SAINT JOSEPH, Solennité

19 mars 2020

  • Frère Marie-François PERDRIX Frère Marie-François PERDRIX

SAINT JOSEPH, ÉPOUX DE LA VIERGE MARIE ET PROTECTEUR DE L’ÉGLISE UNIVERSELLE, Solennité

2 S 7, 4-5a, 12-14a, 16 ; Ps 88/2-5, 27,29 ; Rm 4, 13, 16-18. 22 ; Mt 1, 16. 18-21. 24a ou Lc 2, 41-51a

Introduction : Dieu le Père choisit Saint Joseph pour être le gardien du Rédempteur, de son fils bien-aimé. Joseph est donc le gardien de chacun de nous et de toute l’Église, particulièrement en ces temps que nous vivons. Nous allons certainement redécouvrir cette proximité de Dieu et des Saints dans notre vie humaine, familiale et sociale.

Nous reconnaissons au seuil de cette Eucharistie que nous sommes des pauvres dans l’attente de connaître cette volonté de Dieu, et nous reconnaissons que nous sommes pécheurs.

Homélie : En cette période de confinement où nous sommes invités à vivre davantage dans l’intériorité dans le cœur à cœur de l’oraison et de l’adoration, laissez-moi vous partager ces mots du Frère Olivier Rousseau, des Carmes de Paris, qui nous introduit dans le mystère de Saint Joseph, à la lumière de l’enseignement et de l’expérience de Sainte Thérèse d’Avila.

« « Mon vrai Père et Seigneur ». C’est ainsi que Thérèse d’Avila appelait Saint Joseph, qui fut pour elle comme un père de substitution. Son père naturel ayant renié ses origines juives pour acquérir le statut social d’aristocrate a été dans l’incapacité de transmettre à ses enfants l’héritage qu’il avait reçu tant au plan spirituel que patrimonial. Or, transmettre un héritage est l’un des aspects essentiels de la fonction paternelle. Lorsque Thérèse sombre dans une maladie grave, elle se tourne alors vers Saint Joseph pour retrouver goût à la vie, car elle reconnaît en lui le père humain à qui le Fils de Dieu a obéi. Avec son aide, non seulement elle réussit à se mettre debout, mais elle reprend un chemin d’oraison qui la conduit à la rencontre de Jésus. Saint Joseph fut pour elle non seulement un thérapeute mais un maître spirituel qui l’introduisit dans le mystère de l’humanité du Fils de Dieu.

« Saint Joseph a été en effet véritablement père lorsqu’il a consenti à accueillir l’enfant conçu en son épouse par l’action de l’Esprit-Saint. Il s’en estimait indigne au point de vouloir la répudier en secret. Mais l’Ange lui révèle alors la mission que Dieu lui confie : prendre chez lui Marie, son épouse, et donner à cet enfant le nom de Jésus. Il ne s’agit pas seulement d’assumer la protection de la mère et d’accorder un statut social à l’enfant. Cette mission comprend une fonction essentielle à toute paternité, celle qui consiste à transmettre un héritage. Cela ne se fera pas à travers un patrimoine matériel dont Jésus n’aura nul besoin sur la croix. Joseph transmettra en héritage à Jésus une expérience spirituelle, celle d’un juste dépossédé de lui-même par son obéissance à la Parole de Dieu.

« La justice de Joseph se traduit par un renoncement total à soi-même pour le service du dessein de Dieu. Son existence est ainsi tout entière marquée du sceau de la désappropriation de soi : dépossédé de son épouse qui engendre sans lui leur fils premier-né, il consent dans la foi à une justice tout autre que celle qu’il imaginait sous le mode d’une répudiation discrète : il ose prendre chez lui la mère de l’envoyé de Dieu. Il ne choisit pas alors d’autre nom pour l’enfant que celui que l’Ange lui indique, renonçant ainsi à une prérogative essentielle à la fonction paternelle.

« Ce chef de famille est ensuite dépossédé de toute prise de décision : envoyé en exil par ordre de l’Ange, il revient au moment et à l’endroit indiqués par Dieu. Il est dépossédé de sa descendance elle-même en ce fils de prédilection, puisque Jésus sera appelé par ses détracteurs « fils de Joseph » en signe de dérision.

« Lorsque les foules acclameront Jésus, ce sera en tant que Fils de David. Joseph est aussi dépossédé de la parole au sens où l’évangile ne lui en attribue aucune. Absent de la vie publique de Jésus, il s’efface finalement de ce monde moyennant un départ passé inaperçu et connu de Dieu seul. Cette vie rayonne en creux d’une lumière évangélique singulière qui préfigure la vie de Jésus. Jésus renoncera à lui-même jusqu’à la croix puisque l’identité éternelle de l’amour est la dépossession de soi pour l’autre. L’héritage transmis par Joseph à son Fils a ouvert le chemin à l’anéantissement de Dieu en notre l’humanité. Joseph a consenti à tenir sa place sur cette trajectoire du salut, dans ce mouvement de dépossession par lequel Dieu se révèle et nous sauve tout à la fois en son Fils. Durant sa croissance humaine, Jésus a reçu en héritage de Joseph le témoignage du renoncement à soi. Il a pu contempler en son père adoptif un homme désapproprié de lui-même.

« La dévotion à Saint Joseph s’est répandue dans l’église grâce à l’expansion de la réforme Thérésienne. A l’aube d’une modernité marquée par la crise de transmission, Saint Joseph est apparu comme une figure providentielle de la paternité humaine. Thérèse témoigne de ce qui l’a guidée sur un chemin de communion à la sainte Humanité du Christ. Joseph est aussi pour nous un véritable père, en ce qu’il est capable de nous transmettre l’héritage le plus précieux, le nom de Jésus. Il n’est donc pas tout à fait vrai de dire que l’Évangile ne nous a laissé aucune parole de Joseph. Joseph a en effet obéi à l’Ange qui lui disait : « Tu lui donneras le nom de Jésus ». L’Évangile nous laisse donc une parole et une seule de Joseph, le très doux nom de Jésus. Joseph nous transmet ce nom en héritage pour qu’il habite notre cœur comme il a habité le sien. Recevons de lui cet héritage pour donner nous aussi au Fils de Dieu ce nom unique.

« Que cette seule parole résonne dans le silence de notre cœur : Jésus ! »