HOMÉLIE PRONONCÉES EN DIVERSES CIRCONSTANCES en 2016 (Année C)


LISTE DES HOMÉLIES

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le samedi 19 mars 2016

SAINT JOSEPH, Solennité

 HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Mardi 1er Novembre 2016

TOUS LES SAINTS, Solennité

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le Dimanche 22 mai 2016

LA TRÈS SAINTE TRINITÉ, Solennité

 HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Jeudi 8 Décembre 2016

IMMACULÉE CONCEPTION, Solennité

HOMÉLIES DE Mgr Jean SCARCELLA

Le DIMANCHE 29 mai 2016
FÊTE-DIEU


HOMÉLIE DE FRÈRE YVES

vendredi 3 juin 2016

Solennité du SACRÉ-COEUR DE JÉSUS


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

vendredi 24 juin 2016

NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE Solennité


HOMÉLIE DU PÈRE JACQUES RIDEAU

Mercredi 29 juin 2016
SAINTS APÔTRES PIERR ET PAUL, Solennité


 HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le Lundi 15 août 2016

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, Solennité


 EXHORTATION DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Vêpres du Lundi 15 août 2016

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, Solennité


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Dimanche 28  août 2016

NOTRE PÈRE SAINT AUGUSTIN, Solennité


 HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Dimanche 11 septembre 2016

DÉDICACE DE NOTRE ÉGLISE SMMR, Solennité


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le samedi 19 mars 2016
SAINT JOSEPH, Époux de la Vierge Marie et Protecteur de toute l’Église, Solennité

2 Sm 7,4-5a.12-14a.16 ; Ps 88 (89) ; Rm 4. 13.16-18.22 Mt 1,16.18-21.24a


Introduction à l’Eucharistie : La Communauté souhaite la bienvenue d’abord aux Terminales de Stanislas qui viennent passer trois jours, en présence du Seigneur, dans notre prieuré, et bienvenue aux personnes venues pour le week-end se mettre à l’écoute d’une apôtre de la Miséricorde, Sœur Josepha Ménendez.

 Nous fêtons aujourd’hui Saint Joseph, époux de Marie, comme nous venons de le chanter, et nous ne pouvons que rendre grâce au Seigneur pour Saint Joseph, pour le rôle qu’il a tenu dans ce plan du salut dont nous sommes les bénéficiaires, non seulement il y a 2000 ans mais, aujourd’hui encore, Saint Joseph intervient dans nos vies nous en sommes témoins dans l’histoire de notre communauté. Combien de fois en cette fête de saint Joseph, des choses se sont dénouées, des aides nous ont été apportées, et je pense que dans vos histoires familiales aussi Saint Joseph, voilà, a montré sa présence. Eh bien, rendons-lui grâce, rendons grâce au Seigneur, et puis confions-lui nos intentions.


Homélie : Lorsque l’Eglise vénère la Vierge Marie et exalte sa sainteté, elle réfère toujours Marie à Jésus duquel elle reçoit toute grâce et toute sainteté.

 A propos de Saint Joseph, nous pouvons dire également qu’il reçoit toute grâce et toute sainteté de Jésus, mais il me semble qu’il faille ajouter : « par Marie » ; c’est par Marie que Joseph reçoit de Jésus la grâce. Autrement dit nous pouvons voir en Saint Joseph la première âme mariale, le premier disciple de Marie, le premier ‘fils’ de Marie en quelque sorte.

 Ce que l’Eglise aime souligner dans la vie de Marie, c’est sa foi. Avec Elisabeth, l’Eglise ne cesse de dire à Marie : « Bienheureuse, celle qui a cru ».

 De même, l’Eglise souligne la foi de Saint Joseph. Les lectures de cette messe de saint Joseph nous présentent Joseph comme étant un homme juste, c’est-à-dire un homme ajusté à Dieu ; c’est ça être juste : être ajusté à Dieu. Or, vient de nous dire saint Paul, c’est par la foi que l’on devient juste, c’est par la foi que l’on s’ajuste à Dieu. Cette foi de Saint Joseph a fait de lui un héritier d’Abraham et un héritier de David, eux qui ont cru en la promesse que Dieu leur avait faite. La foi fait de nous des héritiers, autrement dit elle fait de nous des fils, et en même temps la foi nous ouvre à la fécondité de Dieu. Abraham fut le père d’une multitude de peuples. La foi fait de nous des pères, des transmetteurs de vie. Mais cette foi qui rend Joseph père comme Abraham, s’enracine dans la foi de Marie. En effet, lorsque l’ange lui dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, l’enfant qui a été conçu en elle vient de l’Esprit Saint, » lorsque l’ange lui dit cela, Joseph met sa foi en Dieu, met sa foi dans la parole de l’ange. Mais ce faisant il s’appuie sur la foi de Marie, il s’unit à la foi de Marie qui l’a précédé dans cet acte de foi. Aussi Saint Joseph est-il le premier à participer à la foi de Marie, la Mère de Dieu, et en même temps, en tant qu’époux, il a eu ce privilège de soutenir son épouse dans la foi à l’Annonciation divine, comme l’a écrit Saint Jean Paul II. (cf Redemptoris Custos n° 5)

 Ainsi, par sa foi, Joseph devient le serviteur du projet de Dieu, le dépositaire du mystère « tenu caché depuis les siècles en Dieu » (cf Ephésiens 3,9). Il participe aux côtés de Marie à l’accomplissement des promesses faites à Abraham et à David, et il rend possible cette révélation que Dieu fait de lui-même en Jésus Christ.

 Par ailleurs, en s’ouvrant par la foi à l’œuvre de la grâce qui s’était opérée en son épouse lorsque l’Esprit Sait la couvrit de son ombre, Joseph, en raison de la communion de personnes qu’il vivait avec son épouse, Joseph a vu son amour d’homme et d’époux régénéré par l’Esprit Saint. Bien qu’il ne connût pas Marie, c’est-à-dire bien qu’il n’eût pas avec elle de relation charnelle, Joseph, tout en vivant un réel sacrifice, a retrouvé par son obéissance, dans son obéissance à l’Esprit Saint la source même de l’amour, de son amour conjugal comme de son amour de père, et donc il a retrouvé la source de son bonheur et de sa joie. Son amour pour Marie et pour Jésus a été vivifié par l’Esprit Saint qu’il recevait dans le rayonnement de Jésus et de Marie.

 Cet amour qui a grandi et qui a mûri en lui, grâce à Marie, lui a permis de devenir un vrai père, un protecteur et un éducateur de Jésus.

 La qualité de son amour lui a permis d’être pleinement présent à son fils pour que celui-ci découvre en Joseph le visage humain de l’Amour du Père des Cieux. Combien aujourd’hui d’enfants souffrent de l’absence de leur père. Joseph a été vraiment présent à Jésus.

 La foi de Joseph en Dieu s’est aussi concrétisée en une foi dans son fils : il lui a fait confiance, il l’a confirmé, il a confirmé Jésus dans ses progrès humains, dans le développement de sa personnalité, dans les apprentissages qu’il lui a inculqués.

Il a été ce tuteur, cet appui solide sur lequel Jésus a pu s’appuyer, le modèle que Jésus a pu imiter. Joseph a été un modèle d’obéissance qui apprendra à Jésus à se faire obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix.

Et en même temps, Joseph dans son humilité, saura se retirer, le moment venu, pour que Jésus puisse prendre toute sa place.

Oui, Joseph, époux de Marie, nous apprend à vivre dans le rayonnement de la foi de Marie. Il nous est donné de voir réalisé en lui le plein accomplissement d’une vie mariale pour être une vie toute à Jésus.

Alors que Saint Joseph, patron et modèle de l’Eglise universelle, nous aide par sa prière et qu’il nous guide, par son exemple, sur ce chemin d’une vie mariale. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

DIMANCHE 22 mai 2016
Solennité DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ


Introduction à l’Eucharistie : Gloire à Toi, Père très saint, Gloire à Jésus. Gloire à l’Esprit.

Nous rendons gloire à Dieu à chaque fois que nous l’invoquons. Nous commençons par l’invoquer par le signe de la Croix. Et lorsque nous faisons le signe de la Croix, nous traçons le signe d’abord sur notre front en disant : « Au Nom du Père ». C’est le Père qui éclaire notre intelligence par la foi. Et ensuite : « et du Fils, » c’est le lieu de l’Incarnation. C’est ce que nous a rappelé Jacqueline, la voyante de l’Ile-Bouchard lorsqu’elle faisait le signe de Croix, elle le faisait très lentement, elle disait : « il faut faire attention, il ne faut pas faire son signe de Croix comme on chasse les mouches. » Non. « Et du Fils » : le lieu de l’incarnation. « Et de l’Esprit Saint », sur les épaules, le lieu de la force. Ce signe de Croix, ce signe trinitaire, nous le traçons sur notre corps, ce qui veut dire que la Trinité elle-même nous englobe. Nous sommes dans la Trinité. Nous sommes à travers la Croix et nous sommes sauvés par Jésus qui a donné sa vie par amour et qui nous a rappelé, qui nous a dévoilé, révélé que nous avons un Père et qu’il y a l’Esprit Saint. Cet Esprit saint, c’était l’Amour du Père et du Fils. Et cet Esprit Saint nous est donné par le baptême notamment, précisément pour nous accompagner et nous ramener au Père. Et chaque liturgie nous rappelle notre condition d’enfant de Dieu, que nous venons de Dieu et que nous retournons à Dieu avec Jésus et dans l’Esprit Saint. Eh bien, demandons à la Vierge Marie qui a été la première bénéficiaire de cet Amour et qui nous a engendrés aussi au pied de la Croix de nous révéler notre condition d’enfant de Dieu, aimés de Dieu, en nous reconnaissant pécheurs.

 Nous sommes heureux d’accueillir et de vivre aujourd’hui une journée avec la famille spirituelle de Mère Marie de la Croix : les Petites Sœurs qui sont là, Mère Marie de saint Michel, la Supérieure générale, Sœur Agnès-Marie, et les Messagers. Et précisément, nous méditons sur une de ses conférences qui est intitulée : « la grâce et le mystère de la Très Sainte Trinité ». Voilà, c’est une méditation très simple qui nous fait rentrer en nous-mêmes et nous rapprocher de l’Amour de Dieu.

 Et puis, ensemble aussi, nous pouvons prier pour tous ces enfants qui aujourd’hui font profession de foi. Profession de foi, qui confessent que Dieu est le centre de leur vie et qui le professent publiquement. Vraiment ils choisissent de vivre, d’aimer et de servir le Seigneur. Eh bien, demandons à l’Esprit Saint de les confirmer ou de les conforter dans leur foi. Voilà.

Eh bien, reconnaissons-nous pécheurs. Je confesse à Dieu…


Homélie : Chers Frères et Sœurs,  Nous célébrons la solennité de la Très Sainte Trinité, autrement dit : le Père, le Fils et l’Esprit Saint, et cette solennité arrive au bon moment, c’est-à-dire après le Temps pascal et après la fête de la Pentecôte car nous venons de l’entendre de la bouche de Jésus, c’est l’Esprit Saint qui nous fait connaître et le Père et le Fils. Saint Jean définit tout cela en une phrase très simple que nous pouvons comprendre, recevoir : « Dieu est Amour. » Dieu est Amour !

Nous avons entendu aussi ce que dit saint Paul, il dit ça très bien d’ailleurs, lorsqu’il écrit dans sa lettre aux Romains. Il s’adresse aussi à des convertis. Il leur dit ceci et qu’il faudrait savoir par cœur : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » L’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

 L’Amour de Dieu. Comment comprendre cet Amour de Dieu ? Eh bien, je prendrai une image qui a traversé les siècles, précisément une représentation dans l’architecture qui nous a été transmise par les cisterciens : Saint Bernard. Saint Bernard pensait que tous ces moines qui se donnaient à Dieu, qui n’étaient pas forcément des intellectuels mais des gens qui se donnaient vraiment de cœur à Dieu, qui donnaient leur vie et qu’il fallait leur mettre sous les yeux quelque chose à méditer : le mystère de la Trinité. Et c’est ainsi que dans l’architecture, sous le chevet des églises cisterciennes, nous en avons encore un exemple à l’abbaye de Clairmont, vous avez trois ouvertures superposées, en fait ça fait un peu plus que trois, vous avez d’abord une ouverture tout en haut, une fenêtre, une baie. En dessous, vous avez deux fenêtres et en bas vous avez trois fenêtres et ça représente, il voulait donner ça à contempler et à méditer à ses moines. C’est-à-dire, la baie tout en haut représentait le : « un seul Dieu », l’unicité de Dieu. Les deux baies en dessous représentaient le Christ dans son humanité et dans sa divinité, un peu plus près ; et ensuite, tout en bas, trois baies : les trois personnes divines, comme une descente. La méditation, la contemplation de ces trois baies, quotidienne, plusieurs fois par jour, leur faisait approfondir le mystère de l’amour de Dieu dans leur vie, qui se concrétisait dans cet autel qu’il y avait entre les baies et les moines, le mystère de l’Incarnation ; c’est une chose.

Le deuxième élément qu’il voulait rendre présent, c’était la Vierge Marie qui est comme ce canal, comme dit saint Bernard, cet aqueduc par lequel la Trinité vient à nous et à travers lequel nous passons pour aller à Dieu. Mais mieux que ça encore, la vue de ces baies à l’extérieur, d’un aspect gris. Pour pénétrer ce mystère, il faut passer par la porte de ce temple, franchir la porte, c’est-à-dire entrer dans cette lumière tamisée pour pénétrer dans le cœur de la Trinité il faut pénétrer dans le temple et la porte d’accès, la porte sainte, c’est la Vierge Marie et découvrir au jour le jour à travers cette méditation de la Parole de Dieu, le chant des psaumes, la liturgie, être baigné dans cette atmosphère. Eh bien, c’est la Trinité elle-même, cet amour qui doucement pénétrait le cœur de ces moines. C’étaient pas forcément des intellectuels mais ils avaient la sensation, plus que ça, la pénétration d’être englobé dans un mystère qui les accompagnait quotidiennement. Pour nous, c’est un chemin de contemplation, de croissance dans notre vie de foi et d’amour que quotidiennement entrer dans ce temple saint qu’est la présence de Dieu. En entrant dans ce temple saint, nous favorisons cette ouverture intérieure car la Trinité vit aussi en nous depuis notre baptême. Pour qu’il y ait cette respiration, il faut cette rencontre de ces deux temples : le temple intérieur dans ce grand temple qu’est l’Eglise à travers cette parole qu’est la méditation de la Parole de Dieu. C’est fondamental. Si nous n’entrons pas dans cette Parole de Dieu quotidiennement, si nous ne faisons pas la démarche corporellement de franchir le seuil, comment allons-nous percevoir, entendre et vivre de cet amour de Dieu ? La vie chrétienne, c’est une vie de communion, communus, ensemble dans le Père, le Fils, dans l’Esprit Saint.

 Cette contemplation que saint Bernard proposait à ses moines les obligeait à sortir d’eux-mêmes. Lorsque notre regard se détourne de cette contemplation de la Trinité dans ses symboles ils se retournent sur eux-mêmes et lorsque nous ne voyons que nous-mêmes nous devenons aveugles ; nous ne savons pas où nous allons.

 Alors demandons à Marie, demandons, oui, à cette mère, de nous introduire dans cet amour de Dieu quotidiennement, laissons-nous pénétrer de cet amour de Dieu. Fréquentons la Parole de Dieu et l’Esprit Saint éclairera notre cœur comme il a bouleversé et éclairé le cœur des apôtres à la Pentecôte.

 Avant la Pentecôte, le Seigneur leur avait fait la grâce de le voir ressuscité, de comprendre quelque chose de sa divinité. Après la Pentecôte, c’est un bouleversement et là, ils parleront dans les Actes constamment de l’Esprit Saint, ils se laisseront bousculer par l’Esprit Saint, plus on avance dans les Actes, plus on s’aperçoit qu’il y a comme une confrontation, à commencer par Pierre et ensuite par Paul, entre Paul et l’Esprit Saint notamment, où Paul dit : j’ai été contraint par l’Esprit Saint à rentrer dans cette vue de Dieu pour communier à cette vie donnée dans le Christ, c’est-à-dire jusqu’au don de sa vie. C’est le chemin qui nous conduit à Dieu. Eh bien, accueillons cet amour de Dieu tout simplement en vivant sérieusement notre foi, notamment le signe de la croix et à chaque fois qu’on dit : « Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit ». Ce sont justement des gestes simples et qui  nous ramènent, oui, à l’essentiel de notre vie. Remercions le Seigneur de nous avoir donné son Esprit Saint et la Vierge Marie de nous faire communier au Corps et au Sang du Seigneur, c’est-à-dire d’accueillir cette Trinité en nous, d’en vivre. Amen.


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HOMÉLIES de Monseigneur  Jean SCARCELLA, Père Abbé de Saint Maurice (Suisse)

Le DIMANCHE 29 mai 2016
Solennité DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST  ou  FÊTE-DIEU


Accueil par le Père Jean-François (Prieur) : Célébrons la solennité du Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ Notre Seigneur et Sauveur ; En communion avec toute l’Eglise pour nous aider à célébrer dignement, à honorer et adorer le Christ et Seigneur dans son mystère d’amour, nous avons la joie et l’honneur d’accueillir Monseigneur Jean Scarcella, Père Abbé de l’abbaye canoniale de Saint Maurice d’Agaune, en Suisse. L’abbaye Saint Maurice vient de fêter l’année jubilaire des 1500 ans de sa fondation. Le sanctuaire de l’abbaye de Saint Maurice a été élevé sur le tombeau de Saint Maurice et de ses compagnons martyrs. Cet après-midi, avec Mgr Jean Scarcella, nous découvrirons une page de notre histoire prodigieuse chrétienne dans le témoignage de ses glorieux martyrs. Monseigneur, soyez vivement remercié d’être venu jusqu’à nous. Nous avons entretenu depuis déjà longtemps des liens fraternels et déjà Mgr Joseph Roduit, votre prédécesseur, était venu, il y a quelques années, présider une Fête-Dieu. Vous avez pour devise : « Dieu est toujours le plus grand », aidez-nous à grandir dans le témoignage de notre foi, dans l’amour de l’Eucharistie, sacrement d’unité, de charité, et, à l’exemple des martyrs, d’en recueillir les fruits, des fruits de salut et de nous en donner un avant goût. Merci, Monseigneur.


Introduction à l’Eucharistie par Mgr Jean Scarcella : Merci, mon cher frère Père Prieur de notre communauté canoniale de la Cotellerie, merci beaucoup de votre accueil. Bienvenue à vous tous qui êtes là, image de l’Eglise universelle. Tous ensemble, nous voulons nous réjouir de la fête qui nous rassemble aujourd’hui. Retrouver la Cotellerie après de nombreuses années fut pour moi, hier à mon arrivée, une grande joie. Merci de cet accueil et entrons dans cette célébration.

 Ensemble : Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen. La solennité du Corps et du Sang du Christ est née de la dévotion à la présence réelle du Christ dans le pain consacré. Elle ne remonte qu’au XIIIème siècle. C’est une fête qui nous met en face et au centre d’un mystère inouï nous invitant à reconnaître en Jésus ressuscité notre vraie nourriture et à vivre une authentique communion entre nous. Jésus se donne à nous et nous, nous nous offrons à Lui. Aujourd’hui, frères et sœurs, Jésus Christ remet en nos mains le sacrifice pascal pour que nous l’offrions au Père, de même qu’il a confié le signe de la multiplication des pains aux mains de ses disciples. Recevons cette offrande avec joie et grande humilité et prions pour que nous en soyons les transmetteurs fidèles et infatigables.


Homélie à la messe : Frères et Sœurs, chers confrères, chers servants d’autel, chers Scouts et Guides et vous tous les jeunes, chère famille spirituelle de la communauté des Chanoines de Marie Mère du Rédempteur, mes amis.

 Nous célébrons aujourd’hui un Dieu invisible, le célébrons-nous, ce Dieu invisible caché sous les apparences du pain et du vin ou adorons-nous un Dieu présent donné en sa chair dans le pain et le vin ? S’arrêter au seul pain et vin atteste une notion historique, celle du geste de Jésus au soir du Jeudi Saint. Contempler dans le pain eucharistique et le Sang consacré le propre corps du Christ en sa chair et en son sang ramène aux propos de Paul : Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

 L’Eucharistie, frères et sœurs, nous conduit au cœur du mystère pascal et ce qui est extraordinaire à voir dans ces mots de Paul et qu’on oublie peut-être trop souvent c’est que nous en sommes totalement partie prenante. Jésus, mort et ressuscité, a donné sa vie pour nous et il nous a offert sa présence dans l’Eucharistie. Mais ce mystère de la mort et de la résurrection du Christ ne reste vivant que si nous le proclamons dans l’attente de l’avènement du Christ, son retour glorieux, sa seconde venue parmi nous. Une fois de plus, frères et sœurs, nous sommes partie prenante de l’œuvre de Dieu. Prenons vraiment à notre compte cette réponse de Jésus à ses apôtres au moment de nourrir la grande foule qui était venue l’écouter. Il rompit les pains, les leur donna pour qu’ils les distribuent à la foule, geste répondant à la parole dite auparavant et qui doit ici éclairer tout notre propos : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». A ce stade, le Seigneur Jésus ne fait apparemment plus rien ; il a rompu le pain puis les apôtres prennent le relais pour le distribuer, comme de bons serviteurs certes mais pas d’une manière machinale ou impersonnelle, d’une manière consciente qui les implique en quelque sorte, ils prolongent le geste premier de Jésus.

 Frères et sœurs, Jésus se donne sur la Croix. Ce sacrifice sanglant a eu lieu une fois dans l’histoire du temps, cependant depuis le Jeudi Saint, le sacrifice du don de Jésus lui-même à l’humanité est rendu présent pour réaliser l’œuvre d’amour du Père pour elle, cette humanité, ce peuple de Dieu.

 Ecoutons une fois encore les paroles de l’institution de l’Eucharistie au soir du Jeudi Saint : Ceci est mon Corps qui est pour vous… qui est pour vous, c’est-à-dire mon corps, ce corps, mon propre corps, je vous le donne, dit Jésus. Il nous le donne en le remettant précisément dans les mains consacrées des prêtres qu’il s’est choisi. Jésus se donne à nous pour continuer à vivre au milieu de nous, certes invisible, mais présent. Il se donne en nourriture.

 N’oublions pas, frères et sœurs, à ce stade de cette méditation, que nous formons le Corps du Christ depuis notre baptême, nous donnons corps au Christ et nous le faisons avec toute la force de notre foi et nourris de l’Eucharistie. Jésus se donne à nous : « Prenez, mangez, je suis le pain de vie, je suis le pain descendu du Ciel » et nous, le recevant, tout comme les apôtres le firent pour nourrir la grande foule à l’heure de la multiplication des pains, nous le donnons à nos frères. Mais attention, pas à la manière d’un distributeur automatique ainsi qu’on le disait à l’instant, mais en nous donnant nous-mêmes. Jésus est devenu tellement l’un de nous qu’en offrant le Christ au Père, nous nous offrons nous-mêmes avec lui. C’est tout le sens de la messe et aujourd’hui, grâce à cette Fête, nous sommes appelés à contempler la grandeur de ce don. Jésus, envoyé du Père, se donne à nous pour que nous, envoyés par Jésus, nous nous donnions avec Lui au Père. C’est pourquoi le Concile Vatican II a rappelé que le sacrifice eucharistique, c’est-à-dire le don de Jésus pour la vie du monde est source et sommet de toute vie chrétienne. La source, le Christ lui-même, nous nourrit de son Corps et nous abreuve de son sang et avec lui, ainsi rassasiés, nous rejoignons le sommet de l’Amour, en Dieu. Pour nous, l’Eucharistie est source et sommet de notre vie chrétienne par le fait même que nous nous offrons nous-mêmes avec le Christ. Dans ce geste d’offrande, frères et sœurs, nous nous donnons nous-mêmes comme une nourriture au monde, ce monde qui a tellement faim de Dieu. A nous de lui donner nous-mêmes à manger.

 Là, frères et sœurs revient alors nécessairement à notre esprit d’autres mots du Jeudi Saint rapportés par Saint Paul : « Faites cela en mémoire de moi ». Et nous le faisons, frères et sœurs, nous le faisons à chaque eucharistie en recevant le Christ en son Corps et en son Sang ; dans la communion à ce mystère, nous sommes nourris du Christ lui-même, et comme le dit saint Augustin, notre père, parlant de la communion au Corps et au Sang du Christ, « devenez ce que vous recevez ». Devenez ce Christ que vous recevez, alors avec Lui nous nous offrons au Père et nous sommes appelés à nourrir nos frères et sœurs à la manière de Jésus. Le monde a tant faim de Dieu que nous, qui recevons cette nourriture avons à le nourrir par notre vie, dans ce que nous sommes, à travers nos paroles et nos actes, animés de l’Esprit de Pentecôte ; en nous donnant au Nom de Jésus, Jésus continue de se donner au monde.

 Ainsi pour résumer, frères et sœurs : dire du sacrement du Corps et du Sang du Christ qu’il est saint, c’est assurément souligner sa dignité inestimable et dire donc que l’Eucharistie tient sa dignité du Christ lui-même, le Seigneur nous invitant à faire tout ce que la dernière Cène impliquait cela en mémoire de Lui. Le Saint Sacrement implique la mémoire du Corps livré et du Sang versé pour le salut du monde, il implique aussi la conscience et la reconnaissance de la présence du Seigneur ; après la résurrection, à la mesure de leur foi, les disciples ont compris que désormais le lieu de la présence de Jésus, de sa grâce et de son appel à le suivre pour vivre de Lui et en Lui serait celui de leur Eucharistie. Ainsi en est-il encore aujourd’hui. Le Seigneur est présent au monde, invisible, mais nous sommes responsables de Christ en lui donnant un corps, celui de l’Eglise, cette Eglise qui désormais se définit en célébrant le repas du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne, cette Eglise qui vit de l’Eucharistie, comme l’a écrit le Pape Jean Paul II qui disait au début de l’encyclique dont c’est le titre et je cite que « cette vérité n’exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi mais elle comporte en synthèse le cœur du mystère de l’Eglise ». Dans la joie, elle fait l’expérience, sous de multiples formes, de la continuelle réalisation de la promesse : et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (fin de la citation). Et si le Seigneur est toujours avec nous, c’est dans son Eucharistie et par nous qui nous en nourrissons. Oui, Jésus, certes invisible, est présent. Et dans la pratique de l’adoration nous sommes attirés à participer plus profondément au mystère pascal et à répondre au don du Christ qui par son humanité ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son Corps. C’est pourquoi il est bon de s’attarder auprès du Christ Seigneur, Jésus Hostie exposé pour être adoré. Nous sommes face à Lui et avec Lui nous laissons nos cœurs s’épancher pour nous-mêmes et pour nos proches et tous ceux que l’on porte dans nos cœurs. Avec Jésus, nous pouvons prier pour l’unité, la paix et le salut du monde. Face à Lui, le cœur ouvert à son regard, nous nous laissons brûler par son amour, afin que remplis de ce feu nous puissions mettre le feu au monde à notre tour et comme Jésus nous l’a demandé « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ».

 Et surtout dans l’adoration du Saint Sacrement nous vivifions notre être intérieur pour vivre avec foi et dévotion le mémorial du Seigneur et désirer recevoir fréquemment ce pain que le Père nous donne.

 Vous aurez compris, frères et sœurs que nous sommes là face à un mystère merveilleux, merveilleux parce que nous y sommes associés. Attention. Nous y sommes associés sur le mode du sacré. Quand on parle de la Sainte Eucharistie nous ne pouvons donc galvauder ce sacrement. Communier n’importe comment ou sans en être digne parce qu’on aurait plus besoin d’abord du sacrement du pardon, non ce n’est pas possible, sinon c’est faire porter au Christ nos manques de foi et notre péché. Ce n’est pas l’image qui correspond au don de nous-mêmes.

 Alors, frères et sœurs, allons passer du temps près de Jésus, près du tabernacle ou exposé dans l’ostensoir et disons-lui ces merveilleuses paroles d’une hymne de notre liturgie : « Invisible, ô Toi, Lumière, présence, Christ Jésus, Eucharistie, Dieu caché sous l’apparence, Pain vivant, le seul qui rassasie. L’homme, au seuil de ton mystère s’avance, il adore et balbutie ». Amen  


   

Homélie aux vêpres :  Le saint Curé d’Ars rapporte qu’un humble paysan désignant Jésus-Eucharistie disait : « Il est là. Il est là ». Et ce soir, moi-même avec vous présents devant Jésus Hostie, nous pouvons dire : « Il est là ». Et moi-même, en face de vous ce soir je peux dire : « Il est là ! »

 Nous en parlions ce matin, nous sommes le corps du Christ, nous le devenons au fur et à mesure de la croissance spirituelle de nos vies, au fur et à mesure que nous nous nourrissons de son propre Corps à lui, Jésus, et c’est à l’aune de ces communions successives que nous sommes appelés à lui ressembler de plus en plus ; vous savez, on dit souvent : les vieux couples qui ont vécu 50, 60 ans ensemble, ils finissent par se ressembler et même, étrangement, physiquement. Il y a comme ça des traits qui se transmettent les uns aux autres. C’est à cela que nous sommes appelés… Depuis la première page de la Genèse, quand Dieu dit : « Faisons l’homme à notre ressemblance », nous autres chrétiens baptisés qui avons cette extrême joie et ce privilège insigne de recevoir en nous, en nos cœurs, le Corps du Christ, nous savons que nous pouvons (parce que le Seigneur attend cela de nous) lui ressembler.

 Frères et sœurs, soyons pain pour le monde. Nous le disions aussi ce matin, le monde a faim de Dieu ; si c’est dans l’assemblée des chrétiens, dans son Eglise, qu’Il se manifeste, qu’on peut le voir, qu’on peut reconnaître son visage parce que cette assemblée lui ressemble, alors nous avons une tâche particulière, essentielle, celle pour laquelle nous sommes envoyés depuis notre baptême et nous y parvenons, non pas avec nos seules forces, nous y parvenons parce que le Seigneur est notre force et cette force vient de ce qu’il nous nourrit non seulement de son amour et de sa grâce mais de son propre Corps qui nous fait advenir un autre lui-même, déjà sur cette terre. Nous ne nous prenons pas pour Jésus ni pour Dieu, nous sommes là des instruments qui disent sa présence, une présence physique, une présence réelle qui permet au Seigneur de vivre, de s’exprimer, d’être visité, touché, aimé. Et tout cela encore une fois, frères et sœurs, parce que nous nous nourrissons du Sacrement de l’Eucharistie. N’oublions pas notre première communion. Aujourd’hui les enfants de la paroisse et de bien d’autres endroits, aussi dans la paroisse de Saint Maurice, ont reçu Jésus pour la première fois. C’est très beau de dire : la première fois parce que quand il y a une première fois, il y en a nécessairement une deuxième et une troisième et une millième. Je vous encourage à vraiment vivre de l’Eucharistie. Et comme on le rappelait aussi ce matin, vivre de l’Eucharistie en étant des tabernacles prêts à  recevoir le Corps de Jésus en nous…

Cette année de la Miséricorde est une grâce insigne qui nous est faite, que l’Esprit Saint a soufflée au cœur de notre pape aimé, François, cette année de la Miséricorde nous réveille un peu, nous réveille, j’allais dire, à notre péché, parce que appelés, appelés à vivre de l’Eucharistie nous savons que nous devons mettre de côté notre péché, nous devons chercher la Miséricorde de Dieu qui, bien sûr, nous pardonne et qui en même temps nous guide parce que recevoir cette miséricorde c’est comme le recevoir, Lui ; ce n’est pas seulement pour nous, mais c’est aussi pour les autres. « Devenez miséricordieux comme je suis miséricordieux. Recevez mon Corps et que l’Eglise devienne louange à Dieu mon Père ». Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE YVES

Vendredi 3 juin 2016
Solennité DU SACRÉ-COEUR DE JÉSUS


Introduction à l’Eucharistie : Avec toute l’Eglise, nous célébrons ce matin la solennité du Sacré-Cœur. Le Sacré Cœur ! Pourquoi est-il sacré ce Cœur de Jésus ? parce qu’Il a une particularité que nous n’avons pas : il est le Fils de Dieu qui a un cœur d’homme qui bat totalement pour son Père et qui a aussi cette faculté de nous communiquer cet amour qu’il reçoit comme homme de son Père. Il l’a reçu gratuitement dans son humanité et il a pour mission de nous communiquer cet amour qu’il a reçu du Père et lui seul peut le faire. Et c’est pour cela que, aujourd’hui, nous honorons dans ce sacré Cœur tout l’amour du Père pour nous, en Jésus, et c’est l’Esprit saint qui va nous communiquer tout cet amour de Jésus pour chacun d’entre nous.

 Entrons dans cette célébration, pleins d’action de grâces, et reconnaissons humblement que nous sommes des pécheurs devant une telle merveille.


Homélie : Mes brebis brouteront dans de gras pâturages. Jésus est un homme. Il est le Fils de Dieu, mais il a un cœur d’homme qui bat en notre nom à tous dans une communion profonde à son Père. Lui-même, dans son humanité, broute dans les gras pâturages de son Père. C’est en Lui, parce que Lui a pris notre humanité que nous avons enfin accès à l’intimité du Père. C’est en Lui, parce qu’il a eu l’humilité de se faire homme que tous les hommes, en Lui, retrouvent l’intimité du Père. C’est pour ça que Jésus peut nous dire : je suis celui qui est le berger qui vous conduit vers de gras pâturages. Autrement dit, la première chose que nous devons faire, c’est comme Jésus, que notre cœur bat pour Dieu, batte pour notre Père du Ciel. La première des choses qu’il nous faut faire c’est l’intimité avec Dieu avant de nous précipiter sur les urgences du monde dans lequel nous sommes, sinon nous risquons de courir dans les urgences sans Dieu. Importance de l’adoration, importance de la contemplation, importance d’une vie surnaturelle.

Puis, Paul nous dit, dans la deuxième lecture, il n’est pas simplement venu pour nous conduire vers de gras pâturages, il est venu aussi pour répandre dans notre cœur, l’Esprit Saint. Si nous savions ce que veut dire  recevoir dans notre cœur l’Esprit Saint. L’Esprit Saint, c’est le souffle qui nourrit la relation du Père et du Fils, c’est un souffle très puissant. Eh bien, dans l’homme Jésus, le Cœur de Jésus a la puissance de nous le communiquer, cet Esprit. Quand tout à l’heure nous allons communier au Corps du Christ, nous allons recevoir la plénitude de l’humanité de ce Sacré-Cœur et en communiant à ce Sacré-Cœur nous allons communier à l’Esprit-Saint qui habite son humanité en plénitude, autrement dit chaque messe est une pentecôte, est une vraie Pentecôte, et seul le Christ peut nous sanctifier, peut nous diviniser. Recevoir l’Esprit Saint, ça veut dire que nous entrons dans le monde de Dieu qui est absolument inaccessible à l’homme par lui-même. Seul, le Christ peut nous mettre dans ce monde du Père, de l’Esprit et de Lui, le Fils.

 Je prends juste une petite anecdote pour illustrer ce que dit encore saint Paul : « nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils. » Je me souviens d’une anecdote à l’Hôtellerie ici, c’était une réunion de famille où il y a la mare qui n’était pas protégée comme elle l’est aujourd’hui, à côté de l’hôtellerie et un frère arrive (à l’hôtellerie) au moment où un enfant, un jeune enfant tombe dans la mare et le frère se précipite dans l’hôtellerie où les mamans étaient en train de prendre un petit café ou un petit thé. Il dit : y a un enfant qui est tombé. Les mères de famille, leur sang n’a fait qu’un tour, se sont précipitées à l’extérieur et, comme ça, ont plongé…une a reconnu son enfant et a plongé immédiatement dans l’eau.

 Eh bien, je dirai que, la sanctification c’est de cet ordre là : le Fils a plongé dans notre humanité parce que nous étions perdus. C’est cela le Sacré-Cœur, c’est quelqu’un, qui en venant en ce monde sait très bien ce qui l’attend pour nous sauver : il va avoir du travail.

Et puis, ce que nous pouvons encore dire de Notre Seigneur, c’est que rien ne le rebute. C’est l’évangile du jour. S’il y a 99 justes et une brebis perdue, les 99 vont pouvoir tenir le coup, il faut aller chercher celle qui est perdue. Je pense qu’il nous faut prendre conscience de la force qui habite le Cœur de Jésus. Personne ne le rebute, il est prêt à aller chercher quiconque est dans une grande détresse, voire dans une situation indicible devant Dieu. Tout cela ne fait absolument pas peur à ce Sacré-Cœur et nous, nous doutons de cet amour. Nous pensons que, pour nous, c’est fichu, ou nous pensons que nous n’aimons pas assez. Je pense qu’il faut que nous ayons conscience que nous qui sommes ici, ce matin, à fêter le Sacré-Cœur, nous sommes habités d’une vraie et profonde foi, et ne la mélangeons avec notre état psychologique. On peut avoir des états d’âme, c’est une chose ; la foi, nous l’avons et nous savons reconnaître dans la discrétion de cette célébration toute la puissance de cet amour divin pour nous, tout ce souffle qui habite d’une manière cachée cette célébration.

 Eh bien, poursuivons-la dans l’action de grâce. Que le Père nous donne autant d’amour en nous livrant totalement son Fils qui est un autre lui-même.

 Eh bien, soyons, je dirai dans le chant de Marie, ce chant du Magnificat, où nous ne pouvons en réalité que d’être dans la reconnaissance devant un tel mystère d’amour.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Vendredi 24 juin 2016
Solennité DE LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE


Introduction à l’Eucharistie : Nous sommes dans la joie parce que c’est une fête ; une grande fête ; le Seigneur dans sa bonté accorde la nature à la joie de nos cœurs en mettant une belle lumière en cette fête de Saint Jean Baptiste qui a été le témoin de la lumière qu’est le Christ. C’est une naissance, sa naissance que nous fêtons, c’est la seule naissance que l’Eglise fête après celle de Jésus et celle de Marie. C’est donc le signe que Jean Baptiste est hors du commun, un grand saint. Jésus dira de lui « qu’il n’y en a pas eu de plus grand parmi les fils des hommes » dans la première Alliance.

 Toute la vie de Jean aura été de préparer et de tourner les cœurs vers Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ». Les paroles de saint Jean Baptiste, ces paroles nous les entendons à notre tour à chaque messe, à chaque Eucharistie pour que nos cœurs, eux aussi, sachent accueillir vraiment, profondément, Celui qui vient nous sauver. Alors, tournons-nous vers Lui, l’Agneau de Dieu qui porte nos péchés et demandons son pardon, sa miséricorde.


Homélie Aujourd’hui, nous allons prier beaucoup pour tous ceux qui sont sous le patronage de ce grand saint.

 Une naissance, aujourd’hui. Toujours source de joie, une naissance, même s’il y a des naissances qui apportent aussi de la souffrance en même temps. Mais, c’est toujours tellement mystérieux, merveilleux, l’émergence d’une nouvelle vie, fût-elle handicapée. C’est un cadeau. Voilà, la vie c’est indicible.

 Une naissance, source de joie, on le voit dans cet évangile que l’on vient d’entendre. L’ange Gabriel avait annoncé à Zacharie, le papa : « sa naissance provoquera une grande joie », d’autant plus que cette naissance vient justement après cette épreuve de la stérilité de Zacharie et d’Elisabeth, « qui ne pouvaient pas avoir d’enfant et qui étaient avancés en âge », nous dit l’évangile. Donc, évidemment, c’est d’autant plus perçu comme un cadeau merveilleux. Du reste, l’évangile nous dit que le Seigneur lui avait montré à Elisabeth la grandeur de sa miséricorde. Oui, le Cœur de Dieu s’était penché, s’est penché sur la souffrance de ce couple et bien au-delà de l’exaucement de leur désir le plus profond. Eh bien, Dieu voit toujours plus loin, plus grand, et justement en donnant aussi son nom à Jean -j’y reviendrai- il va montrer sa mission.

 Alors, tous les gens s’agitent, c’est de l’effervescence autour de cet enfant, comme souvent autour d’un enfant, les voisins rappliquent et puis chacun y va de son couplet… Et puis, on va l’appeler Zacharie. On a toujours fait comme ça. Y a pas de raisons, c’est le premier, c’est l’ainé, on va l’appeler comme son papa. Et puis, il sera prêtre puisque son père est prêtre. Voilà. Et chacun est en train de dessiner l’avenir de cet enfant comme Si cela dépendait d’eux ; on a toujours fait comme ça… Oui, mais la maman, elle intervient. Dans toute cette agitation et puis avec son autorité déjà de maman, elle dit : « Pas du tout. Non : il s’appellera Jean » « Dans ta famille, personne ne porte ce nom. » Et les gens n’ont toujours pas compris. La maman a beau dire ; les voisins, c’est eux qui savent ! C’est quand même incroyable ! Et pourtant, c’est souvent ça. Alors la maman dit : « Non, mais non, la maman dit pas du tout, il  s’appellera Jean. Et puis comme c’est le papa, dans la tradition, à l’époque, c’est le chef de famille, c’est lui qui va couper court à toute cette agitation et va dire : Eh bien oui, Jean est son nom. » Sans doute, Zacharie avait partagé malgré son mutisme, il avait partagé à sa femme tout ce qui s’était passé dans le temple de Jérusalem et dont vous avez entendu parler. L’ange Gabriel lui était apparu pour lui dire : mais oui, ta prière a été entendue. Ta femme va concevoir un fils et tu lui donneras le nom de Jean, c’est-à-dire : le Seigneur fait grâce. Et ce pauvre Zacharie qui était devenu muet ce jour-là parce qu’il avait douté de la réalité, de la réalisation des paroles de l’ange, eh bien, il retrouve, au moment où il obéit à l’ange en lui donnant à son enfant le nom de Jean, eh bien il retrouve la parole pour témoigner justement que cet enfant n’est pas seulement le fruit de ses parents, c’est pas seulement le fruit d’une famille, c’est pas seulement tout ce qu’on veut faire de lui, il est d’abord le don de Dieu.

 Zacharie témoigne que cet enfant a une vocation particulière et il va se mettre à chanter ce que vous entendez aussi de temps en temps, le cantique du Benedictus : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël qui visite et rachète son peuple… » Et tout d’un coup, Zacharie est rempli de l’Esprit Saint pour témoigner que le salut attendu par Israël depuis des siècles, arrive à son accomplissement. Dieu vient sauver son peuple et Jean sera celui qui va courir devant, c’est ce que veut dire précurseur. Courir devant le Seigneur pour annoncer : préparez vos cœurs, il arrive. Et finalement, il va le désigner : « Voici l’Agneau de Dieu ». Oui, Zacharie est celui par qui toute cette foule d’invités, d’amis, va pouvoir s’ouvrir à une autre dimension. Pour l’instant, ils ont été simplement au plan humain, mais Zacharie leur rappelle que Jean est d’abord le don de Dieu.

 Et c’est vrai pour toute vie. C’est vrai que Jean Baptiste a bénéficié, enfin son papa surtout, a bénéficié d’une révélation tout extraordinaire sur la vocation de son fils par cette visitation de l’ange Gabriel qui lui révèle tout ça.

 Dans nos vies à nous, ce n’est pas comme ça que ça se passe, mais il n’empêche qu’il ne faut pas oublier que chacune de nos vies, chacun de nous est voulu d’une manière personnelle, comme Jean Baptiste a été voulu de toute éternité par Dieu. On n’est pas le fruit du hasard ni seulement de ses parents, mais on est le fruit de l’amour de Dieu qui nous a voulus depuis toujours chacun de nous, chacun de nous, chaque vie est voulue personnellement par Dieu. Quelle merveille ! Quel mystère ! Source de paix, de joie, de confiance puisque on est voulu par Dieu, chacun d’entre nous, et on est voulu pour une mission toute particulière. Certes, Jean Baptiste a eu une mission extraordinaire mais, finalement, chacune de nos vocations, de nos appels, de nos vies, telle que Dieu la rêve, le rêve de Dieu sur nous, sur chacun de nous, c’est forcément beau, c’est forcément merveilleux. La seule chose qui abîme nos vies, c’est justement de ne pas faire la volonté de Dieu, c’est de nous écarter du chemin qu’il nous montre, qu’il nous trace.

 Alors, en cette circonstance, je crois qu’il est important pour chacun de nous, pour vous les enfants spécialement, pour nous, bien sûr, adultes, que notre orientation profonde de vie soit selon la volonté de Dieu, que nous soyons sur le bon chemin. Il est toujours temps d’ailleurs de réajuster et sans cesse on a à se réajuster à la volonté de Dieu, mais pour vous les enfants, je crois que c’est important de redécouvrir, ou découvrir peut-être, de prendre mieux conscience, que Dieu vous prépare à une mission que vous êtes seuls à pouvoir remplir parce que chacun est unique. Il n’y a pas de clone, cela n’existe pas dans le projet de Dieu, chacun est irremplaçable, chacun a une mission particulière et qui est belle, qui est forcément belle, qui est forcément bonne. Il faut faire confiance au Seigneur et il n’est pas trop tôt à votre âge de cultiver cette confiance dans votre cœur, avec l’aide de papa et maman ; il faut les encourager à prier avec vous pour votre vocation de demain, pour le rêve de Dieu sur vous, pour que vos parents et vous ayez suffisamment de confiance et d’amour de Jésus, eh bien pour faire ce qu’il vous montrera être son rêve, son projet sur vous. Voilà, la main du Seigneur est sur vous aussi comme elle a été sur Jean Baptiste. La main du Seigneur, c’est le signe de sa protection et de son soutien pour marcher, pour avancer où il nous conduit. Eh bien, croyons-le, et ouvrons nos cœurs à sa lumière. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE JACQUES RIDEAU (Séminaire français de Rome)

Mercredi 29 juin 2016
Solennité DES  SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL


Introduction à l’Eucharistie : Nous célébrons donc aujourd’hui la solennité des Apôtres Pierre et Paul. L’Eglise a voulu les rassembler dans la mémoire de leur martyre. C’est sur la foi de Pierre que l’Eglise est édifiée et, comme nous le dirons dans les textes de la liturgie, Paul a mis en lumière cette foi, en particulier à travers toutes ses lettres que nous avons gardées.

C’est un jour de joie que cette fête des Apôtres Pierre et Paul. Quand on vit à Rome, on pense d’une manière tout à fait particulière que c’est aussi la fête de l’Eglise de Rome, on pourrait dire du diocèse de Rome, aussi, et de son évêque, le Pape. Les Romains sont évidemment très attachés aux tombeaux de Pierre et de Paul comme étant les deux apôtres sur lesquels vit leur Eglise aujourd’hui. Et nous nous associons à leur joie et nous pourrons prier pour ce diocèse, c’est une chose à laquelle on ne pense pas souvent, mais on prie pour ce diocèse, et on prie, bien sûr, pour l’évêque de cette Eglise qui est notre Pape.

Nous entrons dans la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que, comme Pierre, comme Paul, nous sommes des pécheurs auxquels le Seigneur a fait miséricorde.


Homélie : Il y a dans l’Eglise une fête propre qui est la fête de la chaire de Pierre où on lit le même évangile que celui que nous venons d’entendre quand Jésus remet les clés à Pierre. Il y a une autre fête – la fête de la chaire de Pierre est le 22 février – et il y a une autre fête, le 25 janvier, qui est la fête de la conversion de saint Paul et ce n’est pas pour rien que l’Eglise célèbre comme un événement important pour sa vie et pour la vie de l’Evangile, si on peut dire, dans le monde, cette conversion de Paul, mais depuis l’antiquité, à Rome, on a voulu célébrer ensemble le martyre des deux apôtres dont les tombeaux sont sur la colline du Vatican ou sur la Via d’Ostie. Et je pense que ce fait que nous célébrions ensemble, en même temps, la solennité de Pierre et de Paul doit nous parler, nous dire quelque chose de ce qu’est la vie de l’Eglise, de ce qu’est notre participation, aux uns et aux autres, à cette vie de l’Eglise.

 Vous savez que tous les cinq ans, les évêques vont à Rome pour faire une visite et cette visite ce n’est pas qu’ils vont au rapport, faire leur rapport au Pape. Ils le font, mais le nom même de cette visite est intéressant et nous dit quelque chose. C’est ce qu’on appelle la visite « Ad limina », le titre complet est « Ad limina Apostolorum », c’est-à-dire une visite aux tombeaux des deux apôtres. C’est d’abord pour ça que régulièrement les évêques vont à Rome, qu’ils sont tenus d’y aller par le Droit, pour bien signifier que dans leur fonction d’évêque dans un diocèse, ils sont, avec le pape, chargés de tenir l’Eglise, leur Eglise diocésaine, mais chargés de tenir aussi avec le successeur de Pierre, de tenir l’Eglise tout entière comme membre du collège apostolique dans cette foi reçue des Apôtres.

 Dans le récit que nous avons entendu, il y a quelque chose que je trouve frappant, Jésus dit à Pierre : « heureux es-tu, Simon, fils de Jean, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela », c’est-à-dire qui t’ont révélé que, oui, je suis le Messie, le Fils de Dieu. « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé, mais c’est mon Père qui est aux Cieux. » Et si Jésus confie à Pierre la charge d’être la pierre sur laquelle il bâtira son Eglise, c’est en même temps parce que Jésus reconnaît que cette grâce est donnée à Pierre par le Père lui-même. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », cette charge de Pierre, ce ministère de Pierre, il continue d’être confié à celui qui est le Pape, l’évêque de Rome, pape de l’Eglise tout entière.

 Et cette fête des apôtres Pierre et Paul nous permet de réfléchir, de méditer sur l’importance de ce ministère de Pierre. L’attachement que nous avons au Pape, ce n’est pas seulement un attachement superficiel : celui-là me plaît… C’est un attachement qui tient à notre foi même et la charge du successeur de Pierre c’est de tenir l’Eglise ; on nous le disait dans la lecture de saint Augustin que nous avons entendue ce matin à l’office des lectures : c’est de tenir l’Eglise dans l’unité, l’unité de la foi, l’unité de la foi reçue des apôtres et dans l’unité de la charité parce que les deux choses vont ensemble : la foi et la charité.

 En réfléchissant à cela, je pensais que ce n’est vraiment pas seulement une chance, c’est une grande grâce qui est faite dans l’Eglise catholique que d’avoir ce ministère de Pierre et je pensais à nos frères des Eglises orthodoxes qui ont vécu un concile, mais on voit bien la difficulté qu’ils ont eue à se rassembler : quatorze patriarches, ce n’est quand même pas beaucoup. Cinquante ans de préparation pour y arriver et encore finalement, à la dernière minute, ils n’ont pas réussi à être tous là. Voilà, espérons qu’eux aussi vont faire un chemin d’union et d’unité entre eux. Mais quand on voit cela, on perçoit bien comme est précieux, comme c’est une grâce précieuse que d’avoir dans l’Eglise catholique le ministère de Pierre parce que l’Eglise catholique est très diverse, de plus en plus diverse, si on peut dire. On voit notre Pape qui arrive d’Argentine ; c’est quand même assez nouveau et on sent bien dans sa manière de parler qu’il témoigne d’une expérience de la vie de l’Eglise un peu différente de celle dont nous avions l’habitude en Europe occidentale, mais on l’avait déjà vécu avec le Pape Jean Paul II, on voyait bien qu’il venait d’un autre horizon culturel que celui de l’Occident, des démocraties occidentales. L’Eglise est donc très diverse. Mais justement, c’est le ministère de Pierre de la tenir dans la communion, la communion de la foi, la communion de la charité.

Et cette communion fait partie de son ministère, elle passe par la communication et on voit bien tous les pèlerins, les évêques, mais aussi tout ce que sont les services, comme on dit, de la curie romaine ; ils sont au service, non pas simplement de faire descendre les directives pontificales vers nous, mais ils sont aussi au service de cette communication, c’est-à-dire de ce partage entre les Eglises, de ce partage de la vie de l’Evangile dans le monde entier. Oui, le ministère de Pierre, c’est vraiment une grande grâce qui nous est faite et c’est bien pour cela que nous avons à être attachés à ce ministère du Pape. Mais sans oublier que s’il y a le ministère de l’unité et de la charité pour lui, chacun de nous est aussi, à sa manière, là où il est placé, responsable de cette communion dans la foi et dans la charité. Pour le dire autrement, on pourrait dire, ça serait pas ni sérieux ni honnête de tenir au ministère de Pierre si nous ne nous sentions pas nous-mêmes en charge de cette unité et de cette charité, si ensuite nous en faisions n’importe quoi.

Pierre et Paul. Si l’Eglise est attachée à Paul, c’est bien sûr parce qu’il y a ses lettres mais c’est aussi parce que tout son enseignement, ce n’est quand même pas pour rien. Quand on lit les Pères de l’Eglise, ils disent : L’Apôtre a écrit. Ils disent « l’Apôtre ». C’est Paul, l’Apôtre. Il y a ses lettres, mais c’est parce que à travers ses lettres, il a permis à l’Eglise, par la grâce du Seigneur, sa grâce propre, il a permis de se répandre, de se diffuser en dehors des frontières du judaïsme et de devenir vraiment l’Eglise des Nations. Paul nous dit la même foi et il nous dit l’importance pour l’Eglise d’être sans cesse missionnaire. Et on sait bien dans l’histoire comment souvent les papes, successeurs de Pierre, ont été aussi d’une certaine façon les héritiers de Paul et comment ils ont pris des initiatives pour la Mission.

 Pour ne pas prolonger, je note simplement un mot dans la lettre à Timothée que nous avons entendue. Le plus étonnant de la part de Paul, c’est qu’il nous dise : tout le monde m’a abandonné. Il vit une épreuve terrible, il est en prison, il sait que ça risque et il dit : « j’ai mené le bon combat, le moment de mon départ est venu », et quand il relit tout son chemin, toute sa vie, il a un mot, il dit : « J’ai gardé la foi » ! Paul, au terme de sa vie, a comme cette espèce d’étonnement émerveillé devant la grâce de Dieu, j’ai gardé la foi et je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de justice.

 Eh bien, demandons au Seigneur, en cette fête des Apôtres Pierre et Paul, de nous garder dans la même fidélité, de nous garder dans la même foi, nous garder dans le même désir de la Mission et nous prions tout particulièrement aujourd’hui pour celui qui a reçu, pour ce temps de la vie de l’Eglise, qui a reçu la mission et le ministère de Pierre.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

lundi 15 août 2016
Solennité DE L'ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Ap 11,19 ; 12,1-6. 10 ; Ps 44 ; 1 Co 15, 20-27 ; Lc 1, 39-56.


Introduction à l’Eucharistie : Nous sommes dans la joie, aujourd’hui, car nous fêtons notre Mère, Marie. Dans son mystère de l’Assomption, Marie est montée au ciel avec son corps et son âme ; Elle n’a pas connu la décomposition du tombeau, elle qui avait accueilli le mystère de Dieu en Elle, et c’est une joie pour nous de lever notre regard vers le Ciel en contemplant Marie, dans la gloire. Marie toute dans la gloire est désormais plus proche de chacun d’entre nous.

C’est une joie aussi pour nous, car Elle est la Patronne principale de la France, suite au vœu de Louis XIII qui consacrait le royaume de France à Marie, cette France qui est la Fille ainée de l’Église, et qui, en ces temps troublés, se souvient qu’elle a une Mère et que cette Mère est la protectrice aussi de notre pays, bien sûr, et aussi de chacun.

Eh bien, c’est vers Marie, notre Mère, que nous élevons notre regard, notre cœur pour toucher le cœur de Dieu afin de nous approcher de Jésus dans le Sacrement de l’Eucharistie avec un cœur purifié.

Eh bien, demandons au Seigneur d’approcher de son mystère avec un cœur d’enfant, et Jean-Paul II disait : ma dévotion envers Marie, c’est pour me rapprocher de Jésus. Eh bien nous, nous approchons de Jésus pour être aussi très proches de Marie. Eh bien, ensemble, avec ce cœur d’enfant, tout simplement, demandons pardon au Seigneur pour nos ingratitudes, nos péchés, particulièrement en cette année de la Miséricorde, où nous invoquons Marie dans sa gloire de l’Assomption comme aussi Mère de miséricorde. Je confesse…


Homélie : Chers Frères et Sœurs, Aujourd’hui, toute la création, l’Eglise visible et invisible, les saints, les anges, toutes les créatures vénèrent dans une même louange notre Maman du Ciel. Son Assomption, c’est-à-dire, son élévation au Ciel, c’est son entrée dans la gloire de Dieu, accueillie par le Père, par son Fils, par l’Esprit-Saint, c’est un jour de très grande joie et de victoire.

Le Magnificat de Marie, si mystérieux lors de la visitation, se dévoile aujourd’hui lorsque le Ciel s’ouvre pour accueillir triomphalement l’humble servante, la petite Marie, la Mère du Seigneur. La gloire de notre Mère, Marie, appartient à ses enfants qu’elle a enfanté dans la douleur de la Croix, nous sommes nés de sa compassion, de son cœur transpercé et immaculé. Sa gloire, c’est aussi notre gloire.

« Mon âme magnifie le Seigneur », chante Marie. Est-ce possible de magnifier le Seigneur ? Est-il possible de faire grandir le Seigneur, car enfin magnifier c’est faire grandir ? Et pourtant, il en est ainsi. Dans sa bonté, sa tendresse, le Seigneur accepte de faire dépendre de Marie sa croissance dans le monde. Nous en avons un exemple à PontMain, lorsque les enfants prient devant Marie, dans le ciel, Elle grandit…

Le Magnificat n’est pas un passé, ni un futur, mais un éternel présent. Voilà pourquoi la première qui ait pu chanter ce cantique en pleine conscience ne pouvait être que Marie, la mère de Jésus. Oui, c’est tout son être qui, par une attention maternelle de tous ses instants, de toutes ses forces, de toute sa volonté, de tout son cœur, facilitait l’extension de Jésus dans les cœurs.

 Saint Louis Marie Grignon de Montfort disait en son temps que le Royaume de Dieu ressemble à la vie humaine : nous avons un père et une mère sur la terre, nous avons aussi un Père et une Mère dans le ciel. Et il disait : « Qui n’a pas Marie pour Mère n’a pas Dieu pour Père. »

Si, dans la vie humaine, nous avons un papa et une maman, comment serait-il possible que, dans notre vie divine, nous ayons seulement un Père et pas de mère ? Ce ne serait pas humain ! Il nous faut nous remettre à l’école des évidences et des enfants. Ou bien alors reconnaître que le « divin » n’a pas grand-chose à voir avec l’ « humain », étranger l’un à l’autre.

 Comme l’écrivait un homme de Dieu, si Marie est notre mère, si l’Esprit Saint n’a rien voulu faire sans la « pauvreté » de son humanité, de sa virginité, c’est aussi sans doute une question de « participation ». Dieu nous aime trop pour faire tout, tout seul. Il faut être deux pour faire un enfant, il faut être deux pour faire un enfant de Dieu : L’Esprit Saint et Marie, l’Esprit Saint et l’Eglise, l’Esprit Saint et l’humanité. Dieu veut avoir besoin de Marie au Ciel pour que nous soyons accueillis par notre Mère au Ciel et qu’Il en soit glorifié ! Cela doit être profondément rassurant pour nous.

 La participation de Marie ne fait qu’un avec celle de l’Eglise constituée de l’humanité de chacun d’entre nous, c’est ce que nous enseigne le concile dans la Constitution sur le Mystère de l’Eglise : « …en contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la Parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint Esprit et nés de Dieu. » C’est ce que nous redisons dans le « Credo ».

 Marie est Mère de l’Eglise, aujourd’hui l’Eglise honore et vénère sa Mère en Marie. Le Père n’a donné son Fils que par Marie. Son Fils Jésus n’a été formé que par Marie. L’Esprit Saint n’a formé Jésus-Christ que par Marie. Si Marie est un chemin pour aller vers Dieu c’est parce qu’elle ne fait qu’un avec son Fils et qu’elle reçoit tout de Lui. Au fond, n’est-ce pas Jésus lui-même qui a voulu prendre le chemin de Marie pour venir vers nous, pour devenir fils de Marie ? Marie est le chemin de Dieu vers l’homme avant d’être le chemin de l’homme vers Dieu.

L’une des expressions de la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort se réfère à l’identification du fidèle avec Marie dans son amour pour Jésus, dans son service de Jésus. En méditant le célèbre texte de saint Ambroise qui disait ceci : « Que l’âme de Marie soit en chacun pour glorifier le Seigneur, que l’esprit de Marie soit en chacun pour exulter en Dieu. » Saint Louis-Marie écrit : "Qu’une âme est heureuse quand... elle est toute possédée et gouvernée par l’esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond !"

L’identification mystique avec Marie est entièrement tournée vers Jésus, comme il l’exprime dans sa prière : "Enfin, disait-il, ma très chère et bien-aimée Mère, faites, s’il se peut, que je n’aie point d’autre esprit que le vôtre pour connaître Jésus et ses divines volontés; que je n’aie point d’autre âme que la vôtre pour louer et glorifier le Seigneur; que je n’aie point d’autre cœur que le vôtre pour aimer Dieu d’un amour pur et d’un amour ardent comme vous".

Avec la Sainte Vierge, avec le même cœur de Mère, l’Église prie, espère et intercède pour le salut de tous les hommes. Ce sont les dernières paroles de la Constitution Lumen Gentium:  "Que tous les chrétiens adressent à la Mère de Dieu et des hommes d’instantes supplications, afin qu’après avoir assisté de ses prières l’Église naissante, maintenant encore, exaltée dans le ciel au-dessus de tous les bienheureux et des anges, Marie continue d’intercéder près de son Fils dans la communion de tous les saints, jusqu’à ce que toutes les familles des peuples, qu’ils soient déjà marqués du beau nom de chrétiens ou qu’ils ignorent encore leur Sauveur, soient enfin heureusement rassemblées dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité". C’est la supplication qu’aujourd’hui en France particulièrement et peut-être dans le monde, à travers tous ces temps troublés, nous adressons à Marie et c’est une demande instante des évêques de France qui rappellent au peuple chrétien que Marie est non seulement leur Mère, leur Patronne et qu’Elle est aussi leur ambassadrice, leur intercesseur.

 Eh bien, avec la simplicité des enfants, nous nous tournons en même temps vers Toi, notre Père qui est Dieu, et vers toi, notre Mère qui est au Ciel et si proche de tes enfants.

 C’est d’un même amour que nous voulons vous aimer comme des enfants qui, dans leur affection, ne peuvent séparer leur papa de leur maman. Aujourd’hui, nous continuons d’entendre Jésus qui, du haut de la croix ne cesse de nous montrer sa Mère en nous disant à chacun, au fond de notre cœur : « Voici ta Mère. »

 Marie, toi seule peux nous dire en vérité, beaucoup mieux que Saint Paul et toute l’Eglise : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous à la gloire du Père. »

 Notre Père et toi, Marie, notre Mère, ayez pitié de tous les orphelins spirituels, de tous ceux qui ne savent pas qu’ils ont un Père dans le ciel et de tous ceux qui ont oublié qu’ils ont une mère, celle de Jésus, qu’il leur a donnée, Marie. Amen.


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EXHORTATION DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS AUX VÊPRES

lundi 15 août 2016 après-midi
Solennité DE L'ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE MARIE

 Lc 1, 39-47.


 Chers Frères et Soeurs, nous qui sommes les héritiers de ceux qui nous ont précédés dans la foi, ce jour de l’Assomption de Notre Dame est pour nous un temps privilégié d’action de grâce que la liturgie nous fait revivre dans le mystère de la Visitation que nous avons entendu ce matin. C’est l’évangile que l’Église a choisi pour cette Fête de l’Assomption ; l’Assomption, c’est aussi une visitation dans le Ciel, et pourquoi serait-elle différente de cette visitation sur la terre ?

 Que revisiter du message que le Seigneur nous a fait entendre? Je crois que nous pouvons le résumer par deux paroles de confiance, d’encouragement, inséparables l’une de l’autre. La parole de l’ange Gabriel adressée à Marie, à l’Annonciation, avant de la quitter : « Rien n’est impossible à Dieu ! » Et, comme en écho dans le temps, la réponse de Marie dans le ciel de Pontmain : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher »

 « Rien n’est impossible à Dieu, » en réponse à la prière des enfants qui se confient à Marie, leur mère, pour s’adresser à leur Père très aimant ! Cette confession de foi dans la prière nous dit quelque chose de la permanence, de la présence, de l’amour et de la miséricorde de Dieu à travers Marie. C’est bien le message que nous délivre la Parole de Dieu, en cette année de la miséricorde.

 Marie est la première bénéficiaire de la bénédiction de Dieu. Saint Luc nous dit, dans la Visitation, que Marie, enceinte, se rendit avec empressement chez sa cousine. Que faisait-elle pendant le long et pénible voyage ? Elle priait, c’est-à-dire qu’elle était en communion d’amour avec son enfant qu’elle portait dans son sein. Et Jean-Paul II a décrit ce moment d’intense communion et d’adoration de Marie comme « la première procession eucharistique, » Marie « Ostensoir vivant de la présence de Dieu ». Et Lorsque Marie entre au Ciel, elle est aussi, je crois, enceinte de la présence de tous ses enfants qui sont sur la terre.

Il ne faut pas s’étonner que la rencontre des deux mamans enceintes, Marie et Elisabeth, s’extériorise, sous l’action de l’Esprit Saint, dans une exultation de joie, une prière de louange dont nous faisons mémoire quotidiennement dans notre chapelet : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ». Reconnaissance de la foi de Marie et de la puissance de Dieu : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » et « Rien n’est impossible à Dieu ! »

Jésus veut avoir besoin de la Porte sainte de Marie, sa Mère, pour venir en ce monde, et par son Assomption, nous ouvrir le Ciel. Chers frères et sœurs, vous aimez et vous aimez beaucoup Marie, mais Marie est-elle pour nous la Porte sainte qui nous conduit à Jésus ? Nous prions et nous prions beaucoup Marie, mais notre prière est-elle nourrie, comme celle de Marie, de la Parole de Jésus, c’est-à-dire de sa Présence et de l’adoration, dans un cœur à cœur, dans l’amour du Cœur de Jésus qui est Celui du Père du Ciel ?

Lors d’une rencontre internationale des jeunes religieux et religieuses à Rome, j’ai retenu cette parole du Pape François qu’il a prononcée, des paroles fortes qui nous interpellent tous : « Tu pries ! C’est bien, dit-il, nous prions tous ! Tu étudies ! C’est bien, vous étudiez beaucoup ! Mais est-ce que tu adores ? Est-ce que tu donnes du temps en cœur à cœur avec Jésus ?... Tu dois adorer dans un cœur à cœur avec Jésus pour recevoir l’amour du Cœur de Jésus dans ton cœur. Si le feu de l’amour de Jésus est dans ton cœur, c’est ce feu que tu communiqueras aux autres. La capacité de réchauffer les cœurs vient de ton cœur ! Si ton cœur brûle d’amour pour Jésus Christ, tu es un bon évangélisateur ou une bonne évangélisatrice… Si tu n’adores pas, ton cœur restera froid, cela ne s’apprend pas dans les livres mais dans le Cœur de Jésus. Marie vit ce cœur à cœur avec Jésus et son amour brûlant chante le Magnificat, en reconnaissance au cœur du Père, et son cœur ne cesse de brûler au Ciel comme il a brûlé sur terre et peut-être encore davantage ? »

 Le Livre des Actes des Apôtres nous dit que lorsque Jésus est remonté au Ciel, les Apôtres se sont retrouvés en retraite, donc en prière au Cénacle avec Marie, la Mère de Jésus. Il n’est pas difficile de se représenter le rôle de Marie dans la formation des Apôtres à l’intériorité, c’est-à-dire dans une nouvelle manière pour eux d’être avec Jésus.

Souvenons-nous comment Joseph Barbedette a décrit la profondeur et l’intensité du regard de Marie contemplant Jésus crucifié sur la croix, qu’elle tenait serrée de ses deux mains en le présentant à l’adoration, à la vénération des enfants à PontMain. Son cœur était transpercé, marqué d’une plaie cruciforme, dont la couleur de sang dit long sur sa douloureuse compassion maternelle.

A la demande de Jésus, Marie avait accueilli les Apôtres pour ses enfants. Dans la proximité d’une telle mère, pensons-nous que les disciples ne furent pas touchés au plus profond d’eux-mêmes ? Oui, les disciples ont été touchés, mais plus encore le Seigneur qui ne résista pas à envoyer son Esprit de feu sur Marie et les disciples réunis autour d’elle.

 Nous qui prions beaucoup Marie, savons-nous lire, dans son regard et son cœur, l’amour de son Fils Jésus, et celui du Père qui est le même, dont nous sommes appelés à vivre et à témoigner par une vie de foi, de charité, en vrais enfants de Marie et, indissociablement, de l’Eglise ? Comme à la Pentecôte, où la paroisse, réunie en prière par Marie autour de son saint Curé, Michel Guérin, a accueilli la manifestation de l’Esprit Saint, ainsi notre prière, notre adoration en Eglise avec Marie, nous renouvelle et nous fortifie dans l’amour du Père, dans la grâce de Jésus et la communion de l’Esprit Saint.

 Que nous apporte l’Esprit Saint ? Il nous communique le feu de l’amour de Dieu ; et que produit en nous cet amour ? Eh bien, comme j’aime bien le redire, selon saint Thomas, trois dispositions intérieures fondamentales : la paix, la joie, la miséricorde. Et ces trois dispositions intérieures produisent des fruits de bénédiction, de bienveillance, de bienfaisance. Lorsque nos paroles ne sont pas bénédiction, bienfaisance, bienveillance, cela veut dire que notre cœur est-il vraiment dans l’Amour de l’Esprit-Saint ?

 « Rien n’est impossible à Dieu », sauf, bien sûr, le mal ! Nous savons d’expérience que malgré la présence manifeste de Dieu dans nos vies, nous avons la capacité de faire le mal, de succomber à la tentation du bavardage et de la critique. Les paroissiens de Pontmain en ont fait la triste expérience pendant la présence manifeste de Marie, ce qui l’a attristée profondément. Il en fut ainsi des apôtres en la présence de Jésus.

Aujourd’hui, Marie, dans son mystère de l’Assomption, nous redit : « rien n’est impossible à Dieu, soyons ouverts à l’Esprit Saint, mon Fils se laisse toucher ! »

Chers frères et sœurs, nous regardons Marie qui, avec le Père, nous montre Jésus, nous aimons Marie qui nous apprend à aimer et à prier Jésus, nous rendons grâces au Seigneur Jésus qui se laisse toucher...

A l’exemple de Marie, nous avons accueilli la Parole du Seigneur, alors soyons, comme Marie, des femmes et des hommes de foi, d’adoration et vivants de l’amour du Christ, et nous serons les missionnaires de l’amour de Dieu pour rejoindre et toucher le cœur de nos frères ! Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Dimanche 28 août 2016
Solennité DE NOTRE PÈRE SAINT AUGUSTIN, Patron de tout l'Ordre canonial

Ac 4/32-35; Ps 132/1-3;  1 Jn 4/7-16;   Mt 23/8-12 (ou Jn 17/11b,14-21)



Introduction à l’Eucharistie par Frère Jean-François : Dans l'ordre canonial dont nous faisons partie, nous solennisons saint Augustin. Saint Augustin, dans la liturgie, pour nous, si vous voulez, c'est très important. C'est pour cela que les textes, toute la méditation de ce jour, porteront sur saint Augustin qui nous aidera à nous élever vers Dieu. En couronnant les mérites de saint Augustin, Dieu couronne ses propres dons.

Comment se représenter saint Augustin ? Deux images me viennent à l'esprit. La première c'est cette statue que vous avez au fond de l'église qui vous accueille quand vous entrez dans l'église, peut-être ne la voyez vous plus. Elle est représentée avec un cœur dans la main, un cœur embrasé. C'est une première représentation qui signifie le pasteur au cœur embrasé. Peut-être cette image de saint Augustin nous touchera davantage. La deuxième image c'est celle de saint Augustin dans la basilique saint Pierre de Rome qui soutient la chaire de saint Pierre avec saint Ambroise, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand... Les Pères de l'Eglise, les Docteurs. C'est tout son enseignement, il a produit, publié plus de mille publications. Sans compter ses écrits, ses lettres et toutes ses homélies pendant quarante ans, presque tous les jours, je crois. Imaginez l'oeuvre immense dans tous les domaines.

Pour nous peut-être ce que nous pouvons retenir ce matin de ce grand et saint personnage, c'est cet amour de Dieu dont Benoît XVI dit qu'il peut se caractériser dans deux mots : l'Amour éternel, non pas l'amour passager mais éternel, et la Sagesse. Un cœur embrasé qui se donnait à fond dans tout ce qu'il a fait. Avant sa conversion, il s'est donné à fond jusque dans le péché. Et là Dieu l'a relevé. Il s'est donné à fond pour Dieu et il n'a pu le faire comme il le disait que dans un amour partagé, fraternel, « un seul cœur, une seule âme tendus vers Dieu ». Oui, pour nous qui vivons cette communauté -l'Église- de frères et de sœurs, ayons un seul cœur, une seule âme tendus vers Dieu. Et saint Augustin disait : « Il n'est pas permis à un chrétien d'avoir de la haine, d'avoir quelque chose contre son frère, ce n'est pas permis ». Eh bien, demandons pardon au Seigneur pour qu'il reforme notre cœur à l'image du Sien. Et tout cela nous le vivons dans l'Eucharistie. Et c'est dans cette Eucharistie précisément que nous faisons un seul cœur, une seule âme.

Demandons pardon au Seigneur…


Homélie de Frère Marie-Jean : Les paroles de l’Écriture que nous offre la liturgie de cette fête sont parmi celles qui ont trouvé un écho tout particulier dans le cœur de Saint Augustin, forcément. Les textes choisis pour les fêtes des saints essaient justement d’incarner quelque chose de frappant dans la vie de tel et tel saint. Alors certes, saint Augustin c’est une bibliothèque, c’est plus que cela bien sûr, c’est un grand saint, docteur de l’Église, donc on pourrait, lui qui a passé sa vie , à scruter, à ruminer et à offrir l’Écriture, bien sûr quelques textes de l’Écriture ne peuvent pas épuiser non plus sa personnalité, mais enfin si l’Église a choisi ces textes que nous venons d’entendre, c’est parce que, de fait, ils révèlent quelque chose de particulièrement fort dans la vie d’Augustin et dans son témoignage qu’il nous donne.

Les lumières qu’il a reçues ainsi en ruminant la Parole de Dieu, car c’est bien le terme qu’il faut choisir, ont quelque chose à nous dire à nous aussi, aujourd’hui. Il est Docteur de l’Eglise c'est-à-dire un guide sûr et je partirai d’abord de cet Évangile que nous venons d’entendre : « Vous n’avez qu’un seul enseignant et vous êtes tous frères, vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ ». Après s’être fait le disciple de penseurs et d’orateurs brillants de l’antiquité et de son temps, qui pour une part d’ailleurs, ont été des chemins vers le Christ, - certains au moins - Augustin a fait l’expérience que tous ces chemins aussi beaux, aussi riches soient-ils, n’étanchaient pas cette soif inextinguible de vérité qui l’a toujours animée et qu’il a toujours cultivée et, c’est cela le plus important, cultivé cette soif , cet amour de la vérité et de faire la vérité, d’harmoniser sa vie avec ce que l’on découvre être vrai.

Mais en rencontrant enfin profondément le Christ, grâce à saint Ambroise, ce Christ que sa mère, Monique, lui avait fait connaître dans son enfance et dans son adolescence, il ne faut pas le minimiser, et d’ailleurs saint Augustin ne minimisera pas le rôle de sa mère car s'il est quelqu’un qui fait l’éloge de sa mère c’est bien lui tant il se sait redevable de tout ce que Monique pendant des années et des années lui a fait connaître de Jésus. Et j’ai découvert d’ailleurs en préparant cette homélie que saint Augustin était quand même catéchumène il avait reçu, à l’époque on donnait du sel béni qui était le signe de l’entrée en catéchuménat. Il était donc Catéchumène ce qui n’est pas rien. Et j’ai redécouvert aussi que il avait toujours aimé Jésus, gardé dans son cœur ce que Monique avait semé. Ce dont il s’est éloigné c’est de l’Eglise et de la pratique sacramentelle pour des problèmes que je dirais intellectuels qu’il n’arrivait pas à résoudre, mais le Christ était semé dans son cœur par cette entrée en catéchuménat et par tout ce que Monique avait semé et cela produira du fruit un jour. Alors, chers parents : semez, semez et même si il y a bien des méandres dans la vie de vos enfants tout ce qui est semé est là et ne demande qu’à germer avec la Grâce de Dieu.

Oui, je reprends le fil, rencontrant enfin profondément le Christ en le retrouvant d’une manière nouvelle, Augustin découvre alors que le Christ est cette vérité qui le cherchait, lui Augustin, plus encore que lui ne la cherchait, et c’est ce qu’il suggère dans ces paroles que j’ai trouvées : « Père, quand je frappe je veux que s’ouvre à moi le sens profond de Tes paroles. Je t’en prie par Notre Seigneur Jésus-Christ avec qui Tu nous as cherché sans que nous Te cherchions, mais Tu nous as cherché pour que nous Te cherchions ». Ça c’est Augustin pur. Et Augustin de nous dire « reviens » oui parce que, comme je le lisais sous la plume de Benoit XVI aussi, Augustin est d’une étonnante actualité, étonnante actualité. Benoit XVI de dire en substance : « Quand je lis Augustin, mais c’est un homme d’aujourd’hui. Il me parle directement ». Et je crois que nous pouvons beaucoup en faire l’expérience. « Reviens » nous dit-il, « reviens à ton cœur dans l’homme intérieur habite le Christ c’est là que tu te renouvelles à l’image de Dieu ». Et lui Augustin malgré l’étendue de sa science et de son éloquence, c’était son premier métier, n’oublie jamais que le seul Maître c’est le Christ. Il est d'une grande humilité, Augustin, c’est époustouflant cette humilité, ça c’est la sainteté. Avoir une telle science, une telle facilité je dirais, un tel charisme, et être d’une si grande humilité... Il écrit justement à ce sujet ce qui exprime cette humilité et cette certitude qu’il n’y a qu’un seul Maître, le Christ, il écrit à ce sujet j’allais dire à une « philotée » - si le mot convient - une jeune femme florentine qui voulait se faire accompagner par Augustin, qui lui demandait des conseils. Il lui écrit : «  Retiens bien ceci - Quelqu'enseignement que je puisse te donner en vue de ton salut, un seul t’enseigne le Maître Intérieur de l’homme intérieur, Celui qui au fond du cœur te fera voir et reconnaître ce qui est vrai dans ce que je te dis ».

Augustin nous entraîne à écouter ce Maître Intérieur, ce seul Maître qu'est Jésus. Eh bien, son enseignement tient tout entier, nous le savons bien, dans le double commandement de la charité et ce double commandement de la charité a trouvé un écho tout particulier et central dans le cœur d’Augustin. Il est appelé le « docteur de la charité » et c'est pourquoi il est souvent représenté avec ce cœur embrasé sur la main. Docteur de l'amour car il en a parlé d'une manière « magistrale », pardonnez-moi même si je viens de dire qu'il n'y a qu'un seul Maître. Oui, « Le Christ est venu », écrit Augustin, « avant tout pour que l'homme apprît combien Dieu l'aime, et qu'il l'apprît afin qu'il -  lui, l'homme - s'enflamme d'amour pour Celui qui le premier l'a aimé, et afin qu'il aimât son prochain suivant l'ordre et l'exemple de Celui qui s'est fait le prochain de l'homme au temps où celui-ci n'était pas son prochain mais errait bien loin de Lui. Et toute l'Ecriture divine raconte le Christ et enseigne l'Amour. Toute l'Ecriture divine raconte le Christ et enseigne l'Amour. Annonce le Christ pour l'Ancien Testament et le dévoile dans le nouveau et enseigne l'Amour. Propose-toi donc cet Amour », poursuit Augustin, « propose-toi donc cet Amour comme fin à laquelle tu rapporteras tout ce que tu diras et quoique tu racontes, raconte-le de telle manière que ton auditeur en entendant croit, en croyant espère, et en espérant aime ».

Et puis je ne peux pas ne pas citer cette parole aussi bien connue d'Augustin, ce primat de la charité comme critère de notre agir : « Avant tout aimons Dieu et le prochain » - c'est le début de notre règle de saint Augustin - « Avant tout aimons Dieu et le prochain ». Pour lui c'est le seul critère de ce que nous avons à faire. Réfléchir, revenir à son cœur et évaluer si c'est bien dans l'ordre de la charité.

D'où ce primat de la charité comme critère de notre agir, saint Augustin l'a exprimé dans cette parole célèbre, une des plus célèbres d'Augustin : « Aime et fais ce que tu veux ». Parole parfois ou souvent mal interprétée sans doute, car il s'agit bien ici de l'amour charité, de l'amour agapè, aime d'agapè, de cet amour qui vient de Dieu, que tu reçois de Dieu. Et cet Amour là ne peut être source que de Bien et source d'une vraie liberté. Alors je veux vous partager cette intégralité du contexte de cette parole pour mieux en comprendre le sens. « Ce qui distingue les actes des hommes », dit Augustin, « c'est la charité qui est la racine. Bien des choses peuvent avoir l'apparence du bien qui ne procèdent pas à la racine de la charité. Les épines aussi ont des fleurs. Il y a des actes qui paraissent durs, qui paraissent cruels, mais ils visent à corriger inspirés par la charité. Une fois pour toutes, t'est donc donné ce court précepte : « Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour - par charité - ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour ; Aie au fond du cœur la racine de l'amour, et de cette racine rien ne peut sortir que de bon. »

Et cette charité dont nous a parlé saint Jean, car bien sûr Augustin est un disciple privilégié de saint Jean, l'apôtre de l'amour, mais tout autant de saint Paul. C'est saint Paul qui l'a percuté. Vous vous souvenez un jour où il était dans ce jardin et il a entendu une invitation à prendre l'Ecriture et c'est saint Paul qui a eu le dernier mot j'allais dire, qui a percuté ce cœur qui était déjà travaillé par la Grâce. Paul qui dira, et bien entendu Augustin signerait des deux mains, si tu n'as pas la charité, ce que tu fais c'est zéro, tout est nul. C'est rien, c'est du vent sans la charité. Toutes les plus belles choses même la foi la foi à déplacer les montagnes, si je n'ai pas la charité je ne suis rien. Tout cela Augustin l'a bien fait sien.

Et cette charité elle est répandue par l'Esprit-Saint dans les cœurs. Saint Augustin la voit tout spécialement à l'œuvre dans cette première communauté de Jérusalem décrite par saint Luc au livre des Actes. Et à ses frères de communauté il aime citer souvent ce passage que nous avons entendu : « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul cœur et une seule âme ». Et cela deviendra le leit-motiv d'Augustin pour cette vie commune qu'il voudra mener d'abord avec des frères dans une vie de type monastique puis avec son clergé lorsque la charité lui demandera, contre ses goûts personnels qui étaient purement contemplatifs, lorsque la charité lui montrera qu'il faut qu'il se donne, qu'il accepte la prêtrise et l'épiscopat et qu'il se donne aussi sans compter à son peuple pour le nourrir du miel des écritures. Oui, il voudra instituer, incarner cette charité où toute la vie chrétienne est là, se vérifie là. Il voudra l'incarner lui le premier, dans une vie communautaire, avec des frères dans une vie monastique puis avec son clergé. Il est l'initiateur de cette vie canoniale comme nous l'appelons. Alors bien sûr on ne peut pas, encore une fois, en quelques mots épuiser Augustin, mais vraiment je crois il peut nous toucher beaucoup. Certes, il a des passages difficiles, mais c'est un homme je crois tellement pénétré de la charité que toute sa littérature, du moins souvent, est tellement enflammée de cet amour de Dieu et du prochain que cela nous entraîne, preque malgré nous, tellement c'est beau, tellement c'est vrai aussi. Alors je retiendrai, si vous permettez, simplement à partir de ces trois points : Saint Augustin, oui, vous n'avez qu'un seul Maître.

Aujourd'hui, nous les chrétiens comme les autres, autant que les autres nous sommes tentés de « zapper », d'aller voir tout, de tout connaître, de tout savoir... Et ce faisant pour le moins nous perdons beaucoup de temps. A vouloir tout, être au courant de la dernière nouvelle qui vient de jaillir sur les écrans. Et puis, pour le moins, de perdre du temps, et pour le plus d'y perdre notre âme tant il y a de faux bergers, de faux docteurs soi-disant même dans l'Église. Pendant tant d'années, il y a eu tant d'exégètes – soi-disant – qui ont été des démolisseurs de la foi. Alors saint Augustin nous dit : « Mais non, vous avez tout dans l'Écriture, tout. Et dans le Magistère de l'Église et dans les saints, les docteurs de l’Église qui sont des guides sûrs ». Plutôt que d'aller voir partout et nous éparpiller, saint Augustin nous dit : « Mais mangez l'Écriture, ruminez l'Écriture, vous avez là de quoi ne jamais être déçu, de quoi apaiser vos faims de Vérité et d'Amour ». Et puis il nous invite à réévaluer le poids de nos vies à l'aune de la Charité. « Si tu trouves la Charité dans ton coeur », dit Augustin, « la charité vérifiée dans l'amour du prochain, la charité fraternelle, alors sois en paix ». Il dit cela en substance.

Vérifier le poids de nos vies à l'aune de la charité, est ce que c'est aussi le primat dans ma vie ? Et la charité donne une grande liberté, comme nous fait sentir Augustin. Et cette charité pour nous religieux, bien sûr elle va s'incarner dans cette forme de vie communautaire. C'est une école de charité au quotidien. Mais vous aussi, dans vos vies de famille, dans vos vies sociales, vous pouvez choisir, vous pouvez accueillir comme Augustin, tout autant, ce leit motiv : « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la Foi, avaient un seul cœur, une seule âme ». C'est le chemin pour toute l'Église, pour toute la famille Église : un seul cœur, une seule âme.

Qu'est ce qui affaiblit, qu'est ce qui anémie l'Église sinon ces divisions, sinon ces conflits de pouvoir ? Un seul cœur, une seule âme tendus vers Dieu, voilà encore ce critère que saint Augustin nous laisse, entre autres, parmi tout ce riche enseignement et exemple aussi parce qu'il a vécu ce qu'il a enseigné.

Prions-le de nous aider à incarner, nous aussi, à notre tour, ce qu'il nous a enseigné de la part du Seigneur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Dimanche 11 septembre 2016 : Solennité DE L'ANNIVERSAIRE DE LA DÉDICACE DE NOTRE ÉGLISE CANONIALE SAINTE MARIE MÈRE DU RÉDEMPTEUR

Is 56, 1. 6-7 ; Ps 121, 1-9 ; Ac 7, 44-50 ; Jn 4, 19-24


Introduction à l’Eucharistie : C’est un grand jour de joie pour nous-mêmes, pour la Communauté des petits Frères de Marie ; c’est l’anniversaire de la consécration de cette église qui a eu lieu un 11 septembre 1994, (c’est vieux, enfin... !)

Et pour nous, faire mémoire de cet anniversaire a un sens très fort : vous avez vu qu’il y a 12 lumières, sur les murs, qui sont là pour nous rappeler l’onction, la consécration de cette église à travers 12 croix qui sont illuminées et nous remercions Marie Pérès d’avoir mis des fleurs à chaque croix (ndlr : ainsi qu’aux jeunes en week-end au Prieuré).

Sainte Marie, Mère du Rédempteur, le nom est signifié par la représentation de Marie dans son mystère de Mère du Seigneur, du Sauveur ; nous pouvons le voir aussi à travers l’icône que nous avons à la chapelle des lumières, nous en reparlerons, dans les vitraux, particulièrement celui qui est derrière vous au-dessus de l’orgue ; et puis cela nous rappelle aussi notre baptême : vous savez, le jour de la consécration, les portes de l’église sont fermées à clef, nous sommes dehors, et c’est le Seigneur, par l’évêque, par la voix de l’évêque, qui somme les portes de s’ouvrir, et lorsque les portes s’ouvrent, c’est la Croix qui s’avance et les fidèles qui suivent avec les prêtres. Cela nous rappelle ce jour de notre baptême, lorsque Dieu a pris possession de notre âme, le jour de notre baptême, à la voix, à l’appel du Seigneur qui vient frapper notre cœur pour avoir cette ouverture, pour prendre possession de notre cœur, c’est très fort. Et lorsque nous entrons dans une église, il faut nous souvenir de notre baptême, on ne rentre pas comme cela dans un temple, il y a toute une démarche où on refait le signe de croix qui a été tracé sur nous le jour de notre baptême.

Eh bien, que cet anniversaire de la consécration de cette église dédiée à sainte Marie, Mère du Rédempteur, renouvelle notre ferveur dans les promesses de notre baptême, dans notre consécration. Et quand nous communierons tout-à-l’heure, il faut nous souvenir que nous sommes vraiment le Temple du Seigneur, la demeure de Dieu.

Eh bien, préparons-nous à accueillir le Seigneur, à accueillir sa miséricorde d’un cœur ouvert. Demandons pardon au Seigneur pour nos péchés…


Homélie : Chers Frères et sœurs, si vous avez médité la Parole de Dieu de ce jour, vous aurez remarqué que les textes des lectures ne correspondent pas à celles de notre Dimanche, 24ème, parce que tout simplement l’anniversaire de la Dédicace d’une église, c’est une solennité avec des lectures propres, et ces lectures sont concentrées sur la présence de Dieu dans le temple et la façon d’adorer le Seigneur dans son Temple

 Pour la gloire de Dieu, de son Nom trois fois Saint, et pour notre sanctification, aujourd’hui, nous célébrons l’anniversaire de la dédicace de notre église canoniale « Marie Mère du Rédempteur » avec une reconnaissance particulière à Mère Marie de la Croix à qui nous devons tant, notre fondatrice. Et la Fête patronale de notre Congrégation, c’est la Présentation de Jésus au Temple par Marie. Il nous faudra donc faire un lien entre cette Dédicace et cette Solennité aussi de la Présentation de Jésus au Temple. Nous sommes dans l’Église du Christ, dans cette Église, nous sommes des temples vivants que le Seigneur a consacrés et investis par le sacrement du baptême et qu’Il continue de sanctifier.

 La gloire du Seigneur habite aussi bien les grandes cathédrales dont la plupart sont placées sous le vocable de Marie, Notre Dame, que les modestes chapelles où réside sa Présence. Et comme je le disais, notre église est placée sous le vocable de « Marie Mère du Rédempteur », représentée dans la chapelle des lumières par l’icône, sous les traits de Notre Dame de Pontmain, revêtue d’une tunique sans couture, qui représente comme une tunique sacerdotale, portant sur son cœur une grande hostie, qui donne à voir son Fils en croix, dont la plaie ouverte de son cœur coïncide avec le sien.

Au cours de l’histoire, nombre de saints ont évoqué le sacerdoce de la Vierge Marie, notamment par l’expression : « sacerdoce du cœur ». L’illustration du sacerdoce du cœur de Marie, Temple du Très-Haut, Arche d’Alliance nous est figuré aussi dans les œuvres d’art.

Pour cette raison, je voudrais faire un rapprochement avec un tableau de la Cathédrale d’Amiens du XVème siècle exposé au Louvre sous le titre : « Le sacerdoce de la Vierge ». La Vierge Marie est représentée debout devant l’autel ; la consécration d’une église, c’est aussi la consécration de l’autel qui est le cœur, le reste n’est qu’une enveloppe, mais cela délimite un espace sacré. Donc la Vierge Marie est représentée, debout devant l’autel, revêtue de l’habit du Grand-Prêtre, une tunique sans couture, tel que décrit dans l’Exode, ce vêtement dont elle est revêtue est de même facture que celui qui habille et recouvre l’autel, symbole du Christ, dans ce tableau.

Dans un geste d’offrande, elle introduit, intronise son enfant, en lui offrant la tunique qu’elle porte, ce qui signifie que la Vierge immaculée a formé dans son corps le corps humain du Fils de Dieu, constituant de sa propre chair le vêtement de chair de ce Fils, son fils, la matière de l’offrande. Marie en se dépouillant d’elle-même fait bien entendre que son Fils, lui seul Grand-Prêtre Souverain, a le droit de s’en revêtir. Cependant, c’est sa Mère qui lui offre les insignes du sacerdoce, c’est de la tunique maternelle qu’il les reçoit. Et combien Marie, en son sacerdoce ultime du cœur, chante silencieusement, en son nom, le sacerdoce unique du Christ ! C’est ainsi que ce tableau nous représente Marie, et c’est un peu de la même façon que nous est représentée Marie dans cette icône de la chapelle des lumières.

Et le même vêtement que porte Marie, dans ce tableau, revêt aussi l’autel, ce qui nous donne de méditer sur le lien entre le Temple et l’humanité de Jésus que nous pourrions intituler le « signe du Temple ». Marie, Mère du Rédempteur, ce Christ, Temple nouveau.

D’abord, un rappel de ce lieu, puis une mise en lumière d’un aspect avec l’évangile de ce jour. Le Temple, dans les Ecritures, n’est pas dissociable de l’Alliance. Les anges eux-mêmes servent dans le Temple comme ils ont assisté Marie et servi l’humanité de Jésus, de l’Incarnation à sa Passion. Vous savez, on a dit quand Jésus est tenté dans le désert, à la fin, ce sont les anges qui le servaient. Ils sont intervenu plusieurs fois dans la vie de Jésus.

Le Temple tient une grande place dans l’Ancien Testament et dans l’Évangile. Jésus en a éprouvé l’attirance : il était souvent dans le Temple ; Marie et Joseph montèrent au Temple pour le présenter et l’offrir au Temple ; puis à douze ans, Jésus enseigne les docteurs dans le Temple ; pendant sa vie publique, il prêche dans le Temple, il va chasser les vendeurs du Temple en déclarant : « c’est la Maison de mon Père, Maison de prière ». A Gethsémani, dans le jardin des Oliviers, Jésus déclare à ses bourreaux : « Chaque jour, j’étais assis dans le Temple à enseigner ». Si le sanctuaire du corps de Marie a été préservée de toute souillure, il n’en est pas de même du Temple de Jérusalem qui a été souillé et instrumentalisé par les hommes, ainsi voudront-ils souiller et assujettir celui du Corps du Christ.

 Il nous faut prendre conscience qu’ici, dans une église qui est consacrée, notre démarche chrétienne est justement de nous laisser habiter par cette présence non pas d’instrumentaliser le Seigneur : on y vient parce qu’on a l’habitude d’y venir, mais au fond notre cœur n’y est pas ; je crois qu’il y a une conscience à prendre. Il y a plus : un lien mystérieux entre Jésus et le Temple, c’est bien sur le sommet du Temple que Satan transporte Jésus pour le provoquer, mais c’est surtout l’affirmation qui lui vaudra d’être condamné : « Détruisez ce Temple et je le rebâtirai en trois jours ». C’est là le signe du Temple : la Résurrection. Comprenons que le mystère de la Présence de Dieu dans le Temple de Jérusalem s’efface et se révèle, se dévoile dans l’Humanité de Jésus vrai Dieu et vrai homme que Marie présente au Père pour nous l’offrir.

Dans la première lecture, le prophète Isaïe prophétise ainsi : « Tous ceux qui sont fidèles, je les comblerai de joie dans ma Maison de prière … car ma Maison sera appelée "Maison de prière pour tous les peuples" ». C’est bien le chant d’espérance du psalmiste : « J’étais joyeux que l’on me dise : allons à la Maison du Seigneur».

Face au Sanhédrin, le diacre Etienne témoigne de la véritable signification de la demeure de Dieu en Jésus ressuscité, il dit ceci : « Notre nouvelle demeure en Dieu n’est pas dans des demeures faites de main d’hommes, asservies par les hommes, mais en Jésus». Nous nous souvenons quand Jésus meurt sur la croix, le voile du Temple se déchire : le Temple est désaffecté parce que le nouveau Temple est édifié en Jésus.

 Mais entre ces deux moments, entre le début du Nouveau Temple à l’Incarnation de Jésus et la fin de l’Ancien à la Passion, il y a une époque unique où les deux Temples ont coexisté et où le mystère de leur liaison est apparu dans une merveilleuse lumière. Cette rencontre de la réalité et de la figure, rencontre vivante et historique, elle a eu lieu pour la première fois au jour de la Présentation de Jésus au Temple par Marie et Joseph.

 Jusque là, il n’y avait que le Temple figuratif de Jérusalem, figure de celui qui devait venir et signe de la Promesse. Or voici, ici, à la fois la figure et la réalité, la promesse et le don. Le psalmiste chante : Nous accueillons, Seigneur, ta miséricorde au milieu de ton Temple ». c’est-à-dire c’est Dieu qui rentre dans le Temple pour nous racheter. Au cœur même de la figure, la réalité est manifestée, au cœur de la promesse, le don communiqué.

 Aux yeux charnels, lors de la Présentation de Jésus au Temple, il y a, porté par sa mère, un enfant dans le Temple, aux yeux de Siméon, dessillés par l’Esprit Saint, cet Enfant est plus que le Temple, il est Celui dont le Temple perpétuait l’attente. Le Mystère est révélé, le voile est écarté, tous les peuples sont admis, prélude de Pentecôte. Mais c’est déjà virtuellement accompli pour Siméon : « Lumière pour éclairer les nations ». Le Temple n’était qu’une ombre, voici la Lumière !

Israël avait vécu de l’Ecriture, sans pleinement en posséder la clef et voici qu’elle lui est donnée, Siméon tient dans ses mains, au milieu du Temple, le Maître du Temple. En Siméon, la prière du psalmiste est exaucée : « Illumine mes yeux, que je ne m’endorme dans la mort ».

 Le signe du Temple est le signe de contradiction annoncé par Siméon à Marie : une glaive te transpercera le cœur, comme s’il saisissait la relation dramatique qui allait unir l’Enfant et le Temple, au milieu duquel il se trouvait, car c’est pour avoir affirmé sa relation au Temple que le Christ fut condamné à mort.

 Mais le mystère est précisément que le Sanhédrin, pour maintenir à tout prix le Temple ancien qu’il sentait menacé dans ce qu’ils en avaient fait, ait voulu détruire le Temple nouveau en crucifiant Jésus. Mais en détruisant l’humanité de Jésus, c’est en même temps le Temple ancien que le Sanhédrin détruit car désormais Dieu ne réside plus dans le Temple de Jérusalem. Le Sanhédrin, malgré lui, participait ainsi à l’instauration de l’ordre nouveau en Jésus ressuscité.

 C’est la révélation que Jésus annonce à la Samaritaine : « Ce n’est plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père, mais l’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le Père dans l’esprit et la vérité. »

 Le Christ, Fils de Dieu, a construit pour Dieu, pour lui-même et pour nous, un tabernacle, c’est-à-dire une demeure éternelle qui n’est autre que lui-même ou la Sainte Eglise et tout homme de bien dont Il est le Prince et le Chef.

 Pour conclure, je reprends une invitation de Saint Bernard qui nous exhorte à pénétrer dans le Temple, l’Eglise du Christ, à chaque fois que nous passons les portes pour vivre une célébration, et à chaque fois que nous entrons dans la prière, c’est-à-dire que nous entrons en nous-mêmes pour entrer en communion avec le Christ, il nous demande de nous revêtir des deux ailes des anges brûlants que sont les Chérubins : l’une est admiration, l’autre vénération. C’est peut-être ce qui nous manque le plus l’admiration, la vénération.

Admiration de la Beauté de Dieu. Vénération qui est adoration accessible que par les vertus mariales d’humilité et de charité de Marie, Mère du Rédempteur. Ainsi, mes frères, levons nos regards pleins d’admiration et inclinons nos cœurs en adoration à chaque élévation du Corps et du Sang du Seigneur notre Rédempteur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Mardi 1er novembre 2016
Solennité DE TOUS LES SAINTS


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui est jour de fête, grande joie au cœur de Dieu. Grande joie au cœur de Dieu. Aujourd’hui, c’est la gloire de Dieu qui se révèle dans ses Saints. Ils sont dans la gloire de Dieu. Et l’Eglise nous demande de contempler cette gloire dans ses Saints. C’est une grande joie pour nous parce que c’est ce à quoi nous sommes appelés. Et notre première vocation, celle que nous avons reçue au Baptême, notre naissance, c’est de contempler cette gloire, c’est la sainteté.

Nous sommes appelés à vivre de cette sainteté de Dieu dès aujourd’hui. C’est notre première vocation. Avant de penser ou d’imaginer toute autre vocation dans cette vocation, c’est celle-là qui est première. Et la sainteté, la gloire de Dieu, c’est de vivre de sa présence. Vivre de sa présence, c’est ce que nous faisons en ce moment, aussi, dans ce sacrement de l’Amour de Dieu.

La gloire de Dieu, c’est l’Amour de Dieu révélé qui se partage. Nous sommes en communion avec tous les Saints, nous chantons la gloire de Dieu et aussi nous contemplons, nous avons quelque chose de cela qui nous est révélé : je pense notamment à Notre Dame de Pontmain qui apparait dans ce ciel de Pontmain, qui nous présente le Seigneur et qui rassemble toute cette communauté paroissiale et elle leur communique une grande joie. Ils sont comme hors du temps. Ils sont dans la joie de Marie qui leur révèle quelque chose de la joie du Ciel.

Remercions le Seigneur de nous avoir donné une telle Mère qui nous aide, qui nous conduit sur ce chemin de l’Amour de Dieu. Et comme nous sommes des pécheurs, confessons nos manques justement de sainteté qui est le péché qui nous détourne de Dieu.


Homélie : Chers frères et sœurs, Notre célébration s'est ouverte par l'exhortation : "Réjouissons-nous tous dans le Seigneur". Ce cri traverse toutes les lectures. Réjouissons-nous dans le Seigneur ! La liturgie nous invite à partager l'exultation céleste des saints, à en goûter la joie. Les saints font partie, j’allais dire, de notre famille. Nous avons tous des saints dans nos familles. Ils nous ont précédés. Et cette fête, ce n’est pas la fête d’une caste particulière. Non, c’est une foule innombrable, vers laquelle la liturgie aujourd'hui nous invite à élever notre regard et à communier à leur joie. La difficulté, c’est que dans notre monde, je ne sais pas si on sait encore vraiment se réjouir, j’allais dire gratuitement, d’une joie intérieure.

Dans cette multitude, il n'y a pas seulement les saints officiellement reconnus, il y a ceux qu’on honore dans le calendrier, mais les baptisés de toutes les époques, de toutes les  nations, qui se sont efforcés d'accomplir avec amour et fidélité la volonté de Dieu. La volonté de Dieu, nous la connaissons. Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d'entre eux, ils sont des myriades et des myriades, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu.

Aujourd'hui, selon une expression de Benoît XVI, l'Eglise fête sa dignité de "mère des saints", l’Eglise est une mère, "image de la cité céleste" et manifeste sa beauté d'épouse immaculée du Christ, source et modèle de toute sainteté. L’Eglise ne manque certes pas de fils contestataires et rebelles, nous-mêmes peut-être en faisons-nous partie, mais c'est dans les saints qu'elle reconnaît ses traits caractéristiques, et c'est précisément en eux qu'elle goûte sa joie la plus profonde.

Dans la première Lecture, l'auteur du Livre de l'Apocalypse, Saint Jean, décrit comme "une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue" (Ap 7, 9). Ce peuple comprend les saints de l'Ancien Testament, ceux du Nouveau Testament, les nombreux martyrs du début du christianisme, les bienheureux et saints des siècles successifs, jusqu'aux témoins du Christ de notre époque. Ils sont tous unis, réunis par la volonté d'incarner l'Evangile dans leur existence, sous l'impulsion de l'éternel animateur du Peuple de Dieu qu'est l'Esprit Saint. Car c’est l’Esprit Saint qui sanctifie.

Mais "à quoi sert notre louange aux saints, à quoi sert notre tribut de gloire, à quoi sert cette solennité elle-même?" C'est par cette question que commence une célèbre homélie de saint Bernard, que nous avons entendue ce matin à l’Office des Lectures, pour le jour de la Toussaint. C'est une question que nous pourrions nous poser également aujourd'hui et peut-être que nous nous posons. Et la réponse que le saint nous donne est tout aussi actuelle: « Nos saints, dit-il, n'ont pas besoin de nos honneurs et ils ne reçoivent rien de notre culte », et il ajoute, « pour ma part, je dois confesser que, lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs". Brûler en moi de grands désirs. Au fond c’est peut-être là…

Telle est donc la signification de la solennité d'aujourd'hui : en regardant l'exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d'être comme les saints. Peut-être que notre vocation, à chacun, elle vient justement de ce que nous avons pu observer, regarder ou être touché par l’exemple de ceux qui nous ont précédés. Heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, dans la grande famille des amis de Dieu. Etre saint signifie : vivre dans la proximité de Dieu, vivre dans sa famille. Et telle est notre vocation à tous, rappelée avec force par le Concile, et reproposée aujourd'hui de façon solennelle à notre attention. Nous sommes appelés à être, devenir des Saints.

Mais comment pouvons-nous devenir des Saints, amis de Dieu? Nous pouvons répondre à cette interrogation tout d'abord par une négation : pour être saint, il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des œuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels. J’entends souvent : « le Ciel c’est beau, mais ce n’est pas fait pour moi, c’est quelque chose d’inatteignable. » C’est la première erreur. Elle est là. Parce qu’on ne va au Ciel j’allais dire, en forçant un peu le caractère, que si on le désire. Si le désir n’est pas ancré, on va au purgatoire. Le purgatoire creuse le désir. Eh bien, demandez… Il faut avoir un grand désir. Sans désir, on ne peut pas vivre.

Nous pouvons ensuite répondre par une affirmation : il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre sans se décourager face aux difficultés. Jésus a dit : "Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera" (Jn 12, 26), l’honorera, lui donnera la gloire. Celui qui a confiance en Lui et l'aime d'un amour sincère, comme le grain de blé tombé en terre, accepte de mourir à lui-même. C’est-à-dire c’est le désir de Dieu qui nous décentre de nos petits désirs. En effet, il sait que celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, et que celui qui se donne, se perd, et trouve précisément ainsi la vie, c’est saint Jean qui dit cela. (cf. Jn 12, 24-25)

L'expérience de l'Eglise démontre que toute forme de sainteté, tout en suivant des parcours différents, passe toujours par le chemin de la croix, le chemin du renoncement à soi-même en vue de quelque chose de grand. Les biographies des saints décrivent des hommes et des femmes qui, dociles aux desseins divins, ont parfois affronté des épreuves et des souffrances indescriptibles, encore de nos jours, des persécutions et le martyre. Ils ont persévéré dans leur engagement, "ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve", a-t-on entendu dans l'Apocalypse, "ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau" (v. 14). Leurs noms sont inscrits dans le livre de la vie (cf. Ap 20, 12); leur demeure éternelle est le Paradis.

L'exemple des saints est pour nous un encouragement à suivre les mêmes pas, à ressentir la joie de celui qui a confiance en Dieu, car l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin du Seigneur. Le tourment des âmes qui se perdent, c’est justement d’être éloignées de Dieu. Parce qu’on est fait pour Dieu. Le désir est inscrit.

La sainteté exige donc un effort constant, mais elle est à la portée de tous car, plus que l'œuvre de l'homme, elle est avant tout un don de Dieu, trois fois Saint (cf. Is 6, 3). Dans la seconde Lecture, l'Apôtre observe : « Voyez quelle manifestation d'amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes! » (1 Jn 3, 1). C'est donc Dieu qui nous a aimés en premier et qui, en Jésus, a fait de nous ses fils, fils adoptifs. Dans notre vie, tout est don de son amour : comment demeurer indifférents face à un si grand mystère? Comment ne pas répondre à l'amour du Père céleste par une vie de fils reconnaissants?

Dans le Christ, il nous a fait don de tout son être, et nous appelle à une relation personnelle et profonde avec Lui. Personnelle, une relation personnelle, un enfant par rapport à son père, c’est ça la relation avec Dieu. C’est pas quelque chose d’indifférent. C'est pourquoi, plus nous imitons Jésus et demeurons unis à Lui, plus nous entrons dans le mystère de la sainteté divine. Nous découvrons qu'Il nous aime de façon infinie, et cela nous pousse à notre tour à aimer notre frère. Car en se reconnaissant enfant de Dieu, on se reconnait forcément frères les uns des autres, parce que nous sommes tous enfants de Dieu. Il n’y a plus de rapport indifférent, ni de regard indifférent. Aimer implique toujours un acte de renoncement à soi-même, de "se perdre soi-même" et, précisément ainsi, cela nous rend heureux.

Ainsi le proclame l'Evangile de cette fête, à l'annonce des Béatitudes. Jésus dit : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, heureux les doux, heureux les affligés, les affamés et les assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice. » (cf. Mt 5, 3-10). En vérité, le bienheureux par excellence est uniquement Lui, Jésus. C’est son portrait. En effet, c'est Lui qui a véritablement une âme de pauvre, l'affligé, le doux, l'affamé et assoiffé de la justice, le miséricordieux, le cœur pur, l'artisan de paix; c'est Lui le persécuté pour la justice.

Les Béatitudes nous montrent ainsi la physionomie spirituelle de Jésus, et expriment ainsi son mystère, le mystère de Mort et de Résurrection, de Passion, de joie de la Résurrection. Ce mystère, qui est le mystère de la véritable Béatitude, nous invite à suivre Jésus et, ainsi, à nous acheminer vers elle. Dans la mesure où nous accueillons sa proposition et nous nous plaçons à sa suite, chacun selon ses conditions, nous aussi, nous pouvons participer à sa béatitude. Avec Lui, l'impossible devient possible et même un chameau peut passer par le trou d'une aiguille (cf. Mc 10, 25); avec son aide, et uniquement avec son aide, il est possible de devenir parfaits comme le Père céleste est parfait (cf. Mt 5, 48).

Chers frères et sœurs, entrons à présent dans le cœur de la Célébration eucharistique, encouragement et aliment de sainteté. Dans quelques instants, deviendra présent de la façon la plus élevée, le Christ, véritable Vigne, à laquelle, en tant que sarments, sont unis les fidèles qui sont sur terre et les saints du ciel. Nous serons dans une même communion. Ainsi se renforcera la communion de l'Eglise en pèlerinage dans le monde avec l'Eglise triomphante dans la gloire. Dans la Préface, nous proclamerons que les saints sont pour nous des amis et des modèles de vie. Invoquons-les afin qu'ils nous aident à les imiter et engageons-nous à répondre avec générosité, comme ils l'ont fait, à l'appel divin.

Implorons (invoquons) en particulier Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Qu'Elle, la Toute Sainte, fasse de nous de fidèles disciples de son fils Jésus Christ! Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Jeudi 8 décembre 2016
Solennité DE L'IMMACULÉE CONCEPTION DE LA VIERGE MARIE


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui, l’Eglise célèbre cette belle fête de l’Immaculée Conception. La Vierge Marie, dès sa conception, a été préservée du péché originel. Elle n’a jamais commis de péché. Elle est toute belle, toute pure.

Lorsque l’homme, Adam et Eve ont commis leur péché, ils ont eu peur de Dieu. La peur vient du démon. Quand on fait le péché, cela augmente cette peur. Et pour sauver l’homme, Dieu a envoyé son Fils, et son Fils a voulu une maman. Il a été conçu dans le sein de la Vierge Marie, et cela a donné une grâce à toutes les femmes. Toutes les épouses ont comme vocation de dévoiler auprès de leur mari et de leurs enfants le mystère de Dieu, l’amour de Dieu.

Eh bien, en début de cette messe, pour vivre sous le regard de Marie, la Vierge toute pure, nous demandons à Dieu le pardon de tous nos péchés.


Homélie : Je vous ai dit tout à l’heure, qu’Adam et Eve, après leur péché, ont eu peur de Dieu. Le péché donne la peur et Dieu a envoyé son Fils pour chasser cette peur, pour nous donner l’amour de Dieu. Et son Fils, pour venir sur terre, a eu besoin d’une maman, et le sein de la Vierge Marie ce fut le premier tabernacle. Oui, le sein de la Vierge Marie fut le premier tabernacle, et cette grâce s’est répercutée sur toutes les femmes, selon ce qu’a dit Jean-Paul II. Déjà le sein d’une femme c’est quelque chose de sacré, mais bien plus à cause maintenant que Jésus s’est incarné chez une femme. Il a voulu faire de sa mère, la médiatrice de toute grâce. Je vais vous donner un fait concret.

« Au début du mois d’août 2014, j’étais à Issia, ce n’est pas moi, c’est le Père Bassono qui parle : J’étais à Issia à prêcher une retraite d’une semaine avec environ une centaine de pèlerins venus du Burkina Faso. Le thème de la retraite était : ‘Au nom de Jésus, lève toi et marche’.

Au cours de cette retraite, une dame, dès le premier jour, m’a confié son intention, la raison principale de sa présence à cette retraite. A savoir : qu’elle souffrait du VIH. Elle a été contaminée par un homme. Cet homme avait promis de l’épouser après lui avoir demandé de quitter son travail, sous prétexte qu’il ne voulait d’une femme qui ne soit pas capable d’être présente à la maison pour éduquer ses enfants. Quand elle fut enceinte, il l’obligea à démissionner de son travail ; chose qu’elle fit sans hésiter, de peur de le perdre. Un mois après, les difficultés ont commencé. Le monsieur découche et finit ses nuits dans des bars avec des jeunes filles. A la moindre parole d’interpellation de son épouse, celle-ci reçoit des gifles. Il finit par la frapper chaque nuit. A cause de cette situation, elle finira par perdre son enfant par une fausse couche. Cet homme la mettra finalement à la porte, en lui demandant de quitter sa maison.

Depuis lors, elle est en famille, obligée de faire de petits contrats, pour survivre. Plus de travail, plus de mari, plus d’enfant. Pendant plus d’un an, elle a porté cette blessure, et sa souffrance s’est accentuée quand elle a découvert, après un examen de sang, qu’elle était séropositive. Ce fut le désespoir total. Elle conclut en ces termes : ‘J’ai tenté plusieurs fois de mettre fin à ma vie’. Et un jour, un camarade ne pouvant plus supporter de me voir pleurer en ses bras, me proposa d’aller en pèlerinage à Issia, au sanctuaire de Notre Dame de la Délivrance. C’est pourquoi, mon père, je suis là. Mon père, me dit-elle, Dieu est-il capable de refaire ma vie ?’. Et je répondis : ‘Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu, Mais avant, il faut que tu te réconcilies avec Dieu, avec toi-même et que tu pardonnes’. Laisse-toi guérir par le Seigneur.

Suite à cet échange, elle a résolu de s’abandonner entre les mains du Seigneur, tout au long de la retraite. Le vendredi 8 août, après le Chemin de la Croix, nous avons initié une prière à partir de signes : l’eau bénite, le crucifix, la bougie allumée, la Bible, et la statue de Notre Dame de la Délivrance, la petite statue du séminaire. En effet, chacun devait, après une méditation profonde, se diriger vers un signe posé devant l’autel, et demander une grâce à travers le signe. Et lorsqu’elle s’est levée, vu sa souffrance, elle s’est dirigée vers le crucifix. Au cours de sa prière devant la croix, elle a exprimé toute sa souffrance, ses blessures, son désespoir dans les larmes. En se levant pour rejoindre sa place et laisser la place à d’autres, elle entendit une voix lui dire, par trois fois : ‘Va chez ma Mère’ ‘Va chez ma Mère’ ‘Va chez ma Mère’. Alors, elle s’est dirigée vers la statue de la Vierge, Notre Dame de la Délivrance. Là, elle ressentit une forte chaleur qui traversait tout son corps sans savoir ce que cela pouvait signifier.

Le jour suivant, c’est-à-dire le samedi, quand elle prit ses comprimés, puisqu’elle est séropositive, elle les vomit tous aussitôt, sans savoir pourquoi. Cela s’est répété chaque fois qu’elle décidait de prendre les comprimés. C’est alors que de retour au Burkina, elle rencontra son médecin qui lui demanda de reprendre les examens VIH. Le résultat fut négatif. Elle n’y croyait pas. Le médecin surpris, demanda à la dame de reprendre les examens dans un autre laboratoire. Le résultat fut négatif. Alors, elle comprit le sens de la chaleur qui s’était dégagée de son corps quand elle avait touché la statue de Notre Dame de la Délivrance. Aussitôt, elle m’appela toute en larmes, et rendant gloire à Dieu, alors elle promit de revenir en pèlerinage en août 2016, pour dire merci à la Sainte Vierge, Notre Dame de la Délivrance. Et cet août 2016, il y avait 50 000 pèlerins. Amen.


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