HOMÉLIES PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS DU CARÊME ET DE PÂQUES 2016

(Année C)


LISTE DES HOMÉLIES

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 6 mars 2019

Mercredi des CENDRES


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 10 mars 2019

1er DIMANCHE DE CARÊME  C


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

LE 17 mars 2019

2ème DIMANCHE DE CARÊME  C


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

LE 24 mars 2019

3ème DIMANCHE DE CARÊME  C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE 12 mai 2019

4ème DIMANCHE DE PÂQUES  C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

LE 31 mars 2019

4ème DIMANCHE DE CARÊME  C

HOMÉLIE DU PÈRE YVES COMBEAU, o.p.

MESSE TÉLÉVISÉE du 19 mai 2019

5ème DIMANCHE DE PÂQUES  C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

LE 7 avril 2019

5ème DIMANCHE DE CARÊME  C


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 14  avril 2019   PROCESSION DU DIMANCHE DES RAMEAUX  C






HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 6 mars 2019
Mercredi des CENDRES

Joël 2,12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5,20 ; 6,2 ; Mt 6, 1-6, 16-18


Introduction : « Dieu notre Père change nos cœurs, guide-nous vers ta lumière » (chant d'entrée). En ce mercredi des cendres, c'est un appel à un plus grand amour de Dieu, un appel à la conversion. « Au nom du Christ nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu… C'est maintenant le moment favorable, c'est maintenant le jour du salut ». En recevant les cendres sur notre front, le prêtre prononcera ces mots : « Convertissez-vous et croyez à l'évangile ». Accueillons cet appel comme celui que le Christ fait retentir au début de son ministère public et que l'Église sans cesse renouvelle.

 Pour tout baptisé le temps du Carême est celui de retrouvailles avec son baptême. Au jour de notre baptême nous nous sommes engagés à suivre Jésus-Christ inconditionnellement, mais nous ne finissons pas d'être baptisé. Fragilité de la chair et inquiétude de cette vie nous empêchent de jouir pleinement de la vie divine que nous avons pourtant reçue. Le Carême est là pour reprendre chaque année l'élan qui nous a porté à Jésus.

 Par le sacrement de pénitence et de réconciliation, par une prière plus régulière et appliquée, nous nous remettons dans la dépendance filiale de Dieu notre Père.

Par une sobriété dans la nourriture, les distractions et autres excès de notre civilisation de consommation, nous remettrons de l'ordre dans notre vie qui oublie si facilement l'essentiel.

Par le partage fraternel et l'aide à ceux qui sont dans la misère, nous reconstruisons des relations d'amour là où nous nous contentons si souvent de nous supporter les uns les autres.

 En ce mercredi des cendres il nous faut vouloir résolument entrer en Carême, en prendre les moyens spirituels et d'abord organiser les journées qui s'écouleront jusqu'à Pâques en fonction de cette priorité absolue : approfondir ou peut-être même retrouver l'engagement à suivre le Christ reçu le jour de notre baptême.

 Le signe liturgique de la cendre qui sera posée sur notre tête comme signe de pénitence marque le début de notre itinéraire des 40 jours vers Pâques.

 Eh bien! souvenons-nous de la recommandation de Notre Dame de Lourdes à Bernadette : « Pénitence, pénitence, pénitence pour la conversion des pécheurs », et d'abord de nous-mêmes.


Homélie : « Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Ce cri de Saint Paul retentit dans l'Église et dans le monde. Le temps du Carême est résolument un temps de réconciliation, de conversion. L'appel à la conversion se fait pressant : « Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil. Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car Il est tendre et miséricordieux ». Paroles du Seigneur transmises par le prophète Joël.

 Alors, le Carême ? Introspection ou conversion ? Revenez au Seigneur votre Dieu dans le pardon et la réconciliation. L'introspection enferme sur elle-même, la conversion ouvre, elle est résolument du côté de la relation. Conversion de quoi et pourquoi ? Et que désire le Seigneur ? Nos cœurs ! « Revenez à moi de tout votre cœur ». Le jeûne, les larmes et le deuil sont l'expression d'un cœur qui se laisse toucher, contrit et pénitent. « Revenez au Seigneur » Et pourquoi donc ? Pour y renaître à la joie d'aimer, à la joie de vivre, à la joie de servir. Donc le Carême nous fait nous retourner et nous diriger, par le cœur, vers le Seigneur, vers le visage du Seigneur dont l'expression est l'humilité, la douceur, la lumière et la vie qui s'est fait si proche de nous, tout proche, qui s'est laissé défigurer par nos péchés.

 Le chemin du Carême qui s'ouvre commence dans le Temple par la supplication. Ce chemin du Carême nous conduit devant le Seigneur qui s'abaisse devant chacun de nous pour restaurer en nous son visage. L'amour est le regard du visage du Seigneur. Accepter son regard sur nous c'est accueillir son pardon et se laisser toucher par la contrition de notre cœur pour nos nombreuses infidélités à son amour.

 Pour garantir ou grandir dans l'amour du Seigneur, quel programme de Carême peut-on envisager ? Peut-on envisager un programme différent de l'esprit  dans lequel Jésus a vécu ces 40 jours au désert ? Au fond, le Carême se présente, de par sa nature, comme une retraite spirituelle de 40 jours pour toute l'Église d'un seul cœur, d'une seule âme, en union avec Jésus au désert. Le but du Carême est bien de laisser l'Esprit-Saint ressusciter en nous le feu de l'amour de Dieu. Le désert, lieu de solitude, d'inhospitalité, d'adversité, devient le lieu de l'intimité de la communion de la présence.

 Au désert Jésus n'était pas seul. Il était en communion très forte avec son Père. Comment traduire cette intimité ? Elle a pour nom l'amour, c'est l'autre nom de la prière. Prier c'est aimer. Le temps du Carême est le temps du plus grand amour. L'amour de son Père est son intimité, sa nourriture, sa richesse. L'amour de Dieu sera donc pour chacun de nous l'ultime centre de gravité de notre Carême. L'amour décentre de nous-mêmes, il se donne à voir dans le don de soi-même et se livre dans le partage.

 Pour cela, à la suite du Christ, l'Église nous propose des actes concrets qui nous engagent tout entier, corps, âme, esprit. L'Église à la suite de Jésus nous invite à pratiquer le jeûne, la prière, l'aumône. Ces pratiques tendent à rectifier nos désirs profonds, déviés par le péché originel, et par nos péchés personnels. Ces désirs qui sont les supports de nos actes.

 Le jeûne nous guérit de la convoitise de la chair, il nous redonne l'énergie, pour, dans nos actes, redonner la priorité de l'esprit par rapport à la chair. Le jeûne est l'aiguillon qui nous fait reprendre le chemin du Seigneur.

La prière nous guérit de la convoitise des yeux, car la prière fixe notre regard sur Celui qui doit être l'objet de tous nos désirs : le Christ.

L'aumône nous guérit de l'orgueil de la richesse car elle nous dépouille de nos biens, de nos superflus et nous fait prendre conscience que le Seigneur nous attend dans le pauvre. L'aumône ouvre nos yeux et nous apprend à voir notre prochain, et dans ce prochain un frère, et dans ce frère la présence de Dieu qui nous donne d'avoir besoin de nous.

Le jeûne, la prière, l'aumône, en rectifiant notre désir, en purifiant notre regard, toutes ces pratiques nous feront peu à peu découvrir combien le Seigneur nous aime.

 Avec l'imposition des cendres nous levons les yeux vers Celui que nous avons transpercé et nous confessons notre foi comme nous y invite le Prophète Joël : « Pitié, Seigneur, pitié pour moi, pitié, Seigneur, pour ton peuple ».

 Par la croix, nous sommes lavés dans le sang du cœur de Celui qui n'a pas commis le péché mais que Dieu a identifié aux péchés des hommes, afin que grâce à Lui nous soyons identifiés à la justice de Dieu, sainteté de Dieu.

 Que la bonté maternelle de Marie nous donne de renaître avec le cœur nouveau façonné par l'Esprit-Saint dans la grâce de Dieu et l'accueil de l'évangile. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 10 mars 2019
1er DIMANCHE DE CARÊME C


Introduction : Le Mercredi des Cendres nous a fait entrer dans ce temps de Carême par une démarche de foi, de conversion, de pénitence. Et aujourd'hui dans ce premier Dimanche de Carême, eh bien, nous sommes invités à aller dans la rencontre de Jésus au désert qui a passé 40 jours pour être tenté par le diable puis servi par les Anges.

 C'est aussi pour nous un engagement à entrer dans ce grand mouvement de conversion, de pénitence que traverse aussi l'Eglise en ce moment. Cette rencontre avec Jésus fait entendre un appel au cœur de chacun, l'appel du désert : nous ne nous retournerons vers Dieu, nous n'approfondirons notre relation à Lui, que si nous acceptons d'entrer dans certaines zones de silence profond pour se nourrir de sa Parole et se battre contre les forces du mal. C'est là que nous apprenons à avoir faim du Christ, seul Pain Vivant et vrai, à progresser dans la connaissance du Christ. Alors, gardons les yeux fixés sur Jésus et demandons le pardon et la conversion au Seigneur pour nos péchés d'abord, et ceux de l'Eglise dont nous sommes les membres.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, saint Paul aime quelquefois prendre des images pour expliquer sa pensée, il en est une qu'il a employée : c'est celle des courses du stade, en parlant de l'athlétisme : tous les athlètes courent pour gagner une couronne, eh bien, dit-il, courez donc pour obtenir la couronne qui doit vous revenir (cf 1 Cor 9, 24-25). Et l'on sait que dans l'athlétisme ce qui est important c'est toujours le départ, le pied d'appel, qui donne l'élan. Cet élan nous l'avons reçu le Mercredi des Cendres avec cette parole : « Croyez à l'évangile, convertissez-vous, croyez à l'évangile ».

 La foi et la conversion, voilà un peu ce qui est l'élan de notre Carême, et nous sommes rentrés dans cette épreuve, cette course de fond, jusqu'à Pâques. Et nous sommes invités donc à rejoindre le Seigneur qui traverse cette épreuve du désert. Eh bien, Jésus Notre Seigneur, en descendant au Jourdain pour être baptisé par Jean Baptiste, s'est tellement abaissé en prenant le rang des pécheurs qu'Il a partagé totalement le dessein de notre humanité pécheresse. C'est ce qui est signifié par son baptême que nous lisons dans les versets de l'Évangile qui précèdent immédiatement ceux que nous venons d'entendre et comme l'envoi dans cette épreuve, dans cette traversée du désert. Et pour mieux comprendre l'Évangile il nous faut faire attention à ce qui précède et à ce qui suit.

 Durant son baptême, Jésus est en prière, saint Luc le note explicitement. Jésus est en prière avant que l'Esprit-Saint ne descende sur Lui, et Jésus est en prière avant qu'une parole venant du ciel ne proclame qui Il est et quelle est sa mission : « Tu es mon Fils, en Toi j'ai mis tout mon amour, écoutez-Le ». Et saint Luc joint toujours prière et don de l'Esprit, prière et mission apostolique.

 Et si nous voulons être conduits par l'Esprit, eh bien, nous devons prier pour le demander, et être en disponibilité de l'accueillir. Si, en tant que baptisé nous avons le devoir d'annoncer le Christ, eh bien, nous devons prier pour que nous soyons habités de l'Esprit-Saint, et être docile à ce qu'il nous conduise.

 Jésus, le Christ, notre Grand Prêtre, selon la lettre aux Hébreux, n'est pas impuissant à comprendre notre faiblesse car Il a vraiment pris sur Lui notre condition humaine avec toute sa faiblesse, mais Lui n'a pas connu le péché. Alors le Seigneur ne s'est pas s'épargné, et Il va être tenté par le diable. D'abord par le spectacle mirobolant d'un tas de choses extérieures séduisantes. Au contraire l'Esprit-Saint, Lui que Jésus possède, le pousse de l'intérieur, agissant en Lui, au plus intime de son être, je dirais presque, dans la douceur des motions intérieures.

 Jésus est affaibli par le jeûne, c'est une véritable épreuve, en plus, seul dans le désert. Et les verbes employés par saint Luc sont au passif; c'est-à-dire que Jésus n'est pas le sujet mais comme si Lui était le jouet des forces qui s'affrontent : Il a été rempli, Il est conduit. Et même Jésus sera le complément des verbes dont le diable va être le sujet : le diable L'emmène, le diable Lui fait voir, le diable Le conduit, le diable Le place, etc… Jésus est comme remué ici, là, recevant des ordres impérieux : dis que ces pierres…, jette-toi en bas, adore-moi… Au fond le Père et l'Esprit-Saint ne sont pas spectateurs du combat spirituel mais parties prenantes avec Jésus vrai homme et vrai Dieu face au diable, au tentateur.

 Jésus est-Il passif durant ces tentations ? Eh bien, pas du tout, Il doit, au contraire, se montrer suprêmement actif car Il doit accomplir un choix décisif dont l'enjeu, précisément, est le titre qu'Il a reçu au baptême : « Tu es mon Fils ». Et Jésus doit se conduire en Fils de Dieu, mais en vrai Fils de Dieu selon le dessein du Père et non pas de la façon dont le diable veut le tenter, l'emmener. Car le diable a bien entendu lui aussi ce que le Père a dit à Jésus lors de son baptême : « Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ».

 Alors il va le tenter sous cet aspect : Mais si tu es Fils de Dieu, fais ceci, fais cela, cela t'est dû. Oui, Jésus a à vivre ce titre de Fils de Dieu comme nous aussi nous avons à vivre ce titre d'enfant de Dieu que nous avons reçu au baptême. Mais le diable et l'Esprit-Saint ne l'entendent pas du tout de la même façon, à nous de choisir!

 Jésus est prophète, prêtre et roi, on nous le redit au baptême. Et Il sera tenté selon ces trois modalités. Le prophète est là pour annoncer la Parole et pour se nourrir de la Parole. Aussi va-t-il être demandé à Jésus de quoi Il se nourrit; comme la question nous est posée. Et le diable lui dit que Dieu ne veut pas que ses enfants soient affamés mais qu'ils soient heureux. Tu viens de passer 40 jours à "crever de faim", eh bien, dis à cette pierre de devenir du pain pour être comblé, rassasié. Pourquoi jeûner ? Et Jésus répond qu'être Fils de Dieu, c'est avoir une autre nourriture, et cette nourriture c'est la Parole de Dieu ». Et nous savons bien que Jésus ira jusqu'à dire que sa nourriture, c'est d'accomplir la volonté de son Père. Et là, le diable rate par là la première tentation.

 Jésus aussi est roi, nous sommes rois. Alors, qu'à cela ne tienne, le diable, lui aussi s'inspire des Écritures et les connaît. Et il est écrit  au psaume deuxième, ces paroles attribuées au Messie : « Il m'a dit : Tu es mon Fils, demande et je te donne les nations en héritage, je te donnerai pour domaine les extrémités de la terre », c'est dans les psaumes. Alors le diable lui dit : « Ecoute, prosterne-toi devant moi, et tu seras candidat heureux à l'investiture mondiale, souverain puissant et glorieux, pacificateur génial...!  » Tentation de domination mondiale.

 Oh, bien sûr, nous ne dominerons pas sur le monde, mais nous sommes toujours tentés de dominer quelque part sur notre propre monde à nous! C'est un ressort puissant! La citation de l'Écriture, elle est tordue par le diable; ce n'est pas un coup d'essai, cela avait déjà marché avec Eve et Adam, alors pourquoi pas réessayer ? À cette citation tordue, Jésus oppose le premier commandement : « C'est le Seigneur seul que tu adoreras et devant Lui seul que tu te prosterneras ». Royauté ? Oui, royauté reçue de Dieu et non pas opposée à Dieu.

 Jésus est prêtre. Alors nous sommes maintenant conduit à Jérusalem. L'ordre des tentations dans saint Matthieu est différent. On a d'abord le pain, ensuite le pinacle du Temple, et enfin le sommet des montagnes. Nous avons d'abord eu, ici avec saint Luc, le pain, le sommet des montagnes puis nous arrivons au pinacle du Temple. Il y a une raison; saint Luc a une tout autre optique dans son évangile. Chez lui, tout doit commencer et finir à Jérusalem, car il n'y a pas d'autre lieu où Jésus puisse être manifesté qu'Il est Fils de Dieu, et ce lieu est Jérusalem. « Ne savez-vous pas que c'est chez mon Père que je dois être ? » a-t-Il dit à Marie et à Joseph. Et d'ailleurs Il dira autre part : « Il ne convient pas qu'un prophète meure ailleurs qu'à Jérusalem ».

 Et dans un psaume : « C'est à Sion, sur ma sainte Montagne, que le Seigneur a sacré son roi. Et c'est à Jérusalem que le sacrifice doit être offert par le Grand Prêtre ». Et Jésus, à cette dernière tentation du diable, oppose : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Et effectivement, Jésus, notre Grand Prêtre, fera confiance à son Père jusqu'au bout, envahi par l'Esprit-Saint qui Lui donne de recevoir l'amour du Père. Faire confiance à Dieu, tout est là. Donner sa foi à Dieu. Et Jésus rendra, remettra son esprit à ses disciples et c'est à Jérusalem qu'Il remettra son esprit, son âme, entre les mains du Père avec une confiance absolue.

 Jésus refuse donc de tenter Dieu en refusant de douter de Dieu. C'est le péché originel qui est là complètement renversé par le Christ. Oui, Il est vraiment Fils de Dieu, Il met toute sa confiance en son Père jusqu'au pire de l'épreuve. Nous aussi nous sommes prophètes, rois et prêtres, et nous avons déjà été tentés et nous le serons encore dans notre être de fils de Dieu, d'enfant de Dieu, toute notre vie.

 Alors, nous sommes invités aujourd'hui à redire pendant ce Carême ce que nous avons chanté dans le psaume : « Reste avec nous, Seigneur, dans notre épreuve ». Et je crois qu'il est utile pendant ce Carême que nous repérions dans la liturgie tel ou tel verset pour que nous le répétions. C'est une parole qui était dans l'antienne d'ouverture de la messe et qui nous a été redite par le psaume : « Reste avec moi, Seigneur, dans mon épreuve ».

 Nous avons à poser cet acte de confiance que le Seigneur ne nous abandonne pas. Si nous sommes enfants de Dieu, le Seigneur est avec nous. C'est une parole d'invitation qu'à chaque Eucharistie le prêtre redit au nom du Seigneur. Or nous avons à faire confiance à Dieu précisément là où nous sommes tentés par le diable qui nous fredonne son refrain : « Mais Il ne t'écoute pas, tes prières son vaines, ça sert à rien… Ordonne à ces pierres de devenir du pain, c'est beaucoup plus drôle, fais connaître ta puissance et tu règneras… », « Reste avec moi, Seigneur, dans mon épreuve ».

 Et nous avons à redire cette prière : « Nos épreuves sont celles du Fils, c'est Lui qui doit vaincre en nous ». L'écriture nous dit aussi : « Ce combat n'est pas le tien, c'est le mien, le mien en toi, c'est le combat de Dieu ». Pour cela comme Jésus, il nous faut nous mettre en prière pour recevoir l'Esprit-Saint, être conduit par Lui jusqu'à la victoire du Christ en incorporant en nous quelque part cette Parole de Dieu qu'il nous faut fréquenter et en vivre.

 Si le Carême est le temps de l'Esprit-Saint, c'est aussi un temps marial. Comme Jésus après la manifestation du Père et de l'Esprit, Il a été poussé par ce même Esprit-Saint au désert, eh bien, Marie après la visitation de l'envoyé du Père, l'Annonciation, et la venue de l'Esprit-Saint, a été poussé vers Aïn Karim, porteuse de la présence de l'amour de Dieu.

 Eh bien, soyons nous-mêmes de ces porteurs de l'amour de Dieu dans la confiance au Père en cheminant tout simplement dans l'humilité à travers ce désert. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
LE 17 mars 2019
2ème DIMANCHE DE CARÊME C


Introduction : Bienvenue aux Familles pour l'École de prière.

 Aujourd'hui, nous sommes donc au 2ème Dimanche de Carême, et il est bon de marquer un peu les étapes sur ce cheminement. Nous avons commencé avec le mercredi des cendres, lorsque nous avons reçu les cendres, nous avons accueilli cette parole : « Convertissez-vous et croyez à la Parole de Dieu, à la Bonne Nouvelle ». Et le premier dimanche nous a emmené tout de suite sur le terrain de la conversion à travers les tentations que Jésus a souffert, tenté par le diable, Il nous a montré comment vaincre les tentations aussi bien au niveau de l'intelligence, l'orgueil, aussi bien du cœur et du comportement. Il l'a fait sous le regard de son Père, par la Parole de Dieu. Et nous sommes interrogés nous-mêmes sur nos façons d'être, d'agir, notre comportement, et comment nous vivons ces tentations.

 Et aujourd'hui c'est un peu le "croyez à l'amour de Dieu à travers cette alliance qu'Il renouvelle", Il nous montre la transfiguration de Jésus, c'est-à-dire ce chemin auquel nous sommes appelés et qui va nous accompagner pour aller jusqu'à la croix.

 Eh bien, accueillons cet amour et ce pardon de Dieu, et confessons notre péché, notre confiance en la miséricorde du Seigneur. Reconnaissons-nous pécheur.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, quel contraste entre la Parole de Dieu de dimanche dernier, 1er Dimanche de Carême, et la Parole de Dieu de ce 2ème Dimanche.

 Si vous vous souvenez, dimanche dernier, le diable, appelé serpent, tentateur, a voulu jouer le 1er rôle en dirigeant notre regard vers la terre, de haut en bas. Et nous nous souvenons que dans la Genèse Adam et Eve y ont succombé. Mais le tentateur n'a pas réussi, il a été humilié par Jésus, ce n'était qu'une montagne de tentations. Le diable avait revendiqué à la 3ème tentation, qu'on l'adore, qu'on se prosterne devant lui.

 Et Jésus avait répondu : « C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est Lui seul que tu dois adorer ».

 Les armes utilisées par le diable avaient été sa parole mellifère et mortifère et sa lumière artificielle du monde : flatterie de l'ouïe, de la vue. Aujourd'hui, Dieu n'utilise pas l'artifice, Il donne, Il se donne, Il donne sa Parole, sa Lumière.

 Ainsi nous étions invités à la conversion, en nous faisant revivre le mystère de la tentation de Jésus et sa victoire pour accomplir avec Lui le voyage du retour vers Dieu. Ce chemin de conversion, de libération, cet exode, comme dit saint Luc, nous fait passer de l'esclavage du péché, de la condition de prisonnier de l'erreur et du mal, à nous décentrer de nous-mêmes, à la liberté des fils dans le Fils, à la vérité, à la beauté d'être dans le Christ, à la beauté d'un amour qui nous accueille toujours tous. Alors, laissons donc tomber le diable et ses mirages et venons-en à cette marche, cette ascension des ténèbres vers la lumière.

 Aujourd'hui, Dieu seul prend l'initiative, et à l'inverse, Il nous élève, Il relève notre regard de la terre vers la montagne de la Transfiguration, et de la Transfiguration vers la Glorification. Moïse et Elie sont là pour en témoigner. Moïse, car il reçut la révélation du Nom de Dieu sur la montagne, Nom que ne connaissait pas Abraham, et Elie, le défenseur, la sanctification du Nom de Dieu. Mais c'est Jésus transfiguré, nimbé de gloire, qui relève du geste et de la parole, Pierre, Jean et Jacques, pour qu'ils se tiennent debout devant sa Face.

 Aujourd'hui, c'est la seconde étape de notre exode pénitentiel, La Parole de Dieu nous introduit dans une nouvelle dimension de notre participation au mystère du Christ, nous invitant à revivre la Transfiguration du Christ qui se manifeste dans sa gloire, c'est-à-dire dans sa beauté divine. Pendant la Passion, Pilate dira : « Voici l'Homme », montrant le Christ défiguré par la flagellation, le couronnement d'épines, les maltraitances. Aujourd'hui, Dieu le Père dit : « Celui-ci est mon Fils, Celui que l'ai choisi ». Alors le visage de Jésus resplendit de lumière et de gloire.

 La Transfiguration nous concerne nous aussi, qui sommes appelés non seulement à assister à la gloire du Fils de Dieu, mais à en vivre. En effet, puisque nous sommes avec le Christ, sa gloire nous investit nous aussi, transformant notre corps et notre âme et ainsi, nous vivons dans son amour qui est lumière, qui nous éclaire, nous transforme, son amour et sa lumière transforment nos relations humaines et notre regard sur la vie quotidienne, nous apprend à voir dans le prochain cette présence de Dieu, et à nous comporter par rapport à ce prochain, comme si nous étions en présence de Dieu. Si, d'une part, marcher avec le Christ signifie renier notre égoïsme en étant vainqueurs des tentations, de l'autre, accomplir l'exode avec le Christ nous fait monter sur le Mont Thabor pour être transfigurés dans le Christ et comme le Christ.

 Dans cet exode de quarante jours vers Pâques, la Transfiguration de Jésus est une étape particulièrement importante, parce que nous est dévoilées la gloire et la croix et que cela nous sera accessible que dans le Christ.

 Dans l'Évangile, il y a un détail qui aide à comprendre que la croix est la clé qui ouvre la porte de la Gloire. En effet, saint Luc ne se limite pas à parler de la présence de Moïse et d'Elie à côté de Jésus transfiguré. Cet évangéliste raconte le contenu de la conversation de Jésus avec ces deux grands personnages de l'Ancien Testament, qui symbolisent la loi et les prophètes, et il dit qu'ils parlent avec le Christ de son exode, c'est-à-dire du chemin de rédemption à travers sa mort pour nous sur la Croix à Jérusalem.

 Jésus en parlant avec Moïse et Elie les écoute, Lui aussi. Ils lui parlent de sa mort et de sa résurrection, en quelque sorte Jésus se laisse quelque part, j'allais dire, enseigner. Le Fils de Dieu ne fuit pas sa mission pour laquelle Il est venu dans le monde, même s'Il sait que, pour arriver à la gloire, Il devra aller sur la croix et mourir.

 Et saint Luc met en lumière deux éléments importants : la montagne et la prière.

 La Transfiguration se passe sur une montagne, bien sûr, lieu souvent utilisé par Dieu pour se manifester. À ce lieu physique, saint Luc ajoute un « lieu » spirituel : la prière, qui doit être considéré comme le véritable « lieu » de la Transfiguration. Dans le récit de la Transfiguration, saint Luc souligne que Jésus « gravit la montagne pour prier. Pendant qu'Il priait l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d'une blancheur éblouissante. » La Transfiguration est un événement de prière; ce qui se produit dans le dialogue de Jésus avec son Père devient visible : l'intime compénétration de son être avec Dieu, qui devient pure lumière. Benoît XVI dira : « En étant un avec le Père, Jésus lui-même est Lumière de la Lumière ».

 Avec Pierre, Jean et Jacques, « nous montons nous aussi, aujourd'hui, sur le mont de la Transfiguration et nous restons en contemplation devant le visage de Jésus pour en recueillir le message et le traduire dans notre vie, il faut le traduire dans notre vie; parce que nous aussi, nous pouvons être transfigurés par l'amour. En réalité l'amour est capable de tout transfigurer », dit le Pape François.

 En plus d'être pour les apôtres une anticipation de la Pâque qui arrivera à travers la Passion et la mort du Christ en Croix, la Transfiguration fut pour eux un don, parce qu'ils ont commencé à vivre l'expérience de la communion dans la présence de Dieu avec Jésus au jour le jour.

 La Transfiguration du Christ, splendeur de Vérité et d'Amour, est pour nous source d'espérance et invitation à toujours accueillir dans notre cœur, même dans la nuit la plus obscure, le Christ, lampe qui ne s'éteint jamais parce que « ce qui, pour les yeux du corps, est le soleil que nous voyons, le Christ l'est pour les yeux du cœur », nous dit Saint Augustin. Sans sa lumière qui illumine et transfigure les cœurs, la Croix serait un scandale et une folie.

 La Transfiguration dans la vie d'Abraham est une alliance passive qui s'est conclue dans le sacrifice d'animaux, et saint Paul, dans la Lettre aux Philippiens, l'a décrite comme une promesse de résurrection pour nous.

 En bref , la Transfiguration du Christ s'est produite dans le silence de la montagne après une longue prière que Jésus a eu avec les disciples qu'Il avait choisis : Pierre, Jean et Jacques. Sommes-nous attentifs au silence, à la qualité de notre silence, c'est une charité pour les autres aussi. Elle a eu pour objectif principal celui de dévoiler Jésus est le Fils de Dieu, l'Élu et le Bien-Aimé, qui va offrir sa vie par fidélité à son Père pour que le monde croie que Dieu n'est qu'Amour et pour qu'il accueille cet Amour.

 Priez cet Amour ce n'est pas seulement parler à son Père, c'est « un élan du cœur, c'est un simple regard tourné vers le ciel, c'est un cri de reconnaissance, et bien sûr, d'amour, dans l'épreuve comme dans la joie » nous dit Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. En effet, la prière est avant tout relation amoureuse des Enfants de Dieu avec leur Père infiniment bon, avec son Fils Jésus Christ, avec l'Esprit-Saint.

 Et pour conclure, nous-mêmes, à quoi cela nous fait-il réfléchir? Nous, qui, depuis le baptême, nous portons le nom du Christ. Je pense notamment à nos propres comportements, nos attitudes devant la sainteté du Nom de Dieu et devant nos frères, les brusqueries, les paroles dures, vexantes etc.. tout cela ça n'a rien à voir avec une attitude de chrétien, même quand on est religieux.

 Nous vivons en ce moment une transfiguration : la transfiguration eucharistique du Seigneur consiste pour Lui, non à manifester sa gloire mais à la voiler sous les espèces sacramentelles. Nous entendons la voix du Père en son Fils Bien-Aimé, nous reconnaissons sa présence cachée sous l'hostie, et nous le confessons, mais avons-nous le sentiment profond de l'adoration dans nos paroles, dans notre cœur et nos attitudes ?

 Demandons au Seigneur la grâce de l'adoration, de ce silence du cœur, et même physique, et redisons ensemble cette belle profession de Foi : « Mon Dieu, je vous aime et vous adore ». Ensemble, « Mon Dieu, je vous aime et vous adore ». Amen.



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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
LE 24 mars 2019
3ème DIMANCHE DE CARÊME C


Introduction : Le Prieuré est heureux d'avoir présent à cette messe tous ceux qui sont là pour la session Marie Espérance, les papas, les mamans, les enfants.

 Jésus nous dit dans l'évangile : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous ». Nous chrétiens, et nous prêtres, nous avons une chance extraordinaire, c'est de savoir que « Notre Dieu est un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, qui se plaît à pardonner ». Alors demandons-lui pardon de nos péchés.

 Et pensons aussi à prier pour les pécheurs, spécialement, les chrétiens qui ont abandonné leur foi. Jésus dit un jour à Sainte Faustine : « La prière qui me plaît le plus c'est celle pour la conversion des pécheurs, elle est toujours exaucée ». Elle n'a pas dit quand ! Eh bien! confions-nous à la miséricorde de Dieu.


Homélie : « Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient des sacrifices à Dieu.  ».

 Ces gens, qui interrogeaient Jésus, se posaient une question qui revenait à dire : Est-ce que c'est Dieu qui s'est vengé de ces Galiléens parce qu'ils auraient été de grands pécheurs ? Cette mentalité d'accuser Dieu lors d'un  malheur existe encore aujourd'hui.

 « S'il y avait un Dieu il n'y aurait pas tant de guerres ». Ou bien : « Qu'ai-je fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive ce malheur ?  » C'est une fausse conception de Dieu. Dieu est bon, très bon. Ce n'est pas lui qui est cause du mal, c'est souvent nous les hommes, car nous sommes solidaires les uns des autres dans le bien comme dans le mal. Quand nous grandissons dans l'amour de Dieu, le monde s'élève, il y a moins de péché, moins de catastrophes, moins de guerres; quand nous descendons dans le péché, le monde est abaissé, il y a davantage de guerres, de catastrophes. Ce sont nos péchés, par l'intermédiaire du démon, qui ont une répercussion sur le monde, par des guerres, des catastrophes. La Vierge à la Salette comme à Fatima, nous l'a fait comprendre. On peut dire que la nature nous est solidaire dans le bien comme dans le mal.

 Jésus, après avoir bien précisé que ces Galiléens n'étaient pas plus pécheurs que les autres Galiléens, transpose la question sur un autre plan beaucoup plus important. Notre péché personnel peut nous faire tomber dans le plus grand des maux, le mal Extrême, c'est-à-dire l'Enfer. Et pourtant aujourd'hui on entend dire : « il n'y a plus de péché, il n'y a plus d'enfer, on peut faire ce qu'on veut, avortement, divorce, vol, porno, Dieu est si bon ! Tout le monde un jour ira au ciel !  » C'est un aveuglement. Pour réfuter ces fausses croyances qui n'apportent pas notre bonheur, Jésus n'y va pas par quatre chemins : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous ».

 Un jour, Jésus parla clair et net à celle qui devint un jour Sainte Thérèse d'Avila. Le Seigneur lui apparut tout triste, recouvert des blessures de sa Passion, et il dit à Thérèse : « Si tu continues à m'offenser, voilà ta place en enfer ». Son couvent, à cette époque, avait une vie religieuse relâchée : on y recevait des visites mondaines. Cela toucha tellement Thérèse qu'elle réforma le Carmel et devint une fervente religieuse, une sainte. C'est par amour que Jésus lui avait parlé ainsi.

 Dieu qui aime l'homme d'un amour fou a été jusqu'à nous livrer son Fils unique pour nous sauver. En effet, le Verbe de Dieu s'est incarné en la Vierge MARIE. Ayant pris une nature humaine, Jésus s'est fait solidaire de tous les hommes, il a pris sur Lui les péchés de tous les hommes, comme si c'étaient les siens et les a expiés par des souffrances atroces sur la croix. Cela ne lui a été possible que parce qu'il nous a aimés plus que lui-même. « Il n'y a pas de plus grand amour, pas de plus grande preuve d'amour, que de donner sa vie pour ceux qu'on aime », nous a-t-il dit. Ainsi il a obtenu de son Père le pardon de tous nos péchés.

 Maintenant si nous croyons vraiment en son amour et si nous demandons humblement pardon, Il nous pardonne. Le Carême est fait pour nous préparer au sacrement du Pardon afin d'être tous ressuscités avec le Christ pour fêter Pâques. De grands pécheurs ont cru en la miséricorde de Dieu et ont pu devenir de grands saints, tels sainte Marie Madeleine, saint Paul, saint Augustin, le Père De Foucauld.

 La vraie conversion c'est regretter sincèrement d'avoir blessé le cœur de Jésus par nos péchés. Alors, dans ces conditions, Jésus, dans sa grande miséricorde, peut transformer ces péchés en grâces. Voici comment Il l'a montré à Sainte Mechtilde :

« Des gens qui s'étaient préparés par une prière particulière a vénérer la Sainte Image de Jésus s'approchèrent du Seigneur portant sur leurs épaules le fardeau de leurs péchés. Aussitôt ces péchés furent transformés en cadeaux magnifiques. Ceux dont l'amour animait le repentir, c'est-à-dire ceux qui ressentaient plus de douleur d'avoir offensé Dieu que d'avoir encouru les peines du purgatoire, voyaient leurs péchés transformés en bijoux d'or. Ceux qui avaient racheté leurs péchés par des psaumes et des prières, les voyaient transformés en nœuds d'or, pareils à ceux dont on se sert dans les fiançailles. Les âmes qui avaient, par de grands combats, résisté aux tentations retrouvaient leur lutte sous forme de boucliers d'or. Et celles qui s'étaient purifiées du péché, en châtiant leur chair, semblaient devenu des encensoirs d'or, parce que la mortification monte vers Dieu comme un encens d'agréable odeur. Puis Jésus demanda : « Que ferons-nous de ces objets d'or » ? et Il dit : « Qu'ils soient brûlés dans le feu de l'amour ». Puis aussitôt apparut devant le Seigneur une table chargée de plats et de coupes d'or. La Face du Seigneur remplissait ces plats et cette coupe de la lumière de son visage en guise de mets, et tous ceux qui étaient présents, fléchissant le genou devant la table, revêtus de la splendeur de la Face divine comme d'un manteau, prirent les mets et les breuvages qui sont les délicieux aliments des Anges et des élus du ciel. » C'est beau de la part de la Miséricorde de Dieu!

 Mais comment arriver à vraiment à pleurer tous nos péchés qui ont blessé le cœur de JÉSUS ? Nous pouvons prier la Vierge Marie. A Betania, au Venezuela, en 1978, la Vierge est apparue à une mère de famille de sept enfants, Maria Esperanza, elle s'est déclarée la « Mère de réconciliation de tous les peuples ». Ces apparitions ont été reconnues officiellement en 1987 par l'évêque du lieu après consultation de Rome. C'est la 4ème apparition reconnue officiellement au XXème siècle.

 Nous pouvons prier aussi sainte Marie Madeleine de qui Jésus a chassé sept démons. Voici ce que sainte Marie Madeleine dit un jour, dans une apparition à Sainte Mechtilde, toujours : « Quiconque rend grâce à Dieu pour les larmes que j'ai répandues au pied du Christ, pour la bonne action que j'ai faite en les lavant de mes mains, en les essuyant de mes cheveux, quiconque rend grâce pour l'amour dont il a embrasé mon cœur, si celui-là demande en même temps les larmes d'une pénitence sincère et l'infusion du divin amour, le Seigneur très bon fera droit à ma demande, par mes mérites. Je veux dire que le Seigneur remettra à cette personne, avant sa mort, tous les péchés qu'elle a commis et la fera de plus avancer dans son amour. » C'est généreux.

 Alors profitons de ce Carême pour prendre conscience de ce qu'il faut convertir en nous, et implorons Marie Madeleine afin qu'elle nous obtienne du Seigneur la grâce d'une vraie conversion. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
LE 31 mars 2019
4ème DIMANCHE DE CARÊME C


Introduction : Bienvenue aux membres de l'Action Catholique pour les milieux Indépendants venus de la Mayenne, du Maine et Loire et de la Sarthe. Bienvenue aux jeunes du groupe "Fidei Cantores" qui animent cette célébration.

 Ce dimanche, ce 4ème Dimanche de Carême est placé sous le signe de la joie « le dimanche de la joie » : d'abord parce que, voilà, nous progressons dans le Carême et peu à peu nous nous libérons de tout ce qui nous encombre, et nous découvrons justement peu à peu cette joie de la liberté dans le Christ. Et puis, ce chemin du Carême nous approche de Pâques, et plus nous approchons du but, eh bien, plus la joie grandit. Alors laissons-nous, voilà, gagner par cette joie qui ne vient pas de nous, qui est un don de Dieu.

 Et pour pouvoir accueillir toujours davantage cette joie qui vient de Dieu, eh bien, ouvrons nos cœurs devant Lui, reconnaissons nos péchés, et donnons-les Lui pour qu'Il nous en libère.


Homélie : J'ai omis au début de cette Messe d'accueillir le Père Maurice Carré, curé de Saint-Paul à Laval, et puis le Père André qui vient des Ponts-de-Cé, qui accompagne les groupes d'ACI.

 Le Carême est ce temps qui nous conduit vers Pâques. Le Carême est comme un chemin à travers le désert qui nous mène en terre promise. Cette terre promise, cette terre de Dieu, c'est le Cœur de Dieu. C'est bien pour atteindre et demeurer dans le Cœur de Dieu que nous vivons le Carême.

 La première lecture nous a rappelé que pendant ces quarante années de marche dans le désert, le peuple hébreu avait été soutenu par une nourriture venue du ciel, la manne. Et après leur entrée en terre promise, au jour de Pâque, ( tiens ! Au jour de Pâque ! ), la manne cessa de tomber puisqu'ils mangeaient maintenant les produits de cette terre où coulaient le lait et le miel.

 Il en est de même pour nous : nous sommes dans le temps de la marche, par la foi, vers la Terre des Vivants. Dans cette marche nous sommes soutenus par le vrai pain venu du ciel, celui que donne le Père, l'Eucharistie. Et lorsque sera venu l'heure de notre Pâque, puis la Pâque de toute l'humanité, le don de l'eucharistie cessera. Ce que regrettait un peu d'ailleurs le curé d'Ars, tant il aimait se nourrir de ce Sacrement.

 L'Eucharistie est notre viatique, elle est la nourriture de notre chemin de foi.

 Mais pour aller vers cette terre qui nous est promise, comment trouver le chemin ? Quel est le chemin? Par où passe-t-il ? Jésus va nous donner la réponse dans la parabole du père prodigue.

 Saint Luc nous présente ce père au cœur immense et ses deux fils aveugles et ingrats.

 Le plus jeune veut vivre par lui-même, comme il l'entend, hors de toute dépendance de son père. Il s'en va et il ne tarde pas à connaître la déchéance la plus humiliante. Lui, un fils d'Israël, de dignité royale, se trouve contraint de vivre comme un esclave et à garder des cochons, sans même pouvoir se nourrir comme un être humain.

 Arrivé au fin fond de sa déchéance, « il rentra en lui-même », nous dit l'Évangile; et il se dit : « Combien d'ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ».

 Rentrant en lui-même, il a alors accès à sa mémoire. Et sa mémoire contient tous les bienfaits dont bénéficient les ouvriers de son père. Et lui, le fils, il est en régime de survie.

 Cette prise de conscience le détermine à faire le chemin inverse, à confesser la vérité de ses actions, et à mettre sa confiance dans la bonté de ce père qu'il avait ignoré.

 C'est dans la rencontre avec son père, dans la confession de toute sa misère, qu'il découvre, comme il ne l'avait jamais fait, la magnanimité du cœur de son père, qui lui redonne tout son amour et tous ses biens sans condition, sans leçon moralisatrice, sans la moindre humiliation.

 Jésus nous révèle ainsi la miséricorde du Cœur du Père et le chemin pour y accéder : rentrer en soi-même et faire mémoire des bienfaits que nous avons déjà reçus de Lui.

 C'est l'expérience qu'a faite saint Augustin : saint Augustin avant sa conversion cherchait Dieu, mais il le cherchait au dehors de lui-même dans la création, et les créatures lui disaient : « mais je ne suis pas Dieu »! et alors, il est rentré en lui-même et c'est là qu'il a découvert Dieu. Et il dira : « Je t'ai cherché en dehors de moi-même alors que tu étais à l'intérieur de moi ».

 Ainsi, nous voyons qu'il n'y a pas d'autre chemin pour connaître le Cœur du Père que de rentrer en nous-mêmes. D'où ce temps accordé à la prière pendant le Carême, d'où cette pratique de l'aumône et du jeûne auxquels nous sommes invités pour ouvrir notre cœur. D'où l'importance du silence aussi pour descendre dans notre cœur.

 Allez, je le dis : hier soir lorsque les jeunes étaient en adoration, j'étais étonné de voir combien peu les anciens respectaient ce silence. Voilà importance du silence pour descendre dans le cœur.

 Le chemin du cœur est le chemin qui nous conduit à Pâques, qui nous conduit  à la libération du cœur par la Passion et la Résurrection de Jésus et par l'expérience que nous pouvons faire de la miséricorde du Père.

 Inversement, nous voyons le fils aîné, lui qui n'a jamais désobéi aux ordres de son père, refuser d'entrer. Son obéissance scrupuleuse, sa justice a, peu à peu, durci son cœur. Et il refuse d'entrer. Il refuse d'entrer en lui-même d'abord, ce qui lui permettrait de se remettre en cause, il refuse d'entrer dans la maison de son père, et par conséquent il se refuse d'entrer dans la joie.

 Si nous prenons le chemin du cœur, alors nous rencontrerons le Seigneur et nous en serons renouvelés. Saint Paul nous dit que dans le Christ, nous devenons une création nouvelle. Dans le Christ, un monde nouveau est déjà né lorsque, voilà, nous faisons cette expérience de la vie du Christ en nous. Dans le Christ, notre réconciliation est accomplie, et nous faisons l'expérience de la joie et de la fête qui est précisément la joie émerveillée du fils cadet.

 Le cœur rempli de cette joie, nous ne pourrons qu'avoir envie de la partager, de la proclamer, et de nous faire les ambassadeurs du Christ pour appeler ceux que nous côtoyons à se laisser réconcilier avec Dieu eux aussi

 Oui, le chemin du Carême est le chemin du cœur : entrer dans notre cœur par la prière, par la lecture priante de la Parole de Dieu qui nous travaillera le cœur, «  car la Parole de Dieu est vivante et efficace » (Heb 4, 12).

 Alors nous ferons l'expérience de la rencontre avec l'amour miséricordieux du Père. Nous pourrons nous aussi lui dire : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi ». Dans le sacrement du pardon nous serons renouvelés dans notre dignité de fils, dans notre dignité royale, nous sommes fils et filles de roi.

 Nous ne pourrons alors qu'avoir à cœur de partager cette bonne nouvelle, et de nous faire les ambassadeurs de Jésus Sauveur.

 Que la Vierge Marie prenne notre main sur ce chemin, elle, la Vierge priante, la Vierge attentive à la Parole de vie; elle qui chante la miséricorde du Père qui s'étend d'âge en âge. Qu'elle dilate notre cœur pour que nous puissions chanter avec elle les miséricordes du Seigneur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE 7 avril 2019
5ème DIMANCHE DE CARÊME C


Introduction : Bienvenue aux Scouts et Guides De France. Merci déjà de nous aider à prier par ces chants.

 Bienvenue à Alexia qui va avoir le bonheur partagé avec celui de Jésus de le recevoir aujourd'hui pour la première fois dans la communion. Prions pour elle, ce doit être une joie pour toute la communauté chrétienne quand l'un de ses membres vit une étape importante de cette Alliance avec Dieu.

 « Dieu est en attente » ! Oui, que c'est beau de dire cela ! Et nous, est-ce que nous sommes en attente? J'y reviendrai tout à l'heure.

 Dieu nous appelle à l'espérance par cette liturgie d'aujourd'hui. Approche pour nous la célébration du mystère de Pâques, de ce renouvellement de toutes choses par le Christ. Est-ce que nous sommes tendus vers ce renouveau que le Seigneur veut nous offrir chaque année ?

 Eh bien, demandons au Seigneur d'ajuster nos cœurs, de les mettre dans un état d'attente et de désir.


Homélie : Vivons-nous l'espérance ? Oh, je vais me répéter pour ceux qui m'écoutent régulièrement, pardon pour eux. Pourquoi sommes-nous ici ce matin ? On peut se poser la question. Est-ce que nous en attendons quelque chose ? Est-ce qu'il y a un désir éveillé en nous ? Ou pas ?

 Alexia, j'en suis sûr a un grand désir, ce matin, et Jésus aussi a un grand désir; d'ailleurs nous l'avons chanté : « Dieu est en attente », et c'est vrai. Celui qui est le plus en désir, en attente, aujourd'hui, maintenant, c'est Lui, c'est Notre Seigneur, c'est Jésus. En attente de venir nous combler, nous rencontrer, en profondeur, en vérité, nous faire du bien, et en grand désir, et nous ? On peut se poser la question parce qu'il peut se trouver que nous soyons là simplement par habitude ou pour faire comme les autres, pour accompagner untel ou unetelle. Cela n'est pas négligeable, mais les fruits de notre présence, ce matin, à l'Eucharistie dépendent cependant beaucoup, beaucoup de notre désir, de notre attente. Rappelons-nous cet évangile du publicain et du pharisien que nous avons entendu il y a peu, ce me semble ? Le pharisien n'attend rien, il est auto-satisfait de lui-même. Le publicain, lui, attend beaucoup : « Prends pitié de moi, Seigneur ». Il attend tout, il se sent misérable, et il repart comblé, et il repart justifié et l'autre repart dans l'état où il est venu, auto-satisfait et aveuglé.

 Oui, on peut se demander si nous attendons quelque chose, et qu'est-ce que nous attendons ? Vivre un moment fraternel de fête et de joie, c'est légitime et bon, mais est-ce suffisant ? Est-ce que j'attends que le Seigneur exauce mes projets, mes désirs ? Là encore c'est peut-être légitime, mais est-ce suffisant ? Ou est-ce que je désire aussi et surtout si possible que le Seigneur me visite, oui, me visite, me rencontre, me touche, m'apporte sa lumière, sa force, pour que je puisse dans la semaine qui vient m'ajuster un peu plus à ses projets à Lui, à ses désirs qui sont forcément toujours justes, toujours bons, toujours bienfaisants : ça, c'est l'espérance proprement dite, espérance authentique. Attendre de Dieu, compter sur Lui, pour qu'Il nous donne sa grâce, c'est-à-dire sa Vie, transfusée par l'Eucharistie justement et sa Parole, pour qu'Il nous donne sa grâce en ce monde pour lui rester fidèle et un jour le bonheur éternel auprès de Lui. C'est ce que nous dit avec d'autres mots cet acte d'espérance qu'on a peut-être un peu oublié, un peu trop oublié, et que je vous remets en mémoire, il serait bon du reste de se le rappeler, de le ré-apprendre peut-être ou de l'apprendre tout simplement, parce que nos vertus de foi, d'espérance et de charité se nourrissent aussi, eh bien, de ces certitudes qu'il s'agit effectivement d'avoir présentes pour pouvoir cliquer dessus quand on en a besoin.

 Qu'est-ce que l'espérance : « Mon Dieu, j'espère », ce qui veut dire donc, j'attends et je désire, « avec une ferme confiance que tu me donneras par les mérites de Jésus-Christ », non pas par tout ce que je fais de bien, mais que tu me donneras, à cause des mérites de Jésus infini, « ta grâce en ce monde », ton soutien, ta vie, « et si j'observe tes commandements le bonheur éternel dans l'autre, parce que tu l'as promis et que tu es fidèle à tes promesses ».

 Toutes les lectures de ce jour nous appelle à l'espérance parce qu'elles nous disent que quelque soient les situations collectives ou personnelles, Dieu est à l'œuvre pour ouvrir un avenir.

 Dans la première lecture, alors que le peuple d'Israël est dans la situation désespérante de l'exil à Babylone, désespérante parce que sans issue à vue humaine, Dieu annonce à son peuple découragé qu'Il va agir Lui, Dieu, qu'Il va faire du neuf, qu'Il prépare une délivrance, je cite : « Voici que je fais un monde nouveau, il germe déjà, ne le voyez-vous pas » ?

 Et si Dieu appelle son peuple à renaître à l'Espérance c'est en raison de sa fidélité à Lui, Dieu, vis-à-vis de son peuple : « Le peuple, mon élu, dit-il, ce peuple que j'ai formé pour moi ». Certes, si Israël est en captivité c'est la conséquence de son infidélité à l'Alliance avec Dieu. Mais Dieu, Lui, n'est pas versatile, Il est le Dieu indéfectiblement fidèle depuis qu'Il a choisi ce peuple, Il n'a cessé de le libérer, de le sauver à travers toutes les vicissitudes de son histoire, et cela nous pouvons aussi le dire pour l'Église, Peuple de la Nouvelle Alliance. Nous devons espérer, ce n'est pas une option, nous devons espérer sinon nous ne sommes plus chrétiens. Vraiment, pleinement, nous devons espérer dans la fidélité de Dieu à ses promesses. « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les puissances de la mort ne l'emporteront pas sur elle ». (Mt 16) Que ces paroles nous font du bien en ces temps troublés.

 Ce que Dieu fait pour son peuple, Il le fait aussi pour chacun de nous et du reste pour tous les hommes dont Il prend soin. L'Évangile de ce jour en est le témoignage bouleversant : là où des hommes veulent la mort d'une femme parce qu'ils la réduisent et l'enferment dans sa faute, Jésus, Lui, en offrant à cette femme le pardon lui révèle et manifeste à ses accusateurs, hypocrites d'ailleurs, sa dignité plus grande que son péché et lui ouvre un avenir neuf : « Va, et désormais ne pèche plus ».

 Saint Paul, lui aussi, ô combien, a fait l'expérience de cette vie nouvelle que nous offre le Christ, il est passé des ténèbres de son orgueil pharisaïque à la vérité de l'humilité. Le salut ne vient pas de nos œuvres, il est l'œuvre du Christ en nous. Il est passé de la condamnation à la justification : « Nous tous d'ailleurs, dit-il aux Éphésiens, vivant selon nos convoitises charnelles, nous étions par nature, nous tous, voués à la colère comme tous les autres… Mais Dieu est riche en miséricorde; à cause du grand amour dont Il nous a aimés, nous qui étions morts par suites de nos fautes, Il nous a fait revivre avec le Christ ».

 Eh bien, Saint Paul parce qu'il en a fait l'expérience brûlante, jusque dans sa chair sur le chemin de Damas, il a vécu cette cécité qui justement était voulue par Dieu pour lui manifester que rencontrer le Christ c'est une illumination. Oui, Saint Paul est devenu le héros, le témoin de l'espérance dans le Christ, et il nous dit dans cette parole d'aujourd'hui avec beaucoup d'humilité et donc de vérité : certes, je n'ai pas encore obtenu cela, parvenir à la résurrection plénière, «  je n'ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir tout cela ».

 Saint Paul a une vive conscience de sa misère, il se dit « l'avorton, le tout dernier », oui, mais il ne désespère jamais plus, il a trop fait l'expérience justement bouleversante de l'immensité de la miséricorde de Jésus qu'il ne peut plus désespérer malgré ses misères, malgré son combat spirituel dont il parle si souvent : « Je ne fais pas le bien que j'aime et je fais le mal que je ne voudrais pas », il ne désespérera plus jamais parce qu'il a rencontré l'espérance, le Christ. « Une seule chose compte, oubliant ce qui est en arrière et lancé vers l'avant je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ ».Eh bien, ce que Saint Paul a vécu nous sommes appelés à le vivre : Jésus est notre espérance, si nous le voulons bien, si nous croyons en Lui. Il vient en nous dans l'Eucharistie, et Alexia a un grand désir, mais est-ce que nous, où est notre désir de l'Eucharistie, où est notre désir de recevoir avec foi, avec espérance ce Sauveur, notre unique espérance ?

 « Nous avons tout dans le Christ » nous dit Saint Ambroise. Eh bien, demandons les uns pour les autres, et Alexia, tu pries pour nous tous, pour que nous puissions, toi aussi d'ailleurs toute ta vie, désirer l'Eucharistie, désirer Jésus Sauveur, désirer Jésus notre espérance comme au jour de notre première communion, oui, que cela ferait plaisir à Dieu si nous venions à Lui chaque fois avec un grand désir, comme au jour de notre première communion.

Eh bien, qu'il en soit ainsi. Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 14 avril 2019
PROCESSION DU DIMANCHE DES RAMEAUX


Homélie : Chers Frères et Sœurs, si vous êtes venus ici pour célébrer les Rameaux, c'est que vraiment dans le cœur vous avez cette intention de suivre le Seigneur. Il y a quelques années, j'entendais dire : « vu la crise des vocations, la raréfaction des prêtres,... aujourd'hui c'est dans l'épreuve de l'Eglise que nous pouvons dire que le Seigneur emmène son Eglise dans sa Passion. Tant mieux! »

 Nous venons d'entendre le passage de Saint Luc concernant l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Or quelques jours auparavant, Jésus avait traversé la ville de Jéricho, là Il avait fait quelques miracles, les foules le suivaient en louant Dieu. Et à ce moment là, en traversant Jéricho, en descendant plus bas, dans cette ville, le Seigneur avait dit à ses disciples qui étaient proches de Lui : « Voici que nous montons à Jérusalem où s'accomplira tout ce qui est écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'Homme ». Ce qui est écrit au sujet du Fils de l'homme, ce pour quoi Il est venu, c'est accomplir sa Passion. Le Seigneur associe la croix à sa gloire. Et Saint Paul dira : « Lui qui de condition divine n'a pas revendiqué d'être traité à l'égal de Dieu, mais Il s'est dépouillé en prenant la condition de serviteur ». Dieu se fait serviteur, humilié, renié, rejeté.

 Lorsque nous célébrons l'Eucharistie nous chantons la gloire de Dieu avec le Sanctus : « Hosanna au Fils de Dieu », comme le chantaient les gens qui accompagnaient Jésus lorsqu'Il montait à Jérusalem et aussitôt après nous revivons le mémorial de la Passion. La gloire et la croix sont indissociables.

 Ce chant, cette louange du peuple : « Béni soit celui qui vient, Lui notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ». « Paix dans le ciel, gloire au plus haut des cieux » ! C'est ainsi que les Anges ont célébré et chanté leur louange à la divinité, lorsque le Seigneur a fait son entrée dans le monde.

 Et que va faire Jésus à Jérusalem ? Une chose bien précise qui ne nous est pas rapportée par cet évangile de Saint Luc mais Il va venir, Il va d'abord pleurer sur Jérusalem, Il va entrer ensuite dans le Temple et le purifier, chasser les chasseurs. Eh bien, c'est cela la Passion de Jésus.

 Nous allons lire tout à l'heure la Passion selon Saint Luc, mais qu'est-ce que la Passion ? C'est simplement Jésus qui se présente devant nous, devant chacun de nous, non pas avec des fouets, mais le corps déchiré. Il se présente devant chacun de nous dans notre temple intérieur, Il vient le sanctifier, Il vient le purifier. Acceptons-nous d'ouvrir notre cœur pour accueillir le Seigneur qui vient pour nous sauver ?

 Les soldats, eux, ont voilé le visage du Christ afin de mieux le maltraiter. Nous-mêmes aujourd'hui, ne voilons pas le visage de Dieu en jetant la pierre sur l'Eglise défigurée, méprisée dont nous sommes les membres. Le Seigneur est venu pour déchirer le voile du Temple qui nous séparait de Lui afin d'y faire son entrée, afin que les hommes puissent rejoindre Dieu, face à face.

 La question qu'Il nous pose et c'est la même qu'Il avait posée à Adam : « Où es-tu, où te caches-tu » ? Les hommes répondent par la voix du Grand Prêtre et du Sanhédrin : « Es-tu le Fils de Dieu béni ? Es-tu le Fils de Dieu ? C'était la réponse de l'homme à Dieu. Jésus le déclara ouvertement, simplement, nous ne l'avons pas accueilli, nous l'avons crucifié, c'était notre réponse.

 A la croix, Jésus nous apprend que Dieu ne se défend pas, Il se laisse humilier. En fin de compte, c'est cette vie humiliée qui nous rend vivants ; « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » Rom 5,20. La croix qui étonne et scandalise tant de personnes est l'expression absolue de l'amour, Dieu nous laisse prendre tout ce qu'Il a et tout ce qu'Il est. Jésus a accepté de vivre en toute liberté ce que tant d'humains subissent malgré eux partout dans le monde. Par la croix, Il les rejoint, les identifie, les habite, mais n'oublions pas que le Christ fait tout cela pour assurer le triomphe de la vie, la victoire de l'amour et même là où s'impose la mort.

 Alors, nous-mêmes, sommes-nous meilleurs que ceux qui ont condamné et crucifié Jésus? Nous avons un chemin de conversion. Nous allons cheminer avec le Seigneur en chantant : « Hosanna au plus des cieux ». Simplement, soyons sincères et vrais, ouvrons notre cœur, prenons le chemin du pardon et de la réconciliation.

 Pendant cette Semaine Sainte, il nous est proposé le chemin du Pardon de Dieu, sachons l'accueillir. Et nous pourrons chanter ce que nous chantons dans le « Vexilla Regis » : « L'étendard du Roi s'avance, voici briller le mystère de la croix, par elle celui qui est la vie reçoit la mort et par sa mort rend la vie. Salut, Ô croix, notre unique espérance! En ces jours de la Passion du Sauveur, accroît la grâce des justes, efface les fautes des pécheurs. »

 Et maintenant, suivons Jésus qui s'avance fermement vers sa Passion. Avançons-nous avec le Seigneur, suivons le Christ pour chanter sa gloire et entrer dans ce mémorial de la Passion.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
LE 12 mai 2019
4ème DIMANCHE DE PÂQUES  C


Introduction : Dimanche du Bon Pasteur, dimanche de prière pour les vocations. Eh bien, demandons au Seigneur, d'abord, remercions le Seigneur pour nos vocations respectives si variées, si complémentaires, si belles, toutes. Remercions le Seigneur, oui, qui est plein de sagesse et plein d'amour dans ses appels particuliers qu'il nous a adressés, qu'il nous adresse et prions pour qu'effectivement, les générations d'aujourd'hui, les générations qui montent sachent écouter, chercher l'appel que le Seigneur leur adresse pour leur bonheur.

Entrons dans cette Eucharistie en demandant le pardon de toutes nos résistances à ses appels, de nos manques de foi surtout, fondamentalement, justement en ses appels au bonheur qu'il nous adresse.


Homélie : Il y a quelques temps, je rencontrais un père de famille dont le fils est entré dans une propédeutique à l'automne dernier, et je lui demandais des nouvelles de son enfant, de son fils. Et j'ai vu alors son visage s'assombrir et lui de me dire sa souffrance, son inquiétude face à ce choix. Il lui a même échappé, je pense que ça lui a échappé cette parole : « nous l'avons perdu ». Oh, je me suis retenu pour ne pas réagir trop fortement. Une parole qui m'a profondément peiné de la part d'un homme profondément croyant, pratiquant et tout ce que vous voulez.

Le lendemain, j'étais tellement choqué par cette rencontre que j'aborde le sujet avec une mère de famille qui me répond : « Si mon fils était appelé au sacerdoce, j'en serais très heureuse ». Oh ! Là, je me suis lâché et je lui ai dit ma joie d'entendre une parole qui m'a fait vraiment chaud au cœur, qui a mis du baume sur ce que j'avais entendu la veille. Elle a ajouté : « ceci dit, dans le contexte actuel, je peux comprendre l'inquiétude de ce père de famille ».

Alors, j'ai réfléchi à tout ça et puis en lisant ce magnifique message du Pape pour cette journée mondiale de prière pour les vocations, je me suis dit que finalement ces deux réactions, eh bien, étaient peut-être les deux aspects du mystère de la vocation, de toute vocation, et alors, selon l'accent qu'on met sur l'un ou l'autre aspect, on risque effectivement voilà de séparer ce qui reste uni. Alors, je voudrais tout simplement vous distiller ce message du Pape qui est magnifique, et je vous invite à retrouver, à relire aussi «  in extenso », deux aspects de la vocation que développe le Pape dans son message, un aspect de promesse et un aspect de risque.

Un aspect de promesse, d'abord et fondamentalement, l'histoire de chaque appel est l'histoire d'une rencontre, une rencontre qui est promesse de bonheur, toute vocation, et je cite le Pape : « C'est arrivé -cette rencontre- avec la personne avec laquelle nous avons choisi de partager la vie dans le mariage, ou quand nous avons ressenti l'attrait pour la vie consacrée, nous avons vécu la surprise d'une rencontre et, à ce moment, nous avons entrevu la promesse d'une joie capable de combler notre vie ».

Voilà ce qui met en mouvement un jeune vers son avenir, vers ce qu'il pressent être son avenir. C'est pour être heureux qu'un jeune entre en propédeutique ou dans une communauté, comme c'est pour être heureux qu'il commence une route d'amour avec une jeune fille. Toute rencontre avec le Seigneur et tout appel de sa part est en même temps promesse de bonheur, le croyons-nous assez ? Je crois que la question fondamentale est là, croyons-nous vraiment que Dieu veut notre bonheur à chacun de nous et que l'appel personnel qu'il nous adresse, les appels, il y en a souvent plusieurs et tout au long de la vie, mais il y a des appels plus fondamentaux que d'autres, certes, mais c'est toujours pour notre bonheur que Dieu nous appelle à ceci ou à cela ? « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et la vie en abondance » Jn 10,10. « Suis-moi et tu auras un trésor dans les cieux » Mt 19,21. Promesse, et non seulement promesse pour demain mais promesse pour aujourd'hui : « Celui qui aura quitté son père, sa mère, -et tout ça- recevra le centuple » Mt 19,29, nous croyons ou non à cette parole de Jésus ? «  recevra le centuple dès ici-bas avec des persécutions, -avec des difficultés-, et la vie éternelle ». Est-ce que nous croyons à cette promesse de bonheur du Seigneur ?

« L'appel du Seigneur, poursuit le Pape, n'est pas une ingérence de Dieu dans notre liberté, ce n'est pas une "cage" ou un poids qui nous est mis sur le dos. C'est au contraire l'initiative amoureuse avec laquelle Dieu vient à notre rencontre et nous invite à entrer dans un grand projet dont il veut nous rendre participants ». Dieu voit toujours plus loin, plus grand, plus beau que nous, que nos projets les plus fous.

Evoquant l'appel des premiers disciples de Jésus, le Pape ajoute : «  la vocation, en somme, est une invitation à ne pas nous arrêter sur le rivage avec les filets à la main, mais à suivre Jésus au long de la route qu'il a pensé pour nous, pour notre bonheur et pour le bien de ceux qui sont autour de nous ». Chers parents qui êtes ici, ou grands-parents, mais je pense que ça revient d'abord aux parents, chers parents qui êtes ici si l'un de vos enfants choisit de prendre du temps pour discerner sa vocation, je vous en supplie, réjouissez-vous, ça prouve qu'il prend sa vie au sérieux, et comme le disait, pour ne pas le citer le Père David Dugué aux jeunes en pèlerinage au Mont Saint Michel, pèlerinage des étudiants il y a peu aux Rameaux : « Tout jeune doit se poser sérieusement la question de sa vocation, la question du projet de Dieu sur sa vie, il doit prendre du temps pour ça ». Alors, oui, je vous en supplie, réjouissez-vous si votre enfant choisit de prendre vraiment du temps pour discerner sa vocation, encouragez-le et priez pour lui, ne faites pas peser sur lui vos peurs.

Si la vocation est fondamentalement promesse de bonheur, elle présente aussi, certes, un aspect de risque, c'est le revers de la médaille, accueillez-le, c'est le revers de la vie, c'est le réel, celui qui ne risque rien ne fait rien de sa vie, il reste dans ses pantoufles, dans son canapé comme dirait le Pape. Accueillir ce projet, cette promesse que nous fait le Seigneur « demande le courage, dit le Pape, de risquer un choix ». Oui, choisir c'est renoncer, on le sait, mais si on ne choisit pas on ne fait rien. Et de rappeler qu'à l'appel du Seigneur les premiers disciples « laissant aussitôt leurs filets, suivirent Jésus ». Un risque, c'est fou, c'était complètement fou de laisser leur barque et leurs filets et leur père, « débrouille-toi », il nous appelle, débrouille-toi, eh oui, il fallait quitter son père et la barque et les filets, et le métier, tout, c'était complètement fou, mais ils l'ont fait.

« Cela signifie, dit le Pape, que pour accueillir l'appel du Seigneur il convient de se mettre en jeu, -se mettre en jeu- avec tout soi-même et de courir le risque d'affronter un défi inédit. Il faut laisser tout ce qui voudrait nous tenir attachés à notre petite barque nous empêchant de faire un choix définitif ».

On peut dire finalement que accueillir sa vocation, quelle qu'elle soit, quelle qu'elle soit, accueillir ce projet du Seigneur sur nous c'est risquer la confiance, on le chante dans un beau chant, depuis pas mal d'années maintenant : « choisir avec toi la confiance », c'est risquer la confiance, c'est risquer sa vie, oui. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, celui qui perd sa vie à cause de moi la gagnera » Mt 16,25. Et c'est risquer la confiance, c'est risquer sa vie d'accueillir sa vocation, sa vocation personnelle, c'est risquer la confiance et sa vie, mais c'est tout autant vrai dans le mariage que dans la vie consacrée. Est-ce que ce n'est pas un risque que le mariage ? On pourrait dire aussi que par les temps qui courent que ce serait risqué de se marier. Toute vocation est à risque mais c'est le prix de l'amour, c'est le prix de la vie.

« Lorsque nous sommes placés, dit le Pape, face à la vaste mer de la vocation, nous ne pouvons pas rester à réparer nos filets sur la barque qui nous donne sécurité, mais nous devons nous fier à la promesse du Seigneur ». N'est-il pas suprêmement raisonnable, c'est vrai on dit : « oui, mais la confiance on ne la donne pas à n'importe qui ». Mais n'est-il pas suprêmement raisonnable de risquer la confiance en Dieu, car « la voix qui appelle est celle du Pasteur, -du Bon Pasteur- qui connaît personnellement chacune de ses brebis, -comme nous le rappelle l'évangile : « Je le connais, je te connais », je sais ce que je fais, fais-moi confiance, mais que de résistance, que de peur en nous, pour lâcher prise et lui faire confiance. Oui ce Bon Pasteur- qui connaît personnellement chacune de ses brebis qui peuvent lui faire confiance. »

Et le Pape de relayer à l'adresse des jeunes l'appel constant du Seigneur, le Seigneur appelle aujourd'hui comme hier et toujours, appelle à toutes ces vocations multiples et si complémentaires et si belles. « Il n'y a pas de joie plus grande que de risquer sa vie pour le Seigneur, dit-il ! En particulier à vous les jeunes, je voudrais dire ne soyez pas sourds à l'appel du Seigneur…, ne vous laissez pas contaminer par la peur… à ceux qui laissent les filets et la barque pour le suivre, le Seigneur promet la joie d'une vie nouvelle qui comble le cœur et anime le chemin. »

Et le Pape de nous inviter à reconnaître en Marie un exemple pour notre propre vocation : pour elle, dit-il, « la vocation a été aussi en même temps une promesse et un risque. Sa mission n'a pas été facile, pourtant elle n'a pas permis à la peur de prendre le dessus. Son "oui" a été le "oui" de celle qui veut s'engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu'elle était porteuse d'une promesse, » d'une promesse reçue de Dieu.

Eh bien, demandons à la Vierge Marie, modèle de toute vocation, elle qui a rassemblé toutes les vocations, finalement, en elle, demandons à la Vierge Marie, Servante du Seigneur, qui se définit comme cela avant tout, Servante du Seigneur, d'éclairer et de fortifier dans leur discernement les jeunes qui cherchent à découvrir l'appel du Seigneur, leur vocation. Demandons-lui aussi pour nous qui sommes déjà engagés dans nos chemins de vie, dans nos états de vie, demandons-lui aussi de savoir écouter, ré-écouter, re-choisir l'appel à la sainteté que le Seigneur nous adresse à chacun. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE YVES COMBEAU, dominicain à Paris
Messe télévisée du 19 mai 2019
5ème DIMANCHE DE PÂQUES  C


Introduction de Frère Jean-François : Chers frères et sœurs et vous tous qui formez notre assemblée au sein de notre Centre spirituel de La Cotellerie, soyez les bienvenus !

Bienvenue aux membres de la famille spirituelle de Marie, Mère du Rédempteur, bienvenue aux confirmands du collège Notre-Dame d’Orveau, bienvenue à tous ceux qui participent à cette Eucharistie dominicale par la télévision.

En ce cinquième dimanche après Pâques, nous rendons grâce au Seigneur pour ce que la résurrection du Christ Jésus a valu à l’humanité : baptisés dans la mort du Christ Jésus et ressuscités avec lui, Dieu a fait de nous ses enfants d’adoption ; c’est un Père qui nous aime. Demandons pour nous-mêmes, pour l’Église et pour le monde la miséricorde du Seigneur, la paix et la joie qu’il veut nous donner pour communier en vérité à son amour.


Homélie du Père Yves Combeau, dominicain à Paris, « Vouloir aimer » :

Lundi — ce lundi, il y a six jours —, je me suis fâché au téléphone. Contre une dame qui pensait du mal du Jour du Seigneur. Je me suis vraiment fâché : j’ai été sec et désagréable comme, hélas, je puis l’être. Il faut dire que j’avais d’autres soucis, que les lundis matin sont parfois compliqués, que… Bref, je me suis fâché.

J’ai eu tort.

Et là-dessus j’ai lu l’Évangile d’aujourd’hui pour préparer cette prédication. « Aimez-vous les uns les autres. »

J’ai rougi.

Nous sommes tous convaincus que nous devons nous aimer les uns les autres. Des conseils et commandements de Jésus, c’est le plus fort, le plus profond, le plus évident. Et nous tous convaincus qu’en effet, on reconnaîtra que nous sommes disciples du Christ à ceci : que nous nous aimons les uns les autres. C’est la première règle de la vie en communauté, qu’il s’agisse de vous, frères et soeurs de La Cotellerie, de nous, les Dominicains ; c’est la première règle de la vie en famille, de la vie amicale, enfin, c’est la première règle du chrétien.

Nous en sommes convaincus et pourtant, si convaincus que nous soyons, comme ce commandement est difficile !

Il est souvent question du combat de la foi, du combat spirituel, même du combat de la prière. Il est plus rarement question du combat de l’amour. Mais l’amour, en vérité, de va pas de soi. Tous, nous connaissons ces obstacles qui surgissent chaque jour : la jalousie dans une fratrie, le malentendu ou la bouderie dans un couple, l’agacement, la frustration dans une communauté. Nous voudrions bien aimer, mais chaque jour nous manquons à l’amour.

C’est qu’en vérité, si une relation d’amour commence souvent de façon spontanée — je tombe amoureux, une amitié se noue, une communauté m’attire —, si une relation d’amour commence de façon spontanée, elle dure par notre volonté. Nous décidons de prendre patience, d’écouter, de faire taire notre égoïsme, de marcher d’un pas différent du nôtre ; nous décidons de rendre service sans attendre de remerciement ; nous décidons de chercher dans l’autre ce qu’il a de bon quand ce qu’il a de mauvais nous sature le regard. Et ce n’est pas facile. Toujours nous devons recommencer cet effort.

Aimer demande du courage. Le courage, c’est précisément la force du coeur. « Courage », le mot « courage », vient de « coeur ». Quand Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres, il nous demande d’avoir le coeur fort, actif, patient, délicat, humble, persévérant ; il nous demande d’avoir la volonté d’aimer.

La lecture de l’Évangile d’aujourd’hui, ce lundi matin, après ce coup de téléphone, a été pour moi, petit saint Pierre de mai 2019, comme le chant du coq. J’avais peut-être raison au fond, mais qu’avais-je fait de mes bonnes dispositions ? Une fois de plus, j’avais manqué à l’amour, j’avais manqué du courage de l’amour.

La prière du chrétien, si elle devait se résumer à une phrase, se résumerait peut-être à cette phrase : Seigneur, donne-moi le courage de croire ; donne-moi le courage d’espérer ; et surtout, donne-moi le courage d’aimer.


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