3e DIMANCHE de CARÊME (A) 8 mars 2026
8 mars 2026
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Frère Yves FRÉMONT
Toute la célébration est disponible sur Youtube
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Bienvenue à l’aumônerie étudiante d’Angers, et puis, nous accueillons aussi une session, depuis vendredi soir, sur le thème « Aimer son corps ».
Aujourd’hui la Parole de Dieu nous invite à vivre l’expérience qu’a faite la Samaritaine, la Samaritaine a eu ce privilège de rencontrer Jésus, le Messie, et à nous aussi, quand nous venons à l’Eucharistie nous faisons cette expérience d’une rencontre avec Lui. Que cet Évangile nous aide à entrer, toujours plus profondément, dans cette union que le Seigneur désire tant avec chacun d’entre nous.
Frères et sœurs, préparons-nous à célébrer le mystère de l’Eucharistie en reconnaissant que nous avons péché.
HOMÉLIE
Nous pouvons retenir, comme fil rouge, de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, celui de la soif.
D’abord, celle de la femme, soif de se désaltérer, elle vient puiser de l’eau, soif d’aimer, elle est à son cinquième mari, soif d’adorer. Nos pères ont adoré ici, vous, vous dites les Juifs qu’il faut adorer à Jérusalem, et de l’autre côté la soif du Christ, soif de pouvoir donner à boire à l’humanité, donner de cette surabondance qu’Il a Lui-même reçue de notre Père du Ciel.
De la même manière que Jésus se nourrit de la volonté de son Père, ainsi veut-Il nous désaltérer. Ce n’est qu’en rencontrant des êtres assoiffés, des êtres de désir, que Notre Seigneur peut faire couler de son sein des fleuves d’eau vive, c’est-à-dire, faire couler en nous la vie divine, la vie en Esprit, Esprit-Saint, l’Esprit de Dieu et donc dans la vérité. Devant Dieu les désirs de l’âme ont un grand prix, Dieu a soif de nous voir assoiffés de Lui.
Il semblerait qu’on procure à Jésus une grande joie quand on Lui demande ses lumières, ses services. Jésus a de la joie à se donner :
- « J’ai soif », dira-t-il au moment où on le tue.
Cette soif est sans doute le ressort le plus intime de sa passion pour nous, alors ne Lui donnons pas du vinaigre. Que ce temps de Carême soit pour nous un temps d’attention à sa présence. Il est là. Il sera toujours là. Un temps où nous avons soif de répondre à ses grandes attentes, Il attend beaucoup de chacun, de chacune d’entre nous. Jésus désire nous rencontrer comme Il a rencontré la Samaritaine. C’est avec chacun et chacune qu’Il veut vivre un échange de cœur à cœur, en vérité. Mais nous, sommes-nous assoiffés ? Elle va durer combien de temps la messe ? Ça ne va pas être trop long ? Hum ! Oui, nous aussi, nous avons besoin d’être désaltérés, c’est-à-dire, d’être rendus à nous-mêmes. L’inverse, être altéré, c’est perdre son identité. Si par exemple, on a un accès de colère, on ne se reconnaît plus, ou les autres ne nous reconnaissent plus, on est altérés, on n’est pas soi.
Hé bien oui, Jésus Il vient pour nous désaltérer, pour nous rendre à nous-mêmes :
- « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Cette Samaritaine, en buvant les paroles de Jésus, peut enfin, enfin, devenir elle-même, avec son histoire compliquée, avec sa honte, avec tous ses détours dans sa vie, Jésus l’accueille. Ouah ! Elle est si heureuse de pouvoir enfin être sans ombres, qu’elle en devient rayonnante au point d’intriguer les habitants de sa ville qui voudront, du coup, aller eux aussi à la rencontre de cet homme avec lequel elle a pu échanger.
De façon étonnante, Jésus aide cette femme à être vraie sur sa situation amoureuse, sans pour autant la condamner, ni lui demander de changer quoi que ce soit. Jésus ne lui demande pas de revenir à son premier mari, Jésus permet simplement à la Samaritaine d’assumer sa situation actuelle sans peur des jugements des autres, et c’est efficace. Elle qui venait en catimini à ce puits, à une heure où elle serait sûre de ne rencontrer personne, c’est midi, c’est le cagnard, ça fait chaud, il fait très chaud, personne ne vient dans les pays chauds à cette heure là au puits, hé bien, elle va se trouver invitée à aller vite vers les siens, vers les gens de Sykar. La première missionnaire dans l’Évangile de Jean est, peut-être, cette femme peu recommandable à qui Jésus a donné la capacité d’être désaltérée, d’être enfin elle-même. Elle s’aime dans le regard de Jésus, et trouve en son Seigneur l’amour qu’elle a toujours cherché. Cette soif-là nous parait la dernière des soifs la soif adorer, cette soif nous parait plus étrangère dans notre culture actuelle. Parler d’adorer le Seigneur ça fait bizarre.
Oui, aujourd’hui, qu’est-ce qui passe avant tout le reste, ce n’est pas forcément la messe du dimanche, hein ? Un théologien a montré que nos sociétés occidentales n’ont pas supprimé la question de l’absolu, c’est-à-dire, ce devant quoi on se prosterne, mais on l’a déplacé ailleurs cet absolu. Chacun se prosterne, même sans le savoir, devant des petits dieux qu’il adore à la mesure de l’énergie et du temps qu’il met pour les poursuivre. Il suffit qu’on s’observe, où est-ce qu’on met notre temps ? A quoi on consacre beaucoup de temps ? Que ce soit le foot, le portable, la famille, le boulot, le pouvoir, l’argent, la reconnaissance sociale, l’engagement altruisme, oui, chacun nous avons nos petits dieux.
La Samaritaine symbolise l’Église, symbolise chacun d’entre nous. Nous avons tous soif d’être désaltérés, d’aimer, d’être aimés, d’adorer. Ne nous laissons pas griser par les biens de ce monde. Ne tombons pas dans le piège d’être repus, au point de ne plus avoir soif de nos besoins les plus fondamentaux. Laissons le Carême réveiller en nous nos attentes les plus profondes. Cette célébration de l’Eucharistie actualise, pour nous, cette rencontre avec Jésus.
Comme la Samaritaine, laissons-nous toucher par Celui qui vient nous restaurer, nous désaltérer, nous aimer, et allons nous aussi, dire à ceux qui partagent notre quotidien que Dieu demeure là, tout près de nous. Invitons-les à venir Le rencontrer tout spécialement dans l’Eucharistie.
AMEN.