HOMÉLIE PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS ORDINAIRE 2018

(Année B)


LISTE DES HOMÉLIES


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 14 janvier 2018

2ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 19 août 2018
20ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 21 janvier 2018

3ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 26 août 2018

21ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 28 janvier 2018

4ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 2 septembre 2018
22ème Dimanche du Temps Ordinaire
B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 4  février 2018
5ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 9 septembre 2018

23ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 11 février 2018

6ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 16 septembre 2018

24ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 10 juin 2018

10ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-FRANÇOIS
Le 23 septembre 2018
25ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 17 juin 2018

11ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 30 septembre 2018
26ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 1er juillet 2018

13ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 7 octobre 2018

27ème Dimanche du Temps Ordinaire B

HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 8  juillet 2018

14ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DU PÈRE FRANÇOIS-DOMINIQUE FORQUIN, O.P.  Le 15 Juillet  à Montsurs
15ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 22 juillet 2018

16ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 29 juillet 2018
17ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 5 août 2018

18ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 12 août 2018

19ème Dimanche du Temps Ordinaire B


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HOMÉLIE DU FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 14 janvier 2018
2ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la Célébration : Bienvenue à toutes les personnes venues ce week-end, se laisser travailler, transformer par l'Esprit-Saint, et puis bienvenue à vous tous, « Fidèles, » fidèles du dimanche.

Pendant toutes ces semaines, nous avons fêté le mystère du Verbe Incarné, Dieu qui se fait chair, Dieu qui prend un corps humain. Mais pourquoi prend-Il un corps humain ? Il prend un corps humain, pour pouvoir nous parler avec nos mots humains, et, dans cette liturgie, le Seigneur nous adresse Sa Parole; Il a une Parole à dire à chacun, à chacune d'entre nous, à nous d'ouvrir notre cœur, les oreilles de notre cœur, pour nous laisser toucher par Sa Parole, pour nous laisser vivifier, relever, par la puissance de Sa Parole. Alors, au seuil de cette Eucharistie, déposons nos vies devant le Seigneur, telles qu'elles sont, avec ses lumières, avec ses ombres, avec son péché. Confions nous à la miséricorde du Seigneur en reconnaissant que nous sommes pécheurs.


Homélie : Au début du temps ordinaire, juste après le temps de Noël, la liturgie nous donne d'écouter des récits de vocation. Et ce n'est pas un hasard : si Dieu est venu nous rejoindre en prenant notre chair, c'est pour se mettre à notre niveau, pour nous tendre la main, pour nous appeler, pour nous inviter à entrer en relation avec Lui. C'est pour nous inviter à partager son intimité. Le Verbe s'est fait chair pour nous appeler à Lui, pour nous inviter à devenir ses intimes.

 Cet appel, le Seigneur peut l'adresser à de tout jeunes enfants. Le récit de la vocation de Samuel est touchant. Samuel est un tout jeune enfant, élevé dans l'enceinte du Temple, tout près de l'Arche d'Alliance, c'est-à-dire tout près de la Présence du Seigneur. Et voici qu'en plein milieu de la nuit, le Seigneur l'appelle : «  Samuel, Samuel ! » Oui, Dieu peut appeler de tout jeunes enfants. Et je peux témoigner que j'ai reçu mon 1er appel au sacerdoce à l'âge de 5 ans…

 Le jeune Samuel qui croit être appelé par le prêtre Eli, se lève aussitôt et court pour aller le trouver. Quel zèle chez cet enfant ! Il court ! Faisons attention, nous adultes, à ne pas nous amuser du zèle des enfants pour Dieu, et à ne pas les décourager.

 « Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, » nous dit l'Ecriture. Comment cela ? Samuel était un fils d'Israël ! Il avait été conçu, suite à la prière que, dans la ferveur et les larmes, sa mère avait adressée au Seigneur, parce qu'elle était stérile. Il avait été donné au Seigneur par ses parents, et il recevait son éducation dans le Temple ! Comment peut-on dire qu'il ne connaissait pas le Seigneur ? Eh bien, on peut connaître son catéchisme par cœur et ne pas connaître le Seigneur... On peut faire ses prières et ne pas connaître le Seigneur !... On peut aller à la messe le dimanche, communier, et ne pas connaître le Seigneur... Connaître le Seigneur, dans la Bible, relève de l'expérience, de la rencontre personnelle. C'est ce que précise la suite de notre texte : « La Parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. » Connaître le Seigneur, c'est Le rencontrer, personnellement. Cette rencontre personnelle peut se faire de bien des manières. Ici, c'est par une interpellation directe : « Samuel, Samuel ! »

 Mais, pour reconnaître qui l'appelait, Samuel a eu besoin du prêtre Eli. Pour reconnaître le Seigneur dans notre vie, nous avons besoin des lumières de quelqu'un qui a fait cette expérience avant nous. D'où l'importance d'avoir des maîtres spirituels, des directeurs spirituels capables d' authentifier l'appel. Et que fait le prêtre Eli ? Il renvoie Samuel à son interlocuteur invisible. « Va te coucher, et s'Il t'appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Et Eli se garde bien de gêner ce dialogue. Quel respect pour la conscience de l'enfant !

 Il appartient aux parents, aux éducateurs, aux prêtres, aux religieux, religieuses, d'ouvrir les enfants à ce dialogue, d'en discerner la réalité, et d'en respecter le secret.

 L'évangile nous montre ce même mystère de mise en lumière et d'effacement. Jean-Baptiste désigne Jésus : « Voici l'Agneau de Dieu », et en même temps, il s'efface pour que ses disciples puissent le quitter et suivre Jésus. Quel détachement et quelle humilité, chez Jean-Baptiste...

 Et aux deux disciples de Jean qui le suivent, Jésus demande : « Que cherchez-vous ? » C'est la toute première Parole de Jésus dans l'évangile selon saint Jean.

 « Que cherchez-vous ? » Question fondamentale. La première parole de Jésus dans l'évangile n'est pas une affirmation mais une question; une question adressée à toute personne qui veut Le suivre. » Que cherches-tu ? » En venant à la messe ce matin, que cherches-tu ? Dans ta vie, que cherches-tu ?

 Les deux disciples répondent : « "Où demeures-tu, Seigneur?"… et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour là. » Demeurer avec Jésus, vivre dans son intimité, c'est l'expérience qu'on faite les deux disciples et qui a changé le cœur de leur vie.

 Un des obstacles au discernement de l'appel de Dieu, c'est l'impureté. Comme la cité de Corinthe, où l'érotisme coulait à flots du sommet où se dressait le temple d'Aphrodite, notre société d'aujourd'hui est devenue hyper-érotisée.

 Une étudiante me confiait qu'elle ne pouvait pas avoir une conversation sans qu'il y aient des phrases avec des sous-entendus... il y a une pression, aujourd'hui, à ce niveau là.

 Dans ce contexte d'impureté qui avilit le corps et la personne, saint Paul n'hésite pas à exalter la dignité du corps humain. Le corps humain a été en effet saisi par la Lumière de Pâques, il est consacré au Seigneur par le baptême; il est devenu Temple de l'Esprit-Saint. Il est promis à la résurrection, à l'incorruptibilité ! On ne peut pas faire n'importe quoi avec son corps... et avec son cœur, parce que c'est lié ! A fortiori avec celui de l'autre !...

 Nous avons été achetés à grand prix, au prix du sang de Jésus, pour être libérés et pour appartenir à Jésus. « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes », nous dit saint Paul... car par le baptême vous appartenez désormais à Jésus.

 Dès lors, l'usage du corps doit se faire dans la sainteté et le respect, dit encore saint Paul, « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »

 Notre corps est fait pour manifester la gloire de Dieu en nous ( cela se réalisera en plénitude dans notre corps ressuscité, un jour), et puis, il est fait pour qu'il rende gloire à Dieu.

 C'est en fuyant la débauche, l'impureté, que nous pouvons peu à peu unifier notre cœur, unifier notre être. C'est en fuyant le péché, comme nous le demandait saint Paul, que nous pouvons rendre notre cœur de plus en plus transparent à Dieu. Alors, Dieu pourra faire descendre sa Lumière au plus profond de notre cœur; alors son appel sera de plus en plus clair ; alors nous pourrons vivre avec Lui une vraie communion d'Amour et de Vie, pour notre bonheur.

 Que l'Esprit-Saint, qui nous a consacrés au jour de notre baptême, nous donne de comprendre ces choses … et d'en vivre. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 21 janvier 2018
3ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la célébration : Bienvenue aux Familles de l'Ecole de Prière! Toute cette journée, nous nous placerons sous le regard du Seigneur, afin de connaître quelque chose de son Amour. C'est à cet Amour que nous sommes conviés pour correspondre à ce que Le Seigneur attend de nous. Pour cela, il faut se sentir aimé « afin qu'au Nom de Jésus, -nous dit l'oraison-, nous puissions porter un fruit en abondance. »

 Le fruit en abondance que le Seigneur attend de nous, eh bien, c'est tous ensemble, avec tous ceux qui nous ont rejoints, qui viennent habituellement aussi, c'est de prier pour l'Unité des Chrétiens. L'Unité ! Faire UN ! Et cela, c'est un don de l'Esprit-Saint qui demande une conversion intérieure, ce n'est pas rien; cela demande une grâce particulière, il faut la demander au Seigneur pour nous-mêmes et pour toute l'Eglise, afin que nous soyons un témoignage aux yeux du monde, qui a aussi besoin d'entendre et de voir cette Unité dans Le Seigneur, afin d'être touché.

 Demandons au Seigneur cette grâce de la conversion du cœur, à travers ce chemin d'humilité qu'est le Pardon. Pardon, Seigneur, pour tous mes péchés, et, ces péchés, je les dépose dans ton Cœur, afin que ton Cœur les consume et nous donne cet Amour dont nous avons tant besoin et dont le monde a tant besoin.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, nous sommes dans la semaine de prière pour l'Unité et, aujourd'hui, dimanche, c'est le jour de l'Ecole de Prière. Les familles prennent une journée pour se mettre sous le regard du Seigneur. C'est un besoin, oui, de sentir l'Amour de Dieu, surtout en ce monde, aujourd'hui. L'Ecole de Prière est une école de vie chrétienne. La vie dans le Christ, c' est notre vocation de baptisés. Alors qu'est-ce que La Parole de Dieu nous enseigne sur la vocation, notre vie dans le Christ? Car il s'agit bien de cela : notre vie dans le Christ. Déjà, dimanche dernier, la Parole de Dieu orientait notre regard, notre méditation, sur l'intimité et le service du Seigneur. Si vous vous souvenez, il y avait l'appel de Samuel, un jeune enfant, qui aussitôt s'est levé, il avait besoin qu'on lui fasse découvrir qui était Le Seigneur ; c'est un peu le travail des adultes de faire découvrir aux enfants cette Présence de Dieu qu’ils ont en eux, cet appel intérieur, pour leur montrer le chemin.

 J'entendais, hier, un témoignage d'une dame, qui a un petit-fils et dont la maman est d'origine  asiatique et qui à priori ne connaît pas bien notre religion chrétienne ; son petit-fils s'est marié avec cette personne-là ; ils ont un enfant qui a déjà 6 ou 7 ans et qui, en voyage en Europe, découvre une croix avec le Christ ; l'enfant dit : « mais, mais cet homme-là, sur la croix, qu'est-ce que c'est ? » Il a eu peur; il a fallu que sa grand-mère lui explique ; l'enfant, tout d'un coup, découvre un homme crucifié, exposé comme cela devant tout le monde ; personne ne dit rien, tout le monde passe devant, mais l'enfant est encore capable de s'interroger.

 Oui; il y avait eu aussi l'appel de ceux qui ont suivi Jésus et qui ont dit à Jésus : « où demeures-tu? » Jean Baptiste les avait orientés et ils se posaient déjà la question en eux-mêmes : « où demeures-tu ? » Et Jésus de leur dire : « venez et voyez. » Donc, le Seigneur les appelles à vivre une intimité. Et, aujourd'hui, cette Parole de Dieu qui oriente notre regard, notre méditation, sur cette intimité et sur le service du Seigneur, nous interpelle directement sur le sens et la vérité de la vocation dans le Christ : d'où l'appel du Seigneur à la conversion : « Convertissez-vous. » C'était l'appel de Jonas à Ninive, c'est aussi l'appel de Jésus dans l'Evangile et cette conversion appelle à un détachement, à un dépouillement quelque part, ce n'est pas rien !

 Nous avons entendu l'ordre du Seigneur à Jonas ; et ce Jonas, en fait, c'est chacun de nous. Jonas, lui qui était Juif, pensait, dans son mental, « pas de salut pour les païens! » Or, il est envoyé prêcher la conversion aux païens. Sur la mer, il y a la tempête ! Du bateau, il est jeté à la mer, car il fuyait la volonté de Dieu. Il se trouve que ces païens offrent un sacrifice, sur le bateau, au Dieu de Jonas ! Pour Jonas, il n'y a qu'un sacrifice agréé, c'est celui qui est offert au Temple, et par les Juifs. Et là, les païens… Le Seigneur exauce leur demande. C’est ensuite qu’il est envoyé à Ninive, symbole du mal et de tout ce qu'on peut imaginer. En fait, ils se convertissent aussitôt ! C'est impensable ! En fait, Jonas nous montre que l'irréductible, le plus difficile à convertir, c'était lui-même ! Il y a un mystère qui nous interpelle. Nous sommes tous des Jonas. Bien sûr, nous connaissons le Seigneur et nous savons, dans la Foi, que nous sommes sauvés, et parce que nous avons ce cadeau, Dieu nous demande de faire ce cadeau aussi, de nous laisser envoyer pour que les autres puissent être atteints ; le problème c'est que ce cadeau, il faut le partager. « Lève-toi, va chez les païens impénitents de Ninive, proclame que cette ville sera détruite s'ils ne se convertissent pas ! » Et Jonas s'est levé, s'est mis en route ; alors qu'a-t-il fait ensuite?

 Il a commencé par râler, il n’était pas content, eh oui, la conversion des Ninivites allait contre toutes ses convictions... Ce n'est pas rien, cela l'a remis en cause ; il ne voulait pas trop; il a refusé la mission et il s'est enfui vers la mer, puis il a fait naufrage. La mer, c'est le symbole des puissances du mal ; loin de Dieu, il s'est éloigné, à l'opposé. Symbole des forces hostiles, la mer. Après son naufrage, arraché à la mort dans le ventre du poisson, Jonas, à contre-cœur, est allé prêcher aux Ninivites. Ce que Le Seigneur attend de nous, c'est notre bonne volonté d'y aller. Alors, nous pensons quelquefois que nous sommes un peu l'auteur de ce qui va se passer, mais là, il n'y avait rien d'humain qui aurait disposé à une conversion ; un homme qui râle, qui n'en veut pas, etc..., qui prêche cependant et puis, tout d'un coup, Dieu touche le cœur au travers des paroles d'un râleur ! Après son naufrage, après avoir été arraché à la mort, finalement sa prédication a porté ses fruits ! La ville entière s'est convertie dans la pénitence, dans la pénitence ; ils ont pris ces paroles au sérieux, ils ont jeûné, ils ont fait pénitence. Et Jonas est ce fils de la parabole qui d'abord refuse l'appel de son Père, puis se ressaisit et consent à obéir.

 La vocation de Jonas est une vocation qui d'abord a fait l'expérience du péché contre Dieu, puis a fait l’expience de la miséricorde du Seigneur. Ce refus de Dieu, c'est un péché contre Dieu. En fait, Jonas va traverser ces refus, ces rejets de Dieu pour comprendre quelque chose, plus tard, de la miséricorde de Dieu. Dieu lui a fait miséricorde. Il faut qu'il le comprenne, qu'il le vive, et qu'il le traverse pour être, en vérité, missionnaire et évangélisateur. Si nous ne sommes pas convaincus nous-mêmes que nous sommes l'objet de la miséricorde, je ne sais pas comment on peut comprendre la miséricorde du Seigneur.

 Ninive s'est convertie, Dieu a fait miséricorde. Et pourtant Jonas ne sera pas content du résultat et, à nouveau, il sera fâché contre Dieu. Jonas est une vocation difficile, difficile, mais le Seigneur ne choisit pas les gens faciles ! C'est un entêté, au caractère ombrageux, mais Le Seigneur n'a jamais renoncé au choix de Jonas, son envoyé, son messager. Le Seigneur ne renonce pas à l'appel quelle que soit la personne. Alors quelle belle leçon que la vocation de Jonas ! C'est une belle leçon !

 Au fond, quel rapport y a-t-il entre Jonas et Ninive ? Jonas, l'élu de Dieu; Ninive la ville païenne bannie de Dieu ; ils sont tous les deux l'objet de la miséricorde de Dieu. Jonas, par choix et volontairement, s'est enfermé dans son refus et s'est détourné de Dieu. Ninive, par infidélité à la loi naturelle qui est un don de Dieu, s'est enfermée dans la nuit du péché, de la jouissance et de la mort. Par sa révolte contre Dieu, en quelque sorte, Jonas fait l'expérience du péché de Ninive. Il est aussi coupable et peut-être plus, car lui c'était en connaissance de cause : il s'est affronté directement à Dieu. Imaginons un instant que Jonas n'ait pas répondu à sa vocation ? Si Jonas, finalement, avait fini par refuser jusqu'au bout, eh bien, toute une ville aurait peut-être péri d'une perte éternelle, je veux dire séparée pour toujours de Dieu ! La réponse à notre vocation est donc personnelle et ecclésiale devant Dieu et devant nos frères. Nous sommes solidaires, Dieu nous veut solidaires.

 Dans l'épreuve de sa solitude, devant l'ampleur de la tâche missionnaire, aux Indes, beaucoup plus tard, souvenons-nous du cri d'alarme de saint François-Xavier, missionnaire, devenu Patron des Missions, Jésuite, un des premiers compagnons de Saint Ignace, eh bien Saint François-Xavier, devant son désarroi (il était seul, devant toute cette Asie, l'Inde, la Chine, le Japon, seul missionnaire), il écrit une lettre aux professeurs d'Université d'Europe, qui, écrivait-il, « ont plus de science que de charité, épris de culture et de belles lettres, ils ne se soucient guère du salut des âmes ». On travaille pour l'esprit, mais que fait-on de la conversion, du salut de ces immensités ?

 Le choix de Dieu est sans repentance, Il sonde les cœurs, Il appelle à son service des personnes quels que soient leur caractère, leur tempérament, leurs talents, leurs qualités, les pauvretés et les défauts. Dieu donne sa grâce, il demande générosité, disponibilité, souplesse, et c'est peut-être la chose qui nous manque le plus, la souplesse, la patience, pour répondre sans partage. Dieu donne la semence, Il demande à l'homme de la semer, c'est tout ; « ne t''occupe pas du résultat, c'est moi qui m'en charge. » Seul Dieu donne vie et croissance. Le résultat et la récompense, c'est Dieu qui les donne, on n'est pas propriétaire.

 Comment ne pas entendre la passion du salut des âmes dans l'avertissement de Saint Paul aux Corinthiens ? « Frères, je dois vous le dire: le temps est limité. Ce monde tel que nous le voyons est en train de disparaître. » C'est dramatique. Autrement dit, nous n'avons pas vocation à nous éterniser sur la terre, le bonheur est ailleurs, en Dieu, en Dieu.

 Alors que faire ?

 Le psalmiste, par son expérience de la vie et sa sagesse, nous fait entrevoir que la première disposition est l'humilité. Humilité d'une écoute attentive, d'un cœur bien disposé et en vérité devant Le Seigneur. Le cœur est disposé à la prière, reconnaissant et docile. « Le Seigneur est bon et droit, Il remet les pécheurs sur le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin. »

 Revenons à notre question initiale. Qu'est-ce que la Parole de Dieu nous enseigne sur la vocation, notre vie dans le Christ ? C'est précisément ce que Jésus proclame sur le bord du lac de Galilée : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est là. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » Vous vous souvenez que Jonas a fui sur la mer, et Jésus en personne vient sur terre, Il vient en terre païenne, au bord de la mer, du lac de Galilée, Il vient en terre païenne… Jésus vient au bord de la mer, symbole des puissances du mal pour appeler à la conversion et sauver de la mort les pécheurs immergés dans l'accoutumance ou l'ignorance du péché. La conversion est une réorientation de toute la vie. Jésus, le Fils Bien-aimé, vient sur terre, vient sur le lac et Lui ne sera pas écouté. Dieu a exaucé Jonas, malgré lui, mais Jésus, le Fils de Dieu en personne, qui vient appeler à la conversion, Il mourra sur une croix.

 La conversion au Christ est le fruit d'une première vocation, d'un appel à la foi dans le Christ. Le deuxième appel est un regard personnel du Seigneur. « Passant au bord du lac de Galilée , Il aperçoit Simon et André, puis Jacques et Jean ».

 Le lieu de l'appel et la situation des appelés, ici dans l'évangile, définissent la vocation particulière des disciples du Christ. Pierre, André, Jacques et Jean sont sur la mer, ils sont dans ce monde hostile à Dieu. Jésus leur dit : « Venez, suivez moi, je ferai de vous des pécheurs d'hommes. » « Aussitôt, aussitôt… », c'est remarquable, comme Samuel… « Aussitôt, laissant là leurs filets, leur barque, et leur père avec ses ouvriers, ils Le suivirent. On a un «  aussitôt » dans la réponse et l'autre « aussitôt » est dans l'appel de Jésus.

 Comprenons la radicalité de l'appel du Seigneur qui saisit le cœur de ces hommes pour vivre en disciples les conseils évangéliques sous la forme des trois vœux auxquels souscriront ceux qui s'engageront par la suite à suivre le Christ obéissant, chaste et pauvre. «Ils quittent leurs filets.» Les filets assurent la maitrise sur les vivres et donc une autonomie. En abandonnant là leurs filets, ces liens qui tiennent captifs, ils abandonnent la dépendance, pour vivre dans une nouvelle liberté, l'obéissance à la suite du Christ. Dans leur barque, ils sont dans leurs biens ; en quittant leur barque, ils se détachent de l'assurance d'un bien pour vivre la pauvreté du Christ, désormais leur seule providence. En laissant leur père et ses ouvriers, ce sont les affections humaines qui sont dorénavant ordonnées à l'amour du Christ en vue de la chasteté pour le Royaume.

 La vocation ne signifie pas savoir et maîtriser, mais faire pleinement confiance ; c'est un saut dans la Foi. La vocation n'est pas un choix, c'est être choisi : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis. » La vocation est une démarche de conversion : en se donnant, on se reçoit ; en s'oubliant, on se trouve ; en pardonnant, on est pardonné ; en donnant sa vie, on ressuscite à l'éternelle vie.

 Que nous soyons dans les dispositions de Jonas ou dans le questionnement du psalmiste, Jésus nous ouvre son cœur et se fait connaître, Lui, le seul Chemin à suivre, la seule Vérité à croire, nous donne sa Vie offerte en partage. Notre nouvelle demeure, c'est le Cœur de Dieu. Comme Jonas, nous devenons la demeure de Dieu et Dieu, précisément, va se choisir ce cœur de l'homme pour venir en lui par l'Eucharistie, pour l'habiter ; ainsi nous serons dans le cœur de Dieu. Aujourd'hui, demandons au Seigneur, avec un cœur humble et confiant, des vocations religieuses et missionnaires pour le service de l'Eglise et le salut des âmes dont nous portons tous la responsabilité. Demandons au Seigneur, par sa Mère, de diriger notre vie selon son amour afin qu'en son Nom, nous portions des fruits de conversion en abondance au service de l'Eglise.

 Formulons ensemble cet acte de confiance, que nous pouvons redire : Seigneur, je crois en Toi et je T'aime. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma.
Le 28 janvier 2018
4ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la célébration : Le Père Prieur me prie de saluer le groupe de l'Île-Bouchard.

Au début de cette messe, il nous faut penser à Jésus, qui, dans l'Evangile, par sa seule Parole, fait sortir le démon d'un homme qui se manifestait et le chasser. Cette Parole, Il nous la confie, et nous pouvons, nous aussi, chasser le démon avec cette Parole. Mais le démon, rusé, nous rend souvent distrait quand cette Parole est annoncée dans une messe ou oublieux de la lire dans notre évangile, chez nous. Eh bien, au début de cette messe demandons pardon à Dieu de cette négligence parce que là nous avons un grand pouvoir pour nous libérer du démon et nous l'oublions.


Homélie : Mes Frères, Jésus et les quatre Apôtres, qu'Il vient de recruter, entrent à Capharnaüm. Capharnaüm, c'est une ville de passage; c'est la Galilée des païens, le lieu privilégié pour l'évangélisation, car ce lieu est un mélange de races, de commerçants, de paysans, de nomades du désert au teint basané, de miséreux en haillons et de bourgeois romains, avec des soldats qui font la justice pour le compte de l'étranger. C'est là qu'on trouvera Matthieu, le publicain. C'est un monde bigarré ! C'est dans ce milieu que Marc va nous dépeindre une journée type de Jésus: Jésus qui enseigne, Jésus qui libère des démons, Jésus qui guérit des malades et Jésus qui prie.

 Mais aujourd'hui, nous n'avons que le début de ce récit. Et ce récit commence par une description de Jésus dans une synagogue, un jour de sabbat, là où le Juif croyant vient écouter la lecture de la Parole de Dieu et son commentaire. C'est en Maître que Jésus enseigne, et c'est tout nouveau pour le peuple qui s'étonne. Il y avait là un homme malmené par un esprit impur qui a entendu cette Parole de Jésus. Il l'a laissée descendre dans son cœur, il en a été touché. Alors son cœur a été mis à nu. Il a découvert que son mal lui venait du malin. Le démon, ainsi découvert, a manifesté son mécontentement d'être reconnu et surtout sa peur d'être chassé par Jésus. Alors, à travers l'homme, il se met à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. ». Et Jésus, par la seule puissance de sa Parole, le chasse : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » De suite, l'esprit mauvais sort alors de cet homme en signalant sa présence, car il malmène cet homme qui rentre en convulsion et se met à crier. Tous les témoins sont frappés de stupeur et se demandent entre eux : « Qu'est-ce que cela veut dire? »

 Eh bien, cela veut dire, premièrement, que le démon aime se cacher pour ne pas être découvert, afin de mieux nous dominer pour nous entraîner dans son malheur. Deuxièmement, pour Jésus, c'est le contraire. Il aime la vérité et veut notre bonheur. Par sa Parole, Il dévoile la présence du mauvais et le chasse par cette seule Parole. Sa Parole est donc toute puissante - c'est ce qui est confirmé par l'Épître aux Hébreux 4,12 : « Vivante et efficace est la Parole de Dieu, plus incisive qu'un glaive à deux tranchants, Elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, Elle peut juger des sentiments et des pensées du cœur. » Tout est nu et à découvert aux yeux de Dieu.

 C'était vrai hier, c'est encore vrai aujourd'hui. Cette Parole de Dieu est une chance pour nous. Le démon la craint toujours. C'est pourquoi, le démon fait tout pour nous empêcher de l'écouter attentivement. Par exemple, lorsque nous venons à la messe le dimanche, il est content si nous arrivons après la lecture de l'Evangile, ou bien il encombrera notre esprit de soucis, pour nous faire entrer dans l'Eglise avec un esprit distrait, encombré de futilités, afin qu'à la lecture de l'Evangile nous ne puissions rien en retenir. Il importe donc, qu'avant notre entrée dans l'Eglise nous abandonnions tous nos soucis, en faisant confiance au Seigneur.

 Le démon n'aime pas non plus qu'avant de venir à l'Eglise nous ayons pris soin de nous préparer en lisant l'Evangile du jour. C'est trop dangereux pour lui. Tous ses mensonges seraient découverts. Alors, il nous suggérera une quantité de choses à faire, pour que nous n'ayons plus le temps pour lire cette Lecture. De même, si nous possédons une Bible chez nous, il fera tout pour nous la faire oublier. Il sait combien, cette lecture suivie pourrait nous permettre de découvrir bien des mensonges dans les médias.

 Oui, nous pouvons dire un grand MERCI à Dieu de nous avoir donné Sa Parole dans le Saint Evangile. Ainsi, avec Sa Parole, sa puissance est à notre disposition. Si nous devenons de fidèles lecteurs de cette Parole, et que nous la laissons descendre dans notre cœur, Elle portera du fruit : tous nos petits mensonges, nos manques de charité, nos pensées orgueilleuses, nos paresses, nos égoïsmes, tout cela nous sera dévoilé et nous pourrons avec la grâce de Dieu nous en corriger simplement en lisant cette Parole pour nous engager plus fermement dans les voies du Seigneur. Alors, nous pourrons chanter avec le psaume 118, v.105 : « Ta Parole est la Lumière de mes pas, la lampe de ma route. » Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 4  février 2018
5ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Nous avons la joie d’avoir parmi nous les Confirmands de Challans en Vendée, avec leur pasteur, le Père Louis-Marie. Donc son Saint patron, c’est Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, la Vendée. Merci, Père, et merci à vous, les Confirmands, qui vous préparez à l’accueil de l’Esprit Saint.

 Nous avons aussi la joie de vivre, ce week-end, une rencontre de la famille spirituelle. La famille spirituelle, c’est un ensemble de personnes : il y a des Frères, des Sœurs et des Messagers, ce sont des laïcs chrétiens, qui vivent une spiritualité eucharistique et mariale. Et nous savons que là où il y a l’Eucharistie et Marie, il y a l’Esprit Saint.

 Or, notre diocèse, -puisque nous sommes dans la grande Eglise-, va entrer en synode à la Pentecôte. Avant cette entrée dans le synode, toute l’Eglise se met en prière. Comme à la Pentecôte, il y a eu huit jours de retraite. Vous les Confirmands, vous êtes en retraite pour vous préparer à ouvrir votre cœur pour l’accueil de l’Esprit Saint. Notre Eglise aussi est en prière. Notre famille spirituelle est en prière pour l’accueil de cet Esprit Saint.

 C’est la raison pour laquelle, à la fin de la Messe, nous dirons ensemble cette belle prière que vous avez reçue, pour nous préparer à accueillir l’Esprit Saint. Nous en avons besoin, déjà pour entrer dans cette Eucharistie et vivre pleinement, pleinement cette Communion avec le Seigneur qui s’offre à son Père.

 Alors, pour bien ouvrir notre cœur, il faut déposer tout ce qu’il y a dedans. Et qu’est-ce qu’il y a dedans ? Il y a, bien sûr, des joies, des peines, nos péchés. Et on va déposer tout ça dans le cœur du Seigneur, pour Lui demander pardon, c’est-à-dire ouvrir nos mains pour Lui offrir tout ce que nous avons, afin que les mains vides, nous accueillons l’Esprit que le Seigneur nous donne, son Esprit, l’Esprit de Jésus à travers son Corps et son Sang.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, permettez que je déplace un peu les choses, j’ai l’impression d’être un peu serré là. C’est pour mieux voir nos Confirmands. Ils ont le sourire.

 Vous savez, quand, dans notre vie, et chacune de nos vies est traversée par une épreuve un jour ou l’autre. Et lorsque nous sommes atteints dans une épreuve, on cherche souvent un réconfort, une écoute. Et là, quand on entend cet Evangile, il y avait une grosse épreuve dans la famille de Pierre et d’André. Que font-ils ?

 La première chose qu’ils font, c’est qu’ils en parlent à Jésus. Ils en parlent à Jésus. C’est peut-être le premier réflexe qu’il nous faut retrouver, lorsque, justement, dans notre vie, nous traversons un besoin d’aide. C’est cela.

 Aujourd’hui, dans l’Evangile, nous avons ce qu’on appelle « le samedi de Jésus » ou notre dimanche, samedi c’était le Sabbat.

Et en regardant une petit peu ces différents personnages que nous avons rencontrés : Job notamment. C’était un homme accablé, accablé par la souffrance, seul, la solitude dans sa misère. Et souvent lorsque l’épreuve vous frappe, il peut y avoir aussi une accusation. Seul dans sa misère, mais Job appelle le Seigneur. Il l’appelle à se souvenir de lui.

Le psalmiste chante aussi de son côté la miséricorde du Seigneur, protecteur des pauvres, parce que lui il l’a traversé, le psalmiste, l’épreuve. Saint Paul, lui, se sait investi d’une mission, prêcher la Bonne Nouvelle du Salut. Il sent un besoin impératif, parce qu’il a été l’objet de la miséricorde. Il a rencontré le Seigneur. Et il prêchera la Parole, parce que cette annonce l’a transformé sur le chemin de Damas. C’est à partir de sa conversion, de cette transformation que la Parole a opéré dans son cœur. Paul est devenu le prédicateur de la miséricorde de Dieu.

Et aujourd’hui, mais comme toujours, nous avons besoin d’entendre cette Parole, car il en est tant comme Job, qui parlent comme Job. Heureusement que Job a dit tout haut, ce que tout le monde pense tout bas : « mes yeux ne verront plus jamais le Bonheur. Le jour n’en finit pas, les nuits sont peuplées de cauchemars », et il en faut parfois si peu pour que tout bascule : « à quoi bon croire ! ». Vous savez, nos vies sont parfois comme cela. Il nous faut regarder Jésus pour voir, entendre et se laisser toucher.

Cet Évangile, aujourd’hui, nous décrit justement ce dimanche de Jésus, ce Sabbat, ce samedi, à Capharnaüm, que l’on peut considérer comme un exemple-type de la manière dont Il vivait le jour du repos des Juifs. Et nous pouvons nous inspirer pour nos dimanches, et aussi pour les autres jours de la semaine, si nous vivons le travail comme étant la construction d’un monde guéri et racheté.

Cette journée de Jésus est rythmée par ses trois occupations prioritaires : se plonger dans la prière avec le Père, c’est-à-dire parler à son Père, être en famille et au milieu des gens, être présent, et guérir les malades, soulager les malades, guérir, chasser les démons, etc…

Jésus parle avec l’Homme, touche avec sa main, qui est la main de l’Infini, la main de la personne finie. Dieu est la main de l’Infini qui touche la main de l’Homme, celle du fini. Et dans ce cas celle de la belle-mère de Pierre, mais tout cela est empreint de Dieu, commence dans la prière et s’achève dans la prière.

L’Évangile, oui, nous parle d’un samedi, qui débute dans la synagogue, continue dans la maison de Simon où Jésus guérit la belle-mère, et à la porte de cette maison où Jésus guérit beaucoup de malades et de possédés. Mais on notera que le récit d’aujourd’hui ne s’achève pas par la soirée de ce samedi, mais par la démarche de Jésus qui, avant l’aube, se rend dans un lieu solitaire, où Lui, le Fils parle avec son Père.

Il guérira les mains pour que l’Homme, les mains ouvertes et tendues, serve, porte assistance et bénisse le prochain, ses frères et sœurs en humanité. Il guérira les mains du cœur pour qu’elles se joignent en prière et que l’homme entre en communion avec Dieu. Jésus Lui-même, de nuit et jusqu’à l’aube, même fatigué, « fatigué » de guérir, se rendra dans un lieu solitaire pour prier.

Le jour et le soir pour servir et guérir l’Homme, la nuit et l’aube pour prier son Père.

Jésus, cerné par la douleur, au milieu d’un tourbillon croissant, le soir, devant  la maison de Simon, la foule souffrante se précipite vers Lui, Lui livre sa douleur et retrouve la vie. Jésus sait trouver des espaces et des moments pour demeurer avec son Père. Jésus nous enseigne à inventer ces espaces secrets qui donnent la santé à l’âme, ces espaces de prière où rien n’est plus important que Dieu, où nous pouvons lui dire : « Je suis devant Toi ; pour un temps que je sais bref je ne veux rien mettre avant Toi ; rien, pour ces quelques instants, ne vient avant Toi. » C’est notre déclaration d’amour.

Je me souviens quand il m’arrivait d’accompagner des jeunes au Pèlerinage à Lourdes, et d’entendre ensuite au retour leur expérience. Et ils me disaient : « Quand nous étions au pèlerinage à Lourdes, nous avons manqué une chose. Nous avons fait beaucoup la fête. Nous avons beaucoup couru, marché, chanté… Mais on a oublié de se retrouver seuls, devant le Seigneur. » Il y a comme un vide après. C’est le choc en retour. Il faut ces inspirations, cette respiration, à la fois d’un chant, d’une joie communautaire et d’une relation personnelle. C’est les deux poumons.

Dans notre prière aussi, nous devons apprendre toujours davantage à entrer dans cette histoire, l’histoire du Salut, dont Jésus est le sommet, renouveler devant Dieu notre décision personnelle de nous ouvrir à sa volonté, Lui demander la force de conformer notre volonté à la sienne, tout au long de notre vie, en obéissant à son projet d’amour pour nous. Son projet pour nous passe par la médiation de l’Eglise, l’obéissance à l’Eglise.

La prière de Jésus touche toutes les étapes de son ministère et toutes ses journées sans qu’elle soit affectée par la fatigue. Les Évangiles, au contraire, dévoilent l’habitude de Jésus de passer une partie de la nuit en prière.

Le Seigneur, Lui, nous prend aussi par la main. Nous aussi nous faisons la même chose, nous prenons la main qui nous est tendue. Que de choses recèle une main. Un tel geste peut soulever une vie. C’est là, selon l’Évangile de Marc, le premier miracle de Jésus, le plus petit en apparence, mais qui dit la signification de tous les autres : Jésus-Christ, le Verbe fait chair, nous libère du mal physique et spirituel et nous rend libres pour faire le bien. Alors faisons au moins comme la belle-mère de Pierre, guérie de la fièvre, qui, aussitôt, imite Jésus, venu pour servir parce qu’Il nous aime. Servir signifie aimer, non par les mots, mais par les actes.

Je crois que le sens de tous les miracles que fait Jésus est de changer la vie de l’homme, de rendre l’homme à lui-même et à Dieu, l’orienter vers Dieu. Selon l’Évangile de Saint Marc, le premier miracle du Christ est celui de guérir la belle-mère de Pierre, puis durant sa vie publique :

- Il guérira aussi des aveugles, pour que l’Homme ait des yeux pour voir,

- Il guérira les sourds pour que l’Homme ait des oreilles pour entendre,

- Il guérira des muets pour que la bouche de l’Homme loue le Seigneur et parle en vérité,

- Il guérira des boiteux pour que l’Homme ait des pieds qui marchent à sa suite.

En observant la prière de Jésus, demandons-nous : comment est-ce que moi, je prie et j’agis ? Quand et combien de temps est-ce que je consacre à la relation avec le Seigneur ? Qui peut être mon modèle?

Le premier modèle dans ce domaine est Jésus, qui nous enseigne le Notre Père. Il nous révèle la nouveauté de notre dialogue avec le Seigneur : la prière filiale, que le Père attend de ses Fils. C’est de Jésus que nous apprenons comment la prière constante nous aide à interpréter nos vies, à prendre nos décisions, à reconnaître et à accueillir notre vocation.

Et nous, petits disciples de ce grand maître, nous sommes appelés à être témoins de la prière, justement parce que notre monde est souvent fermé à l’horizon divin et à l’espérance qu’engendre la rencontre avec le Seigneur. Dans la profonde amitié avec Jésus, en vivant en Lui et avec Lui la relation filiale avec le Père, nous pouvons ouvrir des fenêtres vers le Ciel et vers nos frères.

A celui qui n’a pas le temps et les moyens de prier avec la Liturgie, je suggère de réciter l’Angélus, pour se remémorer la résurrection de Jésus, à midi pour célébrer sa crucifixion, le soir pour faire mémoire de sa naissance. Ou bien de commencer sa journée avec ces deux prières : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un», tirée du Deutéronome ou tout simplement  « Notre Père qui es aux cieux… ». La première prière est écoute, la deuxième est réponse. Dans l’écoute j’apprends à reconnaître et à aimer le Père, et dans la réponse je dis tout de suite : «  Mon Père.. ».

Que la prière soit le « travail » le plus important, cela est d’autant plus clair pour nous que le premier engagement irrécusable est celui de la prière : que la prière de Jésus résonne sans interruption dans notre cœur de fils et sur nos lèvres comme louange au Père et vive intercession pour le monde. La prière façonne en nous un cœur de fils, de frère. La vraie prière est réponse, obéissance, humilité.

Et nous, qui sommes souvent branchés. Branchés sur nos ordinateurs, sur nos portables, etc… Au fond, sommes-nous en relation ? Je ne suis pas sûr. Une relation, c’est ce qui fait vivre.

Avec une affection et dévotion particulières cultivons avec Marie, l’humble confiance filiale, la prière d’intercession, la contemplation des mystères de son Fils Jésus. Elle est intime participation à la vie de l’Eglise, intercession inlassable pour l’Église et pour le monde. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 11 février 2018
6ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction En ce 6ème Dimanche, le Seigneur est heureux de nous voir réunis pour rendre un culte à son Père, et c'est l'Esprit-Saint qui nous rassemble.

 Aujourd'hui notre communauté, notre famille si l'on peut dire, s'est enrichie aussi  de la présence de louveteaux, merci à eux d'être là. Le Seigneur est heureux de vous voir, alors soyez-lui présents. Nous sommes aussi heureux d'accueillir les animateurs du pèlerinage des jeunes à Lourdes avec André Chauvin et Marie Hélène qui sont les responsables. Ce sont des jeunes et des adultes qui donnent de leur temps; qui donnent de leur temps au service du Seigneur et des jeunes. Nous savons combien il est important d'être présent pour faire connaître quelque chose de cet amour de Dieu qui nous habite et cela passe par la rencontre.

 C'est aussi aujourd'hui  la fête de Notre Dame de Lourdes. Bien sûr, c'est dimanche, mais Marie et le Seigneur, on peut dire que cela fait presque tout UN car Marie est sa Mère, et à Lourdes, Elle nous dit à travers Bernadette en orientant notre regard vers le Seigneur : « Oui, priez; priez pour les pécheurs; allez vous laver à la piscine. » C'est tout UN.

Et dans l'évangile et la 1ère lecture, il est question de lépreux. La première lèpre, c'est celle du péché et seul  Le Seigneur peut la guérir. C'est Lui qui nous lave dans son Sacrement et l'Eucharistie que nous allons accueillir, c'est vraiment accueillir Le Seigneur pour qu'Il vienne nous purifier de l'intérieur, nous sanctifier afin que nous soyons UN CHRIST. Le chrétien est un Christ, il doit donner à voir ce qui l'habite, et pour cela demandons pardon au Seigneur de nos dissemblances. Pardon, Seigneur, pour nos péchés.


Homélie: « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Quelle audace chez ce lépreux qui s'approche de Jésus et tombe à ses genoux ! La lèpre est une maladie qui excommuniait, nous l'avons entendu dans la 1ère Lecture. Le lépreux est retranché de la société, il doit habiter à l'écart, et si quelqu'un s'approche de lui, il doit crier: » impur, impur ! » pour que les gens s'en aillent.

 Audace et grande confiance en Jésus, qu'il ne connaît pas encore bien. Rappelons-nous que cette rencontre entre Jésus et le lépreux se situe au tout début de l'évangile selon Saint Marc. Nous sommes encore au 1er chapitre au verset 40. La guérison des lépreux était l'un des signes de l'avènement messianique du Règne de Dieu. Autrement dit, ce lépreux voit déjà en Jésus le Messie. Quelle foi extraordinaire !

 Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit: »Je veux, sois purifié. » Les exégètes relèvent que les manuscrits grecs présentent deux versions de ce verset:

- la version la plus courante, celle que nous avons entendue dit que Jésus est «  saisi de compassion », Il est pris aux entrailles, ému jusqu'au tréfonds de l'être.

- la seconde version dit que Jésus est «  pris de colère ». Et il y a de grandes chances que cette version soit la plus authentique, parce que la plus difficile à interpréter : un scribe, choqué par cette expression l'aura édulcorée, en mettant que Jésus est pris de compassion.

 Mais pourquoi Jésus se serait-Il mis en colère devant ce lépreux tombé à ses genoux ?

Un peu plus loin , en Saint Marc au chapitre 3, Marc note à nouveau que Jésus promène sur les gens qui l'épient afin de l'accuser, un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur (3,5). C'est la maladie spirituelle, la maladie du cœur, l'endurcissement du cœur qui provoque la colère de Jésus. Or dans la tradition Juive, la lèpre est l'écho d'une maladie spirituelle. Et la maladie spirituelle dont la lèpre est le reflet, c'est la médisance : dire du mal de son frère.

 En effet, deux grands personnages de la Bible sont devenus lépreux, suite à de la médisance : il s'agit de Moïse et de sa sœur Myriam (cf. Ex 4,1.6; Nb 12,1-2.10 )

 Saint Jean Chrysostome dit que la seule lèpre à craindre c'est celle de l'âme, c'est-à-dire le péché.

 Et le Pape François ne cesse de répéter que l'immense plaie des communautés chrétiennes, c'est la médisance, la lèpre détruit le corps, mais la médisance détruit une communauté, détruit une famille, détruit une réputation, etc... Je vous cite le Pape : « Je vous le dis clairement, c'est le péché le plus commun de nos communautés chrétiennes... C'est l'ennemi qui détruit nos communautés : les médisances. »

 Voilà ce qui met Jésus en colère: Lui qui est venu sur terre pour nous mettre en communion avec son Père et les uns avec les autres, Il ne tolère pas que nous détruisions cette communion par nos médisances.

 Et en même temps, Jésus est saisi de compassion, ému jusqu'au tréfonds de l'être devant à la fois, la détresse et la confiance de l'homme lépreux. Alors, Il le touche et dit : « Je veux, sois purifié », et non pas : « Je le veux! Sois purifié » comme nous l'avons entendu dans la lecture. Le texte grec dit bien : « Je veux ! » Marc met l'accent sur la puissance du simple vouloir de Jésus. Saint Marc veut nous montrer que le vouloir de Jésus, c'est un vouloir divin, et donc efficace, c'est pour cela qu'Il dit : « Je veux ». C'est précisément ce qui se passe en chaque sacrement : dans chaque sacrement, il y a un signe sensible, un geste, qu'accompagne une parole, et nous avons vu que Jésus a touché le lépreux, Il a fait un signe sensible et Il a prononcé une parole. Et la Parole des sacrements reçoit leur efficacité, leur puissance de Jésus Lui-même présent et agissant dans le ministre.

 Malgré l'interdiction formelle que Jésus fit à cet homme de ne rien dire à personne, aussitôt parti, il se mit à proclamer et à répandre, non pas « la nouvelle », comme le dit la encore la traduction, mais il se mit à répandre « la Parole ». La vie de cet homme a été transformée par la rencontre de Jésus, et désormais sa vie devient proclamation de la Parole, sa vie devient témoignage, bonne nouvelle, évangile. Par sa vie renouvelée, sa parole devient transmission de la Parole de Dieu.

 Notre diocèse se trouve dans une phase préparatoire au synode qui doit s'ouvrir le jour de la Pentecôte. Notre évêque nous demande de nous y préparer spirituellement par la prière, par une nécessaire conversion, par une communion fraternelle et par un esprit missionnaire renouvelé, par l'annonce de La Parole.

 Il serait illusoire de penser qu'un changement de structure suffirait à renouveler notre diocèse. Les structures ne changeront rien par elles-mêmes si d'abord les cœurs ne changent pas. D'où la nécessité de la prière pour que Le Seigneur me montre ce qu'Il attend de moi. D'où la nécessité de la conversion personnelle, pour qu'avec un cœur renouvelé, je me mette au service de ma communauté chrétienne et de l'annonce de Jésus-Christ.

 Un point de conversion toujours actuel est celui de la médisance, et je me le dis d'abord à moi-même! ... L'antidote de la médisance, c'est la bénédiction, dire du bien, c'est bénir. Appelons la bénédiction sur ceux que nous avons envie de critiquer, alors le visage de l'Eglise deviendra sain et laissera transparaître les traits de Jésus. Alors notre parole deviendra, peut-être, Parole de Dieu pour notre monde.

 Le temps du carême, qui commence mercredi, vient à point pour mettre en œuvre ce point concret de conversion.

 Que Notre Dame de Lourdes, qui apparaissait pour la 1ère fois, il y a 160 ans aujourd'hui, nous guide sur ce chemin et qu'Elle prenne sous sa protection, les travaux du Synode. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 10 juin 2018
10ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : … Et dimanche après dimanche, nous sommes invités à laisser cette vie du ressuscité, se déployer en nous, pour qu'un jour, nous puissions dire avec Saint Paul : « Ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi ». Et c'est dans cette espérance que nous vivons, malgré tous les combats, malgré toutes les difficultés. Et chaque dimanche nous est donné, pour nous relancer dans cette Foi et dans cette Espérance.

 Eh bien, c'est dans cette disposition de cœur que nous sommes invités à vivre cette messe de ce dimanche. Au seuil de cette Eucharistie, reconnaissons notre péché, reconnaissons que nous avons encore besoin d'être sauvés, d'être rejoint par Jésus, pour qu'Il nous relève et qu'Il nous fasse repartir, avec la force de sa vie divine.

«   »

Homélie : La première Lecture, nous montre les conséquences tragiques du péché originel : l'homme qui croyait conquérir sa liberté en transgressant l'interdit que Dieu avait posé pour le protéger, l'homme se retrouve perdu. « Où es-tu donc ? » lui demande le Seigneur. Dieu est obligé de partir à la recherche de l'homme. L'homme, quant à lui, commence à découvrir des émotions qu'il ne connaissait pas auparavant : la peur, la honte, l'insécurité, la vulnérabilité, le sentiment d'être menacé, la convoitise, l'agressivité, l'instinct de domination; autant d'émotions et de sentiments toxiques.

 L'homme, qui avait été créé à l'image et à la ressemblance du Dieu UN, a perdu son unité. La transgression a entraîné en lui une quadruple rupture :

 - Rupture de l'homme avec soi-même : Il a brisé son unité intérieure dont il profitait avec tant d'aisance, et qui lui procurait paix, équilibre, joie. L'homme connaît maintenant la honte devant soi-même. La nudité, qui était l'expression de la communion des personnes pour ne faire qu'un, à l'image du Dieu UN, cette nudité devient menaçante. Le regard abaisse maintenant le corps au niveau d'un objet : objet de consommation, objet de jouissance. La sexualité se fait obsédante, objet de fantasmes délirants!...

 - Rupture de l'homme avec ses semblables et d'abord avec celle qui fut créée « l'os de ses os et la chair de sa chair ». L'amour se retourne en accusation mutuelle. La relation d'amour humain, qui était source de plénitude humaine, d'épanouissement, devient inquiétude et peur. Et bientôt elle dégénèrera en crime. Le chapitre suivant du Livre de la Genèse (4 ,8) nous le montrera.

 - Rupture de l'homme avec la nature. L'harmonie entre l'homme et la nature est brisée. L'homme exploite la nature, la pille, et la nature ne le lui pardonne pas. Le sol produira désormais épines et chardons…

 - Rupture de l'homme avec Dieu. L'homme s'est coupé de sa source; il est désormais un être assoiffé. La relation à Dieu n'aura plus la même simplicité que quand le Seigneur Dieu se promenait dans le jardin, à la brise du jour.

 Derrière cette quadruple rupture, il y a l'action du serpent, qui « était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait fait. » (Gn 3, 1)

 Le serpent, c'est Satan, dont le nom signifie l'Adversaire. Satan est l'adversaire de Dieu, et il emploie sa ruse pour casser l'œuvre de Dieu.

 Et il continue à user de sa ruse pour tromper l'homme d'aujourd'hui, encore. Et aujourd'hui il a trouvé le moyen de faire concevoir qu'il n'est qu'un symbole du mal, de la multiplicité, qu'il est l'envers fatal du bien.

 Or Jésus a démasqué Satan. Il a montré qu'il est menteur et homicide dès l'origine.

 L'écriture montre que le mal a sa source, non pas dans un symbole, mais dans un Ange bon qui s'est rebellé contre Dieu et qui a entraîné dans cette rébellion une foule d'autres anges. Cette chute des anges consiste dans le choix libre de ces esprits créés qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne.

 Et c'est ce caractère irrévocable du choix des anges, et non pas un défaut de l'infinie miséricorde divine, qui fait que leur péché ne peut pas être pardonné, parce qu'ils ne veulent pas être pardonné.

 De même pour l'homme, le blasphème contre l'Esprit-Saint, dont nous parle Jésus dans l'Évangile, ce blasphème n'aura jamais de pardon, car, comme pour les anges, c'est un choix irrévocable de la liberté humaine.

 Mais Jésus est celui qui a ligoté « l'homme fort » et qui a pillé ses biens. Par sa croix, Jésus a vaincu Satan et lui a retiré tous ses droits.

 Satan est vaincu, il est battu. Et si Satan a encore un pouvoir aujourd'hui, il n'a que le pouvoir que nous le lui laissons. Et nous lui laissons reprendre le pouvoir lorsque nous entrons dans le péché, lorsque nous laissons peu à peu s'éteindre la vie du Christ en nous, en négligeant de rencontrer le Christ. Nous laissons le démon prendre le pouvoir, exercer ses droits sur nous lorsque nous le laissons entrer par la magie, par le spiritisme, en allant consulter des magnétiseurs, etc... Là, nous ouvrons une porte à Satan.

 Satan veut prendre sa revanche sur le Christ, et c'est pourquoi nous sommes au cœur d'un combat spirituel. Et l'on remporte ce combat par la Foi, c'est-à-dire en appuyant toute notre vie sur Jésus ressuscité. On remporte, d'une façon certaine, ce combat par la prière, par les sacrements et tout spécialement par le sacrement du Pardon, et par le sacrement de l'Eucharistie. On remporte ce combat par le déploiement des œuvres de miséricorde, qui nous font rayonner de la charité du Christ. Alors, nous permettons au Christ de régner en nous, et de régner dans la société.

 Et c'est ainsi qu'en menant ce combat, nous ferons l'expérience du renouvellement de l'homme intérieur, de jour en jour; expérience que nous partageait Saint Paul dans la 2ème Lecture.

 C'est en nous ouvrant toujours plus à la grâce du Christ, fermes dans ce combat spirituel, c'est alors qu'abondera l'action de grâce pour la gloire de Dieu.

 Que Marie, dont nous fêtions hier le Cœur Immaculé, qu'elle nous obtienne la grâce de tenir bon dans le Seigneur, qu'elle nous aide à nous attacher à ce qui ne se voit pas, pour, avec elle, participer à la gloire éternelle qui nous est offerte et promise. Amen.


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HOMÉLIE DU  PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 17 juin 2018
11ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Aujourd'hui le Prieuré est heureux d'accueillir des jeunes « Fides Cantores», c'est eux qui vont animer la Messe et nous les en remercions.

C'est aujourd'hui aussi la Fête des Pères, prions  pour que les Pères remplissent leur rôle de « Papa », celui qui donne la Loi avec bonté, mais fermeté aussi, sinon, si l'enfant fait ce qu'il veut, demain ce sera un petit tyran. Prions pour les Papas.

Et commençons à demander pardon à Dieu pour tous nos péchés.


Homélie : « Jésus disait : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette en terre la semence, nuit et jour, qu'il dorme ou se lève, la semence grandit. Il ne sait comment. D'elle même, la terre produit d'abord de l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi." » Avec ce simple exemple, Jésus nous fait comprendre que toute vie vient de Dieu. Il en est la source. Il est Providence. Et pour arriver à maturité, il faut du temps.

 Jésus parlait à des gens qui cultivaient la terre. Pour les gens d'aujourd'hui, il aurait pu prendre l'exemple du bébé dans le sein de sa mère. S'il n'y a pas d'obstacle, le bébé conçu arrive à terme au bout de neuf mois, que la maman dorme ou se lève, et ce bébé, ensuite, fait la merveille de la famille. C'est Dieu qui donne ce bébé car c'est Lui la Vie. Tout cela se résume en ces Paroles de Jésus: « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie.  » Il est le Chemin, qui conduit au bonheur du ciel. Il est la Vérité, Celui qui ne dit jamais de mensonge. Il est la Vie, Celui qui nous fait grandir dans l'amour.

 C'est Lui qui a créé toutes les lois de la nature, de l'immensément grand jusqu'à l'infiniment petit. Puisque c'est Lui qui a créé l'homme, Il est le seul capable de donner un sens à la vie de l'homme, qui, jour après jour, doit chercher la volonté de Dieu sur lui. Et c'est peu à peu qu'il se sanctifiera.

 La petite graine du Royaume de Dieu a été semé par Jésus avec les 12 apôtres. C'étaient des hommes sans culture, mais lorsqu'ils ont reçu le Saint-Esprit, ce furent des hommes transformés, plein du dynamisme du Saint-Esprit. Les disciples se sont alors multipliés. Il sont restés fidèles jusqu'au martyr, s'il le fallait, sachant qu'un bonheur éternel les attendait auprès de Dieu. Cette petite graine est devenue, 2000 ans après, plus d'un milliard de Baptisés catholiques, et cela malgré de nombreuses persécutions.

 Aujourd'hui, combien de Français oublient la grâce de leur baptême, et se laissent embobiner par Satan, l'ennemi du genre humain, le menteur par excellence, le jaloux de notre bonheur, et qui n'a qu'un désir : nous entraîner avec lui, dans son gouffre infernal, l'enfer. Il est très habile, car c'est un ange, mais un ange déchu, qui fait tout pour nous faire oublier Dieu, et prendre sa place.

 Par où commence-t-il ? Il commence par nous faire oublier la Prière, car c'est la Prière qui nous relie à Dieu. Quand des parents ne prient plus, cela se répercute sur les enfants, alors ceux-ci ne savent même pas ce qu'est une Prière. Dieu est devenu un inconnu, tout à fait en dehors de leur horizon. Celui qui ne prie plus ressemble à un bateau qui a perdu son gouvernail, et qui se laisse balloter par les flots en furie. Il n'y a plus de lecture de la Parole de Dieu pour nous permettre de découvrir un sens profond à la vie. Il n'y a plus de crucifix dans la maison, pour nous rappeler que Jésus est notre Sauveur, ni d'images de Saints qui nous rappellent qu'il y a un ciel. Mais que de bibelots !!

 Le reste, c'est le journal, la télévision, internet avec les mensonges des médias, le politiquement correct, et parfois, la porno. Cela ne nourrit pas l'âme. Cela ne peut contenter le cœur humain assoiffé de vrai bonheur. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu'il ne demeure en Toi. » nous dit Saint Augustin. Il n'est pas étonnant alors que tant de jeunes se suicident, puisque pour eux la vie n'a plus de sens.

 Quand le péché s'installe dans le cœur de l'homme, il crée alors une dépendance, et l'homme devient esclave du démon. Avec le péché, c'est le malheur qui est attiré sur le monde. Au contraire, celui qui vit pour Dieu, attire la protection de Dieu sur le monde.

 Donc, il est donc d'une grande importance d'avoir des hommes politiques qui, dans leurs lois, respectent Dieu et ses commandements. Leur mission est difficile car ce monde a perdu le sens du péché. Aussi, c'est un devoir pour chaque Chrétien convaincu de prier pour ceux qui nous gouvernent. Saint Paul nous le demande : « Priez avant tout, dit-il, pour ceux qui ont mission de nous gouverner. » Le Pape François nous le rappelle vivement en nous demandant de ne pas oublier de prier pour eux. Pour cela, il est nécessaire de choisir une prière à faire chaque jour, et de préciser à quel moment pour que cette résolution soit efficace.

 Ne soyons pas étonnés des difficultés de vivre dans ce monde, Jésus nous a avertis : « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais courage, j'ai vaincu le monde.  » Voici un exemple comment Jésus réussit à vaincre le monde.

 Il s'agit d'un petit Mexicain de 14 ans, José Luis Sanchez (qui va bientôt être béatifié; canonisé le 16 octobre 2016). José Luis Sanchez avait 13 ans quand la persécution religieuse éclata au Mexique. Ce fut la plus sanglante et la plus cruelle que connut ce pays : de nombreux évêques furent expulsés de leurs diocèses, les prêtres persécutés et sauvagement assassinés, les biens de l'Eglise confisqués, les séminaires fermés; les églises servirent d'écurie et de prison. La haine contre l'Eglise n'épargnait personne, ni les plus jeunes, ni les femmes. Pour défendre leur Foi, des Cristeros se sont levés, avec la bénédiction des évêques et même du Pape Pie XI, José Luis s'est joint à eux, malgré son jeune âge. Le 6 février 1928, il fut arrêté. On essaie de le terroriser en exécutant sous ses yeux un Cristéros, peine perdue. Avant que l'homme soit pendu, José Luis l'encourage en lui disant : « Vous serez au ciel avant moi ! Préparez une place pour moi. Dites au Christ-Roi que je serai bientôt avec Lui ! »

 On lui propose alors la liberté à condition qu'il renie sa Foi. Il refuse. Le 10 février, il est torturé : avec un couteau, on lui coupe lentement la plante des pieds, puis on l'oblige à marcher pieds nus sur du sel. On l'entendit gémir. Puis on l'emmena sur un chemin pierreux en direction du cimetière. Sur le trajet, les soldats voulant lui faire renier sa Foi, lui donnaient des coups de couteau sur tout le corps. A chaque coup de couteau, José Luis criait encore plus fort : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe. »

 De leurs maisons, les gens entendirent les cris et vinrent voir. Pour éviter des coups de feu, les soldats voulaient le tuer à coups de couteau. En voyant que José Luis ne cessait de crier : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe, » un soldat lui asséna un coup de crosse qui lui fractura la mâchoire.

 Arrivés au cimetière, les soldats obligèrent cet enfant, malgré son peu de force, de creuser sa tombe. Ensuite, n'arrivant pas à le faire renier sa Foi, le chef de la garde s'approcha de José Luis, sortit son pistolet et le déchargea à bout portant en pleine tête. Les dernières paroles de José Luis furent : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe. » Son corps, baigné de sang, s'écroula. Les soldats jetèrent quelques pelletées de terre sur lui, et s'enfuirent.

 D'où est venu la force admirable de cet enfant de 14 ans ? Certainement que sa maman lui avait appris à prier et à éviter le péché. Alors, l'Amour et la force du Seigneur sont entrées dans son cœur. Aujourd'hui, c'est un Bienheureux auprès de Dieu, resplendissant de Vie. Nous pouvons l'invoquer pour lui demander le courage de vivre en Chrétiens. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 1er  juillet  2018
13ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction du Père Paul Pageaud, sma : Aujourd'hui nous accueillons les Paroissiens de Saint-Pierre-du-Maine, pour la "table ouverte paroissiale". Et nous prions pour notre évêque au jour de sa Fête.

 Et puis, écoutez bien l'évangile d'aujourd'hui, vous verrez la puissance de la Foi. Si, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas grand chose, avec notre Foi, nous pouvons beaucoup. Et demandons pardon à Dieu, de tous nos péchés.


Homélie de Frère Philippe-Marie : La 1ère Lecture que nous avons entendue, et qui est tirée du Livre de la Sagesse, est le dernier écrit canonique de l'Ancien Testament. Ce Livre de la Sagesse, a été écrit, 50 ans environ avant Jésus-Christ, tout juste avant l'arrivée de Jésus.

 Nous est donné là, l'état de la réflexion du Peuple Juif sur le sens de la vie et de la mort. Ayant médité sur l'histoire du Peuple de Dieu et sur l'histoire de chaque homme, l'auteur du Livre de la Sagesse conclut que la mort n'est pas l'œuvre de Dieu. Dieu n'a pas fait la mort. Au contraire, Il a créé toute chose pour qu'elle subsiste. Et l'homme lui-même, Dieu l'a créé pour une existence impérissable; il a fait de lui une image de ce qu'Il est en Lui-même.

 Ayant fait de l'homme une image de ce qu'Il est en Lui-même, Dieu a donc créé l'homme pour une existence impérissable. Et c'est un immense privilège que l'homme a reçu, et, en même temps, c'est une grande responsabilité. Car l'homme est responsable de sa destinée, une destinée impérissable.

 « La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon », nous dit encore le Livre de la Sagesse. Le démon, jaloux de cette destinée éternelle de l'homme, lui a tendu le piège du péché, dont la conséquence est la mort. Et le démon veut que l'appel à la vie éternelle se change en mort éternelle pour l'homme, comme lui-même est dans la mort éternelle depuis le jour où il s'est positionné contre Dieu et contre son plan de Sagesse et d'Amour.

 Ce plan de Sagesse et d'Amour de Dieu, nous est révélé par Saint Paul, quand il nous décrit « la générosité de Notre Seigneur Jésus-Christ : Lui qui est riche, Il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » Cet appauvrissement du Christ, c'est l'appauvrissement de l'Incarnation : Dieu qui se fait homme. Et puis, c'est l'appauvrissement, et même l'anéantissement de la croix, et cela « pour que nous devenions riches » : il s'est fait-homme pour que nous devenions Dieu. Voilà la grande richesse, que nous devenions Dieu ! Il est mort sur une croix pour nous arracher à la mort, et nous entraîner dans la vie éternelle. Voilà notre destinée, voilà le plan d'Amour de Dieu pour nous.

 Et Jésus qui s'est fait pauvre n'est donc pas insensible à nos situations de pauvreté, et en particulier la maladie et la mort. Saint Marc nous présente deux situations de détresse humaine que Jésus va sauver :

- d'abord la fille chérie du chef de synagogue, Jaïre, qui est à toute extrémité.

- et ensuite, cette femme qui ne sait plus à qui se vouer pour retrouver la santé et sa dignité.

 Dans les deux cas, la situation est désespérée : la petite fille est à toute extrémité; et la femme a dépensé non seulement tout son argent, mais tous ses biens, nous dit Saint Marc. Elle a peut-être vendu tous ses meubles pour payer le médecin, et cela depuis 12 ans, sans aucune amélioration; au contraire, son état avait plutôt empiré.

 Cette insistance veut nous dire que Jésus possède encore une puissance là où aucun moyen humain ne peut plus rien. Jésus possède une puissance là où aucun moyen humain ne peut plus rien. Le croyons nous ?

 Jaire et cette femme s'approchent de Jésus, avec un cœur complètement ouvert, un cœur plein de confiance.

 Seigneur, donne-nous cette Foi profonde qui nous permettrait de ne jamais désespérer.

 Et pourtant la Foi de Jaïre et de cette femme a besoin de grandir et de se purifier : quand la femme a touché le manteau de Jésus et que Jésus s'est rendu compte qu'une force était sortie de Lui, aussitôt Il se retourne et demande : «  Qui a touché mes vêtements ? » Jésus veut que cette femme dépasse sa croyance teintée peut-être de magie superstitieuse : « Si je touche, je suis sauvée ! ». Jésus veut que cette femme dépasse cette Foi encore imparfaite, pour entrer dans une Foi plus vraie qui soit une vrai reconnaissance de la personne de Jésus. Non seulement, toucher le manteau, mais entrer vraiment dans une relation profonde avec Jésus.

 De même, pour Jaïre, quand on vient lui dire: « Tout est foutu, ta fille est morte », Jésus encourage le chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement ! »

 Et le fruit de cette Foi, de cette confiance absolue en Jésus, c'est le Salut, c'est-à-dire la Vie. Le Salut, dans la Bible, c'est la Vie. La jeune fille passe de la mort à la Vie, et la femme est guérie sur le champ.

 Retenons que Jésus a besoin de notre Foi, c'est-à-dire de notre confiance absolue pour nous sauver. Il ne peut rien faire sans nous, sans notre confiance.

 Et puis, Jésus dit à la petite fille, morte : « Talitha  koum », littéralement : « Fillette, debout ! », ce que Saint Marc traduit en grec par : «  Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Saint Marc adapte un petit peu ! Et il emploie le verbe : «°egeiré », pour dire: «  lève-toi », et ce verbe: « egeiré » veut dire aussi : « réveille-toi ». Jésus avait dit de l'enfant qu'elle dormait. Et « egeiré » est aussi le mot utilisé pour dire la résurrection de Jésus. Ce mot a donc une saveur pascale sous la plume de Saint Marc.  Un très ancien cantique des premiers chrétiens, chanté lors des baptêmes, dit ceci: «  O toi qui dors, éveille-toi, le jour a brillé; d'entre les morts, relève-toi, sois illuminé ». Or le nom de Jaïre, « Ya'ir » en hébreu, signifie  « Celui qui illumine », ou encore « Celui qui réveille ». Ainsi, Saint Marc nous montre que le véritable Jaïre, c'est Jésus, c'est le Ressuscité qui, par le baptême, nous fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à son admirable Lumière.

 Remarquons enfin, combien Jésus est éducateur, Il tient compte de la croyance  imparfaite et naïve de la femme, Il ne la repousse surtout pas, mais Il cherche à la faire accéder à une Foi plus motivée, basée sur une vraie relation de personne à personne.  Eh bien, c'est précisément la pédagogie des équipes synodales que notre évêque nous invite à constituer pour, ensemble, avec peut-être des gens loin de la Foi, cheminer, afin de mieux découvrir qui est Jésus, de mieux découvrir combien chacun de nous a du prix à ses yeux, et pour faire l'expérience du Salut que Jésus vient apporter à chacun. Et ainsi notre évêque veut nous ouvrir des chemins de joie, car lorsqu'on fait l'expérience du Salut, eh bien, c'est la joie qui nous habite.

 Oui, n'ayons pas peur de nous mettre en route pour rencontrer celui qui réveillera notre Foi, et qui nous illuminera, pour notre joie. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 8 juillet 2018
14ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Homélie : Voici un petit témoignage, qui a déjà, un certain nombre d'années, mais qui pourrait avoir été entendu hier : « Mon mari et moi, désemparés, avons assisté à un échec de notre éducation, et nous nous sentons coupables, peut-être à tort ! Pourquoi nos quatre enfants élevés dans une ambiance chrétienne mais libre, non confinée, nous semblent devenir incroyants ou du moins disant l'être ? On les avait élevés dans la Foi, une Foi ouverte aux autres, et voilà qu'ils ont cessé de pratiquer, qu'ils vivent en couple, refusant le mariage, que leurs enfants, nos petits-enfants ne sont pas baptisés. Te rends-tu compte Seigneur, de ce qu'il nous faut endurer ? »

 Qui d'entre nous n'a pas entendu ce genre de témoignage? Ou encore celui d'une personne qui doit endurer les vexations de son conjoint, ou de ses enfants, en raison de sa Foi, et de sa pratique religieuse ? Ce sentiment d'échec dans l'ordre religieux est celui que connaissent bien souvent  aussi des prêtres et des laïcs engagés généreusement dans la mission de l'Eglise. La Parole de Dieu, que nous offre la liturgie de ce jour, vient justement éclairer, ces expériences douloureuses d'échec, de contradiction, et d'épreuve intérieure que nous connaissons tous, je pense, un jour ou l'autre, et même je pense à plusieurs reprises, sur notre route de vie.

 (Premier point) Toutes ces réalités éprouvantes que traversent nos vies ne doivent pas nous surprendre, elles n'ont rien d'étonnant. En effet, si le Christ Lui-même, comme nous venons de l'entendre dans l'évangile, Dieu fait-homme, et homme parfait, la vérité en personne, la bonté en personne, la pédagogie en personne, si Lui, Jésus, a connu l'échec dans son propre bourg de Nazareth, et auprès de sa parenté, jusqu'à être traité de fou par certains de ses parents, eh bien, comment nous étonner des contradictions et des échecs qui sont les nôtres, auprès de nos proches parfois ! « Le disciple n'est pas au-dessus du maître », nous a prévenu Jésus.

 Deuxième point, non seulement échecs, contradictions, épreuves, ne doivent pas nous étonner, mais il y a plus, à savoir qu'ils ne sont jamais du pur négatif, un mal absolu. Ils peuvent devenir même un tremplin. Et c'est bien comme cela que Jésus vit son échec à Nazareth ! « Un prophète, dit-Il, n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison, et Il s'étonna de leur manque de Foi ». Et l'on sent dans ses paroles toute la déception, toute la souffrance du Christ, face à cette fermeture de son pays bien-aimé, de ses proches, de sa famille, Jésus avait un cœur humain, Il a aimé ses proches, sa famille, Il a aimé ses voisins, Il a joué enfant avec ses copains, Il a aimé son pays, son Nazareth, comme chacun d'entre nous aime, en principe, sa terre d'attache. Eh bien, quelle souffrance, que ceux qui étaient le plus proches, quelque part, de son cœur, voilà qu'ils se ferment à cette Bonne Nouvelle, qu'Il vient donner, offrir, nouvelle de liberté, de libération. Quelle souffrance pour Jésus. Mais Lui ne va pas s'enfermer dans cet échec, cet échec ne l'arrête pas, alors nous dit l'évangile : « Il parcourait les villages d'alentour, en enseignant ».

 L'échec de Nazareth profitera aux pays voisins, Il repart ailleurs, et Il recommence, et sans cesse. Et c'est d'ailleurs la consigne qu'Il donnera plus tard aux disciples envoyés en mission : « Quand on refusera de vous accueillir, allez plus loin, partez ailleurs ». Dans la première Lecture, le prophète Ezéchiel est prévenu par Dieu que sa tâche ne sera pas facile, pas plus facile que celle de Jésus. « Fils d'homme, je t'envoie vers une nation rebelle; ils ont le visage dur, le cœur obstiné ». Mais l'infidélité du peuple n'arrête pas la fidélité de Dieu à son Alliance : « Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, ils sauront qu'il y a un prophète en Israël ». Autrement dit, le prophète doit poursuivre sa mission, à temps et à contre temps, car il faut que le peuple sache que Dieu continue à leur parler, continue à les appeler, que l'infidélité de ses enfants n'ébranle pas sa fidélité à Lui.

 Saint Paul a connu lui aussi bien des échecs qu'il évoque ici : « insultes, persécutions, situations angoissantes », mais aussi des épreuves intérieures qu'il suggère par « cette écharde dans la chair ». Demandant à être délivré de cette épreuve, il reçoit du Seigneur cette promesse : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Oh! quelle parole merveilleuse? J'espère que vous en avez fait une parole d'élection, parce qu'elle est vitale cette parole. Il faut la ruminer, il faut nous la redire souvent. Là, on a une parole d'or! Comme il y en a moult dans l'Ecriture, dans la Parole de Dieu. Je crois que celle-ci nous est particulièrement utile, justement dans toutes ces situations difficiles que nous avons à vivre. « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Cette Parole, elle est pour nous aujourd'hui, Dieu nous promet l'assistance de sa grâce en toutes circonstances. Il est le Dieu fidèle.

 Comment alors, nos échecs, nos contradictions et nos épreuves peuvent-elles devenir un tremplin? Eh bien, en nous rappelant d'abord que « Dieu, ne nous demande pas de réussir, mais de travailler », c'est une parole ancienne d'un Père de l'Eglise, Saint Jean Chrysostome; « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler », «  Allez travailler à ma vigne ». Et Sainte Mère Térésa avait certainement ruminé cette parole, car elle le dit en termes semblables : « Dieu ne m'a pas appelé au succès, Il m'a appelé à la fidélité ». Dieu sait! si son œuvre a du succès, de la fécondité plus exactement, parce qu'elle n'a pas cherché la réussite comme telle, le succès, elle a voulu tout simplement vivre le présent, qui lui était donné à vivre, tout simplement, comme on le sait bien : aimer ce petit, aimer ce mourant, aimer ce pauvre-là, qui est devant moi.

 Eh bien, comme Ezéchiel, comme Paul ou Jésus, il s'agit donc de nous rappeler que Le Seigneur nous appelle à travailler à sa vigne, quelque soient les résultats, pour suivre notre vocation, notre mission, recommencer sans cesse. J'aime aussi cette parole du Père Bro, qui est bien connue, non pas recommencer, mais commencer, c'est plus motivant : «  Chaque jour, je commence ». Accueillir chaque journée, comme un nouveau cadeau neuf de Dieu, où sa grâce m'est donnée, jour après jour, une grâce nouvelle, comme l'avait bien compris Thérèse de Lisieux aussi.

 D'autre part, l'échec a cet effet bénéfique, si nous savons l'accueillir dans la Foi : il nous apprend l'humilité, et nous provoque à l'humilité, échec, et surtout, quand nous nous sommes trop appuyés sur nous-mêmes, et pas assez sur le Seigneur, avec des méthodes et des plans bien huilés. Je ne dis pas qu'il ne faut pas en faire, mais voilà, si l'échec survient, alors que tout avait été bien préparé, cela nous fait toucher du doigt que la fécondité, surtout dans l'ordre spirituel, ne dépend pas de notre faire, mais de la grâce de Dieu : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». C'est comme le dit Saint Paul : Ce n'est pas celui qui s'affaire, qui s'agite, qui est utile, mais la grâce de Dieu, si on la laisse faire, si on se laisse faire, par la grâce de Dieu.

 Et puis, troisième point, qui nous permet de faire de nos échecs, de nos contradictions, de nos épreuves, un tremplin, eh bien, l'échec, vous en avez fait certainement tous l'expérience, l'échec développe en nous une capacité d'empathie, de compassion. Oui, tant qu'on a pas vécu quelque chose de douloureux, comme il est difficile de comprendre celui ou celle qui vit cela. C'est très vrai, et nous le savons bien dans l'ordre de la maladie, mais aussi dans toutes ces situations éprouvantes, humainement. Une parole du Père Lacordaire exprime avec beauté cette idée : « Il y a des choses qu'on ne voit bien, qu'avec des yeux qui ont pleuré ».Alors, c'est une manière de recycler tout ce qui nous semble négatif dans nos vies, et de nous dire qu'il y a toujours un fruit positif à en cueillir. Cela développe notamment, cette capacité de compassion envers les autres.

 Et plus généralement, le dernier point, il y en auraient d'autres certainement, l'échec nous offre souvent l'occasion de mûrir, de grandir. Je viens de l'exprimer par cette idée de compassion, mais sur d'autres terrains aussi, l'échec nous donne l'occasion souvent de mûrir, de grandir. Et c'est le Cardinal Journet qui disait la chose ainsi : « Plus tard nous verrons que les moments d'impuissance étaient peut-être les plus grands moments de notre vie ». Je me souviens que le Cardinal Billé, lui aussi, ayant vécu une expérience de grande souffrance physique, et peut-être morale en même temps, disait « Qu'il avait beaucoup appris par cette épreuve de santé ». Oui plus profondément, pour revenir à la Parole de Dieu, encore une parole qu'il faut graver, et avoir dans notre subconscient, pour cliquer dessus quand on en a besoin : « Avec ceux qu'il aime, Dieu fait tout concourir à leur bien. » (Rm 8,28)

 Demandons à la Vierge Marie cette grâce d'espérance pour nous-mêmes, et envers tous ceux qui tissent nos vies, que nous aimons, que nous voudrions tant approcher du Seigneur, ceux qui tissent nos vies, que le Seigneur nous confie, et que nous lui présentons, avec confiance, avec espérance, avec lâcher prise, maintenant dans cette Eucharistie, c'est Lui, le Sauveur. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE FRANÇOIS-DOMINIQUE FORQUIN, Dominicain de Paris
Le 15 juillet 2018, Messe télévisée à Montsurs
15ème Dimanche du Temps Ordinaire B


 L’amour, frères et sœurs, ça ne s’achète pas, ça ne se monnaye pas, parce que l’amour, c’est tout simplement gratuit !

 Comme Amos, simple bouvier choisi derrière son troupeau, ou comme les Apôtres, simples pécheurs des bords du lac de Galilée, nous avons été choisis gratuitement ! Comme nous le rappelait aussi St Paul dans l’épître aux Ephésiens , ce n’est pas en raison de nos mérites que nous avons été choisis, mais simplement, parce que « Dieu nous a choisis dans le Christ » et ce, par grâce, c’est-à-dire gratuitement. Pourtant, il faut bien le reconnaître, si l’amour nous est donné gratuitement, il n’est pas facile de se laisser choisir gratuitement : on préférerait, en effet, être aimé parce que nous avons telle ou telle qualité, telle ou telle compétence, tel ou tel tempérament. Au fond, nous pensons que si l’autre nous aime, c’est parce que nous le méritons bien ! Oui, il faut bien se l’avouer, nous avons bien du mal, frères et sœurs, à consentir, à ce que l’autre nous aime gratuitement, simplement parce que chacun d’entre nous est digne d’être aimé ! C’est pourtant ce à quoi consentent les Apôtres dès les premiers mots de l’évangile que nous venons d’entendre : «Jésus appela les Douze » dit le texte, mais Jésus ne dit pas pourquoi il les choisit. Simplement, il les appelle, gratuitement. Dès que je dis « je t’aime, parce que… », je monnaye l’amour et je passe à côté de la gratuité de l’amour. Ici, le choix de Jésus respire la gratuité du « parce que c’est toi, parce que c’est moi ». L’amour n’a pas d’autre raison que lui-même, il ne se mérite jamais, parce qu’il est pure gratuité !

 Si les Apôtres ont reçu gratuitement, ils auront aussi à donner gratuitement : « pas de pièces de monnaie dans vos ceintures » leur dit Jésus. S’il n’est déjà pas si facile de se laisser choisir gratuitement, il n’est pas plus facile de donner gratuitement, on préfère souvent en rester au donnant-donnant. Sans monnaie pour acheter ou vendre, les Apôtres ne pourront pas monnayer l’évangile pour recevoir le gîte et le couvert, mais simplement l’annoncer sans compter : en libérant des esprits mauvais, en pratiquant des onctions d’huile et en guérissant de nombreux malades, les Apôtres apprendront à donner gratuitement, ce qu’ils ont eux-mêmes reçu gratuitement !

 Car si les Apôtres ont été choisis gratuitement, ils n’auront d’autre mission apostolique que de révéler à tout homme qu’il a été lui-même choisi de Dieu, gratuitement ! Pour suivre le Christ, en effet, il ne suffit pas d’être bardé de diplômes, d’argent ou de toute autre chose qui risquerait d’alourdir nos pas, mais il ne faut rien ! Et c’est cela qui est difficile tant nous sommes tentés d’accumuler. Si Jésus prescrit à ses Apôtres un style de vie mendiant, sans sac, sans pain, ni tunique de rechange, c’est pour qu’ils demeurent des mendiants de l’amour aux mains vides et ouvertes, prêtes à recevoir autant qu’à donner !

 Chers amis, en cheminant ensemble, à la manière des Apôtres, le bâton à la main, pendant votre synode diocésain, vous ne cheminez pas d’abord pour produire des actes synodaux, mais simplement pour redécouvrir la douceur d’un chemin partagé gratuitement en frères. Votre synode n’aura pas été fécond, parce qu’il aura pris de grandes décisions pastorales, mais d’abord, parce qu’il aura été un temps de gratuité offert pour cheminer en frères !

 Alors, en chemin de synode, comme sur les routes d’un repos bien mérité, que ce temps de l’été soit pour chacun d’entre nous l’occasion de redécouvrir qu’il a été choisi gratuitement pour donner gratuitement !


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 22 juillet 2018
16ème Dimanche du Temps Ordinaire B

(texte établi d'après les notes du Frère)


« Venez à l’écart… et reposez-vous un peu ». C’est un Evangile qui tombe très bien pendant cette période estivale. Ce pourrait être une formule publicitaire pour les touristes, sauf qu’habituellement, il ne leur est pas proposé de se rendre au désert…

C’est surtout un Evangile où se révèle toute la sollicitude de Jésus envers tous : envers ses apôtres d’abord, mais aussi envers ces foules sans berger qui se mettent à le suivre.

1°) « Venez à l’écart, dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ». Jésus le dit d’abord à ses apôtres revenant de mission, fourbus sans doute et encore harcelés par la foule. C’est un signe d’attention et de sagesse de la part de Jésus envers ses apôtres et qui a été certainement reçu avec enthousiasme. Mais c’est aussi un appel que Jésus adresse encore aujourd’hui, notamment aux hyper-actifs, mais pas seulement : « Reposez-vous donc un peu ! »

Il n’y a pas que sur les routes qu’il faut lever le pied. Pascal écrivait déjà cette réflexion au XVIIème siècle : « Quand je me suis mis à considérer les diverses agitations des hommes, j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ».

Se reposer, se refaire, c’est aussi choisir de vivre la rencontre de nos proches et des autres dans la détente et la gratuité.

C’est encore -à l’opposé des personnes qui se promènent en forêt, avec un walkman sur la tête…- choisir des espaces de solitude et de silence (« venez à l’écart, dans un endroit désert, dit Jésus) pour redécouvrir le chant de la Création qui est la voix de Dieu. « Si tu veux entendre Dieu, écrit Mgr Wladimir Ghika, un spirituel roumain, fais bien attention, car Dieu aime à parler très bas ! »

Se reposer, c’est aussi choisir la prière : « Venez à moi, dit Jésus, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos » (Marc). « Venir à Lui », c’est choisir, par exemple de s’arrêter dans une église, y rester là sans rien dire, se laisser faire par la présence agissante du Seigneur, brûler du temps pour Lui. Jean Vanier disait : « Je vais aller me reposer »… et l’on savait qu’il allait passer du temps à la chapelle…

C’est d’une importance vitale, même et surtout lorsqu’on est très engagé dans la vie de l’Eglise, car Jésus n’a pas besoin de fonctionnaires, mais d’amis. « Plus l’âme a reçu dans le silence, plus elle donne dans l’action » (Ernest Hello).

2°) En débarquant, Jésus vit une foule nombreuse et il en eut pitié… et il les enseignait longuement ». Voilà la compassion et la sollicitude du Christ pour les foules sans berger, pour tous les hommes de bonne volonté, assoiffés et chercheur à tâtons de vérité, pour tous ceux qui peut-être ont été déçus, voire scandalisés par des chrétiens et des prêtres, pour tous ceux qui sont manipulés par la pensée unique des grands médias, ou par les marchands de bonheur, pour tous ceux dont la souffrance amène à douter de l’amour de Dieu. Oui, Jésus a mal pour tous ceux qui ont mal.

3°) Voilà pourquoi sa compassion pour les foules sans berger, Il veut la partager à ses apôtres et à nous.

A ses apôtres d’abord à qui Il offre un exemple d’abandon et de souplesse : Lui, qui voulait vivre un temps de retrait avec les Douze, face à cette foule affamée de sa Parole et de ses bienfaits, il accepte finalement de se donner encore et encore et renvoyer en même temps « au charbon » ses apôtres, puisqu’il va immédiatement après, les embaucher à nouveau pour nourrir la foule, en multipliant les pains.

Cette compassion, Jésus veut qu’elle soit nôtre aussi. Cette parole « Regardez mes brebis sans berger », Jésus la dit en particulier à ceux qui aiment un peu trop leur tranquillité, à ceux qui se réfugieraient dans la prière en délaissant la grande détresse spirituelle qui les entoure. « Ne fais pas de Dieu ton oreiller, ni de ta prière, un édredon », disait Don Helder Camara, dont la béatification a été annoncée. Le vrai priant ne peut garder pour lui ce qu’il reçoit généreusement du Seigneur : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Il ne peut être un « capitaliste » de la foi », enfermant Jésus dans le coffre-fort de son cœur, afin d’en retirer des intérêts pour la vie éternelle. « Malheur à moi, si je n’évangélise pas ! » s’écrie saint Paul. Le vrai priant, qui a trouvé en Dieu l’espérance et la paix, a la mission de semer cette espérance et cette paix autour de lui.

4°) Jésus nous redit dans l’Evangile de ce jour le double rythme de toute vie chrétienne : celui de la prière et de l’action. C’est en effet dans la prière que mûrissent les multiples appels du Seigneur. Et l’action, à son tour, nous ouvre aux richesses, aux besoins et aux détresses de nos frères, nous porte à rendre grâce et aussi à supplier Celui sans qui nous ne pouvons rien faire.

Jésus est le visage de la Miséricorde de Dieu. Accueillons-le maintenant pour devenir, à notre tour, par Lui et en Lui, visage de la tendresse de Dieu dans notre monde. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 29 juillet 2018
17ème Dimanche du Temps Ordinaire B

(texte des notes du Frère, pas d'enregistrement)


… « Tous ont les yeux sur toi, ils espèrent ». En cette courte phrase du psalmiste, tout est dit de la prière. « Les yeux sur Toi » : intensité du regard ; ils espèrent : tension du cœur. Le regard et le cœur disent quelque chose de la qualité, de la présence, de la confiance. N'est-ce-pas ce qui a habité le temps fort des Familles, et des jeunes de la session familiale Marie-Espérance, cette semaine ? Puisque nous sommes tournés vers Le Seigneur réellement présent, au fond, qu'avons-nous reçu ? Qu'espérons-nous encore ? Que nous offre-t-Il en partage ?

 Je pense qu'il est assez aisé de le discerner dans l'évangile de ce jour, d'autant plus que, par un fait exceptionnel, la scène de la multiplication des pains est racontée par les quatre évangélistes.

 Il y a d'abord le souci pour le Seigneur d'une rencontre avec les Familles, et toutes les personnes désireuses de le voir, de l'entendre, et peut-être de l'écouter ? Une rencontre à l'écart de l'agitation du monde, en prenant de la hauteur sur un endroit élevé, propice au calme, à la réflexion, à l'échange, la détente et le repos. Et si nous levons les yeux vers Le Seigneur, comme Marie à PontMain, Lui, Il attend ce regard : « Jésus leva les yeux et vit une foule immense venir à Lui ». Les yeux dans les yeux, voilà la rencontre de Dieu.

 Et que se passe-t-il ? Il n'y a pas de mot pour le dire. Il voit, et Il sait. Que sait-Il, et que voit-Il ? Il connait notre attente, notre désir et notre faim de pain et de réjouissances, Il voit nos besoins. Nos désirs et nos besoins tournés vers Le Seigneur sont notre espérance. Sur la montagne de Palestine, cette foule assoiffée de divertissements, car elle a vu des miracles, et affamée de nourriture en quête d'une vie heureuse, et de l'attente d'un sauveur, cette foule espère, les yeux tournés vers Le Seigneur. Ils ont faim et ils n'ont rien. La samaritaine, elle, avait soif, soif d'amour et d'eau fraîche !

 Le Seigneur, Lui, va orienter le désir vers son désir, dans un dialogue, une relation, par une question à ses disciples : « Où allons-nous acheter des pains pour combler votre faim ? C'est-à-dire : Connaissez-vous des moyens humains qui puissent vous satisfaire, dans cet endroit désert, ou encore, me considérez-vous comme un Messie humain ? Voilà la question ! La confiance avec Le Seigneur passe par la vérité du cœur. Le Seigneur sonde les cœurs et les reins, le cœur dans ces désirs, et les reins dans leur faim. Le Seigneur nous demande de considérer les dons que nous avons reçus, car c'est à partir du don d'un enfant : -cinq pains et deux poissons, c'est bien peu, certes, mais c'est tout pour cet enfant-, que Le Seigneur opère le miracle ! L'offrande de cet enfant est à l'origine de notre offertoire, et de ce peu, Le Seigneur le multiplie, la bénédiction, c'est-à-dire le don, est au-delà de toute espérance.

 Connaissons-nous vraiment Le Seigneur ? Car, qu'il s'agisse d'une foule, ou d'une seule personne, réalisons-nous, que c'est de sa part, la même prévenance, la même délicatesse ? Le Seigneur donne son temps, Il accorde audience et nourriture :  « Faites-les asseoir », dit-Il. C'est bien la disposition que nous occupons en ce moment ? Il leur accorde la nourriture, qu'elle soit matérielle, ou spirituelle; l'une et l'autre, autant qu'ils en souhaiteront, autant qu'ils seront disposés à l'accueillir, rien ne sera perdu.

 Nous levons les yeux vers Le Seigneur, en Lui nous espérons, et que recevons-nous de durable ? Est-ce autre chose que le mystère du Christ vivant en chacun de nous, que nous ne pouvons, ni quantifier, ni qualifier ? Jésus s'est fait Pain de Vie, pour satisfaire notre faim de Dieu.

 Et à quoi cela nous engage-t-il ? Nous demandions au Seigneur, dans la prière d'ouverture, de « multiplier pour nous les gestes de miséricorde afin de nous attacher aux biens qui demeurent » ; biens, que l'on reçoit comme un don. Saint Paul nous en décrit l'enjeu : si les Chrétiens sont tous ensemble un seul corps et un seul esprit, ne le doivent-ils pas à la manducation d'une même Eucharistie ? Et qu'est-ce que l'Eucharistie opère, si ce n'est la vie, dont le bienfait est l'unité des Chrétiens ? Un idéal d'union dans la charité, l'unité d'esprit et de paix.

 A l'occasion d'une méditation pour les prêtres, Benoît XVI, il y a quelques années, commentant le passage de la lettre de Saint Paul aux Ephésiens, rappelait que Saint Paul enchaîné en prison pour l'Amour du Christ vivait une nouvelle vie dans la communion avec la passion du Christ, pour vivre sa communion avec la résurrection du Christ, qui est fécondité, joie et liberté. »

 Quel chemin Saint Paul nous propose-t-il pour être dans l'Amour, la communion au Christ ? Pour nous libérer de nos chaînes, Saint Paul est très concret, et nous propose trois terrains d'expérimentation, trois vertus morales : l'humilité : sommes-nous humbles ? La douceur  : est-elle notre seconde nature ? La patience : que vaut ma patience dans la tempête ? Suis-je mon propre étalon dans la construction de l'unité et de la communion ? Pouvons-nous dire en vérité : « Tous, les yeux tournés vers Toi, Seigneur, nous t'espérons, Tu es notre Vie ! » ? Les yeux tournés vers Toi, Seigneur, qui t'es humilié pour nous ! L'humilité dans les humbles services et devant les pauvres. Si nous manquons de cette humilité, comment pourrions-nous respecter et vénérer le Seigneur qui s'est « chosifié » dans l'Eucharistie et abaissé dans le petit ? Notre attitude, devant l'Eucharistie, est le témoignage de la qualité de notre âme, et de notre foi.

 Avec l'humilité, Saint Paul exhorte à la douceur, vertu que Don Bosco conseillait souvent aux éducateurs, car elle demande la maîtrise de soi, véritable ascèse ! Le Seigneur Lui-même, nous la prescrit, comme deuxième Béatitude : « Heureux les doux, car ils posséderont la terre ».

 Et la patience ! Y-a-t-il plus patient que Dieu ? Pour Lui, « Un jour est comme mille ans ». Dans nos impatiences quotidiennes, contemplons la grande patience du Seigneur, qui attend la confession, c'est-à-dire, l'amour dans le pardon. La patience de Dieu a pour nom : la miséricorde. La patience chrétienne doit prendre cette couleur de l'espérance : La douceur et l'humilité du cœur de Dieu se révèlent dans la patience et la miséricorde. L'humilité nous qualifie, la douceur et la patience qualifient nos relations. Ces trois vertus sont l'expression de la charité qui fondent l'âme de l'unité.

 Tout cela est possible grâce au baptême qui nous unit étroitement au Christ : Nous sommes le Corps du Christ par l'action de l'Esprit-Saint. Pour Saint Paul, cela est si important qu'il cite les Trois Personnes de la Très Sainte Trinité dans l'ordre de notre remontée à Dieu ; un seul Esprit, un seul Seigneur, un seul Dieu et Père. C'est du Père que tout provient et au Père que tout aboutit. Oui, tous, nous levons les yeux vers le Seigneur, en Lui, nous espérons.

 Eh bien, avec Marie, Notre-Dame de PontMain, notre modèle d'humilité, de douceur et de patience, demandons ensemble au Seigneur, en faisant cette prière :  « Seigneur, accorde-moi la joie de l'humilité, la douceur et la patience de ton Amour ». Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 5 août  2018
18ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Les paroles que nous venons de chanter résument bien le pourquoi de notre présence ici. Nous sommes réunis dans cette Eglise pour bénir Dieu, le Père de Jésus le Seigneur. Pourquoi ? Parce qu'Il nous a tout donné, et parce que dans son grand Amour, Il a fait de nous ses enfants, et nous recevons tout de Lui : « la vie, le mouvement et l'être » comme dit Saint Paul, et par le baptême nous avons reçu sa vie Divine.

Tout au long de cette semaine, non seulement notre Famille spirituelle a reçu de belles grâces, et nous aussi, nous voulons rendre grâce, rentrer dans l'action de grâce de Jésus en cette Eucharistie.

Nous savons aussi que nos cœurs sont habités par le péché, par des attaches qui nous retiennent encore loin de cet Amour total que le Seigneur attend de nous. Eh bien alors, tournons-nous vers le cœur miséricordieux de Jésus, et reconnaissons humblement que nous sommes pécheurs.


Homélie : Il est relativement facile de convertir les païens, il est beaucoup plus difficile de convertir les convertis ! C'est ce que nous montre les lectures de ce dimanche.

 La 1ère lecture nous montrait en effet, non pas des païens, mais la communauté des fils d'Israël récriminer contre Moïse et son frère Aaron.

 De même, dans l'évangile, la foule, puis les Juifs, et enfin jusqu'aux disciples même, vont peu à peu murmurer contre Jésus, et même se retirer, pour ne plus aller avec Lui.

 Alors, où est le problème ? A quelle conversion sont encore appelés les disciples, les convertis ?

 Eh bien, c'est Saint Paul qui nous donne la clé de l'énigme : « Vous ne devez plus vous conduire comme les païens, qui se laissent guider par le néant de leur pensée ».

 Et voilà la question que nous posent les lectures de ce dimanche : qu'est-ce qui guide mes choix? qu'est-ce qui emporte la décision en moi ? Mes propres pensées, ou une autre pensée ?

 « Les païens se laissent guider par le néant de leur pensée ». L'expression de Saint Paul est forte !

 Pour lui, se laisser guider par ses propres pensées, c'est vivre en païen, et donc aller vers le néant.

 Aussi nous enjoint-il de nous défaire de cette conduite, qui est celle de l'homme ancien, corrompu, pour nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée. Notre pensée doit vivre une transformation spirituelle.

 Qu'est-ce que cela veut dire ?

 Eh bien, relisons notre Evangile : « Le lendemain de la multiplication des pains, les gens montèrent en barques… à la recherche de Jésus, l'ayant trouvé sur l'autre rive, ils lui dirent... », et nous avons entendu la question !

 "Chercher", "trouver", deux verbes très importants dans le vocabulaire de Saint Jean. Et la 1ère parole de Jésus en Saint Jean est : «  Que cherchez vous ? » (Jn 1, 38).

C'est sur l'autre rive que l'on trouve Jésus. Pour trouver Jésus, il faut quitter la rive de la terre païenne, (là où a eu lieu la multiplication des pains,) pour aller sur l'autre rive, la rive de Jésus.

 Combien de fois nos manières de penser, de résonner, de réagir; combien de fois nos choix sont ceux de la rive païenne. Nous nous disons chrétiens, disciples de Jésus, et nous pensons, nous agissons comme le monde, comme le journal télévisé de 20 h, comme les séries à l'eau de rose. Combien de fois nous récriminons tout haut, ou nous murmurons tout bas contre les positions de l'Eglise, contre les décisions du Saint Père. Combien de fois, même si nous n'osons pas nous opposer ouvertement, nous chrétiens, nous posons des actes contraire à ce que demande l'Eglise.

 Alors que veut dire "chercher", et "trouver" Jésus ? Que veut dire "nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée" ? Eh bien, cela veut dire : voir, penser, agir, à la lumière de la Foi. « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » demande les auditeurs de Jésus. « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'Il a envoyé ».

 Nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée consiste à considérer toute chose avec les yeux de la foi, c'est-à-dire avec les yeux du cœur toujours fixés sur Jésus, Lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. Autrement dit, dans l'humble humanité de Jésus, se laisse percevoir l'autorité de la Divinité qui l'habite, en raison de l'Esprit-Saint qui repose et demeure sur Lui, et qui transparaît dans ses Paroles et dans les signes qu'Il accomplit.

Considérer toutes choses avec les yeux de la foi, c'est-à-dire avec les yeux du cœur toujours fixés sur Jésus, c'est précisément ainsi que s'est comporté la Vierge Marie. Alors, elle a vécu, comme le disait Saint Paul, en tout, « dans la justice et la sainteté conformes à la vérité », cette vérité qui est Jésus Lui-même.

 Comme l'humanité de Jésus, l'humanité de l'Eglise est pauvre et humble, et n'a rien pour attirer notre regard. Mais comme Jésus, l'Eglise est habitée par la présence de l'Esprit-Saint, l'Esprit de vérité qui lui confère son autorité.

 Comme la communauté des fils d'Israël, comme les disciples de Jésus, comme les premiers chrétiens, nous sommes invités à cette conversion permanente : considérer toutes choses à la lumière de la foi. Alors, nous ne nous laisserons plus guider par le néant, mais nous marcherons dans la lumière. Et cette marche, dans ce pèlerinage de notre foi, sera en même temps, nous dit Jésus, notre rassasiement. Notre foi nous permettra de recevoir la nourriture qui ne passe pas : « Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi, n'aura plus jamais soif ».

 Alors, oui, faisons nôtre la foi de Marie, faisons nôtre la foi de l'Eglise, pour vivre vraiment avec un cœur renouvelé et témoigner de la vie de Jésus ressuscité. Amen.


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HOMÉLIE DU  PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 12 août 2018
19ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Quand, dans certaines coutumes africaines anthropophages, on mangeait le corps défunt d'un membre de la famille, c'était, pensait-on, pour s'assimiler l'une de ses qualités. Eh bien, dans l'Eucharistie, c'est le corps spirituel ressuscité de Jésus que nous mangeons, pour nous assimiler son amour. Jésus dit, un jour, à sainte Melchtilde : « Si l'homme connaissait le salut qui vient par le corps du Christ, il en mourrait de bonheur ! ».

 Mes frères, soyons heureux de participer à une messe, n'ayons pas peur des remarques moqueuses qui appellent : « les cathos, des rétros », quand ils vont à la messe. Au contraire, ce sont des vivants ! Eh bien commençons par demander pardon à Jésus, pour mieux vivre notre communion.


Homélie : Jésus nous donne des paroles fortes dans l'Evangile de ce jour : «  Celui qui croit en moi a la vie éternelle… Moi, je suis le Pain de la Vie… Moi, je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel... Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il ne parle pas seulement de la vie du corps, Il parle aussi de la vie après la mort, dans le ciel. « Le pain que je donnerai, c'est ma chair donnée pour la vie éternelle ». Ici, Jésus parle du sacrement de l'Eucharistie, le plus grand des Sacrements, celui dont il a eu un grand désir d'instituer ! Donc, venir communier à la messe, ce n'est pas une chose banale. Il est absolument nécessaire de s'y être préparé avec un grand désir, un grand amour, pour en profiter.

 Voici quelques suggestions pour nous aider à approcher avec plus d'efficacité du sacrement de l'Eucharistie :

 Premièrement : Il est nécessaire de désirer une rencontre d'Amour avec Jésus, si possible déjà avant la messe.

 Deuxièmement : Il faut avoir la conscience libre de tout péché grave. Dans le cas contraire, il est nécessaire de venir se confesser avant de communier.

 Troisièmement : Il faut même désirer éviter les péchés véniels qui déplaisent à Jésus, surtout, n'avoir aucune rancune pour personne, sinon cela bloque toutes les grâces que Jésus veut nous donner.

 Quatrièmement : Après la communion, il faut prendre un temps d'action de grâce pour dire merci à Jésus, pour lui dire notre amour, et lui confier tous nos soucis.

 Voici ce que Jésus dit un jour au Père Montfort Okaa, prêtre nigérian, dont le récit a reçu l'imprimatur de son évêque :

 « La Sainte Eucharistie est le don de moi-même. La Sainte Eucharistie est le don de tout ce que Je suis, donné à vous de la façon la plus simple et la plus compréhensible. Je me donne pour vous sauver. Je me donne pour vous servir. Je me donne pour vous racheter de vos péchés. Je me donne pour vous unir à moi.

 « C'est le même amour qui est en moi, entre moi et mon Père, entre moi et l'Esprit-Saint. Le même amour sera entre vous et moi.

 « Je me donne moi-même à vous afin que votre amour mutuel devienne mon amour, afin que la vie en vous devienne ma vie, afin que l'amour en vous soit mon amour ».

 Ces paroles sont très fortes ! On peut dire que la communion est faite pour aider les époux à s'aimer avec l'Amour de Jésus, que la communion est faite pour aider les mamans à aimer leurs enfants avec l'Amour de Jésus, que la communion est faite pour aider les frères à s'aimer avec l'amour de Jésus.

 Je reprends une citation du Père Okaa : « A chaque Messe, se fait une nouvelle création, une re-création, un renouveau, un renouvellement total de tous ceux qui participent à la messe avec une très grande dévotion avec un cœur et un esprit ouverts. Ils sont tous purifiés et sanctifiés ».

 Je comprends qu'une stigmatisée, comme Marthe Robin, a pu vivre sans boire et sans manger pendant 50 ans ; elle ne recevait que l'Eucharistie.

 Voilà le secret de la messe, voilà pourquoi la messe est si importante. Jésus dit, un jour, à sainte Mechtilde, -comme je vous le disait au début de la Messe,- : « Si l'homme connaissait le salut qui vient par le Corps du Christ, il en mourrait de bonheur ». Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 19 août 2018
20ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction du Père François Scheffer (prêtre du diocèse de Paris) : Nous voici rassemblés ce matin, à l'invitation du Seigneur. C'est le Père qui  nous attire vers le Fils. Rendons-lui grâce de nous appeler à le servir et à le louer.

 Entrons dans la célébration de cette Eucharistie, reconnaissons humblement que nous sommes pécheurs. Accueillons ce que nous sommes dans nos limites, mais reconnaissons que nous sommes parfaitement aimés de Dieu et du Christ qui nous sauve. Recueillons-nous un instant.


Homélie : Merci au Père François Scheffer de présider cette célébration de l'Eucharistie en ce dimanche.

 Chers Frères et Sœurs, dans cette atmosphère somnolente, un peu surchauffée de l'été, où la nature humaine se dévoile, et parfois sans pudeur, à ceux qui veulent bien entendre, en ce dimanche, la Parole de Dieu fait l'effet d'une secousse, d'un réveil ! Tout d'abord les Proverbes nous pressent de sortir de l'étourderie : « Vous, étourdis, passez par ici ! ». (La parole) Le passage des Proverbes précise que les étourdis, dans leur étourdissement, sont ceux «  qui manquent de bon sens, des insensés », qui ont perdu le sens de la vie, et le sens de Dieu.

 Quel chemin le livre des Proverbes nous presse-t-il de prendre ? Selon lui, nous sommes invités par les servantes de la Sagesse personnifiée, invités à pénétrer dans un palais aux sept colonnes pour un festin. Il s'agit donc d'une invitation criante d'habiter, de vivre heureux dans cette maison, dans ce palais, pour ne pas risquer de se détourner et de se perdre dans la foi des insensés.

 Dans le livre des Proverbes, ce n'est pas compliqué, l'humanité se divise d'un côté en disciples et servantes de la sagesse, et de l'autre en insensés. Les uns ont le sens de la création, c'est-à-dire qu'ils savent d'où ils viennent, et où ils vont. Les autres cultivent l'orgueil de l'intelligence, le désordre des désirs, l'insouciance. Comprenons bien que la sagesse s'oppose, non pas à l'ignorance, mais à la sottise. Tel ignorant, et nous le sommes tous quelque part, peut être sage dans sa conduite, et tel savant peut être un sot dans sa manière de se centrer sur son égo, et de décréter pour lui-même son plaisir de la vie.

 Pour nous, chrétiens, ils nous faut être attentifs, nous reconnaissons que la maison bâtie par la Sagesse, sur le roc, est essentiellement la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ, Sagesse incarnée. Nous sommes invités à le rechercher et à demeurer en lui. Nous pouvons comprendre que la signification des sept colonnes dont il est question sont : la Sainte Ecriture, les Sacrements, l'Eglise, l'Eucharistie que nous célébrons, l'enseignement de l'Eglise, la vie chrétienne dans la foi, l'espérance, et l'exercice de la charité.

 En ce sens, nous trouvons en Saint Paul, un stimulant : « Prenez garde à votre conduite, ne vivez pas comme des fous, dit-il, mais comme des sages... ne soyons donc pas insensés ». Dans l'épître aux Galates, il dénonce quatorze façons de vivre en insensés.

 L'exhortation de Saint Paul est un appel à la vigilance, autrement dit, veillons à ne pas nous laisser droguer et fasciner par le climat ambiant d'un monde sans Dieu, car la création évolue vers une mystérieuse rencontre avec Dieu, dans le Christ, qui demande notre participation active et responsable.

 « Tirez parti du présent, comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur », dit-il. Pour accomplir la volonté du Seigneur, Saint Paul nous invite à ne pas gaspiller le temps qui nous est donné de vivre. Qu'est-ce à dire ? D'abord, ne pas se laisser mener par la vie, mais prendre possession du temps, car d'une part, dit-il, les temps sont mauvais, en ce sens qu'ils sont l'objet de tribulations, d'épreuves, de tentations et de périls. D'autre part, ajoute-t-il, les temps sont bons, car ils sont un don de Dieu. Pendant notre vie sur terre, nous sommes dans le temps favorable à notre salut lorsque nous ne négligeons pas de mettre Dieu dans notre vie. Notre vie de charité donne de la valeur au temps, et le temps est le prix de l'éternité.

 Saint Paul nous fait comprendre que la sagesse implique l'intelligence du temps. La foi est ce radar qui permet de suivre la route, en détectant et en évitant les obstacles. Saint Paul précise qu'une telle intelligence ne s'acquiert que si nous nous laissons remplir de l'Esprit-Saint.

 Comment nous laisser remplir de l'Esprit-Saint ? Voilà la question ? Certes, nous l'avons reçu au baptême, et nous sommes confirmés dans l'Esprit-Saint, mais il faut en vivre ! Et c'est précisément dans la communion eucharistique que nous sommes renouvelés dans l'Esprit. Voilà ce que nous rappelle la prière liturgique de la messe : « Quand nous serons nourris du Corps et du Sang du Seigneur ressuscité, et ainsi remplis de l'Esprit-Saint, nous formons un seul corps, le Corps du Christ ».

 « Quand nous serons nourris du Corps et du Sang du Seigneur »... Jésus avait dit, avait insisté, et redit à la foule, et nous l'avons entendu, ce que nous avons entendu dans l'évangile : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi ». La foule a été choquée , parce qu'elle le voyait en chair et en os. Or il faut faire attention à son affirmation qui précède : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair donnée pour la vie du monde. »

 Jésus est le pain vivant descendu du ciel. Cela nous rappelle la manne au désert, à la différence que le septième jour, jour de shabbat, notre dimanche, si vous le voulez, il n'y avait pas de manne dans le désert. Dieu se réservait ce jour pour le pain véritable, le pain descendu du ciel. Jésus donc dit clairement : « Le pain que je donnerai », c'est donc au futur, « c'est ma chair qui sera donnée pour la vie du monde ».

 Au moment où Jésus parle, il n'a pas encore vécu son « heure ». Le sacrifice de la croix avec la résurrection et le don de l'Esprit-Saint. Or, c'est à travers son sacrifice que Jésus apporte la vie au monde. Déjà, Jésus a devant les yeux la croix, la résurrection, le don de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire le sacrifice rédempteur qui donne la vie au monde.

 Le Christ a parlé fort et clair, il n'a pas craint de soulever les plus vives critiques, et de risquer l'échec et l'abandon des Juifs. Son message de salut a été rejeté par la plupart des Juifs, et a troublé même ses disciples qui, au pied de la croix, fuiront. Mystère de la foi, bien sûr. Mais la vie éternelle est à ce prix. Le Christ est venu nous transfuser cette vie, celle qui jaillit du Père. Il la transmet en se donnant à nous sous le signe du pain et du vin. Pour celui qui mange et boit la chair du Seigneur, la vie éternelle n'est pas à venir, elle est commencée, elle coule en nous. Notre éternité commence avec cette communion au Corps et au Sang du Christ.

 Avant de terminer, Jésus ajoute cette confidence : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi je demeure en lui ». Demeurer ! Dieu seul demeure. Il n'est de repos, de stabilité, de vie en paix, qu'auprès de Lui et en Lui. « Le Verbe s'est fait chair par Marie, et il a demeuré parmi nous ». N'oublions jamais que la communion eucharistique est la communion, l'union dans la personne du Christ. Si la communion ne nous change pas, nous sommes dans le mensonge. Si nous ne vivons pas de la charité du Christ, nous sommes dans le mensonge. « Devenez ce que vous recevez ».

 Par le don inouï du Seigneur dans son Eucharistie, nous faisons nôtre la prière de louange du psalmiste : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres... Je me glorifierai dans le Seigneur, que les pauvres m'entendent et soient en fête... car rien ne manque à ceux qui le craignent. Des riches ont tout perdu, ils ont faim ; qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien ».

 Demandons à Marie qui a vécu et vit l'intimité avec Jésus, l'humilité du cœur, -tout est là !- pour accueillir l'amour de Dieu dans l'Eucharistie, et en vivre. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 26 août 2018
21ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction du Père Paul Pageaud, sma : Chacun de nous, nous sommes l'Eglise du Christ de par notre baptême, et nous avons mission de témoigner de l'amour de Jésus autour de nous. C'est pourquoi nous venons refaire nos forces auprès de Jésus Eucharistie. Et nous commençons par demander pardon à Dieu de tous nos péchés.


Homélie de Frère Marie-Jean : Vous êtes bien assis, j'espère ?... « Voulez-vous partir vous aussi ? ». Le Christ met ses apôtres devant un choix. Ils sont libres ! Une des nombreuses preuves que Dieu nous laisse libres. Beaucoup de disciples de Jésus qui l'avaient suivi, « beaucoup », vient de nous dire l'évangile, qui l'avaient suivi au début avec enthousiasme : quelqu'un qui multiplie les pains, qui guérit les malades, -c'est intéressant !-, l'abandonnent lorsque ses paroles et sa volonté : « Si vous ne mangez pas ma chair, vous n'aurez pas la vie en vous », lorsque ses paroles et sa volonté dérangent leur cadre de penser et d'agir, les remettent en question, et réclament un surcroît d'humilité et de foi. D'humilité ! Parce qu'effectivement ça les dérange dans le chemin qu'ils se proposaient de suivre. Oui, un surcroît d'humilité et de foi, de confiance.

 Pierre et les autres apôtres, eux aussi, ont certainement été désemparés par ces mêmes paroles incompréhensibles de Jésus, scandaleuses à première écoute, pour un Juif : « Manger son Corps, boire son Sang ». Oui, comprendre la réaction naturelle de tous les auditeurs, y compris des apôtres, ils ont été interloqués ! Cependant, face à cette épreuve, Pierre pose un nouvel acte de foi en Celui qui leur a manifesté déjà de bien des manières sa véracité. Il est toujours vrai ! On a dit de Jésus que, -même les pharisiens le reconnaissent- : « Nous savons, Maître que tu es toujours vrai et que tu ne te laisses influencer par personne » (Mc 12,14) ! Même ses ennemis le reconnaissaient. Eh bien, Pierre s'appuyant sur cette expérience de la véracité de Jésus, de sa sagesse, et de sa puissance : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle »? Sous-entendu, on ne comprend peut-être pas tout ce que tu nous dis, mais on sait que tu es vrai, on te fait confiance. Tu es vrai et tu es bon, alors on te fait confiance. Il est raisonnable de faire confiance à quelqu'un qui a manifesté sa véracité, sa bonté, et non seulement cela, mais sa puissance, puisqu'il est Dieu, Jésus.

 Josué, lui aussi, met le peuple d'Israël devant un choix radical : « S'il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir », et il énumère tous les dieux, les faux-dieux, les idoles environnantes des peuplades dans lesquelles se trouve désormais immergé le peuple d'Israël dans cette terre de Canaan. Et le peuple de répondre radicalement : « Plutôt mourir, que d'abandonner le Seigneur ». Si nous pouvions avoir ce réflexe, quand la tentation nous rôde autour du cœur. « Plutôt mourir, que d'offenser le Seigneur »! Les saints parlent comme cela. Si l'auteur sacré met ainsi en valeur la radicalité de la réponse du peuple, c'est d'abord à l'intention des lointains descendants de ce peuple qui avaient bien besoin d'en prendre de la graine, dans les siècles passants, dans la tentation du retour à l'idolâtrie sous bien des formes a été permanente en Israël. L'histoire nous l'apprend, nous le savons bien. Mais c'est à nous aujourd'hui, et à chaque jour d'ailleurs, de nous déterminer pour Dieu, de re-choisir explicitement le Christ, et de rejeter explicitement, nos idoles, les idoles mondaines qui nous agrippent, et de tourner le dos, de rejeter l'apostasie silencieuse de nos sociétés occidentales.

 Je veux vous partager trois textes, c'est pour cela que je vous ai dit de bien vous asseoir ! trois textes qui m'ont touché cette semaine, et qui, je crois, ont une belle résonance avec les lectures de ce jour.

 Et d'abord, l'audience générale de notre Pape, le 6 août dernier, qui nous parle des idoles, justement. Il dit ceci «  l'idolâtrie »... non je vais commencer par autre chose. Le terme « idolo », en grec, ça fait du bien, de temps en temps, de connaître l'étymologie des mots, le terme «  idolo », en grec, dérive du verbe voir. « Une idole, dit le Pape, est une vision, qui a tendance à devenir une fixation, une obsession. L'idole est, en réalité, une projection de soi dans les objets ou dans les projets. La publicité, par exemple, dit-il, se sert de cette dynamique ». Et il continue par bien des exemples concrets, que je ne peux citer ici, mais que je vous invite à aller voir. Vous savez que notre Pape est tellement concret, et plein d'humour. Je n'en dis pas plus, allez voir !

 Et il continue : « L'idolâtrie est une tendance humaine qui n'épargne, ni les croyants, ni les athées. Les idoles promettent la vie, mais en réalité, elles la prennent, elles réduisent en esclavage, elles promettent le bonheur, mais elles ne le donnent pas. En revanche, le vrai Dieu ne demande pas la vie mais la donne, l'offre. Le vrai Dieu n'offre pas une projection de notre succès, mais il nous apprend, il nous enseigne à aimer ». Alors, de conclure, le Pape, l'audience qui est très riche, encore une fois, allez la voir, allez la consulter !! Je ne peux faire que des extraits, je termine le texte du Pape, il y en a d'autres après. « Gardez cela dans votre cœur, les idoles nous volent l'amour, les idoles nous rendent aveugles, nous rendent aveugles à l'amour, et pour aimer, il faut vraiment être libre de toute idole, des idoles. Je vous invite à réfléchir aujourd'hui, disait-il, combien ai-je d'idoles, et quelle est mon idole préférée ? Enlève-la, et jette-la par la fenêtre. » Il n'y va pas avec le dos de la cuillère, notre Pape, vous le savez bien ! Mais oui, mais on sent bien dans notre cœur, quand on écoute ces mots, que ces paroles sont vraies, qu'elles sont exigeantes, oui, parce qu'elles nous font du bien. « Enlève-la, cette idole qui te trompe, jette-la par la fenêtre ».

 Ne pas re-choisir sans cesse le Christ, chaque jour, c'est implicitement choisir l'esprit du monde, c'est-à-dire le démon, le menteur, qui en est l'auteur de cet esprit mondain. « Qui n'est pas avec moi, est contre moi », dit Jésus à ses disciples. « Qui ne rassemble pas avec moi, disperse » (Mat 12,30.) « Que votre oui, soit un oui, que votre non, soit un non, le reste vient du mauvais. » (Mat 5,37). Choisir le Christ, le re-choisir chaque jour dans la force de l'Esprit-Saint, c'est re-choisir notre vocation profonde à la sainteté.

 Je vous partage ce texte que vous avez peut-être lu vous-même dans « Magnificat », -pour ne pas le nommer-, un texte que je trouve très lumineux aussi, et qui rejoint bien ces considérations du Pape. Un texte du Père Adrien Candiard, dominicain : « Des désirs, nous en avons des dizaines qui s'opposent, qui se font la guerre, qui se concurrencent, mais nous n'en avons qu'un véritable, et c'est celui-là que nous devons suivre. Accompagner une vocation, c'est aider une personne à se demander ce qu'elle veut au fond d'elle-même, ce qu'elle veut réellement. Nous n'avons pas de meilleur indicateur de la volonté de Dieu, que l'écoute attentive du vrai désir qu'il a mis en nous, et que personne ne connaît, sinon nous-mêmes. Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c'est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue, et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien ». Alors je continue : choisir le Christ, et rechercher la fidélité, la persévérance dans la vocation, l'appel particulier qui est le nôtre. Pour des époux, c'est re-choisir, comme nous le disait Saint Paul : « D'aimer son conjoint, comme le Christ nous aime », rien moins que cela, Il est le modèle pour les époux, comme pour tous les chrétiens, bien sûr, mais dans son amour pour chacun de nous, et pour son église, Il est modèle pour les conjoints.

 Alors, je ne veux pas ne pas vous remettre dans les oreilles ce que vous avez peut-être lu ou entendu de cette merveilleuse exhortation apostolique : «  Amoris laetitia », «  la joie de l'amour », (n° 156) que nous a donnée notre Pape, il y a un peu plus d'un an, qui éclaire évidemment cette fameuse Lettre aux Ephésiens, ce passage que nous avons entendu, et qui si souvent, fait grincer les dents et les cœurs. Alors, il n'est pas inutile de nous redire, de ré-entendre ce que le Pape dit à ce sujet : « Il faut éviter, dit-il, toute interprétation inappropriée du texte de la Lettre aux Ephésiens, où il est demandé que les femmes soient soumises à leur mari. Saint Paul s'exprime en catégorie culturelle propre à cette époque, toutefois, nous autres, nous ne devons pas prendre à notre compte ce revêtement culturel, mais le message révélé qui subsiste dans l'ensemble de la péricope.  » C'est-à-dire de cette partie, de ce chapitre sur le mariage.

 Et poursuit le Pape : « Reprenons la judicieuse explication de Saint Jean-Paul II, qu'il avait donné dans ces catéchèses au début de son pontificat, qui est aussi une mine, sur la théologie du mariage, sur la spiritualité du mariage. Saint Jean-Paul II écrivait : « L'amour exclut toute espèce de soumission qui ferait de la femme la servante ou l'esclave du mari. La communauté ou unité qu'ils doivent constituer en raison de leur mariage se réalise dans une donation réciproque. C'est pourquoi on dit aussi que les maris doivent aimer leur femme, comme leur propre corps ». Le Pape François dit : « En réalité le texte biblique invite à dépasser l'individualisme commode pour vivre en se référant aux autres ». « Soyez soumis les uns aux autres » commence par dire Saint Paul, de fait. « Dans le mariage, cette soumission réciproque acquiert un sens spécial, et se comprend comme une appartenance réciproque, librement choisie, avec un ensemble de caractéristiques de fidélité, de respect et d'attention. La sexualité est au service de cette amitié conjugale, de manière inséparable parce qu'elle est orientée à faire en sorte que l'autre vive en plénitude ». Voilà c'est en regardant comment le Christ nous aime, chacun de nous, que les époux peuvent apprendre, et ré-apprendre à s'aimer mutuellement.

 Et bien sûr, je ne vais pas, nous avons nous aussi, nous religieux et prêtres, à puiser évidemment dans la contemplation du Christ, le ressourcement de notre vocation propre bien entendu aussi.

 Eh bien, que Saint Augustin, que nous allons fêter cette semaine, qui, après bien des méandres, s'est déterminé pour le Christ, nous aide à le re-choisir aujourd'hui, nous aussi, à re-choisir sans cesse le Christ, « à repartir du Christ », comme disait Jean-Paul II, puisque comme le disait Saint Augustin: « Notre cœur est sans repos, tant qu'il ne se repose en Lui, le Christ ». Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 2 septembre 2018
22ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Nous voici déjà au début du mois de septembre, c'est l'heure des reprises. Souvent, il nous faut recommencer. Et ces reprises, sont aussi des moments de ressaisissement.

 Le Seigneur, Lui, est toujours présent, Il n'est jamais en vacances, et donc, Il est toujours là. Mais nous, nous avons besoin de ces temps, j'allais dire, de pose et de reprise, justement pour nous ressaisir, pour rebondir, pour repartir, et c'est par la grâce de Dieu que nous trouvons l'énergie, l'énergie pour repartir dans cette confiance, j'allais dire, dans cet abandon, dans cette confiance de la grâce, de la force de Dieu, qu'Il nous donne par son Esprit-Saint.

 Eh bien, pendant cette Eucharistie, demandons au Seigneur son Esprit-Saint afin qu'Il nous conforte, qu'Il nous rassure peut-être, et qu'Il nous donne aussi sa paix, sa joie, sa miséricorde. Eh bien, recommandons-nous au Seigneur, demandons pardon au Seigneur, confions cela à sa miséricorde, et repartons confiant dans sa providence.


Homélie : Chers frères et sœurs, lorsque nous écoutons la Parole de Dieu, quelquefois je me demande si ce que l'on, peut-être, saisit le moins, je me demande si ce n'est pas le psaume ? Car on est bercé par la musique, et puis ma foi, on se laisse entraîner dans le mouvement, et on est peut-être plus attentif, à l'évangile et aux premières Lectures.

 Eh bien, pour entrer dans la pensée et les sentiments du Seigneur tels que nous les comprenons dans sa parole, je pense que nous pourrions partir du psaume. Le premier verset est une question : « Seigneur, qui habitera sous ta tente ? », c'est-à-dire : « Qui entrera dans ta maison ? », « Qui habitera ta sainte montagne ? » c'est dans le psaume. Je crois que c'est si important, que nous pourrions le redire comme une prière, chaque jour, et remercier le Seigneur de nous accueillir dans sa miséricorde, et un jour dans sa demeure éternelle. La prière vocale c'est cela, vous voyez : « Seigneur, qui entrera dans ta maison ? Qui habitera ta sainte montagne ? ». Interrogation, supplication, intercession, c'est tout cela cette prière, et peut-être cela nous fait-il penser à cette question de Pierre au Seigneur : « Seigneur, qui peut être sauvé ? », « Qui peut être sauvé ? » Et on entend comme la réponse du Seigneur : « Pour les hommes c'est impossible, c'est impossible, mais pour Dieu tout est possible ».

 Pour en saisir le sens, resituons-nous dans le contexte historique : pendant la traversée du désert, à chaque étape, la tente de la Rencontre abritait l'arche d'alliance, et n'était accessible qu'à Moïse, et quelques privilégiés, tous les autres restaient dehors. De même en fût-il de l'accès à la montagne sainte ; Moïse est monté sur la montagne, seul, et puis, il y avait quand même Josué ! Plus tard, il a fait monter les 70 Anciens, et ça s'est arrêté là. Une fois, les Israélites sédentarisés en terre sainte, finalement leur éducation à cette fréquentation de Dieu éduquait quelque part leur infini respect et leur profonde vénération, et tout cela s'était cristallisé sur le Temple de Jérusalem construit par Salomon, dans lequel résidait, « le Saint des Saints », « Le Saint Nom de Dieu ». Et pour que celui-ci ne soit pas profané, eh bien, ils avaient élevé un mur d'enceinte autour du Temple, et sur ce mur, à chaque passage, étaient gravés, non seulement l'accès interdit aux païens, mais aussi les prescriptions rituelles et légales qui devaient être accomplies, avant de franchir ce passage donnant accès au parvis du Temple.

 La conscience des Israélites en était si pénétrée qu'un écrivain inspiré en avait fixé la mémoire dans ce psaume de pèlerinage. C'est un psaume de pèlerinage que nous avons chanté, et qui était chanté pendant la marche vers Jérusalem, et précisément à ce passage donnant accès au parvis du Temple : « Seigneur, qui sera l'hôte de ta tente, qui habitera sur ta montagne sainte ? » Il faut se représenter ces milliers de pèlerins qui avançaient, qui étaient coincés pour passer les portes, qui n'étaient pas sûrs de pouvoir accéder. C'était déjà une épreuve ! La joie de marcher à la rencontre du Seigneur dans un esprit de foi et de pénitence, nous la retrouvons, à travers les siècles, notamment, tous ces pèlerinages du moyen-âge qu'on retrouve aujourd'hui. Pensez, par exemple, au sanctuaire de Rocamadour, avant d'y accéder les pèlerins s'arrêtaient à l'Hospitalet. L'Hospitalet, c'est un petit village qui est à portée de regard de Rocamadour, du sanctuaire, village à partir duquel, contemplant à l'horizon le sanctuaire, ils mettaient en ordre leur conscience en se purifiant l'âme et le corps, afin de se présenter saints et immaculés devant Notre Seigneur et Notre Dame dans le sanctuaire. Ils passaient trois jours, peut-être au moins, de purification à se préparer.

 Et nous-mêmes, ce matin, en nous dirigeant vers ce sanctuaire, peut-être nous sommes-nous posé cette question : « Seigneur, qui entrera dans ta maison, qui habitera ta montagne sainte ? » C'est une question qu'il faut se poser, je crois que c'est la question de la condition de l'intimité divine qui se pose ainsi. Avons-nous les dispositions et les conditions requises ? C'est ainsi qu'il nous faut comprendre  le sens du geste que l'Église nous demande de poser avant de pénétrer dans le sanctuaire. Elle ne nous demande pas grand chose : tracer avec l'eau bénite, sur notre corps, le signe de la croix, geste mémoire de notre baptême qui signifie que nous avons été lavé, purifié dans le sang du Christ, pour être introduit saints et immaculés en sa présence. Après cette démarche personnelle, nous le confessons communautairement dans un acte pénitentiel public, nous nous reconnaissons pécheurs, c'est ainsi que commence la célébration.

 Voyons maintenant quelle réponse nous donne le psalmiste à la question : « Seigneur, qui entrera dans ta maison, qui séjournera sous ta tente, dans ta maison, qui habitera ta montagne sainte ? » Là, intervient le génie du psalmiste qui, des innombrables préceptes ajoutés à la loi de Moïse, les synthétise en une réponse claire dans le plus pur esprit des prophètes. Si vous avez entendu la psalmodie du psaume, vous reconnaitrez que la ponctualité rituelle doit nécessairement se doubler de la fidélité à tous les devoirs religieux, moraux et sociaux. Ce psaume, très court, se réduit à l'énoncé de dix maximes qui ne sont qu'un rappel du Décalogue centré sur les devoirs les plus graves ou les plus exposés à l'oubli. A ce sujet, j'ai lu chez un exégète qui raconte ceci : « que le grand rabbin Gamaliel, contemporain de Jésus, pleurait de désespoir sur ses frères les Juifs, et sur lui-même, en psalmodiant ce psaume, car il se termine par cette sentence : "qui fait ainsi, ne chancellera jamais" ». Voilà bien ce que prescrit le Deutéronome. Le Seigneur demande que l'on écoute et mette en pratique ses commandements pour vivre et entrer en possession de la terre promise.

 Supposons à présent que tous les israélites, les pèlerins, les pécheurs pardonnés que nous sommes, ayant franchi l'accès au Temple, et donc que nous soyons à l'intérieur du Sanctuaire dans les meilleures conditions morales et spirituelles, alors ! Qu'est-ce qui pourrait encore entraver cette communion avec Dieu? Eh bien là, intervient, subtil, une autre mise en garde suggérée par le psalmiste et révélée par Jésus. Dans l'esprit du psalmiste, la tente traduit par maison : « Qui sera l'hôte de ta tente ? », signifie la demeure de Dieu où Dieu guide son peuple sans s'y laisser enfermer car on ne fixe pas Dieu ! On peut le rencontrer, mais non le retenir, ni se l'approprier comme une maison. Or, si l'Ancienne Alliance s'attache à la Loi de Dieu, au Temple et à une terre, la Nouvelle Alliance porte son regard sur le cœur, sur la charité en personne qui a un visage, celui du Christ qui nous conduit par son Esprit au Père. Nous sommes donc en chemin !

 Dans l'évangile de ce jour, par leur tradition honorable, les pharisiens, les scribes et l'intelligentsia avaient si bien sédentarisé Dieu qu'ils en étaient venus à codifier les hommes dans des préceptes humains. Dieu et les hommes en étaient réduits à être instrumentalisé. L'emportement du Christ envers eux n'est que l'expression de sa profonde douleur, indignation, réprobation. Le Christ redonne l'âme de l'observance au service du culte de Dieu et de son mystère, ainsi que la miséricorde due au prochain. L'homme intérieur n'est pas seulement le cœur et l'extérieur des œuvres, l'homme intérieur c'est l'homme total tel que Dieu le voit et le juge et l'aime. La purification intérieure va donc s'accomplir dans des actes extérieurs, c'est ce que recommande le Seigneur lorsqu'il demande aux scribes, aux pharisiens, à la foule et aux disciples de pratiquer la justice, la miséricorde et la fidélité, c'est-à-dire ce qu'il appelle la sagesse de Dieu. La justice qui est l'exercice de l'intelligence et de la raison, la miséricorde celle du cœur et de la volonté, et la fidélité celle de l'agir humain. C'est ainsi que l'homme est à l'image de Dieu, et non l'inverse, et donc peut entrer dans la charité de Dieu, en communion à ce mystère d'amour et d'alliance en son Eucharistie comme Marie, la fidèle servante du Seigneur, qui, pour reprendre l'expression de saint Jacques, a accueilli humblement la parole semée en elle pour notre salut.

 Puissions-nous aujourd'hui méditer cette parole du psalmiste : « Seigneur, qui entrera dans ta maison, qui habitera ta sainte montagne ? » et je crois que nous pourrions la reprendre ensemble et la garder dans notre cœur toute la journée. Je répète : « Seigneur, qui entrera dans ta maison, qui habitera ta sainte montagne? » Ensemble : « Seigneur, qui entrera dans ta maison, qui habitera ta sainte montagne? » Amen.


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HOMÉLIE DU  PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 9 septembre 2018
23ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Aujourd'hui dans l'évangile, nous voyons Jésus guérir un sourd-muet. N'y a-t-il aussi en chacun de nous, un peu, un sourd-muet ? Jésus est là. Isaïe nous dit : « Voici votre Dieu, Il vient nous sauver ». Pendant cette messe, si vraiment nous crions vers Lui, eh bien, le Seigneur va venir nous sauver. Commençons par nous reconnaître pécheurs, donc avoir besoin d'être sauvé.


Homélie : Mes frères, dans l'évangile de ce jour, nous avons entendu le récit de Jésus qui guérit un sourd-muet. Cette guérison n'a pu s'opérer que parce que des gens ont eu confiance en Jésus, mais aussi, parce qu'ils ont eu compassion pour ce sourd-muet, et l'ont amené jusqu'à Jésus, et ont supplié Jésus de le guérir. Pourtant, c'étaient des païens, et dans leur cœur, il y avait la charité. Jésus, c'est par sa seule parole : « effata », « ouvre-toi », qu'il a rendu la pleine santé à ce sourd-muet, car « sa parole est vivante et efficace »(Heb 4,12).

 Aujourd'hui encore, il peut y avoir beaucoup de gens qui ont besoin d'être guéri par Jésus, des sourds-muets spirituels. Il n'y a pas de plus sourd que celui qui ne veut pas entendre la voix de sa conscience, qui ne veut pas se référer à la Parole de Dieu, à l'évangile, aux commandements de l'Eglise, laisse son égo éclairé par l'esprit du monde et ses plaisirs dominer en lui. Il n'y a pas de plus muet que celui qui est incapable de prier ou de dire la vérité.

 En chacun de nous, il peut y avoir parfois un sourd-muet. On peut être sourd quand on a été distrait à la messe, distrait pendant la lecture de l'évangile. On peut être sourd quand on refuse d'écouter la voix de sa conscience, de faire la lumière dans son cœur. On peut être sourd, quand on n'écoute plus l'appel au secours, d'un époux, d'une épouse, d'un frère, d'une sœur, d'un enfant, d'un voisin, d'un passant, d'un étranger, qu'il soit plus grand ou plus petit que nous.

 On peut être muet, quand on est incapable de prier, quand on oublie sa prière du matin, seulement en réservant celle du soir. La Vierge, à la Salette, a dit aux deux petits voyants : « que le minimum de prière chaque jour, c'était au moins, un Notre Père et un je vous salue Marie, matin et soir. » Mais une prière faite non seulement avec les lèvres, mais aussi avec le cœur.

 On peut être muet, quand on ne dit pas la vérité à quelqu'un qui en a besoin. On peut être muet, quand on est incapable de dire une parole aimable à quelqu'un que l'on rencontre fréquemment. Il y a des silences qui sont mortels. On peut être muet, quand on est incapable de dire merci. Le Pape François insiste beaucoup : « Pardon, Merci », sont des mots qui devraient nous être familiers.

 Etre sourd-muet en spirituel, c'est manquer d'amour, et le médecin, c'est toujours Jésus, Jésus, quand on lit sa parole dans l'évangile. L'évangile, la parole de l'évangile est « une parole vivante et efficace, plus tranchante qu'un glaive à deux tranchants » (Heb 4,12). Elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. Elle nous permet d'être vrai avec nous-mêmes, et avec les autres. Elle nous permet d'aller vers le médecin capable de nous guérir.

 Et Jésus peut nous guérir par la prière. Une messe bien vécue, avec foi et amour, est guérissante. Et Il a institué un sacrement spécifique, c'est le sacrement du Pardon, si peu utilisé aujourd'hui. Le démon en a grand peur, il n'aime pas qu'on fasse la vérité, il préfère nous tenir sous sa griffe, c'est pourquoi, il nous susurre mille raisons, mille prétextes, pour ne pas profiter de ce sacrement. Mais ne l'écoutons pas, c'est un menteur. Profitons avec abondance de Jésus qui est notre médecin, c'est celui qui nous guérit et celui qui nous sauve.

 En terminant, je vous chante ce chant, que vous pourrez répéter après moi : « Oh, Seigneur, guéris nous, Oh, Seigneur, sauve-nous, donne-nous l'amour ».


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 16 septembre 2018
24ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Tous ensemble nous cherchons à vivre mieux la communion, c'est ce que nous venons de chanter. Et cette communion, nous sommes heureux de la vivre aujourd'hui avec le Père David Journault, qui est parmi nous pour une dernière fois, une des dernières fois, avant de s'envoler pour le Cambodge, où il va partir pour, au minimum 3 ans, annoncer l'évangile là-bas.

 Et puis, cette communion, c'est celle que nous essayons de tisser jour après jour. Et nous savons combien cette communion peut être blessée dans les menus actes de notre vie. Alors, au seuil de cette Eucharistie, eh bien, remettons-nous à la miséricorde du cœur de Jésus, lui qui est venu précisément pour nous remettre en communion avec son Père et les uns avec les autres.

 Reconnaissons humblement que nous sommes pécheurs.


Homélie : La confession de Césarée que nous venons d'entendre dans l'évangile, il nous faut la situer dans le contexte des évangiles que nous avons entendus au cours de cet été. Nous avons entendu le récit de la multiplication des pains, au chapitre 6 de Saint Marc. Puis nous avons entendu, en Saint Jean, pendant plusieurs dimanches, le discours sur le pain de Vie, qui s'est situé au lendemain de cette multiplication des pains. Et ce discours sur le pain de Vie s'est soldé par un échec : non seulement les Juifs, mais ses disciples eux-mêmes ont quitté Jésus et ont cessé de marcher avec lui, étant scandalisés par ce qu'ils venaient d'entendre. Pourtant, qui mieux que Jésus pouvait parler du mystère de l'Eucharistie ? Jésus a scandalisé, et les disciples sont partis. Pour Jésus, c'est un échec.

 Alors, il a pris du recul, il s'est retiré avec la poignée de ceux qui croyaient encore en lui. Il est parti au Liban, il est allé jusqu'à Sidon, l'actuelle Saïda, c'est une distance assez conséquente qu'il a fait à pieds; et pour revenir, on voit qu'il ne s'est pas hâter pour revenir au pays, puisqu'il est passé par la Décapole, à l'ouest de la Syrie actuelle, c'est ce que nous disait l'évangile de dimanche dernier.

 Durant cette pérégrination de plus de 100 kms, Jésus a réfléchi sur le sens de ce qu'il venait de vivre; Il en a sans doute parlé avec son Père, dans la prière.

 Et aujourd'hui Jésus rentre en Terre Sainte, il est à la frontière, aux Sources du Jourdain.

 Ce temps de recul a été celui du mûrissement pour l'engagement dans une nouvelle étape de sa mission. Etape qu'il assume pleinement et qu'il annonce ouvertement aux douze.

 Jésus est prêt pour cette nouvelle étape. Mais les disciples le sont-ils, eux ? Pour les y préparer, Jésus les interpelle : « Pour les gens, qui suis-je ?... -Et vous-, Que dites-vous, pour vous, qui suis-je »?

 Et une fois de plus, au nom du groupe, c'est Pierre qui répond: « Tu es le Christ, tu es le Messie ». Et pour la première fois, Jésus ne refuse pas ce titre. Il sait que Pierre enlève à ce titre de Christ, de Messie, la charge explosive, politique, que lui donnent les gens. Messie, pour Pierre, veut dire que Jésus est l'envoyé suprême de Dieu, celui qui sauvera le monde, pour qu'advienne ici-bas le Royaume de Dieu. Réponse juste de Pierre, mais incomplète.

 Alors Jésus découvre aux douze la 2ème phase de sa mission. « Il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les Anciens, les grands-prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement ».

 Jésus a très bien analysé les réactions défavorables à sa prédication; Il a prévu l'issue fatale de sa vie, et il s'est dirigé consciemment vers une confrontation avec les dirigeants Juifs : et il cite, ici, les trois groupes qui constituaient le Sanhédrin : les Anciens, les grands Prêtres et les scribes.

 Et par trois fois, Jésus va annoncer, de façon de plus en plus précise, sa Passion.

 Il commence à leur parler de souffrance, de rejet, d'exclusion du peuple, de mort violente… et de résurrection! A chaque fois que Jésus leur parlera de cette éventualité, il annonce aussi, par trois fois, sa résurrection… mais, curieusement, les apôtres ne semblent jamais entendre ce dernier mot. Et nous non plus, nous n'écoutons jamais Dieu jusqu'au bout. Et nous continuons à nous bloquer sur le mal du monde, sur nos propres épreuves, sur les temps difficiles, comme si la résurrection, la "vie éternelle", la victoire de Jésus n'existaient pas!...

 Mais celui qui, alors que tous abandonnaient Jésus, avait dit : « Seigneur, à qui irions nous, tu as les paroles de la vie éternelle », celui là, cale à son tour. Pierre se mit à faire de vifs reproches à Jésus. Lui aussi est scandalisé par Jésus.

 Avouons-le, Jésus ne nous scandalise-t-il pas parfois ? Le Saint-Père, ne nous scandalise-t-il pas, parfois ?

 Peut-être avons-nous alors à retrouver l'attitude de Marie et de Joseph, qui ne comprirent pas ce que venait de leur dire Jésus, mais qui gardaient ses paroles dans leur cœur, et les méditaient, jusqu'au jour où ils comprirent cette parole.

 La Passion de Jésus scandalise. Or, c'est précisément cela qui sauvera le monde et qui distinguera le vrai Messie de tous les pseudo-messies, de tous les gourous.

 Où en est la vitalité de ma foi ? Où en est la vitalité de ma foi ? Eh bien, je le saurai en répondant à ces questions : qu'ai-je fait pour le Christ et pour les autres ? Ma foi m'engage-t-elle à donner et à me donner, ou à épargner et à m'épargner ? Me fait-elle partager, ou négliger les problèmes, les souffrances de mes frères en humanité ? Une foi sans œuvres est comme un arbre sans fruits : elle est inutile, elle « est bel et bien morte », nous disait Saint Jacques, le cousin de Jésus et premier évêque de Jérusalem. Cette parole à entendre que nous dit avec force Saint Jacques.

 Nous allons dans un instant proclamer notre foi, en chantant le Credo. Mais la seule profession de foi qui vaille, c'est celle de notre vie, c'est celle de nos actes. Lorsque nous aurons quitté cette église, que notre vie témoigne de notre foi. Et la croix est au cœur du Credo; elle est au cœur de l'appel de Jésus : « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive ». Le Credo est un constant appel à la conversion à l'amour oblatif. Puissions-nous entendre cet appel et y répondre d'un cœur généreux. Eh bien, que le Cœur douloureux et immaculé de Marie, que nous fêtions hier, nous y aide. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-FRANÇOIS
Le 23 septembre 2018
25ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Chers amis, bienvenue à chacun, chacune d'entre vous, et à tous les groupes présents pendant ce dimanche. Nous sommes invités à exulter de joie. Alors, je compte sur vous.

 Nous allons d'abord tracer, sur nos corps de baptisés, ce signe de la joie : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen…

 Nous exultons de joie, parce que le Christ est victorieux du péché et de la mort par sa résurrection. Nous allons lui demander de préparer notre cœur pour qu'il nous libère de toutes ces rivalités, jalousie, envie, tout ce que Saint Jacques nous dira tout à l'heure. Accueillons à plein cœur sa miséricorde.


Homélie : « Bien-aimés », voilà comment Saint Jacques s'adresse à nous, ce matin. Vous comprenez  facilement pourquoi dans nos assemblées les personnes ne viennent plus, parce lorsqu'on entend ces paroles d'aujourd'hui, on n'a pas envie de les entendre. Alors, bravo d'être là, d'être là chaque dimanche, pour vous laisser ensemencer de la sagesse de Dieu.

 Cet évangile nous montre les apôtres qui accueillant cette annonce, c'est la 2ème fois, que ce Jésus de Nazareth qu'ils suivent depuis quelque temps va être livré aux hommes, qu'il va être tué, et que 3 jours après il ressuscitera ! Il ne faut pas oublier le bout du message. On comprend qu'ils n'accueillent pas cette annonce qui brise leur rêve. Toute proportion gardée, lorsque dans une famille, nous accompagnons une personne chère jusqu'au bout de la vie, on n'ose pas toujours lui dire la vérité. Et la personne elle-même parfois, pour ne pas faire de peine, ne dit pas ce qu'elle attend, ce qu'elle pressent, ce qu'elle ressent. C'est un peu nous, quand même ! Il y a ce déni d'une réalité qui pourtant doit être libératrice et pour nous, et pour la personne qui est en train de mourir.

 Et voilà que Jésus, il vient s'introduire dans notre champ de bataille. Je veux dire notre cœur, mon cœur. Ce champ de bataille que Saint Jacques décrit : jalousie, rivalités, tant de conflits, tant de guerres en moi, qui va jusqu'à tuer, pas tuer physiquement, c'est rare ! mais tuer avec la parole, ou avec un mutisme, c'est moins rare. Et voilà que Jésus, à travers son apôtre, nous invite à accueillir la paix. « C'est dans la paix qu'est semé la justice, qui donne son fruit aux artisans de paix ».Voilà ce que Jésus veut nous délivrer ce matin.

 Et cette petite allusion à tous ces péchés, qu'on appelle «  capitaux », qui sont des capiteux. Je vous invite, parce que j'ai eu la grâce de l'ouvrir ce livre avec mon équipe Notre-Dame : «  Les sept péchés capitaux », du Père Pascal Ide, et de Luc Adrian. C'est génial ! Parce que c'est dit avec beaucoup de finesse pour nous permettre de découvrir, avec beaucoup de douceur, de souplesse, non pas le «  gros truc », que je dis d'une manière répétitive, à chaque confession, qui cache en fait l'arbre de toute la forêt; il va nous permettre de découvrir toutes ces petites choses qui nous empêchent d'être nous-mêmes. Voilà ce que Jésus veut à chaque fois qu'il nous rencontre : nous désencombrer, nous libérer. Et avec beaucoup d'humour, il nous invite à aller sur le site d'enfernet : «  tentation 666.com », où il donne, (satan), des conseils à "l'Hellmaster" qui apprend à déjouer, ou plutôt à faire tomber dans la tentation. C'est beaucoup d'humour, je vous le conseille vraiment.

 Et pour nous, concrètement, pour sortir de cet enfermement, de ce qui nous empêche d'être vraiment nous-mêmes, et donc en bonne relation avec Dieu et avec les autres, Jésus pose un geste : il invite un petit enfant au milieu des disciples qui ne pensent qu'à leur carrière, en oubliant que le maître qui les appelle, il va quand même mal terminer, sur une croix, le pire des supplices et des humiliations. Pourquoi Jésus présente un petit enfant ? Parce que c'est le symbole, encore plus de son temps, «  infans » celui qui n'a pas la parole, qui n'existe pas finalement. « Redevenez comme des petits enfants ».

 Et quelle est l'attitude de l'enfance, sinon cette dépendance dans l'amour. Et comment nous pouvons l'exprimer cette dépendance dans l'amour, sinon dans la prière. Le grand exercice de pauvreté, puisque nous attendons tout du Seigneur, nous sommes en vérité devant lui, nous ne pouvons pas nous cacher, les masques tombent. Et s'il y a cette prière, exercice fondamental de pauvreté, nous aurons ce chemin qui s'ouvrira devant nous. S O S miséricorde ! Ça tombe bien, nous fêtons aujourd'hui Saint Padre Pio de Pietrelcina, un apôtre de la miséricorde, qui a passé humblement par Marie.

 Vous vous souvenez, une fois, son "Gardien" (NDLR = son Supérieur religieux) lui demande : « combien de chapelets vous avez dit aujourd'hui »? Eh bien là, il était un peu obligé de répondre, je ne sais pas, je crois c'était 54, ou ? ! hallucinant ! Il ne faut pas battre des records, mais, vous sentez, plus on se donne à Marie, plus on va se donner à Jésus, plus on va se donner aux autres.

 C'est ce que je vous souhaite, c'est ce que je me souhaite, pour que vraiment nous soyons, comme notre évêque nous y invite à travers cette démarche synodale, des disciples missionnaires, dégoulinant de miséricorde, qui ont, auront l'audace d'aller à la rencontre de tous ceux qui ont besoin de découvrir cette miséricorde.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 30 septembre 2018
26ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Le Seigneur nous rassemble en ce jour qui lui est consacré pour nous faire entrer dans l'Eucharistie. En célébrant l'Eucharistie, nous proclamons la mort du Christ, nous communions à son sacrifice, nous professons la toute-puissance de l'amour de Dieu, dans la résurrection du Christ. Le Christ est vivant. Nous nous engageons de ce fait à l'imiter, à être dans le monde les signes du pardon de Dieu. C'est la gloire de Dieu de faire miséricorde et de donner vie, la grandeur de l'homme sera de pardonner comme le Christ nous a aimés et pardonnés. C'est tout le travail de l'Esprit-Saint en nous.

 Notre communauté aujourd'hui, est heureuse d'accueillir les guides ainés des Scouts Unitaires de France qui vont nous aider à prier par le chant. Merci à vous. Nous avons aussi la joie d'accueillir les confirmands de Rennes avec le Père Fabrice, et des jeunes du service des vocations avec le Père David. Et vous tous ici, avec la famille de Claire Bauchet.

 Remercions le Seigneur de nous avoir rassemblés dans l'amour de Dieu. Et dans cet amour, confessons notre péché et sa miséricorde pour accueillir son pardon et pouvoir communier à son amour.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, que retiendriez-vous de cette Parole de Dieu que nous venons d'entendre? Est-ce l'œil arraché, le pied coupé, la main coupée ? Personnellement, je ne me suis pas arrêté à cet aspect. En méditant la Parole du Seigneur, j'ai retenu un autre aspect mais qui n'est peut-être pas si loin que cela.

 Ce qui m'a frappé d'abord, c'est cette parole du psalmiste : « La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie, les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables ». Ainsi parle le psalmiste. La Loi du Seigneur, nous voyons à peu près de quoi il s'agit. Mais les décisions du Seigneur, comment les discerner?

 Les lectures de ce jour nous offrent une réflexion concernant les décisions du Seigneur, sur cette pierre d'achoppement de la réaction de l'homme en face d'un fait dont il ne perçoit pas l'origine providentielle. Cet écueil possible dans notre vie chrétienne, dont personne n'est à l'abri, peut, si l'on n'y prend garde, paralyser la vie spirituelle. Les décisions du Seigneur en nous découvrant la plaie qui gangrène le corps, proposent au fond un remède, alors de quoi s'agit-il ?

 Au point de départ, dans les lectures de ce jour, deux faits apparemment insolites, nous sont présentés à plus de 12 siècles de distance l'un de l'autre et curieusement si identiques dans leurs effets et conséquences : je veux parler de la réaction de Josué et de Jean. Vous savez, cette jalousie camouflée pour la bonne cause. La jalousie, comme dirait Pascal Ide, c'est ce qu'il y a de plus répandue et de moins reconnue. Mais je m'y reconnais très bien !

 Josué et Jean sont jeunes, certes, mais ô combien fidèles, fervents et généreux, des généreux disciples de leurs maîtres, Moïse et Jésus, dont ils se savent aimés. Ils le comprennent comme une préférence que leur jeunesse veut exclusive. Moïse, écrasé par la charge de la survie du peuple de Dieu dans le désert, réunit sur la montagne 70 Anciens autour de lui pour le seconder. Il appelle sur eux l'Esprit. Deux manquent à l'appel, qui, de plus, se mettent à prophétiser à part dans le camp. Josué ne peut nier le fait, mais reste déconcerté, ne l'accepte pas, et condamne verbalement ces deux hommes qui ne sont pas du groupe.

 Quant à Jean et les disciples, ils voient un homme qui ne fait pas parti de leur groupe, chasser les démons au nom de Jésus, de plus ils n'arrivent pas à l'en empêcher. Ils sont déconcertés, mais n'acceptent pas et condamnent l'homme. « Il n'est pas des nôtres, un pouvoir nous échappe ». C'est d'autant plus frustrant que les disciples n'ont pas toujours réussi dans cette entreprise et ils s'en étaient plaint à Jésus : « Pourquoi n'avons-nous pas réussi à chasser le démon, au fond que nous manque-t-il ? ». Jésus avait répondu : « Ce genre de démons se chasse par la prière et le jeûne. »

 Pourquoi Jésus pointe-t-il la prière et le jeûne comme moyens incontournables contre les puissances du mal ? Parce que sans doute elle révèle une disposition de mendiants donc d'humilité. La prière parce qu'elle marque la dépendance, et le jeûne révèle non pas le manque mais ce qui est en trop, ce qui encombre.

 De même, en l'évangile de Saint Luc, juste avant l'épisode de ce jour, les disciples s'étaient chamaillés pour savoir quel serait le plus grand, entendons le plus grand en pouvoir ! Comme c'est toujours d'actualité, comment aurions-nous agi ou réagi à leur place ? Moïse, dont on nous dit qu'il était le plus humble des hommes, réagit en pédagogue : il ne dit pas : « Josué, tu es jaloux », il ne l'enferme pas dans son jugement, mais d'une manière plus subtile, il dit : « Es-tu jaloux pour moi? » Moïse eût souhaité que tout le peuple prophétise.

 Jésus dans sa réponse décentre l'attachement de Jean et l'oriente sur la liberté de Dieu. Toute action et mission doivent être axées sur le nom de Jésus, qui dans sa miséricorde, non seulement associe ses disciples mais aussi ceux qu'il veut à son œuvre, car, dit-il : « Qui n'est pas contre nous est pour nous. »

 Ces mentions du Seigneur sont contre la velléité de propriété personnelle de jugement et d'action, non désintéressées, dans le service du Seigneur et des Frères. Saint François de Sales appelait cela : l'activité de l'amour propre, car celui-ci s'insinue dans la vie chrétienne, décentre doucement le Christ et son Eglise, s'en sépare pour devenir son centre de référence. Ainsi naissent les incompréhensions, les oppositions, les jugements critiques...etc.

 Alors, que faire ? Car enfin, ni Moïse, ni Jésus ne condamnent Josué et Jean. Il leur ouvre seulement l'esprit à reconnaître dans ces faits insolites l'action de Dieu, l'action de Dieu qu'il convient d'accueillir avec humilité. Nous-mêmes, des jugements, nous en formulons toute la journée. C'est l'activité normale de notre raison, mue par notre volonté et stimulée par notre sensibilité, encore faut-il qu'elle soit droite et désintéressée. Pour Saint Thomas, la perfection de l'activité de l'intelligence, n'est pas d'être vraie à la façon d'un miroir, ce que nous pouvons traduire par sincérité, mais de reconnaître, de connaître le vrai, afin de se conformer à la vérité. C'est différent.

 Dans son sermon 46, Saint Augustin s'interroge ; « Quel est l'homme qui peut juger l'homme ? On fait partout des jugements téméraires. Ce qu'est aujourd'hui n'importe quel homme, cet homme là ne le sait guère. Ce qu'il sera demain, lui-même ne le sait pas. Celui dont nous désespérions, se convertit. Celui dont nous attendions beaucoup tombe brusquement ! Ni notre crainte, ni notre amour n'est assuré. Dieu seul est le juste juge. Alors, conclut-il, ne jugeons pas l'homme afin de ne pas être mis en jugement.  » « Oui, la loi du Seigneur est parfaite, ses décisions sont justes et équitables ».

 Quel est donc le remède à ce poison mortel du jugement téméraire dont se plaint Saint Augustin ? Au fond, la question ne serait-elle pas celle-ci : quel doit être le sens de ma vie, de mes pensées, de mes actions? Est-ce moi et ma propre personnalité, accessoirement au service du Christ ? C'est un point de vue. Le soleil tournerait-il autour de la terre ? Ou bien, est-ce le Christ dont je ne suis qu'un serviteur au service de son Esprit et de son Eglise ?

 Oui, c'est ainsi que le verre d'eau offert est récompensé au centuple. Seule la 2ème attitude ouvre l'intelligence de la foi à la disposition de l'amour pour voir en toute personne la présence du Christ et le servir : « Autant de fois que vous l'avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c'est à Moi que vous l'avez fait », nous dit Jésus.

 Disposition chrétienne, nous dit Saint Jacques : « Celui qui connaît le bien à faire, et ne le fait pas ou l'empêche, est coupable de péché » (Jac 4,17), et il prévient que celui qui se fait le centre de lui-même transforme les biens en nécessité à son service. Ces biens mal utilisés porteront témoignage contre lui-même.

 « La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie, les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables », chante le psalmiste, soucieux de s'y conformer dans sa vie, conscient de ses imperfections et faiblesses. Fidèle, il sollicite de Dieu la grâce de se laisser pénétrer de ses volontés par l'humilité, par l'obéissance à ses décisions. Cette âme juive a trouvé dans la Loi une lumière et pas seulement un fardeau, une force et pas seulement un aiguillon, une douceur et une joie et pas seulement un joug, parce que cette âme communiait par la Loi aux pensées, aux desseins et aux désirs de son Dieu et y livrait son esprit de disciple, et tant qu'il y aura à obéir, il importera de l'apprendre.

 Alors pour conclure, si  nous voulons être les premiers parmi les disciples de Jésus, il faut être les premiers dans l'amour, semblables à lui, dans l'humanité de notre cœur, quand nous nous donnons à Dieu sans réserve, et servons nos frères généreusement.

 Eh bien, redisons, -et je pense que c'est la grâce de ce jour-, redisons avec le psalmiste : « La Loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie, (ensemble), les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables ». Ainsi soit-il.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 7 octobre 2018
27ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Nous souhaitons la bienvenue aux confirmands de Saint Julien du Mans, aux familles de l'école de prière, et puis au Conseil général des Soeurs de la charité de Notre Dame d'Evron.

 Les lectures de la messe d'aujourd'hui vont porter sur la réalité du mariage, et nous célébrons l'Eucharistie. L'Eucharistie et le mariage, ce sont deux sacrements d'une même réalité. L'Eucharistie, c'est le mariage de Jésus avec l'humanité, Lui qui s'est livré pour nous jusqu'à en mourir. Et le mariage c'est ce même mystère de vie livrée, de l'époux à son épouse, et de l'épouse à son époux, pour qu'en jaillisse la vie. Eh bien, rendons grâce au Seigneur pour ces deux sacrements magnifiques, merveilleux qui nous sont donnés, et par lesquels la vie est transmise.

 C'est aujourd'hui aussi, Notre Dame du Rosaire, et en ce mois du Rosaire, le Saint-Père nous invite à prier tout spécialement pour l'Eglise, qui est, en ce moment, pas mal chahutée. Il nous demande de placer l'Eglise sous le manteau protecteur de Marie. Eh bien, voilà, dans notre prière d'aujourd'hui, plaçons l'Eglise sous le manteau de Marie.

 Au seuil de cette Eucharistie, demandons au Seigneur, le pardon pour tous nos péchés, par tout ce qui blesse l'amour dans nos vies.


Homélie : Les lectures de ce jour portent sur la réalité du mariage, et tout spécialement dans l'évangile, sur son indissolubilité.

 Il est intéressant de voir comment Jésus répond à ceux qui lui posent une question pour le mettre à l'épreuve. Jésus ne part pas dans une argumentation philosophique, anthropologique, théologique; il renvoie à une autorité, il renvoie à la plus haute autorité du monde Juif : Moïse, l'auteur de la Torah pour les Juifs. Autrement dit, Jésus renvoie à l'autorité de la Parole de Dieu, et donc, il nous renvoie à notre foi, car notre foi s'appuie sur l'autorité de la Parole de Dieu, et c'est de notre foi que découlent nos actes, que devraient découler nos actes. C'est la Parole de Dieu qui est, pour Jésus, le principe de discernement et de choix, dans la vie.

 Pour nous, aujourd'hui, en cette question concernant le mariage, mais aussi pour les questions touchant à la bioéthique, pour toutes les affaires qui secouent l'église en ce moment, nous pouvons nous poser la question : Où allons-nous chercher ce qui nous permettra de discerner ? Allons-nous chercher dans nos affects ? Allons-nous chercher un principe de discernement dans les médias ? Ou dans la Parole de Dieu? Oui, c'est bien dans la Parole de Dieu qu'il faut chercher la lumière. Et pour cela il est nécessaire de nous nourrir de la Parole de Dieu, chaque jour. Sinon notre foi ne sera pas assez nourrie, ne sera pas assez fortifiée, et nous ne pourrons pas tenir face à la déferlante de l'esprit du monde, (cet esprit du monde qui est à l'opposé de l'esprit de Dieu.)

 Revenons à notre première lecture. Ce récit, vieux de plus de 3000 ans, et qui peut paraître un peu désuet, nous dit des choses non seulement importantes, mais fondamentales sur le mariage.

 Alors qu'avec l'idéologie du genre, on nous dit que le mariage est le fruit d'une culture déterminée, culture qu'il s'agit de déconstruire afin d'accéder à un vivre ensemble universel, où les limites sont abolies, et où tout le monde peut vivre avec tout le monde, qu'il soit marié ou non. Face à cela, la Parole de Dieu vient nous dire que le mariage est d'institution divine, c'est-à-dire que c'est Dieu qui est l'auteur du mariage. Si Dieu est l'auteur du mariage, Dieu a des droits d'auteur qu'il faut respecter. Nous, nous sommes très soucieux, très sourcilleux pour faire respecter nos droits d'auteur, pourquoi alors ne pas respecter les droits d'auteur de Dieu ? C'est une question que je pose !

 Autre chose fondamentale que nous dit ce texte de la Genèse, c'est que l'être humain, sexué en homme et femme, vient de la volonté et de la sagesse de Dieu. Que l'être humain soit homme et femme, cela ne vient pas du hasard, il y a un projet de Dieu en cela.

 Troisième chose importante que nous dit ce texte, c'est qu'il n'est pas bon pour l'être humain d'être seul. L'être humain ne peut pleinement vivre, se développer, s'humaniser, que dans et par la relation. Et nous voyons aujourd'hui, combien notre société individualiste, génère de troubles de la personnalité, du comportement, ou de la socialisation.

 Ce texte, sous son aspect naïf, souligne que l'être humain, qui se dit «  adam » en hébreu, l'être humain ne peut se connaître lui-même, ne peut trouver son identité propre que dans la relation homme-femme. L'homme et la femme ont leur spécificité, leur identité propre; et chacun découvre et enrichit sa propre spécificité dans la relation à l'autre différent.

 Autre chose importante encore que nous dit ce texte, c'est que le mariage est une œuvre divine où l'être humain n'y est absolument pour rien. Le mariage est une œuvre qui dépasse totalement l'être humain, ce qu'exprime ce sommeil mystérieux, cette torpeur dans laquelle le Seigneur Dieu fait tomber l'être humain, « adam », pour le faire se réveiller homme et femme, « ish et isha », chacun avec sa spécificité.

 Nous retrouvons ce même sommeil mystérieux de l'être humain, au jour du mariage, au jour de l'alliance entre Dieu et l'humanité, lorsque Jésus a donné son consentement, a dit son "oui" à Gethsémani. Alors, les Apôtres dormaient.

 Alors revenons à la question du divorce. En renvoyant à Moïse et donc à ce récit de la création que nous venons d'entendre, Jésus nous rappelle que le divorce ne se justifie pas dans l'ordre de la création. Le divorce n'existe que dans le désordre du péché. Et Jésus, en médecin de l'âme, diagnostique la maladie. Il dit que cette maladie, c'est le terme grec, cette maladie c'est la « sclérocardie », le durcissement du cœur, c'est la dureté du cœur dont parle si souvent la bible. Cette dureté du cœur est d'abord un refus de Dieu, refus de Dieu qui va se traduire dans les relations humaines, en négation de l'autre, en utilisation de l'autre à mon profit, en domination, en violence, etc... Mais aussi en homicide, en polygamie, en union contre nature. A la racine des désordres spirituels et sexuels se trouvent le refus de Dieu.

 Mais Jésus, venu pour sauver l'humanité, sauve l'institution du mariage. L'indissolubilité du lien conjugal que Jésus rétablit fait partie de l'annonce que le règne de Dieu est venu en ce monde à travers Jésus-Christ, et que Jésus-Christ est notre salut, que Jésus-Christ restaure l'homme blessé par le péché, qu'Il restaure le lien conjugal.

 Dans cette lumière, le mariage ne sera pas seulement expliqué, il sera surtout proclamé comme une bonne nouvelle. Ce sera une invitation à se convertir, à sortir de cette "dureté du cœur", à passer de « l'Eros », (de l'amour possessif), tourné sur soi, à « l'agapè » (amour oblatif), désintéressé, tourné vers l'autre. Ce sera l'invitation à réveiller et développer la grâce du sacrement de mariage par une prière personnelle, par la prière conjugale, par la réception fréquente des Sacrements du Pardon et de l'Eucharistie, par une réelle écoute mutuelle dans le couple.

 Jésus n'a pas voulu que le mariage soit une partie de plaisir, encore moins qu'il soit une voie de garage. Il l'a présenté comme une route de sainteté. L'unité du couple est voulue par Dieu, mais elle n'est pas totalement donnée dès le départ. Cette unité est à créer, à construire à chaque étape de la vie conjugale.

 Le mariage chrétien est le Sacrement, c'est-à-dire le signe et la réalisation de l'amour livré de Jésus pour la vie de l'Église. Ce qui veut dire que le mariage chrétien ne peut pas faire l'économie du passage par la Croix. Et c'est de la Croix que, paradoxalement, jaillit la vie. Dieu seul vivant en nous peut rendre possible ce qui nous semble impossible. Dans le Sacrement de mariage, la grâce, le don gratuit de Dieu guérit l'impuissance de l'homme à aimer comme Dieu aime. Dans le sacrement de mariage l'amour divin prend et tient ensemble, les pauvres amours de l'homme et le femme, afin qu'ils demeurent un comme Dieu est Un, et que le couple chrétien devienne l'image, l'icône de la Sainte Trinité.

 L'indissolubilité est, en fait, le vœu le plus profond de l'amour, le vœu le plus profond de nos cœurs blessés. Merci Jésus de nous le redire, même si c'est difficile à vivre, même si ça passe par  un combat.

 En cette Eucharistie, plongeons dans le Précieux Sang de Jésus tous les couples unis dans le sacrement du mariage, et tout spécialement tous les couples en difficulté, afin que, par la puissance de la mort et de la résurrection de Jésus, leur amour traverse et dépasse toute épreuve, et que les époux parviennent à s'aimer, comme Jésus nous a aimés, c'est-à-dire jusqu'à la fin (cf Jn 13, 1). Amen.


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