4e DIMANCHE de CARÊME (A) 15 mars 2026
15 mars 2026
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Frère Marie-Jean BONNET
Intégralité de la messe sur youtube
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Nous sommes heureux d’accueillir les familles en session « Marie-Espérance », ainsi que les bénévoles qui viennent aider à cette session. Bienvenue à tous.
Soyons dans la joie, c’est le Seigneur qui nous le dit. Il nous invite à entrer dans cette joie pascale déjà, de la regarder de loin, mais cette joie elle dépend de la grandeur de notre joie intérieure, dépend de ce chemin de réconciliation, de conversion auquel le Seigneur nous appelle. Voilà, cela dépend toujours pour une part de nous, de la Grâce de Dieu d’abord et surtout, mais aussi de notre réponse à cette Grâce.
Si nous sentons, et sans doute c’est le cas, que nous n’avons pas assez répondu à cet Amour prévenant de Dieu, à cet appel à la conversion, le Carême c’est une cure, il faut se laisser soigner, il faut se laisser alléger, purifier. Oui, le bienfait des cures, les malades qui souffrent de ceci ou de cela en connaissent le bienfait. Le Carême est une cure spirituelle, acceptons cette Grâce que le Seigneur nous offre, entrons, oui, dans sa joie en nous laissant pardonner.
HOMÉLIE
Voir, juger, agir, ça ressemble à un programme électoral. Vous le savez sans doute c’était, c’est toujours peut-être, la devise, le programme d’actions effectivement, des mouvements d’action catholique qui ont dynamisé après-guerre tant de jeunes en particulier, voir, juger, agir. Il me semble que c’est le programme de Jésus aussi dans cet Évangile en particulier, voir, juger, agir.
Voir :
Il y a différents regards dans cet évènement évangélique, le regard de Jésus, Il vit, et je dirais, Il regarde, Il s’arrête. Il y a le regard des disciples, celui des voisins, celui des Pharisiens, et celui de cet aveugle guéri. Merveille !
Juger :
Des regards qui génèrent des interrogations justement, des interrogations et des jugements, celui des disciples ou bien, « soit c’est lui qui a péché, soit ce sont ses parents », manière de penser à l’époque souvent, hélas, et peut-être aujourd’hui encore, le jugement de certains Pharisiens, pas tous, ils ne sont pas tous méchants ces Pharisiens, pas tous de mauvaise foi, Dieu merci. Parmi eux il y a eu Nicodème, on le sait, et peut-être d’autres après ont rejoint les disciples de Jésus, mais certains de ces Pharisiens, les plus durs, « cet homme Jésus est un pécheur puisqu’Il ne respecte pas le Sabbat », c’est clair, c’est logique. Quant à l’aveugle, « il est tout entier dans le péché depuis sa naissance », c’est pire que le jugement des disciples. Il y a aussi le jugement de l’aveugle guéri, « cet homme Jésus est un prophète puisqu’Il m’a ouvert les yeux, c’est qu’Il vient de Dieu, c’est que Dieu est avec Lui pour faire du bien », bon sens. Il y a surtout le jugement de Jésus sur cette épreuve de la cécité, « ni lui, ni ses parents n’ont péché », mais cet homme va devenir le signe et le témoin de la puissance et de l’amour de Dieu, et c’est ce qu’Il deviendra effectivement.
Voir, juger, agir :
Ce regard et ce jugement de Jésus sur cet homme Le conduit à agir sans retard, pour la guérison de cet homme, non sans la collaboration de celui-ci d’ailleurs comme toujours, Dieu fait les 99,99 % du travail, mais Il nous demande notre toute petite coopération :
- « Va te laver à la piscine de Siloé », après avoir fait sa thérapie particulière.
Face à ce signe éclatant opéré par Jésus, hé bien Celui-ci devient signe de contradiction comme on le voit, et ceux qui l’accusent de pécher pour avoir violé le Sabbat vont passer eux-aussi, il y a une gradation dans l’action, le jugement les conduit à certaines actions, l’irritation d’abord, puis les injures, et enfin la violence envers l’aveugle puisqu’ils le jetèrent dehors l’aveugle guéri. Et Jésus apprend qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouve, Jésus nous cherche, et Il le retrouve. Il connaît le cœur de cet homme qu’Il vient de guérir. Il lui dit :
- « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Compassion de Jésus pour cet homme droit et courageux qui a déjà rendu témoignage en sa faveur, compassion de Jésus qui, après avoir rendu à cet homme la lumière du jour, ouvre pleinement son regard intérieur à la lumière de la foi, et de fait, confession de foi :
- « Je crois Seigneur, Tu es le Fils de l’homme », et il se prosterna devant Lui.
La réponse de Jésus à ses disciples et son action pour cet homme aveugle confirment la Parole du Seigneur au prophète Samuel, Parole qu’il faudrait se rappeler souvent :
- « Dieu ne regarde pas comme les hommes, les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »
Et on connaît bien cette parole qui est en harmonie, ici en grande harmonie, de Saint Exupéry :
- « On ne voit bien qu’avec le cœur. »
Pour rejoindre le cœur de l’autre, il faut regarder avec notre cœur. Pour ne pas tomber dans cet orgueil spirituel des adversaires de Jésus, orgueil qui aveugle, qui leur fait nier les évidences, les évidences qui crèvent les yeux, et pourtant justement c’est eux qui deviennent aveugles, orgueil qui aveugle et fait accuser les autres, c’est souvent lié. Pour ne pas tomber dans cet orgueil l’attitude de Jésus est le Carême, cette thérapie, cette cure que nous offre Jésus, nous invite à faire la lumière, oui, à faire la vérité sur nos regards, nos jugements, nos actions et nos omissions, car il y a peut-être plus d’omissions dans nos vies que d’actions mauvaises, ne pas faire le bien que l’on pourrait faire, que l’on devrait faire. Hé oui, ça peut être grave.
Quel est mon regard sur mes proches déjà, sur mon conjoint, mes enfants, mes parents, mes frères de communauté ? Est-ce qu’au-delà de mes énervements, inévitables je pense, est-ce qu’au-delà de mes énervements, de mes colères peut-être parfois, j’essaie de regarder l’autre avec le cœur, en demandant au Seigneur de purifier mon regard, et de l’ajuster au sien ? Est-ce que je sais également regarder, approcher, accueillir ou visiter ceux qui bousculent mes projets et ma tranquillité ? Le Pape Léon XIV nous a rappelé en octobre dernier que l’amour des pauvres est un élément essentiel du cœur même de l’Église, et je le cite :
- « L’amour et les convictions les plus profondes doivent être nourris, et cela se fait par des gestes, oui cela se fait par des gestes. Rester dans le monde des idées, des discutions sans gestes personnels fréquents et sincères sera la ruine de nos rêves les plus précieux. Pour cette simple raison, en tant que chrétiens, ne renonçons pas à l’aumône, un geste qui peut être fait de différentes manières, nous le savons bien, la plus efficace possible, mais nous devons la faire quand nous sentons qu’une personne qui est forcément notre frère en humanité, notre sœur en humanité est dans le besoin. Le réflexe chrétien devrait être celui de Jésus : « Que puis-je faire pour toi ? ».
Il vaudra toujours mieux, poursuit le Pape, il vaudra toujours faire quelque chose que ne rien faire. Dans tous les cas cela touchera notre cœur et je dirais cela guérit notre cœur. Ce ne sera pas la solution à la pauvreté dans le monde qui doit être recherchée avec intelligence, lutte et engagement social, mais nous avons besoin de nous exercer à l’aumône pour toucher la chair souffrante des pauvres qui est la chair du Christ. »
Voir, juger, agir comme Jésus, par Lui, avec Lui, en Lui, comme l’a fait merveilleusement ce petit jeune de 15 ans Saint Carlo Acutis. Oui, sa vie avec Jésus, sa vie spirituelle, profonde, merveilleuse, extraordinaire s’est incarnée dans l’amour des membres souffrants du Christ.
Voilà une grâce essentielle à demander au cœur de ce Carême pour connaître la joie d’un cœur purifié par la charité.
AMEN.