeune que le péché », sur nous-mêmes, sur nos frères et sur le monde. Prier la Parole de Dieu nous rajeunit, puissions-nous en être convaincu.

 Après la Parole de Dieu, nous avons aussi à faire mémoire du Christ ressuscité vivant dans la vie quotidienne. Je cite ici Monseigneur Follo, qui, chaque semaine, a de belles méditations sur les lectures : « Comment faire mémoire du Christ ressuscité? -eh bien-, en faisant mémoire du Seigneur au travail, et non malgré le travail, » assumer, vivre notre travail avec le Christ, travailleur lui aussi, travail de la rédemption, le travail de l'atelier pendant 30 ans à Nazareth, puis le travail de la rédemption, à grand prix, « en famille et non malgré la famille, dans l'Eglise et non malgré l'Eglise, qui avec ses rites, établit ce qui est vrai ».

 Eh bien, oui, souvenons-nous des promesses du Seigneur : « Quand, deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux ». Puissance de la prière familiale, mais aussi tout simplement la prière personnelle déjà ! « Si quelqu'un m'aime, mon Père viendra à lui, nous ferons chez lui, notre demeure. » Présence du Christ ressuscité, chaque fois que nous ouvrons notre cœur à cette présence, et Il nous rajeunit. Oui, de fait, la liturgie aussi est cette école du faire mémoire. Vous savez bien que faire mémoire, ce n'est pas simplement de se souvenir d'un événement passé, c'est certes, le remettre devant nos yeux, devant notre cœur, mais précisément pour que son effet, sa puissance, son action mystérieuse spirituelle nous rejoignent aujourd'hui, nous transforment aujourd'hui, c'est cela faire mémoire, dans le langage de l'Eglise, sans parler de la dimension future qui la présente aussi.

 La liturgie, qui est prière du Christ lui-même, avec tout son Corps ecclésial, est vraiment école de ce faire mémoire du Christ ressuscité, et vivant avec nous, qui de la liturgie doit passer dans toute notre vie quotidienne. Et, si de fait, nous sommes convoqués, attendus par le Christ chaque dimanche, c'est bien pour que ce faire mémoire liturgique, devienne un faire mémoire quotidien, habituel, continuel, dans notre vie de famille, de travail, de loisirs, d'engagement, de toute la vie.

 « Faire mémoire des mystères du Christ, mort et ressuscité, signifie … que ce que nous célébrons est une réalité vivante. » Aujourd'hui le Christ ressuscité nous rejoint, comme Il a rejoint ses amis, si nous le voulons, si nous ouvrons la porte. Réalité vivante et vivifiante.

 « Faire mémoire du Christ … signifie le rendre présent en se laissant attirer par sa présence amoureuse, Lui qui est vivant pour toujours. »

 « Faire mémoire signifie être en communion avec le Christ. La communion avec Jésus n'est pas un Mystère qui se célèbre simplement dans la liturgie, avec des gestes et des paroles. Le commandement : « faites ceci en mémoire de moi, » a une double épaisseur : faire mémoire dans le sacrement et faire mémoire dans la vie, rendre présent Jésus, dans le Sacrement et le rendre présent dans la charité, » dans le service de l'autre, sinon, notre vie liturgique est stérile. Mais il faut revenir à la source, sans cesse, car nous savons bien que nous ne sommes pas des sources, nous sommes des fontaines, peut-être ? La source, il n'y en a qu'une : c'est Jésus.

 « Cette présence -du Christ ressuscité, vivant-, reste à notre disposition, de façon sublime, -par excellence- dans le pain eucharistique gardé dans toutes les églises du monde. Allons nous mettre devant le Tabernacle, pour adorer et visiter le Ressuscité. »

 « L'union au Christ à travers l'Eucharistie consommée et adorée, nous permet de donner, comme chrétien, un vrai témoignage de vie vécue avec Lui. »

 Voilà comment garder la Joie Pascale dans notre cœur, pour pouvoir aussi l'offrir à nos Frères qui en ont tant besoin. Puissions-nous venir puiser à la source, sans cesse, pour pouvoir aussi offrir, servir, donner, faire mémoire par notre vie, par nos actes, par notre manière de vivre, rendre présent le Seigneur ressuscité, vivant en nous et avec nous. Amen


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HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR THIERRY SCHERRER, évêque de Laval
LE 22 avril 2018
Célébration du 4ème DIMANCHE DE PÂQUES  (B)


Introduction de Monseigneur Thierry Scherrer : Quelle joie, mes amis, d'être si nombreux rassemblés, en ce soir, dans cette belle église du Prieuré de la Cotellerie. Merci à nos Frères qui nous accueillent si fraternellement aujourd'hui.

Nous représentons, ce soir, la riche diversité des charismes et des vocations dans l'Eglise, et merci d'être encore présents, ce soir, pour entourer nos Frères jubilaires, et je m'inclus volontiers dedans, qui célèbrent une belle étape de leur parcours de vie sacerdotale, merci de votre soutien. Je vais laisser au Père Pierre-Marie Perdrix, le soin de nous dire comment, et dans quel état d'esprit, nous allons vivre cette célébration.


Introduction du Père Pierre-Marie Perdrix : C'est l'évènement Pascal qui nous rassemble, le grand événement, dimanche après dimanche, et avec la Pâque annuelle, pendant 50 jours, jusqu'à la Pentecôte, et au cœur de ce grand événement, un autre événement, ces jubilés, vous préciser pour ceux qui ne connaissent pas tous, les jubilaires, parce que c'est une assemblée diocésaine, il y a des personnes d'autres diocèses dans cette assemblée, vous dire quand même que notre Evêque s'appelle Monseigneur Thierry Scherrer, il y en a pas mal qui le savait !! et donc, 30 ans d'ordination presbytérale, et 10 années d'épiscopat, en début juillet. Ce qui sera particulièrement célébré, c'est à l'étude, à Pontmain normalement, le 8 juillet, dans l'après midi; vous êtes tous conviés pour ces dix années d'épiscopat.

 Donc, aujourd'hui, c'est les 30 ans d'ordination presbytérale du Père Bernard Venot, à la gauche du Père Evêque, qui est actuellement de la Paroisse de Saint Bernard de Clermont, paroisse, qui se rapproche de Vitré, et le curé de Vitré est parmi nous; donc une Paroisse de 14 villages.

 Et puis, il y a quelqu'un que je connais bien, le Frère Marie-François, qui est curé de Saint Barnabé-en-Charnie, des trois-Marie-de-la-Jouanne, un ensemble de 22 villages.

Et moi-même, curé de Notre-Dame Saint Martin de Mayenne-Moulay, de Sainte Anne sur Aron. Trente années chacun, j'ai fait les comptes, quatre fois trente, ça fait ??? eh bien, cela fait plus que trente !! Alors, on va faire un Jubilé jubilant, on va faire un Jubilé simple et fraternel.

Le chant qu'on a pris à l'entrée, on aimerait qu'il soit repris pendant ces deux années du Synode, pour que l'Esprit-Saint, soit vraiment l'âme de notre prière. Vous dire, également qu'il y a plein de choses, qui nous réunit tous les quatre, il y a un point particulier qui nous tient à cœur, c'est Pontmain.

On est quatre à avoir été ordonné à Pontmain, sur quatre ! Trois sur quatre, pour devenir prêtres, et un sur quatre pour devenir évêque, et on a voulu qu'il y ait un objet symbolique qui le dise; nous avons emprunté la Croix de procession de Pontmain, qui nous a devancés pour entrer en célébration, et vous remarquerez, que cette magnifique église néo-romane des Petits Frères de Marie Mère du Rédempteur, dans les vitraux figuratifs, nous parle de ce grand Mystère de Pontmain et de son Message : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps, mon Fils se laissent toucher ».

 Beaucoup d'entre vous sont des membres des paroisses dont les Prêtres ont assuré la Mission pastorale. Pour ne pas les oublier, je les ai notées, des chrétiens de la Paroisse Saint Pierre du Maine, Saint Barnabé en Charnie, les trois Marie de la Jouanne, la Trinité-Avesnières-Cordeliers de Laval, Notre Dame Saint Martin de Mayenne-Moulay, Sainte Anne sur Aron, Sainte Thérèse-Cardinal Suhard, Saint Bernard de Clermont, Saint Nicolas du Haut Maine, Sainte Thérèse des Avaloirs, nous avons servis sur 10 des 31 Paroisses de notre diocèse, et j'espère que cela va continuer. Quelqu'un me saluait, en disant : « 10,20,30, ça fait une belle série », et un Prêtre qui me saluait me dit : « moi, j'ai 60 ans d'ordination », alors, j'espère que la série va continuer, 40, 50, 60, et puis, on va peut-être en rester là.

 Vous allez pas nous croire, les Jubilaires, mais on a pas fait exprès de choisir ce quatrième Dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vocations ! On est du 30 avril 1988, trois sur quatre, à Pontmain, Monseigneur et Cardinal Billé, nous a ordonné Prêtre, et nous voulions le faire le dimanche 29, juste avant le 30, sauf que beaucoup d'entre vous, seront en pèlerinage diocèsain, donc nous avons anticipé et nous voyons une heureuse coïncidence, dans ce Jubilé, et la prière pour toutes les vocations, spécialement pour les vocations religieuses, diaconales, sacerdotales, épiscopales, sur la base de la magnifique vocation au mariage, sans oublier, il y en a parmi nous, des fidèles laïcs célibaires au cœur du monde.

Entrons dans cette célébration avec l'évènement principal que nous fêtons, à savoir, le Christ ressuscité, qui nous invite à la JUBILATION.


TEXTE de l'Homélie de Monseigneur Thierry Scherrer, évêque de Laval :

 Chers Frères et Sœurs,

 C’est la louange et l’exultation qui, de notre cœur, monte jusqu’à nos lèvres en ce quatrième dimanche de Pâques traditionnellement consacré à la prière pour les vocations. Avec joie, nous relayons les mots du psalmiste entendus tout-à-l’heure : « Rendez grâce au Seigneur, il est bon ! Éternel est son amour ! » La jubilation remplit notre cœur quand nous faisons mémoire des merveilles de Dieu dans nos vies. Elle jaillit en action de grâces quand nous pensons à sa prévenance aimante, lui qui ne cesse d’appeler des hommes et des femmes pour les associer à son œuvre d’amour. Ce soir, en rendant grâce pour la bonté de Dieu, nous prenons conscience, nous prêtres, d’avoir été choisis par pure miséricorde. C’est la devise de notre pape François « Miserando atque eligendo » que chacun ici peut s’appliquer à lui-même. Car nous n’avons pas été choisis d’abord en raison de nos aptitudes, de nos compétences, de nos talents humains, nous sommes les produits de la pure prodigalité de Dieu, de la gratuité de son amour. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi… » Dieu m’a choisi, je suis choisi par Dieu. Oui, quelle merveille, quelle folie d’amour ! Et quel réconfort de pouvoir nous redire cela dans les moments d’épreuve et de découragement ! Dieu nous a choisis dans son cœur avant même de nous enfanter à la vie.  Saint Jean s’écrie de son côté : « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes. » Nous sommes les « bien-aimés » de Dieu, nous avons du prix à ses yeux ! Quels que soient nos états de vie, la source de notre vocation vient de là. C’est cette bonne nouvelle d’un Dieu qui nous aime que nous voulons relayer durant ces deux années de synode. En élargissant les propos de saint Jean, nous pourrions dire : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous ayons été appelés à le servir comme prêtres, comme diacres, comme consacrés, comme religieux-religieuses, moines ou moniales, comme époux et épouses ou bien encore comme célibataires engagés à divers titres dans la construction du Royaume. » À l’appel de Dieu, il y a plus de trente ans, nous, prêtres, avons répondu joyeusement parce que nous avons reconnu l’amour premier de Dieu pour nous et nous avons désiré répondre à cet amour par le nôtre. Nous sommes conscients que cet amour nous dépasse immensément et que nous n’aurons jamais fini d’en scruter les profondeurs. Nous sommes conscients aussi de porter ce trésor dans les vases d’argile de notre humanité vulnérable, de notre liberté faillible. Bienheureuse pauvreté qui nous éduque à nous déprendre de nous-mêmes et à ne mettre notre confiance qu’en Jésus le Bon Pasteur, le Vrai Berger qui, sans cesse, nous porte dans les bras de sa miséricorde.

 Nous aimons nous replonger dans ce chapitre 10 de saint Jean où Jésus nous redit ce qui fait la texture profonde de nos vies de baptisés et de prêtres. Nous sommes brebis avant d’être bergers, cela il ne faut jamais l’oublier. Il est impensable et impossible de conduire le troupeau qui nous est confié si nous ne consentons pas nous-mêmes à suivre Jésus en disciples, si nous ne prêtons pas l’oreille du cœur à ses directives de Maître et de Seigneur. Cette humble disposition intérieure nous met à l’écart d’une tentation subtile et toujours menaçante, celle de nous ériger en sauveurs de l’humanité à la place de Jésus. C’est le Christ qui est le Sauveur des hommes, pas nous. L’apôtre Pierre le réaffirmait avec vigueur dans la première lecture : « Il n’y a de salut en nul autre qu’en Jésus ; sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » Nous sommes les premiers bénéficiaires de ce salut que nous voulons annoncer au monde. Et cela dit bien que nous ne sommes pas prêtres à notre compte, nous recevons quotidiennement notre ministère comme un don absolument gracieux. Et si le Christ nous rend sacramentellement participants de son autorité de Pasteur, nous savons bien que nous n’avons pas d’autre pouvoir en réalité que celui de donner notre vie comme lui-même, le premier, a donné la sienne. Cela nous oblige à rester en permanence branchés sur la source : « Hors de moi, nous dit Jésus, vous ne pouvez rien faire. » Il nous faut pour cela écouter Jésus, contempler par le prisme de son cœur d’enfant la paternité aimante du Père, percevoir dans la lumière de l’Esprit le lien de connaissance qui les unit indéfectiblement l’un à l’autre : « Je connais mes brebis comme mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. » Connaître Dieu, c’est entrer dans son intimité d’amour, c’est être pris dans la dynamique de sa vie trinitaire. Nous comprenons à partir de là que notre vocation ne saurait être purement fonctionnaliste, elle est de l’ordre de la relation, de la relation vivante et interpersonnelle. Notre relation verticale à Dieu, relation de connaissance et d’amour, conditionne nos relations horizontales avec les autres. Prêtres, c’est dans le cœur à cœur quotidien de la prière que nous apprenons de Jésus à être pasteurs à sa suite. Jésus est en effet le bon Pasteur, le vrai Berger. Il n’est pas un chef d’armée retranché à l’arrière et qui enverrait ses troupes au front. L’Evangile nous le montre marchant toujours en tête de ses brebis, s’exposant aux sarcasmes, aux critiques, aux injures et prêt à donner sa vie le premier lorsque survient le danger. Il n’est pas un gourou qui manipule les foules et viole les consciences. Ses brebis, il les appelle chacune par son nom et il les conduit avec une immense douceur par les liens de l’amour.

 Dieu notre Père, sois béni pour la surabondance de ton amour pour nous, amour toujours prévenant et fidèle. Nous te remercions de la confiance que tu nous as accordée en nous appelant à suivre ton Fils Jésus sur les chemins de l’Évangile. Nous te rendons grâce parce que, bien qu’indignes et indigents, tu nous as choisis pour servir en ta présence.

 Seigneur Jésus, Agneau et Pasteur qui nous a aimés jusqu’à donner ta vie pour nous, maintiens éveillé en nous le désir de livrer notre vie avec toi pour la joie du monde. C’est dans l’eucharistie dignement et amoureusement célébrée que nous nous faisons chaque jour les mendiants de ta charité pastorale. Convertis inlassablement nos cœurs pour que nous soyons pasteurs non par contrainte, mais de bon gré, en devenant jour après jour les modèles du troupeau qui nous a été confié.

 Esprit de lumière et de vie, remplis-nous de ta plénitude. Ravive en nous le Don de Dieu que tu es en personne et que nous avons reçu de toi au jour de notre ordination par le geste de l’imposition des mains de notre évêque. Dans la puissance éternellement recréatrice de ton amour, fais que nous soyons les serviteurs des plus pauvres, à l’image de Pierre qui a fait du bien à un infirme.

 Et vous, mes amis, soyez remercié de votre présence à nos côtés, de votre soutien fraternel, de votre patience à notre égard, de votre attention bienveillante. Dans l’eucharistie que nous célébrons, rendons grâce ensemble pour la riche diversité des vocations dans notre Église. Que nous sachions, chacune et chacun, écouter la voix du Bon Pasteur et répondre aussi généreusement que possible à son appel. Que nous n’ayons pas peur de devenir des saints ! Et que nos familles restent ces lieux d’émergence des vocations, ces lieux d’éducation et d’apprentissage au don désintéressé de nous-mêmes. Oui, rendons grâce au Seigneur, il est bon ! Éternel est son amour ! Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 29 avril 2018
5ème DIMANCHE DE PÂQUES (B)


Introduction : Le Seigneur qui nous rassemble aujourd'hui, nous donne la joie de prier avec la Jeunesse Franciscaine de Cholet, accompagnée avec le Père Jean-François Marie, qui est le provincial des Franciscains. Merci à vous d'être venus jusqu'à nous. Merci aussi au Père Hugues, Servite de Marie, qui a à peu près la même spiritualité que nous, qui nous vient à la fois de France et du Québec ; Il vient nous visiter ! Approfondir ses liens de charité. Prions aussi, pour nos retraitants, accompagnés du Père Dominique Lagneau, que vous connaissez déjà, et puis les étudiants et étudiantes.

N'oublions pas que nous sommes dans ce temps, j'allais dire, de retraite, entre Pâques et la Pentecôte, c'est un temps particulier où il nous faut demander avec persévérance et dans la confiance l'Esprit-Saint, cet Esprit, que Jésus nous a promis, cet Esprit qui nous aide à confesser notre Foi, dans le Nom de Jésus. Eh bien, demandons au Seigneur, cette grâce d'approfondissement de le grâce baptismale pour vivre de l'Amour de Dieu.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, comment pourrions-nous définir ce que Le Seigneur veut nous faire entendre aujourd'hui ? Il me semble que nous pourrions entendre cette Parole rapportée par Saint Jean : « Vous devez aimer, vous devez aimer ».

 Comment aimer ? Saint Jean nous dit : « ce n'est pas dans les paroles et les discours, mais c'est en posant des actes. » Nous nous souvenons de ce que Jean-Paul II écrivait dans « Familliaris Consortio », «  Les tâches de la Famille Chrétienne » : « nous avons été crées par Amour et nous sommes appelés à vivre dans l'Amour. » Or, nous dit Saint Jean, quand on se trouve face à Dieu, forcément, cela nous ramène à notre cœur, et notre cœur par rapport à Dieu, peut éprouver de la crainte, peut éprouver de la peur, et voir en lui-même ce qui le distancie de Dieu, c'est-à-dire son propre péché. Cela nous fait comprendre que nous-mêmes nous ne pouvons pas finir d'aimer, nous ne pouvons pas ! Seul, Dieu, peut finir d'aimer en nous. Et comment Dieu, peut-Il finir d'aimer en nous ? Eh bien, en accueillant son Amour, son Esprit-Saint, c'est Lui qui nous établira dans cet Amour. Et pour cela Saint Jean nous dit qu'il nous faut demeurer dans l'Amour de Jésus.

 Comment demeurer? Eh bien, il continue dans l'évangile, en donnant la parole à Jésus qui emploie une métaphore. « Je suis la Vigne. » Une vigne se compose, d'un cep, des sarments, et qui portent du raisin. Ça c'est ce que l'on voit extérieurement, mais Le Seigneur nous demande de demeurer en Lui, pour porter du fruit.

 Et comment que cela fonctionne dans la vigne? Nous savons que ce qui fait la vie de la vigne, c'est la sève, c'est-à-dire cette plante qui va chercher dans le sol sa nourriture, cette sève qui va monter le long du tronc, dans le cep, passer dans l'écorce des sarments, et cette sève va se trouver exposée dans la partie vulnérable et fragile de la plante, dans la feuille. Et il faut que la sève subisse une transformation, parce que, jusque là, la sève ne sert à rien à la vigne. Il faut qu'elle soit transformée par une source extérieure, la lumière. Et c'est la lumière qui va transformer la sève en suc, la photosynthèse, qui va nourrir, qui va faire porter du fruit. Et pour nous, c'est la même chose, il faut que nous acceptions de nous exposer à l'Amour de Dieu, l'Esprit-Saint, pour que cet Esprit en nous travaille par sa grâce, la grâce c'est la sève et c'est la grâce de Dieu qui nous fait porter du fruit, qui fait que notre Foi grandit et s'épanouit, c'est cela, accepter cela.

 Or nous voyons que pour porter du fruit, cela n'a pas l'air aussi évident dans la première Communauté Chrétienne. Il est fait mention dans les Actes des Apôtres, « d'un corps étranger », qui s'appelle Paul de Tarse. Paul, qui était persécuteur de cette Eglise, qui était parti de Jérusalem comme persécuteur, qui est allé à Damas, et là, il a fait la rencontre éblouissante du Seigneur, ça l'a converti, il a reçu l'Esprit-Saint, le Baptême, il est revenu à Jérusalem. Et la Communauté de Jérusalem qui s'était habituée à vivre entre eux, à vivre de la Foi au Christ ressuscité, mais seulement qui avait tendance à se renfermer sur elle-même, l'Esprit-Saint, va lui envoyer Paul. Il va y avoir cette peur de cette Communauté, la peur !

 Et je crois que notre Eglise aujourd'hui a besoin de revivre cette expérience, accepter de se faire bousculer par l'Esprit-Saint, pour sortir de nos peurs, et accueillir ce que l'Esprit-Saint envoie, et là, c'était Paul ! Il a fallu toute la persuasion de Barnabé, pour faire comprendre à la Communauté que Paul était l'instrument que Dieu s'était choisi. Avec toute la ferveur qui animait Paul, la Communauté a accepté de l'accueillir, simplement, cela bousculait les habitudes ! La Communauté était encore sous le traumatisme de la mort d'Etienne, traumatisme de la mort d'Etienne, avec ce persécuteur, qui est devenu un apôtre, là ! Et lorsque Paul, mu par l'Esprit-Saint, a commencé à évangéliser, la Communauté n'a pas pu suivre. Elle a demandé à Paul de partir à Tarse, parce qu'il y avait un risque ! Et le risque n'était pas mince puisque des Juifs voulaient la mort de Paul. Et la Communauté voulait sa sécurité; et Paul est parti, à Tarse. Or l'Esprit-Saint voulait faire traverser cette épreuve à Paul, pour que lui-même, retiré au désert, puisse vivre de cette communion intense, avec Dieu, Le Seigneur. C'est Le Seigneur qui va le former.

 Alors, ce que Le Seigneur nous demande, c'est d'être ouvert à cet Esprit-Saint, pour ne pas que la peur nous envahisse et nous enferme. Il faut accepter de s'ouvrir. Accepter d'être bousculé par l'Esprit-Saint et d'accueillir son Amour, car nous ne savons pas où il nous emmène ! Mais c'est cela, vivre de la Foi et de l'Amour de Dieu. Sortir de nos habitudes, vivre de l'Esprit, c'est-à-dire que, si vous avez entendu à la fin de la lecture des Actes : « L'Eglise vivait en paix, elle était en marche » c'est-à-dire « Elle se construisait, Elle était en marche », Elle était en pèlerinage, ça veut dire, Elle ne peut pas rester comme cela, à s'enraciner, et l'Esprit-Saint agissait en Elle; et dans une autre traduction, c'était l'Esprit de consolation, et ainsi l'Eglise se développait. Cela ne dépend pas que de nous !

 Ce qui dépend de nous, c'est cette ouverture à cet Amour de Dieu, au travail de la grâce. Accepter de se laisser bousculer, changer. Oui, comment demeurer en Jésus, comment persévérer dans cet attachement qui nous unit à Lui, en triomphant contre la fragilité de notre pauvre nature humaine, blessée, infidèle, avant tout, en demandant la grâce de pouvoir demeurer en Lui, de nous établir dans son Amour qui devient notre demeure. Si nous ne le demandons pas, si nous ne mendions pas l'Amour, nous ne pouvons pas recevoir le don.

 Deuxièmement, en prenant davantage conscience que, pour vivre dans cette maison, il faut un cœur plein de reconnaissance, donc le sentiment d'une pauvreté intérieure qui quémande, qui cultive la gratitude, car un cœur reconnaissant est un cœur fidèle, heureux d'être aimé de Dieu et d' aimer ses frères. Heureux d'être un ami du Christ qui ne veut pas des serviteurs mais des amis. Et être des amis de Jésus veut dire accepter sa Personne, veut dire accepter son Amour pour nous, veut dire l'aimer, aimer notre prochain, et rayonner la joie, la joie de Dieu. Et nous sommes appelés ainsi dans le monde à être des témoins de la fidélité et de la joie de Dieu, qui est le gardien de notre fidélité. Demandons cette grâce au Seigneur de cette ouverture du cœur, sortir de nos habitudes, pour vivre la disponibilité, la joie. Demandons cette grâce au Seigneur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE JEUDI  10 mai 2018
ASCENSION DU SEIGNEUR, Solennité  (B)


Introduction : Chantons la joie donnée par le Seigneur, réjouissons-nous avec Jésus, avec le Père. Nous célébrons la joie du Père, d'accueillir son enfant bien-aimé, qu'Il nous a livré, qu'Il nous a donné, qu'Il a envoyé pour notre salut; joie du Père de retrouver son enfant, qui après tant de souffrances, après ce chemin de vie, d'abaissement, d'anéantissement, est glorifié à sa droite. Joie du Père, joie du Fils, joie de l'Esprit-Saint, c'est ce que nous célébrons aujourd'hui, et nous appelons en même temps ce Christ puissant, qui a manifesté la puissance de son Amour sauveur. Nous lui demandons de nous ouvrir aussi les portes du ciel. Il nous précède, Il nous appelle, Il nous entraîne. Entrons dans la joie de cette Fête, demandons le pardon de toutes nos résistances, de tous nos freins, dans cette course vers le ciel qui est notre vie, notre vocation.


Homélie : Entre l'Exultation de la Fête Pascale et la ferveur de la Pentecôte, que nous allons célébrer bientôt, d'autant plus fervente que ce sera l'ouverture de notre Synode diocésain, la solennité de l'Ascension, peut passer pour le « parent pauvre », elle ressemble, pour reprendre l'image de Péguy, à la petite-fille Espérance, au milieu de ses deux grandes sœurs, la Foi et la Charité, et ceci peut-être, parce que le propre du mystère de l'Ascension est moins facile à saisir, cerner,  que celui de Pâques ou celui de la Pentecôte. Certes, fondamentalement l'Ascension  n'est pas séparable de Pâques. Quand le Christ ressuscite au Jour de Pâques, d'entre les morts, son Corps est dans un état nouveau, son Corps est glorieux, glorifié, et donc, toute son humanité, partage déjà la Gloire du Père.

 Mais, de même qu'il fallait que la Résurrection du Christ soit constatée, reconnue, par les apôtres et les disciples, « plus de 500 Frères à la fois », nous dit Saint Paul, de même, il fallait que la glorification du Christ, auprès du Père, soit manifestée elle aussi aux apôtres par un signe visible, afin qu'ils en soient les témoins. Et ce signe, c'est justement, cette élévation du Christ, dans la nuée, car dans la Bible, la nuée lumineuse, nous le savons bien, est souvent, le signe de la présence de Dieu. Il en est ainsi au Mont Sinaï, il en est ainsi, d'abord dans le passage de la mer Rouge, dans le désert, la nuée lumineuse qui accompagne, mais aussi à la consécration du Temple, et enfin à la Transfiguration, c'est encore la nuée lumineuse qui vient envelopper Jésus, Moïse et Elie qui nous signifie la présence plénière de Dieu. Dire donc, pour Saint Luc, qu'« une nuée va soustraire Jésus aux yeux des apôtres », c'est dire qu'il est entré dans le monde de Dieu, et Saint Etienne, lors de son interrogatoire, confirme cela puisqu'il déclare : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme, debout, à la droite de Dieu ». C'est là que ses accusateurs vont se boucher les oreilles, car c'était effectivement confesser l'égalité du Fils à la droite du Père.

 Jésus est donc le 1er homme à entrer dans la Gloire de Dieu. L'Ascension en est la manifestation, et c'est ce que nous célébrons d'abord, et en même temps l'annonce de la glorification du Corps tout entier de l'Eglise, parce que ce 1er homme, entré dans la Gloire du Père, il est la Tête de tout ce Corps qu'est l'Eglise, nous le savons bien, et s'Il est venu, justement, s'Il s'est fait homme, c'est bien pour venir chercher, tirer, entraîner toute l'humanité dans cette même Gloire. C'est donc un grand mystère de Joie, que l'Ascension, parce qu'un grand mystère d'espérance pour nous.

 Il y a un autre aspect, important aussi, pour ne citer que ces deux-là, il y en a certainement bien d'autres : si le mystère de l'Ascension nous semble le « parent pauvre », dans ces solennités pascales, c'est sans doute aussi, parce que nous en faisons une « absence », alors évidemment les représentations iconographiques nous mettent sur cette voie, puisque souvent, on ne voit plus que deux pieds, ou le bas d'une tunique, deux pieds et des nuages, qui enveloppent tout cela. Evidemment, on a tendance à mettre l'accent sur l'absence, le Christ n'est plus là ! Alors que, nous dit le Père André Sève, c'est une formule bien trouvée : « C'est le mystère d'une présence démultipliée ». J'ai aimé cette formule, qui est plus qu'une formule. L'évangile de Saint Marc, que nous avons entendu, le souligne bien, puisqu'il juxtapose deux formules, deux affirmations qui semblent contradictoires : « le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel, et s'assit à la droite de Dieu », mais il ajoute aussitôt : « quant aux apôtres, ils s'en allèrent proclamer partout l'Évangile, le Seigneur travaillait avec eux ».

 Et saint Matthieu, lui, ne retient que l'aspect de présence du Christ, auprès des siens, auprès des disciples, et c'est même le dernier mot de son Évangile, quelle espérance ! « Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde », voilà comment Matthieu termine son évangile. Donc l'Ascension n'est certainement pas une absence.

 Et si saint Luc souligne plutôt l'aspect de séparation, il souligne cependant dans son Évangile que : « les disciples revinrent à Jérusalem en grande joie ». Pourquoi sont-ils en grande joie, si leur cœur ne voyaient que l'absence ? Eh bien non ! Benoît XVI commentait ainsi le fait : « Les apôtres sont sûrs, dit-il, que le Ressuscité est maintenant au milieu d'eux, d'une manière nouvelle et puissante, ils savent que la droite de Dieu, où Il est maintenant élevé implique un nouveau mode de sa présence, qu'on ne peut plus perdre, le mode par lequel, seul Dieu, peut nous être proche ».

 L'Ascension est donc le mystère d'une absence apparente, qui, en fait, est une présence réelle démultipliée. Nous parlons bien d'ailleurs de la Présence Réelle, qui n'est pas exclusive de la présence de Jésus, mais qui est Réelle par excellence, nous le savons bien. Oui, l'Ascension c'est le mystère d'une présence réelle démultipliée : Jésus est à la droite du Père, et Il est en même temps avec nous.

 « L'effort de Foi, qui nous est demandé », dit toujours le Père Sève, « c'est d'unifier deux relations avec Jésus, apparemment contraires, le contempler glorifié au ciel auprès du Père, et pourtant, travailler en même temps avec Lui sur cette terre. Le contempler au ciel, oui, certes, on peut se dire, les Anges ont dit aux apôtres de s'en aller, ce n'est plus le moment de regarder en l'air, oui, mais il faut quand même contempler le ciel dans la prière. Contempler ce pourquoi on est fait, parce que c'est cela de quoi il s'agit, c'est notre vocation, le ciel ! C'est pourquoi, il faut prendre le temps de contempler le ciel, et Jésus au Ciel, pour réveiller en nous, en moi, ma vocation à être au ciel avec Lui pour toujours. « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en-haut, c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu », nous dit Saint Paul. Comment rechercher les choses d'en-haut, sinon dans la prière, la contemplation de ce Christ qui nous attend, qui nous appelle.

 Mais aussi, et en même temps, et tout aussi important, et notre Pape François, y revient souvent : « La prière ne doit jamais être un prétexte, pour fuir, se dérober, au service, à la charité », nous dit-il, dans sa dernière exhortation. Oui, c'est la même chose, il faut unir ce que Jésus a voulu unir, il faut travailler avec Lui sur la terre, et c'est bien ce que suggère les Anges, et surtout ce que demande Jésus à ses apôtres : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création ». Et je ne peux pas ne pas citer ces belles paroles de Saint Augustin, que nous, les Frères, avons entendu à l'office, ce matin, et qui nous disent aussi la même chose, mais avec son génie littéraire : « Pourquoi, dit-il, ne travaillons nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte, que par la Foi, l'Espérance et la Charité, grâce auxquelles nous nous relions à Lui, Jésus, nous reposerions déjà maintenant avec Lui dans le ciel ».

 C'est par les vertus de Foi, d'Espérance et de Charité que nous nous unissons à Lui, nous sommes unis à Lui. « Lui, alors qu'Il est là-bas est aussi avec nous, et nous alors que nous sommes ici, nous sommes aussi avec Lui ». Quelle merveille ! Quel mystère ! C'est un mystère qui déborde notre intelligence humaine. Et pourtant, c'est vrai. Et donc, vivons cela, et demandons à la Vierge Marie, en ce mois qui lui est spécialement dédié, Elle qui nous précède, elle aussi, dans son corps, son âme, auprès de son Fils, eh bien, demandons-lui de savoir unir ces deux dimensions, de savoir contempler la gloire à laquelle le Seigneur nous appelle, et d'abord, la Gloire du Christ vainqueur, et de savoir travailler aussi ici-bas avec Lui. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 20  mai 2018
DIMANCHE DE LA PENTECÔTE (B)


Introduction de Frère Marie-Jean : Nous avons la joie et l’honneur d’accueillir, aujourd’hui, un groupe d’amis libanais de la région parisienne. Soyez les bienvenus ! Ils sont là depuis vendredi soir.

Tout notre diocèse est particulièrement dans la joie, puisque nous ouvrons aujourd’hui, s’est ouvert hier soir, le Synode, cette période du Synode diocésain qui va durer deux ans. Hier, ont été remis à chaque communauté paroissiale et religieuse des bâtons synodaux, puisque « être en Synode » c’est marcher ensemble.

Et donc pour signifier cette marche ensemble sous la conduite de l’Esprit, nous allons accueillir aussi dans la procession d’entrée ce bâton synodal qui a été remis hier à la communauté en signe de cette volonté de marcher sous la conduite de l’Esprit Saint, de la communauté, comme toutes les communautés de la Mayenne se mettent en marche dans cette conduite.

Nous accueillons la procession d’entrée.


Introduction de Frère Jean-François : Jour de fête et jour de joie pour l’Eglise ! Comme déjà Benoit XVI le disait, après Paul VI. C’est le jour de la naissance de l’Eglise que celui de la Pentecôte. C’est celui où nous nous découvrons, par l’Esprit de Dieu, Enfants de Dieu.

Nous accueillons cette joie de Dieu qui nous a aimés. Son Amour vient nous remplir, nous donner cette disposition d’Enfant de Dieu qui se tourne vers son Père pour pouvoir Lui dire, selon cette inspiration de l’Esprit Saint : « Père ! »

Comme Frère Marie-Jean vous l’a dit tout de suite, cette grande joie de l’Eglise est celle aussi de notre diocèse qui entre dans un Synode. Nous prenons ensemble le même chemin pour redécouvrir cette profondeur de Dieu, cette action de Dieu par son Esprit Saint.

Alors, dans la joie de l’Eglise, reconnaissons-nous d’abord Enfants de Dieu, mais enfants pécheurs. Que l’Esprit Saint vienne brûler en nous toutes les scories du péché, toutes les déformations, tout ce qui peut contrister le cœur de Dieu. Dans l’humilité et la joie, ensemble, demandons pardon et miséricorde au Seigneur.


Homélie de Frère Jean-François : Chers frères et sœurs, la fête de la Pentecôte, cette venue de l’Esprit Saint, est bien pour nous une renaissance. Et c’est une grande joie.

 Nous avons la joie d’accueillir, parmi nous, le réseau ecclésial des libanais. Merci à vous d’être venus ! Ils nous aideront à prier aussi à l’offertoire. Ils chanteront en langues pour nous. C’est peut-être votre langue maternelle. Mais nous pourront suivre, car nous aurons la traduction. Merci à vous ! Et je crois que vous nous chanterez aussi le Notre Père. Est-ce que c’est de l’araméen ou de l’arabe ? Je ne sais pas… c'est de l'arabe littéraire!... Donc nous prierons ensemble. Merci à vous !

 Le Seigneur est bon. Figurez-vous, ce n’est pas ces lectures que j’ai méditées pour préparer l’Evangile. Je me suis trompé. Enfin, l’Esprit Saint l’a fait ainsi, parce que, en général, Il aime bien prendre les commandes. Donc il faut accepter de se laisser faire, de se laisser conduire. Donc je ne sais pas très bien ce que je vais vous dire.

 Mais quand j’ai entendu l’Evangile, Jésus, en fait, nous présente l’Esprit Saint. Son origine et sa mission. Et à travers ce qu’Il nous dit, c’est cela que nous devons vivre, nous, Chrétiens, dans l’Eglise.

 Son origine. L’Esprit Saint, bien sûr, est Dieu. Il est cette puissance extraordinaire de Dieu en Dieu, cette intensité d’Amour. Et c’est cela dont il nous faut vivre dans l’Eglise. Tant que nous n’avons pas cette dimension d’intensité d’Amour, nous ne pouvons pas dire que nous avons l’Esprit du Christ.

Et c’est grâce à cette intensité d’Amour, que, comme l’Esprit Saint est diffusif, sa mission est de créer l’unité, dans le "bazar" du monde. Le "bazar", il était déjà à la Création et l’Esprit Saint était là, il « planait sur les eaux. » Il a organisé les choses. Il a créé cette unité. Il a fait le monde pour Dieu.

L’Esprit Saint est aussi intervenu dans l’Ancien Testament. Nous avons ce fameux passage du don de l’Alliance. Et Il est aussi intervenu sur Marie, à l’Incarnation, car le monde était fermé à Dieu. Et l’Esprit Saint, grâce au « oui » de Marie, a ouvert le cœur de Marie et a fait que Dieu Lui-même, en Jésus, puisse s’incarner. Il a fallu une ouverture. Il a fallu un « oui ».

Et la troisième manifestation de l’Esprit Saint pour l’Eglise, elle est justement dans cette unité pendant le Calvaire, la Croix et la Pentecôte. Ça ne fait qu’un. Bien sûr entre les deux, il y a eu cinquante jours.

Après la Résurrection, les Apôtres, après la mort de Jésus, se sont enfermés, emmurés dans le Cénacle. C’est tout à fait la réaction humaine. Se fermer, s’enfermer. Il a fallu que Jésus vienne. La première chose qu’Il a faite, en leur offrant sa paix, Il leur a montré ses plaies. Et en leur montrant ses plaies, c’est-à-dire ses ouvertures, par lesquelles Il a donné son Esprit Saint. Lorsqu’Il a remis son Esprit, à la mort sur la Croix, son cœur ouvert, c’est de son cœur que jaillit ce Feu, ce Feu de Dieu, cet Esprit Saint.

Et c’est cela qu’il nous faut accueillir, cette ouverture, j’allais dire, cette Croix plantée dans le cœur pour que l’Esprit Saint fasse quelque chose en nous, par nous, pour l’Eglise.

Alors, comme vous l’avez entendu au début, notre diocèse entre en Synode, c’est-à-dire, c’est à la fois ce Cénacle. Le Synode c’est ça, c’est un Cénacle, où l’Eglise se recueille, se met sous la lumière du Christ pour accueillir son Esprit Saint, se laisser guider dans un chemin, afin de connaitre quelle sera sa mission. Recevoir la mission du Christ.

Alors, si vous voulez bien, je vais laisser la parole à Monseigneur Scherrer, notre évêque, qui nous donne l’esprit dans lequel il nous faut vivre cet esprit dans l’Eglise. Il commence par nous rappeler ce thème central qui a été choisi, qui est tiré du livre d’Isaïe : « Tu as du prix à mes yeux. » Tu as du prix à mes yeux.

Et plusieurs fois dans ce passage d’Isaïe, le Seigneur dit, par Isaïe à son peuple : « Ne crains pas. Ne crains pas, tu es à moi. Je t’ai aimé, je t’ai choisi. Je te protègerai, ne crains pas, tu as du prix à mes yeux. » C’est la première chose qu’on a besoin d’entendre, cette assurance d’être reconnu, aimé et choisi par Dieu. Tu as du prix à mes yeux.

Et parce que nous avons du prix à nos yeux, nous pouvons accueillir l’Esprit Saint. Qu’est-ce que vient faire l’Esprit Saint ? Il vient mettre au fond de notre cœur l’Amour. Cet Amour que Saint Paul décline, dans la lettre que nous avons entendue. Il dit : « Le fruit de l’Amour. » Le fruit de l’Esprit Saint qui est l’Amour, qui se décline en neuf qualités, que nous avons entendues. Par contre, il en décrit quatorze pour le monde, qui nous mène à la mort. Et il y a huit Béatitudes qui sont les fruits de l’Amour.

Et parce que nous sommes aimés, dans ce monde, nous pouvons ouvrir des chemins de joie, parce que nous reconnaissons que ce monde aussi est aimé de Dieu. Et le fruit de l’Amour de l’Esprit Saint en nous, nous donne la paix et la joie. Cette paix que le Christ nous redonnera pendant l’Eucharistie, avant la Communion : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. »

Alors, Monseigneur Scherrer nous dit ceci : 

« Chers frères et sœurs, "Tu as du prix à mes yeux…" C’est la parole phare que nous avons choisie pour notre Synode qui s’ouvre en cette solennité de la Pentecôte. Une parole à accueillir pour soi-même, une parole à relayer aux autres.

« La centralité de l’amour est en effet au cœur de la Bonne Nouvelle parce qu’elle est au fondement de la relation de Dieu avec son peuple et de la relation des hommes entre eux. Nous sommes aimés de Dieu !

« Aimés de Dieu, c’est-à-dire voulus et choisis par lui de toute éternité comme des êtres uniques avec lesquels il désire nouer une relation intime et personnelle. Aimés de Dieu, c’est-à-dire appelés à vivre pour toujours avec lui grâce à la résurrection de son Fils mort sur la croix par amour pour nous : "Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique" (Jn 3,16). Aimés de Dieu, c’est-à-dire inlassablement désirés et attendus par un Dieu-Père qui espère en nous souvent plus que nous-mêmes et s’offre comme le partenaire de nos réussites humaines.

« Comme le dit le pape François dans La joie de l’Évangile : "Si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres ? " (n. 8).

« Oui, il nous faut naître chaque jour à cette conscience que Dieu nous aime. C’est la condition requise pour que nous soyons en ce monde des apôtres et des pèlerins de la joie. La mission des baptisés, la mission de l’Église, c’est d’ouvrir en ce monde des chemins de joie. »

Et il continue plus loin :

« Pour réveiller en chacun la grâce de son baptême.

« Aucun renouveau n’est possible sans la prise de conscience de ce qu’est le don du baptême. Pour chacune et chacun de nous, le baptême est d’abord le don d’une filiation, l’introduction concrète de toute notre vie dans les relations d’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit. […]

« Un Synode, en définitive, est une plongée de toute la famille-Église dans le feu d’amour de l’Esprit Saint. C’est donc une grâce de renouvellement qui doit saisir personnellement le cœur de chaque baptisé puis transformer les communautés.

« Depuis longtemps, déjà, on ne cesse de nous redire que l’avenir de l’Église naîtra d’un renouveau intérieur et spirituel des baptisés. L’insistance est venue chez nous de la Lettre aux catholiques de France qui nous appelait, en 1996, à revenir au cœur de la foi. Et le pape François nous exhorte à son tour à nous engager dans le sens d’"un renouveau ecclésial qu’on ne peut différer." (La joie de l’Évangile, n°120)

« Il nous parle de l’urgence d’une conversion pastorale et missionnaire. Pour lui, une Église de la joie est une "Église en sortie". La conversion réside dans cette sortie de soi pour aller vers les autres. Nous recevons la force de quitter nos vieilles habitudes de chrétiens fatigués et redevenons alors "sel de la terre et lumière du monde. " »

Il faut donc un renouvellement intérieur. Accepter de se laisser bousculer par l’Esprit Saint, de se laisser déplacer. Et pour cela, ouvrir son cœur, oui, ouvrir son cœur, comme l’a fait Marie. Marie l’a fait à l’Annonciation, sans quoi il n’y aurait jamais eu d’Incarnation. Elle l’a fait aussi à la Pentecôte avec les Apôtres. Et l’Esprit Saint est descendu sur Marie et les Apôtres par des langues de feu. Mais c’est grâce à la prière de Marie.

Il nous faut redevenir marial, tout simplement, dans l’humilité du cœur et la simplicité. Demandons cela au Seigneur dans cette Eucharistie et résolument laissons-nous brûler intérieurement par cet Amour de Dieu qui est un Amour de joie, de paix et de miséricorde. Amen.


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LISTE DES HOMÉLIES

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 14 février 2018

Mercredi des CENDRES

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

LE 8 avril 2018

2ème DIMANCHE DE PÂQUES B (OCTAVE)

HOMÉLIE DE JEAN VILLEMINOT, diacre

 LE 18 février 2018
1er Dimanche de CARÊME B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE 15 avril 2018

3ème DIMANCHE DE PÂQUES B

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

LE 25 février 2018

2ème Dimanche de CARÊME B

HOMÉLIE DE MGR THIERRY SCHERRER

LE 22 avril 2018

Célébration 4ème DIMANCHE DE PÂQUES B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE 4 mars 2018

3ème Dimanche de CARÊME B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 29 avril 2018

5ème DIMANCHE DE PÂQUES (B)

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

LE 11 mars 2018

4ème Dimanche de CARÊME B


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

LE 18 mars 2018

5ème Dimanche de CARÊME B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE jeudi 10 mai 2018

ASCENSION DU SEIGNEUR, Solennité B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE Dimanche 25 mars 2018

PROCESSION  des RAMEAUX  B


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 30 mars 2018

JEUDI-SAINT, Eucharistie de la CÈNE

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 20 mai 2018

DIMANCHE DE LA PENTECÔTE (B)

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE Samedi 31 mars 2018 (soir)

VEILLÉE PASCALE DE LA RÉSURRECTION (B)


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE 1er avril 2018

DIMANCHE, JOUR DE PÂQUES


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 2 avril 2018

LUNDI de PÂQUES, Voeux de Frère Jean