HOMÉLIE PRONONCÉES EN DIVERSES CIRCONSTANCES en 2015 (Année B)


LISTE DES HOMÉLIES

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le lundi 2 février 2015

PRÉSENTATION DE JÉSUS, Fête Patronale

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Eucharistie du vendredi 15 août 2015

ASSOMPTION DE MARIE, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le jeudi 19 mars 2015

SAINT JOSEPH, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Vêpres-Procession du vendredi 15 août 2015

ASSOMPTION DE MARIE, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le mercredi 25 mars 2015

ANNONCIATION, Solennité

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma,

Vendredi  28 août 2015

SAINT AUGUSTIN, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le Lundi de PENTECÔTE 25 mai 2015


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma,

Vendredi  11 septembre 2015

DÉDICACE DE NOTRE ÉGLISE, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Dimanche  31 mai 2015

Solennité de la TRÈS SAINTE TRINITÉ

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Samedi 12 septembre 2015

Saint Nom de Marie, Jubilé sacerdotal

HOMÉLIE DE MGR ÉMILE MARCUS

EUCHARISTIE du Dimanche 7 juin 2015

SAINT-SACREMENT (FÊTE-DIEU) Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Lundi 14 septembre 2015

Fête de la CROIX GLORIEUSE

HOMÉLIE DE MGR ÉMILE MARCUS

Vêpres-PROCESSION du Dimanche 7 juin 2015

SAINT-SACREMENT (FÊTE-DIEU) Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Mardi 15 septembre 2015

Notre-Dame des Douleurs

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Vendredi 12 juin 2015

Solennité du SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma,

Samedi  26 septembre 2015

Reliques de Louis et Zélie Martin

HOMÉLIE DE FRÈRE OMER

Lundi 15 juin 2015

PREMIÈRE MESSE

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Dimanche 1er novembre 2015

TOUS LES SAINTS, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Mercredi  24  juin 2015

NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Lundi 2 novembre 2015

TOUS LES FIDÈLES DÉFUNTS

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-FRANÇOIS

Lundi  29  juin 2015

SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Mardi 8 décembre 2015

IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE

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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le LUNDI 2 février 2015
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE, Solennité de la Fête Patronale

Malachie 3,1-4, He 2, 14-18, Ps 23, 7-10, Lc 2, 22-40.


Aujourd’hui, comme vous le savez, bien sûr, est la journée mondiale de la vie consacrée instituée par le pape Jean Paul II et nous sommes aussi au cœur d’une année, d’une année entière, de la vie consacrée voulue par le pape François pour l’Eglise universelle, et dans notre diocèse, et sans doute en d’autres, puisque c’est le thème de Lourdes aussi cette année, c’est l’année de la Mission. Y a-t-il là simple juxtaposition des thèmes au risque de la dispersion ou n’y aurait-il pas plutôt un lien profond entre consécration et mission ?

 Dans l’évangile de saint Jean, au chapitre 10ème, Jésus se définit comme celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde. Jésus, en effet, est celui qui a reçu en plénitude l’onction de l’Esprit Saint, selon les paroles du prophète Isaïe que Jésus s’attribue dans la synagogue de Nazareth, paroles que nous connaissons fort bien : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction. » Et en citant toujours Isaïe, Jésus poursuit aussitôt après : « Il m’a consacré par l’onction pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, proclamer une année de grâces du Seigneur »

Cela parle de soi : consécration pour la mission.

 Avant d’entrer dans sa Passion, Jésus prie d’abord pour les douze qu’il a choisis et il demande au Père de les consacrer, de les sacrer totalement dans la vérité. « Ta parole est vérité, » dit-il, et Jésus d’ajouter aussitôt que cette consécration est pour prolonger sa mission à Lui : « comme Tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde, » et au cas où les apôtres seraient durs d’oreille, Jésus a demandé avant : « Père, je ne te prie pas de les enlever du monde -dans un cocon-, mais de les garder du mauvais » : consacrés pour être envoyés.

 L’événement de la Présentation de Jésus au Temple met lui aussi justement en lumière ce lien profond entre consécration et mission. De Syméon, l’évangile nous dit que l’Esprit Saint était sur lui. C’est exactement la même expression que celle d’Isaïe que nous entendions à l’instant : « l’Esprit Saint était sur lui, reposait ». Il est peut-être sur nous habituellement, Dieu merci, mais enfin voilà, il y a un petit peu de distance quand même… Empli de l’Esprit Saint, consacré par lui, Syméon, lui, est pleinement docile. Je me souviens de cette réflexion d’une personne de Rennes, qui disait -elle est très active dans le Renouveau charismatique et donc bien entendu, elle a creusé la question de l’Esprit Saint-, qui avait cette expression parlante : Là où est l’Esprit Saint, ça bouge. C’est le signe de sa présence. Eh bien, l’Esprit Saint fait bouger Syméon, ce saint et vénérable vieillard. « Empli de l’Esprit Saint ». L’Esprit Saint le pousse, comme disait la traduction ancienne, l’Esprit l’envoie au Temple pour rencontrer le Messie mais aussi Marie et Joseph, pour être auprès d’eux le prophète, le porte-parole du dessein de Dieu sur cet enfant.

Regardons Marie ; elle venait au Temple dans une démarche de consécration. C’est ce que nous avons entendu, le rappel de la Loi : « tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur. » Alors, certes, Marie sait trop bien, -si je puis dire-, que cet enfant est tout consacré déjà, puisqu’il est don gratuit, total et miraculeux du Père dans l’Esprit Saint. Mais Marie vient dans une démarche de reconnaissance de cette consécration de son enfant au Père du Ciel. Or le fruit de cette démarche de consécration est le dévoilement plus explicite de sa propre mission à elle, Marie. Etre Mère du Messie rédempteur signifiera pour elle être associée totalement, parfaitement à l’œuvre de son Fils, car une chose est d’être la Mère du Rédempteur et autre chose d’être associée totalement et jusqu’au bout et parfaitement à toute l’œuvre de son Fils et c’est justement ce que Syméon lui annonce dans ce mystère de la Rencontre. Etre Mère du Messie rédempteur signifiera concrètement et plus explicitement pour elle, être « co-rédemptrice » et il faut dire : la co-rédemptrice, car si nous sommes co-rédempteurs nous aussi, c’est à un autre titre. Mais à un titre unique Marie est la co-rédemptrice et, de ce fait, mère de l’humanité rachetée. Parce qu’elle est « la co-rédemptrice », elle est mère de l’humanité rachetée.

Anne enfin, comme Syméon, se consacre toute à Dieu. « Elle ne s’éloignait pas du Temple, dit saint Luc, servant Dieu, jour et nuit, dans le jeûne et la prière. » Il lui est donné, à elle aussi, le fruit de sa consécration à Dieu. Dieu, comment dirais-je, Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité ; plus on lui donne, plus Il donne et d’ailleurs c’est toujours Lui qui donne en premier évidemment et plus on lui répond, plus Il donne, et il redonne. A Anne, servant Dieu jour et nuit, il lui est donné, à elle aussi, de reconnaître dans ce petit enfant, qui devait ressembler extérieurement à tous les autres, de reconnaître par les yeux éclairés de l’Esprit Saint, de reconnaître dans ce petit enfant le Messie de Dieu. Et aussitôt « elle proclame les louanges de Dieu et parle de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » Voilà des exemples de consacrés qui deviennent ou qui sont missionnaires, spontanément missionnaires parce que consacrés.

Dans son exhortation apostolique, le pape François nous a rappelé que nous n’avons pas à être et disciples et missionnaires mais seulement des disciples missionnaires, nous sommes disciples dans la mesure même où nous sommes missionnaires ; c’est comme le test de la vérité du disciple. En raison de notre consécration baptismale, nous sommes rendus membres du Christ et par là même, participants de sa mission sacerdotale, royale et prophétique. La consécration porte en elle la mission et le moyen d’être missionnaire c’est évidemment de se consacrer à Dieu dans tous les sens du terme : Consacrer, se consacrer à Dieu, lui consacrer du temps, lui consacrer notre cœur, notre vie, notre pensée, notre corps, tout notre être. Plus nous nous consacrons à Dieu, plus il nous fera missionnaires et nous ne sommes encore une fois pleinement en cohérence avec nos consécrations baptismale et religieuse et sacerdotale que si nous sommes vraiment missionnaires. Une petite parenthèse : tout baptisé est participant de cette triple dimension de la mission du Christ : sacerdotale, royale et prophétique ; le sacerdoce ministériel dans l’Eglise est participant d’une manière qui lui est spécifique et propre, bien sûr, du sacerdoce du Christ : donner Dieu et donner les hommes à Dieu. Laïcs, vous êtes participants d’une manière qui vous est propre : la dimension de la mission royale du Christ c’est-à-dire, travailler à l’instauration du Règne de Dieu dès ici-bas, en travaillant à établir sa justice, sa vérité, sa paix, son amour. Nous, religieux, religieuses, la vie consacrée est participante d’une manière qui lui est propre de la dimension prophétique du Christ, et c’est ce que le pape nous a rappelé par cette lettre qui n’est pas réservée aux personnes consacrées, que je vous invite à lire s’il est possible ; je crois que c’est profitable d’ailleurs, sachant que ce message s’adresse aux fidèles baptisés, aux fidèles laïcs. Il nous rappelle à nous, religieux, justement, cette dimension prophétique à un titre particulier qui nous est propre : « J’attends, dit-il aux personnes consacrées, que vous réveilliez le monde. » La note qui caractérise la vie consacrée est la prophétie ; aussi, le pape demande-t-il aux religieux d’être des prophètes qui témoignent, d’abord par leur vie, par cette consécration, qui témoignent comment Jésus a vécu sur cette terre, à savoir pauvre, dans le célibat consacré et dans la libre obéissance… Pauvre, c’est-à-dire libre vis-à-vis des biens qui passent, dans le célibat consacré totalement au Père pour que les hommes aient la vie ; un célibat pour donner la vie à la suite de Jésus, c’est bien le sens de son célibat à Lui, Jésus, le premier : se consacrer à l’œuvre du Père pour que les hommes aient la vie en abondance. C’est le sens de notre célibat consacré dans les pas de Jésus et dans la libre, constante, et parfaite offrande de notre volonté à la volonté du Père. « J’attends encore de vous, personnes consacrées, ce que je demande à tous les membres de l’Eglise, sortir de soi-même pour aller aux périphéries existentielles. "Allez partout dans le monde" a été la dernière parole que Jésus a adressée aux siens et qu’il continue d’adresser aujourd’hui à nous tous. »

C’est une humanité entière qui attend, humanité même si elle ne le sait pas, même si elle dit le contraire, même ceux qui se disent haut et fort athées, eh bien, ceux-là aussi ont soif de Dieu sans le savoir.

« Ne vous repliez pas sur vous-mêmes, ne vous laissez pas asphyxier par les petites disputes de maisons. Ne restez pas prisonniers de vos problèmes ; ils se résoudront si vous allez dehors aider les autres à résoudre leurs problèmes et annoncer la Bonne Nouvelle. Vous trouverez la vie en donnant la vie, l’Espérance en donnant l’espérance, l’amour en aimant. »

Eh bien, je termine par ce que la liturgie d’aujourd’hui, dans l’Office du matin, nous invitait à demander au Seigneur et qui est valable pour nous tous : oui, consacrés pour être envoyés à ce monde pour le ramener à Dieu dans l’élan du Rédempteur, avec Lui et par Lui.

« Jésus, toi qui venais à la rencontre de ton peuple, accorde-nous d’aller au-devant de nos frères. Jésus, attente des nations, toi qui fus reconnu par la prophétesse Anne, dis-nous comment parler de toi. » Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le jeudi 19 mars 2015
SAINT JOSEPH, Époux de la Vierge Marie et Protecteur de toute l’Église, Solennité

2 Sm 7,4-5a.12-14a.16 ; Ps 88 (89) ; Rm 4. 13.16-18.22 Mt 1,16.18-21.24a


Introduction à l’Eucharistie : Nous venons de bénir Dieu pour Saint Joseph. Cette bénédiction que nous rendons à Dieu, je crois, nous revient en bénédiction par saint Joseph puisqu’il est pleinement béni, lui qui a été choisi pour accueillir le Fils de Dieu, veiller sur lui, lui permettre de prendre toute son épaisseur humaine.

Eh bien, nous pouvons le prier et par lui appeler la bénédiction sur tous ceux qui ont reçu une grâce de paternité, que ce soit une paternité charnelle ou spirituelle, ou toutes les personnes qui exercent l’autorité. u’avec l’aide de saint Joseph, la grâce puisse grandir dans les cœurs et que chacun puisse trouver sa vraie place dans la société, dans l’Église pour le bien de tous.

 Au seuil de cette Eucharistie, purifions nos cœurs en nous plaçant devant la miséricorde de Jésus…


Homélie : On pourrait définir Saint Joseph comme l’homme du paradoxe, paradoxe qui se vit pour lui comme une véritable épreuve humaine et spirituelle.

La première lecture nous rappelait la promesse faite à David, de lui donner un successeur dans sa descendance, successeur qui construirait une maison (c’est-à-dire une descendance) pour le Seigneur.

Or, l’Evangile, qui a insisté, à travers toute la généalogie de Jésus, -c’étaient les versets qui précédaient immédiatement l’évangile qu’on vient d’entendre- sur l’importance de la lignée davidique, s’ingénie à nous montrer que Joseph, qui est encore appelé fils de David par l’Ange, n’a pas engendré Jésus, et que si Jésus est Fils de David, ce n’est pas par Joseph. L’enfant vient de l’Esprit Saint, dit l’Ange du Seigneur.

Ce paradoxe, dans lequel Joseph est directement impliqué, se vit au prix d’un douloureux renoncement. Joseph est bien l’homme du renoncement.

Joseph avait choisi Marie pour épouse ; non seulement il doit renoncer à la joie de l’union conjugale et à celle de la paternité, mais il doit même renoncer à son honorabilité face à la société.

Ce renoncement, il le vit dans l’obéissance aux prescriptions de l’ange. Autrement dit, ce renoncement est un fruit de sa foi, et la foi est un paradoxe : s’appuyer sur ce qu’on ne voit pas. Joseph ne s’appuie pas sur ses raisonnements humains ou sur l’image sociale qu’il renverra, mais sur le Seigneur et son projet à Lui, le projet du Seigneur.

Ce renoncement est le fruit de la foi, de l’obéissance de la foi de Joseph. Et cette foi, qui le rend juste, l’ajuste à la volonté de Dieu, l’ajuste au projet divin, qui est un projet de Salut en Jésus-Christ et par voie de conséquence. Cette obéissance de la foi ouvre Joseph à une autre paternité, une paternité selon l’Esprit, une paternité qui devient universelle.

De même qu’Abraham devint père d’un grand nombre de peuples, en Isaac, en un seul fils, de même Joseph devient père de tous ceux qui mettent leur foi en Jésus.

Et il me semble qu’on peut en tirer cette conclusion : ce qui caractérise la paternité me semble être la capacité de vivre le renoncement : se renoncer pour son épouse, se renoncer pour ses enfants.

De même qu’Abraham a renoncé à son Fils en l’offrant en holocauste pour le Seigneur, de même Dieu le Père a, d’une certaine manière, renoncé à son fils pour nous le donner. Et de toute éternité, il se renonce lui-même pour engendrer son Fils unique, le Verbe, il se donne totalement, il se vide totalement lui-même pour engendrer le Verbe.

« Dieu a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique ». Il s’est comme dépossédé de ce qu’Il avait de plus cher pour nous le donner, son Fils. Ce don du Fils reçoit une fécondité universelle dans l’humanité sauvée. C’est à cette fécondité que Saint Joseph est associé d’une manière unique.

Prions Saint Joseph pour tous ceux qui ont reçu cette grâce de la paternité, pour qu’ils sachent, à son exemple, aimer en se renonçant et trouver la joie d’une fécondité selon l’Esprit de Dieu. Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le mercredi 25 mars 2015
ANNONCIATION DU SEIGNEUR à MARIE, Solennité


Is. 7, 10-14, 8, 10 ; Ps. 39 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38.


Introduction à l’Eucharistie : Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est Marie, c’est cette solennité de l’Annonciation, de l’Incarnation de Jésus en Marie, et nous avons la joie de fêter ensemble cette solennité avec les supérieures de Congrégation religieuse, qu’on appelle la C.O.R.R.E.F. Mayenne, on se retrouve une fois par an et, cette année, cela tombe un 25 mars, c’est très bien en cette année de la Vie consacrée. Merci aussi à vous de nous avoir rejoint pour communier ensemble dans la prière.

 Vous savez : on a deux oreilles et une bouche, cela veut dire qu’il faut écouter deux fois plus que de parler. Saint Augustin, lui, trouve une troisième oreille, celle du cœur. Eh oui, Marie avait ces trois oreilles : Elle n’a pas dit grand’chose, Elle a surtout écouté, c’est l’Ange qui a parlé, mais quand l’Ange parle, il ne parle pas pour rien dire puisque c’est un Messager, il ne fait que transcrire ou traduire ce qu’il est envoyé dire.

Et le Père Guillaume de Menthière fait une très belle comparaison de cette Annonciation : il compare cela à une liturgie ; il dit que l’Ange, dans l’Apocalypse, s’appelle un prêtre, et que le prêtre, au début de l’assemblée, commence par dire : « Le Seigneur soit avec vous », comme l’Ange a dit à Marie, et tout le monde répond : « et avec votre esprit ! », vous êtes gentils. Et ce qui est arrivé à Marie, ce n’est pas rien. Là, il lui annonce qu’Elle va être mère ; alors là, elle est troublée, profondément troublée. Et nous, quand on entend du prêtre : « Le Seigneur soit avec vous ! », cela nous fait ni chaud, ni froid, c’est pour cela que l’Église demande de dire le « Je confesse à Dieu… », de nous mettre en condition. Alors il lui annonce la parole, la Parole de Dieu, l’évangile qu’on va entendre, si vous voulez. Alors, elle pose des questions, une question importante, Alors, la réponse de l’Ange, c’est l’homélie ; après elle dit : « Voici la servante du Seigneur », c’est l’offertoire ; puis l’esprit-Saint va arriver, c’est la consécration, le Seigneur s’incarne, pour nous, il faudra attendre un petit peu, ce sera la communion ; et puis ensuite, il y a ce « allez …, Ite, missa est », c’est-à-dire allez témoigner, comme Marie le fera auprès d’Elisabeth. Je crois que c’est une très belle méditation que nous offre le Père de Menthière, et je pense que c’est aussi comme cela qu’il nous faut le vivre : que le Seigneur vienne en nous pour … nous transformer, pour que nous ayons cette joie de Dieu. C’est le message de l’Ange : « réjouis-toi » ; et on a besoin, heureusement que le Pape François nous le rappelle, d’apprendre et redécouvrir la joie, la joie d’aimer et de servir.

Eh bien, entrons dans cette Eucharistie en confessant nos pauvretés, et puis notre péché…


Homélie : Les vocations ou les appels à une vie, un engagement gardent une fraîcheur tout au long de la vie, et on ne se lasse jamais d’entendre, de réentendre ce récit, cet appel, cette vocation, l’Annonciation.

La solennité de l’Annonciation est l’annonciation de l’Incarnation du Verbe fait chair. L’Incarnation est l’actualisation de l’Alliance de Dieu avec et dans l’humanité.

Toute alliance se fonde sur le consentement réciproque de deux personnes ; ainsi, le sacrement de mariage : « Je te reçois et je me donne à toi ». Il en est ainsi de la consécration religieuse.

Le jour de l’Annonciation, il y a donc un double consentement, deux oui se sont offerts : le premier, celui de Dieu en Jésus, par l’entremise de l’Ange et l’action de l’Esprit Saint : « Je me donne à toi ». Ce consentement résulte d’une volonté au sein même de la Trinité, une volonté d’amour et de vie offerte pour le salut. C’est ce que nous révèle la Lettre aux Hébreux : « Tu n’as pas accepté les expiations pour le péché (ou les péchés) ; alors, je t’ai dit : « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ». Et l’auteur nous fait comprendre qu’il s’agit d’un acte réparateur, sauveur. Cet acte est celui de la deuxième partie du consentement : « Je te reçois », « mon sort est lié au tien ! », « je me donne à toi et je te reçois pour que tu deviennes ce que je suis », divinisé !

Le deuxième oui, en réponse à ce don extraordinaire est celui de Marie dans l’innocence virginale et originelle. Elle est transparence de lumière, une lumière née de la lumière.

Ces deux consentements, celui du Verbe et celui de la Vierge se compénètrent, consommés dans un unique acte d’amour incarné. Le Verbe dans le sein de Marie et Marie dans la plénitude de l’Esprit Saint. La Parole de l’un devient la parole de l’autre : « Que tout se passe pour moi selon ta Parole ! » La Rédemption sera donc toujours de porter la volonté humaine à la pleine communion avec la volonté divine. Dieu veut avoir besoin de la liberté humaine pour l’épanouir dans le seul et vrai amour : don de Dieu et don de soi, bien sûr, dans la disproportion des consentements offerts et donnés entre Dieu et Marie, sa créature. Elle a répondu : « Je suis la servante du Seigneur ». Là se fonde son obéissance dans la foi qui consacre sa virginité qui est sa pauvreté offerte dont Dieu seul sera le trésor et la richesse, (virginité qui est) cet autre nom de l’Amour.

Selon la tradition et l’enseignement de l’Eglise, Marie représente l’image et le modèle de l’Eglise dont nous sommes les enfants, les membres, le Corps du Christ. C’est à travers nous, particulièrement (membres de) la vie consacrée, (c’est à nous qu’il revient) d’être le signe réel, lisible et visible de l’amour du Christ pour l’Eglise et pour le monde. Le plus beau témoignage, que nous pouvons offrir, est celui de notre fidélité, cette indissolubilité de notre unité, de notre charité, de notre fécondité et, bien sûr, celui de notre joie. Jean-Paul II a écrit que « le Christ se donne comme Sauveur dans le sacerdoce et comme époux dans la vie consacrée ».

Mère Marie de la Croix, dont nous avons entendu le témoignage de la vie, dans ses écrits sur les Sept paroles de Marie dans les Evangiles, dit ceci qui est très beau : « Marie, dans sa réponse, nous livre le plus profond de son cœur, réponse de soumission, d’humilité et d’abandon complet, avec cette spontanéité que donne l’amour’. » Dans le oui initial de l’Annonciation, se comprennent comme un approfondissement et un mûrissement tous les dialogues qui suivent entre Jésus et sa Mère, en vue d’une maternité portée à son achèvement dans l’Eglise. Tous ces dialogues : « mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ne savez-vous pas que je dois   être aux affaires de mon Père ? Faîtes tout ce qu’il vous dira. Quoi de moi à toi. etc… et puis au calvaire, voici ton Fils, voici ta Mère.

C’est un oui initial porté à son mûrissement, à son accomplissement en vue d’une fécondité. Et c’est bien ce que nous renouvelons chaque jour dans l’Eucharistie lorsque le prêtre (appelé « l’ange du Seigneur » dans l’Apocalypse) prononce ces paroles : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », notre réponse, notre consentement nous fait dire : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

En cette année de la vie consacrée, renouvelons, par le Cœur de Marie, notre offrande, en communion d’amour au Seigneur ! Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le lundi de Pentecôte 25 mai 2015
Lundi de Pentecôte, de la 8ème semaine du Temps Ordinaire


Lectures du lundi de la 8ème semaine du Temps Ordinaire : Siracide 17,24-29 ; Psaume 31 ; Marc 10,17-27.


Introduction à l’Eucharistie : … les amours en forgeant notre unité intérieure, en nous orientant vers le Christ Seigneur, en confessant sa gloire. Demandons au Seigneur par Marie ce cœur vigilant, ce cœur embrasé d’amour et de charité, afin de témoigner par notre vie quelque chose de cet Esprit de Dieu.

Demandons pardon au Seigneur pour toutes nos impuretés, pour notre péché.


Homélie : L’Esprit-Saint repose sur Jésus et cela transparaît dans son attitude, dans l’expression de son cœur et nous en avons aujourd’hui une illustration car ce que le Seigneur veut, c’est nous donner son Esprit, un Esprit de sainteté, c’est-à-dire un chemin qui s’ouvre dans l’espérance, dans la foi, dans la vie de Dieu.

Au moment où Jésus se met en route, voici un homme empreint de toute l’assurance que confère la possession des grands biens et de cet air de droiture qu’imprime en lui une vie assurée, scrupuleusement respectueuse de la Loi de Dieu. « Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ?» D’emblée, la question est allée à l’essentiel. Spontanément, il a trouvé l’attitude juste, lui qui a couru vers Jésus et s’est jeté à genoux devant lui. Et comme éclairé par une lumière intérieure, il donne au Christ le titre le plus juste qui soit, porteur en secret de toute une révélation dont, bien sûr, il ignore la portée, en lui disant ce que personne ne lui a encore dit : Bon Maître. Nous comprenons que Jésus plus encore touché par le titre qu’il lui donne, que par la question qu’il lui adresse, lui répond d’abord par une question : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Est-ce que tu as conscience du titre que tu me donnes ? » Un silence suit. Voudrais-tu reconnaître en moi toute la dimension de ma divinité, nul n’est bon que Dieu seul, en effet. Mais l’homme se tait. Il faudra que passe sur Jésus toute la lumière de la Résurrection pour que Marie-Madeleine reconnaisse et confesse en Lui le véritable Rabbouni, le Fils du Père, l’égal de Dieu, le Maître, source de toute bonté.

« Maître, répondit l’homme, les commandements de Dieu, je les ai observés dès ma jeunesse. » L’humilité, c’est la vérité, et la vérité, Jésus la voit dans ce cœur droit et cette âme limpide.

Si nous savions le regard que Dieu sait porter sur une vie juste et fidèle. Si nous savions le regard plein de tendresse que le Seigneur se plaît à accorder à ceux qui aiment sa Loi. « Heureux cet homme-là qui se plaît dans la Loi du Seigneur et murmure jour et nuit sa Loi. » C’est la prière du psaume. « Jésus le regarda et l’aima. » Le poids de ce regard, qui pèse sur chacun de nous, nous dit quel est le prix du don Dieu qui fait la joie de Dieu dans la droiture de notre vie, la laisse chanter dans son regard.

Mais le Seigneur ne se contente pas de nous aimer, il veut aussi que nous soyons parfaits. « Si tu veux être parfait, va, vends, donne aux pauvres, viens et suis-moi ».

Ces cinq verbes jalonnent les cinq marches de la perfection que nous pouvons gravir seulement avec l’aide de l’Esprit Saint. Trois pour nous conduire au détachement, va, vends, donne, et deux pour nous lier par un attachement : viens et suis-moi.

Pour s’attacher au Christ, il faut avoir le cœur libre. Pour acquérir la liberté, il faut savoir partir, se séparer, distribuer. Pour partager la vie, il faut s’approcher du Christ sans projet et marcher avec Lui. Oh, Dieu sait combien il a été question de projet de vie ! Quelle erreur ! Mais une seule chose te manque, c’est qu’apparemment, rien ne te manque. Il te manque « que rien ne te manque ». Tu es riche de l’illusion de tes biens, pour autant cet homme riche n’est pas blâmé. Celui que Dieu aime, il ne le condamne pas, il l’appelle, il l’invite et il attend.

Cet homme va sentir monter en lui la tristesse, non parce que Jésus l’aurait blâmé, non parce qu’il aurait manqué de droiture mais parce que le fardeau, tout ce qui encombre ses bras, finit par oppresser son cœur.

Il pèse sur notre être le poids finalement bénéfique de cette tristesse par où pourra venir un jour le salut. C’est peut-être elle qui le sauvera.

Nous entendons bien saint Augustin qui a connu cela nous rappeler : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi. »

Eh bien, le Seigneur, pour nous aider, nous a donné Marie. Marie qui s’est attachée, qui a attaché son cœur au Seigneur parce qu’elle n’avait rien, elle n’avait rien. Son tout, c’était Dieu.

Eh bien, demandons à Marie de comprendre quelque chose de l’Amour de Dieu pour nous en implorant pour nous l’Esprit Saint qui nous conduira à la pleine vie et déjà par cette Eucharistie. AMEN.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Dimanche  31  mai 2015
Solennité de la TRÈS SAINTE TRINITÉ


Deut 4, 32-40 ; Ps 32 ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20.


Introduction à l’Eucharistie : Nous célébrons, nous chantons, nous fêtons le Père, le Fils et l’Esprit Saint, c’est la solennité de la Trinité. C’est une grande solennité et il n’y a pas de dimanche particulier où l’on fête le Père, et aujourd’hui on fête le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Et nous le fêtons chaque jour lorsque nous traçons sur notre corps le signe de Croix. Nous le faisons au début de chaque prière et lorsque nous terminons chaque prière. Lorsque sur notre chemin nous rencontrons un calvaire, on se signe du Signe de la Croix, au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Oui, le Père, le Fils et l’Esprit Saint nous sont bien présents, et nous sommes en eux.

Et c’est aujourd’hui aussi la fête des Mères. Eh bien un jour, il y une maman qui apprend à faire le signe de Croix à son enfant de 4 ans, elle lui fait répéter, et vous savez c’est quelque chose qu’il faut faire, les parents, parce que je rencontre souvent des enfants, même au sacrement de réconciliation, qui ne savent pas faire le signe de la Croix, parce que peut-être les parents ne le leur ont pas appris… je ne sais pas, eh bien voilà, c’est très important. Alors elle montre à son enfant : on fait Au nom du Père, sur le front : Au nom du Père, c’est le Père qui nous donne la foi, et du Fils, c’est le lieu de l’Incarnation, et du Saint Esprit. L’enfant répète bien : Au nom du Père, et du Fils, mais il tique sur le Saint Esprit. Il ne comprend pas. Alors il pose la question à sa maman. Mais, je comprends bien papa, le Père, le Fils… mais où elle est la maman ? Eh bien, la maman elle a une place spéciale. C’est elle qui apprend à faire le signe de la Croix et Dieu a eu besoin de Marie. C’est aussi notre mère. Eh bien, prions, oui, l’Esprit Saint pour qu’il nous aide à entrer dans ce mystère de communion, d’amour et de Vie, par la Vierge Marie.

 C’est aussi la fête de la Visitation, mais c’est la Trinité qui prime.

 Nous sommes heureux d’accueillir parmi nous notre famille spirituelle, les Messagers, les Sœurs, avec Mère Marie de Saint Michel, et puis, une équipe Notre Dame qui est là, de la Sarthe. Voilà. Tous ensemble, entrons dans cette Eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs et que nous avons besoin de l’amour du Père, du Fils et l’Esprit Saint.


Homélie : Chers Frères et sœurs, nous avons bien entendu la recommandation de Jésus : « Apprenez-leur… » Il s’adresse bien sûr à ses disciples qui recevront l’Esprit Saint. Jésus leur a révélé le Père et l’Esprit Saint : « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai appris. » Pour apprendre par le cœur ce que le Seigneur nous a appris, il faut connaître les personnes : connaître le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Et comment connaît-on le Père, le Fils et l’Esprit Saint ? Je crois que c’est un travail, ou plutôt une recommandation qui peut être faite aux parents. Apprenez-leur à connaître le Père, le Fils et l’Esprit Saint en apprenant à faire le Signe de la Croix à vos enfants. C’est très inquiétant, enfin, préoccupant de voir des enfants qui ne savent pas faire le Signe de la Croix. Que savent-ils du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, qu’en perçoivent-ils ? Que connaissent-ils ? Mais si vous voulez, on peut essayer de réfléchir un petit peu à cette relation, parce qu’une relation, c’est une vie. Relation de Dieu d’abord en Dieu et puis nous, par rapport à Dieu.

 « Nous proclamons notre foi au Dieu éternel et véritable, nous adorons en même temps chacune des personnes, leur unique nature, leur égale majesté ». C’est une phrase que l’on trouve dans la préface de la Messe. Toute la liturgie chante la gloire de Dieu en chœur avec les saints et les anges. La fête du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, c’est aussi au Ciel et nous communions avec les saints et les anges dans cette fête, cette reconnaissance et c’est justice. Déjà Moïse nous l’enseigne dans le passage du Deutéronome : « Sache donc aujourd’hui et médite cela dans ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. » Donc la fête du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, la Trinité, eh bien, nous la vivons en même temps que le Ciel.

 Posons-nous la question : de quelle manière le Père, le Fils et l’Esprit Saint nous sont présents ? car il s’agit de rendre présents. Ils sont bien présents, mais d’en prendre conscience.

Si le Seigneur envoie ses disciples évangéliser toutes les nations en leur promettant : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », c’est donc que le Seigneur a une manière et une raison d’être présent à ses disciples. L’Eucharistie que nous célébrons nous en donne le sens et le chemin dans l’élévation du Corps et du Sang du Seigneur, lorsque le prêtre proclame : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à toi, Dieu le Père Tout puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, dans les siècles des siècles ! » Et nous répondons tous : « Amen ».

Si Dieu est « la Vie » et « l’Amour », qu’y a-t-il d’étonnant d’employer quatre petites prépositions qui nous donnent de connaître peut-être en profondeur, le Père, le Fils et l’Esprit Saint : quatre petites prépositions : « par, avec, en et pour » afin d’exprimer le mystère de Dieu ? Arrêtons-nous sur ces prépositions. Quatre prépositions familières qui sont permanentes dans les écrits de Saint Jean et de Saint Paul pour dire « Dieu est Amour ». Dieu est donc relation entre deux personnes qui s’aiment tellement qu’elles vivent complètement l’une « par, avec, en, et pour l’autre ». Et L’Esprit Saint qu’en est-il ? Eh bien, précisément, c’est Lui qui est la « Relation » elle-même ! C’est Lui le « par, avec, en, pour » en personne ! Vivre ces quatre mots qui disent l’Amour, ce n’est pas moins vivre l’expérience de l’Esprit Saint. L’Evangile nous révèle, entre Jésus et son Père, une intimité inouïe qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Jésus vit par son Père : « Envoyé par le Père qui est vivant, moi je vis par le Père » (Jn 6, 57). Jésus vit aussi avec Lui : « Celui qui m’a envoyé est avec moi, Il ne m’a pas laissé seul » (Jn 8, 29). Et surtout, Jésus et son Père vivent parfaitement l’un dans l’autre. « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn 17, 21). Enfin Jésus vit pour son Père. Il est tourné vers Lui depuis toute éternité » (Jn 1, 2), il vient de Lui et il retourne vers Lui. (Jn 16, 28), et surtout Jésus vit pour Lui en cherchant la gloire de son père et non la sienne » (Jn 8, 50) Tout cela se trouve dans l’Evangile.

Eh bien, comment partageons-nous cette intimité divine ?

Cette intimité inouïe, merveilleuse avec son Père qui dépasse toute conception humaine, Jésus aurait pu la garder pour lui. Mais voici qu’en nous envoyant l’Esprit Saint, en le répandant dans nos cœurs, il nous appelle à la partager ! Voilà bien la révélation ineffable, la vocation merveilleuse de l’Eglise, de Marie, et de l’humanité tout entière ! Jésus nous envoie son Esprit pour vivre lui-même avec nous et en nous, afin que nous, nous puissions vivre « par, avec, en et pour lui ». C’est un peu comme si Jésus nous disait : « Si tu vis par moi, puisque moi, je vis par le Père, toi aussi tu vivras par le Père ». « Si tu vis en moi et moi en toi, puisque moi je vis dans le Père, toi aussi tu vivras dans le Père ».

Nous voici donc appelés, quelque pauvres pécheurs que nous soyons, à partager l’intimité merveilleuse que Jésus vit avec son Père ! Nous sommes appelés à vivre ainsi, mais raisonnablement y pensons-nous ? Soyons vrais, le croyons-nous? Si déjà nous sommes incapables par nous-mêmes d’accueillir Jésus dans notre cœur, comment ferons-nous pour vivre « par, avec, en et pour lui » ?

Mais la Providence dans la convergence liturgique de la Solennité de laTrinité vient à notre secours par la discrétion de la fête de la Visitation. Comme Elisabeth et Zacharie ont accueilli et fait entrer le bonheur dans leur maison par Marie, la demeure de Dieu, il nous faut accueillir nous-mêmes Marie cette porte d’entrée de Dieu dans notre demeure. C’est elle qui l’accueillera en nous, dans son cœur très pur, immaculé. Maintenant qu’il ne s’agit plus seulement d’accueillir mais de partager la vie de Jésus, de ne faire qu’un avec lui, en vivant « par lui, avec lui et en lui », c’est encore vers Marie que nous nous tournons, elle qui a reçu la plénitude de la grâce en devenant la demeure de Dieu. Au cœur de l’Eglise et pour elle, la Mère de Jésus est cette créature bénie qui a reçu par grâce d’être parfaitement unie à son Fils, de vivre dans le plus total abandon par lui, en lui et pour lui.

Eh bien, quelle est cette personne qui nous fait aimer en vérité la Trinité ?

Il faut se rappeler l’Encyclique de Jean-Paul II - c’est vrai que ça date un petit peu - mais une encyclique c’est toujours permanent - l’encyclique de Jean Paul II sur la Mère du Rédempteur, dans laquelle il dit que : « l’Eglise en la personne de la Bienheureuse Vierge, atteint déjà la perfection qui consiste à vivre totalement uni au Christ. C’est pourquoi les fidèles lèvent les yeux vers Marie comme le modèle des vertus qui rayonnent sur toute la communauté des élus ». Nous unir à la Vierge Marie en vivant « par elle, avec elle, et en elle », c’est peut-être  encore plus que lever les yeux vers elle, c’est nous laisser envahir par son Esprit qui n’est autre que l’Esprit Saint, c’est communier à sa vie qui est Jésus.

Bien sûr, vivre « par Marie, avec elle et en elle », c’est accepter d’en dépendre. Mais sur ce chemin de la dépendance de Dieu ne nous a-t-il pas précédés ? N’est-ce pas lui qui nous a donné l’exemple ? Il aurait pu se passer de Marie. Elle ne lui était absolument pas nécessaire et pourtant, c’est en elle et par elle et d’elle, que le Père nous a donné son Fils, que le Fils s’est livré entre nos mains, et que l’Esprit qui l’a fait naître continue de le former aujourd’hui dans tous ses membres que nous sommes.

Essayons de réaliser le poids de dépendance et d’amour, la profondeur d’humilité divine que ces petites prépositions représentent. Il y a bien des moments dans nos vies et nos journées où nous sommes au centre de ce mystère d’amour. Quand nous célébrons l’Eucharistie, au moment même où nous affirmons notre dépendance totale par rapport au Christ, en proclamant : « Par lui, avec lui et en lui, tout honneur et gloire… », Lui, Jésus, accepte librement de dépendre de l’Eglise et se remet entre nos mains. Le chemin de Marie que Dieu, lui-même, a pris le premier, pour venir vers nous, n’a d’autre but que de nous aider à mieux prendre le chemin de Jésus qui nous conduit au Père dans la communion de l’Esprit Saint.

En contemplant la vie de Marie, comprenons que le Père et le Fils s’aiment dans l’unité de l’Esprit Saint, qu’ils vivent complètement l’un par l’autre, l’un avec l’autre, l’un en l’autre, l’un pour l’autre, et nous comprenons ainsi de quel amour nous sommes aimés.

Eh bien, redisons notre foi, notre amour, au Père, au Fils et à l’Esprit Saint en chantant un gloria : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.


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HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR ÉMILE MARCUS, archevêque émérite de Toulouse,
EUCHARISTIE du Dimanche  7  juin 2015
Solennité du SAINT-SACREMENT, du CORPS ET DU SANG DU SEIGNEUR


Introduction à l’Eucharistie par le Père Prieur : … En ce jour où nous venons célébrer la solennité du Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, qu’on appelle la Fête-Dieu, jour de joie et de grâce, nous accueillons, pour nous aider à célébrer dignement cette fête, Mgr Emile Marcus, archevêque émérite de Toulouse.

 Merci, Monseigneur, de nous avoir rejoints ; vous êtes arrivé hier, vous avez salué les bénévoles, tous ceux qui nous ont aidés à préparer cette fête. Vous avez rencontré aussi les scouts et les guides et vous avez pu partager avec eux, voilà, sur votre vie aussi.

 Merci, Monseigneur, d’être parmi nous. Permettez-moi de rappeler ce que vous avez été et ce que vous êtes. Vous êtes prêtre, évêque, vous avez œuvré toute votre vie à la formation des jeunes et des prêtres ; vous avez été professeur et supérieur de plusieurs séminaires prestigieux : séminaire de la Mission de France, séminaire Saint Sulpice d’Issy-les-Moulineaux et aussi de l’Institut catholique de Paris. Vous avez été évêque auxiliaire de Paris, évêque de Nantes. Vous avez été longtemps aussi Vice-Président de la Conférence épiscopale des évêques de France puis archevêque de Toulouse, et depuis 2007 vous êtes aumônier de la Maison-Mère des Petites Sœurs des pauvres à Saint-Pern en Ille-et-Vilaine et vous accompagnez l’équipe animatrice et les jeunes dans leur formation, à la Maison Charles de Foucauld qui a pour but d’accueillir des jeunes du Grand-ouest en discernement de vocation sacerdotale et de leur donner de vivre une année de fondation spirituelle.

 Serviteur du Christ et de son Eglise, aidez-nous Monseigneur, à entrer dans la contemplation du mystère de l’Eucharistie et à en vivre profondément.


Réponse de Mgr Marcus : Je vous remercie de votre accueil, Père, je suis heureux d’être parmi vous, en ce lieu, pour célébrer la fête du Corps et du Sang du Seigneur.


Homélie de Mgr Marcus : « Soif de vivre ! » C’est le titre d’une chanson de l’une des idoles de la jeunesse qui continue d’ailleurs aujourd’hui de l’enchanter. Que vaut la chanson ? Peu importe, mais le titre est génial : « Soif de vivre » : c’est bien ce qui nous caractérise : la faim d’exister. Comment est-ce que dans notre société contemporaine, et nous en faisons partie, nous en sommes ? Comment est-ce que l’on apaise cette soif de vivre ? Il y a le savoir, la fascination du savoir. Jamais, jusqu’à présent dans l’histoire du monde, on a découvert à une telle vitesse tant de choses nouvelles, plus passionnantes les unes que les autres.

 Il y a le savoir et il y a le pouvoir, mon Dieu, l’ivresse du pouvoir ; il suffit de voir les femmes et les hommes qui ont des responsabilités importantes où que ce soit, ou même une petite responsabilité que nous avons les uns et les autres, pour savoir combien nous en sommes dépendants, à quel point nous y sommes attachés…

 Le savoir, le pouvoir et puis le confort, le plaisir, l’argent. Ces mots que je viens de prononcer ne désignent pas du tout des choses qui sont perverses, ce sont les choses de la vie. Le savoir est enviable, le pouvoir, il faut accepter quand on vous le donne, le confort et le plaisir de la vie, bien sûr. Cependant, il y a une limite dans ces choses pour répondre à notre soif de vivre.

 Un souvenir, je l’évoque, d’un grand savant, un astronome de grande réputation, et qui fut doyen de la faculté des sciences et puis qui est devenu prêtre, presque sur ses vieux jours. Je le connaissais bien, je l’aimais beaucoup, je l’admirais et un jour je lui ai posé la question : « Mais avec la science qui est la vôtre – et cet homme était passionnant à écouter parce qu’il savait chercher à interpréter et à comprendre, à trouver le sens de toutes ces choses qui concernent les étoiles et l’organisation du ciel qui suscitent un tel émerveillement – et il m’a répondu ceci, il m’a dit :  « J’ai été comblé par la science mais il me manquait toujours quelque chose : Jésus, le Christ. » : Que nous apporte Jésus le Christ par rapport à notre soif de vivre, à notre faim d’existence ? Eh bien, disons-le simplement et beaucoup de nos contemporains le pensent, même ceux qui ont de l’estime pour Jésus Christ, comme ceux qui reconnaissent que c’est un sage immense qui a éclairé l’humanité, il est profondément déficient. Que nous apporte Jésus, le Christ, au niveau du savoir ? Il n’a fait aucune découverte, il était extrêmement modeste. Que nous a-t-il apporté au niveau du pouvoir ? Il l’a récusé ; on voulait le faire roi parce qu’on voyait en lui un sage qui aurait certainement pu conduire le peuple d’Israël vers sa prospérité et vers son approfondissement religieux ; il était le Messie, on l’avait reconnu. Il n’a pas voulu du pouvoir. Quant au confort et aux plaisirs de l’existence, non pas qu’il les ait méprisés ou dépréciés, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne courait pas après.

 Qu’a-t-il donc apporté pour répondre à notre soif de vivre ? Le Pain de vie ; et en ce jour de fête du Corps et du Sang du Christ, il nous faut faire une sorte de bilan. Que nous procure l’Eucharistie du Seigneur ? Que représentent dans notre existence son Corps et son Sang qui nous sont donnés dans la célébration eucharistique et qu’ensemble nous venons offrir parce qu’il y a là son sacrifice par lequel il sauve le monde ? Il faut que je trouve une réponse à cette question-là en quelques instants. Je vais emprunter celle du Pape Benoît XVI en évoquant la circonstance dans laquelle il s’est exprimé avec une puissance et une justesse extraordinaires à ce sujet. C’était en 2005, les JMJ, Journées Mondiales de la Jeunesse, à Cologne, exactement à Marienfeld, au cours de la messe, une grande prédication qui, certes, a été longue, sur l’Eucharistie. Il a présenté le Mystère du Christ et son Eucharistie comme une série de transformations. Il parlait à des jeunes et il savait que ce concept de transformations pouvait fortement les intéresser, qu’y a-t-il de plus passionnant aujourd’hui que de transformer tout ce qu’on peut transformer ?

Première transformation : un acte d’une violence inouïe, la crucifixion de Jésus, comme un malfaiteur, sans qu’on ait jamais trouvé la moindre chose qu’on pourrait lui reprocher, qu’il transforme en un acte d’amour d’une portée infinie, puisqu’en mourant sur la croix, il sauve le monde.

 Deuxième transformation : Sur le point d’être conduit à son supplice, il fait ce repas appelé la Cène, la Sainte Cène au cours de laquelle il prend du pain et dit : C’est mon Corps ; ll prend du vin et dit : « C’est mon Sang » ; et bien sûr, le corps, le sang, ça évoque la mort qu’il allait subir. C’est la deuxième transformation, elle est inouïe, il ne faut pas chercher à l’expliquer, il faut l’accueillir telle qu’elle nous est dite. C’est du pain et puis, c’est son Corps.

 Troisième transformation : Nous sommes invités, comme les disciples l’étaient tout les premiers, à manger ce pain, à boire ce vin pour qu’il nous transforme, nous, et voilà le cadeau qui nous est fait. Il n’est pas de l’ordre du savoir, il n’est pas de l’ordre du pouvoir, il n’est pas de l’ordre du plaisir, quelque légitime qu’il puisse être, c’est notre transformation pour que nous devenions un peu de ce qu’il est, le plus possible de ce qu’il est avec cette richesse inouïe qui rayonne de sa personne parce qu’il est le Fils de Dieu.

Quatrième transformation : Nous accueillons le Christ au cœur de notre existence si nous le laissons nous transformer. Voilà que nous avons la merveilleuse possibilité de transformer autour de nous, transformer notre entourage. Le chrétien a toujours cette possibilité de rendre témoignage à l’Evangile et d’inviter autour de lui, ne serait-ce qu’une personne ou deux personnes, dans sa famille, autour de lui, dans ses relations, là où il étudie, là où il travaille… Le rayonnement des chrétiens fait que l’Eglise, alors tantôt avec de grandes difficultés et beaucoup de peine, parfois avec un immense succès, transforme la société, là où véritablement chacun s’y attache et y travaille. Voilà ce que nous fêtons aujourd’hui, le Corps du Christ, le Sang du Christ qui nous sont rendus accessibles, qui nous sont offerts si du moins notre cœur est purifié pour que nous puissions nous en approcher, pour que s’opère cette chaîne de transformations pour la gloire de Dieu.

Il y a des enfants dans l’assistance, je voudrais recommencer mon sermon, mais rassurez-vous, ça va être bref, en vous racontant une petite séquence de catéchèse dont j’ai gardé un souvenir très vivant et merveilleux. Nous avions regardé avec les enfants du catéchisme un petit film italien que peut-être d’ailleurs tel ou tel parmi vous peut connaître, mais il est ancien, dont le titre était « Marcelino pan y vino ». Marcelino, le nom d’un petit garçon orphelin que les moines d’un monastère avaient accueilli en attendant qu’on lui trouve une famille d’accueil et l’enfant vivait quelque temps dans ce monastère où il circulait très librement. A force de circuler dans le monastère, il avait grimpé jusque dans un grenier où il avait pénétré, et là, il avait découvert une grande croix avec, dessus, le Christ crucifié ; une croix dont on n’avait plus l’usage et qui était posée à cet endroit. La première fois, il a eu peur, puis il est revenu, intrigué par cette croix. Et puis il parlait avec ce Jésus. Le visage de Jésus était douloureux mais il était doux. L’enfant se mettait à aimer Jésus sur sa croix. Et puis, un jour, une idée lui a traversé la tête : il s’est dit : mais il est trop seul, personne ne s’occupe de lui, il faut que je fasse quelque chose, et d’abord il faut qu’il mange. Il est allé dans le réfectoire des moines s’emparer d’un peu de pain et furtivement il est allé porter le pain au pied de ce crucifix. Et puis le film se poursuivait. Après la projection du film, nous parlions avec les enfants et l’un d’entre eux avec tout son bon sens a dit : mais tout de même ce pain, il ne l’a pas mangé, à quoi a-t-il pu servir ? Et c’est une maman catéchiste qui se trouvait là qui spontanément a pris la parole ; elle lui a dit en même temps qu’à tous les autres enfants : Je vais expliquer : c’est comme à la messe, on apporte du pain, on apporte aussi un peu de vin devant la croix du Christ, sur l’autel, et ce n’est pas le Christ qui va manger le pain, mais il va nous le rendre, et ce pain, c’est lui, lui qui est capable de nous communiquer sa vie dans toute sa splendeur.

Voilà ! C’est cela que nous fêtons aujourd’hui. Le pain que nous offrons à Dieu et que nous avons fabriqué et que le Christ prend pour nous donner sa vie.


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HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR ÉMILE MARCUS, archevêque émérite de Toulouse,
VÊPRES-PROCESSION  du Dimanche  7  juin 2015
Solennité du SAINT-SACREMENT, du CORPS ET DU SANG DU SEIGNEUR


Ceci est un souvenir d’un jour de Procession du Saint Sacrement à Lourdes : j’avais porté le Saint Sacrement, et puis après la célébration, quelqu’un s’approche de moi et me pose la question : « Qu’y a-t-il donc à voir ? Qu’y a-t-il donc à voir à travers l’hostie insérée dans l’ostensoir ?» C’était un chrétien, mais il avait été étonné sans doute par la manière dont moi-même je regardais cette hostie en portant l’ostensoir ; peut-être aussi avait-il été impressionné par ces regards multiples qui se portent avec intensité sur l’hostie quand on fait cette procession. Qu’y a-t-il donc à voir ? Qu’allons-nous chercher à voir tout à l’heure, alors qu’à plusieurs reprises, sans doute, durant cette procession, avec les arrêts près des reposoirs, nous regarderons l’hostie.

Je voudrais vous dire en deux mots ce que j’y vois, moi. Mais c’est à chacune, chacun d’entre vous de répondre à cette question. Nous ne pouvons pas suivre un tel cortège simplement comme si nous faisions une promenade.

Ce que j’y vois, c’est d’abord la force que donne la participation à la messe et la communion eucharistique, la force que cela donne aux disciples de Jésus tout au long de leur vie. C’est là une vision qui s’impose à moi. Combien de fois, dans telles et telles circonstances, j’ai vu que des personnes, qui pouvaient être affaiblies par l’âge, la maladie ou éprouvées par quelque épreuve que ce soit, puisaient dans le regard vers cette hostie qu’ils avaient eux-mêmes reçue, avaient communié, combien de fois ai-je vu des groupes humains, des familles, des groupes de paroisses, des personnes dévouées à l’Eglise rencontrant des difficultés ou simplement qui subissaient l’usure parce que nous ressentons l’usure inévitablement, y compris dans nos engagements les plus convaincus, combien j’en ai vu qui, meilleurs, ressuscitaient en recevant le Corps du Christ, en regardant cette hostie.

La célébration de la messe est toujours extrêmement impressionnante et c’est cela que je vais voir en regardant l’hostie. Les assemblées eucharistiques immenses, celles de la place Saint Pierre à Rome, des grands rassemblements lorsque le Pape vient dans un pays, les eucharisties pour plusieurs millions de jeunes du monde entier à travers les JMJ, mais aussi les eucharisties toutes simples d’une paroisse et puis les eucharisties minuscules, presque cachées, très pauvres d’expression quelquefois…, un prêtre qui doit célébrer à une heure très matinale pour une raison quelconque et qui se retrouve quasiment seul dans l’église, c’est la même eucharistie... Ces temps derniers, on a fait mémoire des persécutions nazies, de tout ce qu’elles avaient représenté pour celles et ceux qui en ont été les victimes. Il faut se rappeler que des prêtres, partis avec des ouvriers, qui étaient déportés en Allemagne, célébraient l’eucharistie… On a des récits étonnants de ces eucharisties. Il en est une qui, j’en suis sûr, j’ai connu la situation, a été célébrée dans un couvercle de boîte de cirage avec 3 gouttes de vin, des miettes de pain… C’est la même  eucharistie. Et ce que l’on voit, c’est la puissance qui s’en dégage pour permettre à des disciples du Seigneur, en toutes circonstances depuis les plus exaltantes jusqu'aux plus angoissantes, de trouver une force. Cela, c’est le Christ au présent, dans son Eucharistie.

Mais en regardant l’hostie, on peut penser aussi à ce qui précède, à ce qui fut à l’origine. D’où vient-elle cette célébration eucharistique ? Elle vient de la Cène du Seigneur, le jour où il prit le pain et il dit à ses disciples : ceci est mon Corps, et il prit la coupe de vin, ceci est mon Sang. Ceux qui étaient là ont vu les mains du Christ prendre ce pain, le partager, prendre cette coupe et la passer afin que les uns et les autres boivent à la même coupe. Et ces mêmes mains, qu’ils regardaient quelques moments plus tard, allaient être crucifiées, son Corps fixé à la croix allait sauver le monde.

Cela c’est l’origine de l’Eucharistie. Les mains du Christ qui se donnent pour le partage et qui se donnent d’une double manière indissociable pour le partage, en donnant le pain qui est devenu son Corps, en passant la coupe, de ses mains qui sont percées sur la croix. Cela, c’est le Christ hier. Et puis, il n’y a pas que le strict moment de l’institution de l’Eucharistie et de son sacrifice, il y a toute sa vie, tant et tant de paroles dites, en particulier autour des multiplications des pains, pour faire comprendre qu’il ne serait pas simplement une sorte de bienfaiteur de l’humanité, nous apprenant à partager ce que nous avons pour que personne ne soit trop malheureux et que se fasse l’unité des populations humaines, mais celui qui voulait donner sa vie.

Et puis il y a un troisième regard : quand on voit cette hostie et qu’on fixe son attention, il faut aussi percevoir le Christ qui revient, car il a promis cela : « Je vous reverrai » C’était une promesse qu’il a faite avant de mourir à ses disciples, particulièrement à ses apôtres, mais c’est une promesse qui allait plus loin, qui nous concerne, qu’il nous faut entendre à chaque fois que nous participons à l’Eucharistie. Le Pape Benoît XVI était particulièrement attentif au sujet de l’Eucharistie à nous dire : n’oubliez pas, le Christ est présent aujourd’hui dans son Eglise. Nous nous souvenons de lui. L’institution de l’Eucharistie et ce qu’il a été à tout jamais pour le monde entier et tout au long des temps, c’est son histoire en ce monde ; n’oubliez pas son retour : à chaque célébration eucharistique, le Christ revient. Le Christ ne cesse de nous montrer qu’en montant vers son Père et dans sa gloire, il ne nous a pas quittés. Il y a loin entre ce retour du Christ que nous célébrons dans chaque Eucharistie et puis les annonces de la fin du monde romancées, ces récits fantastiques, souvent tout à fait fantaisistes, alors que le retour du Christ sera cette rencontre avec Lui infiniment heureuse, dans laquelle chacun se sentira regardé en vérité, selon ce qu’aura été sa vie, pour être dans son Royaume ; notre prière accompagne sans arrêt ce monde entier pour que personne ne se perde.

Il y a dans le livre de l’Apocalypse une expression pour parler de Jésus qui revient à plusieurs reprises : le Christ qui est, qui était et qui revient. C’est ce que je vous invite à garder présent à l’esprit pour voir cette hostie, pour fixer votre regard sur cette hostie. C’est la Fête-Dieu, la Fête Dieu qui sort même du lieu où on célèbre l’Eucharistie pour que tout le monde comprenne bien, c’est pour que l’œuvre de Dieu, c’est pour que la venue du Fils de Dieu en ce monde pour nous sauver, soit publique. Cette sortie que nous allons faire avec le Saint Sacrement, c’est le symbole de ce que doit être la vie de l’Eglise : le Christ, il est, il était, il revient, et cela pour nous-mêmes et pour le monde.

Voilà ce que je vous propose comme élément de regard contemplatif sur ce qu’ensemble nous allons regarder, sur quoi nous allons fixer notre attention, vers quoi nous allons diriger toute notre capacité d’aimer le Corps du Seigneur.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Vendredi 12 juin 2015
Solennité du SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS


Introduction à l’Eucharistie :  Par ton Cœur transpercé, tu donnes la vie, tu donnes l’Esprit. La vie véritable, la vie fondamentale, la seule vie qui vaille, nous est donnée par le Cœur ouvert de Jésus, par le Cœur transpercé de Jésus, la vie divine ! C’est pour cette vie que nous sommes faits. Et cette vie est un cadeau, un cadeau de la miséricorde du Cœur du Père qui s’exprime à travers le Cœur transpercé de Jésus. Eh bien, livrons-nous à cet amour, livrons-nous à l’Esprit qui nous est donné à profusion par le Cœur de Jésus. Laissons-nous réconcilier par Jésus avec notre Père. Demandons-lui humblement le pardon de tous nos péchés.

 

Homélie : Le Cœur de Jésus nous révèle l'Amour du Cœur de Dieu. De par son Incarnation, l'Amour du Cœur de Jésus nous donne de voir, de toucher, de sentir quelque chose de l'Amour contenu dans le Cœur du Père, « Qui m'a vu, a vu le Père », dit Jésus.

 Déjà dans l'Ancien Testament, nous est révélé l'amour passionné de Dieu pour son Peuple. A travers le prophète Osée, Dieu nous dit combien il aime son Peuple. Il aime Israël d’un amour viscéral, il aime Israël comme une mère aime son enfant, lui prodiguant les soins dont il a besoin, lui apprenant à marcher, le soutenant de ses bras, le soulevant tout contre sa joue, avec la plus tendre affection.

 Mais le drame est qu'Israël ne comprend pas cet amour et refuse de revenir au Seigneur.

 Combien de parents connaissent cette blessure intime du cœur, tellement douloureuse, lorsque leur amour n'est pas compris par leurs enfants, lorsque les enfants ne se rendent pas compte du prix que cet amour a coûté au Cœur de ces parents, qu'ils l'interprètent de travers, et que les parents ne reçoivent en retour qu'ingratitude et éloignement, indifférence ou affronts.

 Eh bien, c'est une douleur de cet ordre que nous infligeons au Cœur de Dieu chaque fois que nous négligeons son Amour, voire que nous le méprisons ou l'offensons ouvertement.

 Cette attitude des enfants ingrats est injuste, et une telle blessure infligée à un cœur de père ou de mère suscite une montée d'indignation et de colère. L'ardeur de la colère monte au cœur de Dieu lorsque nous l'offensons. Mais Dieu, précisément parce qu’il est Dieu, transforme cette colère en un débordement de miséricorde : « Mes entrailles frémissent, » dit le Seigneur, « Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère (…) car moi, je suis Dieu et non pas homme. »

 Cette miséricorde de Dieu qui pardonne, qui sauve est le plus grand mystère que Dieu a tenu caché depuis toujours ; même les anges n'ont pas eu accès à cette connaissance de la Sagesse de Dieu. Et saint Paul nous dit que c’est dans le Christ et à travers le ministère de l’Eglise, que ce dessein de miséricorde de Dieu est révélé aux hommes, et aux anges eux-mêmes.

 Cet amour de miséricorde s'est montré à nos yeux et s'est offert dans la personne de Jésus. Cet amour s'est exprimé par la folie de la Croix : amour désarmé, amour inconditionnel, amour qui pardonne toujours, dans la mesure où nous acceptons de nous laisser toucher et que nous ne repoussons pas cet amour. Le Sang et l'eau qui ne cessent de couler du Cœur ouvert de Jésus, nous disent l'insondable du Cœur de Dieu, en même temps qu'ils nous purifient, qu'ils nous consacrent et qu'ils nous sanctifient.

  Devant une telle manifestation de cet amour de miséricorde toujours offerte, que nous reste-t-il à faire ?

 Nous avons d'abord à lever les yeux vers Celui que nous avons transpercé, comme nous le demande saint Jean. Lever les yeux pour nous laisser toucher par cet Amour, lever les yeux pour que nos cœurs de pierre se laissent fendre, se laissent transpercer, pour que nos cœurs s'ouvrent enfin à cet amour.

 Nous avons ensuite à accéder auprès de Dieu, par le Cœur de Jésus, en toute confiance. C'est ce que nous disait saint Paul : « et notre foi au Christ nous donne l'assurance nécessaire pour accéder auprès de Dieu en toute confiance. » « C'est la confiance, et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour » a compris la petite Thérèse. Nous recevons cet amour précisément à la mesure de notre confiance. C’est notre confiance qui mesure la quantité d’amour qui nous est donnée.

 Enfin, touchés par cet amour, nous étant ouverts à Lui dans la confiance, nous ne pouvons plus que tomber à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom. C'est la gratitude, c’est l'adoration. C'est ce mouvement profond de tout notre être qui, seul, est capable de réparer le mal que nous avons commis et de consoler le Cœur  que nous avons blessé.

 Cet amour du Cœur de Jésus, révélation de l'Amour du Père, nous est communiqué en tout premier lieu par les sacrements, et donc par le sacerdoce. « Le sacerdoce, c'est l'Amour du Cœur de Jésus » disait le Curé d'Ars. Voilà pourquoi cette fête du Sacré Cœur a été instituée comme journée de prière pour la sanctification des prêtres.

 A l'avant-veille de l'ordination de notre Frère Omer, prions pour la sanctification des prêtres, prions pour notre Frère, afin qu'ils rendent visible par leur vie et qu'ils communiquent sans se lasser l'amour fidèle et miséricordieux de notre Père des Cieux. Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE OMER
Lundi  15  juin 2015
PREMIÈRE EUCHARISTIE

Lundi de la 11ème semaine du Temps Ordinaire : 2 Corinthiens 6, 1-10; Psaume 97; Matthieu 5, 38-42.


Introduction à la Célébration : Frères et Sœurs, C’est une grande joie qui nous réunit aujourd’hui pour cette messe que je vais célébrer. Sachez que toutes vos intentions seront prises en compte au cours de cette célébration.

Nous avons choisi la messe votive à l’Esprit Saint parce que nous sommes de faibles personnes, nous avons nos faiblesses, nos blessures, et sans l’Esprit Saint pour nos vivifier, nous ne pourrons pas réellement acquérir cette stature d’enfant de Dieu. Voilà pourquoi, au début de cette Eucharistie, nous allons nous reconnaître pécheurs pour mieux nous disposer à recevoir la grâce que le Seigneur veut nous accorder.


Homélie : Frères et sœurs, les lectures de ce jour nous proposent de réfléchir sur l’attitude fondamentale du disciple du Christ. Qui peut-être disciple du Christ ? Comment être disciple du Christ ? Pourquoi être disciple du Christ ?

 Lorsque nous entendons l’apôtre Paul, dans ses missions il a enduré la souffrance à cause du Christ, pour le Christ, avec le Christ. Ce qui sous-tend sa mission, c’est l’amour : amour-foi, amour-charité, amour-espérance dans une confiance totale d’abandon à celui qui l’a saisi le premier, c’est-à-dire Jésus Christ.

 Lorsque nous nous trouvons dans cette dynamique de l’amour-foi, charité et espérance, nous vivons de l’Esprit Saint, nous vivons et nous produisons les fruits de l’Esprit Saint qui sont patience, bonté, connaissance, vérité, magnanimité, douceur, et le jour où nous vivons de ces fruits de l’Esprit Saint, c’est le temps favorable c’est le moment où le salut vient en nous. Voilà l’attitude qui nous est demandée.

 L’évangile de ce jour n’est pas en reste. Jésus dit : « Si quelqu’un te gifle, tend-lui l’autre joue. Si quelqu’un voudrait te pousser à faire mille pas, fais-en deux mille ave lui. Mais nous remarquons que, dans tout ce que le Christ nous demande, il y a une certaine sérénité parce que la foi du disciple est enracinée en Jésus-Christ.

Nous qui sommes présents à cette Eucharistie aujourd’hui, ayons à cœur de penser, de prier pour tous nos frères qui, à travers le monde, sont persécutés à cause de leur foi et qui tiennent, qui tiennent parce qu’ils sont accrochés à la colonne qui est le Christ. Nous aurons à cœur de prier pour toutes ces personnes qui, en des moments difficiles, pensent que le Christ est loin et les a oubliées.

 Nous aurons aussi à cœur de prier pour tous ces jeunes gens, jeunes filles qui ont ce projet de se consacrer à Dieu afin que dès maintenant ce soit pour eux le temps favorable et qu’ils puissent produire des fruits, les fruits de l’Esprit Saint.

 Prions les uns pour les autres afin que notre regard, notre cœur, nos gestes manifestent la présence de Dieu au quotidien et dans le milieu dans lequel nous vivons.

 Que par l’intercession de la Vierge Marie, celle qui a su répondre un « oui » à l’ange et qui a été comblée de la présence de l’Esprit Saint, nous aide, nous accompagne sur notre chemin de disciples du Christ. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Mercredi  24  juin 2015
Solennité de la NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE


Introduction à l’Eucharistie : Nous célébrons la Nativité de saint Jean Baptiste et lorsque vous chantiez et que j’encensais l’autel, je pensais à Zacharie. Zacharie, prêtre du Temple, avait pénétré dans le Saint, non pas dans le Saint des saints, mais dans le Saint, pour offrir le sacrifice ; il s’est trouvé en présence de Dieu par l’intermédiaire de son ange.

 Nous sommes dans ces dispositions de Zacharie, nous sommes des habitués du culte, mais l’habitude ne fait pas le saint ; la sainteté, elle vient de Dieu qui nous rend saints, simplement il faut avoir un cœur disponible. Tout appel divin est porteur de la grâce nécessaire pour l’accomplissement de la mission. Ainsi les trois noms de cette humble famille d’Aïn Karem sont révélateurs : Zacharie : Dieu se souvient ; Elisabeth : Dieu fait serment ; Jean : Dieu fait grâce. Et ce dernier nom provoque l’étonnement, ça ne rentre pas dans le cadre humain cette affaire. Personne ne s’appelait ainsi dans la famille. Y a pas pire que les habitudes, c’est vrai. Mais avec Jean s’ouvre une ère nouvelle, l’ère de la plénitude de la grâce. La vocation est, d’une certaine façon, déjà inscrite dans l’être qui naît, non certes comme une nécessité, comme le noyau d’un cerisier enfoui dans le sol qui deviendra cerisier selon sa nature et selon son espèce et qui aura à produire des cerises, mais parce que tout dépend du libre dessein de Dieu et de sa parole pour une mission précise dans un cœur qui accepte de s’ouvrir. Et la piété populaire a très vite fêté saint Jean Baptiste au jour même de sa naissance, au solstice d’été, en fonction de Noël, placé au solstice d’hiver et la tradition y a vu le symbole de la diminution de la lumière naturelle du jour devant la lumière éternelle du Verbe fait chair.

 Eh bien, accueillons la lumière éternelle du Verbe fait chair, cet Agneau de Dieu que Jean Baptiste a prophétisé, annoncé. Accueillons sa lumière qui est miséricorde et demandons pardon pour nos péchés.


Homélie : Les lectures de ce jour montrent combien l’existence de Jean-Baptiste est le fruit et l’expression d’un appel divin.

Un appel à la vie d’abord, puisque sa mère Elisabeth était stérile et n’avait pas pu avoir d’enfant, et n’aura pas d’autre enfant après Jean. Un appel à la vie, oui, le nom d’Elisabeth signifie: « Dieu a fait serment (dans une promesse de vie)».

Un appel ensuite à une mission particulière, spécifique, puisque Jean-Baptiste est choisi pour devenir le précurseur du Sauveur.

Qu’est-ce donc qu’un appel ?

L’appel est l’expression d’un dessein divin, d’un libre choix de Dieu : comme ce « serviteur » dont parle Isaïe, qui est appelé dès le sein de sa mère, mieux encore : avant même d’avoir été conçu, le Seigneur a prononcé son nom : « Jean » dont le nom signifie : « Dieu fait grâce », tout est en germe en ce nom. De par sa lignée sacerdotale, Jean était prêtre, il a été appelé par Dieu pour devenir aussi prophète, annonciateur du dessein divin.

 L’appel consiste toujours dans une grâce, dans un libre choix de Dieu. Mais, il n’y a pas d’appel possible sans appelé, et donc sans réponse de celui à qui l’appel s’adresse. L’appel est toujours à la fois une grâce de Dieu et une tâche pour nous, les humains.

Quelle fut la réaction de son père Zacharie, à l’annonce de cette vocation ?

 Zacharie, son père, dont le nom signifie : « Dieu se souvient », a été confronté dans le Temple à une visitation de l’Ange pour une mission précise. Sa fidélité dans la fonction de prêtre au service du Temple ainsi que la visitation de Dieu et l’annonce extraordinaire par l’entremise de son ange ne lui ont pas ouvert le cœur à l’appel de Dieu, au don de Dieu, il a manifesté son incrédulité. Que lui fallait-il de plus ?

Et peu à peu, à travers ces neuf mois de silence, à l’épreuve de la foi, il a cheminé pour devenir à son tour collaborateur de la grâce de Dieu. Alors Dieu lui-même est revenu une deuxième fois, il s’est déplacé en Marie pour que l’Esprit Saint touche le cœur de Zacharie en son enfant et œuvre en Elisabeth et dans l’enfant à naître. La grâce a porté fruit car c’est lui, -nous venons de l’entendre-, qui met un terme à la querelle concernant le nom de l’enfant en écrivant d’une manière péremptoire et définitive : « son nom est Jean. » Dieu a fait grâce. Dieu lui a fait grâce, miséricorde.

 Zacharie et Elisabeth vont ensuite favoriser l’éclosion de cet appel dans le cœur sanctifié de Jean, jusqu’au jour où celui-ci partira pour le désert. Cela veut dire que si l’appel est personnel, l’éclosion de cet appel dépend aussi, de l’accueil, de la préparation, de l’accompagnement, des circonstances. Tout est grâce !

Que sait-on du parcours de Jean ?

 Jean partira un jour au désert, lieu de la rencontre de Dieu. Bien sûr le désert, c’est d’abord le lieu de l’intimité de Dieu. C’est dans le désert, lieu de formation des prophètes, que Dieu peut parler au cœur de l’homme dépouillé de lui-même, que sa voix peut se faire entendre, loin du bruit et de l’agitation du monde.

 Bien sûr aussi, le désert est le lieu du combat spirituel, le lieu où le cœur de l’homme est exposé, le lieu où l’homme apprend douloureusement sa précarité, sa pauvreté.

 Jean-Baptiste est un pauvre ; il a accepté d’entrer dans ce chemin de pauvreté intérieure, de dépouillement ; il a accepté d’entrer dans l’expérience douloureuse du vide de soi-même qui devient, par la purification, appel à la miséricorde de Dieu. Il est nécessaire de faire cette expérience de sa pauvreté radicale pour être convaincu que la présence de Dieu et de sa grâce est pure miséricorde, que nous n’y sommes pour rien. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ». Avant même que la première des béatitudes ait été prononcée, Jean-Baptiste l’a vécue. Par sa pauvreté, il a pu accueillir la grâce de Dieu pour la communiquer aux autres.

 C’est cette pauvreté radicale qui a ouvert Jean-Baptiste à l’Esprit de prophétie. C’est cette pauvreté radicale qui l’a maintenu dans l’humilité et la vérité. Lorsqu’on viendra lui demander « qui es-tu ? », il confessera d’emblée : « Je ne suis pas le Messie », alors qu’il aurait pu se faire passer pour le Messie.

 C’est par cette expérience de pauvreté qu’il comprendra qu’il n’est qu’un chemin pour accueillir le Messie : celui de la conversion, celui du dépouillement de ses péchés et de soi-même, pour connaître la vraie pauvreté et pour pouvoir accueillir Celui qui, seul, peut l’habiter de sa plénitude. Voilà pourquoi Jean-Baptiste annoncera un baptême de conversion.

Et pourquoi choisit-il le désert ?

 Le désert, ce lieu de la rencontre personnelle, de l’amour, du combat spirituel est le lieu où Jean-Baptiste va acquérir la force, « l’enfant grandit, et son esprit se fortifiait », nous dit Saint Luc. Il faut de la force, la force intérieure pour choisir Dieu, pour lutter contre la tentation, pour ne pas choisir les consolations faciles. Jean-Baptiste sera un lutteur et sa prédication sera abrupte pour redonner à Dieu le culte qui lui est dû, la première place. Il lui en faudra de la force pour défendre la sainteté du mariage devant les puissants de ce monde : le roi Hérode. Courage de la vérité qui lui vaudra la confession de foi : le martyre.

 Jean-Baptiste a eu une vocation particulière, unique, exceptionnelle : désigner l’Agneau de Dieu et se laisser transformer pour devenir l’image, la ressemblance, la préfiguration de l’Agneau de Dieu dans l’offrande de sa vie. Dieu a eu un dessein bien précis sur lui et il y a répondu avec foi, amour et générosité, dans la nuit de la foi.

Que nous révèle la vocation de Jean ?

 Mais si nous y réfléchissons bien, nous avons chacun, chacune, une vocation unique, irremplaçable. Le Seigneur ne nous lance pas au hasard dans l’aventure de la vie ; il a un dessein bien précis sur chacun et sur chacune. Chacun est destiné à une place et à une fonction bien précise dans l’Eglise qui est le Corps du Christ.

 Sur chacun et chacune d’entre nous repose un appel ; pour chacun et chacune une grâce est donnée et une tâche est attendue pour que se construise le Corps du Christ. Alors, laissons-nous d’abord visiter et former par Marie pour accueillir l’Esprit-Saint et vivre et communier en vérité au mystère de l’Eucharistie. AMEN.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-FRANÇOIS
Lundi  29  juin 2015
Solennité des Saints APÔTRES PIERRE ET PAUL


Introduction à la Célébration :

 Ce cri de la miséricorde : « Tu es Pierre et sur cette pierre, j’ai l’audace de bâtir mon Eglise ». C’est notre unique motif d’action de grâce pour ce choix gratuit du Seigneur, d’hommes pécheurs. Il y a un autre motif qui s’y ajoute : le Père Paul Lhuissier célèbre, jour pour jour, ses soixante années de ministère sacerdotal. Puisse y en avoir beaucoup d’anniversaires comme cela. Avec bonheur, j’accueille aussi le Père Frank Viel, vicaire épiscopal, et le Père Charles qui lui est juste à 61 ans de son âge.

 Alors, accueillons ensemble la miséricorde.


Homélie : Chers frères et sœurs, n’étant pas enchaîné, gardé par quatre escouades, et en prison, je n’ai pas eu la visite de mon ange qui m’aurait inspiré, alors je vais vous partager l’homélie du Pape François de l’année dernière (2013). Je pense que ça vaut le coup.

Voilà ce qu’il disait à des évêques à qui il remettait le pallium :

Nous célébrons la solennité des saints Apôtres Pierre et Paul, patrons principaux de l’Église de Rome et donc de l’Eglise universelle : Une grande richesse qui nous fait revivre, en un certain sens, l’événement de la Pentecôte : aujourd’hui, comme alors, la foi de l’Église s’exprime dans toutes les langues et veut unir les peuples en une seule famille.

Trois pensées sur le ministère pétrinien, de saint Pierre, à partir du verbe « confirmer » puisque c’est cette mission que Pierre reçoit du Christ.

Avant tout : confirmer dans la foi. L’évangile de ce jour parle bien de la confession de Pierre : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Une confession qui ne vient pas de lui mais du Père et c’est en raison de cette confession que Jésus lui répond : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ». Le rôle, le service ecclésial de Pierre a son fondement dans la confession de foi en Jésus, le Fils du Dieu vivant, rendue possible par une grâce donnée d’en haut. Et quand Jésus parle de sa mort et de sa résurrection, de la route de Dieu qui ne correspond pas à la route humaine du pouvoir, la chair et le rang reprennent le dessus chez Pierre, les versets que nous n’avons pas lus mais que nous connaissons que trop. Quand nous laissons prévaloir nos pensées et nos sentiments, la logique du pouvoir humain et que nous ne nous laissons pas instruire et guider par la foi, nous devenons pierre d’achoppement. La foi dans le Christ est la lumière de notre vie de chrétiens et de ministres de l’Eglise.

Deuxième pensée sur le ministère pétrinien : confirmer dans l’amour. Dans la seconde lecture nous avons écouté les émouvantes paroles de saint Paul : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4,7). De quel combat s’agit-il ? Non celui des armes humaines, qui malheureusement ensanglantent encore notre monde ; mais il s’agit du combat du martyre. Saint Paul a une seule arme : le message du Christ, et le don de sa vie pour le Christ et pour les autres. Et c’est vraiment le fait de s’exposer en première ligne, de se laisser consumer par l’Évangile, de se faire tout à tous sans se ménager qui l’a rendu crédible et qui a édifié l’Église. L’Évêque de Rome est appelé à vivre et à confirmer dans cet amour pour le Christ et pour tous, sans distinctions, ni limites.

Enfin la troisième pensée sur le ministère de saint Pierre : Confirmer dans l’unité. Ici je m’arrête, continue le Saint-Père, sur le geste que nous avons accompli. Le Pallium, cette petite étoffe qui renferme un bout de toison d’un agneau), le Pallium est symbole de communion avec le successeur de Pierre, « principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de foi et de communion » (Conc. Œcum. Vat. II, Lumen gentium, 18). et la communion dans l’Église ne signifie pas uniformité. Vatican II, se référant à la structure hiérarchique de l’Église, affirme que le Seigneur « en fit ses Apôtres, leur donnant forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi par eux » (Ibid., 19). Dans l’Eglise, la variété qui est une grande richesse, se fonde toujours sur l’harmonie de l’unité comme une grande mosaïque dans laquelle les tesselles s’assemblent pour former l’unique grand dessein de Dieu. Unis dans la différence. Voilà la route de Jésus. Le pallium, s’il est le signe de la communion avec l’évêque de Rome, avec l’Eglise universelle est aussi un engagement pour chacun de vous à être instrument de communion.

Confesser, conclut-il, Confesser le Seigneur en se laissant instruire par Dieu ; se laisser consumer par amour du Christ et de son Évangile, être serviteur de l’unité. Ce sont là les consignes que les saints Apôtres Pierre et Paul confient à chacun de nous, pour qu’elles soient vécues par tout chrétien. Que nous guide et nous accompagne toujours dans son intercession la sainte Mère de Dieu : « Reine des Apôtres, priez pour nous ! Obtenez-nous la fidélité, obtenez-nous des pasteurs selon le cœur de Dieu. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Eucharistie du vendredi  15  août 2015
Solennité de l’ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE MARIE



Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui, nous communions à l’immense joie du ciel : Marie entre dans la gloire de Dieu. Nous célébrons l’Assomption de Marie au ciel. Le Pape Pie XII, en la fête de tous les Saints, le 1er novembre 1950, déclarait : « Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »

 Les orientaux célébraient déjà depuis le IVème siècle l’Assomption de Marie sous le nom de « dormition de Marie ».

 Aujourd’hui, c’est la plus belle, la plus grande, la plus merveilleuse fête des Mères en Marie. Offrons le plus beau bouquet de nos fleurs par notre chant et notre prière. Et comme des enfants bien-aimés de Marie et du Père, ensemble confessons notre amour en confessant aussi notre péché.


Homélie : Ap 11,19 ; 12,1-6. 10 ; Ps 44 ; 1 Co 15, 20-27 ; Lc 1, 39-56.

Chers frères et sœurs,

 Aujourd’hui, toute la création, l’Eglise visible et invisible, les saints, les anges, toutes les créatures vénèrent dans une même louange notre Maman du Ciel. Son Assomption au Ciel, c’est son entrée dans la gloire de Dieu, accueillie par le Père, son Fils, Jésus, l’Esprit-Saint ; c’est un jour de très grande joie et de victoire.

Le Magnificat de Marie, si merveilleux, lors de la visitation à Elisabeth, se dévoile aujourd’hui lorsque le Ciel s’ouvre pour accueillir triomphalement l’humble servante du Seigneur, la Mère du Dieu. La gloire de notre Mère Marie appartient à ses enfants qu’elle a enfantés dans la douleur de la Croix, nous sommes nés de sa compassion, de son cœur transpercé et immaculé.

« Mon âme magnifie le Seigneur », chante Marie. Est-ce possible de magnifier le Seigneur ? Est-ce possible de faire grandir le Seigneur, car enfin, magnifier, ça veut dire faire grandir ? Et pourtant il en est ainsi. Dans sa bonté, sa tendresse, le Seigneur accepte de faire dépendre de Marie sa croissance dans le monde.

Le Magnificat n’est pas un passé, ni un futur, mais un éternel présent. Voilà pourquoi la première qui ait pu chanter ce cantique en pleine conscience ne pouvait être que Marie, la mère de Jésus. Oui, c’est tout son être qui, par une attention maternelle de tous ses instants, de toutes ses forces, de toute sa volonté, de tout son cœur, facilitait l’extension de Jésus dans les cœurs.

 Saint Louis-Marie Grignon de Montfort disait en son temps que le Royaume de Dieu ressemble à la vie humaine : en ce sens, nous avons un père et une mère sur la terre, nous avons aussi un Père et une Mère dans le ciel. Qui n’a pas Marie pour Mère n’a pas Dieu pour Père.

Si, dans la vie humaine, nous avons un papa et une maman, comment serait-il possible que dans notre vie divine, nous ayons seulement un Père et pas de mère ? Ce ne serait pas humain ! Il nous faut nous remettre à l’école des évidences et des enfants. Ou bien alors reconnaître que le « divin » n’a pas grand-chose à voir avec l’ « humain », étranger l’un à l’autre.

 Comme l’écrivait un homme de Dieu, si Marie est notre mère, si l’Esprit Saint n’a rien voulu faire sans la « pauvreté » de son humanité, de sa virginité, c’est aussi sans doute une question de « participation ». Dieu nous aime trop pour faire tout, tout seul. Il faut être deux pour faire un enfant, il faut être deux pour faire un enfant de Dieu : L’esprit Saint et Marie, l’Esprit Saint et l’Eglise, l’Esprit Saint et l’humanité. Dieu veut avoir besoin de Marie au Ciel pour que nous soyons accueillis par notre Mère au Ciel et qu’Il en soit glorifié !

 La participation de Marie ne fait qu’un avec celle de l’Eglise constituée de l’humanité de chacun d’entre nous. C’est ce que nous enseigne le concile dans la Constitution sur le Mystère de l’Eglise : il est écrit : « …en contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la Parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication, en effet, et par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint Esprit et nés de Dieu ».

 Marie est Mère de l’Eglise ; aujourd’hui l’Eglise honore et vénère sa Mère en Marie. Le Père n’a donné son Fils que par Marie. Son Fils Jésus n’a été formé que par Marie. L’Esprit Saint n’a formé Jésus-Christ que par Marie. Si Marie est un chemin pour aller vers Dieu, c’est parce qu’elle ne fait qu’un avec son Fils et qu’elle reçoit tout de Lui. Au fond, n’est-ce pas Jésus lui-même qui a voulu prendre le chemin de Marie pour venir jusqu’à nous, pour devenir fils de Marie ? Marie est le chemin de Dieu vers l’homme avant d’être le chemin de l’homme vers Dieu.

 Avec la simplicité des enfants, nous nous tournons en même temps vers Toi, notre Père qui es Dieu, et vers toi, notre Mère qui es au Ciel et si proche de tes enfants.

 C’est d’un même amour que nous voulons vous aimer comme des enfants qui, dans leur affection, ne peuvent séparer leur papa de leur maman. Aujourd’hui, nous continuons d’entendre Jésus qui, du haut de la croix, ne cesse de nous montrer sa mère en nous disant à chacun, au fond de notre cœur : « Voici ta Mère. »

 Marie, toi seule, peux nous dire en vérité, beaucoup mieux que Saint Paul et toute l’Eglise : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous à la gloire du Père. »

 Notre Père et toi, Marie, notre Mère, ayez pitié de tous les orphelins humains et spirituels, de tous ceux qui ne savent pas qu’ils ont un Père dans le ciel et de tous ceux qui ont oublié qu’ils ont une mère, celle de Jésus, qui leur a donné Marie.

 Sainte Marie, Mère de Dieu, Reine du ciel et de la terre, prie Dieu pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort et accueille-nous dans la gloire de Dieu. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Vêpres-Procession du vendredi  15  août 2015
Solennité de l’ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE MARIE

1 Corinthiens 15, 22-23


 Comme c’est la coutume de dire un mot pendant les vêpres : nous avons entendu saint Paul nous dire que le Christ est la vie, c’est en Lui que nous revivrons. Et aujourd’hui, nous fêtons la Mère de Celui qui est la Vie. Et en méditant, ce matin et hier, sur cet évangile qui nous était proposé aujourd’hui, j’ai été frappé par une des phrases prononcées par Marie où elle dit ceci : « Le Seigneur a regardé l’humilité de sa servante, voilà pourquoi toutes les générat ions me diront bienheureuse  », et je voudrais m’arrêter avec vous sur trois mots : le regard, l’humilité, le service.

 « Il a regardé. » Le regard, mais du regard tout chargé de tendresse et de bonté, ce regard qui traverse les apparences pour atteindre les fibres les plus intimes du cœur, ce regard à qui rien n’est caché.

 Le regard de Dieu sur Marie ! Si le monde le voyait, le monde serait changé. Pour voir le regard de Dieu, il faut une foi qui procède de l’Amour et un amour qui procède d’un cœur pur. « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » C’est parce que le monde est loin d’être pur qu’il ne rencontre pas le regard de Dieu.

 C’est parce que Marie était la toute pure, la toute Immaculée, que son regard n’a cessé de croiser le regard du Seigneur. Dans le ciel de Pontmain, peut-être vous souvenez-vous, seuls des enfants ont vu Marie, le regard plongé dans celui de son Fils en leur présentant Jésus sur la croix. Mais les grandes personnes regardaient sans voir.

 Est-ce que je pense habituellement au regard du Père sur moi ? « Je l’avise et il m’avise », disait à son curé le paysan d’Ars, sans se douter que dans cette phrase il y a un véritable secret de sainteté.

 Le chrétien qui ne quitterait pas le Seigneur des yeux, pour ainsi dire, acquerrait le don de voir les personnes, les évènements et les choses avec le regard même de Dieu.

 Seigneur, faites-moi penser souvent à votre regard si tendrement fixé sur moi ; sous son influence, faites-moi voir toutes choses un peu comme vous les voyez vous-même.

 « Il a regardé l’humilité ». En plus de la pureté du cœur, il y a bien encore un moyen d’attirer sur soi le regard paternel de Dieu, c’est l’humilité. La miséricorde surabonde là où la misère est humblement reconnue. Malheureusement, le monde n’est pas, en général, assez humble. Il prétend se suffire à lui-même, il ne lève pas les yeux vers le ciel. Dieu se détourne d’un regard orgueilleux mais se penche avec bienveillance sur l’âme humble. C’est pourquoi, il a regardé Marie avec tant de dilection. En elle, c’est l’absence totale de vanité, de recherche d’elle-même. Lorsque dans le ciel de Pontmain, le message fut écrit et se terminant par cette phrase : « Mon Fils se laisse toucher », et que l’on commençait à se dissiper, à rire, à chahuter, à ce moment, les enfants intervinrent et dirent : « Elle tombe en humilité ». Marie a cette capacité de Mère de ressentir douloureusement la légèreté, la désinvolture, le manque de respect de ses enfants et de changer leurs cœurs et le nôtre en nous présentant l’Amour de son cœur en son Fils Jésus.

 Marie est la bonne terre ouverte à la rosée du Ciel où germe le Sauveur. En elle, il n’y a ni dureté, ni pierre, ni épines mais le soleil de Dieu qui rayonne sur ses enfants dans la nuit étoilée.

 Oserai-je me rendre ce témoignage qu’en moi il n’y a plus d’orgueil, de vanité, de susceptibilité, de recherche d’amour-propre ?

 Et pourtant, y a-t-il quelque chose de plus sot, de plus absurde, de plus dangereux que l’orgueil ?

 Qu’y a-t-il en moi que je n’aie reçu ? je ne vaux que ce que je vaux aux yeux de Dieu.

 Moi-même, je ne suis que poussière. Si je suis humble, Dieu prend cette poussière, l’anime, la transfigure et lui communique sa fécondité comme à la création d’Adam.

 Sans humilité, je me limite à ma propre faiblesse ; ce que je construis n’a aucune solidité : un jour ou l’autre tout s’effondrera ; ce que j’accomplis n’a aucune efficience : un jour ou l’autre tout sera dispersé.

 Seigneur, pour qu’à l’exemple de Marie, ma vie puisse faire œuvre utile dans la réalisation de votre plan d’amour, accordez-moi de faire le maximum de bien autour de moi pour Toi !

 « Il a regardé l’humilité de sa servante. » De sa servante.

 Marie, la servante, mieux, sa servante, sa collaboratrice, sa Médiatrice, sa Corédemptrice, sa Mère. « Voici la servante du Seigneur. » Servir, c’est toute sa raison d’être. Elle sert comme elle respire. Servir comme il veut être servi, selon ses plans éternels. Et c’est parce qu’elle a été servante qu’elle a été reine. Elevée de terre dans le ciel, dans le ciel de Pontmain, par exemple, elle attire tout à elle, revêtue de son diadème, mais c’est pour tout remettre à son Fils, car Servir, c’est régner.

 Elle est Reine des Anges et des hommes, reine des saints et des martyrs, Reine des serviteurs de Dieu, Reine et Mère de Celui qui est venu, non pour être servi, mais pour servir en donnant sa vie sur la Croix, rouge de son sang.

 Pour Marie, servir simplement comme il le veut, là où il le veut, parce qu’il le veut, même si c’est pour être sa Mère, à Bethléem ou en Egypte, à Nazareth ou à Cana, au Calvaire ou au Cénacle, à Ephèse ou au Ciel, et même dans le ciel de Pontmain.

 En contemplant Marie, l’humble servante, qu’est-ce qui est le plus fort en moi : l’esprit de domination ou l’esprit de service ?

 « Je suis au milieu de vous comme quelqu’un qui sert, » a dit Notre Seigneur. Quand les prophètes ont parlé de lui, ils l’ont appelé « le serviteur de Yahvé », mais Jésus s’est révélé aussi le grand serviteur de ses frères, les hommes.

 « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis ». Le véritable chrétien est celui qui, à l’exemple de Jésus, se sent disponible au service de Dieu  et de ses frères.

 Seigneur, développez en moi l’esprit de service ; pour répondre fidèlement, comme Marie, à tout ce que vous attendez de moi.

 « Toutes les générations me diront bienheureuse… »

Eclairée par le Saint Esprit, exultant en elle d’une joie qui, en la pénétrant, lui donne une intuition de l’avenir, Marie entend d’avance, les échos répétés, comme l’orchestration de la salutation de Gabriel, reprise par Elisabeth : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes ».

 C’est bien ce qui s’est passé, lorsque, pour reprendre l’histoire de Pontmain, le Père Guérin dit à ses paroissiens : « Prions, disons le chapelet », et la foule était tombée à genoux sur la neige devant la grange. Les mots de la salutation angélique, cinquante fois redits à Marie, c’était bien la prière qu’attendait la mystérieuse visiteuse qui, ce soir-là, était descendue des Cieux, car à mesure que la foule la redisait l’Apparition grandissait au milieu du ciel, de sorte qu’à la fin des cinq dizaines, sa statue avait doublé. Le grand cercle ovale qui l’encadrait, d’un bleu encore plus intense que celui de la robe se distendait lui-même comme un voile sous le souffle incessant des Ave. Et c’est ce que nous ferons dans la procession.

 Oui, toutes les générations, dans tous les pays, dans toutes les langues, dans tous les dialectes, par la bouche des petits enfants, des jeunes gens, des parents, des grands-parents, des consacrés, des personnes seules ou abandonnées, des malades et des prisonniers… les Ave montent par milliers de la terre vers le Ciel ! comme ces étoiles qui parsemaient la robe de la Dame décuplaient pareillement à des essaims lumineux.

 Chaque Ave récité par la foule faisait naître une nouvelle étoile. Enthousiasmés, les enfants battaient des mains. « C’est une fourmilière, » criaient-ils, elles tapent sur la robe, elle est presque toute dorée ! » Oui, Marie est bienheureuse de s’être donnée totalement, sans délai, sans mesure, sans détour. Bienheureuse de lui avoir tout donné comme nulle mère n’a donné à son enfant. Elle est tellement la chair de sa chair, le sang de son sang. Mais plus heureuse encore de ne l’avoir pas gardé pour elle, de l’avoir donné au monde.

Ai-je compris qu’en un certain sens le bonheur de Marie peut être le mien ?

Comme pour elle, il dépend de moi de répondre « oui » à Dieu en tout ce qu’il me demande. Il dépend de moi de me donner et de me redonner sans cesse à Lui à travers toutes mes activités, et il dépend de moi, par le rayonnement de sa charité en ma vie, de le donner aux autres.

Sainte Vierge Marie, je m’unis à tous ceux qui actuellement chantent vos louanges, au ciel et sur la terre. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Vendredi  28  août 2015
Solennité de notre Père SAINT AUGUSTIN

Actes 4/32-35 ; Psaume 132/1-3 ; 1 Jean 4/7-16 ; Jean 17/11b, 14-21.


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui, l’Eglise fête un grand saint : saint Augustin, patron de l’ordre canonial, patron de cette communauté et aussi patron secondaire des Missions africaines.

Saint Augustin fut un grand amoureux. Il n’était pas baptisé. Son père était païen, sa mère était chrétienne et il dit qu’à 16 ans il est tombé dans le vice et, à 18 ans, il a pris une compagne, pas une épouse, une compagne ; il a eu un enfant appelé Adéodat. Il demandait au Seigneur : « Seigneur, j’aimerais bien par exemple, la chasteté, mais pas maintenant, pas maintenant. » Il était tellement amoureux de cette femme, et puis, il voulait la gloire. Il réussit à être rhéteur à Milan. On aurait dit aujourd’hui : enseignant polytechnique. Heureusement, sa mère avait souci de son fils et priait pour lui. Il a eu quelques bons amis qui l’ont conseillé… il a écouté saint Ambroise, et c’est un jour, en entendant une parole de saint Paul, que tout a craqué et qu’il décidait, il s’est vraiment décidé à devenir l’homme de Dieu, se consacrer tout entier à Dieu. Il l’a dû en grande partie à sa mère. Cela peut nous poser une question : Est-ce que nous aussi nous portons dans notre cœur le souci de sauver les âmes avec des noms précis pour lesquelles nous prions tous les jours. Un chrétien ne se sauve pas tout seul et s’il en sauve un autre, il se sauve lui-même. Si sainte Monique est   devenue sainte Monique, c’est peut-être à cause de ses prières pour son fils Augustin. Eh bien, demandons au Seigneur cette charité d’avoir le souci des autres, du  salut des autres et c’est ainsi que nous rayonnerons.


Homélie : S’il fallait un mot pour résumer Augustin, ce serait le mot « amour », amour qui fait l’unité.

Tous les textes que nous avons lus aujourd’hui à cette messe parlent de l’amour qui vient de Dieu, de l’amour qui nous unit « un » avec Dieu et entre frères.

Augustin, au début, n’avait pas compris cet amour. Je vous l’ai dit, comme il a écrit lui-même dans ses mémoires : à 16 ans, il s’est livré sans réserve à la passion de la chair parce qu’il avait envie d’aimer et cela avec frénésie et l’impureté a produit chez lui un aveuglement terrible sur son esprit et sa jeunesse s’est ainsi abîmée dans le vice, selon ses Confessions. Il a cherché une compagne, pas une épouse, il a eu un enfant qu’il a beaucoup aimé : Adéodat, mais il lui est resté fidèle. Cette première liaison a duré 16 années. Comme tant de jeunes aujourd’hui, Augustin s’est trompé. Il s’est trompé par deux équations mensongères, dit-il : amour de celui qui est impur parce qu’il croyait que l’amour donnait le plaisir, et il croyait que la véritable chasteté donnait la tristesse, donnait la frustration. Bien sûr, il aspirait à quelque chose de mieux. Il disait : « je différais de jour en jour de vivre en toi. Je croyais que je serais trop malheureux si j’étais privé des embrassements d’une femme. Grand professeur de rhétorique, il est fier.

Mais plus tard, Augustin va découvrir, grâce à la prière de sa mère, il va découvrir avec éblouissement la joie profonde et l’épanouissement de tout l’être que procure la chasteté consacrée, par amour, à Dieu. Il dit « cette joie connue de vos serviteurs qui vous aiment : c’est vous, Seigneur. Voilà la vie heureuse, se réjouir en vous, de vous et pour vous, la voilà, il n’en est point d’autre. La placer ailleurs, c’est poursuivre une autre joie qui n’est pas la véritable. Il dira plus tard : « Notre cœur est fait pour Toi, Seigneur, il ne peut pas reposer en paix, tant qu’il ne repose en Toi ».

Donc, de 19 ans à 28 ans, il est demeuré dans cet esclavage. Il dit : « adolescent bien misérable, je t’avais demandé la chasteté, j’avais dit : donne-moi la chasteté et même la continence, mais ne me la donne pas tout de suite. Je disais cela mais je pleurais dans la profonde amertume de mon cœur, de mon cœur brisé. » Et le jour où il est allé, il avait loué une maison, il est allé avec son ami, Alypius, et voici qu’un jour il entend une voix venant d’une maison voisine, on disait en chantant et l’on répétait fréquemment avec une voix comme celle d’un garçon ou d’une fille, je ne sais : « prends, lis, tolle, lege, (en latin), prends, lis. » A l’instant, j’ai changé de visage et l’esprit tendu je me suis mis à rechercher si les enfants utilisaient d’habitude dans de tel ou tel genre de jeu une ritournelle semblable. Non. Aucun souvenir ne me revenait d’avoir entendu cela quelque part. J’ai refoulé l’assaut de mes larmes et je me suis levé ne voyant plus là qu’un ordre divin qui m’enjoignait d’ouvrir le livre ; c’était l’épître de saint Paul, et de lire ce que je trouverai au premier chapitre venu. Il était parti dans son jardin, il avait laissé son ami dans la cour. Aussitôt, en toute hâte, je revins à l’endroit où Alypius était assis. Oui, c’est là que j’avais posé le livre de l’apôtre, tout à l’heure, en me levant. Je le saisis, l’ouvris et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux. « Non pas de ripailles et de saouleries, non pas des coucheries et d’impudicités, non pas des disputes et des jalousies, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Ne vous faites plus les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises… » Je ne voulus pas en lire plus, ce n’était pas nécessaire. Le dernier verrou avait sauté. Et ce fut la conversion de saint Augustin qui fut baptisé par saint Ambroise à l’âge de 33 ans avec son fils Adéodat qui avait 18 ans, avec son ami Alypius ; puis après, il est allé dans son pays fonder un monastère. Y avait à ce cadre écrit : si tu viens ici pour dire du mal de ton prochain, tu n’as pas de place ici.

Il était apprécié, il n’avait qu’une peur, c’était de devenir évêque, et son vieil évêque qui le connaissait bien l’a ordonné prêtre et puis à la mort, les chrétiens l’ont élu évêque. Et ce fut un évêque admirable, un grand saint.

Dieu, d’un pécheur, avait fait un grand saint. C’est une espérance pour notre temps. Un grand pécheur peut devenir un grand saint. La Miséricorde de Dieu peut tout. Il a besoin que nous prenions en charge les pauvres pécheurs et c’est notre façon à nous de nous sanctifier. Il a besoin que nous vivions dans l’unité, dans l’amour, car c’est ça qui attire. L’amour de Dieu rayonne, l’amour de Dieu attire, l’amour de Dieu fait pleurer le pécheur car il fait prendre conscience de sa misère et nous donne envie de changer. Eh bien, demandons à Augustin cette grâce.

Sainte Mechtilde a dit un jour, c’était la fête de sainte Cécile, et sainte Mechtilde disait à Jésus : « je ne suis pas aussi généreuse que Cécile, je voudrais avoir les grâces qu’elle a eues » ; et Jésus a dit à sainte Cécile : donne-lui les grâces que tu as eues puisqu’elle me les a demandées.

Eh bien, aujourd’hui, demandons à Jésus de nous donner les grâces qu’Augustin a eues. Et nous les aurons. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Vendredi  11 septembre 2015
Solennité de l’anniversaire de la DÉDICACE de NOTRE ÉGLISE CANONIALE,

SAINTE MARIE, MÈRE DU RÉDEMPTEUR


1 Rois 8/22-23, 27-30 ; Ps 121/1-9 ; 1 Pi 2/4-9 ; Luc 19/1-10.


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui, nous célébrons l’anniversaire de la consécration de cette église au Seigneur sous le vocable de la Vierge Marie Mère du Rédempteur. Quand on entre dans une église, maison de Dieu, maison de prière, ce sont les tout premiers moments qui déterminent notre attitude ensuite : respect, silence, la génuflexion, sentiment d’être en présence de la Majesté de Dieu, d’un Dieu bon et miséricordieux. C’est le moment d’oublier tous nos problèmes. Jésus dit, un jour, à Sainte Angèle de Foligno : « Occupe-toi de mes affaires, je m’occuperai des tiennes », et quand on entre dans l’église, on offre tous nos problèmes au Seigneur. Et puisque cette église est consacrée à la Vierge Marie, rappelons-nous ce qu’elle a dit le 13 juillet 1917 à Fatima : « Puisque nous sommes dans une période très troublée, récitez le rosaire pour que les guerres s’arrêtent dans le monde, seule mon intervention peut acquérir cette grâce aux vivants. »

Eh bien, pour commencer cette célébration et vivre ce grand sacrement de l’Eucharistie, source de toute guérison, reconnaissons-nous pécheurs et confions-nous à la miséricorde de Dieu.


Homélie : Nous célébrons donc la consécration de cette église sous le vocable de Marie Mère du Rédempteur. Cette église, c’est la maison de Dieu, et un jour, Jésus a dit : « Ma maison sera appelée, -du moins dans la Bible c’est marqué-, Ma Maison sera appelée "Maison de prière" ». C’est là qu’on célèbre l’Eucharistie, le grand sacrement, source de toute guérison. Et le Seigneur est toujours là, présent dans le tabernacle. Il est là chez lui. Souvent, aux mystiques, il se plaint d’être seul, du moins vis-à-vis des humains. Il aime surtout voir les petits enfants.

Un jour, il révéla à un prêtre du Nigéria : « Mon Cœur saigne quand il voit comment on n’apprend pas aux petits enfants à ne pas me vénérer dans la sainte Eucharistie, j’en pleure.» Récemment, à la session de prière que je viens de faire à Rezé, j’ai reçu un beau témoignage : Une grande Maman, pas tellement âgée, me disait sa peine de savoir que son fils avait abandonné toute pratique religieuse et n’enseignait plus son petit-fils. Elle était heureuse quand elle pouvait le recevoir chez elle, elle lui parlait de religion et il aimait aller à l’église. Un jour, avec ce petit garçon, elle est donc entrée dans une église et s’est arrêtée devant le tabernacle, en silence, elle ne disait rien. A sa grande surprise, son petit garçon a gravi les marches de l’autel et est allé embrasser le tabernacle. C’était une joie profonde pour cette femme, elle ne lui avait rien dit et mystérieusement le désir de la mère était passé dans le petit-fils. Cela montre combien les petits enfants peuvent être proches de Dieu et combien le tabernacle est puissant parce que là réside Jésus.

Mais tous, nous devons devenir aussi tabernacle de Jésus. Nous avons reçu le baptême, Dieu est venu habiter en nous, la Trinité habite en nous.

Regardons ce que Jésus a fait pour Zachée. Zachée avait au moins une qualité, même si c’était un grand pécheur, un voleur. Il cherchait à voir Jésus pour savoir qui il était. Il était petit de taille. Nous pouvons le comprendre au physique comme au spirituel. Alors, il grimpa dans un arbre, caché par l’ombrage. Jésus arrivant à passer, lève les yeux vers Zachée caché dans sa verdure. Il lui dit ces simples mots : « Zachée, descends vite, il faut qu’aujourd’hui, je demeure chez toi. » Parole concrète, mais aussi parole symbolique : demeure chez toi, dans ta maison, mais demeure chez toi, dans ton cœur. Et Zachée descendit vite et avec joie le reçut dans sa maison. Et Jésus termina. Les pharisiens ont récriminé : « il accueille même les pécheurs. » Et Jésus conclut : Le Salut est arrivé à cette maison (cette maison, c’est la maisonnée : le papa, la femme, les enfants), car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Jésus veut faire de chacun de nous une pierre vivante de l’Eglise et c’est à l’Eucharistie, source de toute grâce, que nous pouvons recevoir la force d’être le témoin de Jésus et d’être pierre vivantRÈe dans le monde, aujourd’hui. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Samedi  12 septembre 2015
Jubilé des 25 ans de sacerdoce, Mémoire du saint Nom de Marie


Si 24/1,17-22; Ps Luc 1/46-55 ; Luc 1/26-38


Introduction à l’Eucharistie : Je suis impressionné et ému de votre présence en nombre pour célébrer avec moi le vingt-cinquième anniversaire de mon ordination sacerdotale. Merci beaucoup d’être là et de prier à mes intentions et aux intentions de la Communauté.

Nous chantions : « Vivez l’espérance ». Une ordination sacerdotale, c’est un signe d’espérance parce que, par l’ordination, quelqu’un vient être signe du Christ présent au milieu de son Peuple. Chaque fois qu’un prêtre est ordonné, c’est le Christ qui est manifesté à son Eglise et si le Christ est présent à l’Eglise et au monde, eh bien alors, le monde peut avancer dans l’espérance.

Ce vingt-cinquième anniversaire de mon ordination se situe au jour où nous fêtons le Saint Nom de Marie et Marie aussi est bien signe d’espérance puisque c’est elle qui nous a donné Jésus.

Alors, oui, entrons avec Marie, par elle, avec les dispositions de son cœur, entrons dans l’action de grâce, et au seuil de cette Eucharistie, demandons pardon humblement pour tous nos péchés.


Homélie : Le Nom de Marie est sans doute celui qui revient le plus souvent sur les lèvres des chrétiens, après celui de Jésus. Le Nom de Jésus est en effet le Nom qui est au-dessus de tout nom (Cf. Ph 2,9).

Le nom, en milieu sémitique, indique l’identité de la personne, qui elle est, quelle est sa vocation. C’est ainsi que Jésus change le nom de Simon en celui de Pierre, pour lui signifier qu’il sera désormais la pierre sur laquelle il bâtira son Eglise.

En écoutant les lectures de ce jour, spécialement l’Evangile, nous aurons peut-être remarqué que la Vierge a reçu non pas un nom, mais deux noms : pour celle qui a reçu la vocation de devenir la Mère de Dieu, la Mère du Verbe fait chair, lui est donné, en plus de son nom qui lui vient des hommes, qui lui vient de ses parents (Marie, Maryam) lui est donné un autre nom qui vient de Dieu lui-même. Et ce nom lui est donné par le ministère de l’Ange. Et ce nom, c’est : « pleine de grâce ». Si vous avez remarqué l’Ange n’a pas dit à Marie : « Réjouis-toi, Marie », il lui a dit : « Réjouis-toi, pleine de grâce ». Il lui donne un nom nouveau, un nom qui vient de Dieu parce que sa mission apportera le renouveau à toute la création.

Regardons le contenu de ces noms et essayons, en ce jour de jubilé sacerdotal, eh bien, de les mettre en relation avec la vocation du prêtre.

Le nom de Marie, Maryam : Ce nom lui a été donné par ses parents. Dans le nom de Maryam, -on va faire un petit peu d’hébreu-, il y a la racine hébraïque : « mar », qui vient sans doute du mot « mor », c’est la même racine, les mêmes lettres, et « mor » veut dire la myrrhe. Et la myrrhe, eh bien, c’est une substance amère ; d’où les mots mar ; mârâh, qui veulent dire amer, amertume.

Ce nom, amertume, appliqué à Marie peut nous surprendre… Et pourtant, l’héritage qui nous vient des hommes est bien une condition marquée par l’amertume du péché et de ses conséquences. En raison du péché, la vie est devenue rude, pénible, sans concession, amère.

Marie a goûté ; ô combien, à l’amertume du mal de notre monde. Et en même temps, elle a été choisie pour donner au monde Celui qui porterait sur lui l’amertume du péché et du mal, pour nous en délivrer.

A l’image de Marie, et à sa suite, le prêtre est celui qui est inséré dans ce monde tel qu’il est. Le prêtre n’est pas étranger au mal du monde. Il est appelé à se laisser affecter par le mal et la souffrance de ce monde. Et en même temps, avec Marie et comme Marie, le prêtre est appelé à porter au monde Celui qui le délivre du mal.

Lorsqu’à son ordination sacerdotale, l’évêque remet au nouveau prêtre la patène et le calice, il lui dit ceci : « Recevez l’offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu »… L’offrande du peuple saint, c’est toute la vie du monde qui est apportée avec ses joies, avec ses peines pour la présenter à Dieu. Mais l’évêque ajoute : « Prenez conscience de ce que vous ferez, vivez ce que vous accomplirez (c’est-à-dire l’Eucharistie), vivez l’Eucharistie, devenez eucharistie, et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ».

« Conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ». De par sa vocation, le prêtre est, comme Marie, inéluctablement marqué, touché par le mystère de la croix du Seigneur. Le salut passe par la croix, et même dans la vie du prêtre.

Marie a reçu un deuxième nom, un nom qui lui vient de Dieu : « pleine de grâce ». Marie est celle qui est sans cesse remplie de la grâce qui jaillit du Cœur du Père, source de toute grâce et de toute bénédiction.

Marie peut être remplie de grâce jusqu’à en déborder parce qu’elle est totalement vide d’elle-même, totalement pauvre, pure capacité pour accueillir la grâce, pour accueillir le don de Dieu. « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » lui dit l’Ange. Elle a trouvé grâce, précisément parce qu’elle est pur accueil de la grâce, parce qu’elle est totalement vide d’elle-même.

A l’image de Marie, le prêtre est plein de la grâce de Dieu pour la transmettre aux hommes. Lui aussi, on peut dire qu’il a trouvé grâce auprès de Dieu. Par pure grâce et par pure miséricorde, il a reçu cet appel à tenir la place du Christ-tête de l’Eglise.

Comme Marie, le prêtre est appelé à être le plus possible vide de lui-même pour ne pas altérer la grâce qu’il a mission de communiquer. Les mains du prêtre sont vides, mais ce sont ces mains vides qui peuvent tenir le Christ présent sur l’autel, ce sont ces mains vides qui communiquent l’Esprit Saint, qui consacrent le pain et le vin, ce sont ces mains vides qui offrent la grâce du pardon, de la guérison, de la libération ; ce sont ces mains vides qui bénissent.

A travers la première lecture que nous avons entendue, l’Eglise donne un troisième nom à Marie : celui de Mère.

« Je suis la mère du bel amour. Je suis donnée à tous mes enfants, je suis toujours là pour ceux que Dieu a choisis ». Si 24,18)

Marie est mère : mère des hommes et mère des prêtres. « Je suis la mère du bel amour ». Comment Marie est-elle mère du bel amour ? Eh bien, en étant donnée, totalement donnée : « Je suis donnée à tous mes enfants », dit l’Ecriture. Dans la famille, c’est, je crois, la mère qui apprend à aimer, en se donnant. Elle apprend à aimer à ses enfants, mais aussi à son mari. C’est en regardant son épouse se donner que le mari apprend à être père en se donnant à son tour.

De même, la Vierge Marie apprend aux prêtres à être pères en leur apprenant à se donner, en leur apprenant la disponibilité.

Et la liturgie fait dire à Marie : « Je suis toujours là pour ceux que Dieu a choisis. Je suis toujours là pour ceux que Dieu a choisis ». Marie est toujours là pour les prêtres : elle est la mère des prêtres.

Voilà pourquoi en ce jubilé de mon sacerdoce, je me remets encore une fois, je remets mon sacerdoce dans le cœur et dans les mains de Marie.

Profitons de ce jubilé pour prier pour les prêtres, pour les confier à Marie. Qu’à l’image de Marie les prêtres soient vides d’eux-mêmes, afin que le limon de leur « ego », de mon « ego », ne vienne pas polluer l’eau pure de la grâce que nous avons mission de transmettre. Que nous acceptions, comme Marie, de nous laisser conformer au mystère de la croix du Seigneur, afin d’être de vivants témoins de sa Résurrection et alors d’apporter la joie au monde. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Lundi  14 septembre 2015
Fête de la CROIX GLORIEUSE


Introduction à l’Eucharistie : Nous levons les yeux, notre regard, vers la croix qui se dresse au-dessus de l’autel. Aujourd’hui, nous célébrons l’exaltation de la sainte Croix, la Croix Glorieuse. La Croix est le lieu et l’instrument de la victoire du Christ. Sur elle, le Fils de Dieu juge le prince de ce monde et dévoile la malice du péché. Du haut de la Croix, Il attire à Lui tous les pécheurs, Il nous attire, Il nous révèle l’Amour du Père qui l’a envoyé. En expirant sur elle, Il offre le sacrifice par lequel Il enlève le péché du monde et Il rend grâce à son Père avec tous ceux qu’Il sauve. L’Eucharistie est l’actualisation de l’exaltation de la Croix pour le Salut du monde. Nous contemplons et nous communions à Celui que nous avons transpercé.

Aujourd’hui, nous pensons particulièrement à Mère Marie de la Croix, notre Fondatrice, qui a été configurée au Christ dans sa mort sur la Croix et sa résurrection, depuis 1933, jusqu’à sa mort. Le monde descend la croix des lieux publics. Aujourd’hui, parce que chrétiens, une partie de l’humanité vit dans la croix. Oui, elle vit dans le Christ ou le Christ vit dans cette partie de l’humanité qui communie à sa Passion, oui, pour le salut du monde aussi. Prions pour eux et rendons grâce au Seigneur qui nous a sauvés par sa Croix.

Humblement, demandons pardon pour nos péchés ; demandons aussi pardon pour les péchés du monde.


Homélie : En méditant les écrits de Benoît XVI, je me suis inspiré de sa pensée pour porter un regard sur cette fête de la Croix Glorieuse. Lui-même s’est nourri de la pensée de saint Augustin et aussi de saint André de Crête. C’est un texte que nous avons lu ce matin à l’office des Lectures.

« Quelle grande chose que de posséder la Croix, celui qui la possède, possède un trésor. » Ainsi s’exprime saint André de Crête. Et, en ce jour, la liturgie de l’Eglise célèbre l’exaltation de la Sainte Croix. L’évangile nous rappelle la signification de ce grand mystère. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique… pour que les hommes soient sauvés. » Le Fils de Dieu s’est fait vulnérable, « prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix », avons-nous entendu dans la Lettre aux Philippiens. Et c’est par sa Croix que nous sommes sauvés. L’instrument de supplice, infamant, qui manifesta, le Vendredi Saint, le jugement de Dieu sur le monde, est devenu source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix ; la paix par le Sang de sa Croix.

Pour être guéris du péché, il nous faut donc regarder le Christ crucifié, c’est ainsi que nous invitait saint Augustin. En levant les yeux vers le Crucifié, nous adorons celui qui est venu enlever le péché du monde et nous donner la vie éternelle ; c’est ainsi que, pendant l’Eucharistie, le Christ eucharistique nous est présenté. Et l’Eglise nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu’où est allé l’Amour du Crucifié pour les hommes, pour tous les hommes. Une croix, sans le Christ dessus, c’est un instrument, je dirais, infamant, c’est terrible. Une croix avec le Christ dessus, c’est le Christ que l’on voit avant de voir le bois de la croix. Il y a, je vais dire, une médiation entre la croix et nous : il y a le Christ, c’est Lui qu’il faut regarder et cette croix nous invite - la croix avec le Christ - nous invite à rendre grâce à Dieu parce que d’un arbre, qui a porté la mort, a surgi à nouveau la vie. C’est sur ce bois que Jésus nous révèle sa souveraineté, sa souveraine majesté, nous révèle qu’Il est exalté dans la gloire.

Oui, venons, adorons-le. C’est ainsi que le Vendredi Saint nous adorons, à travers le don de la vie de Dieu, notre propre salut. Au milieu de nous se trouve Celui qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, Celui qui invite tout être humain à s’approcher de Lui avec confiance ; il est vulnérable, le Cœur ouvert.

Comment exalter la croix, signifier qu’elle est glorieuse. Comment peut se faire cette transformation d’un outil qui donne la mort en un lieu où surgit une source de vie ? L’apôtre Paul nous l’exprime dans sa lettre aux Philippiens : « Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout, et lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms. » Saint Paul nous révèle donc l’exaltation de Jésus crucifié et la conséquence de son abaissement. Le Verbe de Dieu qui partageait la gloire du Père a préféré, oui, laisser cette plénitude pour s’abaisser dans notre humanité afin de la relever dans la résurrection, après avoir souffert la mort. Dans l’Incarnation du Verbe se manifeste ainsi l’amour de Jésus pour nous et l’amour de son Père qui nous le donne. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, ainsi  tout homme qui croit en Lui ne périra pas mais il obtiendra la vie, la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que le monde, par Lui, soit sauvé. »

Donc, au fond, la transformation de la mort en vie, de la croix comme supplice, à la croix, source de vie, s’opère par l’acte d’amour qui animait Jésus et son Père, alors qu’il traversait les épreuves de sa Passion. La fête de l’exaltation de la Sainte Croix prend une signification particulière, elle nous invite à méditer sur le lien profond et indissoluble qui unit la célébration eucharistique et le mystère de la Croix. Chaque messe en effet, rend actuel le sacrifice rédempteur du Christ. L’Eucharistie nous rappelle quotidiennement que notre salut jaillit de ce mystérieux échange dans lequel le Fils de Dieu épouse la mort pour nous donner gratuitement part à sa vie divine, car l’Eucharistie, c’est la célébration sacramentelle du mystère pascal de Jésus où Jésus rend grâce pour sa propre exaltation à venir qui se réalisera dans le mystère de la Croix et de la Résurrection faisant du pain  son Corps et du vin son Sang, nous dit Benoît XVI ; Jésus anticipe sa mort, il l’accepte au plus profond de lui-même, il la transforme en un acte d’amour. Si l’on comprend bien, ce qui, de l’extérieur, est une violence brutale devient à l’intérieur un acte d’amour qui se donne totalement. Il faut aller jusque là.

Au-delà du processus de transformation du pain et du vin dans le Corps et le Sang de Jésus Christ, la Pâque réalise la transformation de la violence inhumaine en don d’amour. Puis, la Résurrection réalisera la transformation de la mort en vie. Ce processus de transformation n’a été possible que parce que la personne de Jésus a voulu entrer dans le mystère d’amour de son Père et répondre par son amour à la violence qui lui a été faite.

C’est un mystère. Il y a bien sûr, pendant la messe, transsubstantiation, changement… mais il y a aussi cette transformation de la violence terrible en acte d’amour, cela, c’est admirable. Dieu seul peut l’opérer. Seule l’explosion intime du bien qui est vainqueur du mal, nous dit Benoît XVI, peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et ne sauvent pas. L’Eucharistie récapitule tout le mystère pascal : obéissance eucharistique par amour et dans l’action de grâce qui dit oui, au Père. Eh bien, ce oui d’obéissance amoureuse et eucharistique, Jésus nous demande de le faire nôtre pour faire jaillir la vie. Quand Jésus nous dit de faire ceci en mémoire de Lui, c’est moins la répétition d’un rite que l’entrée dans son obéissance confiante envers son Père.

… Nous-mêmes, n’oublions pas que la grâce nous soutient. En effet, les épreuves que nous traversons, les joies que nous partageons (sans rien attendre de retour ou en retour, gratuitement, comme Dieu l’a fait pour nous), sont autant d’occasions d’entrer chaque jour davantage dans la dynamique d’un don et de l’amour, et en fin de compte représente la dynamique propre à la vocation chrétienne. Dieu nous a créés pour l’amour, pour une communion d’amour avec Lui ; il y a quelque chose à creuser là. Alors la vie peut jaillir de nos croix d’aujourd’hui, comme elle jaillit de la Croix de Jésus que nous appelons désormais Croix glorieuse ; elle peut jaillir par cette manière de vivre d’amour jusqu’au sein de l’épreuve.

 Nous en avons un écho particulier dans la vie de Mère Marie de la Croix. Elle-même écrit ceci : « Rendons gloire à la Croix. Nous devons comprendre la Passion du Seigneur à la lumière de sa parole, il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Et parmi ceux-là, il y a d’abord le Père. La Passion du Sauveur est un mystère d’amour, ne l’oublions pas, le mystère de la Croix s’éclaire ainsi pour nous par le mystère de l’amour qui est en Dieu et qui est Dieu. Ainsi nous sommes provoqués pour chercher la lumière décisive à lever notre regard éclairé par la foi. »

Eh bien, l’Église a reçu la mission de montrer à tous ce visage transfiguré et aimant de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Dans le Crucifié du Golgotha, c’est notre dignité d’enfant de Dieu ternie par le péché qui nous est rendue.

Tournons nos regards vers le Christ et recevons cette lumière qui réfléchit sur le visage de l’Église, sur notre propre visage, et c’est cette réflexion de la lumière que nous devons renvoyer au monde. C’est Lui qui nous rendra libres pour aimer comme il nous aime et pour construire un monde réconcilié. Car, sur cette Croix, Jésus a pris sur lui le poids de toutes nos souffrances, les injustices de notre humanité ; il porte les humiliations et les discriminations, les tortures subies dans de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos sœurs par amour du Christ. Et nous en avons chaque jour des échos. Nous les confions à Marie, Mère de Jésus, notre Mère, présente au pied de la Croix. A PontMain, Marie vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d’un renouveau de la vie de nos communautés et de chacun de nous ; en accueillant son Fils, qu’Elle nous présente sur la Croix, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut retrouver une vigueur nouvelle, où l’Église peut se fortifier pour proclamer avec toujours plus d’audace le mystère du Christ. Jésus, né de Marie, est le Fils de Dieu, unique Sauveur de tous les hommes vivant et agissant dans son Église et dans le monde. La Croix glorieuse rayonne sur le monde. Levons les yeux, contemplons Celui que nous avons transpercé et confessons : nous t’adorons et nous te bénissons parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Mardi  15 septembre 2015
Notre-Dame des Douleurs


Introduction à l’Eucharistie : Ce matin, dans la deuxième lecture de l’office des Lectures, le commentaire de saint Bernard qui nous rappelait que saint Paul dénonce comme une des plus grandes fautes parmi les plus grandes fautes des païens, l’insensibilité, c’est-à-dire la dureté du cœur, le refroidissement.

Eh bien, demandons à Marie de nous donner quelque chose à voir, à comprendre, à saisir et à nous nourrir de cet Amour de Dieu jusqu’au don de lui-même. Et Mère Marie de la Croix, notre Fondatrice, accentuait ce côté, cette dévotion au cœur transpercé et immaculé de Marie. Plus le cœur est pur, plus il est sensible à cet Amour de Dieu, plus il est réceptif.

 Eh bien, demandons au Seigneur, pardon, pardon pour nos fermetures, nos égoïsmes, oui, et demandons au Seigneur de nous donner la grâce, son Esprit Saint, pour vivre de cet Amour de Dieu qui se donne dans son Eucharistie pour devenir nous-mêmes eucharistie, don pour les autres.


Homélie : Hier, nous avons célébré la Croix glorieuse du Christ, le Christ glorieux, et la Croix est l’instrument, le moyen de notre salut quand il nous révèle dans toute sa plénitude la miséricorde du Seigneur. La Croix est, en effet, le lieu, le moyen où se manifeste de façon parfaite la compassion de Dieu pour notre monde.

 Aujourd’hui, nous célébrons Notre-Dame des Douleurs, nous contemplons Marie qui contemple son Fils, qui partage la compassion de son Fils pour nous. Comme l’affirme saint Bernard, la Mère du Christ est entrée dans la passion de son Fils par sa compassion. Au pied de la Croix, se réalise la prophétie de Syméon, son cœur de mère est transpercé par le supplice infligé à l’innocent né de sa chair. Son cœur est transpercé dans le cœur de son Fils.

 Comme Jésus a pleuré, on s’en souvient, avant la résurrection de Lazare, devant Jérusalem, eh bien, Marie aussi a certainement pleuré devant le corps torturé de son enfant. La discrétion de Marie nous empêche de mesurer l’abîme de sa douleur, la profondeur de cette affliction est seulement suggérée par la tradition des sept glaives, des sept douleurs de Marie. Et comme pour son Fils Jésus, il est possible de dire que cette souffrance l’a conduite, elle aussi, à sa perfection. On a entendu, dans la lettre aux Hébreux, pour la rendre capable d’accueillir la nouvelle mission spirituelle que son Fils lui confie juste avant de remettre l’Esprit : devenir la Mère du Christ en ses membres. L’obéissance conduit à la perfection, même un cœur immaculé, même le Christ immaculé, la perfection comme dit la Lettre aux Hébreux. Il a été conduit à la perfection par l’obéissance. Et en cette heure, à travers la figure du disciple bien-aimé, Jean, Jésus présente à chacun de ses disciples, chacun de ses disciples à sa Mère en lui disant : « voici ton fils ».

 Eh bien, Marie est aujourd’hui dans la joie et la gloire de la résurrection. Les larmes qui étaient les siennes au pied de la Croix, se sont transformées, j’allais dire, en un sourire, que rien n’effacera tandis que sa compassion maternelle envers nous demeure intacte. Elle est dans la joie de Dieu et son cœur est maternel toujours. Et l’intervention secourable de la Vierge Marie au cours de l’histoire l’atteste et ne cesse de susciter à son regard dans les enfants de Dieu une confiance inébranlable.

 Pour être en confiance, il faut un regard qui donne confiance. La prière du « Souvenez-vous » exprime très bien ce sentiment. Marie aime chacun de ses enfants portant d’une façon particulière son attention sur ceux qui, comme son Fils à l’heure de sa Passion, sont en proie à la souffrance, aux difficultés. Elle les aime tout simplement parce qu’ils sont ses fils selon la volonté du Christ sur la Croix. Et le psalmiste, percevant de loin ce lien maternel qui unit la mère du Christ et nous, peuple des croyants, prophétise au sujet de la Vierge Marie, et c’est étonnant, que les plus riches du peuple en amour, en besoin d’amour, quêteront ton sourire. Ainsi, les chrétiens ont-ils depuis toujours quêté le sourire sur le visage de Notre-Dame. Les statues des Vierges à l’enfant, les nativités, sont les plus répandues dans l’histoire de l’art. Il s’adresse cependant tout spécialement, ce sourire, s’adresse tout spécialement à ceux qui souffrent afin qu’ils puissent y trouver le réconfort et l’apaisement dans la relation vivante et profondément humaine qui nous lie à celle que le Christ nous a donnée pour mère. J’en veux pour preuve, j’allais dire, vous en avez peut-être besoin, je ne crois pas, mais quand même, on en a besoin nous, en regardant les apparitions de Notre Dame à Pontmain, même Bernadette à Lourdes. Quand Notre Dame arrive, quand elle apparaît aux enfants, elle est devant eux avec un sourire maternel très fort qui a frappé les enfants. Et puis ensuite, il y a eu la présentation de la Croix, elle est tombée en tristesse. Et après, lorsque la Croix a disparu, elle a retrouvé un sourire d’une telle profondeur que les enfants disaient : on n’a jamais vu cela sur terre. Bernadette, elle-même, Marie, après avoir fait traverser Bernadette dans la pénitence, gratter la terre, boire l’eau boueuse, se badigeonner la figure, etc… en signe de pénitence, c’est dire, elle est passée par cette passion en compassion, et après, après, eh bien, elle a contemplé le sourire sur la Vierge Marie, celui-ci fut la première réponse de la belle Dame donnée à Bernadette qui voulait connaître son identité. Avant de se présenter à elle quelques jours plus tard comme l’Immaculée Conception, Marie lui fit d’abord connaître son sourire maternel comme étant la porte d’entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère. C’est une leçon pour nous fondamentale : quel est le visage du chrétien ? Le visage du Christ réfléchit sur le visage de l’Eglise. Qu’est-ce qu’on offre comme visage pour être crédible ? Nous voyons dans le sourire de notre Mère tourné vers nous notre dignité d’enfant de Dieu, cette dignité que n’abandonne jamais celui qui souffre. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Nous savons malheureusement, la souffrance endurée rompt les équilibres les mieux assurés d’une vie, ébranle les assises les plus fermes de la conscience et en vient parfois même à faire désespérer du sens et de la valeur de la vie. Il est des combats que l’homme ne peut soutenir seul, sans l’aide de la grâce divine et de ce sourire de Marie. Quand la parole ne sait plus trouver les mots justes s’affirme le besoin d’une présence aimante, amicale, fraternelle, maternelle. Nous recherchons alors la proximité non seulement de ceux qui partagent le même sang, ou qui nous sont liés par l’amitié, mais aussi la proximité de ceux qui nous sont intimes par les liens de la foi. Qui pourrait nous être plus intime que le Christ et sa sainte Mère, Marie. Plus que tout autres, ils sont capables de nous comprendre et de saisir la dureté du combat mené contre le mal et la souffrance, ils l’ont traversée.

 La Lettre aux Hébreux nous dit à propos du Christ qu’il «n’est pas incapable de partager notre faiblesse car en toute chose il a connu l’épreuve comme nous. »

 Dans le sourire de notre Mère se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat pour la vie. Auprès d’elle se trouve également la grâce d’accepter sans crainte ni amertume de quitter ce monde à l’heure voulue par Dieu.

 Nous sommes responsables, oui, de cette transcription du sourire dans notre langage. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour. C’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils bien-aimé tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît, et nous savons ce qui plaît à Marie grâce aux paroles qu’elle adressa aux serviteurs à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Et le sourire sur le visage de Marie est une source d’eau vive, rappelons Bernadette. « Celui qui croit en moi, dit Jésus, des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. » Marie est celle qui a cru et dans son sein ont jailli des fleuves d’eau vive qui viennent irriguer l’histoire des hommes. De son cœur de croyante et de Mère jaillit une eau vive qui purifie et qui guérit.        

 Dans la séquence de ce jour de la fête de Notre Dame des douleurs, on ne l’a pas chantée mais qui est là, Marie est honorée sous le titre de source d’amour, source d’amour.

 Du cœur de Marie sourd en effet un amour gratuit qui suscite une réponse : un amour filial appelé à s’affiner sans cesse. Comme toute mère et mieux que toute mère, Marie est l’éducatrice de l’amour pour nous conduire à l’unique source du salut, son Fils Jésus, le Sauveur. Et pour chacun la souffrance est toujours une étrangère, la présence d’une souffrance n’est jamais domesticable c’est pourquoi il est si difficile de la porter et plus difficile encore comme l’on fait certains grands témoins de la sainteté du Christ de l’accueillir comme une partie prenante de notre vocation et d’accepter, comme Bernadette l’a formulé, de tout souffrir en silence pour plaire à Jésus. Mais pour pouvoir dire cela, il faut déjà avoir parcouru un long chemin en union avec Jésus et Marie. Dès à présent, il est possible, en revanche de s’en remettre à la miséricorde de Dieu telle qu’elle se manifeste par la grâce des sacrements, notamment de réconciliation. On sait que par exemple, Bernadette, je prends cet exemple, un enfant de Marie, au cours de son existence, souvent marquée par la maladie, crucifiée dans son corps, a reçu ce sacrement à quatre reprises, le sacrement des malades, par exemple, eh bien, la grâce propre à ce sacrement consiste à accueillir en soi le Christ médecin. Cependant, le Christ n’est pas médecin à la manière du monde, pour nous guérir il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée, pour le comprendre il faut une dévotion mariale, il la soulage en venant habiter celui qui est atteint par la maladie. Marie était habitée de son Fils. C’est comme ça qu’elle l’a portée. Pour la porter cette souffrance et la vivre avec Lui et la présence du Christ vient rompre l’isolement que provoque la douleur. L’homme ne porte plus seul son épreuve mais il est conformé au Christ qui s’offre au Père en tant que membre souffrant du Christ, et il participe en lui à l’enfantement de la nouvelle création.

 Au fond, la compassion, je veux dire, c’est un accouchement, comme Marie, sa maternité spirituelle, c’est pour donner naissance, naissance comme le Christ nous a donné la vie à travers son sang et cette vie eucharistique à laquelle nous communions ; en fait, c’est lui qui est en nous vit de sa vie d’amour dans l’offrande à son Père.

 Eh bien, demandons à Marie, de nous éduquer, de nous ouvrir le cœur à ce sens de l’amour. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Samedi  26 septembre 2015
Accueil des reliques de Louis et Zélie Martin


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui nous avons l’honneur et la joie de recevoir dans cette église les reliques des bienheureux Louis et Zélie Martin. Mais nous ne sommes pas seuls. Tous les saints du paradis sont là. Et en tête, il y a sainte Thérèse. Un commandement de Dieu qui dit : « Honore ton père et ta mère. La première à honorer les reliques des bienheureux Louis et Zélie, c’est Thérèse accompagnée de la Vierge, de tous les saints. Eh bien, demandons-leur cette grâce de la foi, de la confiance en ces bienheureux, de bénédictions, de grâces pour chacun de nous.

Et commençons par demander pardon à Dieu de tous nos péchés.


Homélie : Aujourd’hui, nous accueillons les reliques des époux Louis et Zélie Martin. C’est une grande grâce pour nous. Dieu dit, un jour, à sainte Mechtilde que les saints avaient le pouvoir d’accorder à ceux qui les leur demandaient les grâces qu’ils avaient vécues. Donc aujourd’hui, nous pouvons invoquer Louis et Zélie Martin pour la grâce de la vie conjugale et de l’éducation chrétienne des enfants.

C’est le 18 octobre 2008 que l’Eglise a béatifié les époux Louis et Zélie Martin à cause de leur façon très évangélique dont ils ont vécu leurs vies d’époux et de parents chrétiens dans une famille ordinaire. La spiritualité était simple : confiance en Dieu, en sa Providence et abandon à sa volonté. Ils se sont contentés d’élever chrétiennement leurs enfants et de travailler pour leur assurer un avenir. Ils ont connu les mêmes joies et les mêmes difficultés que tout parent connaît.

Louis et Zélie sont nés dans une famille de la toute petite bourgeoisie, mais qui avait une foi profonde, communiquée à leurs enfants dès leur tendre jeunesse. Louis, jeune homme, aurait voulu entrer chez les chanoines réguliers du Mont Saint Bernard, mais il n’y fut pas admis car il ne connaissait pas le latin. Zélie aspirait, elle, à la vie religieuse, elle était d’un tempérament vigoureux. Sa première entrevue avec la supérieure des filles de la Charité d’Alençon se solda par un échec. Alors, elle pria pour trouver un mari chrétien : « Mon Dieu, pourquoi je ne suis pas digne d’être votre épouse comme ma sœur ? (qui est entrée à la Visitation du Mans). J’entrerai dans l’état du mariage pour accepter d’accomplir ta sainte volonté. Alors je vous en prie, donnez-moi beaucoup d’enfants, et qu’ils vous soient tous consacrés. »

Un jour du mois d’avril 1858, alors que Zélie Guérin passait sur le pont saint Léonard, elle croisa un jeune homme dont la noble physionomie, l’allure réservée, la tenue pleine de dignité l’impressionnèrent. Au même moment, une voix intérieure lui murmurait : « C’est celui-là que j’ai préparé pour toi. » Bientôt, elle apprit que ce monsieur s’appelait Louis Martin. Trois mois plus tard, le 13 juillet 1858 à minuit exactement, Louis et Zélie s’unissaient par le sacrement du mariage à l’église d’Alençon.

Leurs personnalités ne sont pas semblables. Louis est un homme silencieux, discret, posé, ordonné, réfléchi… Zélie est une femme active, spontanée, vive, dotée d’une énergie débordante, presque impulsive, toujours sur la brèche. Louis était un homme d’une intelligence plutôt lente, et gratifié d’une grande sensibilité affective (ou intelligence du cœur). Il apportera une aide efficace au commerce de son épouse. Zélie est une femme généreuse, intelligente, vive d’esprit, pleine d’humour, qui a les pieds sur terre et fait preuve d’un solide bon sens. Tous les deux, ils sauront se comprendre et s’aider.

Dès le début de leur mariage, pendant une dizaine de mois, ils vivent la continence, selon le désir de monsieur Martin, mais c’est leur confesseur qui les invitera à consommer leur mariage.

L’Eucharistie quotidienne sera en particulier le pilier de leur existence. Chaque matin, ils se rendent à la messe des ouvriers à 5h30 (je crois qu’on dirait 6h30 aujourd’hui ) Ils vivent au rythme de la liturgie et jeûnent durant le Carême. Et le dimanche, Louis refuse d’ouvrir son magasin d’horlogerie bijouterie. Pour lui, le principe directeur de sa vie sera « servir Dieu ». Le dimanche, non seulement il participe à la messe, mais assiste aux vêpres et aux complies, et visite le Saint-Sacrement. Mais ils savent aussi se réjouir en famille, se détendre entre amis, se promener, jouer, partager des repas festifs ; à la maison on aimait rire, jouer, chanter.

En même temps, Louis et Zélie se savent pécheurs et vont se confesser régulièrement. Ils ont le désir de la sainteté. Ils s’aiment tendrement. Zélie écrit à Louis absent : « Je t’embrasse de tout mon cœur. Je suis si heureuse aujourd’hui à la pensée de te revoir que je ne puis travailler. Ta femme qui t’aime plus que sa vie. » « Chère amie, » écrit Louis à sa femme, «  Le temps me paraît long, il me tarde d’être près de toi. Ton mari et vrai ami, qui t’aime pour la vie.»

Leur étape de sainteté va comprendre l’enfantement de 9 enfants en 13 ans. La venue d’un nouvel enfant est à chaque fois l’occasion d’une immense reconnaissance envers Dieu. Zélie éprouve la joie de se découvrir profondément mère (faite pour avoir des enfants). Ainsi naîtront successivement Marie, Pauline, et Léonie. Cette dernière donnera beaucoup de soucis à ses parents, car sa santé se dégrade sérieusement. La médecine est impuissante. Louis entreprend alors un pèlerinage à pied à Notre Dame de Sées, à 21 kilomètres. La sœur de Zélie fait une neuvaine à la bienheureuse Marguerite-Marie. Peu après, Léonie se rétablit totalement. Viennent ensuite Hélène, puis son premier garçon Joseph-Louis-Zélie, mais il décède à peine âgé de 5 mois. C’est une grande peine pour les parents. Quand à Hélène, elle souffre d’une otite qui ne cesse d’empirer. Zélie prie avec confiance son petit Louis défunt, et le lendemain matin, la malade est complètement guérie. Le 9 décembre 1867, naît le petit Joseph-Jean-Baptiste qui décèdera 9 mois plus tard.

Zélie, jeune fille, s’était donné un coup dans la poitrine, cela se muait en une glande au sein qui la faisait continuellement souffrir et qui évoluera en cancer. Elle va perdre coup sur coup son père, sa mère ; ces deuils rapprochés vont ébranler sa vitalité. Et pourtant en 1869, Zélie est enceinte de son septième enfant, mais elle est angoissée, tourmentée, et donc Céline naîtra le 29 avril 1869. Au mois d’août 70, autre problème, elle voit sa petite Hélène atteinte d’une fièvre. Zélie ne cesse de pleurer. La petite fille ne fera que dire : « Ma pauvre petite mère qui a pleuré ». Hélène finit par décéder. Quand Louis Martin rentre à la maison, il sanglote en s’écriant : « Ma petite Hélène, ma petite Hélène », puis ensemble, les deux époux l’offrent au bon Dieu.

Le 16 août 1870, alors que la guerre franco-prussienne bat son plein, naît la petite Marie-Mélanie-Thérèse. Depuis la naissance d’Hélène, Zélie ne peut plus nourrir ses enfants, donc elle confie cette dernière à une nourrice. Mais la nourrice s’est trouvée sous-alimentée et le bébé sombre dans un état d’amaigrissement et meurt deux mois plus tard. Zélie écrit à sa belle sœur : « A chaque nouveau deuil, pour moi, il me semble toujours aimer l’enfant que je perds plus que les autres.» Fin 1870, c’est la débâcle de l’armée française. Les Prussiens entrent dans Alençon. Les maisons sont réquisitionnées pour loger les Prussiens. Les Martin doivent en loger 9.

Louis et Zélie avaient donc des tempéraments différents. L’humour de Zélie était capable de dérider toute situation. Louis avait cependant un caractère très gai, et s’impliquait volontiers dans les jeux avec ses filles. Leur priorité était l’éducation chrétienne des enfants qui étaient un grand sujet de joie, de fierté et de reconnaissance envers Dieu. Ils aimaient chacun d’eux. Autant Louis que Zélie aimaient la vie ; fidèles au devoir familial et professionnel. L’ouverture aux autres par amour du prochain préside à l’orientation fondamentale de leur vie. Toujours disponible pour secourir, Louis se lève la nuit si le tocsin sonne et donne l’alarme d’un incendie. Partis de rien, Louis et Zélie finissent à la tête d’une belle entreprise de dentelles. Mais ils privilégient toujours le service de Dieu et le bien de leurs employés en donnant aussi une large part de leur gain à l’Eglise et aux pauvres.

Zélie faisait porter aux familles pauvres, par Louise Marais la servante, du pot-au-feu, des bouteilles de vin et des pièces de 40 sous, mais personne ne le savait sinon Zélie et sa servante.

Le 2 janvier 1873, naît la petite Thérèse. Thérèse a de graves dérangements intestinaux qui l’affaiblissent de jour en jour. Elle va mourir. Zélie prie ardemment saint Joseph et l’enfant guérit, puis elle la confie à une nourrice ; ne pouvant pas la nourrir à cause de son cancer du sein. Les dernières semaines de Zélie se passent dans des souffrances extrêmes. Mais Zélie s’abandonne à la Providence. Après avoir reçu les derniers sacrements, Zélie décèdera le 28 août 1877. Ce fut une grande douleur dans toute la famille ; Louis était effondré. Pour la petite Thérèse qui n’avait que 5 ans, ce fut un tel choc que son tempérament en fut transformé, et à dix ans, elle tomba gravement malade. On l’attendait à mourir. Ce fut le sourire de la sainte Vierge qui la guérira.

Après la mort de son épouse, Louis s’installe à Lisieux, aux Buissonnets, pour se rapprocher de son beau-frère. Il a tout juste 55 ans. Il sera un père actif doté d’un tact maternel. Il imprime à la vie quotidienne un climat de chaleur familiale. Il veille avec soin à l’éducation de ses filles.

Thérèse garde un souvenir émerveillé des soirées en famille. Ce sont des moments de détente, de recréation familiale, de prière en commun qui contribuent à affermir les liens. Ce sont des chants, des récitations de poèmes, de narration d’histoires anciennes, des mimes d’imitations et de contrefaçons de voix à l’initiative de Louis. Ce sont des jeux de damier, de dégustation de pommes, de marrons cuits à la cheminée. Tout se termine par la lecture de l’Année liturgique de Dom Guéranger et par la prière en commun.

Louis aime voyager, parfois accompagné de ses filles, tel le fameux voyage à Rome.

L’une après l’autre, les filles Martin vont le quitter pour entrer dans la vie religieuse. Il ne s’y attendait pas. « Dieu seul, écrira- t-il plus tard, peut exiger un tel sacrifice, mais il m’aide si puissamment qu’au milieu des larmes, mon cœur surabonde de joie. »

Mais ces séparations successives, sources de fortes émotions, vont fragiliser la santé de Louis. En 1888, apparaissent les premiers symptômes de l’artériosclérose cervicale. Le 1er mai 1887, en effet, une attaque cérébrale avait entraîné une paralysie partielle du côté gauche. Il s’en est remis. A ce moment-là, Louis fait une montée spirituelle et la grâce lui inspire de donner sa vie en offrande. Puis, la maladie s’aggrave considérablement ; il devint cause d’inquiétude pour ses proches. Il a des hallucinations qui le rendent dangereux. Il doit être interné en psychiatrie, ce qui paraissait à cette époque comme une réprobation honteuse. Ses filles en sont grandement humiliées. Pendant 3 ans, il sera interné au Bon Pasteur de Caen et fera l’admiration du personnel et des religieuses de l’hôpital.

Saint Bernard avait écrit : « L’humilité que l’humiliation nous apprend à pratiquer est le fondement de tout l’édifice spirituel. » Louis vit l’épreuve de sa maladie uni à Dieu.

Il put revenir quelques jours à Lisieux et fut conduit au carmel. Il ne pouvait prononcer qu’une seule parole : «Au ciel», en montrant le ciel de son doigt.

Le 28juillet, Louis fit une crise cardiaque qui lui sera fatale et, le 29 juillet, à 71 ans, il achève le cours de sa vie.

Dans une lettre, Thérèse écrira : « Le Bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du ciel que de la terre.» Leur béatification par l’Eglise confirme ces paroles.

La sainteté n’est pas à attendre à la fin de la vie, c’est l’urgence du moment présent pour chacun d’entre nous. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Dimanche  1er  novembre 2015
Solennité de TOUS LES SAINTS


Ap 7,2-4,9-14 ; Ps 23, 1-6 ; 1Jn 3,1-3 ; Mt 5, 1-12.


Introduction à l’Eucharistie : « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur ». La liturgie nous invite à partager l’exultation céleste des saints dans la gloire de Dieu, à en goûter la joie. Notre famille a sa demeure dans le ciel.

 Nous chanterons notre joie dans le Credo en nous unissant à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. L’Eglise dont nous sommes les enfants, unie au Christ et sanctifiée par Lui, elle devient « par Lui et en Lui » à son tour sanctifiante pour la gloire de Dieu et la joie des sauvés.

 Invoquons les saints afin qu’ils nous aident à les imiter et engageons-nous à répondre avec générosité, à grandir sur le chemin des Béatitudes.

Comme nous le demande saint Bernard : « Désirons la compagnie des saints, leur bonheur et leur gloire », et reconnaissons-nous pécheurs. Confions-nous à Marie, reine de tous les saints, et demandons le pardon et la miséricorde du Dieu trois fois saint.


Homélie : Chers frères et sœurs, c’est une grande fête de famille, aujourd’hui, la fête de tous les saints. Nous avons tous des saints dans notre famille. Sont-ils proches ? Vous savez, lorsque, bon, ils sont dans le ciel, c’est sûr. Mais vous savez lorsque le Ciel s’est ouvert à Pontmain avec la présence de Marie, les enfants ne pouvaient plus détacher leur regard tant ils étaient heureux de la présence de Marie, de la contempler couronnée, car elle est la Reine du Ciel, des anges et des saints. Il y avait une très grande proximité entre ces enfants et Marie à tel point que, plus tard, quand Joseph Barbedette va décrire l’apparition, il va donner les choses au centimètre près, ça veut dire la très grande proximité. Alors, ne croyons pas que les saints sont loin. Non, ils nous sont présents.

Lorsque le Seigneur monte sur la montagne, ses disciples viennent à Lui, mais c’est la foule qui est attirée. Alors, laissons-nous attirer par les saints, par le Seigneur, par Marie, car ils nous invitent non seulement à lever notre regard, mais à ouvrir notre cœur, élargir notre cœur et nous réjouir. Il nous faut nous réjouir ; et c’est une très grande joie au Ciel pour tous les saints. Vous savez, ils sont très sensibles. Lorsque Jésus dit : lorsqu’un pécheur revient au Seigneur, c’est tout le ciel qui chante, le ciel se réjouit. Ils vibrent. Serions-nous insensibles ? Et aujourd’hui, le Seigneur déclare : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense, qui vous attend, sera grande dans les Cieux ! » Réjouissez-vous, car nous fêtons la gloire de Dieu dans ses saints ! C’est ce à quoi nous sommes appelés et qui est déjà commencé depuis le jour de notre baptême. La liturgie de ce jour ne s’accommode pas de tristesse, elle prend résolument le mode solennel et joyeux, elle parle de bonheur, alors, soyons dans la joie !

 Nous entendions ce matin, à l’office des lectures, une homélie de Saint Bernard. Dans cette homélie il lance un appel vibrant aux chrétiens, il nous réveille dans une apostrophe, il dit ceci :

« L’Eglise des premiers nés, les saints du ciel, nous attendent et nous n’en aurions cure ! Les saints nous désirent et nous n’en ferions aucun cas ! Les justes nous espèrent et nous nous déroberions ! Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent et puisqu’ils comptent sur nous, accourons avec nos désirs spirituels ! »

La Parole de Dieu nous offre l’espérance et la réponse à tant d’objections d’un monde qui n’a pas rencontré la lumière de Dieu, objections telles que celles-ci :

- La mort est-elle la fin, le retour au néant ?

- L’au-delà, le Ciel, mythe ou réalité ?

- L’éternité en Dieu, est-ce pensable ?

Toutes questions auxquelles les hommes se confrontent en leur âme et conscience dans ce cheminement de la foi dans lequel nous sommes. Et l’Apocalypse et l’évangile des Béatitudes constituent les deux piliers de la Solennité de la Toussaint. La vision prodigieuse du Ciel, de sa gloire, est une ouverture qui conduit vers cette gloire. En contemplant le Ciel ouvert, nous contemplons le Père qui ouvre tout grand ses bras et son Cœur à ses enfants. Dieu ne se paie pas de mots : Il donne et offre sa joie et son amour, et son ciel, et l’éternité, et la gloire !

L’Apocalypse de saint Jean est une lettre de consolation qui pourrait bien, oui, être très parlante aujourd’hui encore. Consolation adressée par le vieil apôtre à des enfants dans l’épreuve : c’était à l’époque des chrétiens persécutés. Cette lettre aux Eglises, elle s’adresse aux Eglises en deuil et en crise. En deuil, parce que les persécutions des empereurs Néron et Dioclétien ont fait des coupes sombres dans les communautés chrétiennes par le martyre. D’où la crise profonde provoquée dans les premières communautés par le choc de ces vagues hostiles et mortifères qui provoquèrent, en conséquence, le scepticisme, et ailleurs l’apostasie et l’hérésie.

Alors, il fallait intervenir, et le Seigneur, par la vision de Saint Jean, est intervenu en ouvrant toutes grandes les portes du Ciel, pour exhorter les chrétiens tentés d’abandonner le chemin de leur salut : il leur dit : « Voyez, le triomphe est au bout de la route ! Relevez la tête ! », et cela, en termes apocalyptiques, c'est-à-dire avec des images et des symboles prestigieux. Voilà ce que dit le Seigneur par son apôtre, et qu’il continue de nous dire aujourd’hui dans notre monde, qui génère la mort dans ses idéologies, un monde ensanglanté par le sang des martyrs à cause du nom du Christ.

Notre foi, don de Dieu, reçue de Dieu, dans la joie, chante, dans la préface de la liturgie, la louange de Dieu, et se réjouit du bonheur de nos frères, les saints. Elle chante ceci : « Nous fêtons, aujourd’hui la cité du Ciel, notre mère, la Jérusalem d’en-haut ; c’est là que nos frères les saints, déjà rassemblés, chantent sans fin ta louange. Et nous qui marchons vers elle par le chemin de la foi, nous hâtons le pas, joyeux de savoir, dans la lumière, ces enfants de notre Eglise que tu nous donnes en exemple. »

La joie de cette nouvelle naissance dans le Ciel demeure le fruit de l’amour du Père qui engendre à la vie, et non pas à la mort. Saint Jean nous le rappelle : « Voyez, frères bien-aimés, comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés, il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, -et nous le sommes ».

Et à Pontmain, Marie appellera les enfants : mes enfants, c’est nous-mêmes, mes enfants. Saint Paul dit, ou saint Jean dit : Mes enfants bien-aimés, bien-aimés du Seigneur. Si nous sommes les enfants bien-aimés du Père, c’est que déjà nous sommes dans le cœur de Dieu et donc déjà dans la sainteté de Dieu.

Nous avons là, l’expression la plus parfaite d’une parole que nous pouvons trouver dans la Genèse où Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ». L’apôtre Jean, dans sa première lettre, décrit cette qualité divine d’un être humain en deux étapes : le commencement de cette ressemblance s’inaugure au jour de notre baptême, mais c’est là une imperfection. Aussitôt, l’apôtre nous montre l’accomplissement de cette qualité de ressemblance : « lorsque le Fils de l’Homme reviendra, nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est ! » nous sommes en chemin.

 Y a-t-il, dans la Révélation, des paroles plus remplies de promesse, plus stimulantes pour notre foi et notre espérance. « Nous verrons Dieu tel qu’il est parce que nous lui serons semblables ! » Autrement dit, nous sommes bien les enfants de Dieu.

Mes frères, venons-en aux Béatitudes : il y a en celles-ci une difficulté à vaincre, une illusion peut-être à dissiper. Ne nous laissons pas bercer et endormir par la cantilène des Béatitudes. Elles concernent moins les élus du Ciel que les pauvres pécheurs de la terre que nous sommes.

Elles orientent moins nos regards vers ceux qui triomphent déjà dans la gloire de Dieu que vers ceux qui cheminent encore ici-bas et qui sont des pauvres, des miséreux, des humbles, des piétinés, des affamés de justice, à qui cette justice est refusée, des affamés de liberté et qui sont enchaînés dans notre monde qui déstructure l’image et la ressemblance de Dieu dans la personne humaine.

Le Seigneur, dans les Béatitudes, énonce un principe d’évangélisation : proclamer les béatitudes, c’est proclamer que, déjà, maintenant, dans l’état où se trouvent les hommes, sont bienheureux les pauvres, sont bienheureux les persécutés, sont bienheureux ceux qui luttent pour la pureté d’une vie morale en accompagnant la vie de sa conception à sa mort naturelle qui est naissance en Dieu.

Les Béatitudes s’inaugurent en cette vie, et proclamer ces Béatitudes, c’est évangéliser les pauvres, les persécutés et les petits, c’est proclamer cette grande et ineffable nouvelle, c’est aussi s’engager à travailler énergiquement, persévéramment au triomphe de la justice, au triomphe de la liberté, au triomphe de la paix, à la libération des hommes de la misère.

Ne nous endormons pas ! Nous ne pouvons pas nous contenter d’une simple proclamation. Nous devons travailler à réduire le mal, qui est en ce monde, et à protéger la vie qui est un don de Dieu dont nous avons la responsabilité et dont nous aurons à rendre compte.

Mais nous souvenant que la récompense est au bout du chemin, et que, contrairement à la pensée médiatique mais très provisoire, nous ne sommes pas des ringards, des illusionnés, notre bonheur est expérimenté dès ici-bas. Bienheureux les pauvres qui entrent dès maintenant dans le Royaume, car ce Royaume est déjà en eux. Tel est le sens des Béatitudes.

Et c’est ce sens-là que nous pouvons contempler dans la vie et dans l’histoire de notre Mère du Ciel, la Reine de tous les saints.

Marie fut pauvre, elle fut humble, elle fut petite, pure et aussi à sa manière persécutée, méprisée, et elle l’est toujours. Et cependant, dès sa vie terrestre, elle a été proclamée « bienheureuse ». Et maintenant, son bonheur est à la mesure du Ciel. Elle est la femme bénie entre toutes les femmes, la Mère de tous les saints. Elle est celle qui nous montre le terme dont elle jouit elle-même et qui nous montre la route par où nous devons la rejoindre.

Et non seulement, elle est pour nous le modèle, celle qui indique la route, elle est celle qui nous entraîne par son amour, qui nous entraîne par la main, à sa suite, et qui nous fera, un jour, la voir ; le jour où elle se montrera à nous dans la communion des saints et où elle nous montrera son Fils.

Oui : «  Je crois à la communion des saints, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ! » Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Lundi  2 novembre 2015
Commémoration de TOUS LES FIDÈLES DÉFUNTS


Sagesse 4/7-15 ; Psaume 30/2, 6, 8-9, 15-18, 23 ; Romains 9/3-9 ; Jean 17/1-3, 24-26.


Introduction à l’Eucharistie :  Après avoir fêté, hier, tous les saints, ceux qui jouissent de la vision et de la gloire de Dieu, nous prions aujourd’hui pour nos frères défunts qui sont encore dans le Purgatoire, qui achèvent leur purification. Récemment, on m’a communiqué un texte sur la mort et que, je trouve, voilà, bien en situation pour débuter notre célébration de l’Eucharistie. Je vous le lis : « Les chrétiens ont une drôle de façon de regarder la mort. Ils la regardent en face, sans baisser les yeux, sans faire comme si la mort n’existait pas. Les chrétiens ne jouent pas la comédie, ils osent en parler. Ils ne sont pas plus malins que les autres, ni plus fiers, ni plus courageux. Ils osent en parler. Les chrétiens ont aussi peur de la mort que les autres, elle leur fait aussi mal mais ils ont un secret : un ressuscité. Les chrétiens ont en commun un Ressuscité qui a vaincu la mort. La mort n’est plus une fin mais un commencement. Elle n’est plus un enterrement mais une naissance. Les départs font toujours aussi mal qu’avant mais ils font lever le jour. La mort est toujours aussi difficile, mais elle ne pourra plus jamais nous voler notre espérance, la mort ne sera plus jamais une absence mais toujours un à-Dieu.

 Voilà, c’est notre foi dans le Christ ressuscité qui nous fait regarder la mort avec espérance. Alors dans cette espérance, eh bien demandons pour nos frères défunts et pour nous-mêmes le pardon, la réparation de tous nos péchés.


Homélie : Nous sommes réunis pour prier et offrir la valeur infinie du Sang de Jésus pour les fidèles défunts.

 Prier pour les défunts, eh bien, nous fait nous poser la question du sens de la vie. Personnellement, chaque fois que je suis touché par la mort d’un proche, je me trouve face au mystère du sens de la vie. Je suis là, en présence du corps du défunt : c’est bien lui, son corps est là, devant moi, mais il n’est plus là ! Sensation étrange de présence et d’absence tout à la fois. Le corps du défunt est bien là, mais lui, son « moi », le souffle qui l’animait, celui qui me parlait, qu’est-il devenu ? Où est-il maintenant ? Quel est le sens de cette vie qui vient de partir ? Et par contre coup, quel est le sens de ma vie ?

 L’âme de ce défunt est-elle auprès de Dieu ? Comment faut-il vivre pour voir Dieu, pour vivre avec Lui, dans le face à face ?

 Autant de questions que vous vous posez vous aussi, peut-être, également!...

 Toutes nos questions concernant le sens de notre vie et l’au-delà de la mort restent sans réponse si Dieu ne vient pas lui-même nous apporter les lumières essentielles pour que nous puissions avancer dans l’assurance et la paix que donne l’espérance. Et c’est par sa Parole que Dieu vient nous instruire sur le sens de notre vie ; et c’est en nous appuyant sur sa Parole qui est la vérité même que nous fortifions notre espérance, la vertu théologale d’espérance qui s’appuie sur Dieu lui-même.

 Aujourd’hui, nous entendons beaucoup dire qu’il nous faut mourir dans la dignité. Il y a des associations qui militent pour cela.

Qu’est-ce que la dignité ? qu’est-ce qu’une vie digne ? L’auteur du Livre de la Sagesse, qui vivait environ 70 ans avant Jésus, dit que la dignité ne tient pas au nombre des années. Dans la culture de son époque, la vieillesse était signe de bénédiction et donc de dignité. Dans la culture qui est la nôtre, beaucoup diraient que la dignité c’est de ne pas être touché par la maladie, par le handicap, de ne pas être atteint dans son aspect physique ou dans son psychisme.

L’auteur du livre de la Sagesse répond à cette question : « La Sagesse surpasse les cheveux blancs, une vie sans tache vaut une longue vieillesse ». Autrement dit : La dignité de l’homme se mesure à sa sagesse, c’est-à-dire à sa capacité à plaire à Dieu. Et nous pouvons nous poser la question : est-ce que dans ma vie, est-ce que dans mes actes de tous les jours je cherche à plaire à Dieu ? pour avoir une vie vraiment digne de lui.

Une vie réussie, c’est une vie qui plaît à Dieu ! Voilà le critère qui permet de discerner le sens de la vie et l’énigme de la mort.

Certaines morts adviennent trop tôt à notre goût ! Là encore, le livre de la Sagesse nous dit que cette mort subite, qui nous choque, avec raison, est en fait une miséricorde : sans attendre, parce qu’il plaisait au Seigneur, il a retiré le juste d’un monde mauvais, de peur que le mal ne corrompe sa conscience. Certaines morts, inexpliquées, qui nous choquent sont en fait, eh bien, le fruit d’une miséricorde du Seigneur.

A l’heure où il passait de ce monde à son Père, Jésus a prié pour nous. Il a demandé au Père que nous soyons avec lui et que nous contemplions sa gloire, dans le face à face, ce qui veut dire que nous sommes promis à la Gloire du Christ puisque Jésus l’a demandé à son Père et qu’il est toujours exaucé, comme il le dit dans l’évangile selon saint Jean.

Mais la clé qui nous ouvre l’accès à la gloire du Père, c’est la Croix du Christ. Par sa croix, Jésus a réduit à l’impuissance le péché et la mort qui en est la conséquence.

Jésus nous propose maintenant d’entrer dans la vie nouvelle où lui-même est entré le premier en ressuscitant des morts.

C’est par la foi et par le baptême que nous vivons ce passage, avec le Christ, de la mort à la vie. Le passage de la mort à la vie, nous l’avons déjà fait, au jour de notre baptême. Mais cela, ce passage, est à ratifier chaque jour de notre vie par notre foi, c’est-à-dire par notre attachement au Christ, à notre attachement à Jésus. C’est en nous attachant, au jour le jour, à Jésus, par notre cœur, par nos actes que nous aussi, avec Jésus, nous fixons à la croix l’homme ancien qui est en nous et que, peu à peu, nous réduisons le péché à l’impuissance. Ce long travail, ce travail fastidieux, est un passage de la mort à la vie, un passage de l’esclavage à la liberté. Ainsi, nous grandissons dans la vie du Christ, jusqu’à atteindre toute sa plénitude, le jour où nous pourrons dire avec saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. »

Nous prions aujourd’hui pour nos frères défunts, c’est-à-dire pour nos frères chrétiens qui ont commencé ce travail de libération du péché et ce travail de vie. Ils ont quitté cette terre avant d’avoir achevé ce travail de libération, et ce travail se termine, pour eux, en ce moment, dans le Purgatoire.

Nous avons ce devoir de solidarité, ce devoir de charité, ce devoir de miséricorde, de prier et d’offrir des sacrifices pour la libération de nos frères et sœurs qui sont dans le Purgatoire.

Que par nos prières et par l’offrande des mérites infinis du Christ, toutes leurs attaches au péché soient coupées et, qu’affranchis du péché, ils entrent dans la plénitude de la vie éternelle, ils entrent dans la connaissance du vrai Dieu, le Père, et dans la connaissance de Celui que le Père a envoyé, Jésus-Christ. Que dans cette connaissance, ils trouvent la plénitude de la joie. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Mardi  8 décembre 2015
IMMACULÉE CONCEPTION DE LA VIERGE MARIE


Introduction à l’Eucharistie (par Frère Jean-François) : A Lourdes, Marie dit à Bernadette : « Je suis l’Immaculée Conception ». Marie, première bénéficiaire de la Miséricorde en son Immaculée Conception, c’est la raison pour laquelle le Pape François a ouvert, ce matin, la porte sainte pour cette année du jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Marie a été et voulue sainte et immaculée dans l’amour pour qu’elle devienne la Mère du Rédempteur de l’homme, la Mère de Miséricorde. Si le Seigneur a voulu le passage par Marie dans la vulnérabilité d’un tout petit, c’est le visage de la Miséricorde qu’elle donnait à contempler avant de l’offrir. Jésus est le visage de la Miséricorde, Il s’offre à nous par le cœur maternel d’une Mère, Marie. Le visage de lumière dans la miséricorde du Christ resplendit sur le visage de l’Eglise. Le Concile Vatican II a débuté le 11 octobre 1962 pendant le mois du Rosaire et s’est achevé le 8 décembre 1965. Et donc le Pape ouvre la porte sainte pour le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile œcuménique Vatican II. L’ouverture de la porte sainte signifie pour le Pape une renaissance de la foi, une étape nouvelle pour l’évangélisation, un engagement nouveau de tous les chrétiens à témoigner avec plus d’enthousiasme et de conviction de leur foi. La Miséricorde est la rencontre de deux ouvertures : d’une blessure et d’une brisure interdépendantes l’une de l’autre. L’Amour de Dieu c’est la blessure du Cœur du Christ dont le trop plein se déverse dans la brisure du cœur de l’homme pécheur. Le Sang du Christ pénètre l’ouverture d’un cœur reconnaissant sa vulnérabilité, sa pauvreté, son péché. C’est le don offert dans le pardon demandé. Le don s’expose dans un amour sans limite élevé sur la Croix à travers le mystère pascal et la médiation de l’Eglise.

Et nous entrons dans cette célébration en profonde reconnaissance au Seigneur par Marie car ce diocèse est placé sous le patronage de l’Immaculée Conception. Ce fut le premier diocèse au monde à être consacré à l’Immaculée conception et nous sommes aussi dans l’action de grâce pour l’anniversaire de profession religieuse de Frère Pierre, (de Frère Jean Marie) et de Frère Charles.

Eh bien, entrons dans cette Eucharistie en confessant nos péchés à la Miséricorde et au pardon du Seigneur.


Homélie (de Frère Marie-Jean) : Aujourd’hui, nous sommes invités, comme nous l’entendions au début de cette Eucharistie à mettre nos cœurs au diapason de l’Eglise universelle qui entre dans cette année de grâce et de miséricorde pour toute l’humanité. Remettons entre les mains de Marie cette année puisqu’elle est par dessein de Dieu médiatrice de toutes ses grâces dont l’humanité a tant besoin.

Marie, en tant qu’Immaculée, sans tache, sans péché a reçu par anticipation les fruits de la Rédemption de son Fils, le premier et le plus merveilleux fruit de la Rédemption. Le fait qu’une créature soit exempte de tout péché et pleine de grâce. Cette grâce de l’immaculée est une manifestation particulière et merveilleuse de la Miséricorde de Dieu, son Amour miséricordieux qui a voulu de toute éternité venir à nous par Marie, cette créature qu’il a préparée de cette manière et de bien d’autres à cette mission extraordinaire de Mère de Dieu et de Mère de tous hommes appelés au salut.

En Marie, cet Amour de miséricorde a reçu un accueil total. En Marie et par Marie, Dieu vient aujourd’hui à notre rencontre comme l’a si bien développé, vous le savez bien (le Pape Jean-Paul II s’en est fait l’écho), saint Louis Marie de Montfort. Dieu qui a choisi de venir à nous par Marie ne change pas d’idée et continue de venir à nous par Marie et veut que nous allions à Lui par elle.

Alors regardons, eh bien, comment cet Amour miséricordieux de Dieu créateur rencontre l’humanité. La première lecture de ce jour remet sous nos yeux le drame du péché des origines, du péché originel. Le péché, c’est  s’égarer, se perdre. Dieu doit rechercher l’homme : « Où es-tu donc ? » La fin du récit se termine heureusement par l’annonce du salut, l’annonce de la part de Dieu de l’hostilité entre le serpent, la femme, le diable et la femme, entre la descendance de l’un et de l’autre. C’est la première annonce de Marie, la femme, nouvelle Eve, mère des vivants, des vivants dans la grâce retrouvée. « Homme, où es-tu donc ? Alors que l’homme pécheur se cache face à Dieu, a peur de Dieu, fuit Dieu, Dieu, lui, nous présente la femme, Marie, par qui nous pourrons revenir à Lui et vivre. Vivre dans la confiance et non dans la peur puisqu’elle est auprès de nous en tant que Mère et Mère de miséricorde. Quelle parole d’espérance ! Voilà comment Dieu prend sa revanche sur le péché de l’homme, en aimant encore plus.

Oui, l’homme qui vient de trahir son Créateur se retrouve face à un Dieu qui l’aime, qui continue de l’aimer, qui l’aime d’un amour encore plus grand puisque, au lieu d’abandonner l’homme au pouvoir de la mort, à son choix malheureux, Dieu lui propose un nouveau chemin pour revenir, il lui donne Marie, la comblée de grâce, la Mère de miséricorde. Son Fils écrasera la tête du serpent en détruisant le péché et la mort. Dieu veut que nous soyons vivants, il ne nous abandonne jamais, il ne peut qu’aimer. Dieu ne peut qu’aimer.

Et maintenant, contemplons, eh bien, comment cet amour miséricordieux, éternel de Dieu, qu’elle accueille et reçoit chez Marie. Contemplons Marie dans cet évangile de l’Annonciation, comment elle répond à ce même Dieu qui vient la chercher. Elle ne se cache pas face à Dieu, ni peur, ni honte, puisque la honte est le fruit du péché.

Son âme, sa personne est disposée à la rencontre, elle est tout accueil, elle écoute, ensuite elle écoute, elle essaie de comprendre, de s’ajuster pour donner une réponse consciente, libre, pleine, et ensuite, elle consent : « Voici la servante du Seigneur »

Marie, nous dit le catéchisme de l’Eglise catholique, donnant à la Parole de Dieu, transmise par l’ange, son consentement, devint Mère de Jésus et épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement, à la personne et à l’œuvre de son Fils pour servir dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption.

Quand on regarde les termes employés pour exprimer cette réponse de Marie, on sent cette radicalité : épousant à plein cœur… ; elle se livre intégralement, oui, pas de demi-mesure en Marie.

Marie épouse volontairement la volonté divine, sa réponse à l’amour est le don total d’elle à Dieu, le don de sa volonté tout entière pour collaborer à l’œuvre de miséricorde de son Fils.

Alors Marie, nous te demandons cette grâce, la grâce des grâces : comprendre et faire l’expérience profonde que Dieu ne peut qu’aimer, qu’il cherche à me rencontrer, à nous rencontrer, à me rencontrer sans cesse. Quel accueil vais-je lui donner ? Celui d’Adam et d’Eve ou celui de Marie ?

Dieu ne peut que m’aimer tout le temps, en toutes circonstance. Est-ce que je reçois cet Amour ou bien mon attitude face à Lui est plutôt de demander des raisons, des comptes… Oui, mais, il y a cela… dans ma vie, ce que je te demande depuis tant d’années et qui n’arrive pas, qu’est-ce que tu fais ? Demander des comptes à Dieu, voire une attitude de révolte parfois, peut-être, ou d’indifférence, d’habitude ; s’habituer à Dieu, s’habituer aux appels de Dieu. Terrible. N’aie jamais peur de Dieu, dit sainte Thérèse de l’Enfant Jésus à Marcel Van, ce petit, ce jeune Vietnamien qu’elle a, j’allais dire, éduqué, spirituellement, et qui est en cause de béatification ; N’aie jamais peur de Dieu, il ne sait qu’aimer, lui dit-elle.

Alors, demandons les uns pour les autres cette grâce d’ouverture comme Marie, d’accueillir la miséricorde dans nos vies. C’est Lui qui ne peut qu’aimer.

Marie, par ton intercession maternelle, ouvre nos cœurs et ceux des chrétiens du monde entier pour que nous accueillions l’Esprit de Dieu comme tu l’as accueilli. Et que nous nous laissions transformer intérieurement pour ressembler chaque fois un peu plus à ton Fils qui est doux et humble de cœur. Amen.


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