DÉDICACE de la BASILIQUE DU LATRAN 9 novembre 2025

9 novembre 2025

  • Frère Yves  FRÉMONT Frère Yves FRÉMONT

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HOMELIE : Le principe de gratuité

La foi n’est pas un commerce.

Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, il s’oppose à l’omniprésence du marché en toutes choses. « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce » : cet avertissement, prononcé avec violence, fouet et cordes, est à la mesure du défi. Jésus remet ici l’économie à sa juste place. L’échange marchand est utile entre les hommes, mais complètement inadapté à la relation à Dieu. On ne peut pas marchander avec Dieu. Ce serait contredire ce qu’il est en lui-même : un amour gratuit, une gratuité amoureuse, un échange incessant, sans contrepartie entre les trois personnes de la Sainte Trinité. Il donne et se donne sans compter ; il gracie, dans notre univers à nous, sans tenir compte de nos mérites (il suffit de voir le bon larron) ; il fait pleuvoir sur les justes comme sur les injustes ; il sauve sans condition….

Vouloir introduire le calcul et le marché dans la foi, c’est nier l’identité même de Dieu, et cela déchire Jésus au plus profond de lui-même. Ce commerce, dans le Temple est une violence faite à Dieu, et Jésus est obligé d’user de violence, lui-même, pour ne pas se laisser détruire par cette réduction marchande. Notons, que cette violence n’est pas dirigée contre des personnes, mais contre leurs instruments, contre les moyens d’échange marchand ; la monnaie d’échange, les comptoirs, les animaux qui sont en vente.

Peut-être, que la crise économique que nous traversons manifeste, ce besoin de relations valorisantes dans le monde du travail ? Et on sait que c’est bien compliqué. Saint-Paul, pourtant, vient de nous dire que « nous sommes le sanctuaire de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en nous ». Notre Pape Léon XIV, dans sa première Lettre Apostolique, Dilexi te, « Je t’ai aimé », revient, en long et en large, sur ce respect que nous devons avoir envers les plus pauvres dans un système économique défaillant à leur égard.

Mais, revenons aux marchands chassés du Temple. Jésus nous redit, dans cet événement, l’importance de la gratuité pour s’approcher de Dieu, pour être Dieu avec lui. Chasser l’esprit marchand de notre relation à Dieu c’est arrêter de lui poser des conditions : si tu me donnes la santé, si tu me donnes la réussite, si tu me donnes la richesse alors, je ferai ceci ou cela pour toi. Chasser l’esprit marchand, c’est arrêter de piéger Dieu : je t’ai offert tel sacrifice, alors, en retour tu dois exaucer ma prière.

Cette notion de gratuité, en réalité, nous est pas familière. Heureusement, dans notre monde, on la trouve. La réciprocité, le don gratuit sont bien présents, dans bien des domaines de notre vie sociale, ce que le marché n’a pas encore totalement asservi à sa logique d’intéressement : la culture par exemple, l’art, le sport (au moins au niveau local, l’équipe de Bazougers par exemple…), l’associatif, le bénévolat, l’humanitaire, l’innovation sous toutes ses formes, y compris sur internet. Il y a bien des choses que des gens font, qui sont formidables et qu’ils donnent gratis, sur internet.

Aujourd’hui, c’est cette confiance les uns dans les autres qu’il nous faut cultiver. Le principe de gratuité doit être vécu, comme, un pôle d’équilibre dans nos relations. Nous avons tous besoin, de cette circulation gratuite, du don de soi à l’autre.

Intégrons donc, que la gratuité nous propose d’imiter notre Dieu. Les vendeurs chassés du Temple, nous posent à chacun, une vraie question, à laquelle il est important de ne pas répondre trop vite :

– quelle est ma conscience des dons gratuits dont j’ai bénéficié jusqu’à présent ? Il y en a certainement des tonnes, ne serait-ce que, la tendresse de notre maman quand on est né, bon, pas simplement, voilà, mais de Dieu lui-même… ?

– où en suis-je moi-même, de la pratique de la gratuité ? vis-à-vis des autres ? vis-à-vis de Dieu ?

Dans un instant, en la personne de Jésus-Christ, Dieu, va se livrer entièrement à nous, gratuitement, la foi n’est pas un commerce, c’est un don, qui nous invite à notre tour, à nous donner gratuitement. Nous retrouvons là, notre première lecture, la vision d’Ézéchiel. Cette eau, qui coule en abondance de la Maison, c’est la vie de Dieu que nous accueillons, par l’écoute de sa parole, par la réception de ses sacrements, afin que nous puissions donner gratuitement, à notre tour, ce que nous avons reçu gratuitement.

Avec le psalmiste, nous pouvons donc proclamer : « Dieu est notre refuge et notre force, il est notre secours dans la détresse, toujours offert. Il est avec nous, le Seigneur de l’univers ».

AMEN.