19e Dimanche du Temps Ordinaire (A) 9 août 2026
9 août 2026
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Frère Jean François CROIZÉ
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Nous venons de chanter « Peuple de baptisés, Dieu t’appelle aujourd’hui, Dieu t’appelle en ce temps-ci, Il t’appelle pour que tu vives. » Il nous faut nous ressouvenir de notre Baptême, ce jour où Dieu nous a appelé à vivre de sa Vie, où, lui-même, est venu faire son inhabitation en chacun de nous.
Aujourd’hui, on fait mémoire de Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, Édith Stein, qui a traversé le Baptême du feu, pour rencontrer Dieu. Elle a donné sa vie, non seulement pour le Christ, mais aussi pour le salut de ses frères juifs. Et le Pape Jean-Paul II l’a déclarée co-patronne de l’Europe.
En ce dimanche, jour du Seigneur, il est bon aussi de se souvenir du don de cette vie pour le Salut de l’Europe. Chers frères et sœurs, entrons dans la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que nous avons péché et que nous avons besoin d’être renouvelés dans notre Baptême.
HOMÉLIE
Chers frères et sœurs, nous venons de chanter d’un seul cœur : « Seigneur, fais-nous voir ton amour, donne-nous ton salut. » Alors comment est-ce que ça se passe à travers ces trois lectures que nous avons entendues ? Trois lectures qui mettent un peu en exergue trois personnages : Élie, Paul et Pierre.
Il ne s’agit pas d’une étude de caractère. Ce que la Parole de Dieu raconte, c’est quand même trois circonstances. Il nous présente trois hommes dans leurs vulnérabilités : Élie, Paul et Pierre. Trois forts caractères, dans trois moments de détresse : le doute pour Élie, la peur et la tristesse dans le revers d’un succès aussi pour Paul. Trois conceptions de Dieu qui vont être purifiées par l’épreuve d’un échec. Purification de leur foi dans trois lieux de rencontre : la montagne, la mer, et la misère du temps.
La première lecture nous situe à un moment clef de la vocation et de la mission d’Élie. Après avoir traversé le désert, il arrive de la montagne du Carmel à la montagne de l’Horeb. Entre les deux, il y a le désert. Le mont Carmel, c’est la manifestation de la gloire de Dieu : devant le peuple, Élie a fait descendre le feu de Dieu qui a consumé l’holocauste. Le lendemain, revers, fuyant la colère de Jézabel, la reine, qui en veut à sa vie, Élie prend peur et de la montagne du Carmel, il entame un exode qui, à travers l’épreuve du désert, va le conduire jusqu’à la montagne de Dieu, à l’Horeb.
Arrivé à l’Horeb avec la tempête intérieure qui l’habite, il entendra l’ouragan, le tremblement de terre, la foudre et le feu, mais il comprend que ce n’est pas là qu’est Dieu. Finalement, il expérimentera la voix d’un fin silence, le murmure de la brise légère. A ce moment, il comprit que Dieu se révélait au profond de lui-même. Et comme Dieu calme cette tempête intérieure, et comme Moïse, au Mont Horeb, il se voilera le visage avec son manteau, car tout était intérieur.
Alors, Élie découvre que la puissance de Dieu n’est pas celle qu’il croyait. Parce qu’il a reconnu sa fragilité, parce qu’il a fait l’expérience de l’humilité, de son besoin d’être sauvé, il est maintenant fort de la force de la foi et il peut reprendre sa mission au service du Seigneur. Voilà pour Élie.
Maintenant Paul, dans la deuxième lecture. Elle propose, cette lecture, à notre méditation, ce passage de sa lettre aux Romains, où Paul s’interroge douloureusement sur la destinée de ses frères juifs qui, contrairement à lui, ne se sont pas convertis. Est-ce que nous, ça nous bouleverse de voir ce monde s’éloigner de Dieu ? Et Saint Paul éprouve un déchirement, s’interroge et s’inquiète. Lui aussi, d’une certaine manière, éprouve la fragilité de sa foi.
Et il est clair qu’au début de son ministère, il est parti conquérant, battant, mais à la fin de sa vie, il s’est montré pauvre. Lui non plus, il ne trouvera pas son assurance dans ses propres sécurités, mais dans la fidélité-même de Dieu à son Alliance.
Enfin, l’Évangile nous présente, dans la nuit aussi, la tempête, les apôtres et tout particulièrement Pierre, paralysés par leurs peurs, dans ce qu’ils croient être un fantôme qui s’avance vers eux. Ils se mettent à crier, c’est la panique.
Et si une page d’Évangile commence par « aussitôt », c’est qu’on a intérêt de la rallier à ce qui précède, pour trouver son sens. Jésus vient de nourrir cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons c’est-à-dire, trois fois rien, que les disciples avaient trouvés dans la foule. Jésus les a bénis, ces cinq pains et ces poissons, les yeux levés au ciel, et les a donnés à ses disciples qui les ont donnés à la foule.
Tous ces détails d’une transmission sont importants, car ils sont symboliques d’une mission de l’Église : elle reçoit du pain béni par Jésus et le donne aux foules qui ont faim. Il y a quelque chose d’eucharistique dans ce geste au-delà du miracle. Il y a même quelque chose de la Sainte Cène du Jeudi Saint dans ce don multiplié pour une foule, comme une catéchèse des évènements qui vont arriver plus tard. Et les deux scènes que nous lisons aujourd’hui peuvent être aussi rattachées à ce moment.
Tout d’abord, Jésus s’isole pour prier sur une montagne, comme il s’isolera pour prier sur le Mont des Oliviers après la Sainte Cène. C’est d’ailleurs le soir venu qu’il est là, seul, pour prier comme à Gethsémani. Et pendant que les disciples rament à contre-courant à cause d’une tempête, Jésus marche vers eux sur la mer.
La mer alors qu’il s’agit du lac de Tibériade. Car la mer dans l’Antiquité, c’est le symbole de la mort, c’est le lieu des ténèbres, surtout la nuit, le lieu de la peur. Et voilà qu’ils se mettent à crier : « C’est un fantôme ! » De fait, on ne peut pas marcher sur la mer, c’est impossible. Comme de marcher sur la mort, c’est aussi impossible. C’est pour cela qu’il va leur dire, sur la mer, ces paroles qu’il leur redira le jour de sa résurrection : « Confiance, c’est moi, n’ayez plus peur ! »
Trois mots. Le premier : « confiance », c’est le même mot que foi. Le troisième : « n’ayez plus peur », c’est « n’ayez plus peur de la mort, j’en suis vainqueur ! » Et entre les deux : « c’est moi ». Le « c’est moi » qui n’est rien d’autre que le nom de Dieu, le « Je Suis » divin. L’Église, nous-mêmes, sera donc toujours une Église tourmentée, jusqu’à la gloire de la venue du Christ ressuscité. Nous vivons dans la nuit de la foi, c’est normal.
Matthieu mentionne une scène particulière : la marche de Pierre sur la mer. Alors, Pierre demande à Jésus qui marche sur les eaux : « Si c’est toi, appelle-moi ! » Genre, bien sûr que c’est toi, je n’en crois pas mes yeux, je n’en crois pas ma foi, c’est impossible ! Jésus répond : eh bien soit, Pierre, viens ! Pierre doutait : « Si c’est bien toi. » Puis Jésus le prend au mot, le doute de Pierre sera vaincu par une expérience, une expérience que seul Pierre va faire, ni les autres apôtres, car nous sommes dans l’Église de Pierre.
La foi ce n’est pas seulement croire en Jésus ressuscité, croire que Jésus a marché sur la mort, c’est croire aussi que Pierre a marché sur la mort. Notre foi est une foi ecclésiale. Pierre descend donc de la barque et marche sur les eaux en suivant Jésus, c’est-à-dire comme un bon disciple. Mais, dès que son regard quitte Jésus, il voit la force du vent, il voit le mal, il voit le Malin et il se met à couler. Qu’elle puissante image.
Alors Jésus le prend par la main pour le remonter sur son bateau-Église et Pierre est pris en main par son Sauveur. Jésus le traite alors d’homme de peu de foi.
Jésus vient sauver les mini-croyants que nous sommes. Il nous prend en main, il le fera par sa résurrection. C’est donc que notre foi en la résurrection, elle est une foi vacillante, une mini foi, une petite foi. Oui, ce n’est pas autre chose. Matthieu nous dira même à la fin de son Évangile : « Que voyant Jésus ressuscité, certains hésitaient à croire encore. » Cet épisode est bien plus qu’une étape de la foi de Pierre, elle est un condensé de la foi de Pierre.
Quand Jésus et Pierre remontent dans la barque, le vent tombe, la paix et le calme reviennent. Jésus nous dira au repas des adieux : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. » Et dans cette paix retrouvée, tous ceux qui sont dans la barque de Pierre se prosternent devant Jésus et lui disent : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ! » On ne peut dire cela, on ne peut confesser la divinité de Jésus que dans sa résurrection.
Nos trois personnages : Élie, Paul et Pierre, nous enseignent que, pour nous libérer de tous les doutes qui nous assaillent, notre foi doit reposer sur Dieu seul, en naissant de ce cri du cœur : « Seigneur, sauve-moi ! » Notre foi ne peut conduire à une rencontre en vérité avec le Seigneur que lorsque nous aurons fait l’expérience de notre propre fragilité, que lorsque nous sommes purifiés de toutes nos prétentions à pouvoir nous avancer vers lui, en comptant sur nous-mêmes.
Comment ne pas penser à la Vierge Marie ? Elle en a connu des tempêtes, dans sa vie, Marie. Dès le début, elle a dû fuir en Égypte pour protéger son enfant. Elle a beaucoup souffert de l’incompréhension de son peuple qui refusait Jésus, jusqu’à le condamner à mort. Elle a suivi son fils jusqu’au pied de la croix. Aujourd’hui, elle est toujours là, bien présente. Elle nous montre le chemin de l’humilité et de la sainteté.
AMEN