HOMÉLIE PRONONCÉES EN DIVERSES CIRCONSTANCES en 2017 (Année A)


LISTE DES HOMÉLIES

 HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Jeudi 2 Février 2017

PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE,  Sol.


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

lundi 20 mars 2017

Solennité de SAINT JOSEPH

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

lundi 28 août 2017

Solennité de NOTRE PÈRE SAINT AUGUSTIN

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

samedi 25 mars 2017

Solennité de l'ANNONCIATION du Seigneur


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Dimanche 11 juin 2017

Solennité de LA TRÈS SAINTE TRINITÉ


HOMÉLIE DE Mgr Jean-Michel GIRARD

Eucharistie du Dimanche 18 juin 2017

Solennité du SAINT-SACREMENT (Fête-Dieu)


HOMÉLIE DE Mgr Jean-Michel GIRARD

Vêpres du Dimanche 18 juin 2017

Solennité du SAINT-SACREMENT (Fête-Dieu)


 HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Dimanche 6 août 2017

Fête de la TRANSFIGURATION


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Mardi 15 août 2017

Solennité de L'ASSOMPTION DE MARIE








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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le jeudi 2 février 2017
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE ET PURIFICATION DE MARIE, Solennité patronale


Ml 3, 1-4 ; Ps 23/7-10 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40


Homélie : Chers Frères et sœurs, « Bonne fête » ; peut-être que ça va vous étonner : le 2 février, c’est la fête de la vie consacrée, des personnes qui ont consacré ou qui ont été consacrées par le Seigneur le jour de leur consécration religieuse, mais le baptême n’est-il pas une consécration, une consécration personnelle ? Alors, « bonne fête ! »

La fête de la Présentation de Jésus au Temple est appelée également la fête de la « rencontre »: Dans la liturgie, au début, il est dit que « Jésus va à la rencontre de son Peuple », -nous l’avons entendu avant de partir en procession- ; c’est la rencontre « entre Jésus et son peuple ». Quand Marie et Joseph amenèrent leur enfant au Temple de Jérusalem, eut lieu la première rencontre entre Jésus et son peuple, représenté par les deux vieillards Syméon et Anne.

Ce fut aussi une rencontre au sein de l’histoire du peuple, une rencontre entre les jeunes et les personnes âgées : les jeunes étaient Marie et Joseph, avec leur nouveau-né ; et les personnes âgées étaient Syméon et Anne, deux personnages qui fréquentaient toujours le Temple.

Qu’est-ce que l’évangéliste Luc nous dit à leur propos, comment est-ce qu’il les décrit ? A propos de la Vierge Marie et de saint Joseph, il répète à quatre reprises qu’ils voulaient faire ce qui était prescrit par la Loi du Seigneur (cf. Lc 2, 22, 23, 24, 27) ; voilà un principe d’éducation : apprendre aux enfants à faire ce qui est prescrit. On saisit, on perçoit presque que les parents de Jésus ont la joie d’observer les préceptes de Dieu, oui, la joie de marcher dans la Loi du Seigneur! Ce sont deux nouveaux époux, ils viennent d’avoir leur enfant, et ils sont entièrement animés du désir d’accomplir ce qui est prescrit. Cela n’est pas un fait extérieur, ce n’est pas pour se sentir en règle. C’est un désir fort, profond, plein de joie. C’est ce que dit un Psaume : « Dans la voie de ton témoignage, j’ai ma joie… Ta loi fait mes délices » (119-118, 14, 77).

Et que dit saint Luc à propos des personnes âgées ? Il souligne plus d’une fois qu’elles étaient guidées par le Saint-Esprit, la Sagesse. Il affirme à propos de Syméon que c’était un homme juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël, et que « l’Esprit Saint reposait sur lui. » (2, 25) ; il dit que « l’Esprit Saint l’avait averti » qu’avant de mourir il aurait vu le Christ, le Messie (v. 26) ; et enfin, qu’il se rendit au Temple « poussé par l’Esprit » (v. 27). À propos d’Anne, il dit ensuite que c’était une « prophétesse » (v. 36), c’est-à-dire inspirée par Dieu ; et qu’elle était toujours dans le Temple « servant Dieu dans le jeûne et la prière » (v. 37). En somme, ces deux personnes âgées sont pleines de vie ! Elles sont pleines de vie, car elles sont animées par le Saint-Esprit, dociles à son action, sensibles à ses appels. Elles sont jeunes dans leur tête.

Et voilà, la rencontre entre la Sainte Famille et ces deux représentants du peuple saint de Dieu. Au centre, se trouve Jésus. C’est Lui qui anime tout, qui attire les uns et les autres au Temple, qui est la maison de son Père.

C’est une rencontre entre les jeunes pleins de joie dans l’observation de la Loi du Seigneur et les personnes âgées pleines de joie en raison de l’action du Saint-Esprit. C’est « une rencontre particulière entre observance et prophétie », où les jeunes sont les observants et les personnes âgées sont les prophètes. En réalité, si nous réfléchissons bien, l’observance de la Loi est animée par l’Esprit lui-même, et la prophétie a lieu sur la route tracée par la Loi. Qui plus que Marie est remplie du Saint-Esprit ? Qui plus qu’elle est docile à son action ?

À la lumière de cette scène évangélique, nous pouvons considérer notre baptême et la vie consacrée, qui est dans le prolongement du baptême, comme une rencontre avec le Christ : c’est Lui qui vient à nous, conduit par Marie et Joseph, et c’est nous qui allons vers Lui, guidés par le Saint-Esprit. Mais au centre, il y a Lui. C’est Lui qui anime tout, Lui qui nous attire au Temple, à l’Église, où nous pouvons le rencontrer, le reconnaître, l’accueillir, l’embrasser, et nous allons le faire dans l’Eucharistie.

Jésus vient à notre rencontre dans l’Église par le baptême, comme aussi à travers le charisme fondamental d’un Institut : il est beau de penser ainsi à notre vocation chrétienne! Notre rencontre avec le Christ a pris sa forme dans l’Église à travers, bien sûr, le baptême et, pour nous, à travers aussi le charisme de l’un de ses témoins, fondateur, fondatrice. Cela nous étonne toujours et nous fait rendre grâce. Aujourd’hui, c’est un jour d’action de grâce.

Et dans le baptême et la vie consacrée, on vit la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées, entre observance et prophétie. Ne les voyons pas comme deux réalités opposées : aujourd’hui, on oppose la jeunesse et les personnes âgées, on fragmente ! C’est la joie d’être guidés par l’Esprit, n’étant jamais rigides, jamais fermés, toujours ouverts à la voix de Dieu qui parle, qui ouvre, qui conduit, qui nous invite à aller vers les horizons.

Cela fait du bien aux personnes âgées de communiquer la sagesse aux jeunes : et cela fait du bien aux jeunes de recueillir ce patrimoine d’expérience et de sagesse, et de le porter de l’avant, non pour le conserver dans un musée comme une propriété personnelle, mais pour le porter de l’avant en affrontant les défis que la vie nous présente, le porter de l’avant pour le bien des familles religieuses respectives et de toute l’Église.

Que la grâce de ce mystère, le mystère de la rencontre, nous illumine et nous fortifie et nous prépare et nous renouvelle à accueillir le Seigneur dans l’Eucharistie. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le lundi 20 mars 2017
Solennité de SAINT JOSEPH, Protecteur de l'Église universelle
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Introduction à l’Eucharistie : … Nous fêtons aujourd’hui saint Joseph, saint Joseph, Patron et Protecteur de l’Église universelle, et nous le prierons pour notre Saint Père, pour Benoît XVI, le Pape émérite, dont c’est le patron de baptême.

Et puis, nous pouvons lui confier la France, lui qui a pris chez lui Marie et Jésus : qu’en ces temps tout spécialement, la France pense à reprendre Marie et Jésus dans sa vie. Qu’à nouveau, une œuvre de vie passe à travers cette vocation de la France. Nous confions notre pays à saint Joseph.

Au seuil de cette Eucharistie, reconnaissons humblement que nous sommes pécheurs…


Homélie : Dans les deux premières lectures que nous venons d’entendre, il est question de maison à construire, d’héritage. Cette maison que le Seigneur construira pour David, ce n’est pas seulement le Temple de Jérusalem, c’est toute la descendance de David, toute sa lignée, sa « maison ».

De même pour Abraham : il a reçu la promesse de recevoir le monde en héritage, nous dit Saint Paul.

Et qu’est ce qui a permis à l’un comme à l’autre que la promesse se réalise ? : leur foi. « C’est donc par la foi qu’on devient héritier », nous dit Saint Paul. La foi, c’est cette confiance absolue en Dieu qui a promis : « Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples. » C’est la foi qui ouvre à une fécondité.

Et nous constatons quelle fécondité a eue la foi d’Abraham lorsque nous voyons tous ceux qui, aujourd’hui encore, se réclament d’Abraham, alors même qu’Abraham n’a eu en fait qu’un seul fils, selon la promesse…

C’est encore d’une descendance dont il est question dans notre évangile, puisque nous avons entendu la fin de la généalogie de Jésus, en Saint Mathieu, généalogie qui part d’Abraham pour arriver à Jésus, en passant par David.

Et là encore, il est question de foi ; la foi de Joseph. Une foi qui dépasse de beaucoup celle d’Abraham et de David, puisqu’elle lui obtient une descendance par une paternité virginale.

Ce qui caractérise le couple de Marie et de Joseph, c’est leur foi, et cette foi leur permet de devenir héritiers de la promesse.

C’est par la foi que Marie a conçu le Verbe en sa chair, après l’avoir conçu dans son cœur. C’est par la foi que Joseph devient à son tour vrai père de Jésus.

La foi de Joseph est une foi en Marie ; foi qui, accompagnée de la crainte, le décidera « à se retirer pour ne pas faire obstacle au plan de Dieu qui était en train de se réaliser en elle. » (Redemptoris Custos n° 20).

La foi de Joseph est encore une foi en Dieu ; et plus précisément la foi de Joseph est une obéissance de la foi : « quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit. »

Et je crois qu’on peut dire que dans la foi de Joseph se concentre la foi de tout le peuple de Dieu, la foi de tout Israël : « Le peuple tout entier répondit, unanime : "Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique." » (Ex 19.8), avait dit le peuple à Moïse. Eh bien, toute cette foi qui se traduit par une obéissance, par une mise en pratique, cette foi se concentre en Joseph et l’ouvre à une fécondité universelle.

Joseph est le modèle de notre foi, une foi qui se met en œuvre, une foi qui agit, qui ne reste pas seulement au niveau de la pensée ou des velléités.

L’obéissance de la foi de Joseph le conduit encore au sacrifice, comme Abraham : l’obéissance de la foi d’Abraham l’avait amené à offrir en holocauste le fruit de sa chair, Isaac ; l’obéissance de la foi de Joseph le conduit à offrir en holocauste sa propre chair pour que se réalise le dessein de Dieu.

En cette foi de Joseph, foi qui se met en œuvre et qui se sacrifie, se vit le plus grand amour : un amour virginal, par le sacrifice total de soi par amour pour la Mère de Dieu ; et un amour sponsal par le don total de lui-même à Marie.

Amour sponsal et amour virginal, ces deux amours sont les caractéristiques mêmes de l’amour de l’Eglise, vierge et épouse du Christ. Ce sont les caractéristiques de notre amour de religieux, de religieuse.

On comprend dès lors pourquoi Saint Joseph est reconnu comme le patron et le protecteur de l’Eglise universelle, car justement cette foi et cet amour qui sont dans l’Église sont d’abord dans le cœur et la vie de saint Joseph ; et j’ajouterais à titre personnel, que pour cela aussi, je crois qu’on peut considérer saint Joseph comme le Patron et le Protecteur de la vie religieuse.

Contemplons cette foi aimante de Saint Joseph, son obéissance de la foi, obéissance active et sacrifiée. Demandons à Saint Joseph la grâce de savoir vivre de sa foi, pour participer à sa fécondité, afin que la promesse continue de se réaliser d’âge en âge et en chacune de nos vies. Amen.



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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le samedi 25 mars 2017
Solennité de l'ANNONCIATION DU SEIGNEUR à Marie
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Homélie : Nous avons l’habitude de considérer la fête de l’Annonciation comme une fête mariale. Mais le titre de cette fête est : « l’Annonciation du Seigneur ». L’Annonciation est une fête du Seigneur. C’est la fête de Son Incarnation.

La prière d’ouverture, la collecte, nous dit quel est le but de l’Incarnation, quel est le but de la venue du Verbe dans notre chair. Ce but est que nous devenions participants de la nature divine. Comme disent Saint Irénée et les Pères, « Dieu s’est fait Homme, afin que nous devenions Dieu. » C’est le projet fou de Dieu, cela.

Si la prière d’ouverture nous indique quel est le but de l’Incarnation, les lectures nous indiquent le moyen de l’Incarnation : « Comment cela va-t-il se faire ? », et le moyen de notre divinisation. Le moyen de l’Incarnation, le moyen de notre divinisation, c’est l’obéissance.

Comment plaire à Dieu ? Comment Lui être propice ? C’est la grande question de l’humanité. Toutes les religions cherchent à plaire à Dieu ou aux dieux, à chercher sa/leur faveur.

C’est par la vertu de religion que nous nous efforçons de plaire à Dieu, de Lui rendre ce qui Lui est du. D’où les prières et les sacrifices que les hommes de toutes les religions offrent à leur dieu.

Mais la Sainte Ecriture nous enseigne que, plus que la vertu de religion, plus que les sacrifices, c’est l’obéissance qui plait à Dieu. L’obéissance, c’est cette écoute vraie de Dieu, c’est cette confiance sans faille en la bonté de Dieu qui veut notre bien.

Or l’obéissance a été mise à mal par Adam et Eve, lorsqu’ils ont préféré tendre l’oreille aux suggestions de Satan, plutôt que de se laisser garder par la Parole de Dieu.

C’est encore avec une obéissance biaisée qu’a agi Saül, mettant les sacrifices au-dessus du précepte du Seigneur. Samuel le lui révèlera sans détour. « Le Seigneur se plait-Il aux holocaustes et aux sacrifices, comme dans l’obéissance à la Parole du Seigneur ? Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité plus que la graisse des béliers. » (1 Sam 15, 22-23)

L’auteur de l’Epitre aux Hébreux, contemplant tout l’itinéraire de la vie de Jésus, montre, dans l’Incarnation elle-même, un acte d’obéissance. Le Christ commence par dire : «  Tu n’as pas voulu, ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché… » Puis Il déclare : « Me voici. Je suis venu pour faire Ta volonté. » Jésus vient pour obéir. Et Son Incarnation, c’est déjà un acte d’obéissance.

Ainsi, le mystère de l’Incarnation nous montre comment l’acte dramatique de désobéissance d’Adam et Eve, et de toute l’humanité avec eux, nous pouvons nous mettre dans le lot, est réparé et restauré, dans sa racine, par l’acte d’obéissance de Jésus et de Marie au moment-même de l’Incarnation. L’Incarnation est fondamentalement l’acte d’obéissance du nouvel Adam et de la nouvelle Eve, qui choisissent d’écouter la Voix du Père, de faire confiance en Sa Parole et de s’y conformer dès leur premier acte, dès l’origine de l’humanité de Jésus. Au même instant, Marie dit à l’Ange : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole », et Jésus dit à Son Père : « Me voici, je suis venu mon Dieu, pour faire Ta Volonté. »

Voilà pourquoi, les Pères considèreront que l’Incarnation est en elle-même rédemptrice. La rédemption sera cet acte d’obéissance ininterrompu, mené jusqu’au bout, jusqu’au « tout est consommé » de la Croix.

« Et c’est grâce à cette Volonté, dit l’Epitre aux Hébreux, (grâce à cette obéissance), que nous sommes sanctifiés. » Autrement dit, dans leur acte d’obéissance, Jésus et Marie nous montrent le chemin de notre sanctification et de notre coopération au mystère de la Rédemption.

En ce temps de Carême, où nous sommes invités à suivre de plus près le Christ, demandons à Jésus et à Marie cette grâce de l’obéissance, pour que nous apprenions à mourir à nous-mêmes, à notre volonté propre, pour entrer avec souplesse dans la Volonté de Dieu.

En ce jour de l’Annonciation, contemplons l’obéissance de Jésus et de Marie, pour communier à ce mystère et devenir ainsi participants de la nature et de la sainteté divine. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Dimanche 11 juin 2017
Solennité de LA TRÈS SAINTE TRINITÉ


Introduction à l'Eucharistie : Vous avez peut-être remarqué que nous avons déjà deux fois invoqué la Trinité, depuis le début de cette célébration, en faisant sur nous le signe de la Croix, et en invoquant le Père, le Fils et l’Esprit Saint, et dans cette salutation à l’assemblée que le prêtre vient de vous adresser : « Que la grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous. »

Eh bien, oui, nous sommes immergés dans ce mystère de communion, dans ce mystère d’amour. Mystère, oui, mystère des mystères. Mystère source et mystère final vers lequel nous tendons : quel bonheur, un jour, de pouvoir, j’allais dire saisir, en tout cas, mieux comprendre, mieux contempler ce mystère insondable, d’une communion, d’une circulation éternelle, de vie et d’amour.

Pour Lui rendre cet amour, qu’Il déverse aussi dans nos vies, dans nos cœurs, eh bien, comme le disait le chant : « Tenons en éveil la mémoire du Seigneur. » La manière la plus profonde, la plus haute, qui glorifie le plus cette Trinité, c’est justement de faire mémoire de toute son œuvre de salut qui est récapitulée dans l’Eucharistie que nous vivons maintenant. Laissons-nous saisir par cette Trinité qui n’a qu’un seul désir : nous sauver, pour nous faire communier à cette Vie Eternelle d’amour, laissons-nous sauver en nous reconnaissant pécheurs.


Homélie : Entre la fête de la Pentecôte et celle du Très Saint Sacrement, dimanche prochain, qui sont habituellement très solennisées, et occasion de grands rassemblements, et tant mieux, Confirmations notamment pour la Pentecôte, la solennité d’aujourd’hui, de la Très Sainte Trinité, peut passer un peu inaperçue. Et pourtant, ce mystère de notre Foi Chrétienne est bien le mystère premier, source de tous les autres, car ce Dieu qui est Trinité, tout est de Lui, et par Lui, et pour Lui. Il est avant toute chose, par Lui est toute chose, et pour Lui est toute chose. Nous nous acheminons vers ce mystère.

Si nous regardons de près la liturgie, qui est l’école fondamentale de la Foi, durant toute la Messe, ce mystère trinitaire nous est rappelé :

A l’ouverture de la Messe, comme je vous ai souligné déjà, par deux fois, puis au Gloria, que nous venons de chanter, le Credo que nous allons chanter, bien entendu le Credo, mais aussi dans la conclusion de chacune des oraisons que le prêtre dit, au nom de toute l’assemblée d’ailleurs : « Par Jésus Christ, Ton Fils, nous Te le demandons, Père, par Jésus Christ Ton Fils, dans l’unité de l’Esprit. »

Dans toutes les Prières Eucharistiques, bien entendu, qui s’adressent au Père, par Son Fils et dans l’Esprit que nous invoquons, cet Esprit, spécialement aux prières d’épiclèse, appelées sur les offrandes d’une part, pour qu’elles deviennent Corps et Sang du Christ, et aussi sur toute l’assemblée pour que l’assemblée devienne aussi le Corps vivant de Jésus Christ, par cet Esprit.

Et puis finalement, dans la bénédiction finale. Et aussi d’ailleurs, cela est possible, une des deux formules, avant le Notre Père aussi, nous faisons mention de cette Trinité.

Ainsi par sa prière, l’Eglise nous entraîne dans une relation vivante avec les trois personnes divines, les trois. Est-ce aussi important que cela d’avoir une prière trinitaire et par suite, une vie trinitaire ? Certainement ! Car c’est bien Dieu Lui-même qui a voulu, par l’envoi du Fils et le don de l’Esprit, nous révéler le mystère de son intimité.

Pendant des siècles, Dieu a voulu se révéler d’abord comme le Dieu unique, nous ancrer ça bien dans la tête, si je puis dire, face à tous les polythéismes triomphants. Mais, à la plénitude du temps, Dieu veut nous dire qui Il est profondément. C’est comme une histoire d’apprivoisement où Dieu se fait connaitre peu à peu, mais veut enfin se révéler tel qu’Il est, comme dans une relation humaine, où progressivement on se révèle l’un à l’autre, et toute la famille de l’un et de l’autre qui tisse aussi sa vie et son cœur.

Il nous faut donc recevoir cette révélation de Dieu sur Lui-même, avec une gratitude émerveillée, puisque Dieu nous fait ce cadeau, cette confiance de nous révéler profondément qui Il est, alors que tant d’hommes et de femmes ne connaissent pas, oui, l’intimité amoureuse de Dieu.

En ce jour spécialement consacré à ce Mystère, il nous revient donc, de vérifier si nous vivons une relation avec le vrai Dieu, qui veut être connu et aimé en tant que Père, et Fils, et Saint Esprit. Nous pouvons, peut-être, sans le vouloir vraiment, mais oublier l’une des personnes dans notre vie concrète. Oui, ou si nous avons, pire, pire mais ça peut arriver, une relation avec un dieu, nous sommes des déistes. Voilà, nous sommes des déistes, nous avons une relation avec dieu, dieu, dieu. Mais non ! C’est ce dieu là, « le dieu des philosophes », dirait Pascal, c’est un dieu produit par notre imagination et nos désirs, et non pas le Dieu de Jésus Christ, le Dieu qui veut se révéler Père, Fils et Esprit. Certes, Dieu merci, les hommes de bonne volonté qui cherchent Dieu, sans connaitre ce mystère trinitaire, peuvent avoir une relation authentique avec Lui, bien entendu.

Mais, la question se pose à moi, Chrétien : que fais-tu de ton Baptême, par lequel tu as été plongé dans la vie du Père et du Fils et de l’Esprit Saint ? Vas-tu négliger et perdre les richesses qui te sont offertes dans cette vie trinitaire, richesses que Saint Paul relève, dans la lecture de ce jour : « la grâce de Jésus Christ notre Seigneur, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint » ?

La grâce de Jésus Christ, c’est-à-dire toute action, toute Son action, toute Son œuvre au service de notre salut. Faire mémoire, important de faire mémoire, de toute cette œuvre du salut. L’amour de Dieu le Père, source pure, source pure de tout amour authentique. Et la communion de l’Esprit Saint, cet expert et agent de communion, d’unité à tous les niveaux. Ai-je négligé cela ?

Vivre avec la Trinité, c’est aussi contempler et apprendre notre vocation à l’amour, c’est-à-dire, avoir un seul cœur et une seule âme, dans la diversité des personnes, que ce soit au niveau des couples, des familles, et de toutes les communautés humaines, et de la communauté Église. Oui, apprendre notre vocation.

Apprendre du Fils Bien Aimé du Père, notre vocation filiale envers notre Père du Ciel. Jésus, lorsque nous Le contemplons, lorsque nous Le fréquentons, nous enseigne à être fils et filles du Père, c’est apprendre notre vocation de frères et sœurs d’un même Père, auprès de Jésus encore, avec Celui qui s’est fait, pour nous, Frère de tous les Hommes, Jésus.

C’est apprendre notre vocation de coopérateurs de l’Esprit Saint, coopérateurs de Celui qui est toujours à l’œuvre dans le monde et achève toute sa sanctification. « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé », disent les Apôtres, au lendemain du Concile de Jérusalem. Voilà, l’Esprit Saint qui est ce souffle, ce moteur, cette force qui nous pousse à coopérer au salut.

C’est dans la mesure où nos familles et nos communautés chrétiennes vivent de cette vie trinitaire, de cette vie de charité, que les Hommes d’aujourd’hui peuvent voir, parmi nous, en nous, et rencontrer, non pas un dieu, mais le Dieu vivant et vrai, Père, Fils et Esprit.

Je termine en relevant que Moïse s’est levé de bon matin, sur invitation, indication, ou j’allais dire injonction, du Seigneur Lui-même. Peut-être un rappel pour nous dire l’importance de cette prière du matin.

Le dimanche, on a le droit de se lever un peu plus tard, même si ça n’est pas forcément facile quand on a des enfants à préparer, mais il n’empêche que, il est indispensable de vivre cette prière d’offrande du matin. Certes, c’est souvent la bousculade le matin, je sais bien. Mais vous savez bien qu’il y a une prière, peut-être la seule, mais qui est indispensable, à faire tous les matins, c’est précisément, vous l’avez deviné, le Signe de la Croix, qui est une confession de notre Foi en la Trinité, et de notre Foi, ça veut dire pas simplement du théorique, mais du vital, de l’existentiel.

Si je m’enveloppe, le matin, du geste qui confesse la Trinité, et en même temps le salut de la Croix, et bien, c’est pour recouvrir tout mon être, toute ma journée, toutes mes relations, les offrir à la Trinité, les mettre sous cette influence vivifiante de la Trinité.

J’aime à rappeler que Marie, à Lourdes, a montré à Bernadette, elle a commencé, c’est quand Marie a fait le Signe de la Croix, d’une manière qu’on devine solennelle et profonde, que Bernadette a pu enfin faire à son tour le Signe de la Croix. C’est à l’Ile-Bouchard, il y a 70 ans, que Marie a fait un si beau Signe de Croix, si lent, que les quatre petites filles en ont été frappées et que tous ceux qui les ont vues en témoigner, et Jacqueline, et c’était l’année dernière, en a témoigné bien des fois, tous ceux qui ont pu la voir et l’écouter ont été frappés par la lenteur de ce Signe de Croix.

Alors demandons à Marie, qui elle aussi sans cesse, nous apprend à prier, nous éduque à la Foi en cette Vie Trinitaire, enfin à la Vie Trinitaire, demandons-lui, de renouveler en nous, tout simplement, l’amour du Signe de la Croix, et de le faire toujours avec respect et amour. Qu’est-ce que ça me fait mal quand je vois un signe de croix bâclé ! Ça me fait très mal et je pense que ça offense Dieu. C’est si grand, c’est si précieux. La Croix est la Trinité.

Alors demandons à Marie cette grâce de ne jamais commencer une journée sans faire un beau Signe de Croix. Amen.


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HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR JEAN-MICHEL GIRARD, Prévôt du Grand Saint Bernard (Suisse) et Abbé Primat de la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin
Le Dimanche 18 juin 2017 (Eucharistie)
Solennité du SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU SEIGNEUR (Fête-Dieu)
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Introduction de Frère Jean-François : Aujourd’hui, nous célébrons la solennité du Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur et nous sommes en communion avec le Pape François et l’Eglise universelle. Pour nous aider à célébrer dignement et honorer, adorer le Christ Seigneur dans son mystère d’amour, nous avons la joie d’accueillir Monseigneur Jean-Michel Girard, prévôt du Grand-Saint-Bernard en Suisse, Abbé Général de la Confédération des Chanoines Réguliers, dont notre Congrégation fait partie.

Merci, Monseigneur, d’avoir accepté avec joie de venir vivre ce Festival de la Fête-Dieu, d’avoir entrepris ce long voyage des Alpes en Suisse aux Alpes mancelles de nos régions, -évidemment toutes proportions gardées-. Déjà vos prédécesseurs, Monseigneur Benoît Vouilloz et Monseigneur Jean-Marie Lovey, sont venus présider la Fête-Dieu.

Hier soir, pendant la veillée de notre festival, vous nous avez témoigné de votre attachement au Christ et de la mission des Chanoines du Grand-Saint-Bernard : "le Christ accueilli et nourri" pour toutes les personnes qui traversent les Alpes que vous accueillez dans vos hospices.

Monseigneur, vous êtes d’abord un prêtre et un père. Et c’est l’occasion aujourd’hui de vous souhaiter, ainsi qu’à tous ceux qui exercent une paternité spirituelle et familiale, une "bonne fête". Alors, comme père et pasteur, aidez-nous à grandir dans la Foi de l’Amour de l’Eucharistie, sacrement d’unité, de Charité, en recueillir les fruits de Salut et nous donner un avant-gout de la Vie Divine.

Au nom de toute notre assemblée, déjà soyez-en remercié.


Introduction de Monseigneur Jean-Michel Girard : Je vous salue, toutes et tous, cordialement, et grand merci de l’invitation à participer à ce festival en l’honneur de Celui que nous aimons, le Christ.

Hier au soir, comme l’a rappelé le Père Prieur, j’ai dit quelques mots de témoignage, mais j’ai parlé trop longuement et je n’ai pas eu le temps de répondre aux questions que les jeunes avaient préparées. Je réponds à une : « Pour commencer, quel lien avez-vous avec la Cotellerie ? » Alors, nous avons un lien tout simple qu’on appelle de charité. En 1959, quatre communautés de Chanoines Réguliers ont décidé de créer un lien de charité et nous sommes maintenant neuf communautés.

Mais ce n’est pas seulement un mot et des sentiments, cela entre dans les actes : nous nous rendons visite les uns aux autres. Et c’est vrai qu’il y a quelque distance, il faut huit heures de train pour venir, mais ce n’est pas en vain que nous faisons ces efforts. Vous venez chez nous, nous venons chez vous. Nous allons même à des congrès où il faut faire l’effort de parler en trois langues. Ce n’est pas en vain. « Ubi caritas, ibi Deus est. » "Là où est la charité, Dieu est présent". Nous en faisons l’expérience, nous grandissons dans la présence de Dieu en nous aimant dans la communion fraternelle.

Accueillons toute la lumière de l’Esprit Saint dans nos cœurs.


Homélie de Mgr Jean-Michel Girard : Dans des paroisses où je me trouve, je constate que le vocabulaire relatif à l’Eucharistie est pour beaucoup assez confus. Et donc la connaissance de l’Eucharistie est assez confuse. Et par exemple, certains parlent de Messe pour tout acte religieux qu’il s’agisse d’un Baptême ou de n’importe quelle prière à l’église, au point que souvent, lorsque je rencontre une famille pour préparer une sépulture ou un couple pour un mariage, je parle de Communion. Est-ce qu’il y aura la Communion ? Ou bien est-ce qu’il n’y aura pas la Communion ? Ça veut dire : est-ce qu’il y aura la célébration de l’Eucharistie ou bien non ?

Finalement, je ne trouve pas cela tellement gênant. Pensez-vous que nous avons pendant très longtemps dit la Messe pour désigner l’Eucharistie, soit un aspect très particulier, « Ite, missa est », qui était un peu l’envoi. Le pain que nous rompons n’est-il pas Communion ? « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi. » Il s’agit bien de communion.

La communion, c’est l’essentiel de notre Foi. Nous venons de célébrer la Sainte Trinité où nous avons contemplé l’Être même de Dieu qui est une communion de trois personnes. Une communion si attractive que les amis de Jésus y ont aspiré : « montre-nous le Père et cela nous suffit ! » Ils avaient été témoins du rayonnement de bonheur en Jésus, de son union totale au Père. Ils l’avaient entendu : « le Père est toujours avec moi. » « Le Père et moi, nous sommes un. » « Le Père aime le Fils. » « Je vis par le Père. » Et ils avaient entendu cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour. » Et ils en sentaient la puissante attraction. « Montre-nous le Père et cela nous suffit ! »

Nous ne dirons, nous, « cela suffit » qu’en entrant dans ce mouvement d’amour, une relation sans aucun obstacle, sans aucune retenue, sans aucun retour sur soi. On dit, facilement, que l’homme n’est jamais satisfait, qu’il veut toujours plus. Et c’est vrai dans le chemin de ce monde.

Mais nous serons satisfaits, parce que la pleine communion existe. Réellement. C’est Dieu. Il est la source de tout. Il nous a créés à Sa ressemblance et nous invite à Sa table.

Qu’est-ce que la vie ? Question posée aussi par un jeune. Qu’est-ce que la vie ? Eh bien, voilà la vie : Dieu est. Il est la vie. Une vie. Il est vivant. Ça bouge, il y a un vrai mouvement en Dieu, un mouvement d’amour. Et nous sommes appelés à le devenir nous aussi.

Je trouve très éclairant pour comprendre l’Eucharistie de rapprocher deux images auxquelles nous sommes habitués : la Trinité, peinte par Roublev, et les disciples d’Emmaüs, de Rembrandt. L’une et l’autre nous représentent trois personnages autour d’une table.

Chez Roublev, la Trinité, représentée sous l’aspect de trois anges, est assise autour d’une table et d’une coupe, parfois un plat. Le cercle n’est pas fermé. Il est clairement ouvert. Ils attendent quelqu’un. Ils m’attendent pour entrer dans leur circulation d’amour.

De même, dans le tableau de Rembrandt, présentant Jésus et les disciples d’Emmaüs, il y a un pain unique que Jésus est en train de partager. Jésus ne regarde pas directement ses deux commensaux, ses deux compagnons de table. Il a presque les yeux un peu dans le vague. Il regarde plus loin. Ses yeux sont une invitation, un peu intériorisée, qui nous est adressée à venir prendre la place libre qui est en face de Lui.

« Je serai tous les jours avec vous. » « Faites cela en mémoire de moi. » Il s’agit de la communion avec Lui. « Je serai, tous les jours, là. » Et par Lui, la communion avec le Père et l’Esprit. « De même que moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. »

Ne doutons pas que l’Amour parfait existe et qu’il nous est donné. Les Pères de l’Eglise ont eu l’audace d’affirmer : « nous serons Dieu ! » Dieu veut nous élever à une participation d’égal à égal. Quel parent souhaiterait, pour son enfant, un bonheur inférieur au sien ? Le Bon Dieu serait-il moins bon que les parents ?

Et comme Lui, nous serons capables de vivre une pleine communion aussi entre nous avec ceux que nous aimons. Nous en avons souvent la nostalgie : « je voudrais aimer plus. Je voudrais aimer mieux. » Cela se réalisera. Puisqu’il y a un seul Pain, la multitude que nous sommes, est un seul Corps, car nous avons tous part à un seul Pain. C’est une affirmation. Nous sommes un seul Corps.

Nous avons cette vocation, nous avons cette soif en nous. La présence en nous de Dieu, du Dieu de communion, nous y achemine. Dieu est la pleine communion, Il est le bonheur, Il nous a créés à Sa ressemblance pour nous inviter à Sa table.

Et je crois que nous pouvons vérifier, on peut dire Sa marque de fabrique en nous, cette soif de communion depuis le petit enfant qui joue et de temps en temps appelle sa mère, seulement pour savoir si elle est toujours là, jusqu’au moment où on tient la main de celui qui quitte ce monde. Nous sommes faits pour cela : pour la communion.

Notre rassemblement autour de l’Eucharistie est l’affirmation de notre Foi. Nous disons par notre rassemblement : « qui est Dieu ? Il est communion, Il est amour, Il est bonheur. Il est source de communion, d’amour, de bonheur. » Et nous disons qui nous sommes : nous sommes cela. Nous sommes, nous aussi, comme Dieu.

En nous rassemblant pour l’Eucharistie, nous donnons corps, visibilité à ce que nous croyons. Nous devenons ce que nous croyons. Le rassemblement de la communauté locale, même dans un village où il n’y a plus de célébration qu’une fois chaque deux mois, le rassemblement de la communauté du regroupement de paroisse ou le rassemblement de la communauté une fois dans l’année ou parfois au niveau du diocèse, nous avons absolument besoin de cela. Et les autres ont besoin de cela. Nous devons leur présenter cette réalité de qui est Dieu et de qui nous sommes.

La procession de la Fête-Dieu nous rappelle notre union à Dieu. Notre union en Dieu n’est pas un aspect de notre vie réservée à une heure de temps en temps. Nous sortons avec le Christ pour dire que c’est toute notre vie qui est comme celle du Christ. Amen.


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HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR JEAN-MICHEL GIRARD, Prévôt du Grand Saint Bernard (Suisse) et Abbé Primat de la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin
Le Dimanche 18 juin 2017 (après-midi)
Vêpres du SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU SEIGNEUR (Fête-Dieu)


Homélie : « Faites cela en mémoire de moi. » Pour nous, la signification du mot ‘mémoire’ est proche du mot ‘souvenir’ et pourrait faire penser à la seule référence à un événement du passé : faire mémoire, simplement un souvenir. Or le souvenir lui-même est loin de se situer dans le passé.

Comme disait Saint Augustin, « le souvenir est le présent du passé. » Cette présence du passé est bien au-delà d’une simple idée qui serait présente dans notre cervelle. C’est une expérience qui nous habite, qui fait que nous sommes qui nous sommes. Cela fait partie de nous maintenant, réellement, au présent.

Faire mémoire, plus profondément, ce que l’on appelle le mémorial est encore plus fort. C’est remettre au présent, c’est rendre présent, nous parlons de Présence Réelle, ou bien se rendre présent à un événement ou à une personne.

En célébrant l’Eucharistie, le Christ est réellement présent et nous pourrions dire aussi que c’est nous qui sommes réellement présents à la table du Cénacle avec Jésus et les Apôtres. Au moment où il partage le pain et le distribue en disant : « prenez et mangez, ceci est mon Corps, livré pour vous. »

Une difficulté pour certains Baptisés est la répétition : c’est toujours la même chose. Nous sommes ainsi fabriqués : tout en nous grandit à force de répétition. Que d’efforts pour apprendre à marcher. Que de temps passé ensemble et d’activités répétées pour construire une Troupe scoute. Que de « bonjours » répétés chaque matin. Que de gestes de tendresse pour lier deux cœurs. Que d’attentions persévérantes pour établir la confiance de l’amitié.

Les Apôtres eux-mêmes ont eu besoin de répétitions. Le Christ a été leur répétiteur. Ils ne sont pas entrés d’un coup dans l’intimité de Jésus. Il leur fait remarquer : « n’avez-vous donc pas compris ? » Et il recommence à leur expliquer.

Chers frères et sœurs, persévérons ! Le Christ le mérite bien.

J’aime beaucoup l’image de l’escalier en colimaçon. Lorsqu’on monte l’escalier en colimaçon, on revoit périodiquement le même paysage. On a l’impression qu’on tourne en rond. Ce n’est pas le cas, on monte.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Dimanche 6 août 2017
Fête de la TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR


Introduction : Nous fêtons la Transfiguration de Jésus sur la montagne. Il était entouré de Pierre, Jacques et Jean et tout d’un coup, une nuée s’est abattue sur eux. Jésus, son visage est devenu comme le soleil et ses vêtements plus blancs que neige, transfiguré.

 Et dans cette Transfiguration, elle a englobé aussi Pierre, Jacques et Jean. Pierre a été tellement marqué par cette expérience spirituelle que bien des années après, il en a témoigné, comme s’il la vivait.

 Dans l’Histoire, Dieu se révèle, par périodes, dans Sa Lumière. Et cette semaine, avec la famille spirituelle des Messagers, des Petites Sœurs et des (Petits) Frères, nous avons vécu quelque chose de cette, j’allais dire, nuée lumineuse qui s’est reposée sur notre famille spirituelle.

Elle s’est reposée sur notre famille spirituelle dans la Charité de Dieu. C’est cette Charité qui nous a imprégnés, dont nous nous sommes pénétrés et que nous avons vécue ensemble, qui nous a transfigurés. Et c’est cette joie que nous voulons retourner à Dieu, dans l’action de grâce par le chant de nos lèvres.

 Eh bien, que tous ensemble, nous puissions, d’un seul cœur, d’une seule âme, chanter à pleine joie cette joie de Dieu qui nous est donnée par l’Esprit Saint qui vient habiter nos cœurs. Et l’Esprit Saint nous prépare à accueillir le don suprême de Dieu, la Charité de Dieu, Jésus dans son Eucharistie.

 Eh bien, préparons nos cœurs en confessant au Seigneur nos ombres, nos péchés, afin que Sa Lumière nous transfigure.


Homélie : La Transfiguration. C’est quelque chose d’assez surprenant, d'extraordinaire. Lorsque nous faisons l’expérience d’une rencontre exceptionnelle, comment voulez-vous raconter cela, le traduire ? C’est pas possible. Premièrement, nous n’avons pas les mots pour le faire. Il n’y a que les sentiments du cœur, les émotions, qui peuvent rendre quelque chose de cette expérience concrète.

 Lorsque Daniel raconte son songe, c’est un songe. Il fait une expérience, j’allais dire, spirituelle qui n’est pas tellement de l’ordre du tangible. Ça le dépasse. Alors, il essaie de dire, d’expliquer avec des expressions, des mots, de ce qu’il voit dans la vie courante : char de feu, etc… Un vieillard, c’était le symbole de la sagesse. Avec un Fils d’Homme. Voilà. Un fleuve de feu qui coule. Autant d’expressions qui nous dépassent.

Tandis que l’expérience de Pierre, Jacques et Jean, elle est incarnée, celle-là. Ils ont fait vraiment une rencontre, une expérience à la fois de l’ordre du tangible et de quelque chose qui est infiniment supérieur. Comment traduire cela ?

Quand nous venons de vivre une semaine, une semaine de ferveur, d’un seul cœur, comment le traduire ? Pas possible. C’est une grâce tellement particulière, où il faut le vivre pour en témoigner, et encore ! C’est une grâce, j’allais dire, à la fois personnelle et qui est faite pour rayonner, transpirer, comme Pierre devant ce mystère qui se dévoile, le Ciel qui s’ouvre. Il entend même la voix du Père. Il voit Jésus, avec lequel il cheminait chaque jour, tout d’un coup se transfigurer. Extraordinaire!

Oui, nous trouverons particulièrement émouvant ce rappel du mystère. Car c’est un mystère. Pierre dit, il n’a que ses mots, pauvres mots pour le dire : «... nous avons été témoins oculaires, témoins de sa gloire et nous avons entendu la voix du Père... celui-ci est mon Fils bien-aimé... ». C’est la deuxième fois que cette voix résonne. La première fois, je ne suis pas sûr qu’il l’ait entendue. C’était sur le bord du Jourdain. Il l’entendra une troisième fois, juste avant la Passion.

Il dit : « nous étions avec lui sur la montagne sainte...». Oui, Saint Pierre dira plus tard : « Que la Parole de Dieu, semblable à la lumière de la Transfiguration, brille dans nos ténèbres, » car nous sommes dans les ténèbres, « jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans nos cœurs».

Alors, essayons maintenant de considérer quelques aspects de ce récit évangélique de la Transfiguration.

Jésus prend avec lui ses trois plus intimes disciples. Il n’a pas demandé à sa Mère de l’accompagner. Simplement trois disciples. Dieu se manifeste parfois aux pécheurs d'une manière extraordinaire, à travers des choses simples de la vie courante. Mais, en général, ce privilège de contempler Dieu et d'entrer dans la joie de la Transfiguration, -car il s’agit bien d’une joie, il ne faut jamais l’oublier, cette joie qui sera communicative à la Pentecôte,- est réservé à ceux qui ont suivi longtemps et fidèlement le Maître à travers leur pauvreté humaine. Jésus conduit ses disciples sur une haute montagne. C’est Lui qui emmène. C’est pas nous qui choisissons, c’est Lui. Avant d'atteindre la lumière de la Transfiguration, les ascensions sont quelque fois nécessaires. Mais simplement, nous sommes emmenés.

L'aspect habituel de Jésus est changé. Tout d’un coup, sa face resplendit « comme le soleil ». « Comme », allez donc expliquer cela. Ses vêtements devinrent d'une blancheur fulgurante, « comme la lumière ». C'est en ceci que consiste la Transfiguration. Ce n’est pas encore la Glorification. C’est la Transfiguration. Elle vient de l’intérieur du Christ. Et elle transpire à travers son humanité. Ce Jésus que les disciples connaissaient bien et dont l'aspect, dans la vie quotidienne ne différait pas de celui des autres, leur apparaît soudain sous une forme nouvelle et glorieuse.

Une expérience semblable peut se produire aussi, dans notre vie intérieure, j’allais dire, de trois manières. Quelque chose comme ça.

Parfois notre image intérieure de Jésus devient, aux yeux de notre âme, lumineuse, resplendissante, il nous semble entrevoir quelque chose de la gloire de Dieu sur sa face : la beauté divine du Christ devient en quelque sorte pour nous une expérience. Ça s’impose. On n’y peut rien. On ne l’a pas choisi, ça arrive.

Parfois aussi nous éprouvons d'une façon, j’allais dire, presque intense, une lumière intérieure, cette lumière donnée à tout homme venant en ce monde pour guider sa pensée et son action, elle s'identifie à la personne de Jésus : la puissance de la loi morale se fond avec la personne de Jésus. C’est-à-dire qu’il n’y a pas dichotomie : d’un côté la foi spirituelle et de l’autre l’humanité. Tout cela, ça ne fait qu’un. Et on peut entrevoir aussi le Seigneur, aussi à travers sa Croix, dans ces moments-là.

Parfois enfin, nous devenons conscients de la présence de Jésus dans telle personne que le Seigneur a mise sur notre route, surtout quand il nous est donné de nous pencher avec compassion sur leurs souffrances : cet homme ou cette femme se transfigure en Jésus, sous les yeux de la foi. Il faut savoir se laisser toucher pour être touché. On pourrait, de ce dernier fait, dégager, j’allais dire, une méthode de spiritualité, une méthode incarnée, une méthode de transfiguration applicable à tous, partout et toujours : accepter de se laisser toucher au profond du cœur, pour être touché par Dieu.

Et auprès de Jésus apparaissent Moïse et Elie. Moïse, comme nous le savons, représente la loi, cette expérience du Sinaï, où Dieu s’est révélé à lui, et de toutes les prophéties aussi à travers Elie. Moïse, c’est à la fois le terme, Moïse et Elie, le terme final de toute l’Alliance ancienne, plénitude de la révélation divine.

Moïse et Elie s'entretiennent avec Jésus de sa Passion prochaine. Cet aspect de la Transfiguration n'est, en général, peut-être pas assez remarqué. Et on ne peut pas, dans la vie de Jésus, séparer les mystères glorieux des mystères douloureux. Ça ne fait qu’un. C'est au moment où Jésus se prépare à sa Passion qu'Il est transfiguré. C’est un immense mystère d’Espérance. Et nous n'entrerons dans la joie de la Transfiguration que si, dans notre propre vie, nous acceptons nous aussi de traverser les épreuves, mais pas seuls. Les épreuves écrasent, mais c’est Jésus qui porte à travers nous.

Et Pierre voudrait se fixer dans la béatitude de la Transfiguration. Il suggère à Jésus, évidemment, la construction de trois tentes. Je crois que c’est un très beau témoignage, c’est-à-dire qu’il reconnait là qu’il y a quelque chose qu’il ne faut pas laisser échapper. Il faut le désirer. Ainsi, nous, nous tous, au début, même au cours, de notre vie spirituelle, nous désirons les «consolations», les moments de douceur intime. Mais là, Jésus laisse Pierre sans réponse. Ni aux premiers disciples, ni à nous-mêmes, il n'est, au fond, permis de se soustraire aux durs travaux de la plaine et de s'établir dès maintenant dans une paix qui n'appartient qu'à la vie future. Mais simplement nous avons une lueur qui est en nous, une nuée lumineuse.

Et la nuée lumineuse de la présence divine, elle couvre le sommet de la montagne. Du milieu de la nuée, une voix se fait entendre : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mon Elu, écoutez-le». Les mêmes paroles, ou presque, avaient déjà été prononcées par la même voix, lors du baptême de Jésus. Elles donnent accès, elles donnent à la scène de la Transfiguration tout son sens.

Pourquoi Jésus change-t-Il d'aspect ? Pourquoi s'enveloppe-t-Il de lumière ? Ce n'est pas pour offrir aux apôtres un spectacle impressionnant et confortant. C'est pour traduire à l'extérieur le témoignage solennel que le Père rend à son Fils. J’allais dire que c’est une intense expression de l’amour du Père et du Fils qui se traduit dans cette nuée lumineuse de l’Esprit Saint. Et le Père lui-même donne une conclusion pratique à la vision : «Ecoutez-le». Une grâce extraordinaire ne produit son effet que si elle nous rend plus attentifs et plus obéissants à la Parole divine.

Alors là, les disciples sont terrassés d'effroi, contrairement à Marie qui n’a jamais été terrassée d’effroi. C’est plutôt, à l’Annonciation, l’ange qui s’abaisse devant Marie. Mais là, les disciples, ils tombent par terre. Jésus les touche et les rassure. «Et, eux, levant les yeux, ne virent plus personne que Jésus, Jésus seul ». Nous pouvons trouver à cette phrase des sens divers, également vrais.

D'une part, la condition normale du disciple de Jésus, en ce monde, est de s'attacher à la personne de Jésus sans que celle-ci revête les attributs extérieurs de la gloire divine. Le disciple doit voir «Jésus, seul», Jésus dans son humilité.

Si à de rares moments, son image nous semble enveloppée de lumière et si nous croyons entendre la voix du Père désignant le Fils à notre affection, ces éclairs ne durent pas; nous devons aussitôt retrouver Jésus là où Il se trouve habituellement, au milieu de nos humbles et parfois difficiles devoirs quotidiens.

Ça ne veut pas dire qu’il faut considérer la vie sous l’angle du devoir quotidien fastidieux. Il y a cela, c’est vrai. Mais il faut savoir aussi habiter notre vie de joie qui s’exprime dans la louange. C’est indispensable, indispensable. Il faut que ça sorte du cœur. C’est rendre gloire à Dieu.

Je me souviens, l’an dernier, au mois de janvier, nous avions été en Afrique pour préparer la famille spirituelle. Et j’avais posé cette question à un Père africain, j’ai dit : « mais vos cérémonies durent très longtemps, il y a beaucoup de chants, beaucoup de louange. » Il me dit : « c’est une question d’européen. Vous, vous êtes gavés. Vous ne savez pas ce que c’est la pauvreté. Et lorsqu’on a une dure semaine de travail, de pauvreté, on a besoin de se retrouver tous ensemble pour chanter la louange et la gloire de  Dieu, pour vivre, vivre quelque chose de commun. »

Et c’est peut-être ce que nous avons perdu, en perdant la louange. On a les yeux fixés sur le sol. Alors, il faut savoir lever les yeux et chanter librement dans la joie, Dieu.

Voir «Jésus, seul», cela signifie encore : concentrer sur Jésus seul notre attention et notre regard, non point nous laisser distraire par les choses du monde ni par les hommes et les femmes que nous rencontrons, bref, rendre Jésus suprême et unique dans notre vie. Est-ce à dire qu'il faille fermer les yeux au monde qui nous entoure et qui souvent a besoin de nous ? Quelques-uns sont appelés à rester absolument seuls avec le Maître : qu'ils soient fidèles à cette vocation. Ça ne les empêche pas d’être dans la louange.

Mais la plupart des disciples de Jésus, vivant au milieu du monde, peuvent donner aux mots «Jésus, seul» encore une autre interprétation. Sans renoncer à un contact reconnaissant avec les choses créées, à un contact aimant et dévoué avec les hommes, nous pouvons atteindre un degré de foi et de charité où Jésus deviendra transparent à travers les hommes et les choses.

Toute beauté nouvelle, naturelle, toute beauté humaine deviendront la frange de la beauté même du Christ. Nous verrons son reflet dans tout ce qui, en d'autres, attire et mérite notre sympathie. Bref, nous aurons «transfiguré » le monde, et, dans tous ceux sur lesquels nous ouvrirons les yeux, nous trouverons «Jésus seul».

Le mystère de la Transfiguration a encore un autre aspect que les textes scripturaires suggèrent, que la liturgie souligne et que nous pourrions traduire ainsi : «Pour montrer la transformation de notre nature humaine...lors de ton Second et redoutable Avènement... Sauveur Jésus...tu t'es transfiguré... Toi qui as sanctifié tout l'univers par ta lumière...». La Transfiguration révèle un caractère cosmique et eschatologique. La nature entière - qui maintenant subit les conséquences du péché, cause du mal physique - sera affranchie, renouvelée, lorsque le Christ reviendra glorieusement, à la fin des temps. Cette transformation du monde est proposée à notre foi, à notre espoir, à notre attente.

Bien entendu, pour terminer, l’Evangile nous montre que le sens premier, fondamental, de la Transfiguration concerne la personne même de Notre-Seigneur, que son Père glorifie et qu’il introduit à une autre élévation, celle de la Croix, que nous sommes tous invités à contempler avant sa glorification définitive. Les effusions de lumière envers le mystère de la transfiguration de la «terre» ne doivent pas voiler cette vérité : à savoir que la Transfiguration est d'abord, avant tout, la Transfiguration du Fils bien aimé.

Enfin la Transfiguration est aussi une révélation du Père et de l'Esprit. Elle soulève le voile qui recouvre pour nous, en cette vie terrestre, la vie intime des trois Personnes divines. Oui, entendons et faisons notre cet appel de Saint Paul : «Que des ténèbres resplendisse la lumière qui a resplendi dans nos cœurs pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ Jésus ».

Pour terminer, je remercie la famille spirituelle, les Messagers, de ce temps de louange, le matin, qui a ouvert nos cœurs pour contempler quelque chose de l’amour de Dieu et c’est ainsi que notre journée s’en trouve embellie, j’allais dire, habitée. Remercions le Seigneur par Marie. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Mardi 15 août 2017
Solennité de L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE


Introduction : Ce matin, nous venons d’apprendre le décès d’André, un Familier de la Communauté et frère du Frère Claude. Je célèbre la Messe de ce jour afin que la Vierge Marie avec son Fils Jésus l’accueille dans son Paradis.

Aujourd’hui, c’est la grande fête de l’Assomption. L’Eglise célèbre la Vierge Marie qui est montée au Ciel avec son âme et son corps ressuscité. Maintenant, elle est revêtue de la Gloire de Dieu et est devenue Reine du Ciel et de la Terre. Et pour l’honorer, son Fils se plaît de donner toutes ses grâces par elle.

Prions-la pour la France, puisque le roi Louis XIII l’a consacrée Reine du Royaume de France. Prions aussi la Vierge sous le vocable Notre-Dame-de-la-Délivrance avec tous les pèlerins d’Issia. Le Père Prieur avec le Père Philippe-Marie et le Père Omer sont là-bas pour recevoir l’engagement d’un laïc africain comme Messager des Fils de Mère Marie de la Croix.

Aujourd’hui, si nous voulons louer la Vierge Marie, puisons ses louanges dans le cœur de Jésus. Et commençons par d’abord nous reconnaitre pécheurs et demander pardon à Dieu de tous nos péchés.


Homélie : « Un grand signe apparut dans le ciel. Une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, couronnée de 12 étoiles. » Cette femme symbolise à la fois l’Eglise et la Vierge Marie.

La Vierge Marie, c’est un grand signe dans le ciel que Dieu nous a donné. C’est l’Immaculée, la femme pleine de foi et d’humilité, comblée par l’Esprit Saint et choisie par Dieu pour devenir la Mère du Messie mais aussi la Mère de tous les hommes.

En face d’elle, un dragon rouge-feu avec 7 têtes et 10 cornes et sur chacune de ces 7 têtes un diadème, symbole de l’orgueil. Créé par Dieu comme le plus beau des anges, il s'est cru Dieu et a désiré être adoré. Devenu menteur et orgueilleux, il a été rejeté du ciel et est tombé dans l’enfer. Désormais, il est l’ennemi de l’homme. Il veut l’entraîner avec lui dans sa chute.

Mais nous avons ce grand signe apparu dans le Ciel : la Femme, vêtue du soleil, la Vierge Marie est là, pour nous défendre. C’est elle qui, de son talon, écrase la tête du dragon infernal, le démon. Elle se hâte vers tous ceux qui ont besoin d’elle, pécheur ou non, comme nous la voyons déjà dans l’évangile de ce jour. Elle vient au secours de sa vieille cousine qui attend un enfant, donc qui a besoin d’aide.

Jésus, avant de mourir, a pris soin de nous la donner pour Maman. Alors, elle veille sur chacun de nous, spécialement sur les plus blessés de la vie. Elle veut surtout nous délivrer de l’ennemi infernal car elle nous veut tous un jour, auprès d’elle dans le bonheur du Ciel.

Donc, dans nos difficultés, nos problèmes, nos tentations, nous pouvons crier avec confiance vers cette tendre mère. Elle ne rejette personne, fut-il le plus grand pécheur. Elle nous écoute toujours, car depuis qu’elle est montée au Ciel avec son corps et son âme, elle est devenue Reine du Ciel et de la Terre. Et Jésus qui lui a communiqué sa puissance divine, se plaît à nous donner ses grâces par elle afin d’honorer sa Mère.

La prière qui lui est le plus agréable, c’est celle qu’elle recommande dans ses apparitions : le chapelet.

Voici un fait récent qui s’est passé à Issia en Côte d’ivoire. L’année dernière, au mois d’avril, une Maman, après avoir prié pendant une demi-heure devant une statue de la Vierge, vient frapper à la porte d’un prêtre pour lui dire sa misère. Mariée religieusement depuis 13 ans, Maman de trois enfants, voici que depuis deux ans, son mari l’a quitté pour aller vivre avec une autre femme. Le soir, elle est triste de se retrouver toute seule. Elle aime toujours son mari et donc ne veut pas lui faire de procès, mais elle a de la peine à élever seule ses trois enfants surtout quand il y a la maladie. Dans sa détresse? elle dit au prêtre qu’elle préférerait mourir.

Le prête l’écoute en silence, puis il l’invite à réciter chaque samedi un chapelet pour les foyers désunis, et il demande que chacun des trois enfants récite chaque jour trois "Je vous Salue, Marie" pour leur papa, car la prière des petits enfants est très puissante.

Et voici que cette année, pour le pèlerinage du dimanche de la Miséricorde, c’est-à-dire huit jours après Pâques, son mari se rend au pèlerinage à Notre Dame de la Délivrance à Issia, invité par son témoin de mariage, car en Côte d’Ivoire, lorsqu’il y a des problèmes dans un couple, le témoin de mariage a le droit d’intervenir.

Vers minuit, cet homme monte les 100 marches pour aller au pied de la Vierge Notre Dame de la Délivrance et pendant une demi-heure, il lui confie ses problèmes, en particulier son problème de travail. Puis il redescend les 100 marches et commence à faire une génuflexion pour remercier la Vierge. Alors, à ce moment-là, une femme, dont il ne voit pas bien le visage, pose la main sur son épaule droite et lui dit : «Accepte la Miséricorde de mon Fils et va me rejoindre auprès de ta femme et de tes enfants. »

Au même moment, il se relève pour voir quelle est cette femme qui vient de lui parler, mais elle a disparu, laissant un doux parfum. Puis, soudain un froid glacial le saisit et il prend conscience de ses péchés, en particulier des souffrances qu’il a causées à sa femme. Se rappelant alors qu’il y a bien longtemps qu’il ne s’est pas confessé, il se dit à lui-même : « Il ne me reste plus qu’à me confesser. » Ce qu’il fait de suite puisqu’il y a des prêtres disponibles. Après l’accusation de ses péchés, le prêtre lui dit : « Ce que le Seigneur regarde ce ne sont pas les chutes mais l’effort que l’on fait pour se relever. » À ce moment-là, une grande paix et une grande joie envahit tout son être et alors, il prend la décision de rejoindre sa femme et ses enfants.

Cette scène est remarquable, remarquable de tendresse et de délicatesse de la part de Maman Marie. En bonne Maman, elle sait donner avec amour des conseils efficaces en ne relevant que le positif de la démarche. Au lieu de dire : « Va te confesser ! », ce qui aurait pu l’humilier, elle le met en confiance en lui révélant la bonté miséricordieuse de son Fils : « Accepte la Miséricorde de mon Fils. » Elle lui fait comprendre ainsi que c’est gratuit.

Elle donne aussi à cet homme une marque d’affection en posant sa main sur son épaule droite. Autre aspect, elle révèle sa proximité auprès de ceux qui la prient : « Va me rejoindre auprès de ta femme et de tes enfants. » Cet homme, mis en confiance, se laisse alors éclairer de l’intérieur par l’Esprit Saint.

Et soudain, il se sent glacé par son péché. Alors, il prend la résolution d’aller se confesser. Et là encore, par la bouche du prêtre, le Seigneur lui fera découvrir le côté positif de sa démarche en lui disant : « Ce ne sont pas nos chutes que le Seigneur regarde mais le courage que nous avons pour nous relever. »

Il n’y a que du positif en tout cela, si bien que, quelque semaines plus tard, le 31 mai de cette année, cette famille ayant retrouvé le bonheur de vivre, c’est le papa, la Maman et les trois enfants qui viennent trouver le prêtre encore, le même prêtre, pour consacrer leur famille à la Vierge Marie, cette bonne Maman du Ciel.

Puissions-nous, nous aussi, avoir une grande confiance en elle. La Vierge Marie, c’est le plus court chemin pour aller à Jésus. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Lundi 28 août 2017
Solennité de NOTRE PÈRE SAINT AUGUSTIN, Patron de tout l'Ordre canonial

Lectures : Actes 4/32-35; Psaume 132/1-3; 1 Jean 4/7-16; Jean 17/11b,14-21


Introduction à l'Eucharistie : Ce sont des paroles mêmes de Saint Augustin que nous venons de chanter en ce jour de sa fête : "je ne veux aimer que toi, je ne veux chercher que toi, je ne veux servir que toi, je ne veux être qu'à toi"; voilà c'est la parole d'un cœur qui a été touché par le Seigneur, saisi par le Seigneur et dont son Seigneur est devenu le tout de sa vie Puissions-nous, nous aussi faire cette expérience de la rencontre du Seigneur, une rencontre personnelle. Avec toute la famille Augustinienne, rendons grâce au Seigneur pour ce grand Docteur de l'Eglise et, au seuil de cette Eucharistie, comme Augustin et avec lui, reconnaissons-nous d'abord pécheurs.


Homélie : Les lectures de cette Solennité de Saint Augustin mettent le projecteur sur l'unité. Dans l'Evangile nous venons d'entendre cette prière de Jésus au moment où il entrait dans sa passion : "qu'il soit un afin que le monde croie que tu m'as envoyé." Et puis, au livre des actes des Apôtres, saint Luc nous disait que la multitude des croyants n'avait "qu'un cœur et qu'une âme." Et, dans sa première lettre, saint Jean nous invitait, nous faisait même un devoir : nous devons nous aimer les uns les autres.

 L'amour est le ciment de l'unité et saint Augustin a été un facteur d'unité. Cette unité, chez Augustin, n'est pas le résultat d'une idée, ce n'est pas le résultat d'une analyse conceptuelle, rationnelle qui ferait qu'au bout du raisonnement il dirait qu'il faut effectivement vivre l'unité ; non, cette unité, chez saint Augustin, est le fruit d'une expérience, est le fruit d'une rencontre.

 Augustin a été rencontré par Jésus-Christ, par sa Grâce, en étant rencontré c'est-à-dire rejoint par Jésus, c'est là qu'il a découvert l'unité et la source de toute unité. Car Augustin, dans toute sa quête, était finalement en recherche d'une unité, d'une unité intérieure d'abord ; sa vie était complètement éclatée, il n'arrivait pas à faire l'unité de sa vie, ce qu'il voulait faire, il n'y arrivait pas, ce qu'il voulait éviter, il le faisait, il ne cessait de retomber dans ses mêmes travers, dans ses péchés, jusqu'au désespoir, jusqu'à en pleurer.

 De même, Augustin rêvait de cette unité de l'amitié avec des amis philosophes, il avait formé le projet de former une communauté de philosophes, pour consacrer toute leur vie justement à la réflexion, à la pensée, cela justement dans l'unité d'une amitié, puis cela n'a pas marché.

 Cette unité n'a été possible que lorsque Augustin a rencontré Jésus, et alors, en rencontrant Jésus, en étant renouvelé par sa Grâce, en étant baptisé, Augustin a trouvé son unité intérieure. Il a pu enfin vivre de cette vertu qu'il recherchait mais qu'il n'arrivait pas à vivre et trouvant cette unité intérieure (c'est le sens du mot moine,"monos", celui qui justement dans sa relation au Christ devient toujours plus unifié), il a cherché à vivre en moine, mais pas tout seul, avec des Frères dans une vie commune.

 Et donc, cette unité s'est étendue de sa vie personnelle à la vie de la Communauté en ne formant, comme nous le décrivait les Actes des Apôtres, "qu'un seul cœur et une seule Âme". Et Augustin rajoutera à la Parole de Dieu, dans sa Règle, "tendus vers Dieu", un seul cœur et une seule âme tendus vers Dieu ; voilà le principe de notre unité, c'est le but de notre vie : DIEU.

 Et plus notre cœur est tendu vers Dieu et plus chacun dans la Communauté nous sommes tendus vers Dieu, alors, nous faisons aussi l'expérience de cette unité de la communauté, de cette charité fraternelle qui là encore n'est pas le résultat d'un devoir ou d'un raisonnement, mais d'une même expérience d'être habités par Jésus, d'être habités par son Amour et de communier justement dans l'unité à cette même expérience. C'est cela qu'a vécu Saint Augustin dans ses diverses Communautés qu'il a fondées.

 Et cette unité de la Communauté s'étendra à l'Eglise et, dans l'Eglise, une fois devenu Evêque, Augustin sera un ferment d'unité. L'Eglise, à son époque, était divisée par le donatisme, ces chrétiens qui avaient résisté à la persécution qui se considéraient comme purs et qui voulaient, maintenant que la vague des persécutions était passée, une Eglise de purs. Et ils rejetaient ceux qui par peur ou par faiblesse avaient renié leur foi.

 Augustin, sachant combien il avait été faible avant sa conversion et combien sa faiblesse il la connaissait encore, savait bien que c'est par la grâce qu'il tenait, Augustin lui était un homme de miséricorde, de réconciliation. Et il a travaillé justement pour refaire l'unité de l'Eglise en accueillant, non seulement, "les purs", les purs qui peuvent se durcir et qui peuvent tomber dans un péché plus grave qu'est l'orgueil, en réconciliant les "purs" et les pauvres pécheurs, qui sous l'effet de la peur avaient renié leur foi.

 Saint Augustin sait que cette unité ne se fonde que sur la Grâce, c'est-à-dire que sur un don de Dieu, un don gratuit de Dieu et cela il le défendra face à Pélage qui lui aussi pensait que avec ses propres forces, il pouvait atteindre Dieu.

 Non, Augustin a trop connu sa propre faiblesse pour s'appuyer sur lui-même. Et ce n'est qu'appuyé sur la grâce de Jésus, entrant dans une intimité toujours plus grande de Jésus, qu'il sera justement un facteur d'unité et que ses communautés pourront rayonner. Nous avons entendu, dans les Actes des Apôtres, saint Luc nous dire qu'"avec beaucoup de puissance, les Apôtres rendaient témoignage à la Résurrection de Jésus." D'où venait cette puissance ? Eh bien ! de l'unité des Apôtres. L'unité multiplie la puissance du témoignage, et alors, des conversions peuvent se produire, tandis que si la communauté est divisée elle porte un contre-témoignage.

 Eh bien ! demandons le secours de la prière de saint Augustin pour que chacun personnellement et tous ensemble, que ce soit dans une communauté religieuse, que ce soit dans une communauté familiale, que ce soit dans une communauté paroissiale, nous faisions cette rencontre avec Jésus, que tous ensemble nous vivions cet amour de Jésus qui unifie les cœurs, qui les fait vivre, qui est un feu d'amour qui peut rayonner, et qu'alors nos communautés, nos familles, nos paroisses soient vraiment des lieux d'évangélisation, des lieux où la charité du Christ, l'amour du Christ puisse rayonner, toucher, réchauffer, donner l'espérance à ceux qui ont tant besoin de rencontrer l'amour véritable, l'amour qui fait vivre. Amen.


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