6e DIMANCHE du Temps Ordinaire (A) 15 février 2026
15 février 2026
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Frère Yves FRÉMONT
Toute la célébration est disponible sur Youtube
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Bienvenue aux scouts du diocèse du Mans. Bienvenue aussi, à l’équipe Notre Dame d’Alençon, avec le curé d’Alençon, le Père Édouard Léger, et puis, bienvenue aussi, à une équipe qui réfléchit sur la qualité de nos relations pour que nous puissions, toujours, vivre la bienveillance.
Entrons dans cette Eucharistie avec cette phrase que je retiens, aujourd’hui, de la Parole de Dieu :
- « Que votre ‘oui’ soit ‘oui’, que votre ‘non’ soit ‘non’, le reste vient du mauvais. »
HOMÉLIE
La sentence lapidaire de notre Évangile de ce dimanche nous dit :
- « Que notre ‘oui’ soit un vrai ‘oui’, que notre ‘non’ soit un ‘non’, tout le reste vient du mauvais. »
Dans le contexte de crise que nous traversons tous en ce moment, nous apprenons à vivre la prudence vis-à-vis de nos politiciens, lorsqu’ils nous disent ‘oui’, c’est uniquement dans l’instant, sans conditions, sans garanties véritables, et on n’est même pas sûrs qu’ils ne pensent pas ‘non’. Ils invoquent la complexité du monde comme excuse. Les technocrates nous expliquent que, l’économie et l’état ne sont pas si simples, qu’il faut tenir compte d’un tas de facteurs, et que finalement, il faut leur faire confiance car, eux, seuls ont toutes les cartes en main. Ils s’abritent derrière un argument massue, il n’y a pas d’autre choix possible, c’est la seule solution.
Pourquoi toutes ces nuances, de ‘oui’ qui peuvent se transformer en « peut-être » et en ‘non’. Cela peut être une stratégie pour faire plaisir, être aimé, c’est un parapluie pour ne pas être responsable en cas d’échec : « Je n’étais pas tout à fait pour ». En réalité, la complexité du monde demande du courage et non, un brouillard d’indécision.
Notre première lecture fait de la sagesse l’objet d’un choix : « Il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu, étends la main vers ce que tu préfères ». La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Le sage réintroduit de la liberté humaine là où les experts imposent immanquablement des lois : « On ne peut pas faire autrement ; il n’y a pas d’autre solution que l’euthanasie ; il n’y a pas d’autre solution ; c’est inéluctable ».
Notre liberté s’exprime dans le refus de tout automatisme qui dicterait nos conduites personnelles et collectives. Le Livre de Ben Sira le Sage invite à choisir, à nous positionner. Prenons deux exemples de non-choix dramatiques dans l’Évangile :
- On voit Hérode ne pas choisir entre la sympathie pour Jean-Baptiste et son amour pour sa compagne Hérodiade, la femme prise à son frère, ce qui le conduira au meurtre.
- Ou bien Pilate, ne pas choisir entre Barabbas et Jésus. A force de s’en laver les mains, il est passé dans l’histoire comme la figure de l’indécis qui conduit à l’injustice meurtrière.
Ne pas décider, c’est abdiquer quelque chose de sa liberté et ressembler à un poisson mort emporté par le courant. Mais décider, reconnaissons-le, c’est faire des mécontents, c’est prendre le risque de se tromper, c’est s’obliger à agir. Quand le choix est difficile et que nous avons envie de fuir, pensons à l’impératif du Christ : « Que ton oui soit oui, que ton non soit non », c’est-à-dire, qu’il nous faut assumer, ce qui accompagne notre choix.
Liberté étonnante du Christ dans l’Évangile pour dire, oui ou non à la Loi, au pouvoir romain, oui aussi à l’amour au-delà de toutes frontières, pour le lépreux, pour la femme adultère, pour les prostituées, pour les collaborateurs, pour les hérétiques, pour les étrangers, les païens, etc. Jésus, sait aussi dire, des ‘non’ au mal sous toutes ses formes, à commencer par les tentations au désert. Cette liberté du Christ lui vaudra les pires ennuis, si l’on peut dire, être rangé, au rang des séditieux pour les romains, des maudits de Dieu pour les Juifs, des révolutionnaires ratés pour les autres, jusqu’à la croix.
Jacques, reprend mot à mot, l’impératif du Christ, pour encourager les communautés chrétiennes tentées par les compromissions :
- « Et avant tout mes frères ne faites pas de serment, ne jurez ni par le Ciel, ni par la terre, ni d’aucune manière, que votre oui soit un oui, que votre non soit un non, ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement. »
Alors, ne soyons pas surpris si notre oui nous attire des ennuis à nous aussi. Ne soyons pas affolés si notre non nous expose à des conséquences : « Que ton oui soit ‘oui’, que ton ‘non’ soit non. »
La prochaine fois, qu’un dilemme travaillera notre esprit, faisons tourner et retourner en nous cet impératif, si notre décision est prise en Jésus Christ, nous goûterons alors, la joie et la paix qui suivent les décisions authentiques, les décisions vraies, celles qui nous font grandir en humanité. Contre cette sagesse il n’y a pas de loi qui tienne.
Que cette Eucharistie que nous célébrons soit pour nous, l’occasion, d’affermir en nous ce ‘oui’ du Christ.
AMEN.