HOMÉLIE PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS ORDINAIRE 2016

(Année C)


LISTE DES HOMÉLIES


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 17 janvier 2016

2ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 14 août 2016

20ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 24 janvier 2016

3ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 21 août 2016

21ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 31 janvier 2016

4ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 4 septembre  2016

23ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 7  février 2016

5ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 18 septembre 2016

25ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 5 juin 2016

10ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 25 septembre 2016

26ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE MGR LOUIS KÉBREAU, archevêque émérite de Cap Haïtien

Le 12 juin 2016

11ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 2 octobre 2016

27ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 19 juin 2016

12ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 9 octobre  2016

28ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 26 juin 2016

13ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 16 octobre 2016

29ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE JEAN-LUC ROBLIN, curé

Le 3  juillet 2016

14ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 23 octobre 2016

30ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE OMER

Le 10  juillet 2016

15ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 30 octobre 2016

31ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 17  juillet 2016

16ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 6 novembre  2016

32ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 24 juillet 2016

17ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 13 novembre 2016

33ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 31 juillet  2016

18ème Dimanche du Temps Ordinaire C

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 20  novembre 2016

Solennité du CHRIST, ROI DE L'UNIVERS  C

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 7  août 2016

19ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Retour page d’accueil homélies

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 17 janvier 2016
2ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd’hui, 17 janvier, c’est l’anniversaire de l’apparition de la Vierge Marie à Pontmain. Jésus a voulu avoir besoin de sa maman pour nous dire qu’il se laissait toucher par nos prières.

Dans l’évangile de ce jour qui est le récit des noces de Cana, Jésus a encore voulu avoir besoin de sa maman pour le provoquer à son premier miracle, l’eau changée en vin, et ainsi nous révéler son identité d’Époux de l’humanité tout entière dont les noces auront lieu sur la Croix et c’est par son Sang que nous serons purifiés de tous nos péchés. C’est donc important une maman, et Jésus a voulu faire de la sienne la médiatrice de toutes ses grâces.

 La Vierge Marie n’a qu’un désir : c’est que nous aimions son Fils bien-aimé.

 Eh bien, au début de cette messe, demandons pardon à Dieu de tous nos péchés.


Homélie : Mes frères, un jour, des juifs sont venus interroger Jean Baptiste pour savoir qui il était et il a répondu : « je ne suis pas le Christ ». Mais le lendemain, voyant Jésus, il l’a désigné comme l’Agneau de Dieu. Depuis ce premier jour d’interrogation des Juifs, l’évangéliste Jean prend soin de noter la succession des jours. Il note trois fois successives « le lendemain », puis annonce que, le troisième jour après cela, il y eut des noces à Cana. C’est donc dans une succession de 7 jours que les noces ont eu lieu à Cana. Le chiffre 7 indique une plénitude. Pour Saint Jean, tous les détails de son évangile comptent et les images qu’il utilise ont toujours un sens profond, mystérieux. Essayons de comprendre.

Que se passe-t-il donc ce septième jour ? Voici Jésus avec ses disciples qui arrivent à Cana, invités à une noce. Il semble que sa mère l’y ait précédé, invitée elle aussi. Comme les noces en ce temps-là duraient huit jours et qu’il y avait beaucoup de monde, peut-être a-t-elle participé à faire la cuisine car cela demandait beaucoup de bras puisque tout se faisait à la main et au feu de bois, comme c’est encore le cas aujourd’hui dans les villages africains. Si la noce durait si longtemps, c’est parce que c’était un événement majeur dans la société antique. Ce n’était pas seulement une alliance entre un homme et une femme, mais une alliance entre deux familles, comme c’était encore le cas chez nous il y a plusieurs siècles. C’était donc un évènement très important. Il convenait d’y inviter parents proches ou éloignés, et tous les amis, et pour mettre de la joie, le vin devenait un élément important. « Le vin réjouit le cœur de l’homme », nous dit la bible

A cette noce, donc, qui est un événement majeur, une alliance entre deux familles, cela va être le cadre idéal pour Jésus afin d’entrevoir sa mission et accomplir son premier miracle, ainsi ses disciples pourront croire en lui. Ce cadre merveilleux fait pressentir d’autres noces d’une manière beaucoup plus importante : les noces éternelles dont parle l’apocalypse, c’est-à-dire une Alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’humanité, alliance qui sera scellée dans le Sang de Jésus sur la croix. Et c’est la raison pour laquelle Jésus, le Jeudi Saint, par anticipation, changera non plus l’eau mais le vin en son sang, car c’est le sang de Jésus qui obtiendra le pardon de nos péchés et apportera la joie au monde par le don de son Esprit Saint.

  Les noces de Cana résument donc symboliquement toute la mission rédemptrice de Jésus et font pressentir la place de Marie dans la Rédemption puisque c’est elle qui, par sa confiance, a obtenu de son Fils son premier miracle qui va dévoiler son identité à ses disciples et ceux-ci croiront en Lui.

Voyons les faits :

Jésus arrive sans doute à ces noces alors qu’elles sont bien avancées, peut être même est-ce le dernier jour de la fête, si bien que les réserves de boisson sont épuisées, symbole de l’humanité qui n’a plus de joie à cause de ses péchés.

La Vierge Marie, toujours vigilante, constate ce manque de vin ; elle devine la consternation que cela va produire chez les invités mais la honte chez les nouveaux mariés. Comment éviter cela ? Il n’y a qu’une solution : en parler à son Fils. « Ils n’ont pas de vin », lui dit-elle simplement, sans s’imposer.

La réaction de Jésus nous surprend au premier abord. Mot à mot : « Qu’y a-t-il entre toi et pour moi ? » traduit par : « que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue ! » Cette réponse semble au premier abord un refus, et pourtant ce n’est pas un refus puisque la Vierge obtiendra le premier miracle de Jésus, l’eau changée en vin. En fait, ce que Jésus veut, c’est hausser la demande de sa mère à une grâce beaucoup plus profonde, beaucoup plus importante, celle de son Heure, c'est-à-dire celle de sa mort sur la croix suivie de sa Résurrection, donc celle du Salut de l’humanité, anticipée par la sainte Cène, où cette fois, il n’y aura plus l’eau, comme je vous l’ai dit, changée en vin , mais le vin changé au Sang de Jésus qui devient alors le sang de l’Alliance Nouvelle et Eternelle entre Dieu et l’humanité, car, sur la croix, Jésus obtient le pardon des péchés de tous les hommes. Et c’est ce pardon qui apporte la vraie joie à l’humanité. Le jour de la Pentecôte, les spectateurs étonnés ne se tromperont qu’à moitié en disant que les Apôtres sont pleins de vin doux. Oui, c’était, si l’on veut, un vin qui réjouit, mais pas celui de la vigne ; c’était un vin spirituel, celui de l’Esprit Saint qui enivre des joies du ciel, joies obtenues, comme je vous l’ai dit, par le sacrifice de Jésus. C’est désormais l’alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et les Hommes qui est scellée, c’est le mariage de l’humanité avec Dieu, Jésus devenant l’Époux de toute l’humanité. Selon saint Jean Paul II, quand l’âme arrive au ciel, Jésus est tellement heureux qu’il se donne tout entier à elle et l’âme se livre tout entière à Jésus. Elle est ainsi introduite dans la Trinité, ce qui la rend unie à tous les élus du ciel. C’est ce que l’Apocalypse appelle les noces de l’Agneau.

Le mot « femme », employé par Jésus à Cana pour s’adresser à sa mère, va prendre toute son ampleur à la croix : « Lorsque Jésus voyant sa mère et près d’elle le disciple qui l’aimait dit à sa mère « "Femme, voici ton fils" ». Il déclare ainsi Marie, Mère de toute l’humanité, puisque Jean nous représentait tous. Marie est ainsi la nouvelle Eve qui veille sur tous ses enfants. Elle est donc médiatrice de toute grâce auprès de Jésus, seul Médiateur auprès du Père.  

Il y a un autre détail important : Les six cruches vides, d’une contenance d’environ 600 litres, servaient pour le rite des ablutions, mais elles sont vides. Elles sont le symbole que l’Ancien Testament, avec ses rites, est achevé. Celui qu’il annonçait est arrivé : c’est Jésus de Nazareth. Jésus, d’invité qu’il était, devient soudainement comme le maître de la noce. Il commande, il commande aux serviteurs : « Remplissez d’eau les jarres. »  Les serviteurs obéissants remplissent ces jarres jusqu’au bord, signe de la plénitude que va apporter Jésus. Jésus leur dit: « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. ». Surprise de ce dernier ; goûtant cette eau changée en un excellent vin, il regrette qu’il soit servi si tard et appelle le marié pour lui en faire le reproche. Mais le marié ne comprend rien à cette histoire, seuls les serveurs savent. Cette eau changée en excellent vin est le symbole du message de paix et de joie que Jésus apporte au monde et il le fait en surabondance parce que ces cruches sont remplies jusqu’au bord et remplies de 600 litres d’un vin excellent, capable de saouler tout un village. C’est en purifiant le cœur de l’homme de son péché que Jésus lui apporte la vraie joie.

  Jésus, à la Sainte Cène, prononcera sur le vin ces paroles fortes et mystérieuses: « Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. » Tout à l’heure, le prêtre répètera la même formule pour changer le vin au Sang de Jésus.

Tout ce message fort du nouveau testament, Jésus a voulu qu’il soit prophétiquement entrevu dans un cadre d’amour et de joie, celui d’une noce. Cela a une conséquence pratique pour nous aujourd’hui. Désormais le sacrement de mariage, avec la noce qui suit, a un message à délivrer au monde. Il est, pour les époux et pour les enfants à naître, la préparation aux noces éternelles du ciel. C'est-à-dire, lorsqu’un homme prend femme, il a pour mission de la préparer à devenir, un jour l’épouse du Christ dans le ciel, et il en est de même pour la femme vis-à-vis de son mari. Tout ici-bas passe, mais au ciel cela demeure pour toujours dans une joie sans cesse renouvelée. Amen


RETOUR LISTE

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 24 janvier 2016
3ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Bienvenue aux confirmands de Challans accompagnés par le Père François, certains servent à l’autel. Bienvenue aussi à l’équipe Notre Dame de Nantes et puis au Père Gaël qui nous vient de Paris (ainsi qu’aux personnes responsables des communautés de Vie chrétienne de la région du Mans et de Laval).

Nous venons de chanter : « Nous sommes le Corps du Christ », l’Eglise est le Corps du Christ et chacun de nous, comme nous venons de le chanter, c’est Saint Paul qui nous le dit, chacun de nous est un membre de ce Corps et ce Corps doit vivre d’une même vie, dans l’unité du même Esprit Saint qui nous habite, et cette semaine, jusqu’à demain, nous prions, toute l’Eglise prie pour l’unité des chrétiens. Le péché nous divise à l’intérieur de nous-mêmes et il nous divise aussi entre nous et il divise les chrétiens entre eux. Et comment annoncer Jésus si nous sommes divisés ? Alors, il nous faut prier avec beaucoup de ferveur pour demander cette unité des chrétiens afin que le monde croie que le Père a envoyé Jésus pour sauver tous les hommes. Voilà, c’est important.

Alors, au seuil de cette eucharistie, eh bien, reconnaissons nos péchés. Demandons pardon au Seigneur de tout notre cœur et essayons de vivre, là où nous sommes, dans l’unité, être des facteurs d’unité.


Homélie : En ce dimanche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous venons d’entendre saint Paul nous appeler à l’unité. Il nous éclaire sur le motif de cette nécessaire et difficile unité à vivre entre disciples de Jésus.

Saint Paul, nous l’avons entendu, pour parler de l’Eglise, prend l’image du corps humain. De même que notre corps forme un tout, tout en étant composé de plusieurs membres, de même l’Eglise est un tout, composé d’une multitude de membres que sont les baptisés.

Mais qu’est-ce qui fait l’unité du corps humain ? qu’est-ce qui fait que ce corps est vivant ? C’est l’âme présente dans le corps ! C’est l’âme qui fait l’unité du corps humain, c’est l’âme qui lui donne vie. Et lorsque l’âme quitte le corps, eh bien, le corps meurt et il se décompose, il perd son unité.

De même pour l’Eglise : Qu’est-ce qui fait l’unité de l’Eglise ? qu’est-ce qui est la vie de l’Eglise ? qu’est-ce qui est l’âme de l’Eglise ? C’est l’Esprit Saint.

C’est parce que tous, juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés, c’est-à-dire plongés, dans l’unique Esprit, que nous formons un seul corps, nous dit saint Paul. Ce qui veut dire que si nous voulons vivre dans l’unité nous sommes appelés à vivre sous la mouvance de l’Esprit Saint. Plus nous vivrons sous la mouvance, dans la dépendance de l’Esprit Saint, plus nous serons vivants et plus l’unité grandira dans l’Eglise. Meilleure alors sera la santé de l’Eglise.

Mais voilà ! dès les débuts de l’Eglise, des divisions, des dissensions ont vu le jour. Quand donc les divisions arrivent-elles ? Les divisions arrivent quand un membre veut se prendre pour le corps tout entier, quand une petite partie a la prétention de se prendre pour le tout. Si l’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », eh bien, dans le corps de l’Eglise il devrait en être de même.

Vouloir être tout sans les autres, ne pas avoir besoin des autres, c’est prétendre avoir la plénitude de l’Esprit Saint. Autrement dit, nous sommes invités à demander, pour nous-mêmes et pour tous les membres de l’Eglise, la modestie, l’humilité, l’esprit de dépendance. Cela ne nous est pas naturel, on voudrait être indépendants, faire ce qu’on veut par soi-même. Mais là on ne vit plus sous la dépendance de l’Esprit Saint.

Eh bien, il est quelqu’un qui a été rempli de l’Esprit Saint, qui a reçu sur lui la plénitude de l’Esprit Saint : c’est Jésus.

Saint Luc nous dit qu’après son baptême et son jeûne au désert, Jésus est revenu en Galilée avec la puissance de l’Esprit Saint, poussé par l’Esprit.

Autrement dit, Jésus n’a jamais voulu agir par lui-même, mais seulement sous la dépendance, sous la mouvance de l’Esprit Saint, voilà pourquoi Jésus passait de si longs moments en prière, de jour comme de nuit. Jésus passait des nuits en prière. Quelle place donnons-nous à la prière dans chacune de nos journées ? Pensons-nous dans notre prière à demander cette grâce de la docilité à l’Esprit Saint ? Jésus dira un jour : « Je ne fais rien de moi-même, je ne fais rien de moi-même, par moi-même. » (Jean 8,28). Tout ce qu’il fait, Jésus le fait dans la docilité à l’Esprit Saint, et à son Père. Jésus est en cela en totale unité avec son Père et avec l’Esprit Saint.

Entrant dans la synagogue de Nazareth le jour du shabbat, on invite Jésus à lire et à commenter la Parole de Dieu. Il tombe sur ce passage d’Isaïe que nous venons d’entendre : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » Et Jésus de dire : « Aujourd’hui, s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre. »

En Jésus, l’annonce prophétique qui avait été faite plusieurs siècles auparavant devient réalité : l’Esprit du Seigneur est sur Jésus. Cette onction par laquelle le Seigneur l’a consacré, ce mot onction se dit « chrisma » en grec puisque l’évangile a été écrit en grec. Et le mot « oint », celui qui a reçu l’onction est oint, se dit « christos ». Jésus est christos, oint, consacré par le Père. Il est Jésus Christ. C’est parce qu’il est oint, parce qu’il a l’Esprit Saint, qu’on l’appelle Christ.

Eh bien, nous, nous sommes baptisés dans le Christ, nous sommes baptisés en Jésus et si nous sommes baptisés en Jésus, c’est ce même Esprit Saint que nous avons reçu et que vous allez recevoir à nouveau au jour de votre confirmation, et c’est cet Esprit Saint qui nous rend dépendants, disciples du Père et, comme Jésus, nous devrions pouvoir dire : « Je ne fais rien par moi-même, mais je dis ce que m’a enseigné le Père. »

Comment vivre de l’Esprit Saint pour vivre l’unité ? Par la prière, avons-nous dit. Mais aussi et en même temps nous vivons de l’Esprit Saint en devenant serviteurs de la Parole. Nous avons entendu cela tout à l’heure dans l’évangile, cette expression : « serviteurs de la Parole ».

Saint Luc, pour écrire son évangile, a recueilli le témoignage de ceux qui ont été les témoins oculaires, qui ont vu Jésus de leurs yeux et ils sont devenus des « Serviteurs de la Parole ».

Pour devenir serviteur de la Parole, il faut s’en nourrir, il faut la fréquenter assidument. Un chrétien qui ne lit pas la Parole de Dieu chaque jour vivra difficilement sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Un chrétien qui lit la Parole se remplit au jour le jour de l’Esprit dont Jésus est lui-même rempli. Un chrétien qui lit la Parole de Dieu devient alors serviteur de Jésus qui est la Parole du Père et donc un chrétien qui lit la Parole de Dieu devient à son tour serviteur de la Parole, serviteur de Jésus, et il pourra alors servir, c’est-à-dire transmettre, comme on sert un repas, il pourra servir la Parole de Vie à ses frères. Un tel chrétien construit l’Eglise, agrandit l’Eglise et devient ferment d’unité dans l’Eglise.

Eh bien, puissions-nous être de tels chrétiens, afin que l’Eglise soit vivante et resplendissante de l’Esprit du Christ. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 31 janvier 2016
4ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Nous sommes venus à cette messe pour recevoir de l’amour, l’amour de Jésus et pour, à notre tour, donner notre amour à Jésus et à nos frères. Alors, si dans notre cœur il y a du ressentiment, de la haine, s’il y a de la jalousie, de l’attachement au péché, eh bien, demandons pardon à Jésus pour pouvoir recevoir son amour.

Je confesse à Dieu…    


Homélie : Mes frères et sœurs, Nous venons d’entendre l’évangile de ce jour : Jésus est de retour dans son village de Nazareth. C’est le jour du sabbat. Il se rend à la synagogue, comme il en avait l’habitude, et il se leva pour faire la lecture. On lui passa le livre du Prophète Isaïe, et, en le déroulant, il trouva ce passage où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a consacré pour donner aux pauvres la Bonne Nouvelle. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la libération, la lumière aux aveugles ; Il me faut libérer ceux qui sont écrasés et proclamer une année de grâces de la part du Seigneur. » Le seul commentaire de Jésus c’est pour dire : « Aujourd’hui s’accomplit cette parole que vous venez d’entendre. » Devant lui, son auditoire s’étonne, Jésus affirme que sa personne comble toute l’attente d’Israël.

Jésus vient donc de tracer son plan d’action qui demeure toujours actuel aujourd’hui, tout spécialement en cette année de la miséricorde, dont nous ne mesurons peut être pas assez les bienfaits.

Les concitoyens de Jésus, au premier abord, lui ont rendu témoignage, mais prenant conscience que Jésus n’était que le fils de Joseph, l’humble charpentier, et qu’il avait la prétention d’annoncer le salut même aux païens, ils refusent qu’il soit porteur d’un tel message de libération. Ces gens de Nazareth donnent trop d’importance, trop de place aux sentiments, et ils n’ont pas assez maîtrisés ces sentiments par l’intelligence et la volonté, ils risquent de devenir des esclaves de leurs sentiments. C’est ce qui est arrivé chez ces Nazaréens, voilà, c’est l’orgueil, la jalousie qui a pris place dans leur cœur, et qui a engendré la haine alors que si cela avait été l’humilité, l’amour, ils auraient été heureux de Jésus et, aux yeux de Dieu, ils auraient eu un grand mérite si l’on en croit ce que Jésus, au XIIIème siècle, a dit à sainte Mechtilde. Un jour, sainte Mechtilde demanda à Jésus : « Quel mérite peuvent acquérir ceux qui aiment le don de Dieu chez autrui ? » Elle reçut cette réponse : « Tous ceux qui aiment mes dons chez les autres recevront le même mérite et la même gloire que ceux à qui j’ai octroyé cette grâce. » Quel bonheur ! Se réjouir des grâces chez les autres, on en recevra les mêmes mérites de la part de Dieu.

Les gens de Nazareth ne savent pas quelle grâce immense ils ont perdue ! Et en se laissant aller à la jalousie, à l’orgueil puis à la haine, cette haine les a conduits loin dans le mal, jusqu’au désir de meurtre.

Aujourd’hui, le Christ est présent dans son Eglise. L’Eglise, c’est le corps du Christ, mais notre monde moderne, comme les gens de Nazareth, se fie trop à la seule apparence extérieure. Combien pensent ou disent : J’accepte Dieu mais pas l’Eglise. On n’admet pas ses faiblesses humaines.

Pourtant, c’est à l’Eglise que Jésus a confié son message de paix et de libération. Mais on aime juger l’Eglise et les hommes d’Eglise.

Les médias aiment relever ses moindres faiblesses, celles de ses prêtres, de ses consacrés. On est friand des scandales religieux pour trouver un prétexte de ne plus se confesser parce que le prêtre est un homme comme nous, ou de ne plus aller à la messe sous prétexte que ceux qui y vont ne sont pas meilleurs que les autres ; et cela peut donner bonne conscience d’avoir abandonné totalement la foi de son enfance…

Je reviens encore à sainte Mechtilde. Un jour, elle demanda : « Si on porte un jugement injuste sur quelqu’un, qu’en sera-t-il ? » Jésus lui répondit : « Si on porte un jugement injuste sur quelqu’un on se rend aussi coupable que si l’on avait commis le mal qu’on impute au prochain ; et si le jugement est juste, mais qu’on le porte selon notre propre jugement, sans connaître les intentions de celui qui agit, ainsi on se rend aussi coupable par ce jugement que celui qui a fait le mal ; et si l’on ne fait pas pénitence, on subira la même peine. » Voyez l’importance de l’amour et le dégât que peut faire le jugement, la condamnation.

Pour se justifier, les habitants de Nazareth provoquent Jésus en lui demandant de faire un miracle. C’est alors l’homme qui se dresse devant Dieu et qui le somme de faire ce qu’il attend, de faire ce qui lui rendrait service, l’homme ainsi provoque Dieu ; c’est finalement le réduire à n’être qu’un moteur auxiliaire qui nous dépanne quand cela ne va plus, mais dont on n’a plus besoin ensuite.  Ce n’est plus l’amour de DIEU. Ce n’est plus servir Dieu, mais c’est mettre Dieu à notre service, au lieu de lui dire : Mon Dieu que ta volonté soit faite.

Dieu est amour et on ne peut pas aimer Dieu sans aimer nos frères. « Si quelqu’un dit qu’il aime Dieu et qu’il n’aime pas son frère, nous dit saint Jacques, c’est un menteur. »

Si l’amour du prochain n’existe pas, inutile de dire qu’on est dans l’union à Dieu, nous dit Mère Marie de la Croix. On pourrait ajouter encore dans ce cas : c’est un signe qu’un esprit du mal a de l’emprise sur nous, et donc qu’il est urgent de s’en défaire. Comment ?

Eh bien, en cette année de la miséricorde nous sommes tous invités à profiter du sacrement de la miséricorde, qui purifie le cœur, c’est le sacrement du pardon. Il nettoie l’âme, il répare les dégâts subis. Il nous permet de mieux profiter du merveilleux sacrement de l’Eucharistie qui, lui, sanctifie, fortifie à condition de le désirer avec foi et amour, sinon il n’apporte rien. Et quand on a reçu Jésus, il convient de prendre du temps pour lui dire notre amour, car Jésus c’est un amoureux, sinon on ressemblerait à quelqu’un qui reçoit un ami, l’invite au salon, puis le laisse là, tout seul, quelle déception pour cet ami !

Mais si on vient à l’Eucharistie avec une grande foi et ferveur, alors nous pourrons être renouvelés entièrement comme Jésus l’a promis à un prêtre du Nigeria, Monfort OKAA, à qui il se manifeste souvent et dont les récits ont l’imprimatur de son évêque. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 7 février 2016
5ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : « Si le Père vous appelle ». Oui, il nous appelle toujours et toujours. Si nous sommes là ce matin, même peu nombreux, Il est heureux que nous ayons répondu, entendu et répondu à son appel. Et s’Il nous appelle à l’Eucharistie dominicale, c’est pour nous adresser des appels plus particuliers, plus personnels à chacun de nous. Si notre cœur est ouvert, eh bien, normalement, nous sortons de l’Eucharistie différents, avec une réponse à un appel entendu, espérons-le.

Prions les uns pour les autres pour que nous sachions discerner cet appel personnel, particulier que le Seigneur nous adresse en chacune des rencontres que nous avons avec Lui. Oui, préparons-nous à cette rencontre justement en demandant pardon pour nos surdités volontaires, nos fuites, nos dérobades. Demandons un cœur confiant et ouvert à ses appels.


Homélie : Trois lectures qui nous parlent de vocation, d’appel de Dieu. Dieu appelle sans cesse, Il embauche, pour reprendre une expression qui fait date maintenant ; Il embauche sans cesse des ouvriers pour son Règne, à son Règne. Je crois que si Jésus ouvrait une agence divine pour l’emploi, Il poserait trois questions aux candidats :

 Première question : Es-tu un pécheur ? Réponse A : oui, comme tout le monde. Réponse B : Oui, Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis.

 Deuxième question : Crois-tu à mon amour pour toi ? Réponse A : Oui, j’y crois. Réponse B : oui, je crois à ton amour infini pour moi.

 Troisième question : Et toi, m’aimes-tu ? Réponse A : Oui, Seigneur, je t’aime. Tu le sais. Réponse B : Seigneur, Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime.

 Alors, si vous avez répondu B aux trois questions, Jésus vous embauche sur le champ pour être son disciple-missionnaire.

 Vous vous souvenez sans doute de la devise de notre cher Pape : « Miserando atque eligendo », c’est-à-dire : « en faisant miséricorde et en choisissant. » Cette expression, vous le savez, est tirée d’un commentaire de saint Bède le Vénérable sur la vocation de saint Matthieu. Et saint Bède écrit ceci : « Jésus vit Matthieu, non pas tant avec les yeux du corps qu’avec le regard intérieur de sa miséricorde… Il vit le publicain et parce qu’il le vit d’un regard qui prend pitié, (miserando), et qui choisit (eligendo), il lui dit : "Suis-moi", c’est-à-dire, imite-moi. »

Vous savez aussi que le pape a choisi ces paroles comme devise, déjà en devenant évêque et il les a gardées comme pape parce qu’il fait remonter sa vocation religieuse et sacerdotale à ce 21 septembre 1953, fête de saint Matthieu donc, où après une confession, il dit –le pape – avoir fait l’expérience de la miséricorde divine et éprouvé alors l’appel du Seigneur.

 Eh bien, cette devise du Saint Père, elle peut exprimer également la vocation d’Isaïe, celle de Pierre, celle de Paul que les lectures de ce jour mettent sous nos yeux.

Isaïe, face à la révélation de la grandeur de Dieu, de sa sainteté, de sa pureté, se sent perdu, envahi par la crainte car il se découvre alors profondément pécheur et solidaire d’un peuple pécheur. Mais par la volonté de Dieu, aussitôt qu’il a fait cette confession de vérité qu’il est profondément pécheur face à la sainteté de Dieu, aussitôt qu’il a fait cette confession, eh bien, par la volonté du Seigneur, il est aussitôt purifié, pardonné et choisi comme messager de cette sainteté de Dieu.

 Pierre, stupéfait par le signe de puissance que Jésus vient d’accomplir, par cette pêche miraculeuse, se sent pris d’effroi lui aussi et a aussitôt une vive conscience de son état de pécheur : « éloigne-toi de moi, Seigneur ». Et Jésus de le rassurer aussitôt et de lui annoncer la mission pour laquelle Il l’a choisi : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras ».

 Paul, quant à lui, en exhortant les Corinthiens à rester fidèles à l’Evangile qu’il leur a transmis, rappelle que de persécuteur de l’Eglise, il a été choisi par la seule grâce de Dieu pour être apôtre. Puissance de la miséricorde qui transforme un pécheur, de grand pécheur en apôtre.

 « Par miséricorde et par choix. » N’est-ce pas pour nous aussi l’expression de notre vocation, de l’appel de Dieu sur nous, quel qu’il soit d’ailleurs. Ce que je suis profondément, je le suis profondément au-delà de tout, les vicissitudes… « Ce que je suis en profondeur, je le suis par la grâce de Dieu », écrit saint Paul, c’est-à-dire par le cadeau de sa miséricorde et de son choix.

 Si être chrétien, comme le rappelait aussi le Pape au début de son pontificat, si être chrétien c’est être disciple-missionnaire de Jésus, le point de départ, d’ancrage de cette route du disciple-missionnaire, n’est-il pas l’expérience profonde, vivante, vitale, de la miséricorde qui nous a pardonné et qui nous pardonne et qui nous recrée, au présent, inlassablement ! Qu’avons-nous d’essentiel à annoncer, quel témoignage avons-nous à partager à notre monde d’aujourd’hui sinon que Dieu est miséricorde, hier, aujourd’hui et à jamais ?

 Et puisque le Christ nous choisit tous et chacun dans sa vocation particulière comme témoin de sa miséricorde, c’est précisément dans la mesure où nous aurons davantage conscience d’être ces débiteurs insolvables de la miséricorde divine, ces pardonnés, ces graciés inlassablement que nous serons le plus à même de révéler et de conduire à cette miséricorde ceux qui la cherchent. Je cite : « Laissons-nous donc saisir une fois de plus par l’appel du Seigneur. Même si nous ne sommes que des avortons dans l’ordre spirituel, oui, nous le sommes tous, oui, même si nous ne sommes que des avortons, en nous faisant sortir de nos tombeaux, le Christ nous donne sa grâce pour porter du fruit. » (P.O. Praud) Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 05 juin 2016
10ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction du Père Jean-François : En entrant dans  cette église, nous faisons bien sûr un seul Corps, une seule famille, et nous allons entendre le Seigneur nous dire  une chose importante  dans ces lectures que  nous pourrions résumer en un seul mot : confiance. Confiance, c’est cet autre  nom de miséricorde. La miséricorde nous a précédés avant notre naissance, nous a accompagnés dans notre vocation, nous redonne la vie et nous accueillera dans le sein du Père. La miséricorde nous accompagne à travers toute notre vie pour nous amener dans le Cœur du Père. C’est ce qu’il nous faut entendre, recevoir,  et être en  action de grâces. Remercions le Seigneur pour son immense amour,   sa confiance  et  sa miséricorde pour nous, pour chacun d’entre nous, une confiance  qui  se veut personnelle et  qui appelle une réponse personnelle dans une relation d’intimité et d’amour.

 Nous sommes heureux d’accueillir aujourd’hui le Père Joseph qui vient de l’Inde, qui est missionnaire à Madagascar et qui prêche actuellement une retraite  à la Cité.  Merci Père. L’amour de Dieu n’a pas de frontière. Il se partage.

Entrons dans cette Eucharistie  en nous reconnaissant pécheurs.


Homélie du Père Marie-Jean : Au cœur de cette année de la Miséricorde, la Parole de Dieu met aujourd’hui sous nos yeux des œuvres de miséricorde, des attitudes merveilleuses de miséricorde.

 Le prophète Elie d’abord  accusé, oh combien injustement, par son hôtesse, de la mort de son fils, ne cherche pas à se défendre, ce que j’aurais fait sans doute…  Au contraire, il prend sur lui la souffrance  de cette mère, il la fait totalement sienne  et  la présente à Dieu avec véhémence. Qu’est-ce que tu lui veux pour avoir fait mourir son fils ? A l’exemple de Job qui discute pied à pied avec Dieu. Et Dieu fera à Job des reproches, oui, mais légers. J’ai eu encore l’occasion cette semaine de dire à une personne qui me disait sa colère, quelque part sa désespérance (il y a parfois des moments de désespérance), il vaut mieux que vous criiez à Dieu, presque que vous l’engueuliez, mais que vous lui parliez. Oui, tant qu’on reste en relation avec Dieu, tout est sauf, tout est sauvé. La preuve, la preuve ! Elie intercède avec véhémence pour cette femme et, dit le texte, le Seigneur entendit la prière d’Elie.  Du coup, la puissance de cette intercession d’Elie obtient aussi la conversion de la mère qui s’écrie : « Tu es un homme de Dieu ! Dans ta bouche la Parole du Seigneur est véridique ». Alors, face à cette compassion, à cet engagement de miséricorde  d’Elie, eh bien posons-nous la question, je me la pose aussi  : quelle est notre capacité, notre capacité de compassion et d’intercession, et d’intercession persévérante pour ceux qui nous partagent leur détresse ?

 Quant à l’évangile, il est celui de saint Luc, l’évangile par excellence de la révélation de la tendresse, de la miséricorde de Dieu, c’est celui que je préfère.

En quelques mots, saint Luc nous campe l’attitude concrète de miséricorde en Jésus : « Voyant cette femme ; le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : ne pleure pas ».  J’aimerais relever chaque mot, ou chaque groupe de mots : « voyant cette femme … »

 La miséricorde, c’est d’abord voir le prochain, à la différence de ce prêtre et de ce lévite, vous vous souvenez, qui font semblant de ne pas voir l’homme blessé. C’est  voir le prochain, c’est même en français, plutôt le regarder. Jésus qui regarde, qui regarde cette femme, eh bien c’est Dieu qui regarde. Et donc par Jésus, en Jésus, Dieu nous dit comment il nous regarde. Oui, souvent  monte dans notre cœur ces paroles : « mais Seigneur, tu n’entends pas, tu ne vois pas ! Oui, où es-tu ? » Eh bien, en Jésus, Dieu nous a dit qu’il regarde la détresse des hommes.

 « Le Seigneur fut saisi de compassion » ; et vous le savez déjà, mais il toujours est bon de se le rappeler, le mot employé ici par l’évangéliste  signifie, il est très fort, il signifie « être bouleversé ». « J’ai les boules », disent les jeunes, je ne sais pas s’il le disent encore. Il est bouleversé, pris aux entrailles, saisi et bloqué. Vous savez  ça vous arrive, j’espère que ça vous arrive, de ne pas pouvoir contenir une émotion, des larmes, que sais-je, face à une situation  qu’on vous partage. Les tempéraments sont différents, mais enfin Jésus est -c’est intéressant de le noter- bouleversé dans ses entrailles ; il y a de la sensibilité en Dieu.

 Dans Les évangiles, ce mot employé ici par saint Luc : « être bouleversé » , « pris aux entrailles », ce mot n’est employé que pour parler  de l’amour de Dieu envers les hommes. Jésus est saisi de compassion envers les foules sans berger, envers les malades, envers les pécheurs.

 Ici, Jésus est bouleversé devant l’un des plus grands malheurs de notre terre, bien sûr : la mort. Il entre pleinement dans notre souffrance humaine, il ne fait pas semblant. Il ira jusqu’à pleurer lui-même devant le tombeau de Lazare. Dieu a pleuré, Dieu merci. Merci Seigneur, d’avoir pleuré.

 Il entre pleinement dans notre souffrance humaine, il la partage, il la prend sur lui. Miséricorde encore de Jésus dans cette simple parole : « ne pleure pas ». Eh bien, c’est vrai que nous il ne nous faudrait pas dire ça, mais lui seul peut se le permettre, Jésus peut oser une telle parole face à une telle douleur, parce qu’il sait que sa parole est plus puissante que la mort. Et de fait, d’un mot : « lève-toi », Jésus redonne vie au fils, mais aussi à la mère qui était écrasée , anéantie.

 Et, enfin, l’Evangile nous laissé encore, encore un de plus comme si ce n’était pas suffisant déjà, le dernier geste plein de délicatesse de Jésus qui achève de nous montrer qui est Dieu : « Jésus le rendit à sa mère ». Face à cette compassion, toute puissante de Jésus, lorsqu’on vit une très grosse épreuve, surtout un deuil, peut monter évidemment en nous une interrogation douloureuse : « oui, tout cela c’est bien beau, les récits de l’Evangile, mais pourquoi Jésus ne m’a pas rendu mon enfant, pourquoi il ne m’a pas rendu mon mari, emporté à cinquante ans, pourquoi il ne nous a pas rendu cette jeune mère de famille qui laisse quatre enfants, quatre jeunes enfants, pour laquelle nous avons tant prié ». Oui, c’est vrai, des bonnes questions, des pourquoi légitimes. Nous avons le droit d’interroger le Seigneur, en sachant qu’Il nous répondra à la mesure de nos capacités humaines de compréhension de son œuvre divine. On ne peut pas tout enfermer dans notre petite tête. Nous sommes sans cesse confrontés, bien sûr, il ne peut en être autrement, au mystère de la sagesse de Dieu qui dépasse infiniment la nôtre. Saint Paul  le dira avec ses mots : « ce qui est sagesse pour les hommes est folie pour Dieu, et ce qui est folie pour les hommes est sagesse pour Dieu ».

La sagesse de Dieu est plus sage que celle des hommes. Oui, le mystère de la sagesse de Dieu dépasse infiniment notre sagesse, nos manières de voir que nous dictons si facilement au Seigneur. Et voilà  cette parole que j’ai trouvée, elle n’est pas de moi, mais je souligne que c’est la chose la plus importante de cette homélie. Si nous pouvions retenir seulement ça, je pense que ça nous aiderait, ça nous aiderait à porter nos propres épreuves et avec beaucoup de tact et  opportunité, à éclairer le cœur de ceux qui souffrent :  « Jésus n’est pas venu pour réparer ici ou là une souffrance , il vient tout réparer ».

 Oui, il guérit les choses à leur racine. Cette résurrection de Naïm est à la fois un geste de  tendresse puissante, certes, et le signe d’une tendresse immensément plus puissante est bien son Oeuvre de sauveur, à savoir, oui, Dieu à l’œuvre pour le salut de tous les hommes, de tous les temps, pour leur ouvrir une vie  éternelle avec Lui.  Et il a payé le prix fort, lui aussi, nous le savons. Il ne pouvait faire plus. Il a pris la dernière place .

 La veuve de Naïm a surtout vu son bonheur immédiat, certes, et de veuve et une maman. Mais la foule, elle, voit déjà plus loin et s’écrie : « Dieu a visité son peuple ! » Et en cette miséricorde ponctuelle et ciblée, la foule voit déjà que Dieu est en tain de visiter tout son peuple .

 Et ce signe de Naïm nous est donné encore aujourd’hui à nous, comme je l’évoquais à l’instant, pour qu’au milieu des épreuves, même grandes, de nos vies nous puissions tenir dans l’espérance  et croire en la miséricorde du Seigneur toujours  à l’œuvre malgré les apparences, parfois.

  J’évoquais Elie au sens où nous pouvons l’imiter dans cette puissance et fidélité à intercéder, à prendre sur nous la souffrance des autres, à la prendre surtout dans notre prière. Par rapport à Jésus, certes, nous ne pouvons pas l’imiter dans cette œuvre de miséricorde par excellence qui est de redonner vie, sauf exception, car les charismes existent, mais ils sont rarissimes… Mais si nous ne pouvons pas ressusciter, nous pouvons imiter Jésus, nous avons à l’imiter dans la compassion, dans ce regard, dans cette écoute, à se laisser bouleverser par la souffrance de l’autre, pas essayer de trouver des solutions trop rapidement, mais que l’autre se  sente écouté jusqu’au bout, dans sa souffrance, dans sa colère.

 Oui la compassion et puis parfois un mot, une parole, mais il faut non seulement tourner sa langue dans sa bouche, mais surtout invoquer l’Esprit saint pour avoir la parole juste, bienfaisante .

 Oui, « la compassion fait des miracles », a écrit un commentateur, et c’est vrai. La compassion vécue en vérité fait déjà des miracles. Grâce à Dieu, comme je l’ai lu aussi, nous sommes à notre tour chargés d’offrir des gestes et des paroles qui redonnent vie dans les situations les plus sombres . Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR LOUIS KÉBREAU, archevêque émérite de Cap Haïtien

Le 12 juin 2016
11ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Accueil de Frère Jean-François (Prieur) : Chers frères et sœurs, bénissons le Seigneur qui nous envoie Monseigneur Louis Kébreau, archevêque émérite d’Haïti. Il vient de prêcher une retraite à la cité « Communion Marie-Reine » et il nous fait la grâce et l’honneur de venir présider cette Eucharistie et nous conforter dans l’amour de Dieu et de Marie. Soyez vivement remercié, Son Excellence, pour votre présence, votre amitié.


Introduction à l’Eucharistie par Monseigneur Kébreau : Merci, Père, pour cet accueil, un accueil qui rejoint cet esprit de communion que le Saint Père Jean Paul II nous avait vivement recommandé pour que l’amour ne soit pas un amour passif, résigné, mais un amour qui témoigne en vérité que Dieu est là, présent au milieu de nous.

 Et ce matin, cette Eucharistie est une invitation à venir à la source de la miséricorde qui est l’Eucharistie. Il faut que nous regardions cette Eucharistie comme une grâce et une bénédiction, où nous venons, après une semaine de travail, de difficultés, de problèmes de toutes sortes, nous détremper dans cet amour de Dieu, ce Dieu manifesté en Jésus qui ne vient pas juger, condamner, mais qui dépose humblement son regard sur chacun de nous. Il apporte beaucoup de grâces mais il faudra que nous prenions conscience qu’il nous faut ouvrir notre cœur pour accueillir cette grâce. Alors, prenons le temps de la supplication, prenons le temps de crier vers le Seigneur comme dit le psaume : Des profondeurs, je crie vers Toi. De ma misère, de mon ignorance, de ma peur, de tout ce qui fait obstacle… Viens à mon secours, Seigneur, Toi le miséricordieux par excellence, Toi qui ne viens pas juger, aie pitié de nous ce matin.

 Recueillons-nous sous le regard maternel de Marie, elle qui est auprès de cette fontaine pour nous aider comme Maman à nous laver, nous purifier et nous libérer de tout ce qui est mal.


Homélie de Mgr Kébreau : Frères et sœurs bien-aimés, ce matin nous nous retrouvons au pied de ce puits de miséricorde qu’est l’Eucharistie pour chanter et louer le Seigneur. Si nous avions le cœur débordant d’amour, ce psaume de méditation nous parlerait en long et en large de la miséricorde de Dieu.

Nous rentrons dans la profondeur de l’âme de cette prostituée pour goûter et savourer avec elle combien le Seigneur est bon et miséricordieux, comment le Seigneur est compatissant et cette femme peut chanter ce matin : heureuse suis-je dont la faute est enlevée et le péché remis. Heureuse suis-je, le Seigneur n’a pas retenu ma faute, il ne m’a pas condamnée, mais il a déposé sur moi un regard de miséricorde. Il est descendu dans la profondeur de mon être pour retrouver cette âme endolorie, enchaînée par le péché et maintenant libérée parce que j’ai été sincère et non pas hypocrite avec le Seigneur. Je n’ai rien caché dans ma vie, j’ai fait connaître mon péché. Je n’ai pas eu peur de franchir cette salle pour aller me jeter aux pieds du Seigneur et lui confesser ma misère et, du plus profond de moi-même, est remontée cette prière d’action de grâces : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. Je rendrai grâce au Seigneur parce qu’il a été bon pour moi ; il sait tout de moi. Alors je n’ai rien à cacher, simplement à lui présenter mes blessures pour qu’elles soient cicatrisées. Lui seul est capable d’enlever l’offense de ma faute, lui seul est mon refuge, mon rempart, mon abri dans ce désespoir qui m’habitait, dans cette honte que je vivais, marginalisée par la société, méprisée par les autres, je n’étais même pas considérée comme une femme, j’étais bonne à rien ; et voilà, il est devenu pour moi un abri dans la détresse. Son manteau de miséricorde m’a redonné confiance et ce manteau est devenu pour moi un abri, une sécurité, un bonheur et je peux le dire : je n’ai pas d’autre bonheur que toi, et j’élève vers lui des chants de délivrance. Il m’a entourée de son amour, de sa miséricorde et ce qui compte pour moi, c’est l’amour du Seigneur et j’invite tous ceux et celles qui ne croient pas à venir danser avec moi pour vraiment découvrir ce qui sauve la femme, l’homme, de son malheur puisque le grand mal de la société, c’est que nous ne croyions pas à l’amour.

 Si aujourd’hui les textes nous parlent du péché, c’est parce que nous avons perdu le sens de Dieu. Et Dieu, ce matin, ne vient pas en juge, il ne vient pas avec ses grands sabots pour nous écraser. Il nous l’a prouvé depuis le matin où Adam a chuté et qu’Il est venu le chercher et savoir où il était.

 Ce matin, nous avons besoin de nous arrêter pour contempler longuement ce regard de Jésus, ce regard qui a eu des effets sur beaucoup d’apôtres et particulièrement sur Pierre quand il a renié Jésus et ces deux regards se sont croisés. Et la merveille c’est que, aujourd’hui, à qui l’Eglise a été remise ? Non pas à un intellectuel, mais à un pêcheur, à un homme qui l’a trahi : sois le berger… Dieu nous fait confiance mais nous, nous ne faisons pas confiance à Dieu, nous sommes trop sûrs de nous-mêmes et nous nous entourons d’assurance pour, soi-disant, sauver cette vie qui ne sera jamais sauvée par l’argent mais par ce sang qui coule à profusion du calvaire, de ce côté ouvert de Jésus et c’est ce sang qui nous rachètera, c’est ce sang qui nous donne la sécurité, c’est ce sang qui nous purifiera et nous libérera.

 Alors, mes frères, essayons de nous calmer, essayons ce matin de retrouver cette conciliation intérieure pour tout simplement contempler Jésus qui est un homme ouvert, pas un homme cloisonné, pas un complexé mais le vrai berger qui va à la recherche de la brebis égarée et combien de fois n’a-t-il pas eu des confrontations avec les scribes et les pharisiens qui sont en train de manigancer sa mort. Il n’a peur de personne, il est libre, sa vie ne s’appartient pas : voici que je viens pour faire ta volonté. A Gethsémani, il prouvera ce don de lui-même quand il dira : Père, si possible, éloigne de moi ce calice mais que ma volonté ne soit pas faite. Il déménage pour aller chercher celle qui est perdue et, dans cette salle, où il y a ce pharisien Simon qui l’a invité, Jésus prend place et n’a pas peur de démasquer l’hypocrisie des ces hommes qui sont en train d’appesantir ce peuple avec des lois qu’ils sont incapables eux-mêmes de mettre en pratique.

 Est-ce qu’il ne faut pas alerter celui qui se croit en bonne santé alors qu’il est atteint d’une grave maladie ? Avec virulence, Jésus aura le courage de secouer ses hôtes pour leur ouvrir les yeux et leur faire comprendre ce qui est essentiel. Alors entrons dans cette salle avec beaucoup de discrétion, avec un cœur ouvert comme le cœur de Jésus pour observer et voir ce qui va se passer. Jésus est là, paisiblement, calmement, dans la confiance et l’abandon et voilà que cette femme qui entre en trombe franchit la porte. Oh ! quel scandale ! Une pécheresse qui entre chez un pharisien, qui se croit pur et qui croit avoir des droits sur Dieu. Jésus ne dit mot. Il observe, il regarde l’attitude de cet homme. Il va dans la profondeur de l’âme de ce pharisien voir toute la hargne, le mépris, la haine et ceci nous arrive quand nous croyons que nous sommes de bons chrétiens parce que nous communions, nous passons notre chapelet, nous recevons des révélations et nous avons droit de dire et de faire ceci ou cela en oubliant l’essentiel : aimer, toujours aimer, en fixant notre regard sur la croix pour apprendre ce qu’est la petitesse, l’abandon, comme Jésus nous le démontre.

 Alors, voilà cette femme qui se jette aux pieds de Jésus. Le trop-plein d’amour déborde à travers ce parfum, ce parfum qui déjà symbolise et parle de la Passion, de la mort de Jésus. Elle a beaucoup, beaucoup aimé et elle a cru à la profondeur de cet amour. Alors là, Jésus va dire à ce pharisien : Ecoute, Simon, si tu veux m’écouter, je vais te dire une chose à travers une parabole. Mais regardez la réponse que fait ce pharisien. C’est terrible quand le cœur n’est pas accordé à l’amour, c’est terrible de vivre en hypocrite et faire semblant qu’on aime et qu’on est ouvert à l’autre. Et qu’est-ce que Simon va répondre ? Il dit : je suppose... Comment tu vas supposer ? Tu ne te rends pas compte de ce qui se passe, tu es aveugle, tu es sourd, tu refuses de comprendre. Le cœur est tellement sclérosé que tu ne veux pas rentrer dans la miséricorde. Et Jésus, calmement, va redire à cet homme : Ecoute, tu vois cette femme. Eh bien, je suis venu chez toi, tu n’as pas accompli les règles de bienséance de la loi juive. La mienne, ma loi à moi, elle est l’amour, l’ouverture du cœur. Créer de l’espace, la liberté, pour permettre à l’autre de devenir quelqu’un. Celui à qui l’on pardonne peu montre peu d’amour.

 Si Simon avait appris par un regard qui va au-delà des apparences, il aurait compris la largeur du pardon et qui d’ailleurs est une grâce de l’Esprit Saint. On ne pardonne pas de n’importe quelle façon, il faut être propulsé par l’action de l’Esprit saint pour apprendre à pardonner. Alors, il dit à cette femme cette parole : tes péchés te sont pardonnés.

 Immédiatement, une réaction au cœur de la foule : qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés ?

 Et c’est la question qui vous est posée à vous, frères et sœurs qui m’écoutez ce matin. Qui est cet homme dans votre vie ? Pourquoi vous êtes là ce matin ? Que cherchez-vous ? Est-ce une obligation ? Est-ce la peur de l’enfer ? ou est-ce que vous voulez vous donner une bonne conscience en essayant de jouer au pharisien, pharisienne, dans une posture qui donnerait l’impression que vous êtes à l’écoute ? Mais vous êtes beaucoup plus à l’écoute de vos intérêts personnels, de vos problèmes que d’être à l’écoute de celui qui a tant de choses à nous dire ?

 Qui est cet homme ? Voilà la question fondamentale qui doit bouleverser notre vie et nous amener, ce matin, à nous presser autour de Jésus pour qu’il répande sur chacun de nous, sur nos blessures, nos frustrations, nos aliénations, le baume de la miséricorde pour que nous soyons renouvelés de fond en comble, pour que nous soyons vrais avec nous-mêmes, avec les autres et avec notre environnement.

 Qui est cet homme ? Essayons humblement de recueillir cette parole. Si notre cœur est à l’unisson avec Dieu, si ce cœur palpite encore pour un plus grand désir de connaître Dieu, de savoir qui il est… Rappelons-nous Paul qui a vécu cette expérience bouleversante sur la route de Damas et qui dira : je ne veux rien savoir parmi vous… Connaître le Christ, pas n’importe lequel, le Christ, le Crucifié, le Ressuscité. Et ce matin, dans la deuxième lecture, que dit-il ? Ma vie présente, je la vis dans la foi au Christ qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Ce sont des expériences que nous devrions faire, nous qui avons été baptisés, confirmés, qui avons reçu l’onction sacerdotale et épiscopale. Qu’avons-nous fait de cette huile sainte de notre baptême, de notre confirmation ? Sclérosée ? Est-ce que nous allons bouger pour redonner à l’Eglise, à ce monde, un nouveau visage.

 C’est bien de nous voir en Eglise, mais ce serait fort intéressant de nous voir sur les places publiques pour crier notre joie d’avoir rencontré le Nazaréen. Regardez encore ce matin, dit l’évangile : ensuite, Il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement : la libération de l’homme et de la femme, la promotion de l’homme. L’homme est à faire et à construire. L’homme est un être et Jésus nous a laissé des critères dans l’Evangile de Jean. Il faut renaître de l’eau et de l’Esprit. Et voilà les témoignages de ces femmes qui sont renées au contact de Jésus, des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprit mauvais. Qui sont-elles ? Marie, appelée Madeleine, sept démons elle en avait. Mais toi, mon frère, ma sœur, qui est là, peux-tu compter les démons qui sont cachés dans ta vie et que tu es là dans une attitude expectative ou est-ce que tu vas ouvrir ton cœur dans une attitude pour être libéré de ces démons et, en retournant chez toi, tu apportes le sourire, la joie, le désir de la solidarité et non pas de l’individualité ? Jeanne, femme de Kousa, Intendant d’Hérode -et nous savons les actes d’Hérode-, Suzanne et beaucoup d’autres qui les servaient, en prenant sur leurs ressources. Voilà des femmes libérées. Est-ce que vous, moi, qui, qui sommes là ce matin, sommes-nous en attitude d’esclavage mental ou sommes-nous vraiment libérés de notre mental pour témoigner de notre foi et redire avec cette pécheresse : je n’ai pas d’autre bonheur que toi ; je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; Il est à ma droite et je prends sa main et je compte sur sa miséricorde parce que son cœur miséricordieux peut tout ! Que le nom du Seigneur soit béni, maintenant et à jamais, pour les siècles des siècles. Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 19 juin 2016
12ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Saint Paul nous dit que par le baptême nous appartenons au Christ. En sommes-nous convaincus ? Le Christ nous aime, il nous l’a dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Faisons-lui confiance pour tous nos problèmes. Il nous assure que le Père et lui-même prennent soin de nous.

Eh bien, demandons pardon au Seigneur pour tous nos manques de confiance en Lui.


Homélie : Dans l’évangile de ce jour, Jésus pose à ses apôtres cette question : « Pour vous, qui suis-je ?

C’est la question qu’il pose à chacun de nous aujourd’hui, c’est la question fondamentale qu’il me pose à moi, qu’il pose à chacun de nous, ici. À nous de lui répondre.

Qu’est ce qui fait le centre de ma vie : des futilités, du transitoire, ou de l’éternel ? Dieu et son Evangile ou bien les choses créées qui disparaîtront un jour, l’argent, le confort, la réussite, la domination, le plaisir.

« Là où est ton cœur, là aussi est ton trésor. », nous dit Jésus. Un trésor, c’est précieux. Jésus est-il mon trésor ? Est-il celui qui a la première place dans mon cœur, dans ma vie, celui qui donne sens à ma vie ? Est-ce à travers lui que je regarde toute personne, ma famille, et toute personne rencontrée, tout événement, toute chose ?

Jésus, dans les évangiles, nous affirme que Dieu nous aime et qu’il prend soin de nous. En sommes-nous vraiment convaincus, prêts à lui faire confiance ? C’est le préalable à toute question sur Dieu, sur Jésus.

Voici quelques réflexions qui peuvent nous aider à faire la lumière et répondre à cette question de Jésus : Pour vous qui suis-je ?

Le matin, quand je me lève, où vont d’abord mes pensées ? Si je suis marié, je vais sans doute dire bonjour à mon époux, à mon épouse, à mes enfants, puis ensuite, dans la journée, à ceux que je vais rencontrer  au travail. Je n’oublierai pas de saluer mon patron, si je le rencontre. Et Jésus, qui est mon Seigneur et mon Dieu, mon Créateur, est-ce que je suis prompt à le saluer, à faire chaque matin ma prière, dans un élan du cœur ? à lui confier ma journée, sûr de son amour ? Et le soir, de nouveau, est-ce que je sais lui dire merci pour la journée écoulée et lui demander pardon, s’il y a eu quelque chose de mal, d’égoïste. Il est miséricordieux, il aime pardonner. Laissons résonner dans notre cœur cette question : Pour vous, qui suis-je ?

L’époux, l’épouse, les enfants, ce sont des cadeaux de Dieu. Suis-je capable de rendre grâce à Dieu pour ces cadeaux, d’aimer Dieu à travers eux, malgré leurs défauts ?

Le petit enfant, dans son innocence, est un reflet de la gloire de Dieu. Suis-je capable de voir Dieu en lui et de m’en émerveiller ? de lui rendre grâce ?

Mon enfant, mes enfants viennent de Dieu, car c’est DIEU qui a créé leur âme. IL les a désirés de toute éternité, donc aimés de toute éternité si bien que leur être est assoiffé de Dieu, alors, ils ont besoin de leurs parents pour le leur faire découvrir. Leur avez-vous montré le crucifix, une icône de la Vierge illuminée d’une petite bougie. C’est dans leurs sentiments que ces êtres innocents comprennent le divin et peuvent parfois nous étonner, et même nous émerveiller par leurs réactions, leurs réflexions, car l’Esprit Saint a pleine liberté en eux pour agir. Ils sont sans péché, donc de plain pied avec le Seigneur.

Parents, croyez-vous à l’efficacité de la prière, surtout celle des enfants, particulièrement des petits enfants ? En 1947, la France a été sauvée de la domination communiste grâce à la prière de 4 enfants de l’Ile Bouchard à qui la Vierge est apparue. Si, dans toutes les familles chrétiennes, on priait une dizaine de chapelet avec les enfants même ceux de 4 ou 5 ans, ce serait une armée invincible, capable de transformer la vie d’une nation entière vers le bien et la prospérité. Dieu ne résiste pas à la prière des enfants innocents.

Mais pour prier, ils ont besoin de leur petit coin de prière et aussi de voir leur parents prier car l’enfant est un imitateur.

Aujourd’hui, dès la maternelle, il faut les protéger. Parents, vous avez un devoir de vigilance. C’est vous qui avez mission de les éduquer, et non l’Etat. Jésus et sa sainte Mère pleurent quand un enfant innocent est souillé. Avertissez-les progressivement sur les choses de la vie avant que les médias en parlent. Prévenez les pièges afin qu’ils restent purs d’âme et de corps. Des blessures d’enfance dans ce domaine peuvent gâcher toute une vie d’adulte.

Veillez à ce qu’ils regardent sur les jeux vidéo, et quand, plus grands, ils ont accès à l’internet. C’est Jésus qui vous le demande.

Mamans, dans vos maisons, vous aimez accrocher au mur des photos souvenirs, des photos de famille, de vos parents, de vos épousailles, de vos enfants; enfin de tout ce qui vous est cher. Jésus a-t-il sa place lui aussi, ainsi que sa sainte Mère ? Le crucifix est-il à la place d’honneur ? car il sera là pour nous rappeler de porter nos croix avec Lui. « Loin des yeux, loin du cœur » dit un proverbe. Et l’image parle au cœur des enfants.

Je me souviens d’un fait. C’était en 1940, j’avais 8 ans. À l’arrivée de l’occupation allemande, les gens de ma commune avaient peur. Mes parents nous ont donc envoyés, mes frères et sœurs et moi, à la campagne chez nos grands parents. Dans ma petite valise, j’ai réclamé à ma mère le beau crucifix de la salle à manger. Cela me paraissait important d’avoir Jésus avec moi. Ma mère a accédé à mes désirs. Je l’en remercie.

Parents, avez-vous fait comprendre à vos enfants que la première communion, la profession de foi, ce n’est pas la fin de la vie chrétienne, mais au contraire un nouveau départ pour témoigner de Jésus. Mais cela ne leur paraîtra vrai que si vous-mêmes leur donner l’exemple. C’est ainsi qu’ils comprendront qui est Jésus pour vous.

Si j’ai insisté sur la formation chrétienne des enfants, c’est parce qu’ils sont l’avenir de l’Église, l’avenir du monde. Votre exemple, parents ou grands-parents chrétiens convaincus, voilà ce qui est le plus efficace pour eux, témoigner de Jésus. Mais ce n’est pas toujours facile, il faut en prendre les moyens.

Chaque jour, sans doute, vous regardez le journal pour vous informer de la politique, ou la télévision, pour vous informer des nouvelles du monde, et peut être aussi des décès ? Beaucoup regardent le journal télévisé.

Prenez-vous aussi le temps de regarder, de lire la Bonne Nouvelle de Jésus : son évangile, car la parole de Dieu est vivante et efficace. C’est elle qui redresse notre façon de penser. C’est une force pour tout croyant, nous assure saint Paul.

Si l’on vous a offensé, savez-vous pardonner ? Celui qui sait pardonner peut dire en toute vérité le Notre Père. Savoir pardonner, c’est une grande grâce à demander au Seigneur, et donner le pardon est aussi une autre grande grâce. Il n’y a que l’orgueilleux qui ne sait jamais demander pardon. C’est une grande sagesse que savoir se demander pardon mutuellement entre époux ; et si les parents savent aussi parfois et, à bon escient, demander pardon à leurs enfants, l’affection que ceux-ci leur portent ne pourra que grandir.

Chaque jour, nous faisons notre toilette, celle du corps. Et pour celle de l’âme, qu’en est-il ? Il ne suffit pas de nettoyer l’extérieur, il faut aussi nettoyer l’intérieur. C’est ce qui se fait dans le sacrement de la confession où Jésus nous lave avec le sang qu’il a versé sur la croix. Dieu aime nous pardonner. Mais il faut de l’humilité pour se confesser. Le démon qui est noyé dans une goutte d’humilité a horreur de ce sacrement et fait tout pour nous en détourner.

Chaque jour, nous prenons trois repas pour refaire nos forces, sinon nous serions incapables d’accomplir notre travail. Jésus, lui aussi, nous offre son corps à manger pour nous renouveler dans notre foi et notre amour, pour nous rendre forts devant la tentation. Quelle est l’importance d’une communion dans notre vie ? Une communion, ça se prépare. En avons-nous le désir ? Notre présence à la messe est-elle attentive pour écouter la Parole de Dieu, chanter avec foi, prier sincèrement ? Puis, quand nous avons reçu Jésus dans notre cœur, combien de temps lui donnons-nous pour lui dire notre amour, notre volonté de le suivre, lui demander ses grâces ? Il vient à nous, les bras chargés de grâces; mais si nous n’avons rien à lui dire il repartira tout triste avec ses grâces.

Dans la journée, dans le travail, suis-je témoin de Jésus par mon souci de vérité, de justice. Est-ce que je sais compter sur Jésus pour m’aider à résoudre mes problèmes difficiles ou bien est-ce que je ne compte que sur moi-même, pensant que cela n’intéresse pas Jésus ?

Toutes ces interrogations sont pour nous poser la question de Jésus : Pour vous, qui suis-je ?

« La misère la plus dangereuse, cause de toutes les autres, nous dit le pape François, c’est l’absence de Dieu, la présomption que l’on a de tout faire sans Lui. » (23/12/2014) Amen.



RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 26 juin 2016
13ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Nous avons bien des intentions à porter dans notre prière : les nouveaux prêtres ordonnés hier à Evron, Jimmy Coueffé qui sera ordonné cet après-midi à la cathédrale, le voyage apostolique du pape François en Arménie, le concile panorthodoxe, qui, je crois, est le premier concile orthodoxe depuis la  séparation de l’Orient et de l’Occident ; c’est vraiment un événement ; je crois qu’il est important de vraiment appeler l’Esprit Saint sur ce concile car si l’Esprit Saint agit, il agira pour l’unité des chrétiens ; il faut que la charité grandisse dans les cœurs, donc c’est important que nous prenions cette intention dans notre prière. Et puis, il y a toutes les intentions personnelles que nous portons pour les vivants et les défunts.

 Nous chantions : « un homme au cœur de feu qui est venu du Père et qui retourne à Lui, Jésus, le Premier-né. » Oui, c’est Jésus dont le cœur est tout enflammé pour son Père et qui retourne au Père librement, qui se détermine totalement pour son Père et nous sommes invités à entrer nous aussi dans ce même chemin, et chaque Eucharistie nous fait vivre ce chemin, nous tend vers le Père et nous tend vers le retour en gloire de Jésus. Eh bien, vivons cette Eucharistie, voilà, avec ce grand désir intérieur, cette grande détermination. Et au seuil de cette Eucharistie, demandons au Seigneur son pardon pour toutes les fois où notre cœur est divisé, où notre cœur est partagé, fait d’autres choix que ce choix essentiel.


Homélie : La vie du chrétien est une vie de liberté ; et la vie du chrétien c’est une vie dans le Christ. Le Christ nous a libérés par sa mort et par sa résurrection. Il nous a libérés en nous faisant le don de sa vie et de son Esprit Saint. Et saint Paul nous dit : « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés ».

 C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Mais qu’est-ce que cette liberté ? et de quel esclavage le Christ nous a-t-il libérés ?

 Le Christ nous a libérés et il nous libère encore (par le sacrement de réconciliation, par les prières de délivrance) et il nous libère de l’esclavage de nous-mêmes. Nous pouvons devenir esclave de nous-mêmes, de nos passions que nous ne contrôlons plus mais qui nous mènent : toutes ces dépendances affectives, alimentaires, à l’alcool, à la drogue, au sexe, au jeu, à internet, aux jeux vidéo, etc.

 Le Christ nous a libérés et il nous libère encore de l’esclavage du démon qui prend peu à peu possession de nous, un peu comme un virus informatique qui peu à peu infecte tous les fichiers, le démon prend possession de nous lorsque nous lui ouvrons la porte.

 Cet esclavage aux passions ou aux démons nous replie sur nous-mêmes, nous isole, nous fait vivre dans une terrible solitude intérieure, même si, en même temps, nous faisons tout pour vivre des relations riches et gratifiantes. On vit cette contradiction en nous-mêmes, dans notre cœur.

 « Vous avez été appelés à la liberté », nous dit Saint Paul. Alors, quelle est cette liberté ? qu’est-ce que vivre libre ? Vivre libre, c’est vivre de la liberté de Celui qui nous libère. Vivre libre, c’est donc vivre en relation avec celui qui nous libère. On ne peut pas être libre tout seul. Ça c’est une illusion. L’idéologie de mai 68, c’est ça justement ; c’est cette illusion, pouvoir se construire par soi-même, être libre tout seul, eh bien, ça nous détruit au contraire, ça détruit la société, on le voit sous nos yeux tous les jours.

 « Le Christ est mort pour tous, nous dit saint Paul, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur Lui qui est mort et ressuscité pour eux. » Voilà !

 Vivre libre, c’est donc vivre centré sur le Christ qui nous libère de notre égocentrisme, de nos passions et des démons.

 Vivre libre nous décentre donc de nous-mêmes et nous centre sur le Christ, vivre libre nous ouvre sur les autres dans une relation d’amour, cet amour qui n’est autre que l’Esprit Saint qui fait notre bonheur et notre joie.

 Vivre libre, c’est donc « marcher sous la conduite de l’Esprit », comme nous disait encore saint Paul, c’est vivre porté par l’Esprit Saint. Et marcher sous la conduite de l’Esprit Saint nous prémunit de satisfaire aux convoitises de la chair, c’est-à-dire de revenir à notre égocentrisme et à l’esclavage de nos passions et des démons.

 Ce qui veut dire qu’il y a un combat, -un affrontement-, nous disait saint Paul, entre la chair (c’est-à-dire notre égocentrisme) et l’Esprit-Saint, combat entre la chair et l’Esprit Saint, car, d’une part, nous ne sommes pas convertis à 100%, et, d’autre part, le démon ne s’avoue pas vaincu et ne cesse de vouloir réinvestir la place.

 Si le chrétien n’est pas dispensé du combat spirituel, le Christ est monté le premier au combat. Et l’évangile de ce jour nous montre précisément Jésus qui monte au combat : « Jésus, le visage déterminé, nous dit saint Luc, prit la route de Jérusalem. » L’agonie de Jésus commence ici. Car le mot agonie veut dire « combat ». Et pourquoi Jésus prend-il la route de Jérusalem ? pour être enlevé, et c’est par la croix qu’il est enlevé. Et Jésus monte à Jérusalem pour y subir sa passion et pour y mourir. Jésus le sait, et il est déterminé ; littéralement : « il affermit son visage ». On dirait aujourd’hui : il serra les dents ! Et ce combat, nous l’avons vu, commence par ce refus des Samaritains de le recevoir : « le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête ».

 Dans ce contexte, suivre Jésus, ce n’est pas aller faire une partie de pêche ! C’est ce que Jésus veut faire comprendre à ceux qui se proposent de le suivre. Suivre Jésus, cela suppose, suivre Jésus suppose non seulement de se tourner vers lui, mais de le mettre à la première place.

 Ceux qui disent : « Seigneur, permets d’aller d’abord enterrer mon père » ou « laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison » inversent l’ordre des commandements.

 En disant : « laisse-moi d’abord », ils mettent l’amour du prochain avant l’amour de Dieu. Or Jésus a bien rappelé que l’amour du « Seigneur ton Dieu » est le premier et le plus grand commandement (cf Mt 22, 37-39). Le second lui est semblable. Il y a un premier, ce qui veut dire que c’est à l’intérieur de l’amour de Dieu que nous pouvons aimer notre prochain d’une manière ajustée.

 Mais voilà ! Je viens de terminer mon année scolaire, donc j’ai prévu le planning de mes vacances et à la mi-septembre, eh bien, je retrouverai Dieu… après. Et le dimanche, eh bien, d’abord me reposer, d’abord faire mon entraînement, d’abord me consacrer à ma famille, mes enfants, à mes amis, mes loisirs, etc. puis après, s’il reste du temps, j’irai à la messe !

 Oui, notre liberté se joue dans nos choix et dans les combats que ces choix supposent.

 Eh bien, que la Parole de Dieu éclaire et fortifie notre liberté, que Jésus garde notre liberté et que l’Esprit Saint la mène à son accomplissement pour que nous puissions vraiment mettre le Seigneur à la première place dans notre vie et ensuite aimer notre prochain comme nous-mêmes. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE Père JEAN-LUC ROBLIN, curé de notre Paroisse Saint-Pierre-du-Maine
Le 3 juillet 2016
14ème Dimanche du Temps Ordinaire C  et jubilé sacerdotal (25 ans) de
Frère Marie-Jean et des Pères Jean-Luc Roblin, Jean-Marie Véron, et Raymond Julliot


 La liturgie de ce Dimanche fait écho à l’anniversaire de nos ordinations que nous célébrons tous ensemble. Nous sommes tous, de par notre baptême, appelés et envoyés. Jésus appelle et envoie ses disciples deux par deux. Deux par deux, c’est le début de la communauté et de l’Eglise missionnaire. Les soixante-douze sont appelés et envoyés. Leur feuille de route est simple : prier, se laisser accueillir et vivre avec les gens, être messagers de la paix, guérir les personnes malades.

 Le retour de la mission a, lui aussi, son importance. Il permet de se retrouver avec Jésus et relire ce qui a été vécu. Mission donnée, mission reçue, mission relue avec des frères et en communauté. Vivre ainsi la mission avec Jésus présent au milieu d’eux est source d’unité et de joie !

 Les disciples sont heureux de la mission accomplie. Qu’en est-il pour nous, Raymond, Jean-Marie, Frère Marie-Jean ? Sommes-nous habités par la joie ? Mais c’est vrai aussi pour chacun d’entre nous. Au cours d’une retraite, l’an passé, le prédicateur nous disait : le bonheur est l’art de se réjouir, de savoir s’émerveiller, de voir d’abord le positif dans l’autre. Il ajoutait ceci : l’avenir est à l’encouragement, au respect et à l’acceptation des différences. Plutôt que de se plaindre tout le temps, donnons des paroles valorisantes.

 Il y a 25 ans, lorsque Mgr Billé nous a ordonné prêtre, nous étions encore nombreux dans le presbyterium. Nous avons eu le bonheur d’être accueillis par des frères prêtres qui nous ont encouragés. Merci, Frère Marie-Jean, pour ta communauté qui a toujours su nous accueillir. Aujourd’hui, nous sommes un petit nombre de prêtres réuni autour de notre évêque. Nous avons accueilli la Communauté Saint-Martin, des prêtres venus d’Afrique, de l’Inde. Un nouveau défi s’ouvre à nous…, celui de vivre ensemble, avec nos différences, sans oublier nos frères prêtres aînés.

 Le Père Luc aime bien reprendre mon expression : il faut aimer le prêtre. L’autre prêtre, c’est un frère. On a en commun ce ministère qui nous est confié. La fraternité vécue entre nous est appelante. Elle suscitera des vocations. Merci, Vincent, Pierre et Thomas, vous qui êtes séminaristes. Merci, Frère Jean, pour votre engagement dans cette communauté.

 Mais, en ce jour, nous devons rendre grâce pour nos familles, nos amis, et tous les fidèles de nos paroisses. Depuis 25 ans, c’est une joie pour moi de collaborer avec les laïcs, les diacres, d’appeler, d’accompagner, de faire confiance, d’encourager, de savoir perdre une idée. Je suis témoin de riches partages dans les Mouvements que j’accompagne : l’A.C.I., l’A.C.O., la Fraternité chrétienne des personnes malades et handicapées, les E.D.C. (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens). Dans ces équipes, des hommes et des femmes relisent leur vie familiale et professionnelle à la lumière de l’Evangile. Ces temps de relecture nourrissent ma vie de prêtre. Ils nourrissent ma vie de prière.

 Voilà ce qui anime notre vie de prêtre : annoncer un Dieu qui se fait l’hôte intérieur, qui frappe à la porte de notre cœur pour s’inviter à dîner, lui le Migrant de l’amour. J’aime ce visage de Dieu et ce visage de toute pastorale qui nous invite à accueillir le Christ et toute personne dans notre maison intérieure.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE OMER
Le 10 juillet 2016
15ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Frères et sœurs nous sommes heureux de vous accueillir en ce 15ème Dimanche du Temps Ordinaire. Nous avons la joie d’avoir dans notre assemblée un groupe de partage de l’Evangile qui vient du Lion d’Angers. Bienvenue à vous ! Bienvenue à vous aussi les animateurs et bénévoles de la session (des familles) « Marie Espérance » qui commence dès cet après-midi. C’est l’occasion pour nous de porter en prière toutes ces activités d’été

 Il est bon de prendre du temps pour soi et il est si bon aussi d’être avec le Seigneur. Au début de notre Eucharistie, reconnaissons-nous comme pécheurs et demandons humblement pardon à notre Dieu.


Homélie : Frères et sœurs, Depuis quelques jours nous avons à table des moquoiseaux, des espèces de cerises blanches qui nous rappellent que nous sommes en été du moins par le goût et par la saveur mais cela ne doit pas nous faire oublier le plus important : l’Amour de Dieu. Les lectures de ce jour nous font entrer profondément dans cet amour de Dieu.

 La première lecture que nous avons entendue nous fait comprendre que la Parole de Dieu est là pour instruire notre cœur, pour que notre cœur soit disposé à recevoir cet amour qui nous est donné et cet amour qui nous est donné prend forme et visage en la personne de Jésus-Christ. C’est ainsi que nous avons pu entendre dans la 2ème lecture tout ce qui concerne Jésus. On le présente comme le Premier-né, celui qui était au commencement et celui par qui nous avons été rachetés, ce Sang qu’il a versé sur la croix. Et nous aussi, habités de la présence de Dieu, nous sommes appelés à vivre de l’Amour de Dieu qui se manifeste par sa grande miséricorde, c’est ainsi que nous pouvons bien entendre cet évangile qui est à la fois riche de symboles et de réalités pour nous. La preuve : le logo qui sert pour cette année de la divine miséricorde s’inspire de la parabole du bon Samaritain.

 De quoi s’agit-il ? Dans cet évangile, on nous présente un docteur de la Loi, c’est-à-dire quelqu’un qui jour et nuit rumine la Parole de Dieu, qui connaît la Parole de Dieu, voilà pourquoi il est capable à la question de Jésus Christ : qu’est-il écrit dans la Loi ? Il est capable de faire une synthèse entre deux livres de l’Ancien Testament. Il nous dit : « aimer Dieu de tout son cœur, de toutes ses forces », ce qu’on appelle habituellement le « Shema, Israël », et à cela, il accole un passage du Lévitique qui dit : « aimer son prochain comme soi-même ». Celui qui a été capable de réunir ces deux amours : « l’amour de Dieu et l’amour du prochain », c’est Jésus-Christ et il l’a manifesté à travers la Croix. Lorsque nous voyons les deux barres de la croix, la croix verticale et horizontale, nous pouvons aisément comprendre que Jésus nous entraîne dans cet amour du Père, aimer Dieu le Père et aimer son prochain comme soi-même. Mais on peut se poser la question : qui est mon prochain ? ou plutôt si on regarde le sens littéral de cette parabole, de qui suis-je le prochain ? Si on se pose cette question : de qui suis-je le prochain ? nous pouvons comprendre que la première personne qui est notre prochain, c’est-à-dire capable de nous aimer totalement sans condition et panser nos blessures avec l’huile de la miséricorde et ce vin qui cicatrise, c’est Jésus-Christ en la personne du bon Samaritain.       

 Jésus-Christ est notre prochain, qui se fait proche de nous. Il n’est plus notre voisin, il n’est plus celui qui est à côté de nous, mais il est notre prochain, l’hôte intérieur. Lorsque nous prenons conscience de la présence du Christ en nous, forcément nous sommes appelés à avoir des attitudes intérieures. Depuis le mercredi, avec les animateurs, on s’est donné un mot d’ordre pour pouvoir bien vivre la session Marie Espérance : le S.A.D., souplesse, adaptation et douceur. Ces attitudes, si nous les faisons siennes, nous sommes capables de reconnaître le vrai visage de l’hôte qui habite en nous et nous sommes capables de le communiquer aux autres. L’Amour de Dieu, cet amour, si nous en vivons profondément au fond de notre cœur et tout au long de notre vie, nous devenons un autre Christ pour le prochain, c’est-à-dire capables de montrer cet amour de Dieu pour le prochain et l’amour que nous devons avoir entre nous.

 Voilà l’essentiel de la méditation qui nous est proposée en ce 15ème dimanche du temps ordinaire et dont nous avons à vivre durant cet été et cela passe par des œuvres de miséricorde telles que le Pape nous les a enseignées. Il y en a 14 : 7 spirituelles et 7 corporelles. Si nous essayons de vivre une œuvre pendant cet été nous avons déjà gagné en faisant avancer le Règne de Dieu parmi nous dans notre époque et pendant ces vacances.

 Nous pourrons prier surtout pour la France et l’Europe puisque demain c’est la saint Benoît, saint patron de l’Europe et nous savons ce que nous vivons dans ces temps-ci. C’est l’occasion pour nous, de par notre prière, qui est aussi une œuvre de miséricorde, de pouvoir faire avancer le Règne du Christ. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 17 juillet 2016
16ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie :  Jour d’allégresse et jour de joie ! nous venons de chanter avec notre âme la gloire du Seigneur et notre bonheur d’être rassemblés par Lui. Nous venons de vivre pendant ces 8 jours une semaine de joie familiale avec « Marie-Espérance » dont le thème est : « Renouvelés dans la Miséricorde du Père ». La joie de la foi se lit sur les visages, notamment sur les visages des enfants, les enfants qui, cette semaine, ont vécu sous la lumière de Dieu, d’abord par l’ouverture de leurs mains, de leur cœur, en se mettant au service les uns des autres. Donne tes mains pour servir, donne ton cœur pour aimer. Tes mains pour servir, ton cœur pour aimer, ils l’ont traduit dans la fabrication de mosaïques qui représentent les symboles de la miséricorde à travers des mosaïques qui seront apportées à la procession des offrandes, au moment de l’offertoire. Voilà notre offertoire : nos cœurs, nos mains, notre joie, car le Seigneur lui-même, aujourd’hui, vient nous visiter particulièrement à travers ces lectures.

Une synthèse de ce que le Seigneur veut nous dire aujourd’hui, c’est ce tableau que vous avez devant vous. Si vous contemplez ce tableau, vous aurez tout compris.

 Eh bien, laissons-nous reposer sur le cœur du Christ, un cœur brûlant et accueillons son amour, l’amour de sa miséricorde.

 Nous avons aussi la joie d’accueillir aujourd’hui des prêtres : le Père Charles, qui est prêtre d’une communauté proche d’ici : Marie Reine, le Père Joël-Marie qui est originaire du diocèse, voilà, qui est dans la Communauté de la Croix glorieuse, dans le sud de la France ; le Père Georges-Henri que nous connaissons bien, qui est chapelain à Sainte Anne d’Auray, et le Père Marc qui nous vient du diocèse de Quimper, il est exorciste. Voilà.

 Eh bien, tous, d’un seul cœur, d’une seule âme chantons la Miséricorde du Seigneur en confessant notre amour dans le pardon.


Homélie : Chers Frères et sœurs, Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous place devant ce que nous vivons habituellement comme un dilemme, le syndrome de Marthe et de Marie, une tension entre être actif et être contemplatif, une opposition entre la vie de la nature et la vie de l’esprit. Deux exemples peuvent nous aider à réconcilier cette apparente opposition, car saint Paul nous invite à prendre ce chemin de la perfection dans le Christ.

Avez-vous observé un aimant ? J’entends par aimant, une pièce métallique. Lorsque vous placez un aimant au-dessus d’une table où il y a des objets métalliques, qu’est-ce qui se passe ? Ça crée du mouvement, les choses ne restent pas en place. Ça bouge très vite. L’aimant est attractif, il aspire, il attire et en même temps il retourne le métal pour le mettre en phase. Jésus lui aussi est un aimant. Un aimant, c’est-à-dire qu’il est habité par un amour divin, puissant qui attire et cet aimant a un effet particulier par sa miséricorde qui nous renverse en nous remettant en phase d’amour et de pardon.

 Quand on contemple la scène de la première lecture dans l’Ancien testament, Abraham est installé sous sa tente, il fait la sieste, il dort… enfin tout le monde dort, il fait chaud, c’est l’été et c’est le désert près de Mambré. Il dort. Tout d’un coup, arrivent trois visiteurs. On nous expliquera que c’est Dieu. Quand Dieu arrive tout d’un coup, qu’est-ce qui se passe ? Ce n’est pas la panique, mais ça se réveille, ça bouge. Abraham se lève, il court, va à leur rencontre, les invite à s’arrêter chez lui, il demande à Sara de filer au fourneau confectionner des gâteaux, il envoie ses serviteurs à la boucherie apprêter un veau, et lui-même il court à l’étable prendre du laitage. Avec tout cela, il revient vers les trois visiteurs, eux, n’ont pas bougé, ils sont restés là, à attendre patiemment.

 La conséquence de la visitation et de l’hospitalité empressée, de s’être bougé est une bénédiction, et la bénédiction est une ouverture à la vie.

Dans l’évangile, c’est la même chose. Quelle est la cause de l’agitation de Marthe qui recherche un pôle d’attraction, l’ordre des choses? C’est Jésus. Quelle est la cause de l’attention, de l’attitude assise de Marie ? C’est Jésus. C’est toujours Jésus. C’est l’amour. C’est cela, l’amour de la vie. Marthe et Marie sont deux sœurs.

Le service et la contemplation sont deux sœurs, deux sœurs qui sont faites pour vivre et marcher ensemble, complémentaires, ce n’est pas l’une contre l’autre, ça doit aller ensemble. Alors nous, nous avons tendance à séparer et à opposer.

Prenons un deuxième exemple concret. Une roue de vélo. Ca parlera aux jeunes du mini camp vélo. Une roue ça tourne, et ça tourne autour de quoi ? d’un axe. S’il n’y avait pas d’axe, ça ne pourrait pas tourner. Il faut un axe. Simplement, quand ça tourne, entre ce qui est près de l’axe et l’extérieur de la roue, il y a une certaine distance, eh bien l’extérieur pour faire un tour, parcourt une plus grande distance, tandis que ce qui se trouve plus près de l’axe tourne aussi vite et dans le même temps pour un mouvement bien différent. Ca, on comprend ça.

Or l’axe de nos vies c’est Jésus, c’est stable, on a l’impression qu’il ne bouge pas. C’est comme quand il est chez Marthe et Marie, il est assis. Il ne bouge pas, il est l’aimant, l’amour, et sa présence met en mouvement. C’est drôle, mais c’est comme ça. Et Marie, où se situe-t-elle? Nous la découvrons près de l’axe. Et Marthe, où est-elle ? On dirait que Marthe, Marthe est à l’extrémité, en périphérie, elle tourne autour, le mouvement est forcément plus important. Quand on est à l’extrémité de l’axe, l’agitation est forcément plus importante, car plus éloignée.

La périphérie de la roue d’un vélo d’un enfant de cinq ans est évidemment plus près de l’axe, du centre ; l’enfant ne fait pas trop la distinction entre l’axe et l’extérieur puisqu’il est encore assez près. L’enfant étant naturellement plus proche de l’axe, c’est-à-dire naturellement plus proche de Dieu, si on ne l’en écarte pas.

Nos grands jeunes du mini camp vélo utilisent des vélos avec des roues qui ont un diamètre deux fois supérieur dont la périphérie est beaucoup plus éloignée de l’axe avec un développement plus grand. Sont-ils pour autant moins proches de Dieu ? Tout dépend où se situe leur centre de gravité : est-ce l’axe ou l’extérieur de la roue, le lieu du frottement, de l’usure sur le bitume, la terre, la pierre ? Autrement dit, pour nous, où se trouve notre cœur ? Près de l’axe ou bien en périphérie ? Or si nous vivons à l’extérieur de nous-mêmes sans intériorité, assez loin de l’axe, en voulant inconsciemment ignorer l’axe, eh bien, que va-t-il se passer ? Nous sommes pris dans le vertige de la vitesse et nous en prenons plein la figure.

 Au fond, ce n’est pas le fait d’être loin qui est important, c’est le fait d’être rattaché à l’axe, d’être axé. Il faut vivre au niveau de son cœur, là où il y a la présence du Seigneur en nous pour rouler loin, longtemps, à l’abri de l’usure du temps, et nous prendrons les coups de la vie avec le recul qui permet la distance entre le cœur et l’extérieur de nous-mêmes, et ça ira beaucoup mieux, et sur le visage ça va respirer quelque part, il y aura une paix, je crois que c’est ça. C’est ça que veut nous dire le Seigneur dans l’évangile, il faut unir les deux, ne pas séparer.

 L’essentiel qu’il faut unir en nous est à la fois l’action et la contemplation, ces deux sœurs comme Marthe et Marie. Elles sont nécessaires. L’action est nécessaire, simplement la prière est essentielle. Voilà ce qui nous est demandé : unifier en nous le travail et la prière. La prière est une relation. Prière familiale, communautaire, personnelle, il faut unir tout cela de façon à mettre la prière dans le travail et son travail dans la prière afin que toute notre vie ne soit plus qu’une prière et que notre prière soit notre travail. Ça va ?

 Vous savez, nous sommes des Chanoines Réguliers dont la vie doit être ardemment active et résolument contemplative. C’est la tension. Le Chanoine a donc une âme de moine, en ce sens nous avons une double étymologie : l’étymologie latine et l’étymologie grecque. Si vous prenez l’étymologie latine, cela viendrait du mot « unus » : « un », cela veut dire unifié, unifié, autrement dit unifiant. Si vous êtes à côté de quelqu’un qui ne vous donne pas la paix, qui n’est pas unifiant, lui-même n’a pas la paix en lui, il n’est pas unifié ; s’il vous raconte les malheurs du monde, c’est qu’il n’est pas unifiant. Nous le voyons suffisamment dans le monde, on n’a pas besoin d’en rajouter.

 S’il vous apporte la paix, la joie, eh bien, il a quelque chose de vrai et c’est ce que vous êtes venus chercher. Donc « Unus », unifier, c’est ça.

L’autre étymologie du Chanoine en son âme de moine, l’étymologie grecque vient de monos, « monos » ça veut dire seul. Mais attention, ce n’est pas seul, tout seul. C’est seul avec le Seul avec un grand S ; seul en face du Seul, c’est plus que seul, ça fait deux, ça fait une relation, une relation, un face à face, un cœur à cœur.

 Eh bien, soyons Marthe et Marie, et saint Augustin dit que ceux qui vivent en commun de manière à ne faire qu’un deviennent une seule âme et un seul cœur, ils sont unifiés et unifiants. C’est ce que nous avons vécu cette semaine et que le tableau veut nous dire. Il y a plein d’activité dans le tableau, ça bouge : un cœur de feu et il y a quelqu’un qui est en activité, tendu vers.

 Unifier, ça veut pas dire égaliser mais cela n’empêche pas de hiérarchiser. Unir n’est pas amalgamer. L’action est nécessaire dans le temps pour fonder ce qui est essentiel et pour l’éternité. La meilleure part n’est pas la plus spontanée, ni la plus courante, ni la plus attirante, la meilleure part c’est notre part d’amour partagé. C’est cela.

Eh bien, regardons Marie. Marie, qu’est-ce qu’elle a fait pendant trente ans, Marie, la maman de Jésus ? Elle a lavé des couches quand Jésus était petit, c’est ce qu’ont fait les personnes à la garderie, c’est ce que font les mamans, elle a fait la cuisine, le ménage, c’est ce qu’ont fait nos bénévoles, elle est allée à la fontaine, elle est allée chercher de l’eau… elle a bossé. Elle a bossé toute sa vie. Elle ne s’est pas occupée que de Jésus, je ne crois pas. Dans le village, il y a aussi de la misère, il y avait des besoins. Elle ne s’est pas enfermée dans une Bible, elle n’en n’avait pas ! Mais, elle avait la Parole, la parole c’est la vie, et ça se traduit concrètement dans les œuvres de miséricorde : faire le ménage, s’occuper des petits, s’occuper des groupes d’enfants, c’est ce qu’ont fait nos grands jeunes, des choses simples et humbles et qui donnent de la joie au cœur.

Jésus, pendant trente ans, n’a pas causé, il a bossé. Il a fait la joie de sa mère, de saint Joseph et des personnes qu’il a servies. Pendant trois ans, bien sûr, il a prêché, mais il avait quand même trente ans d’expérience derrière lui. C’est ça se mettre au service les uns des autres pour donner la joie, la paix, le rayonnement, l’amour.

 Pour conclure. Eh bien, revenons et recevons cet amour de Dieu qui fait bouger comme l’aimant. Et quand il fait bouger, quand il vient en nous, forcément ça remue, ça crée un peu de mouvement et c’est très bon, il en faut. Eh bien, accueillons le Seigneur dans son Eucharistie qui vient en nous comme un feu. Il vient nous apporter l’Esprit Saint, et s’il y en un qui met le feu, qui met l’amour, qui réchauffe, qui fait le liant, c’est bien Lui. Eh bien, accueillons l’Esprit Saint dans l’Eucharistie et vivons la communion les uns avec les autres dans la joie, la paix et la miséricorde.

Eh bien, que votre joie soit votre foi. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 24 juillet 2016
17ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie par le Père Bernard Venot (du diocèse de Laval) : Nous allons ensemble célébrer cette action de grâce, le Seigneur a tant de choses à nous offrir et nous ne savons pas toujours lui dire merci. Nous accueillons aussi tout particulièrement donc les scouts et guides de France de Sablé et d’Ernée. Soyez donc tous les bienvenus. Et nous entrons dans cette célébration en ouvrant notre cœur largement pour accueillir la miséricorde de Dieu.


Homélie de Frère Philippe-Marie : A mon tour, je souhaite la bienvenue au Père Bernard Venot, et sa venue est providentielle puisque tous nos autres frères prêtres sont partis soit en remplacement en paroisse soit aux JMJ.

 En ce temps des vacances où nous en profitons pour faire relâche et nous libérer des tensions de l’année écoulée, les lectures de ce dimanche attirent notre attention sur la prière.

 Je remarque que bien souvent la prière est mise à mal dans la vie des catholiques durant le temps des vacances. Alors qu’on n’est plus tenu par les contraintes de la vie professionnelle et de nos diverses obligations on trouve encore moins de temps pour prier !...

 Dans l’évangile que nous venons d’entendre, saint Luc relate que « Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : "Seigneur, apprends-nous à prier. " »

 Remarquons que les disciples n’ont pas osé interrompre cette prière de Jésus. Bien au contraire, Jésus en prière attirait toute leur attention. Jésus en prière est le modèle de la prière. Non seulement, il est modèle de la prière par ses enseignements, mais par son être même en prière. Tout son être devait être saisi, rassemblé et tendu dans la relation intime qu’il entretenait avec son Père.

 Ce n’est que lorsque Jésus eut fini de prier qu’un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier. »

 « Seigneur, apprends-nous à prier ». La prière, le désir de la prière est présent, est inscrit, au cœur de tout homme, croyant ou non, parce que l’homme est créé à l’image de Dieu. L’image de Dieu imprimée en nous entraîne une soif d’infini. La prière est la conséquence de notre manque de Dieu : « A la mesure sans mesure de ton immensité, tu nous manques, Seigneur », nous fait chanter une hymne de la liturgie des Heures. Voilà le plus profond de la prière. « Tu nous manques, Seigneur ! ».

 Le risque c’est de recouvrir cette image de Dieu en nous d’un voile, par une vie stressée, agitée, toujours à courir qui, peu à peu étouffe en nous ce cri de l’âme, qui anesthésie notre manque de Dieu ; quand nous ne recouvrons pas notre image de Dieu d’une carapace de crasse ou d’un monceau d’immondices…

 Fréquenter Dieu dans la prière nous fait entrer dans les « sentiments » de Dieu, dans les désirs de Dieu, dans les vues de Dieu.

 Prier Dieu conduit à aimer Dieu ; et aimer Dieu conduit à aimer les hommes et à intercéder pour eux.

 C’est ainsi qu’Abraham en est venu à entrer dans une relation de plus en plus intime avec Dieu. Il marche avec Dieu et Dieu marche avec lui, comme Adam qui s’entretenait avec le Seigneur dans la brise du soir. Cette intimité avec le Seigneur lui fait prendre le souci du juste et du pécheur. La prière d’Abraham se fait audacieuse, en même temps qu’elle est humble et confiante. Et vous aurez remarqué que le Seigneur exauce toutes les demandes d’Abraham. La prière du juste est puissante sur le cœur de Dieu.

 La première lecture que nous avons entendue montre également que la présence de quelques justes compense l’iniquité des impies et attire la miséricorde divine.

 En ces temps que nous vivons, nous percevons une inquiétude monter dans le cœur de beaucoup, en raison des attentats qui se multiplient sur notre territoire et ailleurs. Ces événements ne seraient-ils pas une invitation à faire nôtre la prière d’Abraham ? à intercéder, pas seulement sous le coup de l’émotion, mais avec la même audace et la même persévérance qu’Abraham. Pas seulement à la prière universelle du dimanche, mais chaque jour dans notre prière.

 Celui dont l’intercession est parfaite et qui est toujours exaucée par son Père, c’est Jésus. Savez-vous que notre prière à nous peut avoir la même puissance que celle de Jésus ? Oui, parce que par le baptême nous sommes co-ressuscités avec le Christ, vient de nous dire saint Paul. Si par la foi, si avec foi, nous prions dans le Christ, notre prière reçoit la puissance de la prière du Christ. Et alors, nous pouvons tout sur le cœur de Dieu. Pourquoi nous servons-nous si peu de cette puissance ?

 Saint Cyprien dit que notre prière doit avoir trois qualités : elle doit être pacifique, simple et spirituelle.

 Pacifique en tant que la prière manifeste un cœur en paix et qui demande la paix, c’était précisément la prière d’Abraham, une prière pacifique.

 Simple, c’est-à-dire sans recherche, comme un enfant devant Dieu et, là aussi, Abraham priait avec la simplicité d’un enfant.

Spirituelle, parce que cette prière est l’expression de la présence en nous de l’Esprit Saint. Et Jésus nous a dit, nous l’avons entendu dans l’évangile, combien notre Père céleste désire donner l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.

 Tirons profit de ce temps des vacances pour nous exercer à la prière.

« Mais priez mes enfants ! » Ce n’est pas seulement Marie qui nous l’a dit, il y a 145 ans, à Pontmain. C’est Jésus qui nous le dit depuis 2000 ans ! Alors entendons son appel et intensifions notre prière.  AMEN.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 31 juillet 2016
18ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction de l’Eucharistie par Frère Marie-Jean : Que cherchez-vous ? dit Jésus aux premiers disciples qui le suivent. Je pense que c’est la question fondamentale que la Parole de Dieu nous remet dans les oreilles aujourd’hui, dans le cœur. Que recherches-tu ? Quels sont tes désirs ? Quelles sont tes soifs ? Où est ton cœur ? Fais la vérité. Arrête-toi. En ce temps estival pour beaucoup, j’espère, prenons le temps de vérifier où est notre cœur, quels sont nos désirs ? Recherche-t-il, ce cœur, les réalités qui passent ou celles qui ne passent pas ?

 Alors que l’esprit du monde nous pousse encore et toujours à l’aveuglement de la cupidité, de la consommation, le pape François, vicaire du Christ, rassemble les jeunes du monde entier ces jours-ci, et il clôt ce rassemblement aujourd’hui pour les appeler à rechercher ce qui ne passe pas. Il leur a dit de ne pas être des jeunes « divan », des jeunes qui mettent leur bonheur dans un divan, étourdis et abrutis qui végètent devant l’ordinateur, mais des jeunes en marche et libres de décider de leur propre avenir et qui donc rend libre, sinon Jésus seul.

 Alors demandons au Seigneur son pardon parce que nous sommes parfois, nous n’avons pas besoin d’être jeunes pour courir après les divans et peut-être ça nous guette aussi justement parce qu’on pense en a assez fait comme ça dans la vie et que nous mettons notre petit bonheur dans un divan, s’étourdir, se distraire alors que le monde est en guerre, alors que le monde souffre. Nous avons autre chose à faire ; même s’il est bon de s’asseoir dans un divan, surtout un couple, de temps en temps, et même régulièrement.

Oui, demandons au Seigneur son pardon pour nos cupidités, nos désirs mauvais, nos légèretés et demandons-lui le don de la sagesse c’est-à-dire cette grâce de goûter, de trouver savoureux la volonté de Dieu, de trouver savoureux les biens qui ne passent pas.


Homélie du Père Paul Pageaud : Mes frères et sœurs, « Vanité des vanités, tout est vanité. Un homme s’était donné de la peine, il était avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine… En effet que reste-t-il à l’home de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? »

Il faut savoir qu’après la mort, on n’emporte rien avec soi sinon l’amour que l’on a donné à Dieu, spécialement à travers son devoir d’état accompli pour Dieu et avec Dieu et à travers notre générosité, pour les pauvres, les malheureux, les bonnes œuvres.

Mais aujourd’hui, il faut bien le reconnaître, notre mentalité, soi-disant moderne, a rejeté Dieu, méconnaît son amour, ne veut plus de ses commandements. Alors que nous sommes tous créés pour aller au Ciel. Que restera t-il alors à l’heure de la mort ? Jésus et la Vierge Marie en pleurent spécialement en voyant les petits enfants élevés dans l’oubli de Dieu. Pourtant l’essentiel pour l’homme, c’est Dieu qui nous aime et qui est prêt à nous pardonner chaque fois que nous revenons vers lui car il nous aime vraiment. C’est le plus grand bienfaiteur de l’humanité.

Aujourd’hui, on prétend tout faire sans Dieu, ne comptant que sur l’homme. C’est cela l’orgueil ; c’est ce qui a perdu le plus beau des anges : Satan. Qui veut tout faire sans Dieu se trouve sans défense devant les astuces de Satan et risque de voir se développer en lui différentes sortes de péché; l’orgueil, l’instinct de puissance, la jouissance, la possession, la domination, l’indépendance, la paresse, la jalousie, la haine, la gourmandise et l’irréligion, car le démon jaloux n’a qu’un désir : nous conduire avec lui en enfer, et donc nous faire rater notre vie sur terre. C’est pourquoi Il veut surtout nous faire oublier que Dieu est un Père plein de tendresse et de Miséricorde.

Que faire alors pour dégager notre âme de ce filet diabolique ?

Un moyen radical, c’est de faire une vraie confession qui est un acte d’humilité qui noie le démon et qui nous apporte, avec un soulagement intérieur, une grande paix, une joie intérieure. Jésus dit un jour à sainte Faustine : le monde ne trouvera pas la paix tant qu’il ne recourra pas à la source de ma miséricorde. C’est clair. La source de la miséricorde, c’est le sacrement du pardon.

Mais pour cela, il est bon de crier notre désarroi vers le Seigneur, de l’appeler à notre secours, c’est-à-dire de prier, et de beaucoup prier. Sans la prière, il ne peut y avoir de joie profonde et durable dans le cœur humain. Celui qui prie se sauve, disait saint Alphonse de Liguori, celui qui ne prie pas se damne.

C’est la prière qui va sauver l’homme, surtout la prière des enfants, des petits enfants, de 2, 3, 4, 5, 6 ans. Jésus les aime tant. La France a été sauvée de la domination du communisme en 1947 grâce à la prière de 4 enfants de l’Ile Bouchard.

Voici un autre fait. Le petit Jakov avait 10 ans lors des apparitions de Medjugorje. Un soir, lors d’une apparition, la Vierge lui demande de prier constamment, en disant souvent de petites prières très courtes : « O jésus je t’aime »- ou « Seigneur que ton nom soit béni », ou « Vierge Marie, ma Mère, aide moi, j’en ai besoin »  ou « Mon Dieu je t’adore », ou « Jésus, j'ai confiance en toi ». Bref des petits mots qui jaillissent du cœur. Jakov comprend et promet de mettre cela en pratique. Le lendemain, il y a un match de foot avec ses amis. Jakov est un passionné du foot. Alors il se prépare et court vers le terrain et soudain il s’aperçoit qu’il a oublié de prier en chemin. Comme il aime énormément la Vierge, il s’arrête et récite un « je vous salue Marie » à toute vitesse avant de rejoindre les joueurs ?

Le soir, lors de l’apparition, la Vierge lui dit « Je te remercie Jakov pour la prière que tu m’as faite même si tu l’as dite très vite ».  Puis, durant l’apparition, elle lui fait voir une scène en Chine. Dans une maison, sur un lit, git un homme mort ; et le Vierge lui dit «Tu vois, Jakov, cet homme, il est mort. C’était un très mauvais homme et il allait tomber en enfer, mais grâce à ta prière j’ai pu lui accorder une grâce spéciale, et il a regretté ses fautes au dernier moment ; alors, il est sauvé.» Voilà la prière d’un enfant. C’est formidable la prière des enfants.

Si les enfants connaissaient la valeur de leurs prières, ils prieraient sans cesse et notre monde serait transformé. La menace de révolution qui pèse sur notre pays s’évanouirait.

Pour nous adultes, pour que nos prières soient exaucées, elles doivent sortir d’un cœur humble qui reconnaît son péché, et croit en la bonté miséricordieuse de Dieu et aussi ne garde aucune rancune envers son prochain. Mais avant tout, avant toute demande désirer que le règne de Dieu arrive dans les âmes, surtout dans les âmes des petits enfants.

Quand on prie que pour un bien matériel, qu’on ne pense pas au règne de Dieu, la prière n’a pas beaucoup d’efficacité.

Bien des fois la prière a sauvé le monde de terribles fléaux. Cela peut encore se réaliser aujourd’hui, vous connaissez le meurtre du Père Hamel, le trouble que ça produit en France… mais il ne faut pas avoir peur de prendre du temps pour prier et spécialement prier en famille. Marthe Robin, la stigmatisée, insistait sur ce point.  L’initiative revient à la maman, qui est l’âme du foyer. La prière, c’est le meilleur trésor qu’une famille puisse donner à ses enfants et si l’on pouvait prier le rosaire, quelle merveille ! Don Bosco disait : Le rosaire est la corde du salut avec laquelle on peut battre et vaincre et détruire tous les démons de l’enfer. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 7 août 2016
19ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Chers Frères et sœurs, Merci d’être venu adorer, louer le Seigneur dans la joie ! La joie, c’est le thème qui nous a rassemblés cette semaine avec notre Famille spirituelle, les Petites Sœurs de Marie, les Messagers de Marie Mère du Rédempteur, autour d’un texte de notre Fondatrice, Mère Marie de la Croix, qui s’intitule « Saint Jour de Pâques ».

Chaque Dimanche est une Pâque vivante à laquelle nous communions. Eh bien ! rendons grâces au Seigneur pour cette joie qu’il nous donne.

Et nous avons, aujourd’hui, aussi la joie d’accueillir avec nous trois sœurs du Rosier de l’Annonciation qui vont nous quitter, qui partent vers Lourdes et qui étaient aux J.M.J. Voilà, bonne route ! Et vous prierez Notre-Dame pour nous à Lourdes.

Nous portons aussi dans notre prière une intention : la tante d’Astrid Bourillet, la femme du président des Messagers, est décédée ; nous la portons dans notre prière. Nous entourons la famille d’Astrid.

Eh bien ! Entrons dans cette célébration avec confiance, dans la simplicité des enfants de Dieu, et reconnaissons notre péché, confions-les et confessons-les à la Miséricorde du Seigneur.


Homélie : Chers Frères et sœurs, Nous avons médité cette semaine, en famille spirituelle, un texte de notre fondatrice, Mère Marie de la Croix, comme je l’ai annoncé au début de la célébration. Ce texte s’intitule « Saint Jour de Pâques ». La Parole de Dieu, aujourd’hui, illustre, me semble-t-il, ce que nous avons médité. Ce texte est orienté vers la joie.

 L’enseignement de ce jour peut se résumer ainsi : prier, veiller, se tenir prêt. Telle est l’invitation du Seigneur, et le fruit en est la foi partagée.

 Le Livre de la Sagesse fait mémoire de la grande nuit pascale d’un peuple de veilleurs, en attente de libération. Il fait mémoire de sa libération la nuit de la Pâque juive. Il faut se rappeler que les persécuteurs égyptiens avaient décrété la mort des enfants des Hébreux, du peuple de Dieu. Par un retournement des choses, comme châtiment divin, dans la dixième plaie d’Egypte, la dernière, ce furent les premiers-nés des Egyptiens qui furent frappés durant la nuit. La mémoire de sa libération est inscrite dans le souvenir de la célébration pascale.

 Le Peuple de Dieu est mené par la fameuse nuit de la Pâque. Les Hébreux sont devenus les nomades de la foi. La Pâque fut le passage de Dieu au milieu de ses enfants pour les faire passer de la servitude au service, l’esclavage à la liberté du don, de l’Alliance. Les souvenirs de cette nuit restaient gravés dans les mémoires. Souvenir ravivé d’âge en âge au cours d’un repas, le repas anniversaire de la libération dans la joie comme des noces. Il sera commenté sans fin.

 Dans toutes les nuits d’angoisse qui suivront, celle des oppressions et des exils, des persécutions et des ruines, les souvenirs de la Pâque unique brilleront comme ces étoiles qui guident silencieusement vers l’aurore et vers le Jour définitif en Dieu. Désormais, le Peuple de Dieu sera le peuple de la nuit pascale en marche vers la pleine lumière. Chaque repas pascal se prendra comme le mémorial du passé, mais aussi comme le souvenir de l’avenir. Dans la nuit du Delta du Nil, la libération ne fut qu’amorcée.

 A travers les soubresauts de l’histoire et des menaces d’anéantissement, les sauvés de Dieu resteront les veilleurs de l’humanité. Ils feront mémoire de leur propre histoire commune de veille solennelle. L’espérance sera plus forte que l’angoisse, la joie finira par l’emporter sur la peur, la vie vaincra la mort. Dieu n’a fait la nuit que pour nous faire aspirer à l’aurore. Aujourd’hui, l’Eucharistie est le Mémorial de notre Salut en Jésus-Christ, notre viatique, notre chemin pascal, celui qui nous a sortis des ténèbres de la nuit.

 Ce dimanche nous rappelle le passage, la Pâque du Seigneur dans notre vie : exhortation à prier, veiller et se tenir prêt.

 Dans une fresque grandiose, l’auteur de la Lettre aux Hébreux (2ème lecture), fait défiler sous nos yeux le cortège des nomades de la foi. En tête, voici le premier couple de l’histoire du Salut, Abraham et Sarah. Au premier appel de Dieu, ils sont partis sans savoir où ils allaient, mais sachant en qui ils avaient remis leur vie, sans connaître son Nom. Chacun de leurs campements, dans le désert, sur les collines de Canaan marquait une épreuve pour la foi. Chaque gorgée d’eau bue au puits du désert avivait leur soit d’une autre source. A chaque arrêt dans le désert et en bordure d’un village, ils aspiraient à une patrie meilleure et définitive.

 Abraham et Sarah, en sacrifiant leur fils, pensaient-ils que Dieu irait jusqu’à ressusciter Isaac ? Ils ont fait confiance dans un esprit d’abandon, ils ont été exaucés. Dieu peut tout. Ainsi, ces nomades de la foi furent les prophètes de l’espérance. Ils sont morts au chêne et au puits de Mambré et, avant d’avoir atteint la cité que Dieu construisait, mais dans la foi, ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Ils ne songèrent jamais à revenir à leur point de départ. A tout jamais, ils s’étaient mis en route vers l’avenir de Dieu. Dieu ne fait jamais revenir en arrière. Nous continuons la marche de ce premier couple sur la piste de la foi, sans revenir en arrière. Avons-nous le même désir ? Est-ce avec la même joie ?

 Les attentes du Maître et des serviteurs, dans l’Evangile.

 C’est vrai, Dieu est amour, mais son amour est exigeant, comme tout grand amour ; et si notre réussite humaine consistera dans la rencontre du Dieu amour, c’est-à-dire la Pâque définitive, il faut savoir que, par notre faute, nous pouvons manquer ce rendez-vous, et, par là, manquer notre vie, notre vie éternelle et le salut d’autres âmes. Il y aura un jugement et il portera sur le sérieux de notre attente du Jour de Dieu, comme disent les prophètes, du Jour du Fils de l’homme, comme dit Jésus.

 Nous ne pourrons alors alléguer ni la surprise, ni la fatigue. Nous sommes avertis. Nous savons que nous avons à nous préparer à cette rencontre par l’exercice de nos responsabilités chrétiennes, c’est-à-dire de nos réponses. A travers la parabole des serviteurs qui ont pris leurs dispositions pour attendre leur maître, autant qu’il faudra dans la nuit, Jésus nous livre sa pensée : ses disciples seront ceux qui attendent le Maître, dans la fidélité et dans l’amour.

 De quoi est faite cette attente chrétienne ? D’abord, du fait que les chrétiens sont en état d’alerte : ils ont à veiller, non dans une attitude de relâche ou de paresse, mais en tenue et en service. Au premier signal du Maître, immédiatement, ils seront prêts à ouvrir et à servir. Une telle attente est soumise à l’épreuve du temps : il est toujours pénible, la nuit, de rester éveillé et de patienter. Le temps éprouve la fidélité de l’amour. La veille ou la vigile de notre monde est la peur du lendemain, de la mort, du terrorisme. La veille, pour Dieu, est un temps de désir, d’amour, de joie.

 Or, le Christ a tout le temps, pas nous. Mais, dès qu’il sera là, ses délicatesses dépasseront à l’infini ses exigences : dès qu’il se présentera, ce sera toujours une surprise. Ce n’est pas lui qu’on servira, c’est lui qui mettra son bonheur à servir ses amis, ainsi qu’il fit à son dernier repas. Il n’y a que lui pour trouver des attitudes si renversantes. Il ne demande pas aux serviteurs de mériter un tel honneur, Il n’attend d’eux qu’une seule chose, qu’ils soient prêts pour ne pas manquer le rendez-vous de l’amour.

 Prière, disponibilité, c’est-à-dire vigilance, se tenir prêt, demande un acte de foi et un grand amour, surtout du Seigneur que l’on attend ; telles sont les notes de la vigilance chrétienne pour demeurer dans la joie des serviteurs du Seigneur. Marie, humble servante du Seigneur, depuis et avant son Annonciation, est pour nous une Mère qui nous ouvre le chemin et nous conduit à Jésus dans la foi et la confiance. Comme ses enfants bien-aimés, abandonnons-nous entre ses mains, elle nous conduit sûrement dans la lumière de Jésus ressuscité.

Que cette Eucharistie soit déjà notre joie, notre viatique, pour marcher d’un cœur simple, heureux vers le Seigneur. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 14 août 2016
20ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie par le Père François Scheffer (du diocèse de Paris) : Nous voici rassemblés, frères et sœurs, dans la joie, ce matin, pour célébrer la Résurrection du Christ. Soyons heureux d’avoir su répondre à son invitation pour célébrer le Salut qu’il nous donne.

Alors dans la célébration de cette Eucharistie, accueillons cette grâce en reconnaissant humblement que nous sommes pécheurs. Reconnaissons nos faiblesses, nos défaillances, nos manquement, parce que Dieu veut les comble de sa Miséricorde. Recueillons-nous un instant, et laissons-le toucher notre cœur.


Homélie de Frère Marie-Jean : « Fichez-moi la paix ! » Ce n’est pas à vous que je le dis bien sûr ! Ça ne vous est peut-être jamais arrivé de dire ça. Moi, ça m’est arrivé. Et vous avez remarqué que c’est le meilleur moyen de ne pas avoir la paix, d’en venir à dire ça. Paradoxe de cette paix, que tout le monde veut avoir dans son foyer, dans sa famille, au travail, dans la société, dans le monde, et dont nous oublions, dont les hommes ont oublié si souvent le chemin. Ils veulent mettre la main sur la paix, mais ils n’en prennent pas les moyens. LE moyen. Il n’y en a qu’un. C’est Jésus.

Du reste, la parole de Jésus aujourd’hui semble faire voler en éclat ce rêve de paix. « Pensez-vous, dis Jésus, que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division ». Comment comprendre cette parole paradoxale de Jésus ? Eh bien, par cette autre parole que Jésus adresse. Et c’est souvent le cas pour comprendre des paroles qui nous heurtent de Jésus, il faut chercher plus loin, ailleurs, d’autres paroles qui s’éclairent mutuellement. Oui, par cette autre parole que Jésus adresse à ses Apôtres, avant d’entrer dans sa Passion : « c’est ma paix que je vous donne, c’est ma paix que je vous laisse. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » (Jean 14, 27). C’est qu’en effet, comme le dit très justement le Père de Menthière, que vous avez peut-être lu comme moi, dans une excellente revue : « il y a paix et paix. Il convient de distinguer deux paix, la fausse et la vraie. La fausse paix est celle que l’on veut avoir ». Fichez-moi la paix ! « La vraie est celle que l’on accepte de faire. » Faire la paix. Œuvrer à la paix. « Qui veut par-dessus tout "avoir la paix", poursuit le Père de Menthière, peut difficilement se réclamer du Christ Jésus. Mais les artisans de paix, (le labeur de la paix), eux, sont fils de Dieu. »

Jésus est venu, oui bien sûr, nous apporter la paix, la paix véritable, Sa paix, comme l’annonçaient déjà les anges dans la nuit de Bethléem : « Gloire à Dieu, aux plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, objets de Sa bienveillance ». Et Jésus, le premier souhait qu’il offre à ses Apôtres déboussolés, désespérés, au soir de la Résurrection, c’est bien ce souhait de paix. Mais cette paix que Jésus offre, que Lui seul peut donner, que Lui seul peut donner à notre monde entier, a un prix. Cette paix a un très grand prix. Cette paix, Jésus l’a faite par le sang de sa croix, comme le dit Saint Paul aux Colossiens. C’est par ce baptême de sang et par le don de l’Esprit Saint, qui en est le fruit, que Jésus a réconcilié le monde avec le Père, l’a remis sur le chemin de la vraie paix. A la suite de Jésus, ses disciples ont répandu le Feu de l’Esprit Saint, au prix de maintes épreuves et contradictions, comme la lettre aux Hébreux s’en fait l’écho aujourd’hui. À des Chrétiens qui subissaient la persécution, l’auteur de la lettre les encourage en leur rappelant l’exemple de cette foule de témoins qui les ont précédés sur ce chemin de la Foi, qui ont tenu bon dans la persévérance, malgré toutes les contradictions. Il les invite surtout, au-delà de ces exemples de frères ainés dans la Foi, à « fixer leur regard sur Jésus. » Fixer leur regard sur Jésus, qui est l’« initiateur de la Foi et qui la mène à son accomplissement. » Autrement dit, Il est ce guide qui nous précède sur le chemin et à qui on peut se fier totalement pour arriver au but, lui qui a vécu ce chemin, non pas de la Foi au sens théologal comme nous la vivons, mais cette confiance en son Père, cet abandon, cette remise de soi totale au Père, malgré toutes les apparences contraires, jusque sur la croix. « En tes mains, je m’en remets, Père ».

On ne peut qu’être frappés par la convergence des textes de ce jour à nous rappeler ce que nous dit d’ailleurs toute la Bible, à savoir que les vrais témoins de Dieu, d’hier et d’aujourd’hui, Jérémie, Paul et Jésus par-dessus tout, seront toujours signes de contradiction pour le monde.

L’évêque de Fort-de-France, Mgr Macaire osait dire, avec la plus grande clarté, aux jeunes francophones qui étaient à Cracovie autour de lui, que l’Eglise aujourd’hui en France a été excommuniée, disait-il, par la société. Pourquoi ? Parce qu’on lui refuse, si souvent, le droit à la parole. C’est quand même un comble ! Tout le monde a des droits, sauf l’Eglise, bien sûr. On veut la faire taire, parce que sa parole dérange. Sa parole de vérité dénonce les mensonges, l’esclavage caché dans lequel on veut enfermer les hommes. Jésus nous a prévenus : « Je vous ai dit ces choses, dit-il encore à ses disciples, pour que vous ayez la paix en Moi. Dans le monde vous aurez à souffrir, mais gardez courage, J’ai vaincu le monde. » (Jean 16, 23) C’est pourquoi, il est si important de nous nourrir de cette œuvre du salut qui est rendu présente en chaque Eucharistie, tous les dimanches, faire le plein de cette paix, de cette espérance que nous offre Jésus.

La paix que notre cœur recherche, oui tout cœur je pense, à moins d’être profondément abimé par le démon, et ça arrive hélas oui, mais la paix que la plupart recherchent quand même, Dieu merci, mais cette paix est un fruit de l’Esprit Saint. Il n’y a pas d’autre chemin. Elle est un fruit de ce feu qui purifie, qui brûle ce qu’il y a en nous d’égoïsme, de toute recherche d’une paix égoïste. Oui, l’Esprit Saint veut brûler ça, parce que cette recherche de paix-là génère au contraire la guerre et la violence. L’égoïsme génère la violence. Cet Esprit Saint, ce feu qui purifie de toute recherche de paix égoïste et qui nous pousse à ouvrir et rouvrir sans cesse les chemins de dialogue dans la vérité et dans l’amour. Des chemins du dialogue dans la vérité, parce que parfois on veut la paix en mettant le couvercle sur les difficultés, parce qu’on ne veut surtout pas de vagues. Ça c’est un chemin de violence retardée. Non, ouvrir et rouvrir des chemins du dialogue dans la vérité et dans l’amour, dans le respect, dans la confiance que l’autre a quelque chose à m’apporter que je n’ai pas. Je n’ai pas la vérité, je ne suis pas la vérité. Il n’y en a qu’un qui est la vérité, Jésus. Chacun de nous, nous portons, Dieu merci, et c’est le regard de l’Eglise, nous portons une parcelle de cette vérité et nous avons à recevoir toujours du prochain. Ouvrir, rouvrir sans cesse un chemin de dialogue dans la vérité, dans l’amour. Chemin de pardon, chemin d’espérance. Voilà ce feu de l’Esprit Saint et son fruit de paix qui est confié depuis 2000 ans aux disciples de Jésus que nous sommes. Et quelques soient les oppositions, les déchirures, ce fleuve de feu ne s’éteindra plus. Il est plus puissant que tout. « J’ai vaincu le monde ! » ose dire Jésus, avant même d’entrer dans sa Passion.

J’aime à rappeler cette parole de Jean-Paul II qui disait aux jeunes, il y a quelques années aussi : « si vous êtes, ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde. » Eh bien cette parole, elle est pour nous aussi. Et plus que jamais, rappelons-nous cette prière merveilleuse de Saint François. Je n’ai pas eu le temps de recopier, mais que j’essaie de citer de mémoire, que vous connaissez comme moi. Voilà le chemin de la paix. Et Assise est devenue, nous le savons bien, le symbole de la paix, de cette paix qui vient de Jésus et que François mendiait à Jésus. Eh bien, oui, rappelons-nous dans notre cœur cette prière de Saint François. « Seigneur, fais de moi un instrument, » c’est laborieux la paix, ça doit coûter. Ça nous coûte, ou alors on n’est pas sur le chemin de la vraie paix. Ça coûte la paix, ça a coûté à Jésus et ça nous coûte aussi si vraiment on veut être instrument de la vraie paix. La paix qui est le fruit de la vérité, encore une fois, et de la charité.

« Seigneur, fais de moi, fais de moi, Toi, la Paix, notre Paix, fais de moi un instrument de Ta Paix, de Ta Paix. Là où il y a la haine, que je mette l’amour. Là où il y a l’offense, que je mette le pardon. Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité. Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière... » etc. Prions Saint François de nous aider à rechoisir d’être ces instruments de paix. AMEN


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 21 août 2016
21ème Dimanche du Temps Ordinaire C


« Jérusalem qui est d’or et de cuivre et de lumière » chante un chant israélien.

Jérusalem, cette petite bourgade, chef-lieu du clan des Jébuséens, est devenue la Cité de David et le lieu où Dieu a fait reposer sa gloire, lorsque Salomon lui a construit un temple.

Jérusalem est ainsi devenue le centre du monde ; et, dans une annonce prophétique, Isaïe la voit comme le lieu de rassemblement de toutes les nations, apportées en offrande au Seigneur.

Jérusalem est encore cette ville vers laquelle se dirige un homme. Cet homme ouvre les portes de la Cité sainte à l’humanité tout entière pour que se réalise ce verset du psaume : « en elle, (en Jérusalem), tout homme est né ! » (psaume 86,5). Cet homme ouvre les portes de la Cité sainte à toute l’humanité mais au prix d’un terrible combat, au prix de sa vie qu’il laissera sur une croix.

Jérusalem, ville du rassemblement de toute l’humanité, et en même temps, ville du combat, ville des lignes de partage, ville de division !…

C’est dans le contexte de sa montée à Jérusalem, et donc dans le contexte de l’enjeu de sa montée à Jérusalem que quelqu’un demande à Jésus : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Question importante s’il en est, puisque Jésus a été envoyé par le Père pour que la multitude soit sauvée. Mais question à laquelle Jésus ne répond pas.

C’est précisément parce que cette question est de première importance que Jésus a durci son visage pour monter à Jérusalem où il va mener un tel combat. Jésus ne répond pas à la question, mais il s’engage de tout son être, de toute sa vie, pour que la multitude soit sauvée ; et il nous engage à faire de même.

Mais nous préférons souvent discourir que de nous engager ! Et les hommes chercheront à répondre à cette question. Les plus optimistes diront, avec Michel Polnareff ; « On ira tous au paradis, même moi ». Les plus pessimistes diront, avec Calvin, puis avec les Jansénistes : « il n’y a que peu d’hommes à être sauvés », poussant ainsi beaucoup au désespoir, puis à la révolte contre Dieu et, enfin, à l’athéisme. Si c’est un Dieu pareil, autant s’en passer.

Que répond Jésus ? Jésus nous invite à la responsabilité et à l’engagement, en utilisant une image simple et parlante : l’image de la porte : « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ».

Donc il y a une porte, et cette « porte est étroite », nous dit Jésus. Mais cette porte est grande ouverte, et en même temps viendra un temps où cette porte sera refermée !…

Cela veut dire deux choses :

1°) qu’il faut s’efforcer d’entrer par la porte.

et 2°) qu’il n’y a pas de temps à perdre.

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Le mot grec que nous traduisons par « efforcez-vous » est le verbe « agonizesté ». Agonizesté. Vous entendez dedans le mot « agonie » ; l’agonie, en grec c’est le combat, c’est l’ultime combat de la vie. Alors Jésus nous dit à travers ce mot : « combattez, battez-vous pour entrer par la porte étroite ». Lorsqu’il y a les grèves du métro et qu’il n’y a que de rares rames à passer, eh bien, les gens jouent des coudes pour entrer dans la rame ; eh bien, c’est cela que Jésus nous dit : allez-y, montez dans la rame, battez-vous pour pouvoir entrer.

Comme dimanche dernier, Jésus ne nous promet pas une vie chrétienne facile, mais une vie de combat. C’est-ce que le pape François a rappelé aux jeunes rassemblés dans le parc Blonia à Cracovie : Le Christ ne vous appelle pas à rester dans le canapé, mais à chausser des chaussures et des chaussures à crampons. Donc, allez-y !

Jésus, le premier, vivra ce combat, à Gethsémani, pour nous ouvrir la porte de la vie. Il y laissera la sienne. Au soir de sa vie, saint Paul dira, dans sa prison : « j’ai combattu le beau combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. (2 Timothée, 4,7) Comment pourrions-nous avoir l’illusion qu’on « entre » au ciel sans effort ? Non? La vie chrétienne n’est pas dans un canapé !…

Et en même temps, Jésus nous dit : attention, Il n’y a pas de temps à perdre : « quand le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte… » Oui, viendra le moment où la porte sera fermée. Nous sommes dans le temps où la porte est ouverte, mais ce temps ne durera pas toujours, Ce temps, c’est ce que l’Ecriture appelle, en grec, toujours, le Kaïros, le temps favorable. Et je vous invite à aller voir sur KTO l’explication  que Mgr David Macaire donne dans une catéchèse aux jeunes à Cracovie sur ce mot de kaïros. Il prend l’exemple d’un fruit. Il y a un temps favorable pour manger un fruit. Si on le mange trop tôt, le fruit est vert et immangeable. Si on le mange trop tard, il est pourri. Le fruit se mange au temps favorable, quand il est mûr.

Eh bien, il en est de même pour le Salut, nous dit Jésus. Il y a un temps favorable pour accéder au salut. Avant la venue de Jésus, la porte était fermée ; ce n’était pas le temps favorable. C’est Jésus qui a ouvert la porte : et maintenant les temps sont mûrs pour accueillir le Salut. Mais viendra un temps où la porte se refermera. Alors il sera trop tard. Cela est valable à l’échelle de toute l’histoire de l’humanité, mais c’est valable à l’échelle de chacune de nos vies. Et Jésus nous prévient qu’on ne pourra pas se prévaloir de l’avoir connu en cette vie si nous n’avons pas vécu de sa vie, si nous n’avons pas entretenu une vraie relation avec Lui. Car c’est Lui, précisément, la porte. Et la porte sainte que le Pape François nous invite à franchir en cette année de la Miséricorde, cette porte sainte, c’est précisément le symbole de Jésus qui nous permet d’entrer le cœur du Père et nous trouvons le Salut.

On n’entre pas au Paradis en accumulant un nombre suffisant de points ; on entre au Paradis en entretenant une vraie relation d’amitié avec Jésus, c’est-à-dire en vivant dans son intimité au jour le jour, c’est-à-dire aujourd’hui, et en ayant le souci d’inviter tous ceux que nous aimons à entrer avec nous. C’est important que nous ayons ce souci du Salut des âmes, et que nous priions pour que beaucoup entre aussi par cette porte.

Eh bien, que la Parole entendue en ce jour et que cette Eucharistie nous soient un secours pour nous aider à dire un vrai oui à Jésus, un oui de toute la vie. AMEN.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 4 septembre 2016
23ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à la Célébration : Aujourd’hui, 23ème Dimanche ordinaire, c’est aussi le jour de la canonisation de Mère Teresa. Sa grande notoriété vient de son amour du Christ et de son amour des pauvres. Mère Teresa ne transigea pas avec le commandement de l’amour. J’ai été particulièrement frappé, non seulement qu’elle se soit occupé des mourants, mais jamais elle ne critiquait quelque soient les défauts de ceux qu’elle pouvait rencontrer ; elle voyait en eux le Christ. Sa vie fut une croix continuelle, mais aujourd’hui, c’est une croix glorieuse. Nous pouvons l’invoquer pour lui demander qu’elle nous aide à porter nos croix de chaque jour.

Et commençons cette célébration par demander pardon à Dieu de tous nos péchés.


Homélie : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, à sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple ».

Ces paroles, au prime abord, pourraient nous paraître inhumaines, et pourtant, c’est Dieu qui nous parle, Dieu d’amour, Dieu de bonté, Dieu de vérité, qui par miséricorde veut pourtant notre vrai bonheur. Il est le seul que nous devons aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, et de toutes nos forces. Aimer les nôtres, femmes, enfants, amis, ainsi que le prochain, par amour pour Dieu. On ne dit pas de ne pas aimer les nôtres, mais de les aimer par amour pour Dieu. Car, c’est lui seul qui a valeur éternelle. Son amour, lui seul a valeur éternelle. Pour comprendre cela, il faut être convaincu par l’Esprit Saint que Dieu c’est l’Amour et  la source de tout amour vrai.

C’est la croix qui a sauvé le monde du pire malheur : l’enfer. Jésus, par sa mort sur la croix, nous a ouvert la porte du ciel. Dieu le Père lui même a pris ce chemin, en nous donnant son cher Fils. Par cet acte, il nous a aimés plus que Lui-même, c’est ce que dit un mystique : « Ce langage est incompréhensible aux yeux du monde. Pour le comprendre, il faut un cœur humble qui se laisse inspirer par l’Esprit Saint ».

Ainsi, « Toute personne qui honore avec amour la Passion du Christ, ennoblit ses vertus; donc, son amour pour sa femme, ses enfants, ses amis... et augmente le mérite de toutes ses bonnes actions », dit un jour Jésus à Sainte Mechtilde, au XIIIe siècle.

Que nous le voulions ou non, tous nous rencontrons des croix, et parfois des croix très lourdes, écrasantes : problèmes de travail, problèmes de santé, problèmes d’injustices, problèmes d’échecs, de manques de compréhension dans les foyers, de divorces dont les enfants font les frais. Si nous portons seuls ces problèmes, ils peuvent nous écraser, mais si nous les portons par amour, en union avec la Passion de Jésus, Jésus nous aidera à les porter, à les vivre comme une offrande pour le salut du monde. « Une bonne action offerte en union à la Passion de Jésus, a mille fois plus de valeur », disait Jésus à une âme mystique.

Il est une religieuse italienne : sœur Consolata Betrone, décédée en 1946 à 43 ans, dont le procès de béatification est en cours. Voici ce que Jésus lui dit un jour : « Ne crois pas que les douleurs de la terre (c’était en 1940) me laissent insensibles. J’aime les âmes, je veux les sauver. Pour atteindre mon but, j’use de rigueur, mais crois-le, c’est par miséricorde. Dans l’abondance, les âmes m’oublient et se perdent, tandis que dans la misère elles se tournent vers moi et se sauvent. C’est ainsi, sache-le ! »

Le 8 décembre 1940, pendant la deuxième guerre mondiale, voici le dialogue entre Jésus et sœur Consolata : « Ecoute, Consolata, si j’accordais la paix aujourd’hui, le monde retournerait à sa fange … L’épreuve n’aurait pas abouti au résultat voulu ». « Mais Seigneur, dit Sœur Consolata, toute cette jeunesse conduite à la mort ! »

Jésus répond : « Deux ou trois ans de cruelles et intenses souffrances couronnées par une éternité de joie, ne sont-ils pas préférables à une vie entière de péchés finissant dans une damnation éternelle choisie. Oui, je sauverai le monde dans mon amour miséricordieux ».

Déjà en 1935, durant la guerre d’Abyssinie, où l’Égypte attaquait Ethiopie, Jésus lui dit : « Tu vois ces jeunes soldats, la plus grande partie, en restant chez eux croupirait dans le vice. Sur le champ de bataille, au contraire, éloignés des occasions de fautes, ils mourront avec l’assistance de l’aumônier, et ils seront sauvés. » C’est un langage semblable que j’ai entendu moi-même, de la bouche d’un vieux paysan quand j’étais jeune prêtre. Il me disait, avec le sourire d’ailleurs : « À la guerre de 1914, nos aumôniers nous avaient si bien préparés que je ne craignais pas la mort. Maintenant, ce n’est pas pareil. »

C’est un leurre de croire réussir sa vie uniquement avec l’argent, la santé, le bonheur humain, la jouissance. La croix est la source du vrai bonheur, sinon Jésus ne se serait pas livré sur la croix pour nous apporter le vrai bonheur éternel. Donc concrètement, il est très important, et c’est cela qui est important, de mettre un crucifix dans nos maisons, à la bonne place et même dans chacune de nos pièces, pour le regarder avec amour, si possible chaque jour, et remercier le Seigneur. Dans beaucoup de maisons modernes, il n’y a plus de crucifix. On a oublié Jésus sur la Croix. « Une heure de méditation sur ma douloureuse passion a un plus grand mérite que toute une année de flagellation jusqu’au sang ; » disait Jésus à Sainte Faustine. Et à Sainte Mechtilde, il a dit : « Rien ne fait mieux triompher du démon et des tentations que le souvenir de ma Passion… La mémoire de cette Passion alimente surabondamment l’amour, car rien ne peut au même degré, toucher et embraser les cœurs ».

Eh bien, demandons à Mère Térésa, canonisée aujourd’hui, qui a compris, elle, la valeur de la croix, et qui l’a portée avec amour, de nous aider à en faire, un amour, un acte d’amour en union avec le Christ ».  Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 18 septembre 2016
25ème Dimanche du Temps Ordinaire



Introduction à l’Eucharistie : Un scribe qui lui demandait : « Maître, quel est le grand commandement ? » Jésus a répondu : « le grand, le premier commandement, c’est : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et le second lui est semblable, tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Est-ce que nous mettons vraiment Dieu à la première place ? Est-ce que nous aimons vraiment Dieu de tout notre cœur, est-ce que c’est le tout de notre vie ? Tout ce que nous mettons à la place de Dieu devient une idole, cela peut-être l’argent, comme Jésus nous le dira dans l’évangile, mais cela peut être autre chose. Est-ce que nous mettons à la place de Dieu nous possède, devient notre maître ? Voilà pourquoi, Jésus nous dit : « on ne peut servir deux maîtres. » Est-ce que nous choisissons vraiment Jésus comme notre maître ?

Voilà, au seuil de cette Eucharistie, demandons au Seigneur le pardon de tous nos péchés, et choisissons vraiment notre vrai maître. Faisons un vrai choix du fond de notre être : quel est le maître que je choisis ? C’est très important.


Homélie : Le prophète Amos, que nous avons entendu dans la 1ère lecture, était un berger des collines de Juda qui vécut au 8ème siècle avant notre ère.

 Du sud d’Israël, il fut envoyé prophétiser dans le royaume de Samarie, au nord, qui était alors en pleine expansion économique. La course au profit, la fièvre des affaires, la spéculation ne supportaient pas de ralentissement. On sacrifiait tout à l’intérêt économique, y compris Dieu et l’homme. Les lois religieuses en particulier, le repos du shabbat, étaient perçues comme des carcans. Et le pauvre était pressuré.

 Alors, Dieu réagit par l’intermédiaire de son prophète : « Jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »

 Qu’en est-il résulté ? Dieu a retiré sa main ; il a retiré sa bénédiction. La décadence morale s’est poursuivie, accentuée, si bien que le pays a dégringolé, et il s’est vu envahi et le peuple emmené en déportation. Aucun ne reviendra de cette 1ère déportation. Dix des douze tribus d’Israël disparaîtront définitivement, alors que c’était le peuple élu, le peuple que Dieu s’était choisi. Il y a de quoi réfléchir !...

 D’autant plus que notre situation actuelle en Occident ressemble étrangement à la situation d’Israël que dénonçait le prophète Amos : prospérité des « Trente glorieuses », course à la consommation, vie à crédit tant pour les ménages que pour les Etats, travail du dimanche, oubli généralisé de Dieu, immoralité, corruption, bulle financière, dettes abyssales, crack boursier de 2008, et puis l’on continue comme si de rien n’était… jusqu’au prochain crack boursier qui fera très mal, et qui plongera des milliers de personnes, voire des millions de personnes dans la misère. Car cette fois-ci les États n’auront plus de quoi rembourser les banques ou renflouer les banques.

 D’où l’importance et l’urgence pour aujourd’hui, comme au temps du prophète Amos, de remettre les choses dans le bon sens pour que la vie aille mieux, remettre les choses dans le bon sens, à savoir : mettre Dieu à la 1ère place, l’homme à la 2ème place et le profit à la 3ème place.

 Remettre Dieu, remettre la prière, au cœur de nos vies est fondamental. « Je recommande avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce » nous demandait saint Paul : nos traductions rédige comme cela : « J’insiste avant tout, j’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières. » La prière n’est pas le sucre glace dont on saupoudre le gâteau pour le rendre plus appétissant. Non, la prière est fondamentale, indispensable, c’est l’ingrédient de base. Notre vie dépend d’abord de Dieu, ensuite de l’économie. Et cela, surtout nous qui sommes des baptisés, il faut l’inscrire dans notre vie, dans nos comportements, dans notre manière d’être, dans nos choix.

 Saint Paul, qui vivait dans un monde païen, hostile à la foi chrétienne, insistait pour que les fidèles prient pour les chefs d’Etat et ceux qui ont des responsabilités : « afin, dit-il, que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité. » Nous n’aurions pas besoin de calme et de sécurité aujourd’hui ?...

 Mais le but ultime de la prière de demande est que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. Faisons-nous nôtre cette intention de prière ? Ce n’est que lorsque tous les hommes seront sauvés et arriveront à connaître pleinement la vérité qu’ils pourront vraiment vivre en frères.

 Prier. Mais joindre également à la prière l’habileté. Jésus loue l’habileté dont a usé l’intendant malhonnête pour se tire d’un mauvais pas.

 Jésus aimerait que nous ayons la même habileté pour faire avancer le Royaume. Avons-nous la même débrouillardise, le même zèle pour gagner des âmes au Christ ?

 Nous avons entendu Jésus dire : « Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. » Quelle est la « grande affaire » pour Jésus, quelle est la grande affaire de notre vie, sinon le Royaume éternel ? Acceptons-nous le point de vue de Jésus ? Le Royaume de Dieu est-il la grande affaire de notre vie, qui mobilise toute notre énergie et motive toute notre inventivité ?

 Jésus appelle les biens de ce monde (argent, pouvoir, situation, etc…) des biens étrangers. Et il appelle le Royaume de Dieu notre bien. En effet, comme aime à le dire le pape François, on n’a jamais vu un coffre-fort ou un camion de la Brinks suivre un corbillard !

 Alors, faisons-nous, ferons-nous du Royaume notre bien ? Et pour cela mettons-nous les choses dans le bon ordre ?

- D’abord servir Dieu,

- ensuite servir l’homme

- et en 3ème se servir de nos moyens pour servir Dieu et l’homme. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 25 septembre 2016
26ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : « Ouvre mes yeux,… ouvre mes mains, ouvre mes oreilles, fais que j’entende, fais que je marche, moi, paralysé… » Oui, nous nous reconnaissons ,ce matin, je l’espère, le chant est là pour cela, il nous faire entrer dans la vérité de notre condition de pauvre, de malade, de pécheur, devant Dieu, mais devant Dieu qui guérit, devant Dieu qui ne demande qu’à nous ouvrir, à nous remettre en pleine santé du corps et de l’âme.

Eh bien, venons à sa rencontre avec un cœur plein de désir, plein de foi. « Garde ma foi, Seigneur, » et augmente-la, mon espérance, mon attente de recevoir de toi ce dont j’ai besoin et que tu connais…


Homélie : Dans une réunion de prêtres, la semaine passée, l’un de mes confrères dans le sacerdoce nous dit, nous étions en train de nous préparer à donner le sacrement des malades, il dit : « surtout, chers confrères, relevez les coins ! » Relever les coins. Alors on écarquillait tous les yeux. Relever les coins. J’ai apprécié l’expression, donc je la redonne.

Oui, tous nous avons fait l’expérience de la puissance d’un simple sourire. Notamment lorsqu’il nous est arrivé d’être abattu par les soucis et la tristesse. Comme alors il est bon, bienfaisant, ça fait du bien, bienfaisant, de recevoir un sourire.

J’ai la joie, le bonheur, la grâce de revenir de Lourdes, où se rassemblaient les pèlerins de Lourdes-Cancer-Espérance. C’est l’occasion de faire un peu de publicité, si vous me permettez l’expression. Un pèlerinage qui a reçu justement le nom de « Pèlerinage du sourire ». Et je crois que c’est mérité.

Pourquoi cette puissance étonnante d’un simple sourire ? C’est, sans doute, parce que le sourire est une parole, silencieuse, mais une parole qui dit à l’autre : « tu es précieux, je te veux du bien et je te fais du bien, » puisque le sourire en fait immédiatement. Oui une parole très forte et bienfaisante.

Sourire, sortir, servir.

Sourire, voilà, c’est fait.

Sortir. La première lecture au livre d’Amos et la parabole que Jésus nous donne dans l’Evangile de ce jour nous mettent en garde contre le péché d’indifférence et d’insensibilité au prochain, qui nous menacent tous et chacun, prêtres et religieux compris. En particulier, lorsque nous ne manquons apparemment de rien, dans le bien-être, dans la santé et dans les relations, c’est là justement que nous sommes les plus menacés, dans ce sentiment de sécurité, de fausse sécurité, de suffisance.

Amos et Jésus nous rappellent avec fermeté et gravité qu’une vie centrée sur son propre bien-être et son plaisir anesthésient la conscience (oh, peu à peu), anesthésient la conscience, le cœur, qui se durcit, qui se sclérose, pour reprendre l’expression de la Bible. Et cette sclérose du cœur qui conduit finalement au péché d’indifférence, d’insouciance, d’aveuglement et finalement de grave injustice, comme la parabole nous le démontre avec trop de réalisme, hélas. Il nous met en grave danger d’être séparé des autres et de Dieu éternellement, parce que, non pas rejetés de Dieu, mais parce que nous aurons choisi de nous enfermer sur nous-mêmes et d’ignorer les autres, d’ignorer le prochain, ou plutôt pour ne pas avoir été proche des autres.

Si on n’a pas pris le pli d’amour, de s’approcher des autres, de Dieu dans les autres et de Dieu aussi dans ce contact de la prière et des sacrements, Dieu ne nous forcera pas, mais nous serons sclérosés sur notre moi au moment d’entrer dans l’éternité.

Jésus, lui, n’est indifférent à aucune personne, quelle que soit sa condition, quels que soient ses besoins, quelle que soit sa justice, sa sainteté ou son péché. Prenons quelques exemples. Il accueille et répond au cri des malheureux. Oh oui, l’Evangile en est plein de ces cris et il répond spécialement aux cris de ceux que l’on veut faire taire. Souvenez-vous de Bartimée : « Allez, laisse nous-tranquille, tu nous embêtes ! Il a autre chose à faire Jésus. Tu n’es pas intéressant. » Mais si, Jésus dit : « appelez-le ! » Il voit ce que les autres n’ont pas remarqué. Pensons à cette pauvre veuve, pas intéressante, que personne n’a remarquée, mais que Jésus, lui, a remarquée et donne en exemple.

Il regarde avec amour et espérance ceux qui sont prisonniers de leurs péchés : Matthieu, le jeune homme riche, la Samaritaine, Il les regarde avec amour et espérance. Non seulement cela, mais Il les appelle, j’allais dire, sur-le-champ il les appelle à le suivre dans une vie nouvelle. Il regarde aussi les pharisiens (pauvres pharisiens !) et les riches, et les avertit du danger qu’ils courent, comme Il nous fait aussi à nous aujourd’hui.

Parce qu’avertir le pécheur, nous a rappelés cette année sainte, est une des œuvres de miséricorde spirituelle. Notre contexte, d’aujourd’hui, d’ici et maintenant, favorise, nous le savons bien, hélas, l’isolement, le repli sur soi, par peur ou par égoïsme, notamment le contexte urbain qui, paradoxalement, engendre souvent davantage de repli sur soi et de peur, mais aussi nos vies parfois si surmenées, et encore cette addiction -car il faut employer le terme- au monde virtuel qui finalement finit par isoler terriblement et anesthésier aussi, justement, le cœur face aux besoins concrets de nos frères, même les plus proches.

Oui, Jésus nous réveille de ce danger d’indifférence, d’insouciance et d’égoïsme gravement injustes. Il nous appelle à l’imiter en cultivant dans notre cœur l’ouverture à l’autre. Sortir de soi, l’attention à l’autre, la bienveillance…

Et plus encore, nous qui avons le bonheur, la grâce, d’être croyants et pratiquants, Il nous appelle, nous, en plus de tout cela, de cette bienveillance, qui n’est pas notre propriété, notre spécificité à nous Chrétiens, (Dieu merci !), Il nous appelle en plus à porter, à essayer de cultiver (en le demandant bien sûr au Seigneur) ce regard de Foi, d’Espérance et d’Amour sur le prochain, quel qu’il soit. En nous rappelant que, comme je l’ai suggéré tout à l’heure, le prochain, comme nous dit l’Evangile dans la parabole du Bon Samaritain, le prochain, c’est nous qui avons à nous faire proches de chacun…

Oui, il nous appelle à cultiver tout cela, cette sortie de nous-mêmes, et à porter le regard-même de Lui, de Jésus, son regard à Lui, Jésus, oui, ce regard qu’Il nous infuse peu à peu à la mesure de nos rencontres avec Lui. Voilà, ce n’est pas par nos forces bien sûr, c’est justement par cette mendicité spirituelle que nous avons à vivre tous les jours pour laisser Jésus sourire, sortir et servir en nous et par nous.

Et si vous me permettez enfin, eh bien terminons par la prière, la belle prière de Sœur Faustine que vous avez entendue, je l’espère, durant cette année, mais qui est si concrète et si belle et qui nous redit autrement ce que j’ai essayé de vous partager.

« Aide-moi, Seigneur, dit-elle, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais, ni ne juge d’après les apparences, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide.

Aide-moi, Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférente à ses douleurs, ni à ses plaintes.

Aide-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’ai pour chacun un mot de consolation et de pardon.

Aide-moi, Seigneur, pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes actions afin que je sache faire du bien à mon prochain et prendre sur moi les tâches les plus lourdes et les plus déplaisantes.

Aide-moi, Seigneur, pour que mes pieds soient miséricordieux pour me hâter au secours de mon prochain en dominant ma propre fatigue et ma lassitude. Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain. Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain.

Aide-moi, Seigneur, pour que mon cœur soit miséricordieux afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Amen. »


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE  JEAN-FRANÇOIS
Le 2 octobre 2016
27ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Ha 1, 2-4 ; Ps 94 ; 2 Ti 1, 6-14 ; Lc 17, 5-10.


Introduction à l’Eucharistie : « Jour d’allégresse, jour de joie », c’est ce que nous venons de chanter au Seigneur. Oui, car comme nous l’enseigne la prière d’introduction, le Seigneur qui est vraiment Amour, eh bien, Il nous fait miséricorde pour « délivrer notre conscience de ce qui l’inquiète » et pour nous donner sa grâce afin de continuer ce chemin. Il nous suffit de vivre cela dans un cœur ouvert et avec humilité.

Aujourd’hui, c’est aussi le jour de rentrée de l’École de Prière : nous accueillons les familles pour rendre grâce au Seigneur de sa miséricorde, de sa bonté, de son amour.

C’est aussi la fête des Anges gardiens, pensons-y, ce sont de bons compagnons que le Seigneur met à notre disposition à nos côtés pour nous accompagner sur ce chemin de la vie. Justement, ils sont là pour nous aider à grandir dans l’amour de Dieu et la relation fraternelle. Eh bien, puisque souvent nous n’y pensons que peu, eh bien, aujourd’hui, c’est vraiment le jour où il faut vraiment leur parler, avoir une amitié profonde pour ces Êtres qui sont là, disponibles.

Eh bien, demandons pardon au Seigneur pour justement ces négligences, par rapport à ces bons compagnons de route, pour ces manquements d’amour, de disponibilité.

Demandons pardon pour nos péchés, et demandons aussi pardon pour les péchés qui se commettent aujourd’hui ; c’est un peu ce que nous rappelait, toute la semaine, Monseigneur d’Ornellas, à chaque début de la Messe ; il nous faisait prier aussi pour les péchés qui se commettent aujourd’hui.


Homélie : Chers Frères et sœurs, pour bien comprendre la demande des apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi! », je pense qu’il faut comprendre le contexte dans lequel cette demande des disciples arrive. Le contexte est simple : ils se posaient 2 questions capitales, fondamentales pour eux : la question de l’avenir, de la destinée, et la question de la relation. Peu avant, Jésus leur avait dit : « vous ne pouvez pas servir deux maîtres » : Dieu et les idoles ; il faut faire un choix. Alors, Pierre, au nom des Douze, dit : oui, mais nous, on t’a suivi, alors qu’est-ce qu’on va avoir en retour.

Et Jésus répond : « vous qui me suivez, vous devez tout quitter », tout quitter. Et la deuxième question, par rapport à la relation vous savez c’est pareil Pierre au nom des douze dit mais Seigneur si quelqu’un vient à pécher 7 fois le jour contre moi qu’est ce que je dois faire c’est insupportable et Jésus va répondre tout simplement vous devez tout pardonner soixante dix sept fois sept fois tout lui pardonner, là c’est peut être autre chose, tout quitter, tout pardonner. Alors là devant cette exigence de Jésus ils se disent nous on n’est pas à la hauteur, alors augmente en nous la foi. Quelle puissance que la foi qui déracine les arbres, qui transporte les montagnes et comment peut-il se faire que les choses les plus importantes puissent se réaliser avec les moyens les plus infimes ?

Qu’y-a-t-il de plus lourd qu’une montagne qui puisse être soulevé ? Qu’y-a t-il de plus enraciné qu’un chêne qui puisse être déraciné et emporté par une simple parole de foi, selon la promesse du Seigneur ?

Dieu seul, n’est-il pas capable de prononcer une parole pour que cela soit ? Il parle et cela existe, on le chante dans les psaumes (Ps 33). « À sa Parole, les cieux ont été faits » (Ps 33). Dieu oui ! Mais nous ? Pourquoi cette disproportion entre l’immensité de la tâche à réaliser et la petitesse apparente des moyens à mettre en œuvre pour l’accomplir ? « Si vous aviez la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : déplace-toi, et elle le fera », en Saint Mathieu, et en Saint Luc, à ce chêne, cet arbre, déracine-toi, va le planter dans la mer ; et il le fera. Comment le petit grain de sénevé pourrait-il soulever la montagne et déraciner un arbre ?

Le Christ ne sait-il pas assez notre impuissance ? La faiblesse de nos velléités ? Lui qui nous redit dans la même page d’Évangile de ce jour : « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : nous sommes de pauvres serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir ». Dès lors, comment, tout à la fois, pouvons-nous être dits si inutiles, et capables d’un tel pouvoir ?


La clé de la compréhension est précisément dans ce paradoxe ; il ne s’agit plus en effet de compter sur nos seules forces ; de vouloir à tout prix faire avancer les choses par nous-mêmes ; de précipiter les événements, brasser de grands projets, construire des mondes, etc… Tout cela n’est pas la foi. Et nous savons ce que deviennent les entreprises humaines si ce n’est pas Dieu lui-même qui les édifie. Elles montent et elles passent ! Elles s’élèvent et elles s’écroulent. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les maçons, si le Seigneur ne protège la ville, en vain la garde veille, en vain tu devances ton lever, en vain tu retardes ton coucher ». (Psaume 127). C’est encore le psalmiste qui dit cela.

L’attitude de foi, la vraie, fût-elle seulement de la taille d’un grain de moutarde, consiste simplement à reconnaître et à aimer cette impuissance. À laisser le Seigneur combler le bien-aimé qui dort (psaume 127). La foi n’est pas la croyance. La foi n’est pas la conviction. La foi est bien plus qu’une certitude. Elle n’est pas dans la tête, elle n’est pas dans le cœur. Elle est dans la vie. La foi, c’est l’abandon de son être à la claire volonté de Dieu. Le risque accepté de livrer au Christ quelque chose de sa vie, toute sa vie. L’acceptation, en somme, de sa propre impuissance.

Ce n’est pas si facile ! Qu’avec un rien Dieu puisse faire tout ; qu’il soit le Tout-puissant quand nous restons le tout-néant ; voilà ce qui écorche notre orgueil ! Mais si cet orgueil-là accepte de fondre, le miracle alors se produit. Et tout est renversé !

En reconnaissant cela dans un regard d’amour, la foi libère la puissance même de Dieu. Car la puissance même de Dieu peut rester comme enchaînée par la force de notre simple refus, prisonnière qu’elle est de son propre amour qui choisit toujours de respecter pleinement notre liberté. Car Dieu nous a créé libres en vérité : libres de l’accepter ou de le refuser ; libres de le laisser entrer ou de le faire attendre ; libres de tout lui abandonner ou de tout nous réserver. Oui, nous sommes libres d’emprisonner notre liberté, d’emprisonner Dieu et nous l’avons déjà fait, ou de le libérer. Et c’est la foi qui réalise cela… Tel est le drame de cet amour, du risque fou de cet amour, dont tout, en notre vie, dépend absolument. Dieu frappe sans cesse à la porte ; mais il ne l’enfonce pas !

Cela revient à dire que nous devons avant tout accepter d’avoir au fond de notre cœur la foi au moins gros comme un grain de sénevé. « Tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu », dit Saint Paul à Timothée. Et ce don capable d’assurer notre salut, c’est le don de la foi, de la foi opérant par la charité. Il s’agit donc, avant toute chose, de croire : de croire que Dieu peut tout en nous, pour nous et même par nous.

Car si nous le laissons faire, il peut tout en vérité. Si nous acceptons d’être des instruments inutiles, selon le mot de l’Ecriture, Dieu réalisera mille choses parmi nous. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, fera lui aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, nous dit Saint Jean! » (Jn 14). Voilà la puissance dont Dieu veut revêtir notre faiblesse. Car alors on touche le cœur de Dieu. Et, auprès du Père, on peut tout.

Seul le consentement à la prière adoratrice fera donc de nous des ouvriers de Dieu dans ce monde. Seule notre inutilité acceptée fera de nous des êtres capables d’efficacité. Seule notre immortalité devant Dieu pour lui dire : « Père, je crois en toi », nous rendra capables de comprendre la vérité, de réaliser la justice, et de trouver les mots justes et vrais pour les exprimer. « Aussi bien Dieu est là, qui opère en nous à la fois l’action et l’intention », dit Saint Paul ( Ph 2,13).

La foi, c’est le verrou qui libère la grâce. La liberté rendue à la puissance de la grâce divine. C’est le cri de notre cœur qui vient frapper le Cœur du Christ, pour faire jaillir sur nous des torrents de vie : « Qui croit en moi n’aura jamais soif. Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d’eau vive ». (Jn 7, 37) Des fleuves capables d’emporter tous les obstacles, fussent-ils gros comme des montagnes !

Ce n’est qu’en étant transparent à sa venue que nous laisserons transparaître en nous quelque chose de sa puissance. Dans l’aveu de notre petitesse, nous devrons dire : « ce n’est plus moi qui vis, » mais nos actes en nous répondrons : « C’est le Christ qui vit en moi ». Et Jésus de nous redire alors : « plus rien ne vous sera impossible». Et tout redeviendra possible !

Ainsi, la foi en la Parole toute-puissante de Dieu nous l’affirme : il n’est pas vrai que nous ne pouvons cohabiter qu’en nous protégeant de barrières et de droits. Il n’est pas vrai que la montée de la violence et de l’indifférence soit un phénomène irréversible. Il n’est pas vrai que la politique ne puisse qu’être le lieu de chamailleries et d’affrontements. Il n’est pas vrai que le sacerdoce soit évanescent de manière irréversible et que l’athéisme doive gagner tous les cœurs. Il n’est pas vrai que l’Eglise ne puisse être qu’un monde cloisonné de petites chapelles, les évêchés des administrations, les familles des patrimoines, et qu’on ne puisse contempler Dieu que dans le calme des montagnes ou des forêts. Il n’est pas vrai que chacun d’entre nous rassemblés, ici, ce matin, ne puisse pas devenir un saint.

La parole de Dieu appelle notre foi pour dire encore que tout demeure possible. Si nous avons la foi, l’amour encore peut tout sauver ! « En vérité, je vous le dis, si vous avez la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne - montagne d’anonymat, d’indifférence, d’incertitudes, d’égoïsme et de peur- déplace-toi de là, et elle le fera ! Tout est possible à celui qui croit. Voilà la Parole de vérité. « Mais quand le Fils de l’homme reviendra sur la terre trouvera-t-il encore la foi ? »

Oui, Seigneur ! Car ta victoire a vaincu le monde, c’est notre foi. Pour terminer, rappelons-nous ces paroles de Saint Paul à Timothée, Timothée, son disciple qu’il avait ordonné vingt ans auparavant, qui restait faible, fragile et avec une certaine peur :

« Réveille donc en toi le don que tu as reçu…, car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu t’a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison, … avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance, pour l’amour de l’Évangile. Règle ta conduite sur l’enseignement solide que tu as reçu… Tu es le dépositaire de l’Évangile ; garde-le dans toute la pureté grâce à l’Esprit Saint qui habite en toi. » (2 Tm)

Demandons cette grâce, par Marie, Elle qui a mit sa foi en Dieu. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 9 octobre 2016
28ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Aujourd'hui, dans l'Evangile, Jésus guérit un lépreux. Et puisque ce lépreux est venu lui dire « merci », Il guérit aussi son âme : «Va, ta foi t'a sauvé».  La pire lèpre, c'est celle du péché et Dieu veut nous en guérir. Eh bien, au début de cette messe, demandons à Dieu pardon de tous nos péchés.


Homélie : Au temps de Jésus, être lépreux était une maladie honteuse qui obligeait ces malades à vivre en dehors de la société, C’était des exclus, des intouchables, ce qui rendait leur situation encore plus pénible ! Plus de vie de famille, plus d’amis, plus de soins …

Dix lépreux alors sont venus de loin supplier Jésus pour qu’Il les guérisse. Et Jésus, dans sa bonté compatissante, les a tous guéris. Il leur a dit : « Allez vous montrer aux prêtres », et « sur la route, ils se sont trouvés guéris ». Mais, un seul a pensé à revenir vers Jésus pour Lui dire « Merci ». Et Jésus en a été étonné. Alors, pour le récompenser, Jésus lui a dit : « ta foi t’a sauvé ». Non seulement il a été guéri de sa lèpre mais guéri de son péché.

« Il n’y a point d’œuvre plus propre à Dieu que de répandre ses bienfaits, ni à la créature que de lui rendre grâces », dit le philosophe juif Philon, né 20 ans avant Jésus Christ, et il ajoute : « Il n’y a qu’une seule œuvre qui nous appartienne et dont nous puissions honorer Dieu : c’est de lui rendre grâce ». Philon a puisé cela dans la Bible car les psaumes ne cessent de rendre grâce au Seigneur. Psaume 110 : « Rendez grâce au Seigneur car il est bon. Car Éternel est son amour ».

Mais il y a, pour nous, chrétiens, un contemporain de Philon qui a une autorité bien plus grande : c’est l’apôtre Paul. S’adressant aux chrétiens de Colosses, il déclare : « Soyez enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi… et abondez en actions de grâce » (Col 2.7).

Paul reprend cette exhortation de l’action de grâce, comme un leitmotiv, dans chacun des quatre chapitres qui la composent : « Nous rendons grâce à Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ… pour votre foi et l’amour que vous avez pour tous les saints » (1.3) ;

« Rendez grâces avec joie au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage avec les saints dans la lumière » (1.12) ;

« …abondez en actions de grâces » (2.7) ;

« Soyez reconnaissants… faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâces par lui à Dieu le Père » (3.15-17) ;

« Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces » (4.2).

L’action de grâce (la reconnaissance) est une des dominantes de cette lettre adressée aux chrétiens de Colosses. Le mot que l’on traduit par « abondez » (action de grâces) est un verbe qui signifie: surpasser, amplifier, exceller. Et la Messe est la suprême action de grâces : « l'Eucharistie » qui veut dire action de grâce.

Cela m’amène à faire une première remarque à propos de la nature du chrétien : dans le Nouveau Testament, la vie du chrétien n’est jamais présentée comme une vie étroite et étriquée. Saint Paul, dans ses lettres, nous invite à rendre grâce à Dieu « sans cesse et en tout temps » (Eph 5), « en toute circonstance » (1 Tite 5, 18 20).

« Soyez assidus à la prière, qu’elle vous tienne vigilants dans l’action de grâce », c'est ce que l'on fait à la messe. Ou encore, il va même jusqu’à affirmer : « Soyez toujours joyeux, priez sans  cesse. En toute occasion, soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu  sur vous dans le Christ » (Thes 5,12). Il précisera même : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez ou que vous fassiez quoi que ce soit, rendez grâce à Dieu » (1 Cor 10,31).

Pourquoi donc être ainsi continuellement dans l’action de grâce ? C’est à cause de la grande bonté de Dieu envers nous et du grand bonheur du Ciel auquel Il nous invite pour partager Son intimité.

Un jour, Jésus apparaissant à Sainte Mechtilde lui demanda de Lui dire « merci » chaque jour pour 4 choses :

1°) « Dis-moi d’abord merci parce que je t’ai créée par amour ;

2°) Ensuite, dis-moi merci parce que je suis  mort sur la croix pour le pardon de tes péchés ;

3°) Dis-moi merci pour toutes les grâces reçues depuis ta naissance jusqu’au jour d’aujourd’hui ;

4°) Enfin, dis-moi merci pour le Ciel que je te donnerai. »

Et il lui spécifie que ce dernier merci Lui fait grand plaisir. Et qu’Il lui donnera beaucoup plus que ce qu’elle espère et même que ce qu'elle a pu imaginer. Extraordinaire… Que Dieu ce que Dieu nous réserve, cela dépasse tout ce que l'on peut imaginer, comme bonheur. C'est une très grande grâce que Dieu veuille nous admettre dans Son Ciel.

« Peut-être », me direz vous, « mais dans la vie il y a tant de malheureux »...

Oui, c'est vrai. Alors, en regardant Jésus sur la Croix - c'est la seule solution - demandons lui alors la grâce de voir Sa main dans chaque épreuve, puis la grâce de nous y soumettre aussitôt. Cela pourra nous permettre de l’accepter et peut-être même de nous en réjouir comme ont su faire les saints. Vous savez, le saint qui a évangélisé la France au XVIIIème siècle, saint Louis-Marie Grignion de Monfort, quand il prêchait et qu’il n'a pas eu de problèmes, de difficultés, il disait : « Faites pénitence », sans cela il ne peut pas y avoir de grâces. Et s'il y avait un problème, s’il y avait une croix, il se réjouissait parce que les grâces allaient abonder.

En effet, « Tout tourne au bien de ceux qui aiment Dieu », nous dit saint Paul. Si saint Ignace, qui était chevalier, qui a été blessé au siège de Pampelune, n’avait pas eu la jambe cassée et ensuite s’il n'avait pas été immobilisé (six mois) dans sa maison, il n'avait rien à faire, rien à lire, il s'ennuyait, il ne pouvait pas bouger, il n'avait qu'un livre de vies de saints, il n'en voulait pas mais par ennui il les a lues, cela a été sa conversion.

André Levet condamné à de (nombreuses) années de prison, d'isolement, il ne voyait personne dans sa prison, même pas celui qui apportait à manger, il y avait un guichet, il ne le voyait pas. C'est tellement terrible qu'un jour il s'est mis à crier - il ne croyait ni à Dieu ni à diable - : « Seigneur, si tu existes, manifeste-toi. Je te donne rendez à 2 heures du matin ». À deux heures du matin, sa prison s’est illuminée, elle n'avait plus de plafond. C'est le Seigneur qui était là. Alors André Levet est tombé à genoux en prière jusqu'à l'heure où on lui a apporté le déjeuner, à 7 heures. Cela a été sa conversion. Et, une fois libéré, il est devenu l'apôtre des prisonniers.

Combien de parents ayant un enfant trisomique finissent par découvrir Dieu en profondeur. Saint Paul nous dit en Romains 8/29 : « Et nous savons que tout ce qui nous arrive est pour notre bien, si nous aimons Dieu et si nous sommes dans ses plans ».

Il ne faut pas compliquer la vie, mais il est capital de savoir que Dieu est un Père qui nous aime encore plus que notre papa et maman de la terre. Et puisque Dieu nous aime, et qu'Il nous a donné la vie pour nous permettre un jour d’aller au Ciel, alors remercions-le.

Tous les petits événements de la journée, des plus simples aux plus grands, peuvent devenir occasions de louange. Louons Dieu pour les parents qu’il nous a donnés, pour l’époux, l’épouse qu’il nous a donné, pour les enfants qu’il nous a donnés, pour notre santé, pour notre métier, pour nos amis, pour une blessure surmontée qui nous a fait entrer dans la Miséricorde de Dieu.

Une maman peut louer Dieu en épluchant ses légumes, en préparant sa cuisine. Louez Dieu pour les petites joies de la vie, spécialement les joies familiales.

Et surtout, apprenez à vos enfants à louer Dieu dès le bas-âge, c'est-à-dire un an, un an et demi. L'enfant comprend par son sentiment, parce qu'il est sans péché, il est d'entière connivence avec Dieu. Mais à nous de lui ouvrir les yeux, c'est capital. Après, ce sera un chrétien parce que, ce qu'il aura reçu les premières années, on ne peut pas lui arracher cela du cœur.

Et puis, il y a encore un autre aspect. Louer Dieu pour le Bien qu’on remarque chez les autres. Jésus disait encore à sainte Mechtilde : « Celui qui me rend grâces pour les vertus qu’il remarque chez les autres, il en aura le même mérite que lui ». C'est le meilleur antidote contre la jalousie, et en plus, c'est bénéfique pour la santé. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 16 octobre 2016
29ème Dimanche du Temps Ordinaire


Introduction, à l’Eucharistie par Frère Jean-François : Nous avons la joie de prier avec les louveteaux, ici, présents ; il y a aussi le mouvement de l’A.C.A.T. qui normalement, je crois, vient à l’Eucharistie

Et aujourd’hui, c’est aussi le jour où le Pape, à saint Pierre de Rome, canonise sainte Elisabeth de la Trinité, carmélite de Dijon, qui nous a appris à pénétrer le mystère de la Trinité, sa vie de prière. Hier, c’était sainte Thérèse d’Avila, une autre carmélite. Toutes les deux nous disent que la vie est prière, et c’est une nécessité, en ce début de semaine missionnaire pour l’évangélisation du monde.

Cela rejoint, au fond, les lectures de la Parole de Dieu dans le sens que la prière doit être persévérante, persévérance dans la prière.

Vous savez que le verbe « prier » a la même racine que « précaire », le sens de la précarité qui désigne une personne qui a quelque chose seulement si l’autre la lui demande. Donc notre rapport à Dieu et aux personnes est toujours précaire, la relation humaine est précaire, parce que nous l’avons seulement si nous la désirons et si l’autre nous la donne gratuitement. Par nature, la prière est l’acte fondamental de la relation entre Dieu et nous, entre les personnes. En effet, la première chose que l’on enseigne aux enfants c’est de demander et de dire merci, c’est cela la prière aussi. Le pape François dit que la prière persévérante est la foi persévérante. Parce que s’il est vrai que la prière est la respiration de la foi et que prier est une nécessité, parce que si l’on arrête de respirer, on arrête de vivre. Notre vie doit être prière.

Sainte Thérèse de Calcutta enseignait : « le fruit du silence c’est la prière, le fruit de la prière c’est la foi, le fruit de la foi c’est l’amour, le fruit de l’amour c’est le service et le fruit du service c’est la paix » ; et elle ajoutait : « on nous ne demande pas d’être doués mais d’être fidèles. » Eh bien, allons à Dieu comme des enfants, tout simplement, ayons une relation filiale envers Dieu notre Père, car la prière c’est aussi le don de l’amour. Eh bien, pour apprendre à aimer, demandons cette grâce de prier et demandons pardon au Seigneur pour nos manques d’amour dans cette relation filiale à Dieu notre Père


Homélie de Frère Philippe-Marie : Les lectures de ce jour, comme nous le disait le Père Prieur en commençant, viennent attirer notre attention sur le rôle indispensable de la prière. Car, comme l’évoquait le livre de l’Exode, notre vie d’ici-bas, est un exode, une sortie vers la Terre Promise, mais cet exode, cette sortie se vit dans un combat.

 Notre foi, notre route vers le Ciel, puisque si nous avons mis notre foi dans le Christ, c’est pour que Jésus nous mène au Ciel. Eh bien, notre route vers le Ciel est une route sur laquelle nous rencontrons de nombreux ennemis : l’ennemi des tentations ; les démons qui viennent nous tendre des embûches ; les hommes qui ont fait le choix de ce monde plutôt que le choix de Dieu et ces hommes nous combattent.

 Dans ce combat, une arme est nécessaire et indispensable : c’est l’arme de la prière.

 La 1ère lecture nous montrait le peuple hébreu empêché de progresser, d’avancer vers la Terre promise par les Amalécites. Le roi Amalec s’opposait au passage des Hébreux sur sa terre et Israël n’a pas d’autre choix que de se défendre en prenant les armes. Mais l’auteur sacré qui a écrit cette histoire que nous venons d’entendre dans la première lecture au lieu de nous montrer Josué qui était le chef de guerre, au lieu de nous le montrer mener le peuple à la victoire, l’auteur sacré attire notre attention sur Moïse qui était monté, lui, sur le sommet de la colline.

 Et c’est bien, Moïse surtout qui  mène  le combat, mais d’une toute autre manière que Josué .Si Josué et ses hommes prennent les armes, Moïse, lui, prend comme arme le bâton de Dieu, ce bâton que Dieu lui avait donné, avec lequel il avait ouvert les eaux pour libérer le peuple de l’Egypte et passer à travers la mer rouge.

 Ce combat de Moïse, quel-est-il? C’est un combat spirituel, le combat de la prière ; son arme, c’est ce « bâton de Dieu » qu’il brandit comme un javelot, nous dit l’Écriture. Les bras levés au ciel, Moïse intercède pour le peuple et lorsque Moïse est fort dans sa prière, le peuple a le dessus sur ses adversaires, lorsque Moïse faiblit dans sa prière, le peuple se fait déborder et va vers la défaite.

 Dans les combats qui sont les nôtres aujourd’hui, que ce soit dans notre vie personnelle, que ce soit au niveau sociétal, si nos engagements sont importants, il y a aujourd’hui une manifestation très importante à Paris, pour demander une société respectueuse des droits de la Personne, des droits de la famille créée selon le plan de Dieu ; eh bien, si cette action est importante l’engagement de la prière est indispensable, et si on oublie la prière, la victoire de l’engagement social est impossible - si juste que soit notre combat -. Car les combats de notre vie, qui sont bien visibles, dépendent, d’une manière nécessaire, d’un combat spirituel, par nature invisible. Ce serait se faire illusion que de mésestimer le combat spirituel, sous prétexte qu’on ne voit pas ce qui est spirituel, qu’on ne voit pas nos ennemis.

 Saint Paul nous en avertit en (2 Co 10) : « Les armes de notre combat ne sont point charnelles  ; mais elles ont la puissance, par la vertu de Dieu, de renforcer des forteresses (spirituelles). »

 Alors, quelles sont ces armes ? Quel va être notre « Bâton de Moïse » ? Ces armes, dit encore Saint Paul c’est « le bouclier de la foi » et « le glaive de l’Esprit-Saint », c’est-à-dire la Parole de Dieu ». (Eph 6,16-17) Le bouclier de la foi. La foi, c’est cet appui inconditionnel sur la puissance de Jésus ressuscité, plus je vais avoir la foi, plus je vais m’appuyer sur Jésus. C’est pourquoi la foi rend possible ce qui est humainement impossible, parce que tout est possible à Jésus. Et notre foi se nourrit et se fortifie de la parole de Dieu, qui est le glaive de l’Esprit qui est une épée, nous dit Saint Paul.

 Pour avoir en main les bonnes armes, Saint Paul nous disait encore, dans notre 2ème lecture, qu’il nous faut garder la Tradition en restant fidèles à ce que les Apôtres et à ce que les témoins de Jésus ont enseigné. Saint Paul nous demande encore de connaître les textes sacrés, c’est-à-dire de connaître la Bible. Pour connaître la Bible, eh bien, il faut la lire, et un chrétien qui ne lit pas la bible, eh bien, laisse tomber son arme, c’est pas plus compliqué que cela. Les textes sacrés, nous dit Saint Paul, ont le pouvoir de donner la sagesse qui conduit au salut. Celui qui se nourrit de la Parole de Dieu reçoit le don de la Sagesse ; il devient fort pour lutter contre le démon, et il obtient le salut, c’est-à-dire la vie même de Dieu. Voilà, si je lis la Parole de Dieu, si je lis l’Evangile, eh bien, la vie de Dieu va m’habiter et j’aurai alors la force de Dieu

 Le grand ennemi de la prière, le grand ennemi de la foi, ce qui nous conduit tout droit à la défaite, c’est le découragement. « Nous avons essayé de prier en famille, mais les petits sont turbulents, on n’arrive pas à les tenir ; et les ados ne veulent plus prier, alors nous avons arrêté !... » On se décourage !

 « J’ai loyalement essayé de prier, mais rien ne s’est passé ; la situation a même empirée alors je m’arrête. »

 Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il « faut prier sans cesse », nous dit Saint Luc, « et sans se décourager ». Oui, le découragement est bien le grand allié de nos défaites.

 Jésus dit cette parabole, alors qu’il s’apprête à subir la Passion. Alors, il nous pose cette  question : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » La Passion de Jésus a fait vaciller la foi des disciples, elle les a découragés et ils ont été battus, ils ont tous fui.

 Et moi ? et nous ? Comment le Seigneur me trouvera-t-il ? Comment le Seigneur nous trouvera-t-il ?

C’est la question que Jésus nous pose à chacun, à chacune aujourd’hui. Où en est ma foi ? Où en est ma prière ? Eh bien, à chacun, chacune,  de donner la réponse dans notre cœur. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 23 octobre 2016
30ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à l’Eucharistie : Du bonheur, d’entendre une assemblée nombreuse qui chante de tout cœur. Merci. Nous sommes nombreux puisque nous accueillons depuis hier les confirmands d’Angers, nous accueillons aussi des séminaristes de Rennes avec le Père Guiblin, et nous accueillons aujourd’hui les sœurs, nombreuses, de la Providence de Ruillé-sur-Loir avec le Père Aubrée qui vient animer cette récollection. Bienvenue à tous pour célébrer le Seigneur qui nous libère, qui nous fait vivre et pour intercéder pour notre monde pour qu’il reçoive la bonne nouvelle.

C’est la clôture cette semaine de la semaine mondiale pour les missions, et parmi vous, mes sœurs,  je peux saluer certaines qui viennent de Madagascar, du moins originaires de Madagascar, et c’est le signe justement de cet élan missionnaire qui anime l’Eglise depuis ses débuts, de cette fécondité missionnaire à laquelle nous sommes appelés à coopérer. Ecoutons quelques paroles de notre Pape François, qu’il nous donne à l’occasion de cette journée mondiale : « L’Eglise, dit-il, a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu cœur battant de l’Evangile, de la proclamer dans tous les coins de la terre. Au cours de cette journée missionnaire mondiale, dit-il, nous sommes tous invités à sortir en tant que disciples missionnaires, chacun mettant au service des autres, ses propres talents, sa propre créativité, sa propre sagesse et sa propre expérience en ce qui concerne l’annonce du message de la tendresse et de la compassion de Dieu à l’ensemble de la famille humaine ».

Eh bien, c’est l’occasion en cette journée, de regarder en vérité quel est cet élan missionnaire qui nous habite, et probablement nous sommes en dette, en dette de générosité, de don de nous-mêmes et d’abord de prière pour que l’Evangile, lumière qui sauve, puisse rejoindre tous les cœurs. Demandons ce pardon du Seigneur et la grâce d’être renouvelés dans notre vocation missionnaire à chacun.


Homélie : Nous avons le témoignage de Saint Paul au soir de sa vie. Cet Apôtre, l’Apôtre avec un grand « A », et qui  nous témoigne que malgré toutes les épreuves de son ministère, le Seigneur l’a rempli de force, le Seigneur, pour poursuivre jusqu’au bout cette mission d’évangélisateur.

On pourrait se demander le lien des autres lectures avec cette journée mondiale des missions. Les lectures nous sont données par le déroulement liturgique, et finalement c’est bien qu’il en soit ainsi. Puisque ces lectures nous font réfléchir sur les dispositions intérieures de l’homme face à Dieu, et pour que sa prière soit efficace, c’est-à-dire le transforme, lui priant, c’est l’occasion de se rappeler qu’être missionnaire ce n’est pas d’abord faire des tas de choses et encore moins parler beaucoup. C’est d’abord être. La mission dans l’Eglise commence, la fécondité de l’Eglise tient d’abord à l’être, bien plus qu’au faire. Et s’il y a du faire, c’est parce qu’il est le fruit, le trop plein de l’être. C’est ainsi, que les choses sont fécondes. Si l’on commence par le faire en court-circuitant l’être, l’être avec Jésus, alors c’est du vent.

Alors regardons cette parabole bien connue de l’Evangile. Comme bien d’autres du reste, elle nous laisse peut-être dans cette impression de ne pouvoir  nous reconnaître ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux personnages que Jésus met en scène. Personne évidemment ne se reconnaît dans ce pharisien prétentieux, méprisant. Les pharisiens, ce sont forcément les autres. Pas évident non plus, de se reconnaître dans ce publicain escroc professionnel, et qui plus est, complice de ce pouvoir oppresseur, les Romains. Moi, quand même, je ne suis pas un escroc professionnel, je n’ai pas tué, je n’ai pas volé. Je ne ressemble pas trop à ce publicain, quand même… Je suis quand même meilleur que lui.

Et pourtant. Si nous prenons le temps de nous laisser interpeler en profondeur, c’est ainsi que l’Evangile peut nous transformer. Prendre du temps. Non pas l’écouter seulement, sinon ça coule à la surface. Eh bien, oui, je ne suis pas concerné. Cela ne me concerne pas cet Evangile. Non. Se dire que si Jésus nous l’a laissé et si cet Evangile vient jusqu’à nous aujourd’hui, c’est parce qu’il a quelque chose à me dire. Oui, si nous prenons le temps de nous laisser interpeler en profondeur par cette parabole, nous découvrirons sans doute qu’il y a en nous un pharisien qui s’ignore ou qui essaie de s’ignorer, et aussi un publicain qui aurait bien besoin de se reconnaître tel. Car nous sommes, comme le dit le Père Sonet avec sagesse, « nous sommes dans un monde où les pharisiens sont une espèce qui prospère assez bien, tandis que les publicains sont en voie de disparition ». En quel sens ? Les pharisiens prospèrent assez bien aujourd’hui en nous aussi sans doute. Regardons de près.

Le pharisien n’est-ce pas finalement celui qui se fait valoir, qui s’étale, et parle abondamment de lui-même devant les autres, et à force de parler abondamment de lui-même devant les autres, il finit par parler abondamment de lui-même devant Dieu aussi. Dès lors, ne suis-je pas moi aussi ce pharisien lorsque je mets en avant mes mérites et mes œuvres, y compris dans l’Eglise. Oui, mais je fais ceci et cela pour l’Eglise, je fais plein de choses. Lorsque j’étale mes compétences et mes diplômes. Lorsque je tire gloire de mes proches, de mon enfant qui fait telles études et qui a tel poste, et lorsque je tire gloire de mes relations, j’ai mes entrées… Le pharisien c’est aussi celui qui en se comparant aux autres les dévalue. Dès lors, ne suis-je pas, moi aussi, ce pharisien lorsque je juge les autres sur leurs actes, alors que j’ignore leurs responsabilités profondes. Oui, il y a les actes, mais cela ne fait pas toute la personne. Dieu merci. Ne suis-je pas ce pharisien lorsque je méprise ceux qui vivent ou pensent différemment de moi. Là aussi, qu’en est-il de la responsabilité profonde ? Lorsque je traite les autres de pharisiens, et c’est quand même notre penchant, ce sont les autres qui sont pharisiens bien sûr. Le pharisien c’est encore celui qui se justifie lui-même : « Je ne suis pas comme les autres hommes ». Il ne voit plus qu’il est pécheur, lui-aussi. Dès lors, ne suis-je pas moi-aussi ce pharisien, lorsque je reproche aux autres ce que je fais moi-même. Cela ne vous est peut-être pas arrivé… moi cela m’est arrivé. Lorsque je justifie mes mensonges, mes compromis, mes lâchetés. Parce que, soit disant, tout le monde le fait. Lorsque je me fabrique ma petite morale à moi en décidant de ce qui est bien ou mal pour moi.

Quant au publicain, on peut être tenté d’y voir une espèce en voie de disparition, pour reprendre les mots du Père Sonet. Le publicain, lui, ne juge pas les autres. Il a assez de se juger lui-même. Il demande pardon, parce qu’il se sait pécheur. Pécheur qui rechute peut-être constamment. Mais pécheur malheureux de l’être et qui ne se voile pas la face. Publicain, en ce sens, j’ai peut-être bien besoin de le devenir davantage. « On demande des pécheurs », s’écriait le Père Bro, il y a quelques décennies déjà.

Pour reprendre les mots du Père Sonet « Devant le pharisaïsme d’une société qui ne voit plus de fautes nulle part, le Christ n’a plus sa place. Quel péché pourrait-il bien pardonner, puisque l’homme n’en fait plus et qu’il est près à faire des monstruosités » Comme la GPA... Pas péché, monstruosité, mais ce n’est pas un péché… c’est l’avenir. Il n’y a plus personne à sauver alors… Heureusement, il reste encore quelque publicain sur cette terre. Et nous le sommes et je le suis lorsque je reconnais que je n’aime pas assez. Quel écart, quelle différence… entre ma capacité d’aimer et celle de Jésus, ou que j’aime de façon égoïste, lorsque je n’essaie pas de trouver des prétextes pour justifier mes faiblesses et mes torts. Lorsque je reconnais que j’ai besoin inlassablement d’un sauveur et que je me laisse soigner par lui, spécialement dans le sacrement du pardon.

Finalement, notre péché foncier est toujours l’orgueil, la présomption. Cette propension à nous comparer aux autres et à nous juger meilleurs qu’eux. Ce faisant, nous perdons de vue que tout ce qu’il y a de bon en nous, est grâce de Dieu, c’est-à-dire cadeau. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » écrit Saint Paul aux Corinthiens qui se déchirent par orgueil et vanité. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu. Et ce faisant, par cette présomption, nous perdons de vue surtout que Dieu seul connaît le cœur de l’homme et que Lui seul peut le rendre juste. Ce n’est pas à la force de nos poignets, de nos bonnes œuvres, que nous nous rendons justes. La preuve. Ce pharisien que Jésus met scène qui faisait plein de bonnes choses… mais il était foncièrement injuste, c’est-à-dire non ajusté à Dieu, puisque orgueilleux, plein de lui-même. Non, Dieu seul peut rendre l’homme juste. Il faut pour cela, que l’homme se reconnaisse pécheur avec les pécheurs et accepte humblement d’être ce perpétuel mendiant de la miséricorde de Dieu. Et Jésus nous a donné cet exemple : Lui sans péché, s’est mis au rang des pécheurs. Il s’est identifié à notre péché en prenant notre condition humaine.

Et je termine par ces paroles du Pape : « En accueillant et en suivant Jésus », par cet exemple d’humilité, d’abaissement de se mettre au rang des pécheurs, parce que nous en plus nous le sommes vraiment et profondément « En accueillant et en suivant Jésus, par l’intermédiaire de l’Evangile et des sacrements, sous l’action de l’Esprit Saint, nous pouvons devenir miséricordieux comme notre Père céleste en apprenant à aimer comme Il nous aime et en faisant de notre vie un don gratuit un signe de sa bonté. L’Eglise en premier lieu au milieu de l’humanité est la communauté qui vit de la miséricorde du Christ. Elle se sent toujours regardée et choisie par Lui avec un amour miséricordieux et de cet amour, elle tire le style de son mandat, elle vit de Lui et elle le fait connaître aux peuples dans un dialogue respectueux avec chaque culture et conviction religieuse ».

Laissons-nous renouveler dans cette certitude d’être ces pécheurs inlassablement pardonnés, qui avons à témoigner de cette miséricorde. Oui, de l’offrir d’abord, de l’offrir autour de nous, de rechoisir de l’offrir et d’en témoigner, combien cette miséricorde nous libère et nous vivifie. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 30 octobre 2016
31ème Dimanche du Temps Ordinaire C

Sg 11,22-12,2 ; Ps 144 ; 2 Th 1, 11- 2,2 ; Lc 19,1-10.


Introduction à l’Eucharistie : « Habités par la même espérance, baptisés dans le même Esprit-Saint » ; ce dimanche qui nous rassemble, c’est vraiment une rencontre avec le Seigneur, je dirai que, par rapport aux lectures que nous allons entendre, cela me fait penser au jeu du cache-cache.

Dans le jeu du cache-cache, il y en a un qui cherche et tous les autres se cachent ; et ceux qui se cachent aimeraient bien voir sans être vus. Celui qui cherche, c’est le Seigneur. Et ceux qui se cachent, il y a plusieurs façons de se cacher, ça peut être physiquement, ça peut être intérieurement, ça peut être de plusieurs façons, c’est nous-mêmes.

Mais, contrairement au jeu du cache-cache, celui qui est découvert, il a perdu, tandis que là celui qui est découvert, il a tout à gagner. Il a à gagner de devenir libre intérieurement, d’accueillir le grand cadeau de Dieu qui est celui de sa miséricorde, de son amour. Mettons-nous face à face au Seigneur, laissons-trouver, laissons-nous chercher, laissons-nous aimer, laissons-nous pardonner. Et accueillons cette joie de Dieu en confessant nos péchés.


Homélie : Chers frères et sœurs, avant de commencer l’homélie peut-être vous demandez vous pourquoi j’ai changé de côté. Avant c’était là, on s’adressait toujours au même côté. On a changé de côté, mais c’est plus que ça quand même. C’est parce qu’il y a un micro choral qui a un branchement particulier. Voilà, on essaie de trouver ce qui va pour le mieux. Toujours est-il qu’on m’a dit que vous entendiez mieux. Donc si vous avez entendu, vous avez entendu parler de Zachée.

Etonnant Zachée ! Il n’est pas grand, il doit être encore jeune car il court vite, il est souple car il monte aux arbres, il a la parole facile, même prolixe, il est débrouillard car il est devenu le chef des collecteurs d’impôts pour les Romains à Jéricho, vous savez cette ville un peu frontière où il y a des douanes, passages obligés, donc il fallait quelqu’un de fiable pour l’occupant, enfin aux yeux de l’occupant. Et sa réputation est bien établie : c’est le chef de la mafia locale, il est très riche. Mais ça lui suffit pas, il veut encore autre chose, alors il cherche. Il n’est jamais à court d’idées. Il en a une qui lui traverse l’esprit. Il y a quelqu’un qui travers le village, faut pas louper ça.

 Au jardin d’Eden, Dieu cherche aussi l’homme qui s’est caché dans les feuillages. Aujourd’hui Jésus, le Fils de Dieu le trouve perché dans un arbre, poussé par le désir de la curiosité et non pas de la conversion. Or Jésus nous a dit, c’est le paradoxe, qu’un bon arbre ne peut porter que du bon fruit, le fruit qui est dans le sycomore, avec Zachée, je ne sais pas si c’était un bon fruit. Alors Jésus va lui dire : « Descend vite, ce n’est pas ta place ! » Car celui qui sera élevé sur l’arbre de la croix, c’est Jésus lui-même qui donnera son fruit : un fruit de miséricorde. La miséricorde !

Cet homme perché sur un sycomore à l’entrée de Jéricho, c’est Zachée, c’est un nom qui signifie : « le justifié ». Je ne sais pas si c’est celui qui se justifie à ses yeux, mais c’est surtout celui qui sera justifié, rendu juste par le Seigneur. C’est le pécheur à qui le Christ vient offrir sa miséricorde. C’est le quêteur de Dieu que la lumière vient éclairer. C’est l’homme mû par l’élan de son âme avide de vérité aussi. Il sort de l’anonymat de la foule pour voir le visage du Sauveur, dès l’instant où il apprend qu’il doit passer par là. « Et il cherchait à voir qui était Jésus », car un inspecteur des impôts veut savoir, connaitre aussi à qui il a affaire, « mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. »

Jusqu’ici, Zachée a vécu l’expérience du publicain qui s’enrichit aux dépens d’autrui ; du pécheur qui se distrait au contact du quotidien. Mais Jésus voit en lui quelqu’un en quête d’autre chose. Et il va fermer les yeux sur ce qui crève les yeux de tout le monde, en choisissant d’aller loger chez ce pécheur. Car la Sagesse de Dieu qui se révèle : «  Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent, » avons-nous entendu dans le Livre de la Sagesse. Ce qui fera dire à Saint Jean Chrysostome : « Quelle vigueur envers les justes, quelle indulgence envers les pécheurs », admirant combien, en évitant tout à la fois, d’effrayer le pécheur et de flatter le juste, il conduit l’un et l’autre aux portes du salut.

Ainsi en est-il de chacun de nous que le Christ regarde sans cesse de ses yeux pleins de miséricorde quand nous nous reconnaissons pécheurs, et à qui il parle de sa voix pleine d’exigence quand nous nous croyons justes.

Zachée, lui, ne craint ni la raillerie, ni les moqueries. Il dépasse ce qui, le plus souvent, nous empêche de nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour rencontrer le Seigneur : la peur, vous savez la peur du ‘qu’en dira-t-on’, du fameux ‘qu’en dira-t-on’. Nous avons parfois en effet tellement peur de nous faire remarquer dans notre quête de Dieu. Et ce n’est pas la moindre astuce du Diable, que de nous maintenir à distance du Seigneur ; non pas tellement à cause de l’attrait du mal ou de la rude exigence du bien, mais plus banalement, plus sottement sans doute, par crainte du ridicule. Comme si le jugement des hommes nous importait plus que la joie de plaire à Dieu. Nous nous arrêtons à ce que nous savons être vain et nous restons ainsi, arrêtés, immobilisés, au seuil du pas libérateur.

On en fait tous l’expérience. Peut-être avez-vous visité des églises cet été. Je ne sais pas si ça vous est arrivé. Moi, ça m’est arrivé de rentrer dans des églises, il y avait pas mal de touristes. La tentation, c’est de faire comme eux et de passer subrepticement devant le Saint Sacrement, alors que c’est le Seigneur lui-même qui est là, qui nous voit, qui nous attend. Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on agit en fonction du climat du tourisme ou en fonction de la présence qui est là, qui nous attend.

 « Zachée, descend vite ! Il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ! Et vite, il descendit et le reçut avec joie. » En dépassant son amour propre, Zachée se libère d’un coup, de toute dépendance à l’égard de l’opinion publique. Il ne raisonne plus. Il ne s’écoute plus, j’allais dire qu’il capitule, il abdique. Il ne cherche pas à comprendre ; il entend une voix : il descend ! Quand Dieu quitte la majesté des cieux pour venir frapper au seuil de notre demeure, nous ne pouvons pas rester les bras ballants, statiques et muets. Il faut descendre. Il faut ouvrir, et dans la foi et l’humilité, s’accorder la grâce incomparable de laisser Dieu entrer et nous offrir sa lumière. C’est Lui qui nous remet debout. Zachée s’est retrouvé debout sur le sol face au Seigneur.

Alors, Zachée, résolument dit au Seigneur : «  Oui, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et, si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai le quadruple. » Au fond, il se confesse sur le seuil et communie à la table du Seigneur. La découverte du Seigneur l’ouvre à la rencontre et à la reconnaissance des autres comme frère. En se livrant à l’amour du Christ, il se livre à l’amour des hommes. Zachée, enfin, se sait aimé à son tour et, à son tour, il peut aimer : il est sauvé ! La bonté du regard du Seigneur, accompagnée de sa parole de miséricorde, ouvre et transforme le cœur de Zachée qui ne s’appartient plus et se livre dans une confession publique, lui le pécheur public, en se reconnaissant pécheur, et dans la grâce du pardon, va œuvrer à la réconciliation et à la réparation du mal qu’il a commis.

La conclusion sera donnée par Jésus lui-même : « Aujourd’hui, le salut est arrivé à cette maison, car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Cette merveilleuse rencontre du Christ et de Zachée nous révèle quelque chose d’essentiel par delà les contingences aménagées par la Providence, l’essentiel, la rencontre la plus authentique de Dieu se fait dans le cœur de chacun, quand l’intelligence pratique en quête de Dieu se laisse illuminer par son amour.

Le dépassement du raisonnable, de l’intelligible et du sensible est la condition nécessaire de l’approche du Seigneur, ce qui fait dire à Saint Grégoire de Nysse : « Celui qui a purifié son cœur voit Dieu non pas dans un face à face, mais imprimé en lui, comme en un reflet. Celui qui se purifie retrouve Dieu en lui. »

« Zachée, descend vite ! Aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi. » Zachée devient ce bon larron auquel le Seigneur dit : « Aujourd’hui, tu es avec moi chez toi, demain tu seras en mon Paradis, chez moi ! » Le Seigneur apparaît dans la transparence de notre vie. Quand est levé le voile qui embuait le miroir de notre âme, et l’image gravée en elle depuis le premier jour se laisse voir. L’acte de l’humilité de l’intelligence qui s’est heurtée à l’incompréhensible fait place à l’illumination intérieure qui remonte du cœur. Une voix se fait entendre, une Présence se laisse reconnaître, un chemin s’ouvre, mais il faut descendre de sa tour d’ivoire, et ôter les sandales de ses assurances humaines car nous découvrons que nous sommes en Terre Sainte.

Ce que nous célébrons en ce moment, c’est la rencontre du Zachée que nous sommes avec le Seigneur qui dit à chacun : « Heureux es-tu, toi qui es invité à mon repas eucharistique, te voici en présence de l’Agneau de Dieu qui enlève ton péché et celui du monde. » Répondons-nous en vérité : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri ! » Aujourd’hui, tu es avec moi dans ce paradis.

 Dans cette rencontre avec le Seigneur qu’il a préparé et provoqué, il nous faut entendre l’avertissement de Saint Paul : « Que Dieu vous trouve digne de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez et qu’il rende active votre foi ! »

 Que Marie, Reine de tous les saints, nous accompagne sur le chemin de la miséricorde et de la joie du Seigneur ! Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 6 novembre 2016
32ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction à la Célébration : La mort est un mystère pour chacun de nous. La première lecture et l’Évangile de ce jour sont des phares lumineux qui nous disent la vérité sur ce qui nous attend après la mort. Si nous avons recours à la miséricorde de Dieu, nous serons un jour comme des anges dans le ciel.

Cependant, si nous n’avons pas fait notre Purgatoire sur la terre, il nous restera des peines dues au péché à expier. Nous le ferons au Purgatoire. Heureusement, le Purgatoire finit un jour et c’est alors le bonheur d’aller voir Dieu dans le ciel. Donc, la seule chose de grande importance sur cette terre, c’est de préparer le ciel.

Prions donc pour tous nos défunts, tous ceux qui sont encore dans ce lieu de souffrance. Qu’ils en soient délivrés. Puisqu’aujourd’hui les prisonniers célèbrent le jour de la miséricorde, prions aussi pour tous les prisonniers.


Homélie : Aujourd’hui dans l’évangile, nous voyons les pharisiens (= sadducéens) poser une colle à Jésus pour le ridiculiser sur sa croyance en une vie dans l’au-delà, car les pharisiens (sadducéens) ne croyaient pas à la résurrection des morts.

Voici cette colle : sept hommes ont épousé successivement une femme qui à chaque fois devenait veuve sans enfants. À la Résurrection, de qui sera-t-elle l’épouse puisque chacun l’ayant eu pour épouse.

Jésus leur répond en démontant leur piège. Matthieu et Marc nous disent : « Vous êtes tous dans l’erreur parce que vous méconnaissez les Ecritures. » (Mt 22, 29 ; Mc//) « Ceux qui sont jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection ne prennent ni femme ni mari. Ils sont comme des anges dans le ciel. Ils sont enfants de Dieu. » (Luc 20, 35-36).

Le pape Jean Paul II a écrit un beau livre sur ce sujet : « Résurrection, mariage, célibat » qui explique bien cette merveilleuse vie dans l’au-delà à laquelle l’Apocalypse fait allusion. Le Seigneur Jésus est le seul véritable époux, qui vient épouser l’humanité entière. Tous ceux qui auront accueilli sa miséricorde participeront, après cette vie, au festin du Royaume des Cieux, dans une immense paix, une immense joie. Jésus est d’ailleurs le modèle des époux dans leur vie de don. Et on dit, les théologiens disent, quand une femme prend un époux c’est pour le préparer à devenir l’époux de Jésus et quand un mari prend une femme c’est pour la préparer à devenir l’épouse de Jésus.

L’entrée au ciel c’est le jour des épousailles avec l’Agneau de Dieu. Alors, Le Seigneur Jésus se donne tout entier, dans un immense amour, à l’âme du défunt ; et l’âme du défunt se donne toute entière, elle aussi à Jésus, toute saisie par l’amour de Jésus, ne voyant que lui, ne désirant que lui dans un bonheur immense. Mais à travers lui et par lui, elle se trouve unie à tous les élus du ciel. Pour cela, il faut qu’elle soit immaculée, purifiée dans l’amour, au moment de la mort ; sinon, illuminée sur son état intérieur, s’il reste encore la moindre tâche, d’elle-même elle se précipite là où elle doit aller pour se purifier afin de se présenter un jour sans tâche, immaculée, devant celui qui est pur comme un cristal. C’est la fonction du Purgatoire de purifier cette âme.

Le Purgatoire, est un lieu d’amour de Dieu mais aussi de très grandes souffrances. L’être tout entier aspire à la vision de Dieu et ne peut pas encore y parvenir. C’est ce qu’on appelle le feu du Purgatoire. Le feu de la terre apparaît bien doux à côté de celui du Purgatoire, selon une révélation privée qui a reçu l’imprimatur. Cette purification peut être plus ou moins longue, quelques minutes, quelques heures, quelques mois, quelques années, ou dizaines d’années, quelques siècles et même jusqu'à la fin du monde, aussi était-ce l’avis du Curé d’Ars, selon notre façon humaine de parler bien sûr ; car c’est une autre façon là-bas, car la réalité dépasse ce qu’on peut comprendre sur terre. Ce qui est certain, celui qui est au Purgatoire est sûr d’aller, un jour, au Ciel. Une religieuse de Valognes, qui a fait 18 ans de Purgatoire, a dit dans une locution intérieure à sa supérieure qu’elle avait l’impression d’y être depuis 10000 ans. Mais, heureusement beaucoup d’âmes que l’on pourrait croire perdues auront pu, au tout dernier moment, accepter la miséricorde de Dieu, car elle est grande, et ne va en enfer que celui qui refuse jusqu’au dernier instant cette miséricorde pour se livrer lui-même au démon.

Sait-on, par exemple, qu’un Staline, après tous ses crimes, avant de mourir, a fait demander le patriarche de Moscou, c’est un signe d’espérance.

Quand une âme quitte le Purgatoire, le plus heureux c’est Jésus lui-même. Voilà ce qu’il a  révélé à Conchita, une maman mexicaine stigmatisée dont la cause de Béatification est en cours. Cette âme donc, qui quitte le purgatoire est transformée en Amour, purifiée, lumineuse, sanctifiée et divinisée par l’Esprit Saint, et c’est Jésus lui-même qui la présente au Père dans une grande joie qui dépasse toutes les joies qu’on peut imaginer.

Heureux donc celui qui croit en Jésus, suit ses commandements, et qui a une grande confiance en sa miséricorde infinie. Un bonheur sans fin l’attend dans le ciel.

Et déjà sur terre, nous avons une anticipation de ce don de Jésus à notre âme. C’est dans la communion, ainsi a parlé le Pape Jean Paul II, où Jésus se donne tout entier à nous, les bras chargés de grâces. Mais pour que cela devienne efficace, il faut que notre communion soit désirée, préparée, attendue, et qu’après la communion, il y ait un temps d’action de grâce, qui est un entretien amoureux avec Jésus, et qu’après notre messe, nous continuions à donner de l’amour à Jésus et à nos frères, car c’est une chose inséparable.

Donc, pendant ce mois de novembre, qui est le mois des âmes du Purgatoire, pensons à nos défunts. Mesdames, cela peut vous être facile, quand vous faites une lessive, un linge bien sale parfois, quand il sort de la lessiveuse il a perdu toutes ses taches. Ainsi pouvons-nous, penser, par imagination, ce que peut être le purgatoire, car l’âme est purifiée et nous pouvons célébrer des messes car c’est le sang de Jésus qui va qui les purifier. Les fleurs que nous déposons sur les tombes ne sont d’aucune utilité pour les âmes du purgatoire, c’est seulement nous qu’elles consolent. Par contre, la sainte messe leur est très utile. Et nous-mêmes, lorsque nous serons dans ce lieu de purification, car peu d’âmes vont directement au ciel, nous profiterons, alors, des prières faites pour les morts dans la mesure où nous aurons nous mêmes pensé à prier pour eux (nos défunts). Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 13 novembre 2016
33ème Dimanche du Temps Ordinaire


Introduction à l’Eucharistie : « Veillons jusqu’au jour ! » Voilà ce que nous venons de chanter, et saint Paul nous dit que nous célébrons l’Eucharistie dans l’attente de son retour, et spécialement le Dimanche, qui est « Jour du Seigneur », où le Seigneur vient, où le Seigneur est là, et d’une certaine manière, le jour du Seigneur, les derniers temps sont déjà accomplis.

Alors, réjouissons-nous d’être en sa présence ; ouvrons-lui tout grand nos cœurs et accueillons sa grâce, accueillons sa miséricorde en reconnaissant que nous sommes pécheurs.


Homélie : Nous sommes à la fin de l’année liturgique, et les lectures de la messe nous parlent du temps de la fin, ou de la fin des temps.

 La fin des temps, c’est l’histoire de cette terre qui se clôt. Comme une porte qui se ferme : on passe d’un état à un autre état.

 C’est un peu ce que nous vivons en cette clôture de l’Année jubilaire de la Miséricorde. La porte sainte va être refermée cet après-midi à la cathédrale ; elle l’est, en ce moment, à Pontmain. Que de grâces ont été offertes en cette année. Heureux sommes-nous si nous avons su en profiter !...

 La 1ère lecture, tirée du livre du dernier prophète de la Bible, Malachie, parle du temps de la fin comme étant le « jour du Seigneur ». C’est un jour qui appartient au Seigneur, un jour où le Seigneur est totalement présent.

 Malachie présente ce jour comme étant brûlant conne une fournaise. Eh oui ! « Notre Dieu est un feu dévorant, c’est une fournaise sans fin » », dit le prophète Isaïe (33,14).

 Et ce feu sert de révélateur ; ce feu révèle ce que nous sommes en vérité.

 Saint Paul, dans la 1ère Lettre aux Corinthiens compare notre vie à une maison, à une construction. On peut, dit-il, la bâtir soit avec de l’or, soit avec de l’argent, soit avec des pierres précieuses, avec du bois, du foin ou de la paille. L’œuvre de chacun deviendra manifeste ; c’est le feu, dit-il, qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun (cf. 1 Co 3, 12-13). Ce feu n’est pas autre chose que celui de l’Amour du Cœur de Dieu. « Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour », dit saint Jean de la Croix.

 Que va révéler le feu de l’Amour du Cœur de Dieu ? Il va révéler deux catégories de personnes, nous dit Malachie :

La première catégorie, ce sont les arrogants, les impies. Les arrogants, les impies, ce sont ceux qui se dressent contre Dieu, ceux qui bâtissent leur vie en dehors de Dieu, sans que Dieu entre leur vie. Ils seront, dit saint Paul, de la paille en face du feu.

Ce jour du Seigneur sera donc caractérisé par la disparition du mal et la victoire du Seigneur. « Il disperse les hommes  au cœur superbe », chantera Marie. Le péché d’orgueil, qui est le grand péché, va disparaître. C’est une bonne nouvelle !

Et puis, Malachie parle d’une deuxième catégorie de personnes, ce sont ceux qui craignent le Nom (c’est-à-dire le nom du Seigneur). Ce sont ceux qui ont reçus de l’Esprit Saint le don de crainte. Ceux dont Marie chante dans le Magnificat : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ». La crainte du Seigneur, ce n’est pas la peur du Seigneur, la crainte du Seigneur, c’est cette attitude du cœur qui craint de blesser le Cœur de Dieu par des négligences et des indélicatesses. Plus quelqu’un nous aime, plus nous le craignons de le blesser en n’étant pas adapté à son amour, c’est cela la crainte du Seigneur.

Eh bien, Malachie nous dit que les craignant Dieu seront guéris par les rayons du soleil de Dieu. Dieu est un Dieu qui guérit, c’est d’ailleurs un des noms de Dieu, comme il est écrit au livre de l’Exode : « Je suis le Seigneur qui te guérit. » (Ex 15,26) Dans son rayonnement, Dieu justifie ceux qui le craignent, et, ce faisant, il guérit leur âme (guérison spirituelle) et il guérit leur corps (c’est la guérison physique). Le jour du Seigneur sera donc un jour de guérison totale, et je crois qu’on y aspire tous à cette guérison.

 Mais avant que n’advienne ce jour du Seigneur, notre monde devra passer par bien des crises, et le peuple de Dieu ne sera pas épargné. C’est ce que veut nous dire Jésus dans l’Evangile. Il y aura, dit-il, je reformule, c’est ce que Jésus dit ; il y aura des crises politiques, des crises doctrinales, des crises sociales, des guerres, des crises écologiques, sanitaires, des persécutions.

 Et la question que posent immédiatement les disciples à Jésus et que nous posons nous-mêmes, c’est : quand ? Quel sera le signe que cela va se réaliser ? Ce sera encore la question que les Apôtres poseront à Jésus avant l’Ascension : quand est-ce que tu vas établir ton royaume ?

 Jésus ne répond pas à la question, car la question n’est pas là ! la question, ce n’est pas : quand est-ce que cela va arriver, mais : qu’est-ce que je fais maintenant ? Voilà ce qui est important. Ce n’est pas quand cela va arriver, mais comment est-ce que je me situe maintenant ?

 Du temps de Saint Paul, certains chrétiens se disaient que, puisque Jésus allait revenir bientôt, ce n’était plus la peine de travailler. Saint Paul donne alors cette consigne de bon sens : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » Il faut être logique.

 Jésus, lui, nous donne quatre consignes :

 Premièrement : prenez garde. « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer. » Littéralement en grec : « Ouvrez l’œil. » Prendre garde, c’est veiller, c’est discerner. Comment veiller, comment discerner ? On ne peut avoir de vrai discernement qu’en restant uni à Jésus, c’est-à-dire en gardant sa Parole, en fréquentant assidûment la Parole de Jésus, la Parole de Dieu. Alors, il nous donnera son Esprit, un esprit de discernement.

 Deuxième consigne : « Ne soyez pas terrifiés. » Même s’il y a des guerres, des soulèvements, ne soyez pas terrifiés ! Pourquoi ? Parce que ce combat n’est pas le vôtre, mais le combat de Dieu, dit le Seigneur dans le 2ème livre des Chroniques (2Chr 20,15) ; c’est Dieu qui combat pour vous. Autrement dit : faîtes confiance au Seigneur en toute circonstance.

 Troisième consigne : Pas de soucis à l’avance. Il y aura des persécutions, mais « vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense ». Je serai là ; c’est moi qui vous donnerai le langage (une bouche) et la sagesse nécessaire.

 Quatrième consigne : celle du quotidien ; c’est la persévérance, l’endurance, qui consiste à s’accrocher au Seigneur et à ne pas bouger d’un pouce quoiqu’il arrive. C’est la constance des saints. ONLR, on a entendu cela il y a quelques années : « On ne lâchera rien ! » C’est cela, ne rien lâcher, et surtout pas Jésus.

 Oui, la seule question qui importe est : qu’est-ce que je fais maintenant pour être trouvé prêt, pour ne pas être pris au dépourvu lorsque tout cela arrivera ?

Est-ce que Jésus est vraiment présent dans ma vie ? Est-ce que sa Parole est ma nourriture de chaque jour ? Suis-je vraiment accroché à lui ? (je dirai, comme la bernique est accrochée sur le rocher). A nous de poser ces questions et à y répondre dans notre cœur. Amen.


RETOUR LISTE


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 20 novembre 2016
Solennité du CHRIST, ROI DE L'UNIVERS  C


Introduction à l’Eucharistie, par Frère Jean-François : Bienvenue aux Louvettes et à nos sœurs de Ruillé-sur-Loir, qui sont là pour un week-end de réflexion, de prière, de rencontre fraternelle.

Nous célébrons aujourd'hui la solennité du Christ, Roi de l'univers, le Christ, Roi !

Evidemment, nos représentations terrestres n'ont peut-être pas grand chose à voir avec le Christ, Roi de l'univers. Le Christ se présente à nous sur un trône, mais le trône c'est une croix. Et de cette croix, Il nous oblige à élever notre regard, à Le contempler, à L'accueillir. C'est un roi qui donne sa vie, qui est amour, miséricorde, bonté, et en même temps qui est justice. La justice de Dieu s'exerce dans le pardon des péchés, dans une conversion de notre part. Eh bien, demandons au Seigneur d'accueillir, pendant que nous sommes en chemin sur terre, sa miséricorde pour confesser Sa royauté, Son amour. Reconnaissons-nous pécheurs…


Homélie de Frère Marie-Jean : « On venait de crucifier Jésus ». Voilà l'Évangile que l'Église, la liturgie, nous offre en cette solennité du Christ, Roi de l'univers.

Quel paradoxe ! C'est au moment où Jésus est abaissé, humilié, anéanti, que l'Église nous invite à reconnaître, avec les yeux de la foi, Sa royauté.

Paradoxe, oui, parce que Son « Royaume n'est pas de ce monde », comme le dit Jésus Lui-même à Pilate. Son Royaume, disait le pape ces derniers jours, mercredi, n'est pas un royaume de pouvoir, ce n’est pas un royaume de gloire, comme ceux de la terre, mais de service et de don de soi aux autres.

Voilà pourquoi la Royauté de Jésus, Sa Royauté d'amour, est restée cachée, voilée, aux yeux de ceux qui recherchaient plus la gloire et la puissance humaine que la Vérité, l'Amour et la Gloire de Dieu.

Voilà pourquoi saint Luc nous décline tous ces personnages qui se moquent de la Royauté de Jésus, celle qui a été déclarée par Pilate sur la croix, sur l'écriteau : « Celui-ci est le roi des juifs ». Alors, ils le tournent en dérision tellement ils sont furieux de cette inscription, en tous cas les chefs juifs, les chefs des prêtres. Les chefs ricanent, les soldats se moquent. Les soldats qui représentent la puissance, eh bien oui, ils se moquent de ce Roi en croix. Et puis, l'un des larrons aussi injurie Jésus. Tous ceux là dont le cœur est plein d’eux-mêmes, de puissance humaine, de savoir ou de force.

Par contre, le peuple, lui, ne se moque pas, nous dit saint Luc : « il reste là à regarder. » Je pense que saint Luc veut nous suggérer que s'accomplit ici ce que le prophète Zacharie avait annoncé : «Ils regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé». Ce peuple, de petits, de pauvres, est stupéfait que cet homme qui a passé sa vie à faire du bien – «Il n'a rien fait de mal», dit l'un des larrons – cet homme qui a passé son temps à faire du bien aux corps et aux âmes, les chefs du peuple l'ont condamné ou l’ont fait condamné.

Le peuple est comme interloqué. Il regarde. Et il devine peut-être déjà quelque chose de ce Mystère de Jésus.

Un seul, à cette heure de ténèbres, y voit clair, à part Marie, qui est là bien sûr aussi, et qui garde dans son cœur les promesses de la Royauté de son Fils, reçues à l'annonciation : «Son Règne n'aura pas de fin». Elle y croit. Mystérieusement. Et si elle est debout, c'en est bien le signe.

Mais à part Marie, il y a un seul homme qui confesse, qui voit clair. Et le paradoxe est là encore, c'est un criminel. C'est celui qui était, avec Jésus, l'autre larron le plus méprisé de tous les gens qui étaient là. C'est lui qui voit clair. Et lui, dans son chemin vers la mort, a fait aussi un chemin intérieur de vérité avec lui-même et de repentir. Il le confesse lorsqu'il reprend son compagnon d'infortune : « Pour nous, c'est juste. Nous avons ce que nous méritons ».

Chemin de vérité, de repentir. Les yeux de son cœur sont lavés par ce repentir, et alors il y voit clair. Il est à même de recevoir la lumière de la foi que Jésus lui mérite sur la croix. Et que Marie a mérité aussi avec son Fils. Oui, il reconnaît et confesse à cette heure la Royauté de Jésus, c'est-à-dire Sa Puissance de Salut, d'un amour qui sauve. Il est en cette heure cette brebis perdue et retrouvée que Jésus est venue chercher dans les épines et l'abîme de Sa Passion et à qui Il ouvre, le premier, Son Royaume. Voilà la vraie Puissance de Dieu, de Jésus, puissance de Salut.

 On dit souvent, je l'ai appris cette semaine pendant notre retraite, on dit souvent que Jésus, cela veut dire : « Dieu sauve ». Eh bien, cela veut dire « Salut » tout simplement. Il est le Salut incarné. Oui, voilà la Puissance de Dieu manifestée par l'anéantissement de la croix, et sa communion à toute la souffrance humaine, manifestant sa Miséricorde infinie, qui attire peu à peu toute l'humanité à Lui, et ce larron repenti en est le premier.

« Quand j'aurais été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes ». De ce Roi doux et humble, miséricordieux, David était la figure lointaine. C'est pourquoi la liturgie nous donne cette lecture. Lui qui n'a jamais rendu le mal pour le mal à celui qui en voulait à sa vie, le roi Saül, jaloux de ses réussites. Mais David l'a respecté comme celui qui était justement « l'oint du Seigneur », le consacré du Seigneur. C'est pourquoi, David devint roi de toutes les tribus d'Israël, non par la force ou par la ruse, on l'a entendu, c'est spontanément que les tribus du nord viennent à David parce qu'elles reconnaissent en lui la vraie grandeur, la grandeur d'âme, cette capacité à pardonner. Là est la toute puissance. Celle de l'amour, celle du pardon.

Ce Christ, Roi d'Amour, Roi de Miséricorde, eh bien, nous le contemplons. Nous l'avons comtemplé toute cette année comme Roi de Miséricorde, nous le contemplons en cette fête liturgique dans sa victoire plénière, celle de la Miséricorde, pour nous laisser à notre tour comme le larron repenti – car nous sommes tous larrons quelque part, pécheurs – pour nous laisser saisir par ce Règne du Christ sur nous. Nous laisser attirer, nous laisser saisir, par la Vérité qu'Il veut faire dans notre cœur.

Saint Paul nous a dit que nous sommes entrés déjà dans ce Règne de Dieu : « Il nous a fait entrer dans le Royaume de Son Fils ». Oui, par le baptême, par cette renaissance, nous sommes revenus dans le Règne de Dieu sur nous. Nous en étions sortis - d'une certaine manière, car rien n'échappe à Dieu – nous en étions sortis par le péché, mais la grâce nous restaure, nous remet sous cette influence, sous ce Règne, cette domination amoureuse du Christ qui nous attire dans ce Règne d'amour, à coopérer à ce Règne d'amour, à nous laisser repentir, convertir nous aussi à la Miséricorde pour devenir instruments de cette Miséricorde.

Aujourd'hui c'est la clôture, à Rome, de cette année de la Miséricorde. Alors, (les louvettes) est-ce que la Miséricorde est finie maintenant ? Non, pourquoi ? Parce que Son amour est éternel ! La Bible nous le scande sans cesse. C'est ce que nous dit notre pape. Revenons à ses paroles, qu'il ne faudra peut-être d'ailleurs pas mettre tout au fond d'un placard, mais qu'il faudra relire de temps en temps, ses paroles lumineuses qu'il nous a données au seuil de cette année de la miséricorde.

Les louvettes, vous allez trouver : quand est-ce que Marie nous dit cela ? Que la miséricorde du Seigneur, c'est jamais fini ? C'est Marie qui nous dit ça. Elle le chante même, tellement elle est heureuse de contempler cette miséricorde qui est sans fin. « Son amour » - peut-être que l'on dira un jour sa « miséricorde » - « s'étend d'âge en âge sur ceux qui Le craignent », qui craignent de l'offenser, de blesser Son amour, cet amour miséricordieux.

Et le Pape nous disait que, justement, le but de cette année était de faire entrer tout un chacun dans le grand mystère de la miséricorde de Dieu en contemplant le visage du Christ. Sans cesse Le contempler, faire ce va et vient entre cette contemplation du Christ miséricordieux envers nous et envers tous, pour réveiller en nous ce désir d'être comme Lui. Là est le bonheur.

L'Église est d'abord appelée à être  témoin véridique de la Miséricorde en la professant, en la vivant, comme le centre de la Révélation de Jésus-Christ. Cette source ne sera jamais épuisée pour tous ceux qui s'en approchent, parce que la Miséricorde de Dieu est sans fin. Et le Pape nous disait aussi : « C'est le 20 novembre - aujourd'hui - en la solennité liturgique du Christ, Roi de l'univers que sera conclue l'année jubilaire. Alors, est ce que cela veut dire que la Miséricorde est finie ? « En refermant la Porte Sainte ce jour là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d'action de grâce envers la sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l'Église et de l'humanité tout entière, tout le cosmos, à la Seigneurie du Christ pour qu'Il répande Sa Miséricorde, telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire » – c'est l'avenir - « moyennant l'engagement de tous au service de notre proche avenir. Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de Miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu. Qu'à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la Miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous ».

Cette année a été une surabondance de Miséricorde offerte plus largement, plus « facilement » à tous ceux qui le voulaient, qui voulaient écouter cet appel. Mais la Miséricorde, Dieu merci, ce n'est jamais terminée. Nous sommes dans le temps de la conversion, et après, le choix que nous aurons fait par toute notre vie, œuvres de miséricorde ou non, eh bien, nous recevrons bien sûr la conséquence de ces choix.

Alors, chères louvettes, qu'est ce que vous faites tous les jours ? Vous priez … Bravo ! Vous faites des jeux ? C'est très bien... jouez ! Le Seigneur est heureux de vous voir jouer, heureux de votre joie, à condition de ne pas tricher. Mais qu'est-ce que vous vous êtes engagées à faire dans votre promesse de louvette ? Les bonnes actions, la « B.A. » Souvenez vous, on vous l'a dit sans doute déjà, mais je le répète : la B.A. quotidienne, c'est le chemin de la béatitude, donc c'est le chemin du Royaume. Chaque fois que vous faites une B.A. ... tous les jours, et j'espère peut-être plusieurs par jour... Eh bien, dites vous : « Je laisse Jésus régner sur moi. Je vais le faire pour que Tu règnes Jésus dans mon cœur.  Quand je fais ma B.A., je Te laisse régner dans mon cœur un peu plus ». Retenez cela.

Rendons grâce ensemble pour cette miséricorde qui s'étend d'âge en âge, comme dit Marie, sur ceux qui le craignent. Qui craignent de blesser Son Amour. Amen.



RETOUR LISTE