HOMÉLIE PRONONCÉES PENDANT LE TEMPS ORDINAIRE 2019

(Année C)


LISTE DES HOMÉLIES


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 20 janvier 2019

2ème Dimanche du Temps Ordinaire C


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 27 janvier 2019

3ème Dimanche du Temps Ordinaire C


HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE

Le 3 février 2019

4ème Dimanche du Temps Ordinaire C


HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS

Le 10 février 2019

5ème Dimanche du Temps Ordinaire C


HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN

Le 17 février 2019

6ème Dimanche du Temps Ordinaire C


HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma

Le 24 février 2019

7ème Dimanche du Temps Ordinaire C




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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 20 janvier 2019
2ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction : Quel bonheur de voir une église presque pleine, et surtout à moitié remplie de jeunes, ce n'est pas si fréquent.

 Merci d'être là, surtout que beaucoup d'entre vous ont passé la nuit sous la tente, et Dieu sait si c'est héroïque de sortir de son duvet quand il fait froid et humide, un matin comme aujourd'hui.

Eh bien, vous n'aurez rien à regretter, le Seigneur vous comblera, j'en suis sûr, de sa présence, de son amour, dans cette invitation qu'il nous fait, aujourd'hui, comme chaque dimanche. Bienvenue donc à tous, scouts et guides unitaires de France, du groupe de Château-Gontier, avec leurs familles aussi qui sont là.

 Et puis, bienvenue aux retraitants, aux personnes en session, avec Monsieur Jean-Philippe Rouillier, à l'hôtellerie. Bienvenue à chacun, chacune.

 Le Seigneur se réjouit, j'y reviendrai, se réjouit de votre présence à chacun, à chacune aujourd'hui.

 Eh bien, laissons nous faire par la liturgie, qui est une école de prière, une école de rencontre de Dieu. Oui, nous sommes tout bénéficiaires si nous nous laissons faire par la liturgie, si nous avons le cœur grand ouvert.

 Demandons pardon pour tous nos péchés, tous ces obstacles, qui encombrent notre cœur, et qui empêchent le Seigneur de nous remplir de sa joie. Oui, demandons sa miséricorde.


Homélie : Lorsque dans une famille, au matin de Noël, les enfants vont pouvoir, enfin, découvrir le contenu des mystérieux paquets qui sont superposés sur les chaussures, eh bien, ils n'ont pas envie de traîner au lit, ce jour là, n'est-ce-pas ? Lorsque nous sommes invités à une fête familiale, un mariage par exemple, on ne traîne pas non plus au lit, ce jour là, surtout les futurs mariés, évidemment ! Car on ne veut pas être en retard, et on commence à s'habiller le cœur, dès le matin.

 Eh bien, je crois que si nous réalisions vraiment ce qu'est la messe du dimanche, nous aurions nous aussi le cœur en fête, dès le réveil. Parce que la messe, c'est une fête. Oh, je n'oublie pas que c'est un sacrifice, oui, c'est le sacrifice du Christ, certes ! On l'a parfois occulté, oublié, mais c'est une fête, il ne faut pas l'oublier aussi. C'est une fête, parce que c'est un rendez-vous d'amour entre Dieu et nous. Je ne sais pas si nous avions le cœur en fête ce matin pour nous tirer du lit ! Mais ce que je sais, c'est que Dieu, Lui, a le cœur en fête. Il est heureux de nous avoir invités, et Il est heureux de notre réponse. Il est heureux de nous rassembler tout simplement, parce qu'Il nous aime.

 Il nous aime vraiment, c'est nous qui n'y croyons pas assez. Si on croyait vraiment que Dieu est passionnément amoureux de chacun de nous, qu'Il nous attend avec passion et qu'Il est tellement heureux que nous ayons répondu à son invitation… Il est amoureux, non pas de nous, mais de toi, de toi, oui de toi, tu n'y crois pas assez. Et si nous n’en sommes pas convaincus, eh bien, écoutons-le nous le dire au livre d'Isaïe, c'était notre première lecture : « Comme un jeune homme épouse une jeune fille, Celui qui t'a construit t'épousera. Comme la femme mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu ». Il faudrait relire cette page, quand vous avez le cafard, vous laisser adresser cette déclaration d'amour de Dieu.

 Alors, bien sûr, on va dire, cette parole s'adressait à Jérusalem, au peuple d'Israël, au peuple de la Première Alliance, et c'est vrai ! Mais nous savons que la Parole de Dieu est toujours actuelle. Dieu ne cesse de crier son amour au peuple de la Nouvelle Alliance, c'est pourquoi nous lisons l'Ancien Testament, comme on dit ! Nos Frères Juifs n'aiment pas trop qu'on dise « l'ancien », d'ailleurs. Mais oui, ce sont les textes de la Première Alliance ; parce qu'elle n'est pas abolie, mais accomplie en Jésus, cette Première Alliance, c'est pourquoi, nous lisons ces textes. Ils sont pour nous aujourd'hui, Dieu s'adresse à nous, aujourd'hui par ses paroles.

 Oui, Dieu ne cesse de crier son amour au peuple de la Nouvelle Alliance, à l'Eglise, épouse du Christ, et à chacun de ses enfants, car en Jésus qui est venu, non pour les justes, mais pour les pécheurs, nous savons que le Père du ciel dit à chacun de nous : « Tu comptes beaucoup pour moi, tu as du prix à mes yeux, et moi, je t'aime ». Et cette phrase, nous l'entendons, tout au long de ces deux années de synode, et c'est heureux ! Il faut que ce soit gravé, et à la fin de ces deux années, que ça nous revienne au cœur, souvent. Oui, déjà, si c'était le fruit de ce synode, ce serait merveilleux.

 Après l'Epiphanie, et le Baptême du Seigneur, le Christ veut se manifester à nous aujourd'hui, dans la liturgie de ce jour, comme l'époux, celui qui veut être l'époux de nos cœurs, de chacun de nous.

 À l'Épiphanie, il se manifestait comme le Messie-Roi, le roi des Juifs, mais déjà le Roi de toutes les Nations, représenté par ces mages, le Roi de tous les hommes. Et au Baptême, ce Roi, quel paradoxe, ce Roi se manifeste comme serviteur. Celui qui se met au rang des pécheurs, parce qu'Il vient prendre sur Lui le péché des hommes. Et aujourd'hui Il se manifeste comme l'Epoux, car Jésus ne veut pas seulement nous sauver, ce serait déjà pas mal, ce serait énorme, ce serait fou, ce serait déjà énorme ! Mais cela ne Lui suffit pas. Non seulement, Il veut nous sauver, et nous arracher de l'esclavage du péché, de la mort éternelle, mais Il veut vivre avec chacun de nous une alliance, une communion profonde de toute la vie : « Demeurez en moi, dit Jésus, comme moi en vous. » Qu'est-ce que cela, sinon un amour conjugal ?

 Et le miracle de Cana n'est justement pas seulement un miracle, mais un signe, comme le dit saint Jean, parce qu'il y voit le signe de ce que Jésus vient offrir à toute l'humanité. Il vient sauver l'amour, et nous ré-apprendre à aimer. Il vient sauver, en particulier, l'amour conjugal, qui tourne court trop souvent, parce qu'il s'épuise, laissé à ses seules forces humaines. Oui, ce n'est pas étonnant que l'amour s'épuise quand on ne compte que sur ses propres forces ! Il s'épuise, blessé par l'égoïsme et l'orgueil.

 Jésus vient soigner cet amour conjugal, Il vient le pénétrer de sa grâce, d'où l'importance du sacrement de mariage, bien sûr. Cela ne fait pas tout, il faut l'entretenir ce sacrement après, il faut l'entretenir par toute une vie chrétienne. Mais, c'est ce que Jésus vient apporter au couple : pénétrer cet amour humain de sa grâce, en faire ainsi un amour nouveau, comme le vin de Cana, meilleur ! « Aimez-vous, comme je vous ai aimés ».

 Comment ne pas penser aujourd'hui à tant de couples en difficulté, et à leurs enfants ? Comme Marie, avec elle, présentons à Jésus tous ces couples, pour qu'ils puissent découvrir le chemin de renouveau, et de joie que Jésus leur ouvre.

 Mais le Christ vient aussi sauver l'amour fraternel, et d'abord celui de ses membres, de son Eglise, si abîmée encore, par tant de divisions, non seulement entre églises chrétiennes, mais à l'intérieur même de notre église catholique. Au lieu d'opposer, comme on l'entend parfois, les évêques, entre eux, voire les Papes entre eux, quel malheur ! Puissions-nous, comme Saint Paul, reconnaître, que les dons multiples et variés des dons de l'Esprit, répandus sur les membres de l'église, sont bien le signe de sa présence en chacun, présence diversifiée pour le service, et le bien de tous.

 Heureux époux de Cana, qui ont eu la bonne idée d'inviter Marie, et Jésus à leur noce. Et nous qui sommes si souvent invités, amoureusement, au repas du Seigneur, savons-nous, nous aussi l'inviter en retour, dans toute notre vie personnelle ? Il y a parfois des propriétés privées dans notre cœur, « défense d'entrer », « Seigneur, ça ne te regarde pas » !

 Savons-nous l'inviter dans toute notre vie personnelle, vie de couple, vie familiale, amitié ? Comme le dit le Père Sonet ; « Le Christ est sur notre route quotidienne, si nous l'invitons ». Et nous savons qu'Il nous ouvrira alors, si nous l'invitons dans toute notre vie, Il nous ouvrira des chemins de joie. Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 27 janvier 2019
3ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction : Bienvenue aux Familles qui sont venues aujourd'hui pour la journée de prière, à une formation pour la prière.

 Et si aujourd'hui, nous sommes venus à la messe, c'est pour rencontrer Jésus, et sa puissance de résurrection et de transformation. C'est pour lui demander d'avoir confiance dans la prière, d'y être fidèle, matin et soir, pour obtenir son secours. Et l'une des prières, la plus efficace, recommandée par la Vierge Marie à Lourdes et à Fatima, c'est le chapelet, car c'est elle qui va prier son Fils pour nous.

 Eh bien, au début de cette messe, demandons pardon à Dieu pour nos distractions dans la prière, et reconnaissons-nous pécheurs.


Homélie : Luc, comme nous, n'a pas connu Jésus. C'est un chrétien de la deuxième génération. Peut-être était-il marié ? Mais ce qui est sûr, c'est qu'il avait un grand désir de bien connaître Jésus. Il connaissait déjà l'évangile de Marc dont il a fait des emprunts pour écrire son évangile, mais surtout il a pris soin de s'informer, d'interroger des témoins qui ont connu Jésus, et sans doute, la Vierge Marie elle même, dont il est le seul à rapporter certains faits de la naissance et de l'enfance de Jésus.

 Comme Luc, nous qui sommes chrétiens, alors, quel souci avons-nous de nous informer sur Jésus ? sur sa vie ? ses miracles ? ses leçons ? Lisons-nous le livre des Évangiles, capable de renouveler notre façon de penser ? ou encore la vie stimulante de saints qui ont vécu profondément cet Évangile ? Car tout ce que nous lisons a un impact sur notre façon de penser et de vivre.

 Comparons le temps que nous passons à lire la Parole de l'Évangile avec celui que nous passons à lire le journal, une revue, un roman, ou encore le portable, la télé, internet qui souvent nous intoxiquent, selon l'expression de Saint Padre Pio. On peut formuler cette sentence : « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ». Il n'y a qu'un seul livre au monde qui soit plein de vie, de droiture et de grâce, c'est l'Évangile car la Parole de Dieu est vivante et efficace. Elle peut juger des sentiments et des pensées du cœur.

 Aujourd'hui, des gens courageux, manifestent publiquement leur désaccord au sujet de certaine lois en opposition avec leur foi chrétienne et ils réclament une réforme dans la vie politique, mais cela ne suffit pas, il faut y ajouter la prière, et surtout la prière d'enfants innocents, qui pourraient réciter le chapelet. Rappelez-vous comment les quatre enfants de l'Île-Bouchard, en 1947, ont sauvé la France par la prière ! Ils ont sauvé la France de la domination du communisme. Tant que le cœur de l'homme ne sera pas à l'écoute du Seigneur, il y aura toujours les mêmes désarrois. Aujourd'hui, l'Occident a abandonné Dieu, il vit sans Dieu ou même contre Dieu et le paie très cher. Voilà la source de tous nos problèmes. Le psaume 127 est net : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent les maçons ».

 Dans l'évangile de ce jour, Jésus nous annonce que c'est Lui, et Lui seul qui peut tout restaurer de l'homme. Voici ce que dit le texte : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur ». Cette lecture du passage d'Isaïe a impressionné l'assemblée qui gardait les yeux fixés sur Jésus. Alors Jésus leur a dit : « Aujourd'hui s'accomplit ce passage que vous venez d'entendre ». Ces paroles sont vraies aussi pour nous aujourd'hui, car pour Dieu c'est toujours : « L'aujourd'hui ».

 Jésus c'est celui qui est rempli de l'Esprit-Saint, c'est pourquoi on l'appelle : « Jésus-Christ », c'est-à-dire : « Oint de l'Esprit-Saint ». Jésus vient apporter la Bonne Nouvelle d'abord aux pauvres, car ce sont les favorisés de Dieu. Ce ne sont pas seulement ceux qui ont une condition défavorisée économiquement, socialement, mais ceux qui sans appui humain, face aux puissants de ce monde, se tournent vers Dieu. Jésus précisera dans les Béatitudes : « Bienheureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ».

 Ensuite, il vient annoncer aux captifs, leur libération. Qui sont donc ces captifs ? Ce sont les captifs spirituels, ceux qui sont prisonniers de leur passion, ils sont prisonniers du démon, même si souvent ils l'ignorent. Jésus vient les libérer.

 Jésus vient libérer aussi les aveugles. Quels sont ces aveugles ? Ce sont ceux qui ont abandonné Dieu, qui le rejettent, et même parfois nient son existence. Ce sont des aveugles qui se sont mis souvent inconsciemment, et parfois consciemment, sous la domination de Satan. Et Jésus vient pour leur permettre de voir clair dans leur conscience, être libérés si on l'appelle à son secours. Tout homme sur terre se trouve soit sous l'influence libératrice du Christ, soit sous l'influence esclavagiste de Satan. Il n'y a pas de moyen terme.

 Enfin, Jésus vient libérer les opprimés, ceux qui se sentent écrasés dans ce monde, qui ne trouvent pas de sens à leur vie. Jésus vient conduire au bonheur éternel ceux qui ont confiance en Lui. Dès que Jésus a commencé son ministère, Il a guéri les malades, rendu la vue aux aveugles, chassé les démons. Mais en même temps qu'Il guérissait le corps, Il précisait que cela venait de la guérison de l'âme : « Va, ta foi t'a sauvé ». Voilà la Bonne Nouvelle. Et devant ces nombreux miracles les foules accouraient vers Lui.

 Jésus n'a pas changé; Il est le même aujourd'hui qu'hier, avec la même puissance divine. De plus, Il a donné ses pouvoirs à son Église : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci s'en trouveront bien. »

 Son pouvoir de libération se manifeste surtout dans le sacrement du Pardon, si oublié aujourd'hui; et son pouvoir de transformation se trouve surtout dans le sacrement de l'Eucharistie, à condition de participer à la messe avec foi et amour. Si on vient à la messe comme un pauvre qui a une grande confiance en Jésus, de merveilleuses transformations pourront alors s'opérer en nous, et notre vie prendra un sens nouveau et profond. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle », nous dit Jésus. Alors nous aurons la joie de vivre avec Jésus. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE PHILIPPE-MARIE
Le 3  février 2019
4ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction : Bienvenue au Père Alphonse Badiane, à André Chauvin (diacre permanent qui a lu l'évangile), et à toute l'équipe de préparation du pèlerinage de jeunes à Lourdes, qui aura lieu au moment de Pâques, je crois. Bienvenue aussi aux Messagers, aux Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur, venus passer un week-end, à l'occasion de notre Fête patronale.

 « Peuple du Dieu vivant, ne crains pas pour l'avenir, poussé par l'Esprit tourne tes pas vers l'avenir ». Nous sommes invités à ne pas craindre. Nous sommes invités à avancer dans l'espérance parce que l'Esprit-Saint nous est donné. Et comme nous le rappelait Saint Jean-Paul II : « Chaque Eucharistie dominicale nous fait revivre la grâce de Pâques et la grâce de la Pentecôte ». En chaque Eucharistie dominicale, nous pouvons accueillir à nouveau la vie du Ressuscité et la vie de l'Esprit-Saint, pour (annoncer,) d'abord vivre de cette vie nouvelle, et l'annoncer à ceux qui ne la connaissent pas.

 Eh bien, entrons, voilà, dans cette joie de l'espérance, dans cette Eucharistie. Et pour vivre à fond cette joie, eh bien, entrons-y avec un cœur réconcilié, et donc demandons au Seigneur le pardon pour tous nos péchés.


Homélie : Dimanche dernier, nous avons vu Jésus enseigner dans la synagogue de Nazareth, où Il était revenu "avec la puissance de l'Esprit", après son baptême par Jean le Baptiste.

 Aujourd'hui, la suite du récit nous montre les réactions de l'assemblée à ses paroles.

 Lorsqu'on compare ce récit avec ceux de Marc et de Matthieu, on voit apparaître des différences sensibles. Et il semblerait que Saint Luc bloque en un seul épisode deux ou trois visites de Jésus dans son village. Avec des éléments pris dans des circonstances diverses, il a composé la scène que nous venons d'entendre pour nous donner l'orientation de tout son évangile.

 Par là même, avant que ne commence la mission de Jésus, Saint Luc nous donne des clés de lecture pour ce qui va suivre :

- Première clé de lecture : À travers le passage du livre d'Isaïe que Jésus vient de lire : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres… apporter aux opprimés la libération… » A travers ce passage d'Isaïe, Saint Luc nous dit que la mission de Jésus sera une mission de grâce et de miséricorde.

- Deuxième clé de lecture : À travers le revirement difficilement explicable des auditeurs, il nous annonce la destinée du Messie : Il sera poussé hors de la ville, et exécuté.

- Troisième clé de lecture : À travers les réponses de Jésus, Luc attire notre attention sur un salut destiné non pas à un peuple élu, mais un salut destiné à tous les hommes. Luc est un non-Juif, c'est un disciple de Saint Paul, l'apôtre des Nations. Et d'entrée de jeu, l'universalité du Salut est proclamée.

 Le piège dans lequel nous risquons de tomber c'est de confondre, foi et croyance; c'est de réduire la foi à une croyance.

 La foi, dans la Bible, c'est la foi « en », la foi en un plus grand que nous, la foi en Celui qui nous transcende. Ce qui veut dire que la foi nous déplace, nous fait avancer; elle nous oblige à aller toujours plus loin. Abraham, que Saint Paul montre comme un modèle de foi a été un grand marcheur!... Il a vécu de nombreux déplacements non seulement géographiques mais intérieurs.

 La croyance, c'est une sclérose de la foi. C'est une foi qui se referme sur ses certitudes et qui se durcit. La croyance est un moyen de se sécuriser, un moyen d'éviter l'inconfort de la foi qui nous oblige à toujours nous déplacer, à toujours nous adapter, à toujours nous ajuster.

 Et lorsque la croyance est démasquée, la réaction immédiate c'est le déni, c'est la colère et le rejet.

 Et c'est précisément ce qui s'est passé avec Jésus. Saint Luc nous montre le double motif du rejet de Jésus : le rejet de son humanité, et le rejet de l'universalité du Salut.

 Au début, la prédication de Jésus fut tout à fait bien accueillie : « Tous, lui rendaient témoignage », nous dit Saint Luc. On est content de son message, qui était un message de grâce.

 Mais ensuite on est scandalisé de son humanité si ordinaire. « N'est-ce pas là le fils de Joseph? » Ce n'est "que" le fils de Joseph, après tout.

 L'Église suscite le même scandale. On serait prêt à accueillir son message, mais on n'admet pas la faiblesse humaine de l'Eglise…

 Le deuxième motif du rejet de Jésus, c'est l'universalité du Salut qu'Il propose. C'est là que le Seigneur s'oppose à la sclérose de la foi de son peuple. Et Il le fait en prenant deux exemples de l'Ancien Testament, deux signes réalisés par les deux prophètes qui ont fait le plus de miracles : Elie et Elisée. Et ces deux miracles que relève Jésus ont été réalisés non pas en faveur de personnes juives, mais en faveur de païens, une femme et, pire, un lépreux. Quel scandale !

 Certes Israël est le peuple élu. Mais Israël a été élu précisément pour être le signe de ce Salut que Dieu voulait donner à tous les peuples. L'élection, ce n'est pas une tour d'ivoire dans laquelle on s'enferme. L'élection, c'est au contraire, l'exigence de vivre en vérité la mission reçue, une mission de Salut pour tous.

 De même si notre foi nous replie sur nous-mêmes et si notre foi nous fait regarder avec défiance ceux du dehors, il y a des chances qu'elle se soit sclérosée.

 C'est à la même difficulté que Saint Paul s'est confronté avec les chrétiens de Corinthe. Eux qui étaient issus du petit peuple, les dockers du port de Corinthe, ils ont été gratifiés par Dieu de dons extraordinaires de l'Esprit-Saint. Mais ils s'en sont glorifiés, ils s'en sont fait les propriétaires, persuadés qu'ils étaient plus sages que tous les autres, et que leurs charismes les mettaient au-dessus des autres.

 Et Saint Paul leur montre que ces charismes leur sont donnés par Dieu en raison même de leur faiblesse, et que ces charismes ne sont rien sans la charité. Les Corinthiens ne sont, en fait, que de petits enfants, ils ont besoin de grandir dans l'amour de charité, cette charité qui seule demeurera, et qui est ce qu'il y a de plus grand, nous dit Saint Paul.

 Ainsi sommes-nous invités à la foi, non pas une foi statique, mais une foi qui se met en route, une foi qui nous met en route vers le Christ et vers le Père, une foi qui nous met en route vers nos frères, et vers tout homme; et une foi qui se met en œuvre par la charité.

 Qu'en cette Eucharistie où nous communions au Seigneur immolé hors de la ville, nous puissions reprendre des forces pour marcher dans la foi, dans l'espérance et dans la charité, avec un cœur ouvert à tous. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE JEAN-FRANÇOIS
Le 10 février 2019
5ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction : Nous venons de chanter : « Si le Père nous appelle ». Et comment le Père peut-il nous appeler ? Je crois qu'il nous appelle à la foi, bien sûr, par son Esprit-Saint qui agit, mais le Seigneur, le Père, agit surtout par la Parole de Jésus, par la Parole de Dieu, ce qui demande pour nous une écoute profonde, un accueil, et pour qu'il y ait cette Parole qui puisse retentir, il faut aussi qu'il y en ait pour la prononcer, les envoyés de Dieu, les Prêtres notamment, les Missionnaires.

 Eh bien, il nous faut d'abord commencer par nous mettre sous le regard de Dieu, et demander humblement, avec confiance, des Prêtres, des Religieux, des Missionnaires pour que la Parole de Dieu puisse continuer à retentir en ce monde, et de cela nous avons une responsabilité, celle justement de prier le Maître de la moisson, car nous-mêmes nous avons accueilli cette Parole grâce à des Missionnaires, des Prêtres.

 Reconnaissons-nous pécheurs, et demandons pardon. Pardon, pour ces manques d'écoute de la Parole de Dieu, ces manques de ferveur à demander au Seigneur des ouvriers pour sa moisson.


Homélie : Chers Frères et Sœurs, s'il fallait prendre une comparaison ou une image pour définir un petit peu ce que nous avons entendu, l'image qui me vient à l'esprit, ou l'exemple, c'est celle d'un orfèvre auquel on présente une pierre précieuse pour qu'il l'examine et évalue sa valeur. Que va faire l'orfèvre ? Il va prendre cette pierre précieuse, et il va l'exposer à la puissance de la lumière afin d'évaluer, de voir la qualité de cette pierre, mais aussi ses limites, ses défauts, ses rayures, pour en préciser la valeur. C'est tout ce qu'il peut faire. S'il veut rendre de l'éclat à cette pierre précieuse, lui faire perdre un tout petit peu de sa valeur en la polissant, etc ….C'est tout ce qu'il peut faire.

 Nous, lorsque nous nous exposons à la lumière de Dieu, effectivement plus on se met sous la lumière de Dieu, plus nous voyons ce que ça peut faire avec l'exemple que nous avons entendu celui d'Isaïe, de Pierre et de Paul, on se reconnaît pauvre pécheur.

 Qu'est-ce qui se passe devant cet orfèvre de Dieu? Eh bien, Dieu, si nous acceptons cet état, cette condition, Il va nous transformer pour y mettre son éclat, Lui, sa Parole, pour nous donner la valeur que Dieu Lui-même il a, en la déposant en nous. C'est une transformation radicale. C'est précisément ce que nous avons entendu. C'est l'expérience d'une rencontre exceptionnelle.

 Les trois Lectures de la Messe d'aujourd'hui nous parlent de l'expérience de Dieu dans la vie d'Isaïe, de Pierre et de Paul. Pour chacun d'eux une vraie rencontre avec le Seigneur, une vraie rencontre ! Pas une rencontre comme ça, mais dans la vérité, à trois moments précis de l'histoire et de leur vie. Vocation pour Isaïe, mission pour Pierre, conversion pour Paul.

 Pour Isaïe, l'expérience de la gloire de Dieu, bien avant la naissance de Jésus, une gloire qui remplit le Temple. Pierre fait l'expérience de la puissance de Dieu pendant la vie publique de Jésus au contact de Jésus, et Paul fait l'expérience de la miséricorde du Seigneur après sa résurrection.

 Isaïe, Pierre, Paul, ces trois personnes qu'avaient-ils de commun au fond ? Rien, semble-t-il ! Et pourtant à leur témoignage nous pouvons dire : un grand désir, c'est-à-dire un grand amour, comme une grande aspiration. Car enfin, quelle que soit l'époque de l'histoire, le cœur humain est le même, il aspire à aimer, et à être aimé. Il aspire à une perfection, un absolu qui transcende le temps. Il aspire à un amour sans fin. Il est aspiré en Dieu peut-être sans le savoir, sans le pouvoir et sans le voir.

 Pour Isaïe, Pierre et Paul, le jour de la rencontre avec le Seigneur ne fut pas un jour comme les autres, ce jour ne ressemble à aucun autre. Dans notre vie, il y a un moment particulier où nous pouvons avoir une expérience particulière du Seigneur. Et ce fut un événement qui bouleversa leur vie. Ils ont fait l'expérience de l'immense abîme entre la gloire, la lumière, l'amour incandescent qu'ils contemplaient, et leur finitude, leur limite, leur étroitesse, leur misère et leur péché.

 Alors dans une prostration, une humiliation, un anéantissement, ils se sont écriés : «  Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! », « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». Et encore : « Je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé Apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». Autrement dit, par la puissance de la Parole de Dieu.

 Dans ces trois rencontres, le Seigneur leur ouvrait les yeux, leur pardonnait, les purifiait, leur donnait la force pour la tâche à laquelle il les invitait. Le Seigneur leur déclarait : « N'aie pas peur, à partir d'aujourd'hui, tu seras un pêcheur d'hommes », tu seras un Missionnaire, tu seras un Prophète, tu seras un Apôtre. Ils reçurent la conversion, la vocation, en vue d'une mission de Salut. Pour Dieu, le péché, la fragilité d'Isaïe, de Pierre et de Paul ne furent pas un obstacle à l'appel qui leur adressait. Tous trois reçurent la paix du pardon, et devinrent missionnaires parmi les hommes, porte-parole de Dieu, de son Royaume, qui est un Royaume de liberté, de justice, de vérité, de paix, et surtout d'amour.

 Grâce à leur rencontre avec Dieu, Isaïe s'offrit pour devenir son Prophète, saint Paul accepta d'être témoin de l'Évangile pour tous les païens, et saint Pierre adhéra à la proposition du Christ de devenir pêcheurs d'hommes.

 D'Isaïe qui accueillit le cri divin : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ?  », le Seigneur changea son cœur afin qu'il puisse répondre : « Me voici, envoie moi ». Ce grand Prophète put répondre ainsi, parce que le Séraphin avait purifié ses lèvres avec le charbon incandescent. Mais ce geste angélique était la réponse au fait qu'Isaïe avait rencontré Dieu et avait reconnu dans la lumière sa condition de pécheur.

 À Paul, le Christ donna sa grâce et dit : « Car voici pourquoi je te suis apparu, pour t'établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore à toi » (Ac 26,16b). Aussi pour l'Apôtre des gentils, la rencontre avec le Seigneur fut la condition qui transforma le sens de sa vie et lui permit de la vivre comme une mission. De persécuteur acharné, Paul devint le messager infatigable du Christ.

 À Pierre, Jésus donna la force et la solidité d'une pierre, d'un rocher, afin que le premier des Apôtres le suive sans flancher. Ayant été l'un des protagonistes de la pêche miraculeuse, Pierre dit au Christ : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! Je ne suis pas digne d'avoir un Saint dans ma barque ». (cf. Lc 5 ,8). Mais le Seigneur lui répondit : « Sois sans crainte, viens avec moi, crois à ma Parole, et je te ferai pêcheur d'hommes». (cf. Lc 5, 10). Et cet humble pêcheur de Galilée devint celui qui travailla à pêcher des hommes, en les tirant de la boue du péché pour les mettre dans l'eau de la grâce de l'amour de Jésus.

 Et nous pourrions continuer ainsi, chacun, personnellement, devant le Seigneur, lui demander : « Seigneur, qu'attends-tu de moi ?  » D'abord en se reconnaissant pécheur, c'est ce que nous faisons au début de chaque Eucharistie afin de pouvoir communier à l'amour de Dieu dans l'Eucharistie.

 Oui, la vie est à accueillir comme une vocation.

 L'étonnement provoqué par le miracle, les paroles et surtout par la rencontre avec le Christ n'a pas seulement saisi Pierre, mais aussi tous ceux qui pêchaient avec lui, en particulier André, son frère, Jacques et Jean, ses associés.

 Jésus n'était plus tout seul dans son «  travail » de pêcheur d'hommes. Quatre hommes, des frères selon la nature qui devinrent frères dans leur foi commune, partagée. Ils quittèrent tout, travail et famille, pour une nouvelle vocation, dont la première condition est d'être des compagnons et des amis du Christ sur son chemin, un nouvel exode. Quatre pauvres pêcheurs furent appelés par Jésus à participer à (partager) sa mission de Sauveur de la grande famille humaine; quatre simples ouvriers de la vigne du Seigneur.

 Mais pourquoi ces pêcheurs quittèrent-ils tout, sur le champ, pour suivre cet Homme qui ne promettait ni argent, ni honneur, et qui parlait «  simplement » d'amour, d'exigences, de perfection et de joie : « Heureux les pauvres car le Royaume des cieux est à eux »?

 Ils quittèrent tout sur le champ, parce que le Christ était devenu le centre de leurs affections et de leur vie, et que Lui seul avait les Paroles de la vie éternelle. Il est la Vie de la Vie.

 La rencontre avec le Christ avait bouleversé leur néant, leur petitesse. La découverte du Christ, comme le centre de tout, chassa la peur du cœur des Apôtres. Ils expérimentèrent que celui qui suit Jésus ne marche pas dans les ténèbres et ils se mirent au service du Royaume de Dieu. Ils suivirent le Christ et vécurent en communauté, en frères, avec Celui qui se décrivait Lui-même dans ses paraboles comme le Bon Pasteur, où la charité se manifeste dans toute sa capacité d'initiative, de créativité et de force. ( cf  Lc 15, 4-6).

 En bref, les Apôtres acceptèrent la vie avec le Christ comme une vocation et la mission du Christ devint leur vocation.

 Nous aussi, en apprenant de Pierre, pour qui l'écoute de la Parole de Dieu, de Jésus, la confiance en Lui devint la règle nouvelle, déconcertante de la vie de nouveau pêcheur, nous agissons dans la foi en obéissant à l'invitation du Christ, invitation qui devient vocation à le suivre pour que lui soit apporté, à Lui, lumière de vérité et d'amour, tous les hommes, en les extrayant de la mer mortifère de ce monde, et les mener dans la mer de la miséricorde de Dieu, qui est Vie et source de Vie. C'est notre mission à chacun.

 Nous pouvons ainsi faire nôtre, la prière ou l'action de grâce du psalmiste : « De tout mon cœur, Seigneur je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche. Je te chante en présence des anges, vers ton Temple sacré, je me prosterne. Je rends grâce à ton Nom pour ton amour et ta vérité, car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole. Le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force. Le Seigneur fait tout pour moi! Seigneur, éternel est ton amour : n'arrête pas l'œuvre de tes mains ».

 Demandons à Marie, Mère de Dieu, si humble, qui a fait l'expérience la plus inouïe qui soit dans l'Incarnation avec l'Esprit Saint et avec Jésus, demandons-lui la grâce de la fidélité à l'amour sauveur du Seigneur. Amen.


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HOMÉLIE DE FRÈRE MARIE-JEAN
Le 17 février 2019
6ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction de Frère Jean-François : « L'amour de Dieu le Père », nous l'entendons souvent dire, nous le comprenons, du moins je l'espère. Mais seulement savons-nous lui dire que nous l'aimons ? Nous entendons bien que Dieu nous aime, mais au fond de notre cœur est-ce que nous disons au Seigneur : « Je t'aime » ? Lorsqu'il s'agit d'un proche, il est très facile de lui dire : j'ai confiance en toi, je t'aime, etc. et beaucoup de paroles de ce genre. Mais quand il s'agit de Dieu, que nous ne voyons pas, savons-nous lui dire : «  Seigneur ou Père », «  Père bien-aimé, je t'aime », «  Jésus, je t'aime », «  Esprit-Saint, je t'aime ».

 Et pourquoi nous lui disons cela ? Tout simplement, et Saint Paul va nous le répéter, parce qu'Il a donné sa vie pour nous. « Mon corps livré pour vous, mon sang versé pour vous ». Et nous célébrons ainsi la mort et la résurrection du Seigneur et c'est bien cela qui nous réunit. Savoir que nous sommes sauvés par le don de l'amour de Dieu, et pour cela, il faut se reconnaître pécheurs. C'est-à-dire savoir et comprendre que nous sommes des êtres qui ont besoin d'être sauvés.

 Eh bien, reconnaissons devant Dieu cette soif d'amour que nous lui disons et aussi notre besoin de Salut. Confessons nos péchés.


Homélie de Frère Marie-Jean : Vous connaissez sans doute ? Tous les Mayennais connaissent ce beau village de Saulges qui est à 20 km d'ici environ. Quand vous allez vers l'ermitage de Saint Cénéré, au bord de la rivière de l' Erve, vous verrez de magnifiques peupliers, comme cela est fréquent d'ailleurs auprès des cours d'eau puisque les peupliers aiment l'eau, aiment les lieux humides. Et si, au contraire, vous remontez dans le bourg et vous prenez le petit chemin qui est à gauche de l'église mérovingienne, une belle petite église mérovingienne, si vous prenez ce sentier pédestre qui nous invite à l'aventure, eh bien, au bout de quelque temps, vous êtes au sommet de ces falaises qui dominent la rivière de l'Erve, en allant vers Thorigné, et ce petit sentier serpente au milieu de buissons épineux.

 Les peupliers et les buissons épineux, voilà des images qui parlent à la Bible que nous offrent la 1ère Lecture et le psaume de la liturgie d'aujourd'hui, pour nous dire à quoi ressemble l'homme dont la vie est irriguée par le Seigneur, ou au contraire l'homme qui s'en éloigne et qui se dessèche.

 Le psaume 1er qui commence par le même mot que les béatitudes : « Heureux », le psaume 1er qui donne justement la tonalité, le sens, je vais y revenir, de tous ces psaumes, nous offre encore une autre image, celle du chemin, ou plus exactement le thème des deux voies qui est bien fréquent aussi dans la Bible.

Pour celle-ci, notre route humaine se présente fondamentalement comme un choix à refaire sans cesse d'ailleurs, un choix à refaire. Il y a des grands choix dans la vie et puis il y a des choix quotidiens mais qui ont leur importance parce que finalement, effectivement, notre amour de Dieu se joue là dans le quotidien. Il est facile de dire des grands "oui", c'est pas trop difficile, quoique, aujourd'hui plus qu'hier ! Mais dire des petits oui, redire son oui, redire des oui quotidiens à ces grands oui, cela n’est pas facile. Oui, la route humaine se présente comme un choix à refaire sans cesse entre deux directions, la bonne et la mauvaise, l'une est promesse de bonheur, l'autre conduit au malheur.

 Voilà pourquoi le but essentiel de la Parole de Dieu est de révéler aux hommes le chemin du bonheur que Dieu veut pour eux et de les y entraîner. C'est là tout l'objectif de la Torah, de la Loi, des commandements de Dieu : guider notre liberté dans le bon chemin. Car il y a des impasses, mais ce n'est pas le plus grave ; quand on manque une sortie d'autoroute aussi c'est un peu compliqué parfois, mais on peut faire demi-tour. Il y a non seulement des impasses mais aussi des chemins dangereux, des précipices. D'où ce grand amour de la Loi de Dieu que nous rencontrons souvent dans les psaumes notamment ; je cite un commentaire :  « Car le peuple de l'Alliance sait que la Loi est un don de Dieu, un cadeau de Celui qui ne veut que notre bonheur, et Il nous en indique le chemin ». Et nous avons entendu, chanté : « Heureux l'homme qui se plaît dans la Loi du Seigneur et murmure sa Loi jour et nuit ».

 Dans cette perspective des chemins, les mots « heureux et malheureux », « béni ou maudit » sont comme des feux de signalisation, pour reprendre aussi une image lue dans ma recherche « homélitique », Ils préviennent du danger, ou à l'inverse sonnent comme des encouragements : Vous êtes sur la bonne voie, heureux, continuez, c'est bon, c'est le bon chemin.

 Ce choix toujours à reprendre entre la route du bonheur et celle du malheur ne se présente pas comme tel dans le quotidien; c'est là le difficile, et c'est là qu'il nous est demandé du discernement, de l'attention, parce que la route du malheur elle se présente souvent à nous comme une route agréable et envieuse, enfin, attirante, et c'est là la difficulté. En effet, dit Jésus : « large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, il en est beaucoup qui s'y engage, mais, étroite est la porte et resserré le chemin qui mènent à la vie, il en est peu qui le trouve », dit Jésus. (Mt 7,13-14)

 Autrement dit notre choix quotidien est celui d'une préférence. Nous sommes sollicités et du dedans et de l'extérieur par tant de choses et il faut trier, il faut discerner, il faut peser. Ce choix, oui, est un choix de préférence entre des petits bonheurs, je dirais, faciles, immédiats, souvent, achetables, éphémères, et le choix du grand bonheur : « Heureux, heureux, heureux », que nous promet le Seigneur et dont il nous offre déjà les arrhes, heureusement, on peut en goûter quelque chose de ce vrai et profond bonheur, que Lui le Seigneur, et seul Lui, peut nous donner, et Il nous en donnent les arrhes pour nous encourager. Mais évidemment, reconnaissons-le, ce chemin du grand bonheur, il passe par des exigences qui nous font peur, et voilà, c'est là que se jouent nos choix, la peur ou la confiance, en Celui qui nous appelle, en Celui qui nous parle, en Celui qui nous dit : « Aie confiance, suis ce chemin, c'est le bon ».

 Et pour reprendre les mots de Marie Noëlle Thabut : « Eh bien, le malheur d'être riche, au sens biblique, c'est de se tromper sur la vie, à coup de petits bonheurs ». Manquer sa route, manquer la vraie route, la bonne route, parce qu'on est attiré, enfermé, prisonnier de ces petits bonheurs, ce que Jésus appelle : la « Consolation » : que vous êtes malheureux, vous avez votre consolation, cela vous suffit, vous êtes satisfait, vous ne cherchez rien d'autre, puisque vous êtes satisfait maintenant. Que vous êtes malheureux, vous avez votre consolation, vous avez le confort, la sécurité et l'estime, ça vous suffit, oui, mais ça mène au malheur. Vous n'avez pas le royaume, vous n'avez pas l'essentiel, la vraie vie est là, entrez dans le royaume qui est le pays de l'amour, la vraie vie pour laquelle nous sommes faits, c'est l'amour de Dieu, et d'aimer nos frères, l'amour des frères. « O Dieu, que j'ai pour consolation ton amour » ; voilà ce qui rassasie le psalmiste, et qui seul, peut rassasier nos cœurs, à nous aussi.

 En nous montrant le chemin du vrai et durable bonheur, le chemin de la béatitude, chemin si paradoxal bien sûr mais que Jésus a parcouru avant nous, le Premier, et justement, Il nous prouve par sa victoire que ce chemin ne nous trompe pas en nous l'indiquant, Il l'a suivi et il aboutit à la victoire, la victoire de sauver l'humanité. Un seul homme, parce qu'Il a fait le don de toute sa vie, Homme-Dieu, bien sûr, mais parce qu’Il a fait le don de toute sa vie, et Il sauve toute l'humanité, il a la puissance de sauver toute l'humanité.

 Oui, ce chemin que Jésus a suivi le premier en nous le montrant, Jésus ouvre nos yeux sur un autre monde que celui qui nous capte si souvent, un monde où les valeurs sont renversées parce que Dieu nous donne la seule et vraie richesse ; Il se donne Lui-même, en nous donnant son Fils, Jésus-Christ qui comble les pauvres, « Il comble de bien les affamés » dit Marie. Il comble ceux qui ont faim, oui, faim de bonheur justement, faim d'amour, de vrai. Il console les affligés, il relève les méprisés, et ces foules qui entouraient Jésus qui se pressaient au point de l'écraser, ne se sont pas trompées. C'était la foule des petits pour la plupart, de ces gens blessés, de ces affligés, de ces pauvres, de ces malades, de ces pécheurs, ils ne se sont pas trompés, ils venaient à Lui, ils couraient après Lui, parce que ses Paroles étaient des Paroles nourrissantes et des Paroles qui soignent, des Paroles qui ouvrent une espérance, un chemin.

 Petits bonheurs ou grands bonheurs ? Nous savons bien par expérience que nos cœurs sont souvent partagés, hésitants, dansant d'un pied sur l'autre pour reprendre l'image de la Bible. Fluctuants nos cœurs, voilà pourquoi le Seigneur redit, et écoutons-le nous redire, chacun personnellement, au fond de nos cœurs aujourd'hui écoutons-le nous redire : Oui, écoute ton cœur profond, écoute tes désirs profonds, tes désirs les plus profonds, et choisis la vie. Courage, c'est ce que pourrait traduire aussi ce terme « Heureux », ce terme hébreux de « heureux ». « Courage, tiens bon, marche avec moi, je suis le Chemin, je suis la Vérité, je suis  la Vie éternelle ». Amen.


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HOMÉLIE DU PÈRE PAUL PAGEAUD, sma
Le 24 février 2019
7ème Dimanche du Temps Ordinaire C


Introduction : Le Prieuré est heureux, nous sommes heureux d'accueillir des personnes en session avec Monsieur Bernard Dubois, et les louveteaux de Laval avec le Père Jimmy.

 L'évangile d'aujourd'hui est merveilleux, prenons soin de bien l'entendre. Jésus nous invite à être miséricordieux comme le Père céleste est miséricordieux. Ecoutons notre cœur. Si, en nous, il y a encore des rancunes, des colères, un mécontentement contre quelqu'un, abandonnons cela entre les mains du Seigneur pour qu'il purifie notre cœur et nous permette de prier en vérité.

 Commençons par demander pardon à Dieu.


Homélie : L'évangile d'aujourd'hui est merveilleux : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent ». « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ». « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». C'est très beau mais au-dessus des forces humaines. Dans l'Ancien Testament, on disait : « œil pour œil, dent pour dent ». Il y avait déjà un progrès avec cette loi du Talion car le mouvement naturel de celui qui a été agressé c'est de rendre davantage. C'est ce que l'on voit dans les guerres avec les bombardements, et c'est aussi ce qui expliquent les luttes raciales, les révolutions qui font tant de morts, et nos disputes entre nous.

 Nous avons alors une grande chance, c'est de savoir « que la Parole de Dieu est vivante et efficace, qu'elle réalise ce qu'elle énonce », car Jésus et sa Parole ne font qu'un. Il est la Parole vivante, le Verbe incarné. Cependant elle est vivante en nous que si nous l'accueillons avec foi, amour et persévérance. Car Dieu ne veut pas que ce soit une parole magique, Il veut que ce soit une Parole d'amour. « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole, dit le Seigneur, mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure ». « Celui qui ne m'aime pas ne garde pas ma Parole ».

 L'épître aux Hébreux qui nous précise que « la Parole de Dieu est vivante et efficace, Elle est plus affilée qu'un glaive à deux tranchants, car Elle démêle les intentions des pensées et du cœur ». Jésus savait bien que l'homme naturel est faible s'il compte uniquement sur lui-même. C'est pourquoi, Il nous a donné aussi une prière qui peut nous transformer, c'est le Notre Père. Si on dit cette prière en union avec Jésus, surtout devant un crucifix, donc avec Jésus sur la croix, cela lui donne mille fois plus de valeur, vous entendez bien, mille fois plus de valeur, selon ce que Jésus a dit Lui-même à Sainte Melchtilde : « C'est comme si on faisait mille Notre Père». Je me souviens d'un psychiatre, rencontré il y a 50 ans, qui ne trouvait rien de plus efficace pour recevoir en lui la paix du cœur que de répéter le Notre Père. Il avait été calomnié et c'est en se rasant le matin qu'il récitait le Notre Père, insistant sur ces mots : « Pardonne nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Il pouvait vivre avec la paix de l'âme.

 A la messe, le dimanche, il est très important d'écouter la Parole de Dieu, car pour communier à l'Eucharistie il convient d'abord d'avoir communié à la Parole de Dieu. Et il est aussi très important de retenir par cœur une phrase de l'évangile qui nous a touché profondément, car c'est un signe que nous en avons besoin. Alors ensuite il convient de la répéter avec foi et amour pendant plusieurs jours, souvent même dans la journée pour qu'elle produise ses effets en nous. Une parole qui nous touche c'est Dieu qui nous parle. « C'est une Parole vivante et efficace », je vous ai dit, c'est tout différent d'une simple parole humaine, si belle soit elle. Plus nous gardons cette Parole Divine avec amour dans notre cœur, plus elle produira ses effets, mais peu à peu.

 Voici quelques Paroles vivantes très belles : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés », « Demeurez dans mon amour ». Il a dit un jour à Sainte Melchtilde : « C'est la plus belle Parole de mon évangile : "Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés" ». Jésus a dit à Sainte Faustine : « Si tu savais combien je t'aime, t'en mourrais de Joie ». Vous avez encore comme Parole d'évangile : « Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez », ou encore « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », « Pardonnez et vous serez pardonnés », « Bénissez ceux qui vous persécutent, priez pour ceux qui vous calomnient », « Votre récompense sera grande dans les cieux ».

 Jésus a voulu en quittant cette terre nous laisser par les évangélistes sa Parole car elle est un trésor pour nous. Et je me pose la question : l'utilisons-nous fréquemment ? Regardons si nous utilisons beaucoup la télé, internet, le téléphone, mais la Parole de Dieu ? Comparons le temps que nous passons à l'un ou à l'autre. Un pasteur protestant qui passait deux heures par jour à regarder sa télé, il était maussade, il trouvait que sa paroisse évoluait mal, sa femme lui a dit : « Laisse donc la télé, remplace-la par l'oraison, la prière »; c'est ce qu'il a fait, c'était un renouvellement de sa paroisse.

 Mais le démon qui sait parfaitement l'efficacité de la Parole de Dieu s'empresse de nous la faire oublier, car il sait trop bien combien cette Parole peut nous transformer. Il faut donc rester vigilant pour ne pas (nous) laisser dérober cette Parole de Dieu.

 Alors puisque c'est Jésus qui agit à travers nous par sa Parole, je vous invite à en faire l'expérience. Si vous avez un missel, regardez l'évangile d'aujourd'hui, ou bien une Bible, cherchez la Parole de Jésus qui vous touche, répétez-la souvent avec foi et amour pendant quelques jours, et voyez vous-mêmes les effets qu'elle produira en vous. Amen.


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