30e DIMANCHE du Temps Ordinaire C 26 octobre 2025

26 octobre 2025

  • Frère Philippe-Marie VAGANAY Frère Philippe-Marie VAGANAY

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la Messe sur Youtube

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En lien avec notre communauté ce matin je vous propose trois intentions :

  • La première ce sont nos frères qui sont en paroisse, aujourd’hui l’Évêque est sur la paroisse dont nous avons la responsabilité, il y a installé officiellement le Frère Marie-François et le Frère Omer, curés « in solidum », et donc nous avons aussi des Frères, d’autres Frères qui participent à la vie de cette paroisse, et qui sont donc présents là-bas à Bonchamps pour cette célébration, donc ce qui fait que nous sommes peu nombreux ici parce que nous sommes aussi engagés dans la paroisse.
  • Et puis, la deuxième intention c’est que nous allons entrer ce soir dans la cession annuelle de la famille spirituelle. Alors vous avez déjà dans l’assemblée plusieurs membres, des Messagers qui sont présents, voilà, nous sommes heureux de les accueillir.
  • Et puis dernière intention, c’est notre Frère Cédric-Jean dont c’est aujourd’hui la fête. Hé bien, nous prierons pour lui et pour tous ceux qui sont sous le patronage de Saint Cédric.

Humblement entrons et préparons-nous à célébrer le mystère de l’Eucharistie en reconnaissant que nous avons péché.

 

HOMÉLIE

Jésus a un réel talent de conteur. Quand on a entendu une de ses paraboles, elle reste pour toujours gravée en nous, et elle continue à travailler notre cœur. Cette parabole du Pharisien et du Publicain en prière que nous venons d’entendre est propre à Saint Luc. On ne la trouve pas dans les autres Évangiles. Cette parabole est une caricature, Jésus exagère, force les traits de chacun des personnages, et elle se termine par un chamboule-tout où Jésus fait éclater les cadres clairs et sécurisants.

Saint Luc nous précise que cette parabole est adressée à certains qui étaient convaincus d’être des justes. Etre juste, c’est un idéal très positif. Tout être humain digne de ce nom doit souhaiter être juste. Au sens biblique, le mot justice dit plus que le sens courant de ce terme qui consiste pour nous à rendre à chacun ce qui lui est dû. Dans l’Écriture, être juste correspond à peu près à être saint. Le juste est celui dont la vie se conforme à la volonté de Dieu. Etre juste, est vraiment tout un idéal de vie, la rectitude, la droiture, la sainteté, la perfection. Les Pharisiens étaient des Juifs zélés qui avaient misé toute leur vie sur Dieu. Ils étaient des modèles de piété et d’étude de la Torah, admirés et aimés par le petit peuple sur lequel ils exerçaient une profonde influence, car la justice au sens biblique comporte à la fois la crainte de Dieu, c’est-à-dire, cette délicatesse de ne rien faire, même dans le détail, même si c’est difficile, ne rien faire qui déplaise à Dieu. Mais, la justice comprend aussi l’amour du prochain, c’est-à-dire cette délicatesse de ne rien faire qui puisse faire du mal au prochain. Alors, Saint Luc ajoute que cette parabole était adressée à certains qui étaient convaincus d’être des justes, mais qui méprisaient les autres. Voilà au moins, un point de leur vie qui n’est pas juste. Il n’est pas beau de mépriser, nous le devinons Jésus ne peut pas être d’accord avec un cœur méprisant, Lui, dont le cœur est tout de tendresse et de miséricorde.

Jésus met donc en scène un Pharisien extrêmement généreux, pour Dieu il fait beaucoup plus que ce que réclame la Loi. De plus, sa prière est désintéressée, il rend grâce à Dieu et même, il ne demande rien pour lui. C’est une prière de louange et d’action de grâce, d’Eucharistie, le mot est présent dans le texte grec. Cet homme n’est pas un hypocrite, il fait ce qu’il dit. Mais alors, où est le problème ? Qu’est-ce donc ce que Dieu condamne en cet homme, par ailleurs, si juste ? Nous avons déjà noté son mépris des autres, des pécheurs. Dans sa prière, cet homme se regarde. Il n’est pas tourné vers Dieu, mais vers lui-même :

  • « Il priait en lui-même », dit Saint Luc.

On pourrait dire, il priait tourné vers lui-même. Ce retour sur soi est la marque, le marqueur pourrait-on dire de l’orgueil. A ce propos, Saint Augustin dit :

  • « Tout autre vice se déploie en faisant commettre le mal, l’orgueil, lui, s’attaque même au bien que l’on fait pour le réduire à néant. »

Et puis, cet homme, quand il regarde son prochain, c’est pour le mépriser comme nous l’avons dit. Nous tous qui sommes dans cette église, je suppose que nous cherchons à plaire à Dieu. Vérifions, si nous ne trouvons pas, dans un coin de notre cœur, ce marqueur de l’orgueil, l’auto-référencement : « tout vient de moi et tout doit revenir à moi ». Vérifions, si nous ne trouvons pas le corollaire de l’auto-référencement, le mépris de l’autre. Je peux ne pas penser comme l’autre, ne pas partager son point de vue, ses opinions, même sa foi, mais je ne peux pas le mépriser. Et puis, il y a ce publicain, ce pécheur public qui ne peut même pas entrer dans le temple, puisque, c’est un pécheur public, en raison de son impureté légale. C’est l’exemple type du corrompu qui, extorquait le plus d’argent possible. Dans le langage courant on associait le Publicain aux renégats, aux païens et aux prostituées. Il n’ose même pas, lever, son regard vers le ciel. S’il est tourné vers lui-même, c’est pour se frapper la poitrine, il ne se compare pas aux autres, il ne fait même pas la liste de ses péchés, mais, il s’expose avec toute sa misère au regard du Seigneur, sollicitant sa miséricorde :

  • « Mon Dieu montre-Toi favorable au pécheur que je suis. »

Il n’a rien à faire valoir, pas un mérite à exposer, rien, que sa misère. Il ne compte que sur la Miséricorde de Dieu, et voilà ce qui touche Dieu. Nous ne sommes pas sauvés par nos mérites, mais par la seule Miséricorde de Dieu. C’est ce qu’a bien compris la petite Thérèse qui a pu dire :

  • « Je paraîtrai devant Dieu les mains vides. »

C’est pourquoi, elle s’est livrée en victime d’holocauste à l’amour miséricordieux. C’est ce qu’a compris le bon larron qui, en ce même Évangile de Saint Luc dit à Jésus :

  • « Jésus, souviens-Toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »

Et qui s’entend dire :

  • « Amen, je te le dis, aujourd’hui avec Moi tu seras dans le Paradis. »

Quand le Publicain redescendit en sa maison, c’est lui, qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre, nous dit Jésus. Cette sentence de Jésus, a du faire sur son auditoire l’effet d’un coup de tonnerre. Le juste en effet se débrouillait très bien par lui-même, à la limite il n’avait même pas besoin de Dieu, tandis que le Publicain en avait grand besoin.

Le mot juste qui se trouvait au début de la parabole, qui ouvrait la parabole, nous le retrouvons à la fin, mais à la forme passive, justifié. Autrement dit, à travers ce glissement, Jésus veut nous dire que l’homme ne sera jamais un juste, mais un justifié. Il ne sera jamais gracieux, mais gracié, autrement dit, le Kyrie Eleison, Seigneur prend pitié, devrait être la prière de base de tout chrétien. Mais, notre prière, peut et doit se faire aussi eucharistie, précisément, parce que, nous avons rencontré le Dieu qui fait grâce.

Que la Miséricorde du cœur de Dieu soit notre émerveillement, maintenant et pour l’éternité.

AMEN.