COMMÉMORATION DE TOUS LES DÉFUNTS C 2 novembre 2025

2 novembre 2025

  • Frère Marie-Jean BONNET Frère Marie-Jean BONNET

Lectures propres à ce Dimanche 2 novembre : Sg 2/23, 3/1-6, 9; Ps 30/2, 6, 8-9, 15-18, 23 ; 1 Cor 15/12, 16-20 ; Lc 12/35-38,40.

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Hier et aujourd’hui, la liturgie de l’Église nous fait célébrer le mystère de la Communion des Saints, hier, la Communion avec nos frères et sœurs du Ciel qui partagent déjà, la gloire de Dieu, intercèdent pour nous et nous rappellent notre vocation à la sainteté, et aujourd’hui, nous célébrons notre Communion avec l’Église souffrante du Purgatoire, nos frères et sœurs en attente de leur glorification et qui vivent une purification. Nous savons, dans la foi de l’Église que nous pouvons leur venir en aide, appeler sur eux la Miséricorde de Dieu par notre prière unie au sacrifice de Jésus, c’est ce que nous vivons à présent. Et pour que notre prière soit juste, ajustée à la vérité, en demandant la Miséricorde pour nos frères, demandons d’abord pour nous-mêmes la Miséricorde de Dieu et la conversion de notre cœur.

 

HOMÉLIE

Le jour des morts n’existe pas, ce qui existe c’est la Communion des Saints, et elle nourrit notre espérance. Le jour des morts, j’espère que vous n’employez pas cette expression parce qu’elle n’est pas chrétienne. Déjà, le Livre de la Sagesse que nous venons d’entendre, ouvrait à  une autre perspective au sujet de ceux qui ont quitté cette terre. Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, la vie des justes est dans la main de Dieu. Celui qui ne réfléchit pas, c’est celui-là, qui parle du jour des morts. Celui qui ne réfléchit pas s’est imaginé qu’ils étaient morts, on les croyait anéantis, alors qu’ils sont dans la paix. Ceux que nous appelons habituellement des morts, Jésus Lui les appelle, vous en souvenez, des dormants. Pensons à la petite fille de Jaïre, et Jésus va se faire moquer de Lui, mais Jésus vous dit :

  • « L’enfant n’est pas morte, elle dort. »

Et de Lazare Jésus déclare :

  • « Notre ami s’est endormi. »

Vous vous souvenez aussi sans doute, beaucoup de nos contemporains l’ont certainement oublié, que le mot cimetière, qui est un mot d’origine grecque veut dire le lieu où l’on dort. Alors, effectivement, avec l’usage de la crémation maintenant c’est moins évident de le comprendre.

Quant à la prière de l’Église, la liturgie elle, c’est que ceux qui nous ont quittés, qui ont quitté cette terre, la liturgie les appelle les défunts. Cette fois, c’est un mot latin, « defunctus », celui qui est défait de sa fonction, « defunctus », celui qui s’est acquitté de sa fonction et qui s’est retiré, qui a pris sa retraite en quelque sorte. En l’occurrence, le défunt est celui qui s’est acquitté de la vie qu’il a reçue de Dieu. Comment s’en est-il acquitté de sa vocation personnelle ? C’est le secret de Dieu seul le sait profondément, Lui, qui seul connaît la droiture et la foi de ceux qui se sont endormis comme le disent les prières eucharistiques fort heureusement.

Oui, le jour des morts n’existe pas, ce qui existe c’est la commémoration de tous les fidèles défunts, en raison de la Communion des Saints. Parce que l’Église est le corps total du Christ et le sacrement universel, universel du salut, elle a la mission d’intercéder, avec le Christ et dans le Christ, pour le salut de tous les hommes, tous les hommes, les fidèles, et ceux qui ne semblent pas être fidèles, pour tous les hommes vivants et défunts, et c’est ce qu’elle fait avant tout en chaque Eucharistie. Mais pourquoi intercéder ainsi pour les défunts ? Hé bien, écoutons peut-être à nouveau le catéchisme de l’Église catholique qui est certainement sur les rayons de nos bibliothèques. Est-ce que nous l’ouvrons de temps en temps ? Alors, c’est l’occasion peut-être de nous redire, de réécouter la foi de l’Église, ce qu’elle exprime de manière synthétique et percutante dans ce catéchisme de l’Église. Je lis dans ces paragraphes qui sont consacrés à ce mystère que nous célébrons :

  • « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel », ce qui est source de joie pour eux bien sûr, de grande joie, « souffrent après leur mort une purification afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du Ciel. »

L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés.

Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. Nous nous souvenons que Jésus a dit :

  • « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. »

Il faut avoir le cœur purifié totalement pour pouvoir voir Dieu face à face. L’Église recommande, je poursuis le catéchisme, l’Église recommande donc aussi les aumônes, les indulgences, notamment à notre portée cette année, et spécialement ce jour-ci et tout au long de la semaine d’ailleurs, en visitant un cimetière, elle recommande les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. Et je termine par ce paragraphe que l’on oublie peut-être aussi :

  • « Notre prière pour eux peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »

On oublie qu’on peut les aider mais, ils peuvent nous aider, et le fait de prier pour eux va permettre qu’ils puissent nous aider davantage. Tiens c’est intéressant çà ! Cela se comprend en ce sens qu’intercédant pour les défunts, nous les aidons à être plus unis à Dieu et à sa volonté, à progresser dans cette communion de volonté avec Dieu, et par suite, leurs prières pour nous, leur intercession est plus puissante, puisque plus quelqu’un est uni à Dieu, hé bien, plus sa prière aussi est puissante. C’est le cas de la Vierge Marie bien sûr par-dessus tout, et c’est le cas aussi des grands Saints. On sait que Thérèse avait eu cette perception très juste « qu’elle pourrait passer son Ciel à faire du bien sur la terre », et elle tient sa promesse, et plus est grande sa charité et plus sa prière est puissante. Ainsi, lorsque nous prions pour nos défunts nous les aidons à être plus unis à Dieu et donc à nous faire davantage de bien. Donc, si vous avez bien compris, c’est un bon investissement d’intercéder pour les défunts.

Cette Communion des Saints, cette circulation de charité, de grâces entre l’Église militante que nous sommes et l’Église souffrante du Purgatoire stimule notre espérance. Prier pour ceux qui sont partis à la rencontre du Seigneur nous rappelle, en effet, que nous aurons nous aussi à rendre compte de ce don extraordinaire de la vie et donc, nous avons aujourd’hui à accomplir, à nous acquitter de notre vocation personnelle, à accomplir fidèlement cette vocation, c’est-à-dire, l’appel reçu de Dieu, le cœur tendu vers la rencontre avec le Christ, notre sauveur, le cœur tendu, en attente, en attente pleine de vie, non pas une attente passive. C’est bien ce à quoi nous appelle l’Évangile de ce jour que nous venons d’entendre. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera, dans ce dès, dès qu’il arrivera, il y a tout ce désir de l’espérance. Il frappera à la porte, c’est l’espérance, une attente pleine de désir qui se nourrit d’une foi vivante : « Gardez vos lampes allumées ». Saint Jacques nous a rappelé que la foi peut mourir : « La foi sans les œuvres est morte », nous dit-il, une foi vivante, une foi en actes par la charité : « Restez en tenue de service ».

Le Pape François nous a rappelé il n’y a pas si longtemps, puisque c’était à l’occasion de cette année jubilaire sur l’espérance, que l’espérance ne déçoit pas. Je le cite dans une intervention qu’il a faite quelques années avant, d’ailleurs :

  • « L’espérance nous attire et donne un sens à notre vie. Je ne vois pas l’au-delà, mais l’espérance est le don de Dieu qui nous attire vers la vie, vers la joie éternelle. L’espérance nous devons la demander », dit-il. « Elle est un don gratuit que nous ne méritons jamais, elle est donnée, offerte, c’est une grâce. »

Alors demandons-la cette grâce, ce n’est plus le Pape qui parle, c’est moi. Demandons-la cette grâce les uns pour les autres bien sûr, mais surtout, pour ceux qui ont perdu toute espérance. Nous savons combien, hélas, ils sont nombreux aujourd’hui, ceux qui désespèrent de la vie, prions pour eux, c’est le jour aussi, ou jamais, de demander pour eux l’espérance afin qu’ils ne fassent pas l’irréparable. Demandons-la par la Vierge Marie, Mère de Celui qui est toute notre espérance, le Christ, Elle, à qui nous demandons si souvent de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort », c’est-à-dire de notre Pâques, de notre passage à la rencontre du Seigneur.

AMEN.