Homélies - Année B Ordinaire 2018


HOMÉLIE PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS ORDINAIRE 2018

(Année B)


LISTE DES HOMÉLIES


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 14 janvier 2018

2ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 21 janvier 2018

3ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 28 janvier 2018

4ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 4  février 2018
5ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 11 février 2018

6ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 10 juin 2018

10ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 17 juin 2018

11ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 1er juillet 2018

13ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 8  juillet 2018

14ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 22 juillet 2018

16ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 29 juillet 2018
17ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 5 août 2018

18ème Dimanche du Temps Ordinaire B


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 12 août 2018

19ème Dimanche du Temps Ordinaire B




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HOMÉLIE DU FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 14 janvier 2018
2ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la Célébration : Bienvenue à toutes les personnes venues ce week-end, se laisser travailler, transformer par l'Esprit-Saint, et puis bienvenue à vous tous, « Fidèles, » fidèles du dimanche.

Pendant toutes ces semaines, nous avons fêté le mystère du Verbe Incarné, Dieu qui se fait chair, Dieu qui prend un corps humain. Mais pourquoi prend-Il un corps humain ? Il prend un corps humain, pour pouvoir nous parler avec nos mots humains, et, dans cette liturgie, le Seigneur nous adresse Sa Parole; Il a une Parole à dire à chacun, à chacune d'entre nous, à nous d'ouvrir notre cœur, les oreilles de notre cœur, pour nous laisser toucher par Sa Parole, pour nous laisser vivifier, relever, par la puissance de Sa Parole. Alors, au seuil de cette Eucharistie, déposons nos vies devant le Seigneur, telles qu'elles sont, avec ses lumières, avec ses ombres, avec son péché. Confions nous à la miséricorde du Seigneur en reconnaissant que nous sommes pécheurs.


Homélie : Au début du temps ordinaire, juste après le temps de Noël, la liturgie nous donne d'écouter des récits de vocation. Et ce n'est pas un hasard : si Dieu est venu nous rejoindre en prenant notre chair, c'est pour se mettre à notre niveau, pour nous tendre la main, pour nous appeler, pour nous inviter à entrer en relation avec Lui. C'est pour nous inviter à partager son intimité. Le Verbe s'est fait chair pour nous appeler à Lui, pour nous inviter à devenir ses intimes.

 Cet appel, le Seigneur peut l'adresser à de tout jeunes enfants. Le récit de la vocation de Samuel est touchant. Samuel est un tout jeune enfant, élevé dans l'enceinte du Temple, tout près de l'Arche d'Alliance, c'est-à-dire tout près de la Présence du Seigneur. Et voici qu'en plein milieu de la nuit, le Seigneur l'appelle : «  Samuel, Samuel ! » Oui, Dieu peut appeler de tout jeunes enfants. Et je peux témoigner que j'ai reçu mon 1er appel au sacerdoce à l'âge de 5 ans…

 Le jeune Samuel qui croit être appelé par le prêtre Eli, se lève aussitôt et court pour aller le trouver. Quel zèle chez cet enfant ! Il court ! Faisons attention, nous adultes, à ne pas nous amuser du zèle des enfants pour Dieu, et à ne pas les décourager.

 « Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, » nous dit l'Ecriture. Comment cela ? Samuel était un fils d'Israël ! Il avait été conçu, suite à la prière que, dans la ferveur et les larmes, sa mère avait adressée au Seigneur, parce qu'elle était stérile. Il avait été donné au Seigneur par ses parents, et il recevait son éducation dans le Temple ! Comment peut-on dire qu'il ne connaissait pas le Seigneur ? Eh bien, on peut connaître son catéchisme par cœur et ne pas connaître le Seigneur... On peut faire ses prières et ne pas connaître le Seigneur !... On peut aller à la messe le dimanche, communier, et ne pas connaître le Seigneur... Connaître le Seigneur, dans la Bible, relève de l'expérience, de la rencontre personnelle. C'est ce que précise la suite de notre texte : « La Parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. » Connaître le Seigneur, c'est Le rencontrer, personnellement. Cette rencontre personnelle peut se faire de bien des manières. Ici, c'est par une interpellation directe : « Samuel, Samuel ! »

 Mais, pour reconnaître qui l'appelait, Samuel a eu besoin du prêtre Eli. Pour reconnaître le Seigneur dans notre vie, nous avons besoin des lumières de quelqu'un qui a fait cette expérience avant nous. D'où l'importance d'avoir des maîtres spirituels, des directeurs spirituels capables d' authentifier l'appel. Et que fait le prêtre Eli ? Il renvoie Samuel à son interlocuteur invisible. « Va te coucher, et s'Il t'appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Et Eli se garde bien de gêner ce dialogue. Quel respect pour la conscience de l'enfant !

 Il appartient aux parents, aux éducateurs, aux prêtres, aux religieux, religieuses, d'ouvrir les enfants à ce dialogue, d'en discerner la réalité, et d'en respecter le secret.

 L'évangile nous montre ce même mystère de mise en lumière et d'effacement. Jean-Baptiste désigne Jésus : « Voici l'Agneau de Dieu », et en même temps, il s'efface pour que ses disciples puissent le quitter et suivre Jésus. Quel détachement et quelle humilité, chez Jean-Baptiste...

 Et aux deux disciples de Jean qui le suivent, Jésus demande : « Que cherchez-vous ? » C'est la toute première Parole de Jésus dans l'évangile selon saint Jean.

 « Que cherchez-vous ? » Question fondamentale. La première parole de Jésus dans l'évangile n'est pas une affirmation mais une question; une question adressée à toute personne qui veut Le suivre. » Que cherches-tu ? » En venant à la messe ce matin, que cherches-tu ? Dans ta vie, que cherches-tu ?

 Les deux disciples répondent : « "Où demeures-tu, Seigneur?"… et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour là. » Demeurer avec Jésus, vivre dans son intimité, c'est l'expérience qu'on faite les deux disciples et qui a changé le cœur de leur vie.

 Un des obstacles au discernement de l'appel de Dieu, c'est l'impureté. Comme la cité de Corinthe, où l'érotisme coulait à flots du sommet où se dressait le temple d'Aphrodite, notre société d'aujourd'hui est devenue hyper-érotisée.

 Une étudiante me confiait qu'elle ne pouvait pas avoir une conversation sans qu'il y aient des phrases avec des sous-entendus... il y a une pression, aujourd'hui, à ce niveau là.

 Dans ce contexte d'impureté qui avilit le corps et la personne, saint Paul n'hésite pas à exalter la dignité du corps humain. Le corps humain a été en effet saisi par la Lumière de Pâques, il est consacré au Seigneur par le baptême; il est devenu Temple de l'Esprit-Saint. Il est promis à la résurrection, à l'incorruptibilité ! On ne peut pas faire n'importe quoi avec son corps... et avec son cœur, parce que c'est lié ! A fortiori avec celui de l'autre !...

 Nous avons été achetés à grand prix, au prix du sang de Jésus, pour être libérés et pour appartenir à Jésus. « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes », nous dit saint Paul... car par le baptême vous appartenez désormais à Jésus.

 Dès lors, l'usage du corps doit se faire dans la sainteté et le respect, dit encore saint Paul, « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »

 Notre corps est fait pour manifester la gloire de Dieu en nous ( cela se réalisera en plénitude dans notre corps ressuscité, un jour), et puis, il est fait pour qu'il rende gloire à Dieu.

 C'est en fuyant la débauche, l'impureté, que nous pouvons peu à peu unifier notre cœur, unifier notre être. C'est en fuyant le péché, comme nous le demandait saint Paul, que nous pouvons rendre notre cœur de plus en plus transparent à Dieu. Alors, Dieu pourra faire descendre sa Lumière au plus profond de notre cœur; alors son appel sera de plus en plus clair ; alors nous pourrons vivre avec Lui une vraie communion d'Amour et de Vie, pour notre bonheur.

 Que l'Esprit-Saint, qui nous a consacrés au jour de notre baptême, nous donne de comprendre ces choses … et d'en vivre. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 21 janvier 2018
3ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la célébration : Bienvenue aux Familles de l'Ecole de Prière! Toute cette journée, nous nous placerons sous le regard du Seigneur, afin de connaître quelque chose de son Amour. C'est à cet Amour que nous sommes conviés pour correspondre à ce que Le Seigneur attend de nous. Pour cela, il faut se sentir aimé « afin qu'au Nom de Jésus, -nous dit l'oraison-, nous puissions porter un fruit en abondance. »

 Le fruit en abondance que le Seigneur attend de nous, eh bien, c'est tous ensemble, avec tous ceux qui nous ont rejoints, qui viennent habituellement aussi, c'est de prier pour l'Unité des Chrétiens. L'Unité ! Faire UN ! Et cela, c'est un don de l'Esprit-Saint qui demande une conversion intérieure, ce n'est pas rien; cela demande une grâce particulière, il faut la demander au Seigneur pour nous-mêmes et pour toute l'Eglise, afin que nous soyons un témoignage aux yeux du monde, qui a aussi besoin d'entendre et de voir cette Unité dans Le Seigneur, afin d'être touché.

 Demandons au Seigneur cette grâce de la conversion du cœur, à travers ce chemin d'humilité qu'est le Pardon. Pardon, Seigneur, pour tous mes péchés, et, ces péchés, je les dépose dans ton Cœur, afin que ton Cœur les consume et nous donne cet Amour dont nous avons tant besoin et dont le monde a tant besoin.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, nous sommes dans la semaine de prière pour l'Unité et, aujourd'hui, dimanche, c'est le jour de l'Ecole de Prière. Les familles prennent une journée pour se mettre sous le regard du Seigneur. C'est un besoin, oui, de sentir l'Amour de Dieu, surtout en ce monde, aujourd'hui. L'Ecole de Prière est une école de vie chrétienne. La vie dans le Christ, c' est notre vocation de baptisés. Alors qu'est-ce que La Parole de Dieu nous enseigne sur la vocation, notre vie dans le Christ? Car il s'agit bien de cela : notre vie dans le Christ. Déjà, dimanche dernier, la Parole de Dieu orientait notre regard, notre méditation, sur l'intimité et le service du Seigneur. Si vous vous souvenez, il y avait l'appel de Samuel, un jeune enfant, qui aussitôt s'est levé, il avait besoin qu'on lui fasse découvrir qui était Le Seigneur ; c'est un peu le travail des adultes de faire découvrir aux enfants cette Présence de Dieu qu’ils ont en eux, cet appel intérieur, pour leur montrer le chemin.

 J'entendais, hier, un témoignage d'une dame, qui a un petit-fils et dont la maman est d'origine  asiatique et qui à priori ne connaît pas bien notre religion chrétienne ; son petit-fils s'est marié avec cette personne-là ; ils ont un enfant qui a déjà 6 ou 7 ans et qui, en voyage en Europe, découvre une croix avec le Christ ; l'enfant dit : « mais, mais cet homme-là, sur la croix, qu'est-ce que c'est ? » Il a eu peur; il a fallu que sa grand-mère lui explique ; l'enfant, tout d'un coup, découvre un homme crucifié, exposé comme cela devant tout le monde ; personne ne dit rien, tout le monde passe devant, mais l'enfant est encore capable de s'interroger.

 Oui; il y avait eu aussi l'appel de ceux qui ont suivi Jésus et qui ont dit à Jésus : « où demeures-tu? » Jean Baptiste les avait orientés et ils se posaient déjà la question en eux-mêmes : « où demeures-tu ? » Et Jésus de leur dire : « venez et voyez. » Donc, le Seigneur les appelles à vivre une intimité. Et, aujourd'hui, cette Parole de Dieu qui oriente notre regard, notre méditation, sur cette intimité et sur le service du Seigneur, nous interpelle directement sur le sens et la vérité de la vocation dans le Christ : d'où l'appel du Seigneur à la conversion : « Convertissez-vous. » C'était l'appel de Jonas à Ninive, c'est aussi l'appel de Jésus dans l'Evangile et cette conversion appelle à un détachement, à un dépouillement quelque part, ce n'est pas rien !

 Nous avons entendu l'ordre du Seigneur à Jonas ; et ce Jonas, en fait, c'est chacun de nous. Jonas, lui qui était Juif, pensait, dans son mental, « pas de salut pour les païens! » Or, il est envoyé prêcher la conversion aux païens. Sur la mer, il y a la tempête ! Du bateau, il est jeté à la mer, car il fuyait la volonté de Dieu. Il se trouve que ces païens offrent un sacrifice, sur le bateau, au Dieu de Jonas ! Pour Jonas, il n'y a qu'un sacrifice agréé, c'est celui qui est offert au Temple, et par les Juifs. Et là, les païens… Le Seigneur exauce leur demande. C’est ensuite qu’il est envoyé à Ninive, symbole du mal et de tout ce qu'on peut imaginer. En fait, ils se convertissent aussitôt ! C'est impensable ! En fait, Jonas nous montre que l'irréductible, le plus difficile à convertir, c'était lui-même ! Il y a un mystère qui nous interpelle. Nous sommes tous des Jonas. Bien sûr, nous connaissons le Seigneur et nous savons, dans la Foi, que nous sommes sauvés, et parce que nous avons ce cadeau, Dieu nous demande de faire ce cadeau aussi, de nous laisser envoyer pour que les autres puissent être atteints ; le problème c'est que ce cadeau, il faut le partager. « Lève-toi, va chez les païens impénitents de Ninive, proclame que cette ville sera détruite s'ils ne se convertissent pas ! » Et Jonas s'est levé, s'est mis en route ; alors qu'a-t-il fait ensuite?

 Il a commencé par râler, il n’était pas content, eh oui, la conversion des Ninivites allait contre toutes ses convictions... Ce n'est pas rien, cela l'a remis en cause ; il ne voulait pas trop; il a refusé la mission et il s'est enfui vers la mer, puis il a fait naufrage. La mer, c'est le symbole des puissances du mal ; loin de Dieu, il s'est éloigné, à l'opposé. Symbole des forces hostiles, la mer. Après son naufrage, arraché à la mort dans le ventre du poisson, Jonas, à contre-cœur, est allé prêcher aux Ninivites. Ce que Le Seigneur attend de nous, c'est notre bonne volonté d'y aller. Alors, nous pensons quelquefois que nous sommes un peu l'auteur de ce qui va se passer, mais là, il n'y avait rien d'humain qui aurait disposé à une conversion ; un homme qui râle, qui n'en veut pas, etc..., qui prêche cependant et puis, tout d'un coup, Dieu touche le cœur au travers des paroles d'un râleur ! Après son naufrage, après avoir été arraché à la mort, finalement sa prédication a porté ses fruits ! La ville entière s'est convertie dans la pénitence, dans la pénitence ; ils ont pris ces paroles au sérieux, ils ont jeûné, ils ont fait pénitence. Et Jonas est ce fils de la parabole qui d'abord refuse l'appel de son Père, puis se ressaisit et consent à obéir.

 La vocation de Jonas est une vocation qui d'abord a fait l'expérience du péché contre Dieu, puis a fait l’expience de la miséricorde du Seigneur. Ce refus de Dieu, c'est un péché contre Dieu. En fait, Jonas va traverser ces refus, ces rejets de Dieu pour comprendre quelque chose, plus tard, de la miséricorde de Dieu. Dieu lui a fait miséricorde. Il faut qu'il le comprenne, qu'il le vive, et qu'il le traverse pour être, en vérité, missionnaire et évangélisateur. Si nous ne sommes pas convaincus nous-mêmes que nous sommes l'objet de la miséricorde, je ne sais pas comment on peut comprendre la miséricorde du Seigneur.

 Ninive s'est convertie, Dieu a fait miséricorde. Et pourtant Jonas ne sera pas content du résultat et, à nouveau, il sera fâché contre Dieu. Jonas est une vocation difficile, difficile, mais le Seigneur ne choisit pas les gens faciles ! C'est un entêté, au caractère ombrageux, mais Le Seigneur n'a jamais renoncé au choix de Jonas, son envoyé, son messager. Le Seigneur ne renonce pas à l'appel quelle que soit la personne. Alors quelle belle leçon que la vocation de Jonas ! C'est une belle leçon !

 Au fond, quel rapport y a-t-il entre Jonas et Ninive ? Jonas, l'élu de Dieu; Ninive la ville païenne bannie de Dieu ; ils sont tous les deux l'objet de la miséricorde de Dieu. Jonas, par choix et volontairement, s'est enfermé dans son refus et s'est détourné de Dieu. Ninive, par infidélité à la loi naturelle qui est un don de Dieu, s'est enfermée dans la nuit du péché, de la jouissance et de la mort. Par sa révolte contre Dieu, en quelque sorte, Jonas fait l'expérience du péché de Ninive. Il est aussi coupable et peut-être plus, car lui c'était en connaissance de cause : il s'est affronté directement à Dieu. Imaginons un instant que Jonas n'ait pas répondu à sa vocation ? Si Jonas, finalement, avait fini par refuser jusqu'au bout, eh bien, toute une ville aurait peut-être péri d'une perte éternelle, je veux dire séparée pour toujours de Dieu ! La réponse à notre vocation est donc personnelle et ecclésiale devant Dieu et devant nos frères. Nous sommes solidaires, Dieu nous veut solidaires.

 Dans l'épreuve de sa solitude, devant l'ampleur de la tâche missionnaire, aux Indes, beaucoup plus tard, souvenons-nous du cri d'alarme de saint François-Xavier, missionnaire, devenu Patron des Missions, Jésuite, un des premiers compagnons de Saint Ignace, eh bien Saint François-Xavier, devant son désarroi (il était seul, devant toute cette Asie, l'Inde, la Chine, le Japon, seul missionnaire), il écrit une lettre aux professeurs d'Université d'Europe, qui, écrivait-il, « ont plus de science que de charité, épris de culture et de belles lettres, ils ne se soucient guère du salut des âmes ». On travaille pour l'esprit, mais que fait-on de la conversion, du salut de ces immensités ?

 Le choix de Dieu est sans repentance, Il sonde les cœurs, Il appelle à son service des personnes quels que soient leur caractère, leur tempérament, leurs talents, leurs qualités, les pauvretés et les défauts. Dieu donne sa grâce, il demande générosité, disponibilité, souplesse, et c'est peut-être la chose qui nous manque le plus, la souplesse, la patience, pour répondre sans partage. Dieu donne la semence, Il demande à l'homme de la semer, c'est tout ; « ne t''occupe pas du résultat, c'est moi qui m'en charge. » Seul Dieu donne vie et croissance. Le résultat et la récompense, c'est Dieu qui les donne, on n'est pas propriétaire.

 Comment ne pas entendre la passion du salut des âmes dans l'avertissement de Saint Paul aux Corinthiens ? « Frères, je dois vous le dire: le temps est limité. Ce monde tel que nous le voyons est en train de disparaître. » C'est dramatique. Autrement dit, nous n'avons pas vocation à nous éterniser sur la terre, le bonheur est ailleurs, en Dieu, en Dieu.

 Alors que faire ?

 Le psalmiste, par son expérience de la vie et sa sagesse, nous fait entrevoir que la première disposition est l'humilité. Humilité d'une écoute attentive, d'un cœur bien disposé et en vérité devant Le Seigneur. Le cœur est disposé à la prière, reconnaissant et docile. « Le Seigneur est bon et droit, Il remet les pécheurs sur le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin. »

 Revenons à notre question initiale. Qu'est-ce que la Parole de Dieu nous enseigne sur la vocation, notre vie dans le Christ ? C'est précisément ce que Jésus proclame sur le bord du lac de Galilée : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est là. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » Vous vous souvenez que Jonas a fui sur la mer, et Jésus en personne vient sur terre, Il vient en terre païenne, au bord de la mer, du lac de Galilée, Il vient en terre païenne… Jésus vient au bord de la mer, symbole des puissances du mal pour appeler à la conversion et sauver de la mort les pécheurs immergés dans l'accoutumance ou l'ignorance du péché. La conversion est une réorientation de toute la vie. Jésus, le Fils Bien-aimé, vient sur terre, vient sur le lac et Lui ne sera pas écouté. Dieu a exaucé Jonas, malgré lui, mais Jésus, le Fils de Dieu en personne, qui vient appeler à la conversion, Il mourra sur une croix.

 La conversion au Christ est le fruit d'une première vocation, d'un appel à la foi dans le Christ. Le deuxième appel est un regard personnel du Seigneur. « Passant au bord du lac de Galilée , Il aperçoit Simon et André, puis Jacques et Jean ».

 Le lieu de l'appel et la situation des appelés, ici dans l'évangile, définissent la vocation particulière des disciples du Christ. Pierre, André, Jacques et Jean sont sur la mer, ils sont dans ce monde hostile à Dieu. Jésus leur dit : « Venez, suivez moi, je ferai de vous des pécheurs d'hommes. » « Aussitôt, aussitôt… », c'est remarquable, comme Samuel… « Aussitôt, laissant là leurs filets, leur barque, et leur père avec ses ouvriers, ils Le suivirent. On a un «  aussitôt » dans la réponse et l'autre « aussitôt » est dans l'appel de Jésus.

 Comprenons la radicalité de l'appel du Seigneur qui saisit le cœur de ces hommes pour vivre en disciples les conseils évangéliques sous la forme des trois vœux auxquels souscriront ceux qui s'engageront par la suite à suivre le Christ obéissant, chaste et pauvre. «Ils quittent leurs filets.» Les filets assurent la maitrise sur les vivres et donc une autonomie. En abandonnant là leurs filets, ces liens qui tiennent captifs, ils abandonnent la dépendance, pour vivre dans une nouvelle liberté, l'obéissance à la suite du Christ. Dans leur barque, ils sont dans leurs biens ; en quittant leur barque, ils se détachent de l'assurance d'un bien pour vivre la pauvreté du Christ, désormais leur seule providence. En laissant leur père et ses ouvriers, ce sont les affections humaines qui sont dorénavant ordonnées à l'amour du Christ en vue de la chasteté pour le Royaume.

 La vocation ne signifie pas savoir et maîtriser, mais faire pleinement confiance ; c'est un saut dans la Foi. La vocation n'est pas un choix, c'est être choisi : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis. » La vocation est une démarche de conversion : en se donnant, on se reçoit ; en s'oubliant, on se trouve ; en pardonnant, on est pardonné ; en donnant sa vie, on ressuscite à l'éternelle vie.

 Que nous soyons dans les dispositions de Jonas ou dans le questionnement du psalmiste, Jésus nous ouvre son cœur et se fait connaître, Lui, le seul Chemin à suivre, la seule Vérité à croire, nous donne sa Vie offerte en partage. Notre nouvelle demeure, c'est le Cœur de Dieu. Comme Jonas, nous devenons la demeure de Dieu et Dieu, précisément, va se choisir ce cœur de l'homme pour venir en lui par l'Eucharistie, pour l'habiter ; ainsi nous serons dans le cœur de Dieu. Aujourd'hui, demandons au Seigneur, avec un cœur humble et confiant, des vocations religieuses et missionnaires pour le service de l'Eglise et le salut des âmes dont nous portons tous la responsabilité. Demandons au Seigneur, par sa Mère, de diriger notre vie selon son amour afin qu'en son Nom, nous portions des fruits de conversion en abondance au service de l'Eglise.

 Formulons ensemble cet acte de confiance, que nous pouvons redire : Seigneur, je crois en Toi et je T'aime. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma.
Le 28 janvier 2018
4ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction à la célébration : Le Père Prieur me prie de saluer le groupe de l'Île-Bouchard.

Au début de cette messe, il nous faut penser à Jésus, qui, dans l'Evangile, par sa seule Parole, fait sortir le démon d'un homme qui se manifestait et le chasser. Cette Parole, Il nous la confie, et nous pouvons, nous aussi, chasser le démon avec cette Parole. Mais le démon, rusé, nous rend souvent distrait quand cette Parole est annoncée dans une messe ou oublieux de la lire dans notre évangile, chez nous. Eh bien, au début de cette messe demandons pardon à Dieu de cette négligence parce que là nous avons un grand pouvoir pour nous libérer du démon et nous l'oublions.


Homélie : Mes Frères, Jésus et les quatre Apôtres, qu'Il vient de recruter, entrent à Capharnaüm. Capharnaüm, c'est une ville de passage; c'est la Galilée des païens, le lieu privilégié pour l'évangélisation, car ce lieu est un mélange de races, de commerçants, de paysans, de nomades du désert au teint basané, de miséreux en haillons et de bourgeois romains, avec des soldats qui font la justice pour le compte de l'étranger. C'est là qu'on trouvera Matthieu, le publicain. C'est un monde bigarré ! C'est dans ce milieu que Marc va nous dépeindre une journée type de Jésus: Jésus qui enseigne, Jésus qui libère des démons, Jésus qui guérit des malades et Jésus qui prie.

 Mais aujourd'hui, nous n'avons que le début de ce récit. Et ce récit commence par une description de Jésus dans une synagogue, un jour de sabbat, là où le Juif croyant vient écouter la lecture de la Parole de Dieu et son commentaire. C'est en Maître que Jésus enseigne, et c'est tout nouveau pour le peuple qui s'étonne. Il y avait là un homme malmené par un esprit impur qui a entendu cette Parole de Jésus. Il l'a laissée descendre dans son cœur, il en a été touché. Alors son cœur a été mis à nu. Il a découvert que son mal lui venait du malin. Le démon, ainsi découvert, a manifesté son mécontentement d'être reconnu et surtout sa peur d'être chassé par Jésus. Alors, à travers l'homme, il se met à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. ». Et Jésus, par la seule puissance de sa Parole, le chasse : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » De suite, l'esprit mauvais sort alors de cet homme en signalant sa présence, car il malmène cet homme qui rentre en convulsion et se met à crier. Tous les témoins sont frappés de stupeur et se demandent entre eux : « Qu'est-ce que cela veut dire? »

 Eh bien, cela veut dire, premièrement, que le démon aime se cacher pour ne pas être découvert, afin de mieux nous dominer pour nous entraîner dans son malheur. Deuxièmement, pour Jésus, c'est le contraire. Il aime la vérité et veut notre bonheur. Par sa Parole, Il dévoile la présence du mauvais et le chasse par cette seule Parole. Sa Parole est donc toute puissante - c'est ce qui est confirmé par l'Épître aux Hébreux 4,12 : « Vivante et efficace est la Parole de Dieu, plus incisive qu'un glaive à deux tranchants, Elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, Elle peut juger des sentiments et des pensées du cœur. » Tout est nu et à découvert aux yeux de Dieu.

 C'était vrai hier, c'est encore vrai aujourd'hui. Cette Parole de Dieu est une chance pour nous. Le démon la craint toujours. C'est pourquoi, le démon fait tout pour nous empêcher de l'écouter attentivement. Par exemple, lorsque nous venons à la messe le dimanche, il est content si nous arrivons après la lecture de l'Evangile, ou bien il encombrera notre esprit de soucis, pour nous faire entrer dans l'Eglise avec un esprit distrait, encombré de futilités, afin qu'à la lecture de l'Evangile nous ne puissions rien en retenir. Il importe donc, qu'avant notre entrée dans l'Eglise nous abandonnions tous nos soucis, en faisant confiance au Seigneur.

 Le démon n'aime pas non plus qu'avant de venir à l'Eglise nous ayons pris soin de nous préparer en lisant l'Evangile du jour. C'est trop dangereux pour lui. Tous ses mensonges seraient découverts. Alors, il nous suggérera une quantité de choses à faire, pour que nous n'ayons plus le temps pour lire cette Lecture. De même, si nous possédons une Bible chez nous, il fera tout pour nous la faire oublier. Il sait combien, cette lecture suivie pourrait nous permettre de découvrir bien des mensonges dans les médias.

 Oui, nous pouvons dire un grand MERCI à Dieu de nous avoir donné Sa Parole dans le Saint Evangile. Ainsi, avec Sa Parole, sa puissance est à notre disposition. Si nous devenons de fidèles lecteurs de cette Parole, et que nous la laissons descendre dans notre cœur, Elle portera du fruit : tous nos petits mensonges, nos manques de charité, nos pensées orgueilleuses, nos paresses, nos égoïsmes, tout cela nous sera dévoilé et nous pourrons avec la grâce de Dieu nous en corriger simplement en lisant cette Parole pour nous engager plus fermement dans les voies du Seigneur. Alors, nous pourrons chanter avec le psaume 118, v.105 : « Ta Parole est la Lumière de mes pas, la lampe de ma route. » Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 4  février 2018
5ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Nous avons la joie d’avoir parmi nous les Confirmands de Challans en Vendée, avec leur pasteur, le Père Louis-Marie. Donc son Saint patron, c’est Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, la Vendée. Merci, Père, et merci à vous, les Confirmands, qui vous préparez à l’accueil de l’Esprit Saint.

 Nous avons aussi la joie de vivre, ce week-end, une rencontre de la famille spirituelle. La famille spirituelle, c’est un ensemble de personnes : il y a des Frères, des Sœurs et des Messagers, ce sont des laïcs chrétiens, qui vivent une spiritualité eucharistique et mariale. Et nous savons que là où il y a l’Eucharistie et Marie, il y a l’Esprit Saint.

 Or, notre diocèse, -puisque nous sommes dans la grande Eglise-, va entrer en synode à la Pentecôte. Avant cette entrée dans le synode, toute l’Eglise se met en prière. Comme à la Pentecôte, il y a eu huit jours de retraite. Vous les Confirmands, vous êtes en retraite pour vous préparer à ouvrir votre cœur pour l’accueil de l’Esprit Saint. Notre Eglise aussi est en prière. Notre famille spirituelle est en prière pour l’accueil de cet Esprit Saint.

 C’est la raison pour laquelle, à la fin de la Messe, nous dirons ensemble cette belle prière que vous avez reçue, pour nous préparer à accueillir l’Esprit Saint. Nous en avons besoin, déjà pour entrer dans cette Eucharistie et vivre pleinement, pleinement cette Communion avec le Seigneur qui s’offre à son Père.

 Alors, pour bien ouvrir notre cœur, il faut déposer tout ce qu’il y a dedans. Et qu’est-ce qu’il y a dedans ? Il y a, bien sûr, des joies, des peines, nos péchés. Et on va déposer tout ça dans le cœur du Seigneur, pour Lui demander pardon, c’est-à-dire ouvrir nos mains pour Lui offrir tout ce que nous avons, afin que les mains vides, nous accueillons l’Esprit que le Seigneur nous donne, son Esprit, l’Esprit de Jésus à travers son Corps et son Sang.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, permettez que je déplace un peu les choses, j’ai l’impression d’être un peu serré là. C’est pour mieux voir nos Confirmands. Ils ont le sourire.

 Vous savez, quand, dans notre vie, et chacune de nos vies est traversée par une épreuve un jour ou l’autre. Et lorsque nous sommes atteints dans une épreuve, on cherche souvent un réconfort, une écoute. Et là, quand on entend cet Evangile, il y avait une grosse épreuve dans la famille de Pierre et d’André. Que font-ils ?

 La première chose qu’ils font, c’est qu’ils en parlent à Jésus. Ils en parlent à Jésus. C’est peut-être le premier réflexe qu’il nous faut retrouver, lorsque, justement, dans notre vie, nous traversons un besoin d’aide. C’est cela.

 Aujourd’hui, dans l’Evangile, nous avons ce qu’on appelle « le samedi de Jésus » ou notre dimanche, samedi c’était le Sabbat.

Et en regardant une petit peu ces différents personnages que nous avons rencontrés : Job notamment. C’était un homme accablé, accablé par la souffrance, seul, la solitude dans sa misère. Et souvent lorsque l’épreuve vous frappe, il peut y avoir aussi une accusation. Seul dans sa misère, mais Job appelle le Seigneur. Il l’appelle à se souvenir de lui.

Le psalmiste chante aussi de son côté la miséricorde du Seigneur, protecteur des pauvres, parce que lui il l’a traversé, le psalmiste, l’épreuve. Saint Paul, lui, se sait investi d’une mission, prêcher la Bonne Nouvelle du Salut. Il sent un besoin impératif, parce qu’il a été l’objet de la miséricorde. Il a rencontré le Seigneur. Et il prêchera la Parole, parce que cette annonce l’a transformé sur le chemin de Damas. C’est à partir de sa conversion, de cette transformation que la Parole a opéré dans son cœur. Paul est devenu le prédicateur de la miséricorde de Dieu.

Et aujourd’hui, mais comme toujours, nous avons besoin d’entendre cette Parole, car il en est tant comme Job, qui parlent comme Job. Heureusement que Job a dit tout haut, ce que tout le monde pense tout bas : « mes yeux ne verront plus jamais le Bonheur. Le jour n’en finit pas, les nuits sont peuplées de cauchemars », et il en faut parfois si peu pour que tout bascule : « à quoi bon croire ! ». Vous savez, nos vies sont parfois comme cela. Il nous faut regarder Jésus pour voir, entendre et se laisser toucher.

Cet Évangile, aujourd’hui, nous décrit justement ce dimanche de Jésus, ce Sabbat, ce samedi, à Capharnaüm, que l’on peut considérer comme un exemple-type de la manière dont Il vivait le jour du repos des Juifs. Et nous pouvons nous inspirer pour nos dimanches, et aussi pour les autres jours de la semaine, si nous vivons le travail comme étant la construction d’un monde guéri et racheté.

Cette journée de Jésus est rythmée par ses trois occupations prioritaires : se plonger dans la prière avec le Père, c’est-à-dire parler à son Père, être en famille et au milieu des gens, être présent, et guérir les malades, soulager les malades, guérir, chasser les démons, etc…

Jésus parle avec l’Homme, touche avec sa main, qui est la main de l’Infini, la main de la personne finie. Dieu est la main de l’Infini qui touche la main de l’Homme, celle du fini. Et dans ce cas celle de la belle-mère de Pierre, mais tout cela est empreint de Dieu, commence dans la prière et s’achève dans la prière.

L’Évangile, oui, nous parle d’un samedi, qui débute dans la synagogue, continue dans la maison de Simon où Jésus guérit la belle-mère, et à la porte de cette maison où Jésus guérit beaucoup de malades et de possédés. Mais on notera que le récit d’aujourd’hui ne s’achève pas par la soirée de ce samedi, mais par la démarche de Jésus qui, avant l’aube, se rend dans un lieu solitaire, où Lui, le Fils parle avec son Père.

Il guérira les mains pour que l’Homme, les mains ouvertes et tendues, serve, porte assistance et bénisse le prochain, ses frères et sœurs en humanité. Il guérira les mains du cœur pour qu’elles se joignent en prière et que l’homme entre en communion avec Dieu. Jésus Lui-même, de nuit et jusqu’à l’aube, même fatigué, « fatigué » de guérir, se rendra dans un lieu solitaire pour prier.

Le jour et le soir pour servir et guérir l’Homme, la nuit et l’aube pour prier son Père.

Jésus, cerné par la douleur, au milieu d’un tourbillon croissant, le soir, devant  la maison de Simon, la foule souffrante se précipite vers Lui, Lui livre sa douleur et retrouve la vie. Jésus sait trouver des espaces et des moments pour demeurer avec son Père. Jésus nous enseigne à inventer ces espaces secrets qui donnent la santé à l’âme, ces espaces de prière où rien n’est plus important que Dieu, où nous pouvons lui dire : « Je suis devant Toi ; pour un temps que je sais bref je ne veux rien mettre avant Toi ; rien, pour ces quelques instants, ne vient avant Toi. » C’est notre déclaration d’amour.

Je me souviens quand il m’arrivait d’accompagner des jeunes au Pèlerinage à Lourdes, et d’entendre ensuite au retour leur expérience. Et ils me disaient : « Quand nous étions au pèlerinage à Lourdes, nous avons manqué une chose. Nous avons fait beaucoup la fête. Nous avons beaucoup couru, marché, chanté… Mais on a oublié de se retrouver seuls, devant le Seigneur. » Il y a comme un vide après. C’est le choc en retour. Il faut ces inspirations, cette respiration, à la fois d’un chant, d’une joie communautaire et d’une relation personnelle. C’est les deux poumons.

Dans notre prière aussi, nous devons apprendre toujours davantage à entrer dans cette histoire, l’histoire du Salut, dont Jésus est le sommet, renouveler devant Dieu notre décision personnelle de nous ouvrir à sa volonté, Lui demander la force de conformer notre volonté à la sienne, tout au long de notre vie, en obéissant à son projet d’amour pour nous. Son projet pour nous passe par la médiation de l’Eglise, l’obéissance à l’Eglise.

La prière de Jésus touche toutes les étapes de son ministère et toutes ses journées sans qu’elle soit affectée par la fatigue. Les Évangiles, au contraire, dévoilent l’habitude de Jésus de passer une partie de la nuit en prière.

Le Seigneur, Lui, nous prend aussi par la main. Nous aussi nous faisons la même chose, nous prenons la main qui nous est tendue. Que de choses recèle une main. Un tel geste peut soulever une vie. C’est là, selon l’Évangile de Marc, le premier miracle de Jésus, le plus petit en apparence, mais qui dit la signification de tous les autres : Jésus-Christ, le Verbe fait chair, nous libère du mal physique et spirituel et nous rend libres pour faire le bien. Alors faisons au moins comme la belle-mère de Pierre, guérie de la fièvre, qui, aussitôt, imite Jésus, venu pour servir parce qu’Il nous aime. Servir signifie aimer, non par les mots, mais par les actes.

Je crois que le sens de tous les miracles que fait Jésus est de changer la vie de l’homme, de rendre l’homme à lui-même et à Dieu, l’orienter vers Dieu. Selon l’Évangile de Saint Marc, le premier miracle du Christ est celui de guérir la belle-mère de Pierre, puis durant sa vie publique :

- Il guérira aussi des aveugles, pour que l’Homme ait des yeux pour voir,

- Il guérira les sourds pour que l’Homme ait des oreilles pour entendre,

- Il guérira des muets pour que la bouche de l’Homme loue le Seigneur et parle en vérité,

- Il guérira des boiteux pour que l’Homme ait des pieds qui marchent à sa suite.

En observant la prière de Jésus, demandons-nous : comment est-ce que moi, je prie et j’agis ? Quand et combien de temps est-ce que je consacre à la relation avec le Seigneur ? Qui peut être mon modèle?

Le premier modèle dans ce domaine est Jésus, qui nous enseigne le Notre Père. Il nous révèle la nouveauté de notre dialogue avec le Seigneur : la prière filiale, que le Père attend de ses Fils. C’est de Jésus que nous apprenons comment la prière constante nous aide à interpréter nos vies, à prendre nos décisions, à reconnaître et à accueillir notre vocation.

Et nous, petits disciples de ce grand maître, nous sommes appelés à être témoins de la prière, justement parce que notre monde est souvent fermé à l’horizon divin et à l’espérance qu’engendre la rencontre avec le Seigneur. Dans la profonde amitié avec Jésus, en vivant en Lui et avec Lui la relation filiale avec le Père, nous pouvons ouvrir des fenêtres vers le Ciel et vers nos frères.

A celui qui n’a pas le temps et les moyens de prier avec la Liturgie, je suggère de réciter l’Angélus, pour se remémorer la résurrection de Jésus, à midi pour célébrer sa crucifixion, le soir pour faire mémoire de sa naissance. Ou bien de commencer sa journée avec ces deux prières : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un», tirée du Deutéronome ou tout simplement  « Notre Père qui es aux cieux… ». La première prière est écoute, la deuxième est réponse. Dans l’écoute j’apprends à reconnaître et à aimer le Père, et dans la réponse je dis tout de suite : «  Mon Père.. ».

Que la prière soit le « travail » le plus important, cela est d’autant plus clair pour nous que le premier engagement irrécusable est celui de la prière : que la prière de Jésus résonne sans interruption dans notre cœur de fils et sur nos lèvres comme louange au Père et vive intercession pour le monde. La prière façonne en nous un cœur de fils, de frère. La vraie prière est réponse, obéissance, humilité.

Et nous, qui sommes souvent branchés. Branchés sur nos ordinateurs, sur nos portables, etc… Au fond, sommes-nous en relation ? Je ne suis pas sûr. Une relation, c’est ce qui fait vivre.

Avec une affection et dévotion particulières cultivons avec Marie, l’humble confiance filiale, la prière d’intercession, la contemplation des mystères de son Fils Jésus. Elle est intime participation à la vie de l’Eglise, intercession inlassable pour l’Église et pour le monde. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 11 février 2018
6ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction En ce 6ème Dimanche, le Seigneur est heureux de nous voir réunis pour rendre un culte à son Père, et c'est l'Esprit-Saint qui nous rassemble.

 Aujourd'hui notre communauté, notre famille si l'on peut dire, s'est enrichie aussi  de la présence de louveteaux, merci à eux d'être là. Le Seigneur est heureux de vous voir, alors soyez-lui présents. Nous sommes aussi heureux d'accueillir les animateurs du pèlerinage des jeunes à Lourdes avec André Chauvin et Marie Hélène qui sont les responsables. Ce sont des jeunes et des adultes qui donnent de leur temps; qui donnent de leur temps au service du Seigneur et des jeunes. Nous savons combien il est important d'être présent pour faire connaître quelque chose de cet amour de Dieu qui nous habite et cela passe par la rencontre.

 C'est aussi aujourd'hui  la fête de Notre Dame de Lourdes. Bien sûr, c'est dimanche, mais Marie et le Seigneur, on peut dire que cela fait presque tout UN car Marie est sa Mère, et à Lourdes, Elle nous dit à travers Bernadette en orientant notre regard vers le Seigneur : « Oui, priez; priez pour les pécheurs; allez vous laver à la piscine. » C'est tout UN.

Et dans l'évangile et la 1ère lecture, il est question de lépreux. La première lèpre, c'est celle du péché et seul  Le Seigneur peut la guérir. C'est Lui qui nous lave dans son Sacrement et l'Eucharistie que nous allons accueillir, c'est vraiment accueillir Le Seigneur pour qu'Il vienne nous purifier de l'intérieur, nous sanctifier afin que nous soyons UN CHRIST. Le chrétien est un Christ, il doit donner à voir ce qui l'habite, et pour cela demandons pardon au Seigneur de nos dissemblances. Pardon, Seigneur, pour nos péchés.


Homélie: « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Quelle audace chez ce lépreux qui s'approche de Jésus et tombe à ses genoux ! La lèpre est une maladie qui excommuniait, nous l'avons entendu dans la 1ère Lecture. Le lépreux est retranché de la société, il doit habiter à l'écart, et si quelqu'un s'approche de lui, il doit crier: » impur, impur ! » pour que les gens s'en aillent.

 Audace et grande confiance en Jésus, qu'il ne connaît pas encore bien. Rappelons-nous que cette rencontre entre Jésus et le lépreux se situe au tout début de l'évangile selon Saint Marc. Nous sommes encore au 1er chapitre au verset 40. La guérison des lépreux était l'un des signes de l'avènement messianique du Règne de Dieu. Autrement dit, ce lépreux voit déjà en Jésus le Messie. Quelle foi extraordinaire !

 Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit: »Je veux, sois purifié. » Les exégètes relèvent que les manuscrits grecs présentent deux versions de ce verset:

- la version la plus courante, celle que nous avons entendue dit que Jésus est «  saisi de compassion », Il est pris aux entrailles, ému jusqu'au tréfonds de l'être.

- la seconde version dit que Jésus est «  pris de colère ». Et il y a de grandes chances que cette version soit la plus authentique, parce que la plus difficile à interpréter : un scribe, choqué par cette expression l'aura édulcorée, en mettant que Jésus est pris de compassion.

 Mais pourquoi Jésus se serait-Il mis en colère devant ce lépreux tombé à ses genoux ?

Un peu plus loin , en Saint Marc au chapitre 3, Marc note à nouveau que Jésus promène sur les gens qui l'épient afin de l'accuser, un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur (3,5). C'est la maladie spirituelle, la maladie du cœur, l'endurcissement du cœur qui provoque la colère de Jésus. Or dans la tradition Juive, la lèpre est l'écho d'une maladie spirituelle. Et la maladie spirituelle dont la lèpre est le reflet, c'est la médisance : dire du mal de son frère.

 En effet, deux grands personnages de la Bible sont devenus lépreux, suite à de la médisance : il s'agit de Moïse et de sa sœur Myriam (cf. Ex 4,1.6; Nb 12,1-2.10 )

 Saint Jean Chrysostome dit que la seule lèpre à craindre c'est celle de l'âme, c'est-à-dire le péché.

 Et le Pape François ne cesse de répéter que l'immense plaie des communautés chrétiennes, c'est la médisance, la lèpre détruit le corps, mais la médisance détruit une communauté, détruit une famille, détruit une réputation, etc... Je vous cite le Pape : « Je vous le dis clairement, c'est le péché le plus commun de nos communautés chrétiennes... C'est l'ennemi qui détruit nos communautés : les médisances. »

 Voilà ce qui met Jésus en colère: Lui qui est venu sur terre pour nous mettre en communion avec son Père et les uns avec les autres, Il ne tolère pas que nous détruisions cette communion par nos médisances.

 Et en même temps, Jésus est saisi de compassion, ému jusqu'au tréfonds de l'être devant à la fois, la détresse et la confiance de l'homme lépreux. Alors, Il le touche et dit : « Je veux, sois purifié », et non pas : « Je le veux! Sois purifié » comme nous l'avons entendu dans la lecture. Le texte grec dit bien : « Je veux ! » Marc met l'accent sur la puissance du simple vouloir de Jésus. Saint Marc veut nous montrer que le vouloir de Jésus, c'est un vouloir divin, et donc efficace, c'est pour cela qu'Il dit : « Je veux ». C'est précisément ce qui se passe en chaque sacrement : dans chaque sacrement, il y a un signe sensible, un geste, qu'accompagne une parole, et nous avons vu que Jésus a touché le lépreux, Il a fait un signe sensible et Il a prononcé une parole. Et la Parole des sacrements reçoit leur efficacité, leur puissance de Jésus Lui-même présent et agissant dans le ministre.

 Malgré l'interdiction formelle que Jésus fit à cet homme de ne rien dire à personne, aussitôt parti, il se mit à proclamer et à répandre, non pas « la nouvelle », comme le dit la encore la traduction, mais il se mit à répandre « la Parole ». La vie de cet homme a été transformée par la rencontre de Jésus, et désormais sa vie devient proclamation de la Parole, sa vie devient témoignage, bonne nouvelle, évangile. Par sa vie renouvelée, sa parole devient transmission de la Parole de Dieu.

 Notre diocèse se trouve dans une phase préparatoire au synode qui doit s'ouvrir le jour de la Pentecôte. Notre évêque nous demande de nous y préparer spirituellement par la prière, par une nécessaire conversion, par une communion fraternelle et par un esprit missionnaire renouvelé, par l'annonce de La Parole.

 Il serait illusoire de penser qu'un changement de structure suffirait à renouveler notre diocèse. Les structures ne changeront rien par elles-mêmes si d'abord les cœurs ne changent pas. D'où la nécessité de la prière pour que Le Seigneur me montre ce qu'Il attend de moi. D'où la nécessité de la conversion personnelle, pour qu'avec un cœur renouvelé, je me mette au service de ma communauté chrétienne et de l'annonce de Jésus-Christ.

 Un point de conversion toujours actuel est celui de la médisance, et je me le dis d'abord à moi-même! ... L'antidote de la médisance, c'est la bénédiction, dire du bien, c'est bénir. Appelons la bénédiction sur ceux que nous avons envie de critiquer, alors le visage de l'Eglise deviendra sain et laissera transparaître les traits de Jésus. Alors notre parole deviendra, peut-être, Parole de Dieu pour notre monde.

 Le temps du carême, qui commence mercredi, vient à point pour mettre en œuvre ce point concret de conversion.

 Que Notre Dame de Lourdes, qui apparaissait pour la 1ère fois, il y a 160 ans aujourd'hui, nous guide sur ce chemin et qu'Elle prenne sous sa protection, les travaux du Synode. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 10 juin 2018
10ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : … Et dimanche après dimanche, nous sommes invités à laisser cette vie du ressuscité, se déployer en nous, pour qu'un jour, nous puissions dire avec Saint Paul : « Ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi ». Et c'est dans cette espérance que nous vivons, malgré tous les combats, malgré toutes les difficultés. Et chaque dimanche nous est donné, pour nous relancer dans cette Foi et dans cette Espérance.

 Eh bien, c'est dans cette disposition de cœur que nous sommes invités à vivre cette messe de ce dimanche. Au seuil de cette Eucharistie, reconnaissons notre péché, reconnaissons que nous avons encore besoin d'être sauvés, d'être rejoint par Jésus, pour qu'Il nous relève et qu'Il nous fasse repartir, avec la force de sa vie divine.

«   »

Homélie : La première Lecture, nous montre les conséquences tragiques du péché originel : l'homme qui croyait conquérir sa liberté en transgressant l'interdit que Dieu avait posé pour le protéger, l'homme se retrouve perdu. « Où es-tu donc ? » lui demande le Seigneur. Dieu est obligé de partir à la recherche de l'homme. L'homme, quant à lui, commence à découvrir des émotions qu'il ne connaissait pas auparavant : la peur, la honte, l'insécurité, la vulnérabilité, le sentiment d'être menacé, la convoitise, l'agressivité, l'instinct de domination; autant d'émotions et de sentiments toxiques.

 L'homme, qui avait été créé à l'image et à la ressemblance du Dieu UN, a perdu son unité. La transgression a entraîné en lui une quadruple rupture :

 - Rupture de l'homme avec soi-même : Il a brisé son unité intérieure dont il profitait avec tant d'aisance, et qui lui procurait paix, équilibre, joie. L'homme connaît maintenant la honte devant soi-même. La nudité, qui était l'expression de la communion des personnes pour ne faire qu'un, à l'image du Dieu UN, cette nudité devient menaçante. Le regard abaisse maintenant le corps au niveau d'un objet : objet de consommation, objet de jouissance. La sexualité se fait obsédante, objet de fantasmes délirants!...

 - Rupture de l'homme avec ses semblables et d'abord avec celle qui fut créée « l'os de ses os et la chair de sa chair ». L'amour se retourne en accusation mutuelle. La relation d'amour humain, qui était source de plénitude humaine, d'épanouissement, devient inquiétude et peur. Et bientôt elle dégénèrera en crime. Le chapitre suivant du Livre de la Genèse (4 ,8) nous le montrera.

 - Rupture de l'homme avec la nature. L'harmonie entre l'homme et la nature est brisée. L'homme exploite la nature, la pille, et la nature ne le lui pardonne pas. Le sol produira désormais épines et chardons…

 - Rupture de l'homme avec Dieu. L'homme s'est coupé de sa source; il est désormais un être assoiffé. La relation à Dieu n'aura plus la même simplicité que quand le Seigneur Dieu se promenait dans le jardin, à la brise du jour.

 Derrière cette quadruple rupture, il y a l'action du serpent, qui « était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait fait. » (Gn 3, 1)

 Le serpent, c'est Satan, dont le nom signifie l'Adversaire. Satan est l'adversaire de Dieu, et il emploie sa ruse pour casser l'œuvre de Dieu.

 Et il continue à user de sa ruse pour tromper l'homme d'aujourd'hui, encore. Et aujourd'hui il a trouvé le moyen de faire concevoir qu'il n'est qu'un symbole du mal, de la multiplicité, qu'il est l'envers fatal du bien.

 Or Jésus a démasqué Satan. Il a montré qu'il est menteur et homicide dès l'origine.

 L'écriture montre que le mal a sa source, non pas dans un symbole, mais dans un Ange bon qui s'est rebellé contre Dieu et qui a entraîné dans cette rébellion une foule d'autres anges. Cette chute des anges consiste dans le choix libre de ces esprits créés qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne.

 Et c'est ce caractère irrévocable du choix des anges, et non pas un défaut de l'infinie miséricorde divine, qui fait que leur péché ne peut pas être pardonné, parce qu'ils ne veulent pas être pardonné.

 De même pour l'homme, le blasphème contre l'Esprit-Saint, dont nous parle Jésus dans l'Évangile, ce blasphème n'aura jamais de pardon, car, comme pour les anges, c'est un choix irrévocable de la liberté humaine.

 Mais Jésus est celui qui a ligoté « l'homme fort » et qui a pillé ses biens. Par sa croix, Jésus a vaincu Satan et lui a retiré tous ses droits.

 Satan est vaincu, il est battu. Et si Satan a encore un pouvoir aujourd'hui, il n'a que le pouvoir que nous le lui laissons. Et nous lui laissons reprendre le pouvoir lorsque nous entrons dans le péché, lorsque nous laissons peu à peu s'éteindre la vie du Christ en nous, en négligeant de rencontrer le Christ. Nous laissons le démon prendre le pouvoir, exercer ses droits sur nous lorsque nous le laissons entrer par la magie, par le spiritisme, en allant consulter des magnétiseurs, etc... Là, nous ouvrons une porte à Satan.

 Satan veut prendre sa revanche sur le Christ, et c'est pourquoi nous sommes au cœur d'un combat spirituel. Et l'on remporte ce combat par la Foi, c'est-à-dire en appuyant toute notre vie sur Jésus ressuscité. On remporte, d'une façon certaine, ce combat par la prière, par les sacrements et tout spécialement par le sacrement du Pardon, et par le sacrement de l'Eucharistie. On remporte ce combat par le déploiement des œuvres de miséricorde, qui nous font rayonner de la charité du Christ. Alors, nous permettons au Christ de régner en nous, et de régner dans la société.

 Et c'est ainsi qu'en menant ce combat, nous ferons l'expérience du renouvellement de l'homme intérieur, de jour en jour; expérience que nous partageait Saint Paul dans la 2ème Lecture.

 C'est en nous ouvrant toujours plus à la grâce du Christ, fermes dans ce combat spirituel, c'est alors qu'abondera l'action de grâce pour la gloire de Dieu.

 Que Marie, dont nous fêtions hier le Cœur Immaculé, qu'elle nous obtienne la grâce de tenir bon dans le Seigneur, qu'elle nous aide à nous attacher à ce qui ne se voit pas, pour, avec elle, participer à la gloire éternelle qui nous est offerte et promise. Amen.


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HOMÉLIE DU  PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 17 juin 2018
11ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Aujourd'hui le Prieuré est heureux d'accueillir des jeunes « Fides Cantores», c'est eux qui vont animer la Messe et nous les en remercions.

C'est aujourd'hui aussi la Fête des Pères, prions  pour que les Pères remplissent leur rôle de « Papa », celui qui donne la Loi avec bonté, mais fermeté aussi, sinon, si l'enfant fait ce qu'il veut, demain ce sera un petit tyran. Prions pour les Papas.

Et commençons à demander pardon à Dieu pour tous nos péchés.


Homélie : « Jésus disait : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette en terre la semence, nuit et jour, qu'il dorme ou se lève, la semence grandit. Il ne sait comment. D'elle même, la terre produit d'abord de l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi." » Avec ce simple exemple, Jésus nous fait comprendre que toute vie vient de Dieu. Il en est la source. Il est Providence. Et pour arriver à maturité, il faut du temps.

 Jésus parlait à des gens qui cultivaient la terre. Pour les gens d'aujourd'hui, il aurait pu prendre l'exemple du bébé dans le sein de sa mère. S'il n'y a pas d'obstacle, le bébé conçu arrive à terme au bout de neuf mois, que la maman dorme ou se lève, et ce bébé, ensuite, fait la merveille de la famille. C'est Dieu qui donne ce bébé car c'est Lui la Vie. Tout cela se résume en ces Paroles de Jésus: « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie.  » Il est le Chemin, qui conduit au bonheur du ciel. Il est la Vérité, Celui qui ne dit jamais de mensonge. Il est la Vie, Celui qui nous fait grandir dans l'amour.

 C'est Lui qui a créé toutes les lois de la nature, de l'immensément grand jusqu'à l'infiniment petit. Puisque c'est Lui qui a créé l'homme, Il est le seul capable de donner un sens à la vie de l'homme, qui, jour après jour, doit chercher la volonté de Dieu sur lui. Et c'est peu à peu qu'il se sanctifiera.

 La petite graine du Royaume de Dieu a été semé par Jésus avec les 12 apôtres. C'étaient des hommes sans culture, mais lorsqu'ils ont reçu le Saint-Esprit, ce furent des hommes transformés, plein du dynamisme du Saint-Esprit. Les disciples se sont alors multipliés. Il sont restés fidèles jusqu'au martyr, s'il le fallait, sachant qu'un bonheur éternel les attendait auprès de Dieu. Cette petite graine est devenue, 2000 ans après, plus d'un milliard de Baptisés catholiques, et cela malgré de nombreuses persécutions.

 Aujourd'hui, combien de Français oublient la grâce de leur baptême, et se laissent embobiner par Satan, l'ennemi du genre humain, le menteur par excellence, le jaloux de notre bonheur, et qui n'a qu'un désir : nous entraîner avec lui, dans son gouffre infernal, l'enfer. Il est très habile, car c'est un ange, mais un ange déchu, qui fait tout pour nous faire oublier Dieu, et prendre sa place.

 Par où commence-t-il ? Il commence par nous faire oublier la Prière, car c'est la Prière qui nous relie à Dieu. Quand des parents ne prient plus, cela se répercute sur les enfants, alors ceux-ci ne savent même pas ce qu'est une Prière. Dieu est devenu un inconnu, tout à fait en dehors de leur horizon. Celui qui ne prie plus ressemble à un bateau qui a perdu son gouvernail, et qui se laisse balloter par les flots en furie. Il n'y a plus de lecture de la Parole de Dieu pour nous permettre de découvrir un sens profond à la vie. Il n'y a plus de crucifix dans la maison, pour nous rappeler que Jésus est notre Sauveur, ni d'images de Saints qui nous rappellent qu'il y a un ciel. Mais que de bibelots !!

 Le reste, c'est le journal, la télévision, internet avec les mensonges des médias, le politiquement correct, et parfois, la porno. Cela ne nourrit pas l'âme. Cela ne peut contenter le cœur humain assoiffé de vrai bonheur. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu'il ne demeure en Toi. » nous dit Saint Augustin. Il n'est pas étonnant alors que tant de jeunes se suicident, puisque pour eux la vie n'a plus de sens.

 Quand le péché s'installe dans le cœur de l'homme, il crée alors une dépendance, et l'homme devient esclave du démon. Avec le péché, c'est le malheur qui est attiré sur le monde. Au contraire, celui qui vit pour Dieu, attire la protection de Dieu sur le monde.

 Donc, il est donc d'une grande importance d'avoir des hommes politiques qui, dans leurs lois, respectent Dieu et ses commandements. Leur mission est difficile car ce monde a perdu le sens du péché. Aussi, c'est un devoir pour chaque Chrétien convaincu de prier pour ceux qui nous gouvernent. Saint Paul nous le demande : « Priez avant tout, dit-il, pour ceux qui ont mission de nous gouverner. » Le Pape François nous le rappelle vivement en nous demandant de ne pas oublier de prier pour eux. Pour cela, il est nécessaire de choisir une prière à faire chaque jour, et de préciser à quel moment pour que cette résolution soit efficace.

 Ne soyons pas étonnés des difficultés de vivre dans ce monde, Jésus nous a avertis : « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais courage, j'ai vaincu le monde.  » Voici un exemple comment Jésus réussit à vaincre le monde.

 Il s'agit d'un petit Mexicain de 14 ans, José Luis Sanchez (qui va bientôt être béatifié; canonisé le 16 octobre 2016). José Luis Sanchez avait 13 ans quand la persécution religieuse éclata au Mexique. Ce fut la plus sanglante et la plus cruelle que connut ce pays : de nombreux évêques furent expulsés de leurs diocèses, les prêtres persécutés et sauvagement assassinés, les biens de l'Eglise confisqués, les séminaires fermés; les églises servirent d'écurie et de prison. La haine contre l'Eglise n'épargnait personne, ni les plus jeunes, ni les femmes. Pour défendre leur Foi, des Cristeros se sont levés, avec la bénédiction des évêques et même du Pape Pie XI, José Luis s'est joint à eux, malgré son jeune âge. Le 6 février 1928, il fut arrêté. On essaie de le terroriser en exécutant sous ses yeux un Cristéros, peine perdue. Avant que l'homme soit pendu, José Luis l'encourage en lui disant : « Vous serez au ciel avant moi ! Préparez une place pour moi. Dites au Christ-Roi que je serai bientôt avec Lui ! »

 On lui propose alors la liberté à condition qu'il renie sa Foi. Il refuse. Le 10 février, il est torturé : avec un couteau, on lui coupe lentement la plante des pieds, puis on l'oblige à marcher pieds nus sur du sel. On l'entendit gémir. Puis on l'emmena sur un chemin pierreux en direction du cimetière. Sur le trajet, les soldats voulant lui faire renier sa Foi, lui donnaient des coups de couteau sur tout le corps. A chaque coup de couteau, José Luis criait encore plus fort : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe. »

 De leurs maisons, les gens entendirent les cris et vinrent voir. Pour éviter des coups de feu, les soldats voulaient le tuer à coups de couteau. En voyant que José Luis ne cessait de crier : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe, » un soldat lui asséna un coup de crosse qui lui fractura la mâchoire.

 Arrivés au cimetière, les soldats obligèrent cet enfant, malgré son peu de force, de creuser sa tombe. Ensuite, n'arrivant pas à le faire renier sa Foi, le chef de la garde s'approcha de José Luis, sortit son pistolet et le déchargea à bout portant en pleine tête. Les dernières paroles de José Luis furent : « Vive le Christ-Roi, vive la Vierge de Guadalupe. » Son corps, baigné de sang, s'écroula. Les soldats jetèrent quelques pelletées de terre sur lui, et s'enfuirent.

 D'où est venu la force admirable de cet enfant de 14 ans ? Certainement que sa maman lui avait appris à prier et à éviter le péché. Alors, l'Amour et la force du Seigneur sont entrées dans son cœur. Aujourd'hui, c'est un Bienheureux auprès de Dieu, resplendissant de Vie. Nous pouvons l'invoquer pour lui demander le courage de vivre en Chrétiens. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 1er  juillet  2018
13ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction du Père Paul Pageaud, sma : Aujourd'hui nous accueillons les Paroissiens de Saint-Pierre-du-Maine, pour la "table ouverte paroissiale". Et nous prions pour notre évêque au jour de sa Fête.

 Et puis, écoutez bien l'évangile d'aujourd'hui, vous verrez la puissance de la Foi. Si, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas grand chose, avec notre Foi, nous pouvons beaucoup. Et demandons pardon à Dieu, de tous nos péchés.


Homélie de Frère Philippe-Marie : La 1ère Lecture que nous avons entendue, et qui est tirée du Livre de la Sagesse, est le dernier écrit canonique de l'Ancien Testament. Ce Livre de la Sagesse, a été écrit, 50 ans environ avant Jésus-Christ, tout juste avant l'arrivée de Jésus.

 Nous est donné là, l'état de la réflexion du Peuple Juif sur le sens de la vie et de la mort. Ayant médité sur l'histoire du Peuple de Dieu et sur l'histoire de chaque homme, l'auteur du Livre de la Sagesse conclut que la mort n'est pas l'œuvre de Dieu. Dieu n'a pas fait la mort. Au contraire, Il a créé toute chose pour qu'elle subsiste. Et l'homme lui-même, Dieu l'a créé pour une existence impérissable; il a fait de lui une image de ce qu'Il est en Lui-même.

 Ayant fait de l'homme une image de ce qu'Il est en Lui-même, Dieu a donc créé l'homme pour une existence impérissable. Et c'est un immense privilège que l'homme a reçu, et, en même temps, c'est une grande responsabilité. Car l'homme est responsable de sa destinée, une destinée impérissable.

 « La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon », nous dit encore le Livre de la Sagesse. Le démon, jaloux de cette destinée éternelle de l'homme, lui a tendu le piège du péché, dont la conséquence est la mort. Et le démon veut que l'appel à la vie éternelle se change en mort éternelle pour l'homme, comme lui-même est dans la mort éternelle depuis le jour où il s'est positionné contre Dieu et contre son plan de Sagesse et d'Amour.

 Ce plan de Sagesse et d'Amour de Dieu, nous est révélé par Saint Paul, quand il nous décrit « la générosité de Notre Seigneur Jésus-Christ : Lui qui est riche, Il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » Cet appauvrissement du Christ, c'est l'appauvrissement de l'Incarnation : Dieu qui se fait homme. Et puis, c'est l'appauvrissement, et même l'anéantissement de la croix, et cela « pour que nous devenions riches » : il s'est fait-homme pour que nous devenions Dieu. Voilà la grande richesse, que nous devenions Dieu ! Il est mort sur une croix pour nous arracher à la mort, et nous entraîner dans la vie éternelle. Voilà notre destinée, voilà le plan d'Amour de Dieu pour nous.

 Et Jésus qui s'est fait pauvre n'est donc pas insensible à nos situations de pauvreté, et en particulier la maladie et la mort. Saint Marc nous présente deux situations de détresse humaine que Jésus va sauver :

- d'abord la fille chérie du chef de synagogue, Jaïre, qui est à toute extrémité.

- et ensuite, cette femme qui ne sait plus à qui se vouer pour retrouver la santé et sa dignité.

 Dans les deux cas, la situation est désespérée : la petite fille est à toute extrémité; et la femme a dépensé non seulement tout son argent, mais tous ses biens, nous dit Saint Marc. Elle a peut-être vendu tous ses meubles pour payer le médecin, et cela depuis 12 ans, sans aucune amélioration; au contraire, son état avait plutôt empiré.

 Cette insistance veut nous dire que Jésus possède encore une puissance là où aucun moyen humain ne peut plus rien. Jésus possède une puissance là où aucun moyen humain ne peut plus rien. Le croyons nous ?

 Jaire et cette femme s'approchent de Jésus, avec un cœur complètement ouvert, un cœur plein de confiance.

 Seigneur, donne-nous cette Foi profonde qui nous permettrait de ne jamais désespérer.

 Et pourtant la Foi de Jaïre et de cette femme a besoin de grandir et de se purifier : quand la femme a touché le manteau de Jésus et que Jésus s'est rendu compte qu'une force était sortie de Lui, aussitôt Il se retourne et demande : «  Qui a touché mes vêtements ? » Jésus veut que cette femme dépasse sa croyance teintée peut-être de magie superstitieuse : « Si je touche, je suis sauvée ! ». Jésus veut que cette femme dépasse cette Foi encore imparfaite, pour entrer dans une Foi plus vraie qui soit une vrai reconnaissance de la personne de Jésus. Non seulement, toucher le manteau, mais entrer vraiment dans une relation profonde avec Jésus.

 De même, pour Jaïre, quand on vient lui dire: « Tout est foutu, ta fille est morte », Jésus encourage le chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement ! »

 Et le fruit de cette Foi, de cette confiance absolue en Jésus, c'est le Salut, c'est-à-dire la Vie. Le Salut, dans la Bible, c'est la Vie. La jeune fille passe de la mort à la Vie, et la femme est guérie sur le champ.

 Retenons que Jésus a besoin de notre Foi, c'est-à-dire de notre confiance absolue pour nous sauver. Il ne peut rien faire sans nous, sans notre confiance.

 Et puis, Jésus dit à la petite fille, morte : « Talitha  koum », littéralement : « Fillette, debout ! », ce que Saint Marc traduit en grec par : «  Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Saint Marc adapte un petit peu ! Et il emploie le verbe : «°egeiré », pour dire: «  lève-toi », et ce verbe: « egeiré » veut dire aussi : « réveille-toi ». Jésus avait dit de l'enfant qu'elle dormait. Et « egeiré » est aussi le mot utilisé pour dire la résurrection de Jésus. Ce mot a donc une saveur pascale sous la plume de Saint Marc.  Un très ancien cantique des premiers chrétiens, chanté lors des baptêmes, dit ceci: «  O toi qui dors, éveille-toi, le jour a brillé; d'entre les morts, relève-toi, sois illuminé ». Or le nom de Jaïre, « Ya'ir » en hébreu, signifie  « Celui qui illumine », ou encore « Celui qui réveille ». Ainsi, Saint Marc nous montre que le véritable Jaïre, c'est Jésus, c'est le Ressuscité qui, par le baptême, nous fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à son admirable Lumière.

 Remarquons enfin, combien Jésus est éducateur, Il tient compte de la croyance  imparfaite et naïve de la femme, Il ne la repousse surtout pas, mais Il cherche à la faire accéder à une Foi plus motivée, basée sur une vraie relation de personne à personne.  Eh bien, c'est précisément la pédagogie des équipes synodales que notre évêque nous invite à constituer pour, ensemble, avec peut-être des gens loin de la Foi, cheminer, afin de mieux découvrir qui est Jésus, de mieux découvrir combien chacun de nous a du prix à ses yeux, et pour faire l'expérience du Salut que Jésus vient apporter à chacun. Et ainsi notre évêque veut nous ouvrir des chemins de joie, car lorsqu'on fait l'expérience du Salut, eh bien, c'est la joie qui nous habite.

 Oui, n'ayons pas peur de nous mettre en route pour rencontrer celui qui réveillera notre Foi, et qui nous illuminera, pour notre joie. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 8 juillet 2018
14ème Dimanche du Temps Ordinaire


Homélie : Voici un petit témoignage, qui a déjà, un certain nombre d'années, mais qui pourrait avoir été entendu hier : « Mon mari et moi, désemparés, avons assisté à un échec de notre éducation, et nous nous sentons coupables, peut-être à tort ! Pourquoi nos quatre enfants élevés dans une ambiance chrétienne mais libre, non confinée, nous semblent devenir incroyants ou du moins disant l'être ? On les avait élevés dans la Foi, une Foi ouverte aux autres, et voilà qu'ils ont cessé de pratiquer, qu'ils vivent en couple, refusant le mariage, que leurs enfants, nos petits-enfants ne sont pas baptisés. Te rends-tu compte Seigneur, de ce qu'il nous faut endurer ? »

 Qui d'entre nous n'a pas entendu ce genre de témoignage? Ou encore celui d'une personne qui doit endurer les vexations de son conjoint, ou de ses enfants, en raison de sa Foi, et de sa pratique religieuse ? Ce sentiment d'échec dans l'ordre religieux est celui que connaissent bien souvent  aussi des prêtres et des laïcs engagés généreusement dans la mission de l'Eglise. La Parole de Dieu, que nous offre la liturgie de ce jour, vient justement éclairer, ces expériences douloureuses d'échec, de contradiction, et d'épreuve intérieure que nous connaissons tous, je pense, un jour ou l'autre, et même je pense à plusieurs reprises, sur notre route de vie.

 (Premier point) Toutes ces réalités éprouvantes que traversent nos vies ne doivent pas nous surprendre, elles n'ont rien d'étonnant. En effet, si le Christ Lui-même, comme nous venons de l'entendre dans l'évangile, Dieu fait-homme, et homme parfait, la vérité en personne, la bonté en personne, la pédagogie en personne, si Lui, Jésus, a connu l'échec dans son propre bourg de Nazareth, et auprès de sa parenté, jusqu'à être traité de fou par certains de ses parents, eh bien, comment nous étonner des contradictions et des échecs qui sont les nôtres, auprès de nos proches parfois ! « Le disciple n'est pas au-dessus du maître », nous a prévenu Jésus.

 Deuxième point, non seulement échecs, contradictions, épreuves, ne doivent pas nous étonner, mais il y a plus, à savoir qu'ils ne sont jamais du pur négatif, un mal absolu. Ils peuvent devenir même un tremplin. Et c'est bien comme cela que Jésus vit son échec à Nazareth ! « Un prophète, dit-Il, n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison, et Il s'étonna de leur manque de Foi ». Et l'on sent dans ses paroles toute la déception, toute la souffrance du Christ, face à cette fermeture de son pays bien-aimé, de ses proches, de sa famille, Jésus avait un cœur humain, Il a aimé ses proches, sa famille, Il a aimé ses voisins, Il a joué enfant avec ses copains, Il a aimé son pays, son Nazareth, comme chacun d'entre nous aime, en principe, sa terre d'attache. Eh bien, quelle souffrance, que ceux qui étaient le plus proches, quelque part, de son cœur, voilà qu'ils se ferment à cette Bonne Nouvelle, qu'Il vient donner, offrir, nouvelle de liberté, de libération. Quelle souffrance pour Jésus. Mais Lui ne va pas s'enfermer dans cet échec, cet échec ne l'arrête pas, alors nous dit l'évangile : « Il parcourait les villages d'alentour, en enseignant ».

 L'échec de Nazareth profitera aux pays voisins, Il repart ailleurs, et Il recommence, et sans cesse. Et c'est d'ailleurs la consigne qu'Il donnera plus tard aux disciples envoyés en mission : « Quand on refusera de vous accueillir, allez plus loin, partez ailleurs ». Dans la première Lecture, le prophète Ezéchiel est prévenu par Dieu que sa tâche ne sera pas facile, pas plus facile que celle de Jésus. « Fils d'homme, je t'envoie vers une nation rebelle; ils ont le visage dur, le cœur obstiné ». Mais l'infidélité du peuple n'arrête pas la fidélité de Dieu à son Alliance : « Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, ils sauront qu'il y a un prophète en Israël ». Autrement dit, le prophète doit poursuivre sa mission, à temps et à contre temps, car il faut que le peuple sache que Dieu continue à leur parler, continue à les appeler, que l'infidélité de ses enfants n'ébranle pas sa fidélité à Lui.

 Saint Paul a connu lui aussi bien des échecs qu'il évoque ici : « insultes, persécutions, situations angoissantes », mais aussi des épreuves intérieures qu'il suggère par « cette écharde dans la chair ». Demandant à être délivré de cette épreuve, il reçoit du Seigneur cette promesse : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Oh! quelle parole merveilleuse? J'espère que vous en avez fait une parole d'élection, parce qu'elle est vitale cette parole. Il faut la ruminer, il faut nous la redire souvent. Là, on a une parole d'or! Comme il y en a moult dans l'Ecriture, dans la Parole de Dieu. Je crois que celle-ci nous est particulièrement utile, justement dans toutes ces situations difficiles que nous avons à vivre. « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Cette Parole, elle est pour nous aujourd'hui, Dieu nous promet l'assistance de sa grâce en toutes circonstances. Il est le Dieu fidèle.

 Comment alors, nos échecs, nos contradictions et nos épreuves peuvent-elles devenir un tremplin? Eh bien, en nous rappelant d'abord que « Dieu, ne nous demande pas de réussir, mais de travailler », c'est une parole ancienne d'un Père de l'Eglise, Saint Jean Chrysostome; « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler », «  Allez travailler à ma vigne ». Et Sainte Mère Térésa avait certainement ruminé cette parole, car elle le dit en termes semblables : « Dieu ne m'a pas appelé au succès, Il m'a appelé à la fidélité ». Dieu sait! si son œuvre a du succès, de la fécondité plus exactement, parce qu'elle n'a pas cherché la réussite comme telle, le succès, elle a voulu tout simplement vivre le présent, qui lui était donné à vivre, tout simplement, comme on le sait bien : aimer ce petit, aimer ce mourant, aimer ce pauvre-là, qui est devant moi.

 Eh bien, comme Ezéchiel, comme Paul ou Jésus, il s'agit donc de nous rappeler que Le Seigneur nous appelle à travailler à sa vigne, quelque soient les résultats, pour suivre notre vocation, notre mission, recommencer sans cesse. J'aime aussi cette parole du Père Bro, qui est bien connue, non pas recommencer, mais commencer, c'est plus motivant : «  Chaque jour, je commence ». Accueillir chaque journée, comme un nouveau cadeau neuf de Dieu, où sa grâce m'est donnée, jour après jour, une grâce nouvelle, comme l'avait bien compris Thérèse de Lisieux aussi.

 D'autre part, l'échec a cet effet bénéfique, si nous savons l'accueillir dans la Foi : il nous apprend l'humilité, et nous provoque à l'humilité, échec, et surtout, quand nous nous sommes trop appuyés sur nous-mêmes, et pas assez sur le Seigneur, avec des méthodes et des plans bien huilés. Je ne dis pas qu'il ne faut pas en faire, mais voilà, si l'échec survient, alors que tout avait été bien préparé, cela nous fait toucher du doigt que la fécondité, surtout dans l'ordre spirituel, ne dépend pas de notre faire, mais de la grâce de Dieu : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». C'est comme le dit Saint Paul : Ce n'est pas celui qui s'affaire, qui s'agite, qui est utile, mais la grâce de Dieu, si on la laisse faire, si on se laisse faire, par la grâce de Dieu.

 Et puis, troisième point, qui nous permet de faire de nos échecs, de nos contradictions, de nos épreuves, un tremplin, eh bien, l'échec, vous en avez fait certainement tous l'expérience, l'échec développe en nous une capacité d'empathie, de compassion. Oui, tant qu'on a pas vécu quelque chose de douloureux, comme il est difficile de comprendre celui ou celle qui vit cela. C'est très vrai, et nous le savons bien dans l'ordre de la maladie, mais aussi dans toutes ces situations éprouvantes, humainement. Une parole du Père Lacordaire exprime avec beauté cette idée : « Il y a des choses qu'on ne voit bien, qu'avec des yeux qui ont pleuré ».Alors, c'est une manière de recycler tout ce qui nous semble négatif dans nos vies, et de nous dire qu'il y a toujours un fruit positif à en cueillir. Cela développe notamment, cette capacité de compassion envers les autres.

 Et plus généralement, le dernier point, il y en auraient d'autres certainement, l'échec nous offre souvent l'occasion de mûrir, de grandir. Je viens de l'exprimer par cette idée de compassion, mais sur d'autres terrains aussi, l'échec nous donne l'occasion souvent de mûrir, de grandir. Et c'est le Cardinal Journet qui disait la chose ainsi : « Plus tard nous verrons que les moments d'impuissance étaient peut-être les plus grands moments de notre vie ». Je me souviens que le Cardinal Billé, lui aussi, ayant vécu une expérience de grande souffrance physique, et peut-être morale en même temps, disait « Qu'il avait beaucoup appris par cette épreuve de santé ». Oui plus profondément, pour revenir à la Parole de Dieu, encore une parole qu'il faut graver, et avoir dans notre subconscient, pour cliquer dessus quand on en a besoin : « Avec ceux qu'il aime, Dieu fait tout concourir à leur bien. » (Rm 8,28)

 Demandons à la Vierge Marie cette grâce d'espérance pour nous-mêmes, et envers tous ceux qui tissent nos vies, que nous aimons, que nous voudrions tant approcher du Seigneur, ceux qui tissent nos vies, que le Seigneur nous confie, et que nous lui présentons, avec confiance, avec espérance, avec lâcher prise, maintenant dans cette Eucharistie, c'est Lui, le Sauveur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 22 juillet 2018
16ème Dimanche du Temps Ordinaire

(texte établi d'après les notes du Frère)


« Venez à l’écart… et reposez-vous un peu ». C’est un Evangile qui tombe très bien pendant cette période estivale. Ce pourrait être une formule publicitaire pour les touristes, sauf qu’habituellement, il ne leur est pas proposé de se rendre au désert…

C’est surtout un Evangile où se révèle toute la sollicitude de Jésus envers tous : envers ses apôtres d’abord, mais aussi envers ces foules sans berger qui se mettent à le suivre.

1°) « Venez à l’écart, dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ». Jésus le dit d’abord à ses apôtres revenant de mission, fourbus sans doute et encore harcelés par la foule. C’est un signe d’attention et de sagesse de la part de Jésus envers ses apôtres et qui a été certainement reçu avec enthousiasme. Mais c’est aussi un appel que Jésus adresse encore aujourd’hui, notamment aux hyper-actifs, mais pas seulement : « Reposez-vous donc un peu ! »

Il n’y a pas que sur les routes qu’il faut lever le pied. Pascal écrivait déjà cette réflexion au XVIIème siècle : « Quand je me suis mis à considérer les diverses agitations des hommes, j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ».

Se reposer, se refaire, c’est aussi choisir de vivre la rencontre de nos proches et des autres dans la détente et la gratuité.

C’est encore -à l’opposé des personnes qui se promènent en forêt, avec un walkman sur la tête…- choisir des espaces de solitude et de silence (« venez à l’écart, dans un endroit désert, dit Jésus) pour redécouvrir le chant de la Création qui est la voix de Dieu. « Si tu veux entendre Dieu, écrit Mgr Wladimir Ghika, un spirituel roumain, fais bien attention, car Dieu aime à parler très bas ! »

Se reposer, c’est aussi choisir la prière : « Venez à moi, dit Jésus, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos » (Marc). « Venir à Lui », c’est choisir, par exemple de s’arrêter dans une église, y rester là sans rien dire, se laisser faire par la présence agissante du Seigneur, brûler du temps pour Lui. Jean Vanier disait : « Je vais aller me reposer »… et l’on savait qu’il allait passer du temps à la chapelle…

C’est d’une importance vitale, même et surtout lorsqu’on est très engagé dans la vie de l’Eglise, car Jésus n’a pas besoin de fonctionnaires, mais d’amis. « Plus l’âme a reçu dans le silence, plus elle donne dans l’action » (Ernest Hello).

2°) En débarquant, Jésus vit une foule nombreuse et il en eut pitié… et il les enseignait longuement ». Voilà la compassion et la sollicitude du Christ pour les foules sans berger, pour tous les hommes de bonne volonté, assoiffés et chercheur à tâtons de vérité, pour tous ceux qui peut-être ont été déçus, voire scandalisés par des chrétiens et des prêtres, pour tous ceux qui sont manipulés par la pensée unique des grands médias, ou par les marchands de bonheur, pour tous ceux dont la souffrance amène à douter de l’amour de Dieu. Oui, Jésus a mal pour tous ceux qui ont mal.

3°) Voilà pourquoi sa compassion pour les foules sans berger, Il veut la partager à ses apôtres et à nous.

A ses apôtres d’abord à qui Il offre un exemple d’abandon et de souplesse : Lui, qui voulait vivre un temps de retrait avec les Douze, face à cette foule affamée de sa Parole et de ses bienfaits, il accepte finalement de se donner encore et encore et renvoyer en même temps « au charbon » ses apôtres, puisqu’il va immédiatement après, les embaucher à nouveau pour nourrir la foule, en multipliant les pains.

Cette compassion, Jésus veut qu’elle soit nôtre aussi. Cette parole « Regardez mes brebis sans berger », Jésus la dit en particulier à ceux qui aiment un peu trop leur tranquillité, à ceux qui se réfugieraient dans la prière en délaissant la grande détresse spirituelle qui les entoure. « Ne fais pas de Dieu ton oreiller, ni de ta prière, un édredon », disait Don Helder Camara, dont la béatification a été annoncée. Le vrai priant ne peut garder pour lui ce qu’il reçoit généreusement du Seigneur : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Il ne peut être un « capitaliste » de la foi », enfermant Jésus dans le coffre-fort de son cœur, afin d’en retirer des intérêts pour la vie éternelle. « Malheur à moi, si je n’évangélise pas ! » s’écrie saint Paul. Le vrai priant, qui a trouvé en Dieu l’espérance et la paix, a la mission de semer cette espérance et cette paix autour de lui.

4°) Jésus nous redit dans l’Evangile de ce jour le double rythme de toute vie chrétienne : celui de la prière et de l’action. C’est en effet dans la prière que mûrissent les multiples appels du Seigneur. Et l’action, à son tour, nous ouvre aux richesses, aux besoins et aux détresses de nos frères, nous porte à rendre grâce et aussi à supplier Celui sans qui nous ne pouvons rien faire.

Jésus est le visage de la Miséricorde de Dieu. Accueillons-le maintenant pour devenir, à notre tour, par Lui et en Lui, visage de la tendresse de Dieu dans notre monde. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 29 juillet 2018
17ème Dimanche du Temps Ordinaire

(texte des notes du Frère)


… « Tous ont les yeux sur toi, ils espèrent ». En cette courte phrase du psalmiste, tout est dit de la prière. « Les yeux sur Toi » : intensité du regard ; ils espèrent : tension du cœur. Le regard et le cœur disent quelque chose de la qualité, de la présence, de la confiance. N'est-ce-pas ce qui a habité le temps fort des Familles, et des jeunes de la session familiale Marie-Espérance, cette semaine ? Puisque nous sommes tournés vers Le Seigneur réellement présent, au fond, qu'avons-nous reçu ? Qu'espérons-nous encore ? Que nous offre-t-Il en partage ?

 Je pense qu'il est assez aisé de le discerner dans l'évangile de ce jour, d'autant plus que, par un fait exceptionnel, la scène de la multiplication des pains est racontée par les quatre évangélistes.

 Il y a d'abord le souci pour le Seigneur d'une rencontre avec les Familles, et toutes les personnes désireuses de le voir, de l'entendre, et peut-être de l'écouter ? Une rencontre à l'écart de l'agitation du monde, en prenant de la hauteur sur un endroit élevé, propice au calme, à la réflexion, à l'échange, la détente et le repos. Et si nous levons les yeux vers Le Seigneur, comme Marie à PontMain, Lui, Il attend ce regard : « Jésus leva les yeux et vit une foule immense venir à Lui ». Les yeux dans les yeux, voilà la rencontre de Dieu.

 Et que se passe-t-il ? Il n'y a pas de mot pour le dire. Il voit, et Il sait. Que sait-Il, et que voit-Il ? Il connait notre attente, notre désir et notre faim de pain et de réjouissances, Il voit nos besoins. Nos désirs et nos besoins tournés vers Le Seigneur sont notre espérance. Sur la montagne de Palestine, cette foule assoiffée de divertissements, car elle a vu des miracles, et affamée de nourriture en quête d'une vie heureuse, et de l'attente d'un sauveur, cette foule espère, les yeux tournés vers Le Seigneur. Ils ont faim et ils n'ont rien. La samaritaine, elle, avait soif, soif d'amour et d'eau fraîche !

 Le Seigneur, Lui, va orienter le désir vers son désir, dans un dialogue, une relation, par une question à ses disciples : « Où allons-nous acheter des pains pour combler votre faim ? C'est-à-dire : Connaissez-vous des moyens humains qui puissent vous satisfaire, dans cet endroit désert, ou encore, me considérez-vous comme un Messie humain ? Voilà la question ! La confiance avec Le Seigneur passe par la vérité du cœur. Le Seigneur sonde les cœurs et les reins, le cœur dans ces désirs, et les reins dans leur faim. Le Seigneur nous demande de considérer les dons que nous avons reçus, car c'est à partir du don d'un enfant : -cinq pains et deux poissons, c'est bien peu, certes, mais c'est tout pour cet enfant-, que Le Seigneur opère le miracle ! L'offrande de cet enfant est à l'origine de notre offertoire, et de ce peu, Le Seigneur le multiplie, la bénédiction, c'est-à-dire le don, est au-delà de toute espérance.

 Connaissons-nous vraiment Le Seigneur ? Car, qu'il s'agisse d'une foule, ou d'une seule personne, réalisons-nous, que c'est de sa part, la même prévenance, la même délicatesse ? Le Seigneur donne son temps, Il accorde audience et nourriture :  « Faites-les asseoir », dit-Il. C'est bien la disposition que nous occupons en ce moment ? Il leur accorde la nourriture, qu'elle soit matérielle, ou spirituelle; l'une et l'autre, autant qu'ils en souhaiteront, autant qu'ils seront disposés à l'accueillir, rien ne sera perdu.

 Nous levons les yeux vers Le Seigneur, en Lui nous espérons, et que recevons-nous de durable ? Est-ce autre chose que le mystère du Christ vivant en chacun de nous, que nous ne pouvons, ni quantifier, ni qualifier ? Jésus s'est fait Pain de Vie, pour satisfaire notre faim de Dieu.

 Et à quoi cela nous engage-t-il ? Nous demandions au Seigneur, dans la prière d'ouverture, de « multiplier pour nous les gestes de miséricorde afin de nous attacher aux biens qui demeurent » ; biens, que l'on reçoit comme un don. Saint Paul nous en décrit l'enjeu : si les Chrétiens sont tous ensemble un seul corps et un seul esprit, ne le doivent-ils pas à la manducation d'une même Eucharistie ? Et qu'est-ce que l'Eucharistie opère, si ce n'est la vie, dont le bienfait est l'unité des Chrétiens ? Un idéal d'union dans la charité, l'unité d'esprit et de paix.

 A l'occasion d'une méditation pour les prêtres, Benoît XVI, il y a quelques années, commentant le passage de la lettre de Saint Paul aux Ephésiens, rappelait que Saint Paul enchaîné en prison pour l'Amour du Christ vivait une nouvelle vie dans la communion avec la passion du Christ, pour vivre sa communion avec la résurrection du Christ, qui est fécondité, joie et liberté. »

 Quel chemin Saint Paul nous propose-t-il pour être dans l'Amour, la communion au Christ ? Pour nous libérer de nos chaînes, Saint Paul est très concret, et nous propose trois terrains d'expérimentation, trois vertus morales : l'humilité : sommes-nous humbles ? La douceur  : est-elle notre seconde nature ? La patience : que vaut ma patience dans la tempête ? Suis-je mon propre étalon dans la construction de l'unité et de la communion ? Pouvons-nous dire en vérité : « Tous, les yeux tournés vers Toi, Seigneur, nous t'espérons, Tu es notre Vie ! » ? Les yeux tournés vers Toi, Seigneur, qui t'es humilié pour nous ! L'humilité dans les humbles services et devant les pauvres. Si nous manquons de cette humilité, comment pourrions-nous respecter et vénérer le Seigneur qui s'est « chosifié » dans l'Eucharistie et abaissé dans le petit ? Notre attitude, devant l'Eucharistie, est le témoignage de la qualité de notre âme, et de notre foi.

 Avec l'humilité, Saint Paul exhorte à la douceur, vertu que Don Bosco conseillait souvent aux éducateurs, car elle demande la maîtrise de soi, véritable ascèse ! Le Seigneur Lui-même, nous la prescrit, comme deuxième Béatitude : « Heureux les doux, car ils posséderont la terre ».

 Et la patience ! Y-a-t-il plus patient que Dieu ? Pour Lui, « Un jour est comme mille ans ». Dans nos impatiences quotidiennes, contemplons la grande patience du Seigneur, qui attend la confession, c'est-à-dire, l'amour dans le pardon. La patience de Dieu a pour nom : la miséricorde. La patience chrétienne doit prendre cette couleur de l'espérance : La douceur et l'humilité du cœur de Dieu se révèlent dans la patience et la miséricorde. L'humilité nous qualifie, la douceur et la patience qualifient nos relations. Ces trois vertus sont l'expression de la charité qui fondent l'âme de l'unité.

 Tout cela est possible grâce au baptême qui nous unit étroitement au Christ : Nous sommes le Corps du Christ par l'action de l'Esprit-Saint. Pour Saint Paul, cela est si important qu'il cite les Trois Personnes de la Très Sainte Trinité dans l'ordre de notre remontée à Dieu ; un seul Esprit, un seul Seigneur, un seul Dieu et Père. C'est du Père que tout provient et au Père que tout aboutit. Oui, tous, nous levons les yeux vers le Seigneur, en Lui, nous espérons.

 Eh bien, avec Marie, Notre-Dame de PontMain, notre modèle d'humilité, de douceur et de patience, demandons ensemble au Seigneur, en faisant cette prière :  « Seigneur, accorde-moi la joie de l'humilité, la douceur et la patience de ton Amour ». Amen


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 5 août  2018
18ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Les paroles que nous venons de chanter résument bien le pourquoi de notre présence ici. Nous sommes réunis dans cette Eglise pour bénir Dieu, le Père de Jésus le Seigneur. Pourquoi ? Parce qu'Il nous a tout donné, et parce que dans son grand Amour, Il a fait de nous ses enfants, et nous recevons tout de Lui : « la vie, le mouvement et l'être » comme dit Saint Paul, et par le baptême nous avons reçu sa vie Divine.

Tout au long de cette semaine, non seulement notre Famille spirituelle a reçu de belles grâces, et nous aussi, nous voulons rendre grâce, rentrer dans l'action de grâce de Jésus en cette Eucharistie.

Nous savons aussi que nos cœurs sont habités par le péché, par des attaches qui nous retiennent encore loin de cet Amour total que le Seigneur attend de nous. Eh bien alors, tournons-nous vers le cœur miséricordieux de Jésus, et reconnaissons humblement que nous sommes pécheurs.


Homélie : Il est relativement facile de convertir les païens, il est beaucoup plus difficile de convertir les convertis ! C'est ce que nous montre les lectures de ce dimanche.

 La 1ère lecture nous montrait en effet, non pas des païens, mais la communauté des fils d'Israël récriminer contre Moïse et son frère Aaron.

 De même, dans l'évangile, la foule, puis les Juifs, et enfin jusqu'aux disciples même, vont peu à peu murmurer contre Jésus, et même se retirer, pour ne plus aller avec Lui.

 Alors, où est le problème ? A quelle conversion sont encore appelés les disciples, les convertis ?

 Eh bien, c'est Saint Paul qui nous donne la clé de l'énigme : « Vous ne devez plus vous conduire comme les païens, qui se laissent guider par le néant de leur pensée ».

 Et voilà la question que nous posent les lectures de ce dimanche : qu'est-ce qui guide mes choix? qu'est-ce qui emporte la décision en moi ? Mes propres pensées, ou une autre pensée ?

 « Les païens se laissent guider par le néant de leur pensée ». L'expression de Saint Paul est forte !

 Pour lui, se laisser guider par ses propres pensées, c'est vivre en païen, et donc aller vers le néant.

 Aussi nous enjoint-il de nous défaire de cette conduite, qui est celle de l'homme ancien, corrompu, pour nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée. Notre pensée doit vivre une transformation spirituelle.

 Qu'est-ce que cela veut dire ?

 Eh bien, relisons notre Evangile : « Le lendemain de la multiplication des pains, les gens montèrent en barques… à la recherche de Jésus, l'ayant trouvé sur l'autre rive, ils lui dirent... », et nous avons entendu la question !

 "Chercher", "trouver", deux verbes très importants dans le vocabulaire de Saint Jean. Et la 1ère parole de Jésus en Saint Jean est : «  Que cherchez vous ? » (Jn 1, 38).

C'est sur l'autre rive que l'on trouve Jésus. Pour trouver Jésus, il faut quitter la rive de la terre païenne, (là où a eu lieu la multiplication des pains,) pour aller sur l'autre rive, la rive de Jésus.

 Combien de fois nos manières de penser, de résonner, de réagir; combien de fois nos choix sont ceux de la rive païenne. Nous nous disons chrétiens, disciples de Jésus, et nous pensons, nous agissons comme le monde, comme le journal télévisé de 20 h, comme les séries à l'eau de rose. Combien de fois nous récriminons tout haut, ou nous murmurons tout bas contre les positions de l'Eglise, contre les décisions du Saint Père. Combien de fois, même si nous n'osons pas nous opposer ouvertement, nous chrétiens, nous posons des actes contraire à ce que demande l'Eglise.

 Alors que veut dire "chercher", et "trouver" Jésus ? Que veut dire "nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée" ? Eh bien, cela veut dire : voir, penser, agir, à la lumière de la Foi. « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » demande les auditeurs de Jésus. « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'Il a envoyé ».

 Nous laisser renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée consiste à considérer toute chose avec les yeux de la foi, c'est-à-dire avec les yeux du cœur toujours fixés sur Jésus, Lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. Autrement dit, dans l'humble humanité de Jésus, se laisse percevoir l'autorité de la Divinité qui l'habite, en raison de l'Esprit-Saint qui repose et demeure sur Lui, et qui transparaît dans ses Paroles et dans les signes qu'Il accomplit.

Considérer toutes choses avec les yeux de la foi, c'est-à-dire avec les yeux du cœur toujours fixés sur Jésus, c'est précisément ainsi que s'est comporté la Vierge Marie. Alors, elle a vécu, comme le disait Saint Paul, en tout, « dans la justice et la sainteté conformes à la vérité », cette vérité qui est Jésus Lui-même.

 Comme l'humanité de Jésus, l'humanité de l'Eglise est pauvre et humble, et n'a rien pour attirer notre regard. Mais comme Jésus, l'Eglise est habitée par la présence de l'Esprit-Saint, l'Esprit de vérité qui lui confère son autorité.

 Comme la communauté des fils d'Israël, comme les disciples de Jésus, comme les premiers chrétiens, nous sommes invités à cette conversion permanente : considérer toutes choses à la lumière de la foi. Alors, nous ne nous laisserons plus guider par le néant, mais nous marcherons dans la lumière. Et cette marche, dans ce pèlerinage de notre foi, sera en même temps, nous dit Jésus, notre rassasiement. Notre foi nous permettra de recevoir la nourriture qui ne passe pas : « Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi, n'aura plus jamais soif ».

 Alors, oui, faisons nôtre la foi de Marie, faisons nôtre la foi de l'Eglise, pour vivre vraiment avec un cœur renouvelé et témoigner de la vie de Jésus ressuscité. Amen.


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HOMÉLIE DU  PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 12 août 2018
19ème Dimanche du Temps Ordinaire B


Introduction : Quand, dans certaines coutumes africaines anthropophages, on mangeait le corps défunt d'un membre de la famille, c'était, pensait-on, pour s'assimiler l'une de ses qualités. Eh bien, dans l'Eucharistie, c'est le corps spirituel ressuscité de Jésus que nous mangeons, pour nous assimiler son amour. Jésus dit, un jour, à sainte Melchtilde : « Si l'homme connaissait le salut qui vient par le corps du Christ, il en mourrait de bonheur ! ».

 Mes frères, soyons heureux de participer à une messe, n'ayons pas peur des remarques moqueuses qui appellent : « les cathos, des rétros », quand ils vont à la messe. Au contraire, ce sont des vivants ! Eh bien commençons par demander pardon à Jésus, pour mieux vivre notre communion.


Homélie : Jésus nous donne des paroles fortes dans l'Evangile de ce jour : «  Celui qui croit en moi a la vie éternelle… Moi, je suis le Pain de la Vie… Moi, je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel... Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il ne parle pas seulement de la vie du corps, Il parle aussi de la vie après la mort, dans le ciel. « Le pain que je donnerai, c'est ma chair donnée pour la vie éternelle ». Ici, Jésus parle du sacrement de l'Eucharistie, le plus grand des Sacrements, celui dont il a eu un grand désir d'instituer ! Donc, venir communier à la messe, ce n'est pas une chose banale. Il est absolument nécessaire de s'y être préparé avec un grand désir, un grand amour, pour en profiter.

 Voici quelques suggestions pour nous aider à approcher avec plus d'efficacité du sacrement de l'Eucharistie :

 Premièrement : Il est nécessaire de désirer une rencontre d'Amour avec Jésus, si possible déjà avant la messe.

 Deuxièmement : Il faut avoir la conscience libre de tout péché grave. Dans le cas contraire, il est nécessaire de venir se confesser avant de communier.

 Troisièmement : Il faut même désirer éviter les péchés véniels qui déplaisent à Jésus, surtout, n'avoir aucune rancune pour personne, sinon cela bloque toutes les grâces que Jésus veut nous donner.

 Quatrièmement : Après la communion, il faut prendre un temps d'action de grâce pour dire merci à Jésus, pour lui dire notre amour, et lui confier tous nos soucis.

 Voici ce que Jésus dit un jour au Père Montfort Okaa, prêtre nigérian, dont le récit a reçu l'imprimatur de son évêque :

 « La Sainte Eucharistie est le don de moi-même. La Sainte Eucharistie est le don de tout ce que Je suis, donné à vous de la façon la plus simple et la plus compréhensible. Je me donne pour vous sauver. Je me donne pour vous servir. Je me donne pour vous racheter de vos péchés. Je me donne pour vous unir à moi.

 « C'est le même amour qui est en moi, entre moi et mon Père, entre moi et l'Esprit-Saint. Le même amour sera entre vous et moi.

 « Je me donne moi-même à vous afin que votre amour mutuel devienne mon amour, afin que la vie en vous devienne ma vie, afin que l'amour en vous soit mon amour ».

 Ces paroles sont très fortes ! On peut dire que la communion est faite pour aider les époux à s'aimer avec l'Amour de Jésus, que la communion est faite pour aider les mamans à aimer leurs enfants avec l'Amour de Jésus, que la communion est faite pour aider les frères à s'aimer avec l'amour de Jésus.

 Je reprends une citation du Père Okaa : « A chaque Messe, se fait une nouvelle création, une re-création, un renouveau, un renouvellement total de tous ceux qui participent à la messe avec une très grande dévotion avec un cœur et un esprit ouverts. Ils sont tous purifiés et sanctifiés ».

 Je comprends qu'une stigmatisée, comme Marthe Robin, a pu vivre sans boire et sans manger pendant 50 ans ; elle ne recevait que l'Eucharistie.

 Voilà le secret de la messe, voilà pourquoi la messe est si importante. Jésus dit, un jour, à sainte Mechtilde, -comme je vous le disait au début de la Messe,- : « Si l'homme connaissait le salut qui vient par le Corps du Christ, il en mourrait de bonheur ». Amen.


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