Arquenay PETITES SŒURS CONFINÉES

Sœur Jean-Baptiste de Marie, sœur Marie de la Compassion, sœur Marie-Renée et sœur Marie de Béthanie

Dès le 11 mars, bien avant les directives gouvernementales de de lutte générale contre le Covid-19, nous étions confinées dans notre maison d’Arquenay car Sœur Jean-Baptiste venait de recevoir l’ordre de l’Agence Régionale de Santé d’être en quarantaine (c’est-à-dire 15 jours !). Elle avait fréquenté le 7 mars deux femmes infectées lors du rassemblement des chanteurs liturgiques de la Mayenne… Mais du coup comme le reste de la communauté avait été en proximité avec elle depuis cette date fatidique, nous recevions le conseil d’un médecin d’être toutes à la même enseigne ! Sœur Geneviève, notre supérieure générale, étant avec nous pour une visite s’est retrouvée dans « la même galère »… Elle n’est toujours pas repartie sur Paris !

Nous sommes donc 5 sœurs confinées à Arquenay. Nous pouvons dire que nous avons vécu ce temps sans voir le temps passer. Osons le dire, nous avons vécu cette période dans toute sa complexité humaine mais aussi dans la foi ravivée. Comme tout le monde nous avons obéi aux règles du confinement, heureuses de contribuer nous aussi, à notre petite place, au bien commun.

Comme tout le monde, nous avons partagé la condition humaine des confinés, avec sa part d’angoisse, d’incapacité à mesurer les réels dangers de ce virus invisible, et sa part de résistance pour que le mode de vie quotidien ne soit pas trop dégradé entre nous quand la peur s’installe et que le confinement réduit nos espaces de respiration personnelle.

Sœur Marie de Béthanie

Avec du recul, nous pouvons dire que si nous étions confinées pour l’extérieur, nous n’avions pas les règles de confinement intérieur entre-nous. Nous n’avions encore que peu de renseignements sur ce qu’il fallait faire en dehors des gestes barrière et d’hygiène de base. Si l’une était touchée, nous avions toutes les chances de l’être toutes. Au fil des jours Sœur Geneviève surveillait avec attention Sœur Jean-Baptiste et ensuite pendant les autres 15 jours, elle vérifiait si l’une ou l’autre montrait des signes… Enfin, nous avons échappé à cette première vague ! Mais une chose est certaine : nous avons bien assimilé les gestes barrières. On se lave les mains très souvent et on passe tout à l’eau de javel ! Sœur Marie-Renée et sœur Marie de Béthanie sont nos préposées à l’eau de javel pour le lavage quotidien des poignées de porte et plans de travail… Nous en sommes au troisième gros bidon !

Comme tout le monde nous avons souffert de ne pas pouvoir visiter nos malades ou parents âgés en Ehpad. Sœur Jean-Baptiste n’a pas pu être présente à la mort de sa maman le 1er avril. Heureusement que l’Ehpad Saint Gabriel de saint Aignan, où elle était, l’a assurée que sa mère s’était éteinte dans la paix lors de sa sieste comme une petite flammèche. Comme tous ceux qui ont dû vivre des deuils en cette période, nous avons partagé la complexité de ces moments où seules 7 personnes pouvaient être présentes à la mise en bière. Nous avons admiré l’humanité des Pompes funèbres pour nous rendre ce passage le moins traumatisant possible. Mais reconnaissons-le, nous sommes encore sous le choc des effets humains de cette pandémie avec en particulier le choc de la mort de nombreux compagnons de route, de parents, d’amis que nous n’avons pas pu accompagner, consoler ni honorer. Nous n’avons pas pu prier ensemble lors de célébrations d’obsèques publiques. Sœur Geneviève a perdu deux sœurs et nous donnait régulièrement des nouvelles de la région parisienne où elle avait plusieurs sœurs malades. Nous avons frôlé l’inhumanité, car nous le savons, c’est le propre de l’homme d’honorer ses morts. Mais nous avons été témoins et actrices de chaines de prières incroyables où chacun porte les intentions des autres et permet ainsi de renouer les fils d’humanité qui viendraient à manquer.

Soeur Marie de Béthanie et frère Jean-Jacques

Mais, contrairement à bien de nos voisins ou amis, nous avons bénéficié d’une solidarité très émouvante pendant ce confinement. Nos Petits frères de la Cotellerie nous ont porté nos repas à la porte chaque jour… Rien ne manquait ! Le Prieur Jean-François a eu la délicatesse de nous porter une réserve eucharistique pour que nous puissions communier le dimanche et aux grandes fêtes.

Nous avons eu aussi la chance de vivre ce confinement au bon air de la campagne en plein printemps. Le jardin nous a occupées avec la tonte des pelouses pour Sœur Jean-Baptiste et les divers semis pour Sœur Marie de la Compassion.

Mais plus que tout, c’est au niveau de la foi que nous avons finalement vécu ce confinement comme paradoxalement un temps de grâce.

Pourtant tout commençait mal puisque dès le 11 mars il fallait nous rendre à l’évidence que nous devions annuler notre retraite annuelle qui devait avoir lieu à Pontmain dans les jours suivants. Pour nous permettre de vivre une retraite préparatoire à Pâques, Sœur Geneviève a décidé de nous donner elle-même une retraite sur les pérégrinations de Jésus avant la montée à Jérusalem. Nous étions saisies par la montée en puissance des opposants à Jésus prêts à le perdre, le lapider ou le tuer. Dans cette atmosphère de plus en plus lourde, nous suivions Jésus près du Jourdain, à Jéricho puis à Béthanie, le voyant prendre résolument la route vers Jérusalem juste avant la Pâque juive. Finalement, cette retraite au cœur des Écritures, nous préparait à la Semaine Sainte et nous étions prêtes à le suivre avec le même enthousiasme que Thomas !

Comme lui, nous devions prendre la mesure du réel de cette semaine sainte… L’une d’entre-nous n’avait pas compris que nous n’aurions pas de rameaux bénis et que nous ne pourrions pas avoir les offices avec nos Petits Frères ! Alors nous avons fait une très belle expérience, inédite et incroyable, de communier à l’Eglise universelle via les moyens modernes de communication. Nous étions pauvres. Notre télévision ne marchait pas bien voire pas du tout. L’internet allait et venait et nous n’avions qu’un petit portable pour nous brancher à KTO.

Par respect,nous avons donné une couleur liturgique à notre poste informatique pour montrer la différence avec l’usage commun de l’ordinateur

Les Petites sœurs de Marie