NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE, Solennité 2023

24 juin 2023

  • Frère Jean François	CROIZÉ Frère Jean François CROIZÉ

Introduction : Nous célébrons la Nativité de saint Jean Baptiste. Et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Zacharie, qui, lorsqu’il est rentré dans le Saint, pour encenser le tour de l’autel, a eu cette vision de l’ange, lui annonçant qu’Élisabeth concevrait un fils.

Nous sommes peut-être dans ces dispositions de Zacharie. Nous sommes des habitués du culte, mais on sait bien que l’habitude ne fait pas le saint. La sainteté vient de Dieu qui nous rend saints, simplement il faut avoir un cœur disponible. Tout appel divin est porteur de la grâce nécessaire pour l’accomplissement de la mission.

Jean : Dieu fait grâce, ce dernier nom provoque l’étonnement. Mais avec Jean s’ouvre une ère nouvelle, l’ère de la plénitude de la grâce. La vocation est, d’une certaine façon, déjà inscrite dans l’être qui naît, non certes comme une nécessité, mais parce que tout dépend du libre dessein de Dieu et de sa parole pour une mission précise dans un cœur qui accepte de s’ouvrir.

Nous souhaitons une bonne fête à tous ceux qui sont sous le patronage de Saint Jean-Baptiste : Frère Jean-Baptiste, Frère Jean, Sœur St Jean-Baptiste et combien d’autres que nous connaissons. Accueillons la lumière éternelle du Verbe fait chair, cet Agneau de Dieu que Jean-Baptiste a prophétisé, annoncé. Accueillons sa lumière qui est miséricorde et demandons pardon pour nos péchés.

 

Homélie : Chers frères et sœurs, les lectures de ce jour montrent combien l’existence de Jean-Baptiste est le fruit et l’expression d’un appel divin.

Un appel à la vie d’abord, puisque sa mère Élisabeth était stérile et n’avait pas pu avoir d’enfant, et n’aura pas d’autre enfant après Jean. Un appel à la vie, oui, le nom d’Élisabeth signifie : « Dieu a fait serment (dans une promesse de vie) ». Un appel ensuite à une mission particulière, spécifique, puisque Jean-Baptiste est choisi pour devenir le précurseur du Sauveur. On lui décernera bien des titres : Précurseur, Messie, Élie aussi, l’ami de l’Époux, Martyr.

Qu’est-ce donc qu’un appel ?

L’appel est l’expression d’un dessein divin, d’un libre choix de Dieu : comme ce « serviteur », dont parle Isaïe, qui est appelé dès le sein de sa mère. Mieux encore, avant même d’avoir été conçu, le Seigneur a prononcé son nom : « Jean », dont le nom signifie : « Dieu fait grâce ». Tout est en germe en ce nom. De par sa lignée sacerdotale, Jean était prêtre. Il a été appelé par Dieu pour devenir aussi prophète, annonciateur du dessein divin.

L’appel consiste toujours dans une grâce, dans un libre choix de Dieu. Mais, il n’y a pas d’appel possible sans appelé, et donc sans réponse de celui à qui l’appel s’adresse. L’appel est toujours à la fois une grâce de Dieu et une tâche, une responsabilité pour nous.

Quelle fut la réaction de son père Zacharie, à l’annonce de cette vocation ?

Ça donne à réfléchir. Il avait toute l’intelligence pour comprendre, la connaissance des Écritures, le service divin aussi. Il avait tout ce qu’il fallait. Zacharie, son père, dont le nom signifie : « Dieu se souvient », a été confronté dans le Temple à une visitation de l’Ange pour une mission précise. Sa fidélité dans la fonction de prêtre au service du Temple, ainsi que la visitation de Dieu et l’annonce extraordinaire, par l’entremise de son ange, ne lui ont pas ouvert le cœur à l’appel de Dieu, au don de Dieu. Il a manifesté son incrédulité. Que lui fallait-il de plus ?

Saint Joseph, lui, a été réceptif à cet appel. Il n’était pas dans le Temple. Le Seigneur l’a touché autrement. Marie aussi.

Et peu à peu, à travers ces neuf mois de silence, à l’épreuve de la foi, il a cheminé pour devenir à son tour collaborateur de la grâce de Dieu. Alors Dieu lui-même est revenu une deuxième fois, il s’est déplacé en Marie, pour que l’Esprit Saint touche le cœur de Zacharie en son enfant et œuvre en Élisabeth et dans l’enfant à naître. La grâce a porté fruit car c’est lui, -nous venons de l’entendre-, qui met un terme à la querelle concernant le nom de l’enfant en écrivant d’une manière péremptoire et définitive : « Son nom est Jean. » Dieu a fait grâce. Dieu lui a fait grâce, miséricorde. Et chaque jour, nous entendons le Benedictus, le matin, à l’office, comme une ouverture du cœur à la miséricorde de Dieu qui doit accompagner notre journée.

Zacharie et Élisabeth vont ensuite favoriser l’éclosion de cet appel dans le cœur sanctifié de Jean, jusqu’au jour où celui-ci partira pour le désert. Cela veut dire que si l’appel est personnel, l’éclosion de cet appel dépend aussi, de l’accueil, de la préparation, de l’accompagnement, des circonstances. Tout est grâce !

Que sait-on du parcours de Jean ?

Jean partira un jour au désert, lieu de la rencontre de Dieu. Bien sûr le désert, c’est d’abord le lieu de l’intimité de Dieu. C’est le lieu du combat. C’est dans le désert, lieu de formation des prophètes, que Dieu peut parler au cœur de l’homme dépouillé de lui-même, que sa voix peut se faire entendre, loin du bruit et de l’agitation du monde.

Bien sûr aussi, le désert est le lieu du combat spirituel, le lieu où le cœur de l’homme est exposé, le lieu où l’homme apprend douloureusement sa précarité, sa pauvreté. Jésus n’a pas été épargné en ce sens, mais il a habité ce silence du désert dans un grand amour de son Père, dans une proximité.

Jean-Baptiste est un pauvre. Il a accepté d’entrer dans ce chemin de pauvreté intérieure, de dépouillement. Il a accepté d’entrer dans l’expérience douloureuse du vide de soi-même qui devient, par la purification, appel à la miséricorde de Dieu. Il est nécessaire de faire cette expérience de sa pauvreté radicale, pour être convaincu que la présence de Dieu et de sa grâce est pure miséricorde, que nous n’y sommes pour rien. « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ». Avant même que la première des béatitudes ait été prononcée, Jean-Baptiste l’a vécue. Par sa pauvreté, il a pu accueillir la grâce de Dieu pour la communiquer aux autres.

C’est cette pauvreté radicale qui a ouvert Jean-Baptiste à l’Esprit de prophétie. C’est cette pauvreté radicale qui l’a maintenu dans l’humilité et la vérité. C’est cette pauvreté radicale qui l’ouvrira au don de sa vie. Lorsqu’on viendra lui demander « Qui es-tu ? », il confessera d’emblée : « Je ne suis pas le Messie. », alors qu’il aurait pu se faire passer pour le Messie.

C’est par cette expérience de pauvreté qu’il comprendra qu’il n’est qu’un chemin pour accueillir le Messie : celui de la conversion, celui du dépouillement de ses péchés et de soi-même, pour connaître la vraie pauvreté et pour pouvoir accueillir Celui qui, seul, peut l’habiter de sa plénitude. Voilà pourquoi Jean-Baptiste annoncera un baptême de conversion.

Et pourquoi choisit-il le désert ?

Le désert, ce lieu de la rencontre personnelle, de l’amour, du combat spirituel, est le lieu où Jean-Baptiste, comme Élie, va acquérir la force. « L’enfant grandit, et son esprit se fortifiait », nous dit Saint Luc. Il faut de la force, la force intérieure pour choisir Dieu, pour lutter contre la tentation, pour ne pas choisir les consolations faciles. Jean-Baptiste sera un lutteur et sa prédication sera abrupte pour redonner à Dieu le culte qui lui est dû, la première place. Il lui en faudra de la force pour défendre la sainteté du mariage devant les puissants de ce monde : le roi Hérode. Courage de la vérité qui lui vaudra la confession de foi : le martyr.

Jean-Baptiste a eu une vocation particulière, unique, exceptionnelle : désigner l’Agneau de Dieu et se laisser transformer pour devenir l’image, la ressemblance, la préfiguration de l’Agneau de Dieu dans l’offrande de sa vie. Dieu a eu un dessein bien précis sur lui et il y a répondu avec foi, amour et générosité, dans la nuit de la foi.

Que nous révèle la vocation de Jean ?

Mais si nous y réfléchissons bien, nous avons chacun, chacune, une vocation unique, irremplaçable. Le Seigneur ne nous lance pas au hasard dans l’aventure de la vie ; il a un dessein bien précis sur chacun et sur chacune. Chacun est destiné à une place et à une fonction bien précise dans l’Eglise qui est le Corps du Christ.

Sur chacun et chacune d’entre nous repose un appel ; pour chacun et chacune une grâce est donnée et une tâche est attendue pour que se construise le Corps du Christ. Alors, laissons-nous d’abord visiter et former par Marie pour accueillir l’Esprit-Saint et vivre et communier en vérité au mystère de l’Eucharistie. AMEN.