33e DIMANCHE du Temps Ordinaire C 16 novembre 2025

16 novembre 2025

  • Monseigneur Matthieu DUPONT, évêque de Laval Monseigneur Matthieu DUPONT, évêque de Laval

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Très chers frères et sœurs, heureux de venir célébrer avec vous la résurrection du Seigneur, comme chaque dimanche. Heureux, en ce jour de Journée mondiale des plus pauvres, d’être uni au pape Léon, qui célèbre à Rome, aujourd’hui, le Jubilé des Pauvres.

Occasion pour nous de porter dans la prière tous ceux que nous côtoyons, parfois que nous ne voyons que peu, qui sont touchés par la pauvreté, la solitude, la maladie, la détresse sociale, psychologique. Que nous puissions avoir un cœur large, au cours de cette Eucharistie, pour les porter dans notre prière, et nous-mêmes y associer nos pauvretés.

HOMELIE [Homélie retranscrite non relue]

« Cela vous amènera à rendre témoignage. » C’est par ces mots que Jésus, dans l’Évangile, nous dit qu’à la fin des temps, nous serons amenés à rendre témoignage. Et il nous semble que la fin des temps, ce n’est plus ce qu’il nous semble : la fin des temps a commencé, non pas dans un discours apocalyptique de mauvais aloi. Mais, depuis la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes dans les derniers temps. Alors, ne soyons pas surpris qu’il y ait des guerres, comme il y en a depuis la mort et la résurrection de Jésus. Ne soyons pas surpris des famines, des épidémies : c’est le signe, d’une certaine façon, que notre monde arrive à son achèvement, depuis 2000 ans.

Mais alors, de quels témoignages avons-nous à rendre ? Peut-être que nous pouvons considérer, avec les textes que l’Église nous offre aujourd’hui, ce témoignage. Et d’abord, de répondre à la tentation de témoigner de ce qui sera détruit ; puis de témoigner et de nous rendre compte que nous avons d’abord à témoigner de nos racines, de nos branches, comme nous dit Malachie dans la première lecture ; pour enfin nous rappeler que le témoignage fondamental que l’Église nous offre, c’est celui des pauvres, tel que le pape Léon XIV nous l’a rappelé. La tentation de témoigner de ce qui sera détruit, l’invitation à témoigner de nos racines et de nos branches, en nous appuyant sur le témoignage des pauvres.

La tentation de ce qui sera détruit. Nous l’avons entendu dans l’Évangile : le Temple de Jérusalem, ses belles pierres, ces ex-voto qui le décoraient avaient de l’allure, si j’ose dire. Et nous pourrions croire que c’est un témoignage. Et pourtant, Jésus nous dit que ce Temple sera détruit.

Quels sont les Temples de notre vie, de notre temps ? C’est d’abord tout ce qui est œuvre humaine, œuvre qui passe. Mystérieusement, peut-être que nos églises ne sont pas appelées à avoir le goût de l’éternité, même si elles en sont le signe. Nos œuvres humaines, c’est aussi tout ce que nous avons pu constituer, tous nos mouvements : ils peuvent, eux aussi, passer.

Mais ce qui va être aussi détruit, c’est aujourd’hui notre réputation. L’Église est, d’une certaine façon, moins toute-puissante, et d’une certaine façon cela est peut-être heureux. Que nous nous attachions plus à maintenir la réputation, d’abord de l’Église, car cela passe. Et dans l’Évangile, nous entendons aussi que nous n’avons pas à nous attarder sur ce que nous allons dire. Notre discours va passer aussi.

Ainsi, il nous faut consentir, pour témoigner, à la pauvreté, à la pauvreté qui n’est pas fictive, qui n’est pas que spirituelle au sens, mauvais, de superficielle, mais une pauvreté existentielle. Et Jésus ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque la destruction du Temple, qui est le lieu où Dieu réside, le Saint des saints. Alors entrons, osons entrer dans ce témoignage que nous avons à rendre en ces derniers temps, sans nous attacher de façon excessive à ce qui sera détruit.

De quoi avons-nous à témoigner ? Il me semble que nous avons à témoigner de nos racines et de nos branches. Nous avons entendu, dans la première lecture, comment les impies n’ont ni racine ni branche. Qu’est-ce que les impies ? Ce sont ceux qui ne sont pas ajustés à Dieu, dans l’Ancienne Alliance, et encore aujourd’hui. Ce sont ceux qui n’ont ni racine ni branche.

Quelles sont nos racines ? Nous n’en avons qu’une : c’est le Christ. La vie de Dieu qui nous a été donnée au jour de notre baptême, et qui est un don de Dieu, qui sans cesse est renouvelé dans les sacrements, et particulièrement l’Eucharistie. Comment notre vie, notre témoignage, s’appuie d’abord sur notre relation au Christ, qui est à la racine de notre existence ? Cela est indestructible.

Si la racine est le Christ, il m’a plu de considérer que nos branches sont l’Église, l’Église du Dieu vivant. Ces branches sur lesquelles les fruits de l’Esprit poussent pour le monde. Ces branches que font l’Église ? C’est celle qui traverse le monde, qui se rend présente à chacun, et notamment aux plus pauvres. Cela nous invite peut-être à nous interroger : quels sont les fruits que je produis ? Que produisons-nous collectivement comme fruits, dans l’Église ? Et il y en a de nombreux. Ces fruits-là viennent de Dieu, et ces fruits-là, bien sûr, sont le fruit de notre coopération avec Dieu.

Ne soyons pas, comme saint Paul nous le rappelait dans la lecture, « affairés sans rien faire ». Que nous puissions être pleinement à l’œuvre de Dieu, en nous appuyant sur nos racines et sur ces branches qui traversent l’Église.

Et par les pauvres, nous avons un témoignage. Un témoignage que le pape Léon XIV nous a rappelé dans sa dernière exhortation apostolique Dilexit te, en nous rappelant, à la suite de Saint Laurent, au début de l’ère chrétienne, que « le trésor de l’Église, ce sont les plus pauvres ». Cette expression, nous n’avons pas à l’apprendre de façon romantique.

Il me semble, et le pape Léon XIV nous le redit, que nous avons à la prendre au pied de la lettre. « Le trésor de l’Église, ce sont les plus pauvres. » Jésus nous a dit : « Des pauvres, vous en aurez toujours. » Alors, nous accueillons parfois cette parole de Jésus comme un constat.

Il me semble qu’il nous faut accueillir cette parole de Jésus comme ce qui est pérenne dans l’Église : l’accueil des plus pauvres. Selon la belle expression du pape Léon XIV, ils sont « la chair du Christ ». Et certainement que nous avons à témoigner de cet accueil des plus pauvres, en nous mettant à leur école.

Le témoignage qui toucherait aujourd’hui, vous l’avez compris, n’est pas celui de la toute-puissance, toute humaine, qui sera détruite. C’est celui de la pauvreté. Cette pauvreté que les plus pauvres, discrètement, humblement, au milieu de nous, manifestent. Le pape Léon XIV, dans cette même exhortation, faisait mémoire dans l’histoire de l’Église, de ces communautés mendiantes franciscaine, dominicaine et tant d’autres, qui, au milieu du monde, manifestaient un style de vie simple et pauvre.

Aujourd’hui, il me semble que notre Église est appelée à manifester, au monde, ce style de vie simple et pauvre, en veillant aux plus pauvres d’entre nous, au milieu de nous. Nous avons à vivre cela dans la fidélité et la persévérance. Bien sûr, ce témoignage passera en dessous de la sphère médiatique, en dessous des paillettes, et ne sera pas visible de tous. Mais ce témoignage est indestructible, c’est celui même de l’Évangile.

Alors, très chers frères et sœurs, n’ayons pas peur de ce qui sera détruit. Très chers frères et sœurs, enracinons-nous dans le Christ et n’ayons pas peur de nous appuyer sur les branches de l’Église. Chers frères et sœurs, accueillons le témoignage des plus pauvres et n’ayons pas peur de devenir plus pauvres. Nous sommes, ils sont, le trésor de l’Église, « la chair du Christ ». Que nous puissions vivre fidèlement de nos racines pour être ces témoins dont le monde a besoin.

AMEN.