2e DIMANCHE de CARÊME (A)

15 mars 2020

  • Frère Philippe-Marie VAGANAY Frère Philippe-Marie VAGANAY

Introduction L’évangile va nous montrer Jésus transfiguré, Jésus qui apparaît dans son corps de gloire. Et en même temps, le Père lui aussi va montrer sa gloire dans la nuée. Et cette gloire va projeter à terre, va prostrer les trois apôtres. La gloire de Dieu nous montre aussi l’écart qu’il y a entre Dieu et nous, nous montre notre finitude. Et cet écart est encore plus grand quand le cœur est rempli de péchés.

C’est la Gloire de Dieu, c’est Dieu qui nous révèle notre péché afin que nous puissions le confesser et qu’il puisse alors par Jésus nous relever, nous remettre debout. Et c’est bien tout le sens du Carême, c’est le sens de cette préparation pénitentielle de chacune de nos messes.

Aujourd’hui, nous aurons une pensée particulière pour Marguerite-Marie Bouthéon, que le Seigneur a rappelée à lui, hier, voilà, et toute sa famille.

Homélie : Nous voici bien entrés –et bien ancrés !-, j’espère, dans le Carême.

Le Mercredi des Cendres, comme par un coup de trompette, nous a fait dresser l’oreille en nous appelant à la conversion. Il nous a donné trois moyens pour cela, la prière, le jeûne et l’aumône, qui est le même mot, en grec, que miséricorde.

Dimanche dernier, le premier Dimanche de Carême nous a avertis que nous entrions dans un temps de combat ; un combat spirituel, un combat contre le Menteur, contre l’esprit des Ténèbres qui nous attaque là où se situent nos points faibles : l’assouvissement du manque, la manipulation, la tentation de la toute-puissance, du pouvoir.

Et aujourd’hui, l’évangile fixe notre regard sur le but du Carême : la gloire, la gloire de Pâques, la gloire de la vie éternelle avec Jésus ressuscité. Et c’est bien ce que ressent Saint Pierre qui, aussitôt, s’écrie : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » Et il voudrait que ce bonheur ne s’arrêtât pas ; ce qui lui fait dire : « Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, » pour demeurer.

Le but du Carême est un but bienheureux : c’est la joie de Pâques, c’est la joie d’être avec Jésus pour toujours. Le but du Carême est une promesse, une promesse de bénédiction, comme celle qui fut faite jadis à notre Père Abraham, –c’était notre 1ère lecture.

Le Mercredi des Cendres nous avait donné les moyens pour vivre une vraie conversion. Dimanche dernier, l’Évangile nous avait donné le moyen de remporter la victoire : tenir en main le glaive de l’Esprit qui est la Parole de Dieu.

Aujourd’hui encore, c’est le Père lui-même qui nous donne le moyen d’atteindre le but du Carême, la vie bienheureuse avec le Christ.

« De la nuée une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le » ». Le moyen pour accéder à la joie de la résurrection est simple : écouter Jésus.

Et nous savons où trouver la voix de Jésus : dans les Évangiles, mais aussi dans l’ensemble de l’Ecriture Sainte, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, car toute l’Ecriture est Parole du Verbe, et Jésus est le Verbe incarné.

Voilà que nous sommes donc invités, pressés à prendre du temps chaque jour pour lire la Parole de Dieu. Lire la Parole de Dieu, pas en passant simplement, mais à prendre du temps, à la scruter, à la murmurer, à l’intérioriser… pour qu’elle nous travaille du dedans, car la Parole de Dieu « est vivante et efficace ».

Et la prière d’ouverture a attiré notre attention sur les effets de la Parole de Dieu. Ils sont au nombre de trois :

 « Fais-nous trouver dans ta Parole, disait la Prière d’ouverture, fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin ». La Parole ruminée est une nourriture pour notre foi. La Parole de Dieu c’est un besoin vital pour notre foi. Ce n’est pas d’abord le Catéchisme qui nourrit notre foi, même s’il est important de le connaître, c’est la manducation de la Parole.

Pour prendre une image, je dirais que : le Catéchisme est à la manducation de la Parole de Dieu est ce qu’est une denrée sur l’étal du marchand ou dans mon assiette. Il faut que la denrée soit dans mon assiette pour qu’elle me nourrisse. Il ne suffit pas que je la regarde sur l’étal du marchand. Si je me contente du Catéchisme et que je ne fréquente pas la Parole, mon estomac spirituel restera vide, je serai en situation de carence. Par contre en mangeant la Parole, je me nourris de Jésus lui-même, ma foi peut être alors vivante. C’était le 1er effet de la manducation de la Parole.

 Deuxième effet de la Parole de Dieu, c’est la purification des yeux du cœur. Peu à peu, notre regard intérieur sera plus profond, il verra plus loin, la foi devenant plus vive, je verrai de plus en plus les personnes, les choses, les événements avec les yeux de Dieu. La Parole de Dieu m’apprend à regarder avec les yeux de Dieu.

 Et le troisième effet de la fréquentation de la Parole c’est la capacité de percevoir déjà, de discerner la Gloire du Père. C’est précisément ce qu’a vécu Marie à la Croix, et ce que nous pouvons vivre dans les bouleversements de notre monde.

Alors que tout semblait perdu, alors que tous les disciples avaient fui, Marie percevait la Gloire de Dieu se manifestant dans son Fils, pendant au bois de la Croix. « Nous avons vu sa Gloire », dira Saint Jean, qui était avec Marie au pied de la Croix et qui l’a reçue de Jésus pour mère.

Oui, en ce temps d’épreuve pour l’Église, pour le monde, ce temps de Carême nous invite à prendre l’anti-virus dont notre être profond a besoin : la Parole de Dieu ruminée et conservée dans le cœur.

C’est précisément l’attitude de la Vierge Marie tout au long de sa vie, aux moments de joie comme aux moments d’épreuve.

Eh bien ! Que la Vierge Marie nous aide à prendre résolument en main le livre de la Parole de Dieu. Qu’avec l’aide de son accompagnement maternel, nous recevions ces vivres dont notre foi a besoin pour que, le regard purifié, nous puissions discerner la Gloire du Père qui brille sur le visage du Christ, le Ressuscité. Amen.